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Afrique du Sud

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: Afrique du Sud
    Envoyé : 23 Sep 2008 à 16:51

Thabo Mbeki contraint à la démission

Le successeur de Nelson Mandela a été prié par l’ANC de quitter ses fonctions. C’est l’épilogue d’une bataille acharnée sur fond de crise économique et de dossiers judiciaires.

Le président sud-africain Thabo Mbeki s’est adressé hier soir à la nation pour une allocution inhabituelle. Il devait en effet annoncer sa démission à la suite de la décision du Congrès national africain (ANC) de lui retirer son mandat. Le Comité national exécutif (NEC) de l’ANC a décidé samedi, « après une discussion longue et difficile », de « rappeler le président (…) avant la fin de son mandat », qui expire au 2e trimestre 2009, a expliqué le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, pour qui la décision du comité exécutif n’a « rien d’une punition mais vise à unir de nouveau le parti », profondément divisé ces dernières années, comme on a pu le constater lors de la conférence de l’ANC au mois de décembre dernier. « Le président se plie à la décision et va démissionner une fois que toutes les obligations constitutionnelles auront été remplies », a indiqué le porte-parole de Mbeki, Mukoni Ratshitanga.

C’est l’épilogue d’une guerre fratricide commencée il y a un peu plus de deux ans et qui a opposé Mbeki à celui qui était alors le vice-président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma. Ce dernier, mêlé à des affaires financières impliquant certains de ses proches, avait alors dû quitter son poste, tout en conservant son siège au sein de l’organisation politique. Dès lors, la bataille faisait rage, sur fond d’ambitions personnelles mais surtout sur l’ensemble des dossiers politiques et économiques du pays, les dissensions s’aggravant proportionnellement aux difficultés rencontrées par les habitants les plus pauvres (en dépit d’une décennie de croissance, 43 % de la population vit toujours avec moins de deux dollars par jour). Thabo Mbeki, qui savait ne pas pouvoir briguer un troisième mandat à la tête de l’Afrique du Sud, entendait conserver un certain nombre de ses prérogatives en gardant le leadership de l’ANC. Mais, à Polokwane (Limpopo), au congrès, la majorité des délégués en a décidé autrement, plaçant Jacob Zuma à la présidence de l’organisation, faisant de lui le candidat naturel à la présidence de la République pour les élections prévues en avril ou mai 2009. Cela avec le soutien des deux autres alliés de l’ANC, le Parti communiste sud-africain (SACP) et la confédération syndicale, la COSATU.

Pourtant, quelques jours plus tard, Jacob Zuma était inculpé dans une affaire de pots-de-vin, alors que le dossier d’accusation avait été rejeté par la justice l’année précédente. Des voix s’élevaient alors pour dénoncer une machination politique visant à empêcher Zuma d’accéder à la magistrature suprême. Derrière se cacheraient donc Mbeki et ses partisans. Nouveau rebondissement le 12 septembre : le juge de Pietermaritzburg (sud-est du pays) saisi du procès prononçait le non-lieu en faveur de Jacob Zuma. Il ne s’en tenait pas là et dénonçait des « interférences » au plus haut niveau auprès du parquet national (NPA). Aussitôt, la direction de l’ANC, la COSATU et le Parti communiste demandaient la démission du chef de l’État.

Une démission offre à M. Mbeki « l’issue la plus honorable », estime Dirk Kotze, chercheur en sciences politiques. « Les deux autres options (un vote de défiance du Parlement ou son renvoi pur et simple par l’Assemblée, avec une majorité des deux tiers - NDLR) auraient été une humiliation. » Le Parlement, qui devrait se réunir mardi, devra, après la démission de Thabo Mbeki, nommer un président par intérim, impliquant soit la convocation d’élections anticipées, ou bien la désignation d’un nouveau président qui mènerait le mandat à terme. Le parti ne peut pas démettre le président de la République. Mais le chef de l’État « tire sa légitimité du fait qu’il a été choisi par l’ANC et pas d’un scrutin direct », souligne Dirk Kotze, le président étant élu par le Parlement issu des élections générales.

Pour l’ANC il convient maintenant d’empêcher une crise généralisée et avant tout d’empêcher une démission en masse des ministres du gouvernement les plus proches de Thabo Mbeki. Déjà, la vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, a indiqué qu’elle se démettrait de ses fonctions à la suite du président. La Ligue de la jeunesse de l’ANC a estimé que cette « décision ne doit pas créer une crise nationale (…) mais être comprise dans le cadre de notre développement démocratique ». Le Congrès national africain veut également s’assurer de l’unité dans ses rangs avant de se présenter aux élections. Il convient donc d’éviter l’organisation d’un scrutin anticipé. Hier, les journaux sud-africains n’exprimaient pas de regret pour le « Prince impitoyable » qui a, selon le Sunday Independent, alimenté le courroux de ses rivaux en menant une « politique sans pitié ». Alors que pour le Sunday Times, néanmoins critique sur les méthodes de l’ANC, « la décision de révoquer Mbeki était la chose à faire ». Et le quotidien d’asséner : « Il était un mauvais président. Il a divisé notre pays. »

Pierre Barbancey

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Sep 2008 à 16:52
Si Mbeki est classé "mauvais président" ce n'est pas seulement sur ses magouilles contre ses opposants, mais bien à cause de la dérive libérale qu'il a aggravé. 
 
Rappel de décembre dernier :
 
Fracture politique au pays de Nelson Mandela
 
Congrès de l’ANC dimanche. Au-delà des enjeux de personnes, les militants vont trancher entre la ligne libérale de Thabo Mbeki et celle, plus à gauche, de Jacob Zuma.

Les congrès de l’ANC (Congrès national africain) n’ont jamais été des formalités bureaucratiques. Évidemment pas lors de la lutte contre l’apartheid, pas plus au sortir de ce long chemin vers la liberté qu’aujourd’hui. Exemplaire à plus d’un titre - l’Afrique du Sud est le premier pays du continent à voir un président démocratiquement élu, Nelson Mandela, annoncer sa retraite politique -, la nation arc-en-ciel, ainsi que l’a désignée l’archevêque Desmond Tutu, n’est pourtant pas sortie de l’ornière. La situation économique est difficile pour la grande majorité du peuple. Le taux de chômage est très élevé, l’épidémie du sida fait des ravages. Quant au crime, il n’est pas un dirigeant sud-africain pour le stigmatiser et le désigner comme l’une des questions majeures auxquelles doit faire face le pays.

Mbeki s’est tourné vers le libéralisme

Exemplaire, l’Afrique du Sud l’est aussi politiquement. Le mouvement de libération, l’ANC, a, de longue date, construit un lien fort avec le Parti communiste sud-africain (SACP) et maintenant avec la grande confédération syndicale COSATU. C’est la triple alliance qui est censée diriger l’Afrique du Sud. Pourtant, au fil des années, la belle image se ternit. L’ANC, parti de combattants, s’est transformé en une organisation de fonctionnaires politiques ayant oublié le chemin des townships et des usines. Thabo Mbeki, qui a succédé à Nelson Mandela à la tête du pays en 1999, engage l’Afrique du Sud dans une politique économique qui fait la part belle aux investissements étrangers, et il a les yeux braqués sur le curseur de la croissance, aussi artificielle qu’elle puisse être, puisque les résultats humains ne sont pas au rendez-vous.

Président du pays mais aussi président de l’ANC, Mbeki a une manière toute personnelle de gouverner, de se tourner vers le libéralisme version Tony Blair, et d’écarter la gauche, donc d’affaiblir, voire de laisser se détruire la triple alliance. Au sein de l’organisation comme dans le pays, la colère est perceptible et les divisions pratiquement officielles. Elles éclatent d’autant plus que les mandats de Thabo Mbeki arrivent à expiration. Pour la présidence de la République, où il ne pourra plus se présenter après déjà deux mandats, l’expiration est en juin 2009. Enfin, il peut rester à la tête de l’ANC, mais il n’est pas seul en lice et le congrès doit en décider. Celui-ci s’ouvre ce dimanche, à Polokwane, dans le Limpopo, au nord du pays.

4 000 délégués sont attendus et Thabo Mbeki est loin d’avoir le soutien de la majorité d’entre eux. Sur les neuf provinces ANC, quatre seulement se sont prononcées en faveur du président sortant alors que cinq d’entre elles, de même que la Ligue des jeunes de l’ANC et la Ligue des femmes (deux structures particulièrement importantes) ont choisi Jacob Zuma. Celui-ci est l’actuel vice-président de l’ANC mais il a été déchu de ses fonctions de vice-président de la République après avoir été impliqué dans plusieurs dossiers en cours devant la justice (l’un pour viol, il a été acquitté, l’autre, pour pots-de-vin, est toujours en cours d’instruction). Le tout se complique lorsque l’on sait que, traditionnellement, le président de l’ANC est le candidat naturel à la présidence de la République. En tentant de se maintenir à la tête de l’organisation, Mbeki cherche évidemment à barrer la route à Zuma et à mettre en selle quelqu’un de son entourage !

« Une victoire de Zuma rendrait la tâche de Mbeki très difficile », estime Steven Friedman, de l’Institut pour la démocratie en Afrique du Sud (IDAS). « On peut envisager une situation dans laquelle Mbeki serait sous la pression de gens lui rappelant qu’il est président du pays grâce à l’ANC et que c’est à l’ANC de déterminer la politique à mener. » De fait, ce qui effraie les financiers sud-africains (qu’ils soient blancs ou noirs) et étrangers, c’est le rapprochement opéré par Jacob Zuma vers l’aile gauche de l’ANC, c’est-à-dire vers la COSATU et le Parti communiste sud-africain.

Les jeux ne sont pas faits

Le secrétaire général du SACP, Blade Nzimande, a fait savoir que son parti n’avait pas à prendre position dans un choix qui revient exclusivement au Congrès national africain lui-même, tout en soulignant qu’un changement est nécessaire au sein du collectif de direction, dans sa façon de travailler comme dans son esprit. Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la COSATU, qui a mené de nombreuses grèves contre les orientations gouvernementales, a été plus clair. Pour lui, la réélection de Thabo Mbeki signifierait « destruction de l’Alliance. Nous voulons clore le dossier de la division. Nous voulons Jacob Zuma pour diriger l’ANC comme élément d’un nouveau collectif. » Les uns et les autres prônent cependant l’unité de l’organisation et mettent en gardent contre toute « tentative de vengeance » à l’issue du congrès.

Les jeux ne sont pas faits pour autant. Il reste toujours la possibilité de voir émerger un troisième homme, apte à assurer un consensus pour éviter l’implosion de l’organisation. Surtout, les engagements économiques pour l’avenir seront le gage d’un ancrage de l’ANC à ce qui fait sa raison d’être comme le proclame son slogan, « la lutte pour une vie meilleure ».

Pierre Barbancey

 
 


Edité par Jef. - 23 Sep 2008 à 16:55
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  Citer komsomol Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Sep 2008 à 10:59
si l aile gauche de l anc l emporte,l afrique du sud soutiendra plus ouvertement mugabe et s émancipera de la tutelle néocoloniale-commonwealth,u.s.a,.......
le pouvoir est au bout du fusil
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Sep 2008 à 11:20

Kgalema Motlanthe succède à Mbeki

Le nouveau président devrait nommer un gouvernement. Certains proches de Mbeki parlent de la création d’un nouveau parti.

L’ANC, le Congrès national africain, a décidé d’aller vite. En l’espace de quelques jours, le mouvement de libération a demandé à Thabo Mbeki, président de la République, de démissionner de ses fonctions et a aussitôt désigné Kgalema Motlanthe, actuel vice-président de l’organisation et, depuis peu, ministre sans portefeuille auprès de la présidence, pour être candidat à la présidence de la République avec pleins pouvoirs jusqu’aux prochaines élections prévues au deuxième trimestre 2009. Formellement, celui-ci sera ensuite élu par les députés, comme le prévoit la Constitution sud-africaine. K. K. Khumalo, porte-parole du groupe parlementaire ANC, a même précisé que Motlanthe « ne sera pas un président par intérim ». Ce qui signifie clairement qu’il ne se bornera pas à gérer les affaires courantes mais qu’un nouveau gouvernement pourrait être nommé dans les tout prochains jours.

En Afrique du Sud, le président n’est pas élu par le peuple mais par le Parlement. Tirant sa légitimité de sa désignation par l’ANC, Mbeki ne pouvait pas aller à l’encontre de l’appel à démissionner de son parti. Une décision justifiée par un souhait d’unification du parti mais aussi pour mettre un terme aux « interférences politiques » (ce qu’a démenti Mbeki lors de son allocution télévisée, dimanche soir, dans laquelle il a publiquement annoncé son départ) dénoncées par un juge de Pietermaritzburg dans les attendus de l’invalidation du dossier d’accusation prononcée le 12 septembre dans un procès pour corruption contre Jacob Zuma, président de l’ANC et candidat désigné pour représenter son parti à l’élection présidentielle de 2009.

Longtemps membre du Comité central du parti communiste sud-africain (SACP) puis secrétaire général de l’ANC lorsque Thabo Mbeki en était le président, Kgalema Motlanthe, cinquante-neuf ans, est un fin stratège politique. Connu pour sa modération, il est l’une des figures les plus populaires de la nouvelle équipe dirigeante du parti. Il a ces derniers mois mené une campagne de réconciliation dans le pays, visant à rassurer la minorité blanche et les investisseurs étrangers, inquiets semble-t-il du renforcement de la gauche au sein de l’ANC. Il avait intégré le gouvernement Mbeki il y a quelques semaines afin d’assurer une transition en douceur pour Jacob Zuma.

Le chemin jusqu’aux élections risque cependant d’être difficile. Alors que Mbeki était accusé de délaisser les problèmes intérieurs pour les feux de la diplomatie internationale, l’ANC de Zuma entend donner la priorité à la lutte contre la pauvreté et le chômage, à la redistribution des richesses et à la nationalisation des grandes industries. Dans une récente intervention, Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la Cosatu (la centrale syndicale membre de l’Alliance avec l’ANC et le SACP), se félicitait d’ailleurs de la remobilisation des Sud-Africains « pour défier les orientations néolibérales adoptées depuis 1996 ». Mais, selon le Sunday Times, le ministre de la Défense, Mosiuoa Lekota (très malmené lors du dernier congrès de l’ANC), son adjoint Mluleki George et d’autres dirigeants fidèles à Mbeki se réuniront sous peu pour jeter les bases d’un nouveau parti. « Je ne suis pas en mesure d’en parler à ce stade, mais vous en saurez plus dans quelques jours », a déclaré à ce sujet George.

Pierre Barbancey

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Sep 2008 à 16:32

Le défi de l’unité retrouvée

Par Jacqueline Dérens, journaliste (*).

Pourquoi le président Kgalema Motlanthe peut-il être l’homme de la situation en Afrique du Sud ?

Le départ de Thabo Mbeki était à l’ordre du jour depuis la conférence nationale de l’ANC, réunie à Polokwane en décembre 2007, mais on ne savait ni quand ni comment. La décision du juge Nicholson d’accorder un non-lieu dans l’affaire de corruption contre Jacob Zuma a activé le processus et la démission du président Thabo Mbeki, demandée par l’ANC et acceptée par celui-ci, ce qui met fin à une situation délétère, tout en soulevant de nombreuses questions sur l’avenir de la démocratie en Afrique du Sud.

La démission du président, si humiliante et cruelle qu’elle soit, va permettre au pays de retrouver une vie politique normale avant les élections du printemps 2009. La nomination du vice-président de l’ANC, Kgalema Motlanthe, au poste de président de l’Afrique du Sud jusqu’aux prochaines élections, devrait permettre avant tout à l’ANC de retrouver son unité, ce qui faisait sa force au temps où le mouvement de Nelson Mandela luttait contre le système d’apartheid.

Kgalema Motlanthe est un inconnu pour les médias et le grand public, mais pas pour les militants de l’ANC. Né en 1949, dans un village de l’actuelle province du Limpopo, dans une famille de 13 enfants, il a connu toutes les humiliations du système d’apartheid. Très vite, il s’engage dans la lutte contre le régime, ce qui lui vaut d’être envoyé au bagne de Robben Island en 1977, où il aura la chance de bénéficier des leçons politiques de Walter Sisulu et d’autres prestigieux prisonniers. Libéré dix ans plus tard, il reprendra la lutte à la tête du NUM, le syndicat des mineurs, puis en 1997 il deviendra secrétaire général de l’ANC, jusqu’en décembre 2007 où il sera élu vice-président du mouvement, bras droit du président Jacob Zuma.

Cet homme discret est apprécié de sa famille politique pour son intelligence, sa capacité d’écoute, son sens du dialogue, son pragmatisme et sa loyauté. « Il peut apaiser les syndicats, les factions pro-Zuma et pro-Mbeki, les investisseurs étrangers et la classe moyenne », affirme sans hésiter Adam Habib, professeur de sciences politiques à l’université de Johannesburg. Ce n’est pas par hasard, si, il y a huit semaines, il est entré au gouvernement de Thabo Mbeki comme ministre sans portefeuille. Il connaît de l’intérieur les rouages du gouvernement, les personnalités et tous louent ses qualités de conciliateur. Depuis qu’il avait rejoint le camp de Jacob Zuma à la conférence de Polokwane, il était vu comme l’homme de la situation, au cas où les démêlés de Jacob Zuma avec la justice barraient à celui-ci la route de la magistrature suprême.

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour demander que le pays retrouve de vrais dirigeants. On a reproché à Thabo Mbeki de gouverner seul, de ne tenir aucun compte des critiques, remarques, avis ou commentaires de ses camarades de l’ANC, de l’alliance tripartite (ANC, - Cosatu, SACP), de l’opposition comme de l’opinion publique. Il a écarté sans ménagement ceux qui osaient s’opposer à lui et à son entourage. Tout le monde a en mémoire sa désastreuse prise de position sur le sida et le soutien sans faille qu’il a apporté à la ministre de la Santé, surnommée « Docteur Betterave ». La solitude du pouvoir a eu raison de son intelligence politique. Le pouvoir se partage ou devient vite un pouvoir tyrannique, éloigné du soutien populaire qui lui donne sa validité et sa crédibilité. Thabo Mbeki paye au prix fort cette attitude méprisante.

Depuis la conférence de Polokwane, qui a marqué un tournant décisif dans la façon de faire de la politique dans le sens où les alliés de l’ANC, la centrale syndicale Cosatu et le Parti communiste sud-africain, SACP, sont mieux entendus et leurs propositions font l’objet d’un vrai débat, la situation de l’actuel gouvernement était de plus en plus inconfortable. La thèse des deux centres de pouvoir, l’ANC d’un côté et le gouvernement de l’autre, a alimenté bien des débats et controverses. Le citoyen ordinaire ne comprenait plus qui gouvernait le pays, il était las des querelles de factions, de la désunion affichée qui paralysait toute action du gouvernement alors que beaucoup attendent des réponses concrètes à leurs problèmes concrets : chômage, logement, éducation, santé, criminalité pour n ’en citer que quelques-uns.

Le nouveau président qui commence son mandat avec un crédit de confiance considérable dans le pays, dans toutes les couches de la population comme des acteurs économiques, a la tâche redoutable de réunir les factions au sein de l’ANC, de continuer le travail de son prédécesseur sans rupture, tout en apportant des infléchissements vers une politique plus tournée vers les pauvres. Mais la tâche la plus importante du nouveau président sera de mener une campagne électorale avec un programme cohérent qui redonne confiance à ceux que le pouvoir précédent avait trop souvent oubliés et qui attendent toujours « la vie meilleure pour tous ».

(*) Auteure de l’Année Mandela (Éditions Messidor 1991) et de Nous avons combattu l’apartheid (Éditions Non Lieu, 2006), elle anime le site d’information sur l’Afrique australe http://renapas.rezo.net.

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Oct 2008 à 14:04

L’ANC menacé de scission

Des partisans de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki menacent de quitter le Congrès national africain (ANC).

Après le séisme, la réplique. Deux semaines après la démission du président Thabo Mbeki, le 21 septembre, contraint par le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), de céder sa place, la formation sud-africaine, désormais dirigée par Jakob Zuma, rival de l’ancien chef d’État, est menacée de scission. Cela serait un coup dur pour l’ANC à quelques mois des élections législatives, qui seront organisées en avril. La dissidence est menée par l’ancien ministre sud-africain de la Défense Mosiuoa Lekota. « Il me semble que nous déposons aujourd’hui les documents d’un divorce », a dit ce partisan de Thabo Mbeki, lors d’une conférence de presse, après avoir dénoncé au sein de l’ANC des tendances antidémocratiques. Il réclame la tenue d’un congrès extraordinaire réunissant tous les adversaires de la direction actuelle de l’ANC, afin d’étudier la marche à suivre et les moyens de rétablir des procédures démocratiques dans le parti dominant. « Sinon, ce sera sans retour », a-t-il prévenu.

Damien Roustel

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Nov 2008 à 10:17

Les partisans de Mbeki se rebiffent

Un nouveau parti issu de la dissidence de l’ANC, au pouvoir depuis la chute de l’apartheid en 1994, voit le jour à quelques mois des élections.

Les récents événements survenus au sein du Congrès national africain (ANC) pourraient avoir des répercussions politiques plus importantes que prévu alors que les élections générales auront lieu au printemps prochain en Afrique du Sud. Certains y voient même la menace d’entamer la domination du parti qui avait mené la lutte contre l’apartheid et qui est au pouvoir depuis 1994. Les dissidents, menés par l’ex-ministre de la Défense Mosiuoa Lekota, ont tenu une convention nationale dimanche à Johannesburg pour poser les fondements d’un nouveau parti, le Congrès démocratique d’Afrique du Sud (SADC), dont le nom devait être déposé hier.

grand meeting à orange farm

D’ici au 16 décembre, date effective du lancement de cette nouvelle formation, ils prévoient une série de rassemblements politiques, dont un grand meeting à Orange Farm, un bidonville au sud de Johannesburg. Lekota avait été malmené lors du dernier congrès de l’ANC, en décembre, à Polokwane. Il fait parti du cercle rapproché de Thabo Mbeki et, à ce titre, avait été conspué par les militants qui lui reprochaient de ne pas tenir compte de l’avis de la base, de décider de la conduite politique du gouvernement en dehors du parti et, surtout, de ne pas combattre efficacement les maux qui touchent l’Afrique du Sud : la pauvreté, le chômage et le sida. Il y a quelques semaines, Mbeki a été contraint à la démission. Il a été remplacé par le vice-président de l’ANC, Kgalema Motlanthe, dont l’une des premières décisions a été de nommer une nouvelle ministre de la Santé. Celle-ci s’est empressée de déclarer : « Nous savons que le VIH amène le sida », rompant ainsi enfin avec les déclarations stupides et scandaleuses de son prédécesseur.

Le président de l’ANC, Jacob Zuma, a assuré en début d’année que le parti « resterait au pouvoir jusqu’au retour de Jésus-Christ » mais il ne prend pas à la légère les menées de Lekota. L’ANC a ainsi suspendu les leaders de la rébellion et menacé leurs partisans de « sanctions disciplinaires ». Cinq responsables du parti dans la ville du Cap ont aussi été suspendus après avoir organisé des meetings pour Lekota, lors desquels des militants ont brûlé leur carte de l’ANC. Celui-ci n’est pas « inquiet mais terrifié », a cru savoir l’éditorialiste du Times, Justice Malala. « Si Lekota peut attirer une foule de 2 000 militants, c’est que quelque chose est en train de se produire », écrivait-il récemment. En réalité, c’est le virage à gauche de l’ANC qui « inquiète » une frange non négligeable de la bourgeoisie sud-africaine, en particulier la bourgeoisie noire qui a profité de la politique libérale menée par Thabo Mbeki. Et le poids pris par le Parti communiste sud-africain (SACP) et la confédération syndicale COSATU la « terrifie ».

aucune chance de battre l’ANC

Ceux qui ont publiquement rejoint les rangs de la dissidence sont pour la plupart des alliés de l’ancien chef de l’État, comme Lekota ou Willie Madisha qui avait pris ses distances avec la COSATU. Pour l’instant, ils ne sont pas très nombreux, même si Mbhazima Shilowa, qui a démissionné du poste de chef du gouvernement de la riche province du Gauteng (où se trouvent Johannesburg et Pretoria), dans la foulée de Thabo Mbeki, a mis son poids dans la balance. Deux membres du comité exécutif de l’ANC - les 80 membres les plus puissants du parti - les ont également rejoints.

Malgré ces ralliements, les analystes considèrent que le nouveau parti n’a aucune chance de battre l’ANC lors des élections du deuxième trimestre 2009. Jacob Zuma jouit en effet d’une grande popularité auprès des millions de Sud-Africains qui vivent toujours dans la pauvreté.

Pierre Barbancey 4/11/08

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 22 Apr 2009 à 08:42

Mandela se déplace pour soutenir l’ANC et Jacob Zuma

Les élections générales se déroulent mercredi 22 avril 2009. Le parti au pouvoir est assuré de la victoire mais entend renforcer sa majorité.

Jabulani n’en revient toujours pas. Venu assister, hier, au dernier meeting du Congrès national africain (ANC), il a vu débarquer Nelson Mandela. Madiba en personne a, malgré ses quatre-vingt-onze ans, fait le déplacement pour soutenir son organisation de toujours. Il a fait son entrée dans une petite voiture que l’on utilise sur les parcours de golf. À ses côtés, Jacob Zuma, l’actuel président de l’ANC et candidat à la présidence de la République. Les 40 000 personnes présentes se sont levées comme un seul homme. L’ovation s’est amplifiée, résonnant et se répercutant sur les courbures du stade, montant et descendant au gré de l’avancée du petit véhicule, totalement assiégé par la horde de journalistes. Il monte avec peine sur la tribune mais ne prendra pas la parole. Les écrans géants diffusent un message qu’il a préalablement enregistré. « Souvenons-nous que la priorité de l’ANC est d’éradiquer la pauvreté », lance-t-il, à peine audible tant la foule est en délire.

Bien sûr, ce dimanche était comme un jour de fête. Parti de sa township de Soweto dans un bus spécialement affrété par la branche locale de l’ANC, il a dansé tout du long avec ses camarades. Certains portaient un tee-shirt jaune à l’effigie de Jacob Zuma, leur candidat à la présidentielle. D’autres avaient préféré le pull du parti communiste sud-africain (SACP), frappé de la faucille et du marteau. Tous exultaient et se réjouissaient d’entrer dans ce stade autrefois nommé Ellis Park, rebaptisé Stade Coca-Cola (sic) pour participer à cet ultime meeting de l’ANC avant les élections générales qui se tiendront mercredi et dont la seule inconnue est : le parti au pouvoir remportera-t-il les deux tiers des suffrages (ce qui lui permettrait de changer la constitution mais l’ANC ne l’a jamais fait), tant sa victoire est certaine.

Les gradins sont totalement occupés par une marée humaine. Les dignitaires du parti arrivent petit à petit, sous les ovations d’une foule sensiblement plus calme que lors des précédents meetings. Cyril Ramaphosa, considéré après la libération du pays comme le possible dauphin de Nelson Mandela, avant d’être écarté par Thabo Mbeki, est de la partie. « En 1994, c’était la libération », souligne-t-il devant quelques journalistes. « Mandela était président. Mais ensuite la démocratie a repris ses droits. Il y a des discussions, des contestations. C’est réjouissant », ajoute-t-il dans une allusion à peine voilée à ce qui s’est passé lors de la dernière conférence de l’ANC en décembre 2007 où l’équipe de Mbeki a été politiquement battue. Il redit que « le pays doit faire face à des défis. La vraie richesse est toujours entre les mains des Blancs » même si concernant ces derniers, il répète : « Nous voulons que les Blancs qui sont partis reviennent. L’Afrique du Sud est comme un avion qui va décoller, il faut qu’ils montent dans cet avion. » Sur ce, Winnie Madikizela-Mandela arrive, digne. Elle porte un béret avec une étoile rouge et un tee-shirt à l’effigie de Chris Hani, le dirigeant communiste, chef de la branche armée de l’ANC, assassiné en avril 1993. Le secrétaire général du SACP, Blade Nzimande, porte ce même polo. Au micro, en saluant les participants, il chante avec les 40 000 participants : « Ma mère était une femme de ménage, mon père était un jardinier, c’est pour ça que je suis communiste. »

Le discours de Jacob Zuma a été particulièrement politique. Il a rétiré les engagements de son parti, dont certains visent à corriger les erreurs du passé et à tenir compte des critiques grandissantes de la population : logement, politique de santé, sécurité mais aussi un contact plus étroit entre la présidence et le peuple, une responsabilisation des fonctionnaires et des responsables gouvernementaux ainsi qu’une surveillance accrue de l’utilisation des publics. Une façon de dire qu’il compte s’attaquer à la corruption qui ronge le pays.

Des dissidents de l’ANC ont créé un nouveau parti, le Congrès du peuple (COPE), qui tente de le défier (mais les analystes ne lui donnent pas plus de 8 %). L’Alliance démocratique (DA, opposition) accuse le gouvernement d’insuffisances. Elle espère aussi tirer un profit électoral des scandales de corruption qui ont entaché de hauts responsables de l’ANC, même si les charges portées contre Zuma ont été invalidées par la justice. Ce dernier s’est bien gardé d’attaquer l’opposition. « Allez et donnez à l’ANC la plus grande majorité qu’il ait jamais reçue depuis 1994 », a-t-il lancé en guise de conclusion. Pour Jabulani, ce dimanche a été comme une cure de vitamines. Le retour vers Soweto n’a pas été triste.

Pierre Barbancey http://www.humanite.fr/2009-04-20_International_Mandela-se-deplace-pour-soutenir-l-ANC-et-Jacob-Zuma

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 22 Apr 2009 à 17:57

Une nouvelle page au pays de Mandela

Les élections générales se déroulent aujourd’hui. Le parti au pouvoir est assuré de la victoire, mais entend renforcer sa majorité. Jacob Zuma a réitéré les engagements de l’ANC de corriger les erreurs du passé.

L’Afrique du Sud est, à nouveau, à un tournant de son histoire. Voilà quinze ans, ce pays commençait à s’extraire de l’apartheid et organisait les premières élections libres de son histoire. Nelson Mandela était élu triomphalement et son parti, le Congrès national africain (ANC), remportait plus des deux tiers des suffrages. Une victoire politique, résultat d’une lutte - armée de plusieurs décennies, d’autant plus admirable que le bain de sang que certains annonçaient (souhaitaient ?) ne s’est pas produit ; qu’en lieu et place a été mise sur pied la Commission vérité et réconciliation.

un bilan loin d’être mauvais

Autre nouveauté sur le continent africain, à la fin de son mandat de cinq ans, Mandela s’est retiré, laissant le soin aux générations suivantes de diriger le pays. C’est aujourd’hui la quatrième fois que les Sud-Africains vont élire leurs représentants au Parlement, dans un contexte économique, social et politique pourtant radicalement différent de celui qui prévalait lors des précédents scrutins. À l’issue de ce vote, les députés choisiront le président de la République.

L’ANC affiche un bilan loin d’être mauvais. Depuis 1994, plus de 3 millions de maisons ont été construites pour 14 millions de personnes. Dans les townships, où les Noirs étaient confinés dans des conditions misérables durant l’apartheid, des écoles et des routes ont été construites. Les plus pauvres ont accès à l’eau et à l’électricité gratuitement. Exemple parmi les exemples, Soweto, la plus grande township de Johannesburg, est aujourd’hui un vaste chantier où foisonnent les travaux de construction. L’économie a connu une croissance sans précédent de 5 % ces trois dernières années, et l’an prochain l’Afrique du Sud - accueillera la Coupe du monde de football, l’événement sportif le plus suivi de la planète. Mais la « nation arc-en-ciel », ainsi que l’a définie l’archevêque Desmond Tutu, fait face à de graves problèmes. Environ 20 % de la population active - 40 % selon certaines estimations - est sans emploi. Le sida fait 1 000 morts par jour, et l’insécurité reste un fléau national, avec en moyenne 50 homicides par jour. Mais voilà, malgré leur passé progressiste, de gauche, les gouvernements successifs ont appliqué des politiques libérales dont on connaît les recettes : limitation de l’inflation, limitation de la dette publique et privatisations à outrance, le tout sous le prétexte d’attirer les investisseurs étrangers. Une politique qui s’est accélérée sous la présidence de Mbeki, malgré les critiques de plus en plus nombreuses émanant de l’ANC et des organisations membres de l’Alliance : le syndicat COSATU et le Parti communiste sud-africain (SACP). Après 2004 - deuxième mandat de Thabo Mbeki -, les luttes se sont développées dans les entreprises mais aussi dans les provinces pour dénoncer la pauvreté ou les horribles orientations gouvernementales en matière de lutte contre le sida (Mbeki ne reconnaissant pas le VIH comme responsable du sida et donc ne permettant pas la délivrance gratuite du traitement, alors que son pays est le plus touché de la planète).

l’alternative possible

Dans les affrontements politiques internes à l’ANC, la figure de Jacob Zuma, controversé mais charismatique, est apparue comme l’alternative possible, malgré ses ennuis judiciaires. En décembre 2007, à la conférence de l’ANC qui se tenait à - Polokwane, les délégués ont tranché. Ils ont barré la route à Mbeki, qui postulait pour un troisième mandat à la tête de l’organisation (il devait quitter la présidence de la République après deux élections, comme le stipule la Constitution), et ont placé Zuma (qui avait été déchu de son poste de vice-président de la République en 2005 par ce même Mbeki pour cause d’accusations de corruption, charges aujourd’hui levées). Un changement de tête qui s’est accompagné d’un changement politique quant aux orientations, avec un accent mis sur la lutte contre la pauvreté et contre la corruption. Ce qu’ont - entendu les Sud-Africains. « Nous aimons Zuma parce qu’il est l’un d’entre nous », dit Vuyo, qui gagne environ 10 rands par jours (tout juste un euro) en vendant des petits morceaux de fils électriques. Zuma s’est même efforcé de courtiser les électeurs de la minorité blanche (9 % de la population), allant jusqu’à déclarer que les Afrikaners, ces descendants de colons hollandais qui ont souvent été étroitement liés au régime d’apartheid, étaient aussi africains que les Zoulous.

La formation en décembre du Congrès du peuple (COPE) par des dissidents de l’ANC proches de Thabo Mbeki a créé « une nouvelle option » et ouvert l’espace politique, estime Dirk Kotze de l’Université d’Afrique du Sud (UNISA). Face à ceux qui craignent une trop forte majorité de l’ANC, Adam Habib, du Conseil de recherches en sciences humaines, rappelle que les jeunes institutions démocratiques ont prouvé leur capacité de résistance : les élections sont libres, l’opposition a la possibilité de faire campagne sans entrave et les médias peuvent enquêter sur les responsables politiques. Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), qui dirige la ville du Cap, en est réduit à faire campagne sur le thème « Stop Zuma ». Tout un programme !

Les derniers sondages indiquaient que la participation allait être particulièrement importante lors de cette élection. On parle de 80 %. Ce qui laisserait supposer un résultat record pour l’ANC. « En 2004, je ne suis pas allé voter parce que je ne voulais pas de la politique de Mbeki. Cette fois j’y vais. Les attaques répétées contre Zuma prouvent que certains craignent le changement », certifie Ntuthuko, quarante ans, chômeur. Une idée entendue de multiples fois, aux quatre coins du pays.

Pierre Barbancey

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Apr 2009 à 15:50

De Jacob le Zoulou au président Zuma

Portrait express de celui qui va prendre la tête de l’Afrique du Sud.

On l’appelle le « Zoulou boy ». Et Jacob Zuma n’en est pas peu fier, lui qui ne dédaigne pas revêtir l’habit traditionnel en peau de léopard à l’occasion de certaines cérémonies, comme son deuxième mariage, en janvier 2008. Dans les meetings de l’ANC, il est rare de ne pas le voir lever la jambe comme le requiert l’indlamo, la danse zouloue. Mais réduire à cette simple image celui qui devrait être élu aujourd’hui, et sans problème, troisième président de la république sud-africaine libre et démocratique, est évidemment réducteur. Même si, comme il l’a révélé à Jeremy Gordin, auteur de Zuma, a biography, son enfance dans le Natal, son impossibilité d’aller à l’école et les discussions entendues chez lui, notamment les paroles d’un parent engagé dans le mouvement syndical, l’ont fortement influencées.

Jacob Gedleyihlekisa est né le 12 avril 1942 à Nkandla, dans le Natal (aujourd’hui Kwazulu-Natal). En 1959, à l’âge de dix-sept ans, il rejoint l’ANC. L’année suivante, après la révolte sanglante de Sharpeville, l’ANC est interdite. Il est arrêté en 1963 et condamné à dix ans de prison pour « complot contre l’apartheid ». Une peine qu’il purgera dans le fameux pénitencier de Robben Island, au large de la ville du Cap, où Nelson Mandela se trouvait depuis quelque temps. À sa sortie il va rapidement gagner le Swaziland et intégrer l’Umkhonto we Sizwe (MK), la branche armée de l’ANC. C’est dans ce pays qu’il rencontrera d’ailleurs Thabo Mbeki. JZ, comme on commence alors à l’appeler, va gravir les échelons de la direction. En 1977, il devient membre du comité national exécutif puis, dix ans plus tard, prend la tête des services de renseignements de l’ANC. Après la libération de Nelson Mandela, il participe aux négociations avec le gouvernement de Frederik de Klerk. En 1999, alors que Thabo Mbeki a succédé à Nelson Mandela, il devient vice-président du pays. Mais, accusé de corruption, il est relevé de ses fonctions en 2005. La guerre avec Mbeki commence. Elle se terminera en 2007, lors de la conférence de Polokwane : Zuma, avec le soutien du syndicat COSATU et du parti communiste, prend la présidence de l’organisation en battant son ancien ami devenu - rival puis quasi-ennemi. Entre-temps, JZ aura été inculpé de viol puis acquitté, obtiendra un non-lieu dans une affaire de corruption - dont ses partisans disent qu’il s’agit avant tout d’une affaire politique et y voient la main de Mbeki - avant d’être à nouveau poursuivi au début de l’année. Jusqu’au 6 avril dernier où les poursuites ont été levées.

Les frasques - avérées ou non - de Jacob Zuma ont été largement exploitées par ses détracteurs, qui, en réalité, lui reprochent son rapprochement avec l’aile gauche de l’ANC (la COSATU et le parti communiste). Lors de ses dernières déclarations, il a été on ne peut plus clair sur sa volonté de changement. Changement dans la façon de conduire le pays, changement dans la redistribution des richesses et des terres. « Nous avons fait beaucoup durant ces quinze dernières années, mais il y a encore beaucoup à faire », insiste-t-il.

P. B.

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Apr 2009 à 17:40

L’ANC face au désir de changement

Jacob Zuma savoure sa victoire. Son parti obtient deux tiers des sièges.

Le centre de Johannesburg, habituellement dangereusement vide à la nuit tombée, résonnait de mille sons, jeudi soir. Devant la Luthuli House, le siège de l’ANC, ils étaient des milliers a s’être rassemblés sans même attendre la proclamation officielle des résultats. La victoire du Congrès national africain ne faisait de toute manière aucun doute. « Pourquoi ne pas se retrouver tout de suite, danser et chanter », semblaient dire les dirigeants de l’ANC, Jacob Zuma en tête, venu sur la scène dressée a la hâte pour saluer ses électeurs. Ces derniers lui ont fait une ovation monstre.

L’ANC a raison de ne pas bouder sa victoire. La participation a été particulièrement impressionnante, avoisinant les 80 %. Les jeunes sud-africains, ceux qui n’ont pour ainsi dire pas connu la lutte contre l’apartheid, se sont déplacés en nombre et tout indique qu’ils ont majoritairement choisi l’ANC. Avec 67 % des suffrages, celui-ci obtient plus des deux tiers des sièges à l’Assemblée nationale. L’opposition, en particulier l’Alliance démocratique (DA, parti essentiellement blanc et représentant d’une élite) en avait fait son cheval de bataille. À l’entendre, si le parti de Mandela obtenait les deux tiers, la démocratie serait en danger voire totalement morte. Une idée relayée par les medias, bien que l’ANC n’ait jamais utilisé ce pouvoir en quinze ans et encore moins de manière coercitive. Adam Habib, vice-chancelier à l’université de Johannesburg, estime en revanche que cette barre symbolique atteinte « permet à Jacob Zuma de montrer que l’éviction de Thabo Mbeki n’a pas eu de conséquences sur la force du parti ».

L’Alliance démocratique, dispose pour sa part de près de 16 % des voix et semblait en mesure d’emporter seule - pour la première fois - la province du Western Cape (sud-ouest). Le Congrès du peuple (Cope), formé en décembre par des dissidents de l’ANC après la démission forcée de l’ex-président Thabo Mbeki, suivait avec à moins de 8 % des suffrages.

La presse saluait à l’unanimité le « raz-de-marée » ANC. Le parti a « confirmé l’ampleur de son soutien malgré de nombreux défis de la campagne », soulignait notamment le quotidien The Times. « Jacob Zuma et l’ANC ont mené une campagne brillante et réussi à faire passer les élections de 2009 pour un duel entre les riches noirs et blancs d’un côté et la grande majorité des pauvres noirs de l’autre », analysait l’hebdomadaire Mail and Guardian. De fait, le scrutin a été marqué par des orientations politiques claires de l’ANC, loin des clivages raciaux. « Si Jeremy Cronin (le secrétaire général adjoint du Parti communiste sud-africain et blanc-NDLR) était président de l’ANC, et si le responsable du DA était un Noir, le score serait le même », souligne Adam Habib. « Un des grands débats en Afrique du Sud, est le manque d’opposition consistante. » Pour lui, l’avenir du DA est, de fait, assez limité, justement parce qu’il est perçu comme un parti de Blancs. En revanche, « le COPE est vu comme non racial, ce qui lui donne la possibilité de grandir ».

Jacob Zuma sait parfaitement qu’une fois l’euphorie de la victoire passée, il faudra se mettre au travail. Beaucoup de Sud-Africains qui lui ont accordé leur suffrage ont fait savoir que c’était la dernière chance pour l’ANC de véritablement changer les choses et dans la durée. Celui qui sera élu président par le Parlement au mois de mai changera certainement en partie la politique économique. C’est ce que veulent ses alliés du syndicat Cosatu et du Parti communiste sud-africain (SACP). Zuma « a fait en sorte de s’identifier à la marginalisation des pauvres », explique ainsi le Mail and Guardian. Mais, attention, « ils se retourneront contre lui s’il échoue à répondre aux attentes ». L’Afrique du Sud est la première économie du continent, mais plus de 43 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté, tandis que le chômage frôle les 40 %. Des statistiques susceptibles d’empirer alors que le pays s’apprête à entrer en récession pour la première fois depuis dix-sept ans. « Le plus grand défi pour Zuma réside dans les espoirs de la classe ouvrière et des pauvres, qui sont en grande partie derrière le phénomène Zuma », avertit l’analyste Aubrey Matshiqi.

Pierre Barbancey

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 May 2009 à 16:10

Jacob Zuma devient président de la nation arc-en-ciel

Le Parlement s'est réunit mercredi pour élire le nouveau chef d’État.

Jacob Zuma devient président de la République d’Afrique du Sud aujourd’hui. À l’issue d’une cérémonie d’intronisation des 400 députés au siège du Parlement au Cap, celui qui est toujours président du Congrès national africain (ANC) sera donc désigné par ses pairs pour succéder à Nelson Mandela et Thabo Mbeki. Une simple formalité, vu le score réalisé par son parti lors des élections du 22 avril dernier : 66 % des suffrages, avec un taux de participation record avoisinant les 80 %. La cérémonie officielle se déroulera samedi, à Pretoria, dans l’enceinte de l’Union Building, en présence de plusieurs centaines de chefs d’État et de gouvernement du monde entier. Pour Zuma, qui avait commencé sa vie en gardant le bétail dans sa province natale du Natal, c’est la consécration d’une vie militante et d’engagement politique affirmé, qui l’aura successivement amené des geôles de l’apartheid aux services de renseignements de l’ANC, puis à la vice-présidence du pays, et enfin à la présidence. Un parcours pas si linéaire. Il a été évincé par Thabo Mbeki, officiellement pour son implication dans plusieurs dossiers sulfureux (accusé de viol, il a été acquitté et, récemment, les charges pour corruption ont été abandonnées), en réalité pour son opposition à celui qui a mené une politique libérale au détriment des engagements de l’ANC.

Arrivé au faîte, Zuma sait pourtant que tout ne fait que commencer. C’est peut-être la tâche la plus dure qu’il doit affronter. Ces derniers jours, il a néanmoins montré qu’il entendait appliquer un certain nombre de principes et d’orientations décidés lors de la conférence du parti à Polokwane. L’ANC a ainsi rendu publique la liste de ses chefs dans les huit provinces sur neuf qu’il a décrochées lors des élections. L’organisation a désigné quatre femmes sur les huit postes, malgré les récriminations de certains dans ses propres rangs.

Vendredi, il a lancé un message clair aux Sud-Africains, qui attendent un changement réel : il a promis que le prochain gouvernement d’Afrique du Sud s’emploiera à améliorer les conditions de travail. Il entend notamment légiférer « pour réguler les contrats de travail, les contrats de sous-traitance et précaires ». De son côté, le Parti communiste sud-africain (SACP) a prévenu que la victoire électorale ne signifiait pas que la population avait donné « un chèque en blanc » à l’ANC. « Les élections sont terminées, mais la lutte continue », a souligné le SACP, qui, avec le syndicat COSATU, est un des piliers de l’alliance au pouvoir.

Pierre Barbancey 6/05/2009

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 May 2009 à 10:51

Nouveau gouvernement Zuma pour un changement d’orientation

Au lendemain de la cérémonie d’investiture, le président annonce la liste de son équipe et rend hommage à Nelson Mandela.

Jacob Zuma a prêté serment samedi comme nouveau président de l’Afrique du Sud. Nelson Mandela, quatre-vingt-dix ans, malgré un état de santé déclinant, avait tenu à faire le déplacement. Son arrivée a été ovationnée par la foule. En revanche, Thabo Mbeki, successeur de Mandela, qui, sur injonction du Congrès national africain (ANC), avait dû démissionner en cours de mandat, a en revanche été hué. Lors de la cérémonie d’investiture, Zuma s’est également agenouillé, en signe traditionnel de respect, devant Nelson Mandela, à qui il a d’ailleurs rendu hommage et promis de suivre les traces. « Il a fait de la réconciliation le thème central de son mandat (1994-1999). Nous ne dévierons pas de cette tâche de construction de la nation arc-en-ciel », a-t-il assuré. « Merci Madiba de nous avoir montré la voie. »

« Les rêves et les espoirs de tous les gens de notre pays doivent se réaliser », a lancé Jacob Zuma, applaudi par des dizaines de milliers de personnes lors de la cérémonie d’investiture à Pretoria. « Il n’y a pas de place pour la complaisance, pas de place pour le cynisme, pas de place pour les excuses. (…) Les combats et les sacrifices de tant des nôtres depuis tant de décennies ne seront pas vains. Au contraire, ils devront nous inspirer pour mener à bien la tâche pour laquelle tant de sang a coulé, et tant de souffrances ont été vécues », a-t-il ajouté.

Dans les priorités de son mandat figurent la lutte contre la première récession de l’économie sud-africaine en dix-sept ans, le combat contre la pauvreté, contre la criminalité et le sida. Dans son discours inaugural, il a promis de tout faire pour aider les Sud-Africains à réaliser leurs rêves et a évoqué les difficultés économiques actuelles. « Nous devons admettre que nous traversons des temps difficiles en matière économique. Des emplois disparaissent dans le monde entier. Nous ne passerons pas à travers et nous commençons à en ressentir les effets », a-t-il dit.

Autant d’orientations nouvelles qu’il entend mettre en oeuvre avec son gouvernement dont la composition a été annoncée hier, signe que Jacob Zuma veut se mettre au travail tout de suite et, surtout, impulser de nouvelles règles. Ce gouvernement, mélange d’anciens et de nouveaux, devra répondre à deux priorités : la lutte contre la pauvreté (43 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour) et l’amélioration des services publics pointés du doigt pour leur manque cruel d’efficacité. Plusieurs ministères ont été divisés et de nouveaux départements créés, « suivant une recherche extensive de modèles internationaux pour savoir comment les gouvernements d’autres régions du monde planifient et vérifient les performances », a expliqué le président sud-africain. Le sort du ministre des Finances sortant, Trevor Manuel, en place depuis treize ans, particulièrement respecté dans les milieux financiers mais beaucoup moins au sein de la population qui associe son nom à une politique libérale, était particulièrement attendu. S’il perd son portefeuille au profit de Pravin Gordhan (il existera également un ministère du Développement économique), il reste néanmoins présent et obtient un poste non négligeable : il est ministre auprès de la présidence, plus particulièrement en charge de la Commission nationale de planification (NCP). Le secrétaire général du Parti communiste sud-africain, Blade Nzimande, devient ministre de l’Enseignement supérieur et de la Formation alors que le secrétaire adjoint de ce parti, Jeremy Cronin, prend le poste de vice-ministre du Transport. Ancienne ministre des Affaires étrangères, Nkosazana Dlamini-Zuma (ex-femme du président) passe à l’Intérieur. Elle est remplacée par Maite Nkoana-Mashabane. « Nous avons voulu une structure qui permette d’atteindre un développement socio-économique visible et tangible dans les cinq prochaines années », a souligné Jacob Zuma.

Pierre Barbancey

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Jul 2009 à 12:19

Jacob Zuma face au défi des réformes économiques

Dans les townships la colère monte face à la pénurie de logements et aux difficultés sociales. La police a arrêté des centaines de personnes.

Première puissance économique du continent africain, l’Afrique du Sud est, pour la première fois depuis la chute de l’apartheid en 1994, en récession économique. Une situation qui risque fort d’accentuer la misère qui continue de régner dans le pays, si des mesures fortes, de justice sociale, celle énoncées par le nouveau président du pays, Jacob Zuma, ne sont pas rapidement prises. La pauvreté est endémique. Plus d’un million de familles vivent toujours dans des bidonvilles (contre 4 millions pendant l’apartheid), environ 43 % des Sud-Africains se débrouillent avec moins de 2 dollars par jour et près de 40 % de la population active est au chômage.

Pour des logements décents

Ces derniers jours, des manifestations parfois violentes ont éclaté dans des townships pour réclamer des logements décents et un meilleur accès aux services publics (essentiellement l’eau et l’électricité). Mercredi, la police a tiré des balles en caoutchouc contre des manifestants qui bloquaient une route au sud de - Johannesburg. La veille, les forces de l’ordre avaient dispersé la foule de la même façon dans la township de Thokoza, non loin de la capitale économique de l’Afrique du Sud. Dans la province du Mpumalanga (Nord-Ouest), près de la frontière avec le Mozambique, les démonstrations ont pris une tournure xénophobe avec le pillage et l’incendie de magasins appartenant à des étrangers. Une centaine de personnes ont été arrêtées.

Depuis plusieurs années maintenant, des révoltes spontanées apparaissent régulièrement pour alerter les pouvoirs publics. Plus grave encore, en mai 2008, cette colère sociale s’était retournée contre les travailleurs immigrés africains, essentiellement venus du - Mozambique et surtout du Zimbabwe. Une soixantaine d’étrangers avaient alors été tués et des milliers d’autres avaient fui les quartiers où ils vivaient.

Pour le Congrès national africain (ANC), le parti de Nelson Mandela et de Jacob Zuma, ainsi que pour ses alliés de l’Alliance, le Parti communiste sud-africain (SACP) et la centrale syndicale COSATU, le défi est de taille. Au-delà du drame humain que représentent les violences xénophobes, c’est bien la question d’une accélération des réformes politiques et économiques dont il est question. Comme le soulignait Blade Nzimande, secrétaire général du SACP, « toute notion de "renaissance africaine" qui n’est pas accompagnée par des politiques économiques radicales permettant de changer les conditions d’existence des travailleurs et des pauvres, incluant le défi des pratiques prédatrices du capitalisme sur le continent, n’est rien d’autre que le nouvel et moderne opium du peuple ».

Lors des élections du mois d’avril dernier, l’ANC avait pointé du doigt les problèmes que rencontre la société sud-africaine : le manque d’accès aux services de base, carence de logements, corruption… Il avait fait de la lutte contre la pauvreté une de ses priorités. Le Congrès national africain entendait également marquer une rupture avec les orientations économiques de l’ère Mbeki (le prédécesseur de Zuma à la présidence) qui avait favorisé les privatisations et imposer à l’économie sud-africaine la course à la compétitivité. « Nous avons un fort taux de chômage, le monde entier souffre de la crise économique et cela ne rend pas les choses plus faciles, explique Adrian Hadland, directeur du Conseil de recherche en sciences humaines. La frustration vient en partie des gouvernements locaux qui travaillent de manière inégale. » Le week-end dernier, l’ANC a appelé au lancement d’un audit sur les -services municipaux afin qu’ils améliorent leurs performances. Plus largement, c’est à ce niveau que se développe la plus importante des corruptions. L’attribution des logements est, par exemple, aux mains de certains élus et les - décisions d’attribution ne sont pas collégiales. Bien que 2,8 millions de logements aient été construits depuis 1994, les dures conditions climatiques de l’hiver austral ont amené des centaines de personnes à se révolter lors de la destruction de leurs shacks (les maisons de tôle qui composent les camps de squatters) à Diepsloot, près de Johannesburg, en vue de mettre en place des égouts dans le quartier. Au mois de juin, le président Zuma avait tiré le signal d’alarme quant au travail des employés municipaux et, plus largement aux services administratifs du pays, qui « travaillent trop lentement ».

Pierre Barbancey

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Sep 2009 à 16:24

Zuma face à l’impatience des syndicats

Afrique du Sud . La plus grande confédération du pays, la Cosatu, tient son congrès à un moment où les mouvements sociaux se multiplient.

Le 10e congrès de la confédération des syndicats sud-africains (Cosatu), s’est ouvert hier, alors que l’Afrique du sud est entrée en récession, la première depuis dix-sept ans. Venu s’exprimer à l’ouverture des travaux du syndicat en tant que président du Congrès national africain (ANC), Jacob Zuma, par ailleurs président du pays, a reconnu que « l’impact de la récession dans les secteurs clés de notre économie comme la manufacture, les mines et l’automobile est visible et dur ». Il a fait état de rapports indiquant que près de 180 000 emplois ont disparu au cours du premier trimestre de cette année. « La récession va sans aucun doute affecter les cibles de notre économie formelle, a-t-il dit. L’économie formelle a besoin de générer une moyenne de 500 000 nouveaux emplois annuels pour réduire le chômage de moitié d’ici à 2014. »

La situation sociale est tendue. En début d’année, des unions membres de la Cosatu ont lancé toute une série de grèves portant notamment sur l’augmentation des salaires, provoquant même un bras de fer avec Jacob Zuma, qu’elles avaient pourtant soutenu lors de l’élection du mois d’avril dernier. Forte de 1,9 million de membres et plus importante confédération du pays, la Cosatu veut convain- cre Zuma de changer sa politique économique. « Les taux d’intérêt ne peuvent pas être le seul outil pour cibler et stabiliser l’inflation, explique Sidumo Dlamini, président de la Cosatu. Nous devons parler de l’industrialisation de notre économie et de ce qui est le mieux pour assurer la création det la protection de ceux existants. » La Cosatu souhaite voir la banque centrale totalement contrôlée par l’État afin de limiter sa dépendance vis-à-vis des actionnaires. Pour Dlamini, dans le climat économique actuel, il y a besoin d’un vrai débat sur l’effectivité d’une économie de recouvrement telle que celle initiée par l’ancien président Thabo Mbeki. Une politique qui, pour la Cosatu, favorise les intérêts des financiers au détriment de ceux des salariés. Enfin, la confédération appelle à revoir la politique dite du Black Economic Empowerment (BEE, renforcement économique des Noirs) parce que c’est « la bourgeoisie noire qui tire les bénéfices de la sueur des travailleurs à travers les entreprises BEE ».

En s’adressant aux congressistes, Jacob Zuma a d’abord voulu montrer le respect qu’il portait au mouvement syndical, qui plus est membre de l’alliance qui unit la Cosatu à l’ANC et au parti communiste sud-africain (SACP), mais n’a pour autant pas passé sous silence les problèmes qui se posent. « L’ANC, force disciplinée de la gauche, a accepté le mandat électoral venu d’abord des travailleurs et des pauvres avec l’engagement de porter plus avant la lutte pour une vie meilleure pour tous » (« a better life for all », slogan de l’ANC - NDLR), a-t-il souligné avant de revenir sur l’alliance tripartite. « Les relations entre les partenaires de l’alliance sont plus positives et constructives que jamais dans l’histoire récente », s’accorde-t-il à penser.

Il n’empêche que « le comité exécutif national de l’ANC (NEC, parlement de l’ANC) est d’accord sur le besoin d’appeler à une rencontre urgente du secrétariat de l’alliance, suivie d’un sommet de l’alliance ». Preuve que, depuis décembre 2007 et la conférence de Polokwane, qui a vu l’éviction de Thabo Mbeki et l’accession de Jacob Zuma à la présidence de l’organisation avec l’aide de la Cosatu et du SACP, le ciel de l’alliance s’est un peu obscurci. Pour lrien de grave, bien que ces tensions commencent à transparaître au sein de l’ANC, un débat commençant à être initié visant à préparer la conférence de l’ANC de 2012 et, à travers elle, les orientations politiques et la direction qui va avec. « Nous devons nous engager beaucoup les uns envers les autres, en liaison avec les résolutions de la conférence de Polokwane », a fait savoir Zuma, en sachant que « nous ne serons bien sûr pas toujours d’accord sur toutes les questions », mais appelant à régler les différends « comme des camarades ».

Pierre Barbancey

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 Oct 2009 à 17:15
 
Plusieurs milliers d’habitants de townships sud-africains sont descendus dans les rues mardi pour réclamer une amélioration de leurs conditions de vie. Ces manifestations surviennent régulièrement depuis l’élection en avril de Jacob Zuma à la présidence. Il avait promis de réduire la pauvreté. Ils ont dressé des barricades fermant l’accès à leur bidonville et ont défilé vers le siège de l’administration municipale en dénonçant la corruption. Les habitants des townships réclament des mesures des autorités pour améliorer les services de santé, d’éducation ou la fourniture d’eau et d’électricité
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Oct 2009 à 19:09
 
Plus de 150 personnes ont été arrêtées en Afrique du Sud, où les manifestations contre la pauvreté et les mauvaises conditions de vie s’intensifient depuis le début de la semaine. Et jeudi, 19 personnes ont été blessées par des tirs de balles en caoutchouc à Diepsloot, quartier pauvre au nord de Johannesburg.

Les images des forces de l’ordre tirant des balles en caoutchouc pour disperser la foule des émeutiers évoquaient les années sombres de l’apartheid et la répression sanglante du régime police ségrégationniste.

Le mouvement de protestation contre l’incurie des services publics, sporadique dans le pays depuis des semaines, a pris de l’ampleur plus récemment: partie de Standerton, à 150 km au sud-est de Johannesburg, la violence a gagné au moins quatre autres villes dans l’est du pays.

Dans la capitale provinciale de Nelspruit, un véhicule de police a été incendié non loin d’un stade censé abriter des rencontres de la Coupe du monde de football l’année prochaine. Après avoir été expulsés pour laisser place à la construction du stade, les habitants réclamaient l’école qu’on leur avait promise en échange, et toujours pas sortie de terre.

En lisière de Standerton, dans le township de Sakhile, Ellen Mgaga, lycéenne de 18 ans, contemplait les ruines de la bibliothèque du quartier, incendiée par les émeutiers. “Comment je fais pour arriver à étudier?”, déplore-t-elle. Son lycée est fermé à cause des manifestations, alors que les épreuves du baccalauréat débutent la semaine prochaine.

La violence des manifestations a paniqué les habitants, qui restent cloîtrés chez eux. Les dispensaires publics ont fermé, de crainte que leurs employés ne soit pris pour cibles, forçant mères d’enfants en bas âge ou vieillards malades à marcher des kilomètres pour se faire soigner.

Les habitants de Shakile réclament la démission du maire et du conseil municipal, accusés de corruption. Lebogang Ganye, 23 ans, un des nombreux jeunes sans emploi qui a mis toute sa colère dans les batailles de rue avec la police, raconte qu’il a voté pour le Congrès national africain (ANC) par loyauté envers le parti qui a mis fin à l’apartheid. Mais il n’y croit plus. “Ils nous avaient promis des emplois, la possibilité de s’en sortir, une meilleure vie. Mais de notre point de vue, c’est pire. Et nous devons vandaliser pour les pousser à agir.”

Quinze ans après la fin de l’apartheid, c’est un peu partout le même sentiment. De nombreux Sud-africains se sentent laissés pour compte de cette croissance économique qui a enrichi une bonne partie des responsables gouvernementaux ou apparatchiks de l’ANC.

Jacob Zuma, élu en avril à la présidence, reste très populaire parmi les plus pauvres. Il leur avait promis d’accélérer la construction de maisons, dispensaires, écoles, l’approvisionnement en eau courante et en électricité, et bien sûr de créer des emplois. Mais il a également reconnu les difficultés à le faire, à l’heure où l’Afrique du Sud est plongée dans sa première récession depuis près de deux décennies.

“Sans aucun doute, les manifestations ont empiré depuis les élections. Ça va escalader, et escalader vite”, analyse Udesh Pillay, directeur du Centre de fournitures de services au Conseil pour la recherche en sciences humaines. Si le président Zuma a répondu aux inquiétudes de la population, se rend sur le terrain et bénéficie toujours d’un grand respect, les Sud-africains sont en revanche de plus en plus méfiants envers d’autres responsables de l’ANC, ajoute-t-il.

Et notamment au niveau des municipalités, maillon le plus faible de l’organisation du pays depuis de longues années. Nombre de conseils municipaux sont mal gérés et gangrenés par la corruption. Ils ont aussi la tâche difficile de devoir tout réorganiser après des décennies de planification urbaine marquée par la ségrégation, où les quartiers blancs bénéficiaient de services publics de qualité, tandis que les quartiers noirs, en lisière des villes, eux, n’avaient rien. Certes estiment donc que l’approche des élections municipales de 2011 tient une place dans les troubles actuels.

Chris Nkosi, du bureau du maire, s’insurge en inspectant les décombres du bâtiment municipal de Siyathuktuka, l’un des townships frappés par la violence. Le local construit en 1999 abritait notamment une bibliothèque. Il dénonce du vandalisme pur et simple: “Comment pouvez-vous faire ça, alors que vous réclamez des services à cor et à cris! Ça n’a aucun sens”.




Edité par T 34 - 18 Dec 2009 à 20:30
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Le PC sud-africain se renforce

Les communistes d’Afrique du Sud ont tenu un congrès extraordinaire.

Le parti communiste sud-africain (SACP) a tenu un congrès extraordinaire du 9 au 13 décembre, à Polokwane (Limpopo). Un congrès qui se tenait six mois après les élections générales du printemps dernier et dans un contexte politique particulier, puisque les deux principaux dirigeants du SACP, le secrétaire général, Blade Nzimande, et le secrétaire général adjoint, Jeremy Cronin, participent au gouvernement. Jacob Zuma s’est d’ailleurs adressé aux congressistes. Les travaux du congrès ont traité de trois questions  : les relations avec l’ANC, la situation économique et sociale, le développement de l’organisation du SACP. Sur le premier point, il convenait de clarifier les choses, alors que certains membres de l’ANC, dont le leader de la Ligue de la jeunesse, Julius Malema, ont lancé une campagne anticommuniste, en contradiction avec les orientations du congrès de l’ANC de décembre 2007. Sur le second point, Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la Cosatu, a été très clair lors de son intervention  : « Pourquoi, après quinze ans de liberté, les conditions matérielles de notre peuple n’ont pas changé  ? À quoi sert la libération, si l’on reste sans emploi et pauvres  ? Nous avons plus que jamais besoin du SACP. » Enfin, si en 2007 le Parti communiste sud-africain annonçait 51 000 adhérents, il en compte aujourd’hui plus de 96 000.

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, était présent à ce congrès. Il s’est entretenu avec Jeremy Cronin. « Ils ont insisté sur le fait qu’il ne fallait pas décevoir la confiance du peuple sud-africain à la suite des dernières élections générales », explique-t-il. Il se félicite par ailleurs du renforcement des liens entre les deux organisations. Le SACP a décidé d’envoyer une délégation à la prochaine Fête de l’Humanité.

P.B.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Mar 2010 à 14:55

La Coupe du Monde en Afrique du Sud : Invictus à l’envers (The Nation)

 

Johannesburg : Vous le remarquez dés la descente de l’avion : un énorme ballon de foot pendu au plafond de l’aéroport international de Johannesburg orné de bannières jaunes qui proclament, « 2010 allons-y ! Coupe du Monde ! » Si vous tournez la tête, vous pouvez constater que tous les sponsors sont de la partie : Coca-Cola, Anheuser-Busch – tous portent le sceau de la FIFA. Ce n’est que lorsque vous baissez le regard que vous apercevez un autre univers, moins sponsorisé celui-là. Même à l’intérieur de l’aéroport rutilant, des hommes âgés entre 16 et 60 ans proposent de vous cirer les chaussures, de porter vos bagages, ou même de vous accompagner jusqu’au taxi. C’est l’économie informelle qui tente de se faire une place au milieu des sponsors. Bienvenue en Afrique du Sud, un endroit remarquable et fait de contrastes : riches et pauvres, blancs et noirs, des immigrés et tout le reste. Déjà en temps normal, c’est la bagarre s’en sortir. Mais avec la Coupe du Monde 2010, qui démarre dans 90 jours, les contrastes se sont transformés en conflits.

La situation actuelle en Afrique du Sud pourrait être qualifiée d’ « Invictus à l’envers ». Pour ceux qui ont eu le plaisir de le voir, le film Invictus raconte comment Nelson Mandela a utilisé le sport, particulièrement le rugby pratiqué presque exclusivement par des blancs, pour réunifier le pays après la chute de l’Apartheid. (John Pilger a une autre opinion sur ce film - NdT)

La Coupe du Monde, par contraste, a été l’occasion de camoufler tous les conflits afin de présenter aux yeux du monde l’image d’une nation unie. Comme l’a dit Danny Jordaan, le principal organisateur sud-africain de la Coupe du Monde, « Les gens vont voir que sommes africains. De classe mondiale ». Remarquez que sa préoccupation porte sur ce que verra le monde, et non ce que verront les Sud-africains. Ce que les Sud-africains voient, selon les termes d’un jeune homme, c’est « le pillage du pays par... le foot. » Les contrastes sont en train de se transformer en conflits parce que le gouvernement sous la pression de la FIFA est décidé à faire en sorte que le spectacle soit une réussite, quel que soit le coût social.

Il y a les expulsions de milliers de gens qui ont été chassés de leur foyers vers des bidonvilles, pour faire place aux nouveaux stades et aussi pour épargner aux touristes le triste spectacle. Les Nations Unies ont même porté plainte au nom des 20.000 personnes déplacées du camp Joe Slovo dans la ville du Cap, qualifié de « spectacle pénible » par les organisateurs de la Coupe.

Il y aussi la répression contre ceux qui gagnaient leur vie en vendant des articles autour des stades. Regina Twala qui vend autour des stades de foot depuis presque 40 ans, a été prévenue qu’elle et les autres ne devaient jamais s’approcher à moins d’un km du stade. Elle a déclaré au quotidien Sunday Independant, « Ils disent qu’ils ne veulent pas de nous ici. Ils ne veulent pas de nous prés des stades et que nous devons plier bagages. » De plus, la FIFA a poussé le gouvernement sud-africain à annoncer qu’il ferait arrêter toute personne qui vendrait des produits estampillés « World Cup » ou même l’année « 2010 ». Samson, un vendeur à Durban, m’a dit « On a toujours fait nos affaires autour des stades. Qui commande ici maintenant ? La FIFA ? »

Samson ne parlait que des menaces envers les vendeurs, mais il aurait pu aussi bien parler de toute une série de lois que l’Afrique du Sud a fait adopter pour préparer cette compétition. En déclarant que la Coupe du Monde était un « événement protégé », le gouvernement, en accord avec les demandes de la FIFA, ont adopté des lois qui « énoncent les lieux où les gens peuvent rouler en voiture et se garer, où ils peuvent vendre ou ne pas vendre, et où ils peuvent promener leurs chiens. » Il a été clairement spécifié que les mendiants où même ceux qui prononceraient des grossièretés (probablement en dehors du terrain de jeu), pourraient être arrêtés.

Et puis il y a les assassinats. Dans une affaire qui a fait le tour du monde mais dont on a peu parlé ici aux Etats-Unis, deux personnes sur une liste de 20 ont été assassinées pour avoir dénoncé une corruption dans la construction du Stade Mbombela pour 150 millions de dollars. Le quotidien Sunday World a obtenu la liste, sur laquelle se trouvaient deux journalistes et de nombreux dirigeants politiques. Des rumeurs circulent, selon lesquelles la liste serait l’émanation du parti au pouvoir, l’ANC, qui a nié en des termes étranges, « l’ANC... tient à répéter sa condamnation de tout meurtre, de toute personne, quel que soit le motif, » a déclaré le porte-parole Paul Mbenyane. Ce n’est jamais bon signe lorsque vous êtes obligé de préciser que vous êtes contre le meurtre.

Toutes ces mesures – les expulsions, la répression sur les vendeurs à la sauvette, et même les accusations d’assassinats organisés par l’état – rappellent aux gens le temps de l’Apartheid. Elles ont provoqué une résistance féroce et prévisible. En temps normal, l’Afrique du Sud connaît le plus de manifestations par habitant que tout autre pays au monde. Mais avec la Coupe du Monde, un pays en ébullition peut exploser. Plus de 70.000 travailleurs ont pris part aux grèves en rapport avec des projets de la Coupe du Monde depuis que les préparatifs ont commencé, avec un total de 26 grèves depuis 2007. Le 4 mars, plus de 250 personnes, lors d’une conférence de presse à laquelle participaient des représentants de quatre provinces, ont menacé de perturber le match d’ouverture de la Coupe si leurs demandes n’étaient pas satisfaites. Ces protestations ne doivent pas être prises à la légère, m’a déclaré une femme nommée Lebo. « En Afrique du Sud, nous avons appris que si nous ne brûlons pas des pneus, si nous ne nous battons pas contre la police, si nous ne ripostons pas à la violence par la violence, nous ne sommes jamais entendus. » Patrick Bond du Center Civil Society à Durban m’a dit que les manifestations auront probablement lieu : « Chaque fois que vous avez trois milliards de personnes en train de regarder, ça s’appelle un moyen de pression. » Effectivement.

Il y a une scène dans le film Invictus ou Mandela, joué par Freeman, dit « je remercie les dieux, quels qu’ils soient, pour m’avoir donné un esprit indomptable. Je suis le maître de mon propre destin. » Le gens en Afrique du Sud se considèrent encore comme indomptables : que ce soit face à l’apartheid, la FIFA ou leur gouvernement actuel. Mais la FIFA insiste avec la même détermination qu’il n’y aura pas de perturbations pendant la Coupe du Monde. Dans 90 jours, nous saurons qui est le maître du destin de ce pays bien-aimé.

Dave Zirin
http://www.thenation.com/blogs/noti...

Traduction par le Grand Soir

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Mar 2010 à 14:00

Racisme anti-blancs ?

 

Claude RIBBE

Une expression qu’on n’entendait plus chez nous depuis que Finkielkraut, la « belle intelligence française », est devenu muet, mais qui revient dans le journal Libération à propos de fermiers Afrikaners qui s’estiment discriminés.

Le racisme dont souffrent certains Afrikaners n’est que la conséquence des préjugés infects qui ont longtemps servi de doctrine politique à leur pays. Ils ne devraient guère s’en étonner et pourraient comprendre que le gouvernement de l’ANC veuille en ce moment changer jusqu’au nom des villes. Il faut rappeler que Pretoria a ainsi été baptisée en l’honneur du sieur Pretorius, un colon qui avait gagné une bataille contre les Zoulous en 1838.

Je suis passé là-bas voici quelques années. C’est vrai que les Afrikaners sont plutôt discrets. Soucieux de rester entre eux, ils se barricadent dans leurs luxueuses propriétés. L’Afrique du Sud est le pays où l’on vend le plus de fil de fer barbelé. Dans un centre commercial fréquenté par les Afrikaners, j’ai remarqué beaucoup de publicités pour les clubs de tir. Les anciens maîtres de l’apartheid sont désormais armés jusqu’aux dents. Ils ont peur. C’est normal. Comme ils sont « blancs » et riches, et que leurs ex-victimes sont « noires » et pauvres, les tensions sont autant sociales que « raciales ». Nombreux sont d’ailleurs ceux qui investissent discrètement en France dans de jolies propriétés.

Pour en connaître quelques uns, je ne peux pas dire qu’ils sont sympathiques. Surtout à mon égard. En un mot, je n’ai pas envie de plaindre les Afrikaners plus que d’autres. La fin de l’apartheid a été plutôt heureuse et digne. Pour eux, ni valise ni cercueil. Racisme anti-blancs ? Une expression intéressante. Pourquoi préciser « anti-blancs » ? Le racisme, c’est le racisme, non ? La formule « anti-blancs », c’est simplement l’aveu que le racisme est une invention des Occidentaux pour dénigrer les Africains et leur diaspora. Lorsque les arroseurs se trouvent à leur tour arrosés, lorsqu’ils récoltent ce qu’ils ont semé, ils se sentent obligés d’inventer une expression particulière, comme s’il fallait encore une hiérarchie des « races » parmi les victimes du racisme, comme si cela faisait plus mal à un « blanc » d’être discriminé à cause de sa couleur.

Désolé, mais le racisme, cela fait mal à tout le monde de la même manière.

Claude Ribbe
www.claude-ribbe.com

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