Forum Unité Communiste Page d'accueil
  Sujets actifs Sujets actifs
  FAQ FAQ  Rechercher dans le Forum   Calendrier   Inscription Inscription  Connexion Connexion
Accueil Forum Accueil Forum > Pour s'informer, notre sélection d'articles > International

Afrique du Sud

 Répondre Répondre Page  <1234 5>
Auteur
Message
  Sujet Recherche Sujet Recherche  Options des sujets Options des sujets
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Apr 2010 à 21:27

Un nazi sud-africain assassiné

Eugène Terre’Blanche dénonçait le « pouvoir communiste noir ». Il aurait été tué pour salaires non payés.

Eugène Terre’Blanche, fondateur de l’AWB, a été assassiné, samedi, dans sa ferme de Ventersdorp (nord-ouest du pays). Il a sans doute été assassiné par deux de ses employés à qui il n’avait pas versé leurs salaires. Si la nouvelle a fait grand bruit en Afrique du Sud, c’est parce que l’homme, discret ces dernières années, avait longtemps été un leader d’extrême droite, champion de la suprématie blanche qui avait eu recours à tous les moyens pour tenter d’empêcher la chute de l’apartheid puis l’avènement d’une Afrique du Sud non raciale et démocratique.

Cet ancien policier avait créé, en 1973, le Mouvement de résistance afrikaner (AWB), afin de contrer « l’abandon » des intérêts blancs par le régime d’apartheid. L’AWB réclamait le droit à l’autodétermination des Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais et huguenots. Le mouvement avait adopté un emblème très proche de la croix gammée de Adolf Hitler, composé de trois sept renversés, symboles de la victoire finale du Christ, et surmonté d’un aigle nazi.

En 1993, un véhicule de l’AWB s’écrasait dans le World Trade Center de 
Johannesburg, où se tenaient des négociations pour la transition. Le mouvement organisa également une série d’attentats meurtriers avant les premières élections multiraciales de 1994. Auteur de diatribes enflammées contre le « pouvoir communiste noir », Terre’Blanche, cette année-là, menaçait : « Si Mandela ne nous donne pas notre volkstaat (territoire blanc), nous combattrons jusqu’à conquérir l’ensemble de l’Afrique du Sud. »

Le président Zuma a invité ses compatriotes à ne pas « permettre aux agents provocateurs de profiter de la situation en alimentant la haine raciale ». L’AWB, qui existe toujours, l’a promis : « Nous déciderons plus tard comment agir pour venger la mort de M. Terre’Blanche. »

P.B.

Les nostalgiques de l’apartheid gesticulent

Climat tendu hier entre extrémistes blancs et militants anti-apartheid au moment de la comparution devant le tribunal des assassins du leader néo-nazi Eugène Terre’Blanche. Celui-ci révèle les tensions très fortes qui continuent de secouer la société sud-africaine.

Le climat était très tendu, hier matin, devant le tribunal de Ventersdorp (nord-ouest de l’Afrique du Sud) où devaient comparaître les meurtriers présumés de l’extrémiste blanc Eugène Terre’Blanche (le leader du Mouvement de résistance afrikaner (AWB), une formation néo-nazie qui a organisé des attentats meurtriers au début des années 1990 pour tenter d’empêcher l’abolition de l’apartheid), retrouvé assassiné samedi dans sa ferme. Des centaines de personnes se sont fait face. Les Blancs, partisans de l’AWB, arboraient des chemises kaki à l’emblème de leur formation (trois sept renversés évoquant la swastika nazie). Ils brandissaient des drapeaux de l’ancienne Afrique du Sud, criaient « Bobbejaan klim die berg » (le babouin grimpe sur la montagne) et chantaient die Stem, l’hymne de l’apartheid, alors que, de l’autre côté, les jeunes noirs, portant des tee-shirt de l’ANC ou des casquettes du Parti communiste sud-africain (SACP), entonnaient Nkosi Sikeleli Afrika, l’hymne actuel du pays et les chants de la lutte contre l’apartheid. La police a dû s’interposer pour éviter les affrontements. Un hélicoptère survolait le palais de justice où les deux suspects, des ouvriers agricoles employés par Eugène Terre’Blanche, devaient être déférés dans la matinée en vue d’une inculpation. Les deux hommes, âgés de quinze et vingt-huit ans, s’étaient immédiatement livrés à la police. Ils ont expliqué s’être énervés parce que leur patron, soixante-neuf ans, avait refusé de leur verser leur salaire mensuel de 300 rands (30 euros). L’affaire a fait la une de tous les journaux sud-africains. D’abord, au vu de la personnalité de la victime, fer de lance de l’opposition blanche au démantèlement de l’apartheid. Seize ans après l’organisation des premières élections non raciales et démocratiques, voir les drapeaux de l’ancien régime et les bannières néo-nazies de l’AWB fait froid dans le dos et a ravivé beaucoup de souvenirs. Mais, surtout, cet assassinat survient alors que certains ressortent les vieilles oppositions « raciales » pour renforcer leur pouvoir ou remettre en cause les orientations politiques du pouvoir.

Preuve que les autorités prennent la situation au sérieux, le président Zuma a immédiatement appelé au calme et, dans une allocution télévisée, demandé aux leaders politiques de favoriser l’unité du pays. Beaucoup montrent maintenant du doigt le leader des jeunes de l’ANC, Julius Malema, connu pour ses déclarations outrancières et populistes, visiblement pressé de se trouver dans les rouages du pouvoir et dont les débordements n’ont d’égal que son orgueil. Il avait repris récemment une chanson héritée de la lutte anti-apartheid qui appelle à « tuer les Boers ». Il s’en était également pris au Parti communiste sud-africain et plus particulièrement à son secrétaire général adjoint, Jeremy Cronin, après avoir été hué par les membres du SACP réunis en congrès à la fin de l’année dernière. Du côté de l’opposition (l’Alliance démocratique, mais aussi des dissidents de l’ANC), on utilise les déclarations de Malema pour remettre en cause la politique gouvernementale qui a viré à gauche après l’éviction de Thabo Mbeki.

Ce qui avive pourtant toutes les tensions, c’est d’abord et avant tout la pauvreté et les conditions de vie des salariés. C’est particulièrement vrai dans le domaine agricole où les travailleurs sont exploités. Le gouvernement a promis récemment d’accélérer la réforme agraire censée rectifier les déséquilibres raciaux dans les zones rurales, où 87 % de la terre appartenait à des Blancs (9 % de la population) en 1994. « Toute affirmation selon laquelle la population noire aurait l’intention de s’en prendre à d’autres groupes raciaux, en particulier nos compatriotes blancs, est sans fondement et dépourvue de toute vérité », rassure néanmoins l’ANC, dans une allusion à peine voilée au Zimbabwe.

Pierre Barbancey


12/04/2010

Le billet de Maurice Ulrich

Télé blanche


Eugène Terre’Blanche était un de ces fermiers blancs qui possèdent 90 % des terres en Afrique du Sud et où travaillent de nombreux Noirs. Il était aussi le chef du mouvement de résistance afrikaner, AWB, nostalgique de l’apartheid, néofasciste et absolument raciste. 
Il a été assassiné voici quelques jours et ses assassins présumés sont deux de ses ouvriers agricoles. On ne connaît pas les raisons du crime, et c’est à la justice de se prononcer, mais ses obsèques, vendredi dernier, ont été l’occasion d’un grand rassemblement des membres et sympathisants de son parti, comme de formations partageant la même idéologie. L’envoyé spécial de TF1, Patrick Fandio, commentait sobrement des images où l’on voyait sans ambiguïté des drapeaux copiés sur ceux des nazis et des personnages en uniformes d’inspiration ouvertement fasciste. 
On avait pourtant entendu annoncer 
ce reportage avec 
ces mots dits 
et sans doute pas improvisés par Claire Chazal, sur la chaîne 
la plus regardée de France, au journal de 20 heures comme étant les obsèques du « défenseur des Blancs d’Afrique du Sud ».
 


Edité par T 34 - 12 Apr 2010 à 18:04
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 21 May 2010 à 19:38

Afrique du Sud :
succès des travailleurs
des transports

Le secteur était paralysé dans toute l’Afrique du Sud, ces derniers jours. Les arrêts de travail ont permis l’ouverture de négociations pour l’augmentation des salaires.

Johannesburg, envoyé spécial.

Les salariés des transports sud-africains n’ont pas attendu l’ouverture de la Coupe du monde de football pour utiliser les fameuses vuvuzelas, ces espèces de trompettes stridentes qui vous cassent les tympans. En grève depuis le début de la semaine, ils se sont rassemblés un peu partout dans le pays devant les sièges de leur entreprise pour rappeler à leurs patrons leurs exigences salariales. « On demande 16 % d’augmentation », insiste Koena, mécano chez Transnet. « Mon salaire est si faible qu’il m’est impossible d’acheter une maison. » Lui et sa famille vivent à Hillbrow, l’un des pires quartiers de Johannesburg. Le comble : il doit débourser 800 rands (environ 80 euros) par mois pour les transports ! Depuis le matin, il participe au piquet de grève avec ses camarades. Certains portent le tee-shirt rouge du syndicat Satawu, d’autre celui de l’Utatu, autre organisation syndicale. Les drapeaux sud-africains sont agités. Sur des panneaux confectionnés à la hâte, on peut lire : « Nous voulons des salaires décents, les travailleurs doivent être respectés. » Koena rappelle que dans sa boîte, sur un même poste, tous n’ont pas le même salaire. « La direction essaie de nous diviser », assure-t-il. Pour Félix, la cinquantaine, la situation est encore plus difficile. Charpentier depuis plus de vingt-cinq ans, il ne touche que 5 000 rands (environ 500 euros) de salaire mensuel. « Je dois rembourser mes prêts ,qui s’élèvent à 2 000 rands. » Félix, comme Koena, exige 16 % d’augmentation. « Mais les entreprises n’offrent que 11 %, regrette Patrick Craven, porte-parole de la puissante centrale syndicale Cosatu. La raison principale de la résistance des travailleurs à cette offre est simple : elle ne correspond pas à leurs besoins. De plus, il y a de nombreuses clauses dans l’accord qui ne vont pas affecter la situation de ceux qui sont actuellement employés, mais celle des nouveaux salariés. » Depuis le début de la semaine, les grands médias du pays tentent de rendre cette grève impopulaire. C’est le cas du Sowetan, qui titrait il y a trois jours : « Appel pour mettre fin à la grève du rail. L’économie ne peut se permettre de perdre encore des milliards. » Pour Patrick Craven, la réponse est simple : « Pourquoi est-ce que ce devrait toujours être les salariés qui doivent faire les efforts au nom de l’intérêt national ? Les patrons n’ont qu’à faire de meilleures propositions. C’est typique de la part des médias de placer les responsabilités sur le dos des travailleurs. » Il souligne que « si les travailleurs sud-africains se battent autant pour avoir de véritables augmentation de salaire, c’est aussi parce que la société sud-africaine est l’une des plus inégalitaires au monde. Si la proposition patronale est au même pourcentage que l’inflation, ce n’est pas une augmentation ».

Entre deux souffles dans les vuvuzelas, les salariés ont repris les chants de la lutte contre l’apartheid. « Nous sommes encore capables de combattre même le gouvernement du peuple que nous avons choisi », soutient Koena.

Pierre Barbancey

Les larmes
de Zuma

Le président Jacob Zuma s’est rendu ces derniers jours dans plusieurs zones de pauvreté, où les familles vivent dans des « shacks », baraques de tôle et de bois. Les larmes aux yeux, il s’est ému : « Vous pouvez difficilement penser que des êtres humains dorment là. Les gens ici vivent comme des cochons. » Et d’ajouter lors d’une assemblée de responsables politiques régionaux. « Nous avons fait pas mal de chemin pour atteindre nos objectifs, mais 
il est clair qu’il reste beaucoup 
à faire dans certaines zones. »
 
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jun 2010 à 20:45

Situation politique. Après une longue transition, l’heure des choix a sonné

Après un cycle marqué par l’euphorie de la chute de l’apartheid, s’ouvre une nouvelle séquence de l’histoire de l’Afrique du Sud. L’enjeu est la construction d’une société non raciale et démocratique.

Johannesburg, envoyé spécial.

Dès son arrivée au pouvoir, en mai 2009, le président sud-africain, Jacob Zuma, a voulu faire acte de rupture par rapport à son prédécesseur, Thabo Mbeki. Rupture politique et rupture économique. Il a d’abord annoncé la composition d’un gouvernement profondément remanié. L’objectif étant de « parvenir à un développement social et économique visible au cours des cinq années », déclarait-il alors. Une commission nationale du plan et un organisme d’évaluation et de contrôle sont créés au sein de la présidence, afin de « permettre à la machinerie d’État d’accélérer l’amélioration des services publics », écoles, hôpitaux, transports et logements. « Nous ne tolérerons pas la paresse ni l’incompétence », à tous les échelons de l’État, a-t-il également martelé.

Combattre la pauvreté et les inégalités, tel est le défi, alors que 43 % des 48 millions de Sud-Africains vivent toujours avec moins de deux dollars par jour. Les manifestations de colère sont de plus en plus nombreuses. En juillet dernier, des émeutes ont dégénéré dans certains quartiers défavorisés de Johannesburg. Les habitants réclamaient tout simplement des logements décents, un accès à l’eau et aux services de santé, des écoles… Parfois ça dégénère. Dans la township de Thokoza, près de Joburg, la police a fait usage de balles en caoutchouc et a lancé des gaz lacrymogènes pour se protéger des manifestants qui les caillassaient. Des révoltes qui ne sont pas circonscrites à la riche province du Gauteng. Dans celle du Mpumalanga, à la frontière du Mozambique, la colère sociale a tourné au pogrom xénophobe. Les boutiques tenues par des immigrés – accusés de « voler le travail » des Sud-Africains – ont été pillées et incendiées, provoquant la fuite des étrangers, rappelant les violences xénophobes de mai 2008 qui avaient fait plusieurs morts, particulièrement au sein de la communauté zimbabwéenne.

Ces poussées de fièvre sociale étaient, jusque-là, dirigées contre les pouvoirs locaux, municipaux et régionaux, accusés de corruption et de gabegie. « La frustration vient en partie des gouvernements locaux qui travaillent de manière très inégale », estime Adrian Hadland, directeur du Conseil de recherche en sciences humaines. Jusque-là, les revendications adressées aux autorités nationales s’exprimaient surtout dans le champ syndical. Pourtant, au mois de mai dernier, Jacob Zuma a essuyé personnellement les foudres des Sud-Africains. C’était encore dans le Mpumalanga. Les habitants de la township de Siyathemba, à Balfour, ont vertement exprimé leur ras-le-bol, interrompant le président à plusieurs reprises.

Dans un tel contexte, l’arrogance des nouveaux riches noirs, bénéficiaires de la politique du Black Economic Empowerment (BEE, renforcement du pouvoir économique noir), ne fait qu’exacerber les tensions. De classe et de « race ». Quelques-uns se sont enrichis aux dépens de la majorité. Le parti de Nelson Mandela, l’ANC, est touché par des pratiques frauduleuses et par la corruption. Certains favorisent une politique libérale dont on voit les limites. Secrétaire général adjoint du Parti communiste sud-africain (SACP) et vice-ministre des Transports, Jeremy Cronin dénonce même, à propos du BEE, une stratégie visant à « partager des actions dans des compagnies capitalistes pour faire émerger un capitalisme noir lié à l’ANC ».

C’est dire si la situation politique de l’Afrique du Sud est complexe et fragile. La triple alliance, qui associe l’ANC, le Parti communiste et le syndicat Cosatu, est une forme d’autant plus originale qu’elle permet au mouvement social d’être partie prenante du débat politique. Lorsque Thabo Mbeki était président de la République et de l’ANC, il avait tenté de s’affranchir de cette contrainte. Il a, depuis, été balayé par les militants de son propre mouvement. En décembre 2007, lors de la conférence de l’ANC qui se tenait à Polokwane, la gauche de l’ANC a été renforcée. Pour autant, les orientations économiques prônées par cette même gauche ne sont pas forcément prises en compte, combattues par les tenants du BEE. D’où des tensions au sein de l’alliance mais aussi au sein de l’ANC lui-même, qui portent sur les investissements publics et l’industrialisation, la transformation sur place des matières premières, la monnaie…

En face, seulement l’Alliance démocratique (DA, qu’on pourrait qualifier de centre droit) – dirigée par Helen Zille, qui passe pour l’opposante numéro 1 à l’ANC – tire son épingle du jeu. D’abord parce qu’elle a réussi à battre le parti au pouvoir dans la province du Cap-Ouest mais aussi parce que, même si elle ne le revendique pas officiellement, elle se fait le porte-parole de la minorité blanche et, plus largement, de ceux qui rejettent toute alliance avec les communistes et la Cosatu. Ce rôle est renforcé par l’incapacité affichée des dissidents de l’ANC. Mosiuoa « Terror » Lekota et Mbhazima Shilowa, mis en minorité avec Mbeki, avaient créé un nouveau parti, en 2008, le Congress of People (Cope). Malgré le soutien d’une bonne partie de la presse qui voyait en eux un vecteur idéal pour éroder le pouvoir de l’ANC, les élections de 2009 ne l’ont pas vraiment porté sur les fonts baptismaux. Aujourd’hui, les deux hommes sont à couteaux tirés et s’affrontent devant les tribunaux pour savoir qui doit diriger le parti…

Définitivement sortie de l’euphorie de la chute de l’apartheid, et malgré des avancées sociales et politiques non négligeables, l’Afrique du Sud est à la croisée des chemins. La nation arc-en-ciel doit maintenant construire une société non raciale et démocratique. Encore un long chemin. Mandela ne disait-il pas  : « Quand on est en haut de la montagne, on voit d’autres montagnes »  ?

Pierre Barbancey

Patrick Craven « Combattre les inégalités reste le défi majeur »

Entretien avec Patrick Craven, porte-parole de la centrale syndicale Cosatu.

Johannesburg, envoyé spécial.

Quelle est la situation 
économique de l’Afrique 
du Sud  ? Patrick Craven. Évidemment, comme tous les pays, nous nous sommes trouvés en pleine récession. Mais en ce qui concerne les travailleurs, ils n’en sont pas encore sortis. Les emplois continuent à disparaître même si certaines statistiques sur la croissance économique notent quelques améliorations. Pour nous, c’est indicatif de problèmes beaucoup plus fondamentaux de l’économie, qui existaient bien avant la récession de l’année dernière. En particulier, nous avons pointé cette lourde dépendance à l’exportation des matières premières, qui affecte toute l’Afrique, y compris l’Afrique du Sud. Notre or, notre platine, nos fruits sont exportés en Europe ou aux États-Unis, et nous avons relativement peu d’industries de transformation. Nous pensons qu’il faut au contraire trouver le chemin adéquat pour tirer des bénéfices de ces matières premières, ici, en Afrique du Sud, si nous voulons sortir le pays de sa longue crise structurelle. On le voit avec le taux de chômage beaucoup plus fort que d’autres pays comparables d’Amérique latine ou d’Afrique. Un chômage qui est d’au moins 25% – nous pensons qu’il est plus réaliste de parler de 30% – amène une énorme pauvreté car en général un travailleur fait vivre quatre ou cinq personnes autour de lui.

Qu’est-ce qui a changé depuis que Jacob Zuma est devenu président de l’Afrique du Sud, il y a un peu plus d’un an  ?

Patrick Craven. Il y a des signes encourageants. Il y a plus de discussions politiques. Les débats sont plus intenses au niveau du gouvernement. Certains de ses ministres mènent une très bonne politique, beaucoup plus en adéquation avec celle que nous prônons. Mais le problème est que, en ce moment, rien ne change vraiment. Il y a beaucoup de débats et de discussions mais rien de concret. C’est dû en partie parce que vous avez le Trésor et le ministère des Finances, qui sont encore liés à une politique monétaire orientée vers le marché et maintiennent de forts taux d’intérêt. Ce qui freine l’investissement et en particulier de nouveaux investissements susceptibles de créer des emplois. Ces taux entraînent la fermeture d’entreprises qui ne peuvent assurer le remboursement de l’argent qu’elles ont emprunté. Ajoutez à cela le fait que notre monnaie, le rand, est surévaluée – elle ne cesse de grimper contre l’euro et la livre anglaise – ce qui rend encore plus difficile l’exportation sur les marchés européens mais, en revanche, facilite les importations.

Cosatu est membre de la triple alliance – avec l’ANC et le Parti communiste. Avez-vous un pied dedans et un pied dehors  ?

Patrick Craven. Oui, c’est une bonne façon de voir les choses. Nous sommes une organisation indépendante et nous ne sommes pas obligés de suivre l’ANC. Mais être dans cette alliance fait que nous sommes partie prenante du débat, même si, comme je l’ai dit, ces débats ne sont pas vraiment excellents. Il faut que ces débats débouchent beaucoup plus sur des actions concrètes. Nous influençons très certainement une partie de la politique gouvernementale mais pas suffisamment. C’est sans doute pour cela qu’il y a tant de protestation sociale. Jacob Zuma s’est récemment étonné de voir des gens vivre dans des bidonvilles  ! Je ne sais pas où il était ces dernières années mais il est clair que, pour eux, rien n’a changé.

Est-ce que tout cela affecte également les débats au sein de l’ANC  ?

Patrick Craven. Bien sûr. C’est fondamentalement de la lutte de classes. L’ANC est comme une grande église. Il y a des éléments de gauche et des représentants du business. Ce qui crée des conflits. C’est particulièrement vrai en ce moment, entre ceux qui pensent que le rôle du gouvernement ANC est de promouvoir le « black business », et de l’autre, la Cosatu et le Parti communiste essaient de rassembler au sein de l’ANC ceux qui souhaitent transformer l’économie dans un sens de classe. La résorption des inégalités est un des défis majeurs. Les protestations sociales les plus violentes auxquelles on assiste n’éclatent d’ailleurs pas dans les zones les plus pauvres mais dans les environs des villes, là où les gens vivent dans des bidonvilles, à quelques encablures de lieux où règne un luxe insolent. Dire que nous n’avons pas les ressources pour combattre la pauvreté ne tient donc pas.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey

« Besoin d’un engagement de classe »

Entretien avec Adam Habib, vice-recteur de l’université de Johannesburg et coauteur de Redressement racial et citoyenneté en Afrique du Sud. Il souligne les inégalités qui persistent dans la société depuis 1994.

Johannesburg, envoyé spécial.

La question raciale est-elle encore posée en Afrique du Sud, seize ans après les premières élections démocratiques  ?

Adam Habib. Évidemment. Elle a existé ces trois cents dernières années, elle ne peut pas disparaître en seize ans  ! Mais qu’est-ce qu’on veut dire  ? Est-ce que c’est pire aujourd’hui que ça ne l’était en 1994  ? Pire qu’en 1985 (déclaration de l’état d’urgence – NDLR)  ? On dit tout et n’importe quoi en oubliant les références. Certains disent que la situation en ce domaine est pire que jamais. C’est un non-sens. En 1985, les gens croyaient que l’Afrique du Sud sombrerait dans une guerre raciale. Personne ne pensait qu’on pourrait se structurer démocratiquement. En 2010, vous le voyez, il n’y a pas de guerre raciale. Nous avons une transition démocratique qui génère, bien sûr, de nombreux problèmes, notamment les inégalités, qui ont augmenté. Il y a de la violence criminelle… Mais quatre élections se sont tenues, pacifiques, démocratiques et légitimées. De même, la situation n’est pas pire qu’en 1994. À cette date, les Noirs pouvaient seulement voter. Ils n’avaient pas accès aux postes de décision institutionnels, ils n’étaient pas représentés dans le business. Quinze ans plus tard, l’État est largement noir, même s’il y a des Blancs. Il y a plus de Noirs dans le business, dans l’éducation supérieure… Personne ne peut me dire que, statistiquement ou empiriquement, l’Afrique du Sud est plus « racialisée » aujourd’hui qu’elle ne l’était par le passé.

Ne dit-on pas que pour les minorités, la situation s’est dégradée  ?

Adam Habib. Il y a aujourd’hui plus d’Indiens et de coloured (métis) dans le business, dans les écoles, dans l’enseignement supérieur. La question est  : y a-t-il moins de Blancs, en proportion, qu’avant  ? Probablement. Mais le point de départ était si anormalement élevé… Parce que ce n’était pas le produit de l’égalité. C’est comme si vous viviez dans une société où 1 % de la population a les yeux bleus, mais où 99 % des gens qui sont dans le business ont les yeux bleus. Et quand ça change, vous dites que ces gens sont opprimés  ! Souvent les termes du débat sont oubliés dans notre pays. Mais Gordon Brown et Tony Blair se détestaient, et personne ne dit que c’était le combat des Écossais contre les Anglais commencé il y a mille ans  ! Pourquoi ce serait-il le cas en Afrique du Sud  ? N’existe-t-il pas le sentiment, parmi la population blanche, qu’elle est exclue de l’égalité citoyenne  ? Oui. Ils pensent subir une discrimination à cause de l’affirmative action (politique pour développer l’emploi des Noirs – NDLR). Ils pensent également être ciblés de façon non nécessaire en Afrique du Sud. Pas physiquement mais théoriquement. Mais si vous voulez sérieusement vous attaquer à une injustice historique dans le domaine de l’emploi – la grande majorité n’a pas eu accès à la terre, à l’éducation… et que vous laissez le marché s’en occuper, celui-ci va naturellement dupliquer la division qui existe déjà en son sein. C’est pourquoi il y a besoin d’un engagement social, que j’appelle « redressement ». Ce qui crée de l’incertitude parmi la catégorie privilégiée. C’est ce que nous commençons à voir. Les jeunes Blancs se demandent pourquoi ils devraient payer pour ce que leurs parents ont fait. C’est légitime. Mais les études réalisées sur la capacité d’emploi des diplômés montrent que les Blancs diplômés obtiennent des emplois plus rapidement que les Noirs diplômés. Parce que, dans le contexte sud-africain, beaucoup d’emplois sont créés au travers de réseaux. Et la plupart des réseaux sont fondés dans le secteur privé. Et la plupart des réseaux du secteur privé sont blancs… Ce qui n’est pas le cas dans le secteur public. Mais le secteur public représente une minorité d’emplois en Afrique du Sud, même aujourd’hui. C’est aussi le résultat d’une rhétorique politique utilisée par Thabo Mbeki, qui, au profit d’une élite noire, a joué la carte raciale. Selon moi, il faut une politique d’affirmative action fondée sur une notion de classe modulée par des paramètres de « race ». Pas l’inverse.

Entretien réalisé par Pierre Barancey



Edité par T 34 - 12 Jun 2010 à 20:46
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jun 2010 à 20:48

Violence  : derrière les clichés… les pauvres toujours en nombre

Les classes moyennes et 
supérieures 
se terrent dans leur ghetto doré, mais ce sont les plus démunis 
qui subissent 
à la fois la violence 
domestique et 
la criminalité.

Alexandra Township, envoyé spécial.

Au milieu, trace la M1, l’autoroute surchargée qui relie Johannesburg à Pretoria. À gauche, Sandton (156 kilomètres carrés, 125 000 habitants), épicentre des banlieues nord de Joburg – un immense Neuilly sud-africain où les classes moyennes blanches se barricadent dans des villas et condominiums aux murs surmontés de fils barbelés et estampillés « Réponse armée ». Au début des années quatre-vingt-dix, le capitalisme blanc est venu y mettre à l’abri ses petites valises de billets, déménagées du centre-ville de la capitale économique du pays, bientôt promis au « pouvoir noir ». Des sièges sociaux, des « malls », ces centres commerciaux qui font office, dans cet urbanisme au petit pied, d’agora. Le « kilomètre carré le plus riche d’Afrique ». À droite, Alexandra, l’une des townships les plus pauvres du pays. 8 kilomètres carrés. 500 000 habitants, peut-être. Plus personne ne sait, tant chaque jour apporte son lot de nouveaux résidents fuyant la campagne miséreuse pour une urbanité guère plus prodigue. Les plus « chanceux » vivent dans des fabrications en dur. Les autres dans des cabanes en tôle, les « shacks ». Abondance de difficultés, vide sidéral d’équipements.

À gauche, la paranoïa. À droite, la vraie réalité de la violence. Introduire ainsi les choses est assez tendancieux puisque les banlieues chics subissent également d’importants taux de violence. Pour dépasser le cliché, il faut bien tordre un peu le bâton. Contrairement à l’image assez répandue dans les médias sud-africains, voire d’autres pays, la première victime de la violence au pays arc-en-ciel n’est pas aisée et riche. Elle est pauvre et noire. Encore faut-il savoir de quel type de violence l’on parle. Gauteng, la région la plus riche du pays qui regroupe Pretoria, la capitale politique, et Johannesburg, son poumon économique, explose en effet les taux de cambriolages et de « car-jacking » (détournement de voitures). De temps en temps, l’affaire tourne encore plus au drame. Une balle part. Un propriétaire ou un automobiliste meurt. C’est choquant. Spectaculaire. Révoltant. Problème  : si l’on regarde de près les statistiques, ces « cas » ne pèsent pas majoritairement, comme nous l’explique David Bruce (ci-contre). À peine une vague dans un océan démonté car, bien sûr, l’Afrique du Sud est rongée par une violence hors du commun. Une violence ordinaire. Des viols, encore des viols. Sur des femmes, des enfants. Des disputes familiales qui se terminent par des « corrections » physiques. Des altercations de bistrot qui se concluent par un coup de poignard ou de flingue.

Bref, c’est à droite de la M1 que ça se passe. À Alexandra, la ville qui n’est indiquée sur aucun panneau mais qui a décidé de prendre sa propre sécurité en main… Depuis dix ans, des habitants organisent des rondes citoyennes. Leur responsable, c’est lui, « Bulldog » Rathokolo. Assis sur sa petite terrasse donnant sur la grouillante 12e Avenue, un talkie-walkie en main, il raconte l’histoire de cette démarche originale. En fait, il faut remonter à 1994 pour comprendre. Le gouvernement démocratique décide de créer des forums police-habitants dans l’espoir de combler le fossé. « Au départ, nous n’avions pas confiance dans la police et la police n’avait pas confiance en nous », se souvient « Bulldog ». Au fil des années, ces forums dérivent un peu partout, la population n’étant appelée qu’à devenir une auxiliaire de police. En 1999, un noyau dur de citoyens d’Alexandra décide de créer des patrouilles citoyennes en marge de celles de la police de toute façon assez peu efficaces  : la township ne compte que 400 policiers. C’est l’époque où violence et criminalité sont en hausse constante. À Alex FM, la radio qui se veut « l’esprit de la communauté », on se remémore ces années noires. « Le lundi matin, le standard explosait d’appels d’auditeurs qui racontaient leur week-end  : beuveries, viols, tirs… », se souvient Johanna, la manager.

Le premier objectif des patrouilles citoyennes a été de confisquer l’arme principale des crimes. La moisson en dit long  : plus de six cents armes à feu remises à la police… « Aujourd’hui, il y a 400 groupes de patrouilles citoyennes, poursuit « Bulldog ». Pour en faire partie, il faut avoir suivi une formation et ne pas posséder de casier judiciaire. Nous patrouillons le vendredi et le samedi à partir de 9 heures du soir jusqu’au lendemain matin. » Non armés mais munis de cartes spéciales délivrées par la police prouvant leur fonction, vêtus de gilets fluo, les vigiles citoyens soumettent à la fouille les habitants croisés dans les ruelles sombres, visitent les « shebeens » (bars), s’informent auprès des vendeurs ambulants.

Très optimiste et soucieux de présenter une bonne image de son Alexandra, Greg, solide quinquagénaire qui fait office de maire du quartier autour du siège d’Alex FM, assure que les résultats sont significatifs  : « Nous avons réussi à faire reculer le trafic de drogue. À deux heures du matin, je marche dans les rues d’Alexandra comme si je me baladais sur Broadway, à New York. » Greg veut croire qu’il y a moins de violence domestique, mais les statistiques officielles ne lui donnent pas vraiment raison.

Plus prudent, Thomas Sithole, président du forum d’Alexandra, estime que « les crimes sérieux se sont stabilisés. Nous faisons en sorte que le crime n’augmente pas ». À aucun moment, l’un de nos interlocuteurs n’a mentionné les événements de mai 2008, lorsque les attaques contre les Zimbabwéens – accusés de tous les maux – ont commencé à Alexandra. Plusieurs dizaines de morts à l’échelle du pays. Silence gênant.

Shirelele William Mboweni, capitaine et responsable du poste de police d’Alexandra, estime que « la possession illégale d’armes, les cambriolages et la détention de dagga (marijuana) sont encore importants à Alexandra, même si l’implication des habitants a eu des effets vraiment bénéfiques ». L’an dernier, il y a eu 93 meurtres à Alexandra. À Sandton  ? 10.

Christophe Deroubaix

Sida : 18 % de la population

18% des Sud-Africains sont atteints du sida, selon les dernières statistiques officielles de l’Onusida (malades âgés 
de quinze à quarante-neuf ans). Un chiffre qui fait de l’Afrique du Sud le pays le plus touché au monde par ce virus, environ 1 000 morts par jour… Dans les différentes études, 
il y a quelques motifs d’espoirs. Le chiffre est stable depuis une petite dizaine d’années, et on constate désormais une nette diminution du taux de contamination chez les jeunes, qui confient qu’ils utilisent davantage le préservatif. Reste une statistique inquiétante  : la hausse du nombre d’hommes ayant plusieurs partenaires sexuelles (19 % en 2008, contre 9 % en 2002).
 
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jun 2010 à 20:50

« Traumatismes historiques 
et maladies sociales »

David Bruce, chercheur au Centre pour l’étude de la violence et la réconciliation, nous explique pourquoi la société sud-africaine n’est toujours pas sortie de la structure duale de l’apartheid.

On parle souvent de la violence sud-africaine comme d’un bloc épouvantail. Pouvez-vous nous proposer une première approche  ?

David Bruce. Il faut en effet distinguer plusieurs choses. D’abord la violence et la criminalité. On parle plus souvent de la dernière que de la première, parce qu’elle est plus spectaculaire. Ensuite les endroits où ces deux phénomènes s’expriment. On peut distinguer les communautés pauvres, prédisposées à subir la violence et les quartiers de la classe moyenne, plus marqués par la criminalité. Troisième distinction à faire, celle entre la violence perpétrée par un étranger 
et la violence de proximité, 
c’est-à-dire perpétrée par quelqu’un de connu. Les chiffres montrent clairement qu’une majeure partie de la violence en Afrique du Sud intervient entre des personnes qui se connaissent, soit des membres de la famille, soit des amis, soit des « relations intermédiaires ». Dans 82 % des cas de meurtres, la victime connaît son assassin. C’est le cas également dans 76 % des viols. La violence domestique est le noyau de ce problème de violence de proximité. Celle-ci est beaucoup plus forte dans les quartiers défavorisés que dans les quartiers les plus riches. Dans les services d’hôpitaux, on trouve bien plus de victimes de cette violence de proximité que de victimes de vols. Si les deux types de communautés – pauvres et classes moyennes et riches – peuvent être affectées par le crime violent, les communautés les plus pauvres sont touchées par les plus hauts niveaux de violence de proximité. Or, il y a un problème de reconnaissance de cette violence. Les inquiétudes des plus pauvres doivent être entendues plus clairement. Les femmes, les enfants et les jeunes sont les premières victimes de la violence en Afrique du Sud.

Pourquoi la criminalité attire-t-elle plus l’attention que la violence quotidienne et ordinaire  ?

David Bruce. Les médias jouent un rôle dans ce processus. Les incidents qui sont les plus couverts sont également les plus uniques et les plus exceptionnels, tandis que les actes de la violence quotidienne ne suscitent pas l’intérêt public et reçoivent une couverture limitée, voire pas de couverture du tout. L’image créée à travers les médias est une image distordue. Les classes moyennes et supérieures ont une influence très forte sur les médias. 
Or, lorsque l’on demande à ces classes quelle devrait être la priorité absolue du gouvernement, elles répondent  : la lutte contre la criminalité. Alors que l’ensemble des Sud-Africains répondent  : le chômage. Les vols et les cambriolages sont les principaux types de violence qui touchent la classe moyenne et sont des conducteurs de sa peur. Mais ce que l’on dit moins, c’est que les quartiers les plus pauvres sont également le théâtre de vols et de cambriolages mais sans qu’une attention publique y soit portée. Alors que la mobilisation des classes moyennes amène le gouvernement à donner la priorité à la lutte contre le crime prédateur (vols, cambriolages), le problème de la violence dans la société sud-africaine pourrait être géré 
de manière plus productive si 
une plus grande attention était accordée à la violence de proximité, ce qui ne veut pas dire que les vols et les cambriolages ne doivent pas être considérés comme un problème important.

Quelles sont les raisons de la violence persistante de la société sud-africaine  ?

David Bruce. Il semble que la violence criminelle soit une manifestation des traumas historiques de l’Afrique du Sud aussi bien que de ses maladies sociales contemporaines. 
Les hauts niveaux de violence reflètent une situation où la violence est considérée comme un moyen légitime de résoudre les problèmes et de protéger ses intérêts. La société sud-africaine reproduit encore la structure 
duale de l’apartheid, certes dans une forme légèrement « déracialisée », et opère 
encore dans le but de servir les intérêts d’une élite « non raciale » mais majoritairement blanche. Contrairement à la période 
de l’apartheid, où des formes 
de solidarité politique et sociale répondaient à l’oppression 
et à la vulnérabilité économique, de nos jours, en Afrique 
du Sud, l’insécurité économique 
est accentuée plutôt que tempérée par l’environnement social.

Entretien réalisé par Christophe Deroubaix

À Coronation Park, des Blancs entre pauvreté et nostalgie

La pauvreté frappe aussi une partie de la population blanche. Certaines organisations cachent mal leur nostalgie de l’ancien régime.

Johannesburg, 
envoyé spécial.

Coronation Park, dans la banlieue de Johannesburg, est un endroit paisible. Il s’étend le long de collines grasses où paîssent des troupeaux de moutons. Les arbres se dressent, majestueux. Presque un décor de carton-pâte, un havre de paix dans la capitale économique sud-africaine, qui vit à cent à l’heure. Justement, ce train à grande vitesse perd régulièrement des passagers. Des Noirs, beaucoup, relégués dans les camps de squatters, mais aussi des Blancs, dont le statut privilégié sous l’apartheid a été remis en question. Petits fonctionnaires ou artisans, leur barque a commencé à prendre l’eau.

Comme Anne, la soixantaine largement passée, qui vivait dans le quartier bourgeois de Melville et se retrouve à Coronation Park. « Je sais ce que c’est de dégringoler », avoue-t-elle. Elle vit avec moins de 4 000 rands (400 euros) par mois. « Il y a vingt-six ans (sous l’apartheid – NDLR), j’étais secrétaire à la mairie de Johannesburg. Mais maintenant, il n’y a que des Noirs, très peu de Blancs », regrette-elle. « Beaucoup de Blancs se sont retirés pour que les Noirs prennent leur place. Parfois, je regrette l’ancien temps. » Elle s’arrête de parler et regarde son interlocuteur. « Je ne suis pas raciste », s’empresse-t-elle de préciser deux fois de suite. Au cas où il y aurait eu un doute, certainement  ! « Le problème, ce n’est pas les Noirs et les Blancs. Mais il n’y a pas d’opportunités de travail pour les Blancs comme nous. » On rencontre là beaucoup de chômeurs. Certains ont trouvé des petits boulots. De quoi aligner quelques centaines de rands et parer au plus pressé.

Ils sont maintenant près de deux cents dans le parc, arrivés au fur et à mesure, comme dans une gare terminus. Les baraques, construites au gré des matériaux à disposition, avec de petits jardins précédant l’entrée, relèvent plus d’un foyer que d’une maison. L’important est de créer une bulle de sécurité. Jan est là depuis cinq ans et demi déjà. C’est un ancien mécanicien, ses revenus se sont réduits comme peau de chagrin jusqu’à son expulsion de l’appartement qu’il occupait, faute de paiement du loyer. L’homme ne se plaint pas vraiment. Toute la journée, il coupe des feuilles, arrange les fleurs. « Au début, c’était vraiment bien, mais après, trop de gens sont venus, certains cherchaient des histoires. » Pour Steven, quarante-huit ans, qui s’est installé là il y a six ans, « survivre est un combat de tous les jours. Je cherche à partir d’ici, à trouver un travail, mais malheureusement, il n’y a rien ». Dans un sourire édenté, il dit  : « Je n’en veux à personne. » Le camp reçoit des aides informelles. Des associations caritatives viennent y distribuer des vêtements, de la nourriture. « À l’approche de l’hiver, on compte beaucoup sur les dons de couvertures, souligne Anne. On a reçu beaucoup de promesses d’aides, mais pas grand-chose arrive. » La générosité de certaines églises n’est pas toujours désintéressée. À Coronation Park, alors que les masures sont brinquebalantes, des matériaux de construction ont été livrés. Sous la houlette d’Hugo, ils sont une dizaine à s’affairer  : l’église doit pouvoir être opérationnelle le plus rapidement possible…

La municipalité qui, au départ, a laissé faire, s’inquiète maintenant de cette occupation. Si l’eau est toujours à disposition, l’électricité a été coupée. « C’est surtout difficile en été, parce qu’il pleut beaucoup, déplore Anne. On ne peut pas faire de feu pour chauffer l’eau. » Les habitants tentent néanmoins de s’organiser. Une crèche est à disposition. Dix à douze enfants y viennent tous les jours. « À l’école, c’est difficile, car les autres gosses leur disent  : “ Ah, vous venez du camp de squatters  ! ” », relève Ronel qui travaille là bénévolement. Carlos, lui, s’occupe de l’étude. Également bénévole, ce quadra explique que « dans le camp, certains ont des problèmes d’alcool, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Pour les enfants, venir à l’étude, c’est échapper à l’environnement du camp ». Lucide, il rappelle que « sous l’apartheid, il y avait également une pauvreté blanche. Maintenant, il y en a plus. Mais s’il y a une génération de Noirs qui a bénéficié de la libération, beaucoup d’entre eux sont encore dans des camps de squatters ». Il fait également remarquer qu’en 1992-1993, juste après la libération de Nelson Mandela, « tout le monde pensait qu’il y aurait une guerre civile, alors beaucoup de Blancs ont quitté le pays ». Solidarity est une association de Blancs dont les couleurs du logo rappelent celles de l’ancien drapeau de l’Afrique du Sud ségrégationniste, même si ses dirigeants s’en défendent. « Après 1994, la pauvreté a augmenté chez les Afrikaners, déplore Surilca Van Schalwyk, chargé de la communication à Solidarity. Beaucoup ont perdu leur travail à cause de la politique d’affirmative action (qui vise à promouvoir l’accès des Noirs à l’emploi – NDLR) et du Black Economic Empowerment (renforcement du pouvoir économique noir – NDLR). » Sur l’action de son association, elle précise   : « Nous n’excluons pas les Noirs. Nous nous concentrons sur les Blancs, c’est tout. Toutes les organisations s’adressent aux Noirs, nous, on s’occupe des Blancs. » Récemment, ils ont projeté pour Jacob Zuma des portraits de Sud-Africains blancs dans la misère. « La pauvreté n’a pas de couleur  ; or, les Blancs ne reçoivent presque pas d’allocations sociales », a prétendu à cette occasion Dirk Herman, le président du Solidarity. Or, tous les Sud-Africains sont, de ce point de vue, égaux devant la loi et reçoivent une aide financière ainsi qu’une allocation par enfant. Le régime de l’apartheid a caché les Blancs pauvres, « car cela faisait partie de sa propagande », lui a répondu Zuma avant de poursuivre  : « Mais nous, nous allons vous aider. » À Coronation Park, les familles continuent d’affluer. Certains tentent de dresser les habitants contre le gouvernement. Sur une niche, ils n’ont pas hésité à peindre  : « Jacob Zuma. ANC. »

Pierre Barbancey

Derrière le raisin du Cap-Ouest, toujours la couleur de l’apartheid

La région viticole sud-africaine est toujours contrôlée par les fermiers blancs. Ils vivent dans de belles demeures alors que les salariés agricoles se partagent de misérables taudis.

Stellenbosch (Cap-Ouest), envoyé spécial.

En serpentant à travers les vignes de la province du Cap-Ouest, c’est presque un sentiment d’allégresse qui vous saisit. Comme si l’odeur même des grappes vous enivrait. Au loin, la fameuse montagne de la Table, qui surplombe la ville du Cap, se dresse. Les nuages qui s’amoncellent autour forment une nappe. À flanc de colline, au fil des kilomètres, de belles demeures s’affichent. Blanches. Comme leurs propriétaires. C’est qu’ici, à l’instar du paysage ancestral, peu de choses ont changé dans la réalité quotidienne. Le plat de l’apartheid, une couche de race, une couche de classe, continue à être servi. Tiède plutôt que chaud, seize ans après les premières élections démocratiques, mais quand même. Le Cap-Ouest – où vivent de très nombreux métis – est la seule province du pays qui n’est pas dirigée par l’ANC, le parti de Nelson Mandela, mais par l’Alliance démocratique, dans laquelle se reconnaissent beaucoup de Blancs.

Si les manoirs des fermiers sont repérables, il n’en est pas de même des misérables bicoques dans lesquelles vivent les salariés agricoles. Mary et Hester vivent dans l’une d’elles. Deux pièces, dont l’une équipée d’électricité. Pas de toilettes. Les araignées tombent du plafond. Couple homosexuel accepté par la communauté, les deux femmes tentent de survivre tant bien que mal. Mary est atteinte d’une tuberculose qu’elle soigne à grands coups de médicaments et de litres de vin blanc (des pip-saks) acheté en vrac dans des shebeen (bars autrefois clandestins). Hester travaille deux à trois jours par semaine, elle récolte des clémentines. Elle gagne 50 rands (5 euros) par jour. « On a protesté », assure-t-elle, « mais on n’est pas assez unis pour agir ». En cas de pluie, pas de travail et pas de paye.

Elle parle de la division qui persiste entre eux, les « Coloured » (métis) et les Xhosa (noirs). « Pour nous, rien n’a changé. » Une affirmation qu’elle tempère presque aussitôt. « Avant la libération de Mandela (c’est ainsi qu’elle situe la fin de l’apartheid – NDLR), on devait obéir au fermier. Si nos enfants ne travaillaient pas pour lui, nous devions quitter nos logements. » Et aujourd’hui  ? « Maintenant, on peut utiliser les mêmes toilettes que les Blancs », intervient Mary en riant. Voire. Delia, qui fait des ménages dans l’école fréquentée par les enfants de Blancs, avoue qu’elle préfère sortir pour manger. L’ordre de l’apartheid, s’il n’est plus dans les textes, règne encore dans les esprits, y compris chez l’oppressé. La présence du patron blanc est matérialisée par une épicerie, en plein champ, à quelques centaines de mètres. Quelqu’un de la famille du propriétaire en a la charge. « Si on est là pour acheter quelque chose et qu’un Blanc arrive, on doit attendre », soutient Hester. Si les pratiques de l’ancien régime n’ont plus vraiment cours – comme le fait de rémunérer en partie les salariés avec du vin, créant une relation de maître à esclaves, de père à enfants – tout n’a pas vraiment disparu. Les fermiers blancs, peu diserts sur leur véritable fortune, ne sont pas disposés à partager et, quand ils le peuvent, renouent avec leurs vieilles habitudes. Rawsonville est connu pour cela. Récemment, un salarié agricole qui rejoignait son logement y a été agressé. Il passait devant la demeure du patron, a salué les gens qui se trouvaient sur le pas de la porte avant d’être battu. Avec ce reproche de ses assaillants  : il n’a pas à leur adresser la parole. Un exemple parmi tant d’autres de la brutalité qui continue à sévir.

C’est aussi à Rawsonville que Sarah Beukes, cinquante ans, connaît une autre forme de brutalité, morale celle-ci. Elle nous reçoit dans ce qui est désormais sa maison  : un demi-cylindre en tôle de quelques mètres de long aligné avec plusieurs dizaines d’autres, dans lequel elle vit depuis 2006. Elle n’a l’électricité que depuis un an. Sarah a commencé à travailler à l’âge de seize ans. « C’était dur pendant l’apartheid », raconte-t-elle. « Mais c’est pratiquement pareil maintenant. Quand on est viré d’une ferme, aucun fermier des environs ne veut vous embaucher. » Son mari est mort du sida. Elle est elle-même séropositive depuis sept ans. Affaiblie, elle ne pouvait plus travailler avant de se soigner. « Mais le fermier a dit qu’il ne voulait plus de moi, que j’allais leur donner le virus. Il m’a chassée en me prévenant que si je revenais, il me tuerait à coups de fusil. »

Wendy Pekeur, de Sikhula Sonke (« Nous grandissons ensemble », en xhosa), une organisation syndicale qui entend organiser les salariées agricoles, rappelle qu’entre 1994 et 2004, plus de 1 million de salariés ont ainsi été expulsés des fermes, et dans 99 % des cas, en toute illégalité. « Une des études montre que 70 % sont des femmes et des enfants dont les maris sont morts ou ont perdu leur travail, même si la femme travaille encore », précise-t-elle. À la chute de l’apartheid, le droit à la sécurité du logement a été inscrit dans la Constitution. Pour mettre fin à l’arbitraire des fermiers en matière d’expulsion de « leurs » salariés, une loi a été édictée en 1997. Les chiffres fournis par Sikhula Sonke montrent que la loi n’a pas réussi à stopper les expulsions alors que dans le même temps, le gouvernement central tarde à impulser une véritable redistribution des terres. Seuls 5 % des terres ont effectivement changé de mains depuis la fin de l’apartheid. Les quelque 30 000 fermiers blancs d’Afrique du Sud continuent d’habiter le bâtiment principal des exploitations, tandis que 800 000 ouvriers agricoles sont logés, au mieux, dans les dépendances.

« Mon histoire n’est pas unique », sait Sarah Beukes. « C’est arrivé à toute la communauté. Mais les gens ont peur de perdre leur logement et ne parlent pas. » Elle ajoute, dans un demi-sourire  : « Ici, on a tellement souffert qu’on n’a jamais pensé qu’on pourrait obtenir un bout de terre pour créer notre propre exploitation. D’ailleurs, on n’a rien eu. Alors, on continue à se battre. »

Pierre Barbancey

L’inquiétant syndrome Malema

Le leader des jeunes de l’ANC multiplie les provocations raciales, s’en prend aux communistes et drague dans le monde des affaires.

Johannesburg, envoyé spécial.

Nelson Mandela, qui va fêter ses quatre-vingt-douze ans dans cinq semaines, aurait-il jamais pu imaginer cela  ? Lui qui s’est battu sans relâche pour une Afrique du Sud non raciale, qui a su imposer la vérité et la réconciliation, doit assister – largement impuissant – aux élucubrations d’un jeune homme de vingt-huit ans, qui, en plus, est président de la Ligue des jeunes de l’ANC (Ancyl), poste qu’il occupait il y a soixante ans. Ce gosse grandi un peu vite dans le sillage de la victoire du Congrès national africain (ANC), se nomme Julius Malema. Il cristallise à lui seul tous les dangers qui minent le parti au pouvoir.

Malema est de cette génération de dirigeants éclos après la chute de l’apartheid. Mais, contrairement à beaucoup d’autres qui ont su garder le respect de leurs aînés et surtout le sens du combat, il s’est rapidement enivré de pouvoir et d’argent. Très bling-bling, il adore les montres de luxe, les coûteuses soirées où le champagne coule à flots. Son nom apparaît régulièrement au sein de sociétés du black business. Il est à la tête de sociétés décrochant d’importants contrats publics, notamment au Limpopo, ce qui lui vaut quelques enquêtes fiscales. Rien de vraiment révolutionnaire, on le voit. C’est peut-être pour cela qu’il multiplie les déclarations pouvant paraître « de gauche », mais qui ne sont en fait qu’un populisme racial, visant à gagner le soutien de foules de jeunes aveuglés par la prestation du bateleur. Le voilà qui remet au goût du jour un vieux chant de l’ANC, Dubulu ibhunu (tuez les Boers), traite un journaliste de la BBC de « bâtard », doté d’une « tendance de Blanc à attaquer les Noirs », proclame son soutien à Mugabe et prône la nationalisation des mines (ce que même le Parti communiste ne réclame pas, en tout cas pas dans un cadre isolé). « En réalité, il défend les intérêts de ses amis », confie un syndicaliste. Copieusement hué par les congressistes du Parti communiste sud-africain (SACP) lorsqu’il est intervenu en tant que président de l’Ancyl, il voue maintenant une haine tenace à Blade Nzimande et Jeremy Cronin, premiers dirigeants du SACP et a déclaré la guerre à la Jeunesse communiste.

Et puis, il a dérapé, critiquant Jacob Zuma. La sanction est tombée, il y a quelques semaines. Il a été condamné par l’ANC à une amende de 10 000 rands (1 000 euros) qui ira financer un projet d’aide à la jeunesse. Il devra également suivre des cours à l’école politique du parti ainsi qu’une thérapie pour contrôler son tempérament colérique. Il a enfin dû présenter des excuses publiques au président de la République, par ailleurs président de l’ANC.

Julius Malema est le syndrome qui menace l’Afrique du Sud. Alors que la génération des combattants anti-apartheid commence à disparaître, des jeunes entrent dans les rouages du pouvoir et entendent jouer leur carte. Or, à l’évidence, il ne s’agit plus de défendre « a better life for all » (une meilleure vie pour tous, slogan central de l’ANC), mais une meilleure vie pour quelques-uns aux dépens du plus grand nombre.

Pierre Barbancey

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jun 2010 à 23:21
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Aug 2010 à 21:04

En Afrique du Sud, la grève continue

Les fonctionnaires, qui ont entamé leur mouvement mercredi dernier, réclament une hausse de salaire de plus de 8 %. Le gouvernement du président Jacob Zuma reste inflexible et l’armée investit les hôpitaux.

Les fonctionnaires sud-africains poursuivaient hier le mouvement de grève illimité lancé mercredi dernier par le Cosatu, la principale organisation syndicale du pays. Plus d’un million de grévistes, notamment les enseignants et personnels hospitaliers, réclament une hausse de salaire de 8,6% et jugent insuffisante la proposition du gouvernement d’une augmentation de 7%. Ils exigent aussi une augmentation des allocations logement. Le gouvernement menace d’appliquer unilatéralement l’accord, si les syndicats ne le signaient pas dans les 21 jours. Le président Jacob Zuma est monté au créneau pour critiquer le mouvement, affirmant qu’il portait atteinte aux intérêts du pays. Les forces de sécurité et les services militaires de santé ont été déployés dans 37 hôpitaux afin d’y assurer l’ordre, les soins, le nettoyage et les repas comme à Durban et ­Johannesburg. La colère a aussi gagné le secteur privé de la métallurgie. Les employés de l’industrie automobile quant à eux ont cessé leur mouvement vendredi après un accord sur une augmentation de 10% cette année et 9% les deux années suivantes. Les grévistes reprochent au président Zuma de n’avoir pas honoré ses promesses de campagne pour plus de justice sociale. Plus de 40% de la population sud-africaine vit sous le seuil de pauvreté.

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Sep 2010 à 14:13

Grève suspendue dans la fonction publique sud-africaine

Les syndicats de la fonction publique sud-africaine ont annoncé lundi la suspension d'une grève qui était suivie depuis trois semaines par 1,3 million de fonctionnaires.

"Les travailleurs ont accepté de suspendre la grève mais cela ne veut pas dire que nous avons accepté l'offre de l'Etat", disent les 19 organisations signataires dans un communiqué commun.

Les fonctionnaires réclament une hausse de salaire de 8,6% et une allocation logement mensuelle de 1.000 rands (108 euros). Le gouvernement leur a proposé la semaine dernière 7,5% d'augmentation et 800 rands d'allocation logement.

Un représentant syndical a fait état lundi de divisions au sujet de cette proposition. Les syndicats se sont donné 21 jours pour rédiger un projet d'accord.

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Oct 2010 à 16:31

Les leçons de la « plus grande grève de l'histoire sud-africaine »: le mouvement des travailleurs du public de septembre, par le secrétaire-général du syndicat des enseignants

196274-rues-johannesburg-ete-envahies-grevistes

La grève des travailleurs des services publics: premières impressions sur la plus grande grève de l'histoire sud-africaine

par Thobile Ntola, président de la SADTU (Syndicat des enseignants démocratiques d'Afrique du sud)

Dans la revue Unsembezi, revue du PC d'Afrique du sud, numéro de septembre

Traduction AC http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

« La grève ne portait pas seulement sur les salaires, mais a soulevé aussi des interrogations sur l'organisation des services publics »

Tout d'abord, pour clarifier les choses, ceci est avant tout une première analyse de la grève de 2010 et la lutte est toujours en cours. En l'état actuel des choses, les membres du Syndicat des enseignants démocratiques d'Afrique du sud (SADTU) ont rejeté l'offre actuelle du gouvernement. La grève a été suspendue en l'attente d'un accord ultérieur avec les employeurs et les syndiqués. SADTU et COSATU mèneront à n'en pas douter une analyse bien plus approfondie de la grève, une fois celle-ci achevée.

La grève ne porterait pas seulement sur les salaires, mais a soulevé aussi des interrogations sur l'organisation des services publics, la prestation de ces services. Même quand nous défendons le niveau de vie de nos syndiqués, nous devons constamment rappeler leur rôle dans la prestation de services de qualité pour les pauvres et la classe ouvrière. Les patrons, les ministres et les leurs, n'utilisent pas ces services publics: ils s'appuient sur la santé, l'éducation et la sécurité privée. C'est un problème, car ils n'ont aucun intérêt personnel immédiat dans l'amélioration des services publics.

La grève a souligné les inégalités massives dans ce secteur et dans tout le pays, désormais officiellement la société la plus inégale du monde.

Ces contradictions sont aiguisés par les nouvelles quotidiennes sur la corruption, les « tender-preneurs » [entrepreneurs vivant de contrats publics obtenus grâce à leur collusion avec les pouvoirs publics], et les dépenses publiques ostentatoires et inutiles. Quand les Ministres disent qu'il n'y a pas d'argent pour les travailleurs du service public, personne ne les croit.

Le logement a été un des problèmes majeurs posés par cette grève. La plupart des travailleurs du service public gagnent trop pour être admissible aux logements RDP (logements sociaux à loyer modéré), mais pas assez pour s'insérer dans le marché de l'immobilier et obtenir les prêts nécessaires. Ainsi, la revendication d'une augmentation de l'allocation-logement qui n'a pas été revalorisée depuis plusieurs années.

Les syndicats étaient très conscients du fait qu'ils négociaient dans le sillage d'une récession mondiale majeure avec de graves conséquences sur l'emploi et les recettes du gouvernement. Les revendications syndicales n'étaient pas exorbitantes – d'abord de 12%, que nous avons rabaissé à 8,5%, le minimum acceptable. Rappelons-nous qu'au même moment des accords sont signés dans le privé sur une base de 8-10% voire au-delà. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour les travailleurs, c'est quand l'État s'est montré dispos à offrir ces accords ré-évalués aux employés du secteur para-étatique, tout en les refusant aux fonctionnaires.

 

Négociations dans le public

La grève était seulement une des dernières options pour les syndicats, et beaucoup ne l'ont sûrement pas vu venir. Nous avons commencé le processus de négociations en octobre 2009. En tant que syndicats patriotiques membres de la COSATU, nous avons reporté notre grève à après la coupe du monde. Même à ce moment-là, nous avons essayé d'appliquer une pression limitée, à travers des arrêts de travail d'un jour et des manifestations. A partir du moment où l'État n'y a pas répondu, les travailleurs ont affronté cette démonstration d'arrogance par une action de grève.

Une tendance se dégage dans les grèves récentes dans les services publics. Nous commençons par une longue accumulation de négociations avançant extrêmement lentement, aboutissant à une impasse et au conflit pur et simple et à une longue grève qui se termine habituellement avec des concessions minimales afin que personne ne soit satisfait, et ensuite le processus se répète encore et encore.

Il y a des contraintes structurelles sous-jacentes qui pèsent sur le processus de négociations collectives dans le secteur public. Premièrement, le budget gouvernemental réservé pour les travailleurs du service public est fixé indépendamment de – et avant – la conclusion du processus de négociations. Cela met une pression colossale sur les parties, avec des négociateurs gouvernementaux ayant peu de marge de manœuvre, pour les négociateurs du syndicat et du mouvement ayant l'impression de parler à un mur. On doit régler ce problème en alignant le calendrier des négociations sur le processus de fixation des budgets. Et nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d'accords échelonnés sur plusieurs années. Nous serons de retour à la table des négociations pour l'année prochaine très bientôt

Un problème, une fois la grève commencée, est que l'employeur se fait rare. Les négociateurs du gouvernement n'ont aucun mandat et ont à rendre des comptes à leurs mandataires. Le problème est que les mandataires/dirigeants consistent en un comité ministériel qu'il est difficile de rencontrer et qui ne fixe pas comme priorité la résolution négociée de la lutte.

 

La grève

Ce fut probablement la plus grande grève de l'histoire sud-africaine en termes de journées de travail perdues. L'unité fut atteinte à un niveau sans-précédent parmi les différents syndicats représentant les 1,3 millions de travailleurs du secteur, indépendamment de leur fédération, leur race, leur appartenance politique ou de leurs intérêts sectoriels différents (ex: entre travailleurs salariés et libéraux). Ce n'était pas une mince affaire.

Nous avons été capables de mobiliser, avec un soutien considérable des syndicats du secteur privé avec la menace d'une journée de grève générale par la COSATU si l'État n'avait pas revu à la hausse son offre. De la même manière, nous avons reçu le soutien de certaines organisations religieuses et de l'opinion publique.

Pour la première fois, les hôpitaux étaient fermés, et les forces de police et de sécurité se sont joints avec enthousiasme à l'action. Le fait qu'il n'y ait toujours pas d'accord sur les niveaux de service minimum, comme la loi l'oblige, doit être imputé à l'employeur qui a refusé de signer les accords négociés – s'en servant dans une tentative de priver les travailleurs des secteurs de la santé et de la sécurité du droit de grève. Une solution doit être trouvée très vite afin de s'assurer que des services véritablement essentiels soient maintenus pour les pauvres et les travailleurs qui ont besoin de ces services.

La grève a été caractérisée par des hauts niveaux de mobilisation et de militantisme, en dépit de la violence policière et des tentatives de l'État de criminaliser les grévistes en se servant des Tribunaux spéciaux. Quand certains grévistes ont employé des méthodes violentes, les directions syndicales sont rapidement intervenues pour reprendre le contrôle de la situation.

Le projet « Lead SA » [« mouvement citoyen » indépendant des partis, et critique envers l'alliance menée par l'ANC, à forte couverture médiatique] promu dans les médias s'est révélé être un projet de droite typique des classes moyennes quand il s'est occupé du recrutement de travailleurs jaunes durant la grève. Nous allons devoir être vigilants en combattant ces différentes initiatives anti-syndicales.

Pendant que les grèves des travailleurs du public tendent à être amères – en partie lié aux limites structurelles posées par le processus de négociations dans le secteur – l'hostilité envers les Ministres et le gouvernement était palpable. Il ne fait aucun doute que le traitement de l'affrontement par l'employeur a alimenté ces tensions: désinformations publiées par les médias, déclarations fausses et provocatrices des Ministres ont probablement mis de l'huile sur le feu et prolongé la lutte et braqué les grévistes.

 

Les avancées

Bien que les syndiqués aient rejeté l'offre, il y a eu de réelles avancées puisque l'offre initiale des employeurs était de 5,2%. Cela comprend:

  • une offre ré-évaluée de 7,5% d'augmentation de salaire;

  • une allocation-logement supplémentaire de 300 rands;

  • un accord pour la avancer la date de la mise en place de l'accord salarial du 1er juillet au 1er mai 2011, et au 1er avril 2012;

  • un accord pour introduire le nouveau programme pour le logement le 1er avril 2011;

  • un engagement à l'universalisation des aides aux soins médicaux le 1er décembre 2010.

Les syndicats poussent également pour un contrôle ouvrier plus important sur le programme gouvernemental de soins médicaux (GEMS).

L'Alliance

Aucune grève n'est a-politique. Implicitement, elles remettent en question les rapports sociaux existants. Une grève du public dresse les travailleurs contre le gouvernement en tant qu'employeur. Quand le gouvernement se résout ouvertement à ne pas satisfaire les besoins des travailleurs et des pauvres, la grève est politique.

Même si les commentateurs font toujours des prédictions prématurées sur l'effondrement de l'Alliance, il ne fait aucun doute que cette grève a mis à rude épreuve l'Alliance. Il y a une déception généralisée vis-à-vis du manque de progression vers une vie meilleure pour tous. Et ce sentiment est alimenté par le luxe ostentatoire dans lequel vit le gouvernement confronté aux appels à se serrer la ceinture lancés aux travailleurs.

Nous n'acceptons pas non plus la suggestion de l'ANC selon laquelle la COSATU ne devrait pas participer aux négociations dans le service public. La confédération est le bouclier des travailleurs. Sa raison d'être est d'aider, de guider, de soutenir et d'apporter une solidarité aux travailleurs en lutte. Ce qui est fait avec le consentement et au nom des syndiqués.

Pour ce qui est du SACP, il y a eu des inquiétudes exprimées selon lesquelles le Parti ne se faisait pas assez entendre. En tant que SADTU, il est évident pour nous que le Parti n'a pas seulement soutenu les travailleurs, mais était présent sur le terrain dans chaque province. Cela dit, je pense qu'il serait utile d'avoir un débat sur l'évolution de la ligne du Parti et en particulier si les dirigeants du Parti peuvent être au gouvernement sans compromettre leur rôle d'avant-garde de Parti dans la lutte des classes.

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 Dec 2010 à 17:59

Le Parti communiste, parti de l'avenir en Afrique du sud: avec plus de 100 000 adhérents, un parti jeune et ouvrier dont les effectifs doublent tous les trois ans

sacp1l 

Le Parti communiste, parti de l'avenir en Afrique du sud: avec plus de 100 000 adhérents, un parti jeune et ouvrier dont les effectifs doublent tous les trois ans

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le Parti communiste d'Afrique du sud (SACP) est, au cours de ce mois de décembre, au cœur du mouvement communiste international avec l'organisation du 3 au 5 décembre de la 12ème rencontre internationale des Partis communistes et ouvriers puis, du 13 au 21 décembre, du 17ème Festival mondial de la jeunesse démocratique (FMJD) à Johannesbourg.

Or, ce choix n'est pas anodin.Il récompense un Parti communiste à la longue histoire de lutte, contre l'apartheid et contre tout système d'oppression et d'exploitation, un Parti communiste qui a choisi de le rester au moment où d'autres choisissaient le renoncement, un Parti communiste partie prenante d'un processus révolutionnaire qu'il essaie d'approfondir sans abdiquer son autonomie politique et son rôle dirigeant dans la lutte de classe.

Un parti en pleine expansion: doublement des effectifs tous les trois ans depuis 2004

Il met en valeur surtout un Parti en pleine expansion.

En effet, le Parti communiste vient de rendre les chiffres actualisés sur les effectifs militants du parti:le Parti communiste d'Afrique du sud compte désormais 109 138 adhérents.

Pour juger correctement de la performance réalisée par nos camarades sud-africains, il convient de rappeler que le Parti comptait seulement 25 000 militants en 2004, et encore que 50 000 militants lors du dernier congrès ordinaire du Parti en 2008. Autrement dit, le Parti communiste d'Afrique du sud double tous les deux ans son effectif militant.

Le parti de l'avenir: la majorité des militants du parti ont moins de 40 ans

Une des explications de la progression exponentielle du Parti communiste sud-africain réside dans l'attrait du communisme dans la jeunesse sud-africaine et par conséquent le rajeunissement conséquent des effectifs du Parti.

La « presse bourgeoise » annonçait récemment que près de 70% des militants du Parti auraient moins de 35 ans. Les chiffres du Parti tendent à confirmer, avec prudence, ce fait puisqu'ils annoncent que la majorité des militants ont moins de 40 ans.

Une des explications de ce décalage réside dans l'intégration ou non des effectifs de la Jeunesse communiste (YCL). En effet, la Jeunesse communiste sud-africaine joue un rôle crucial dans la pénétration des idées communistes au sein de la jeunesse sans pour autant que les jeunes n'adhèrent, dans un premier temps au Parti communiste.

Ainsi, les chiffres officiels du Parti n'annoncent que 580 militants de moins de 20 ans. Chiffre qui masque un encartement massif de la jeunesse sud-africaine au sein de la Jeunesse communiste, conçu comme sas de formation politique avant le passage au Parti communiste.

Le Parti de la classe ouvrière sud-africaine

Se présentant comme le « Parti de la classe ouvrière sud-africaine », le PC sud-africain a longtemps été plus un parti d'avant-garde composé de révolutionnaires professionnels forgée dans la lutte clandestine. Sans renier cette identité première, le PC sud-africain est aujourd'hui un véritable parti de masse et de classe.

Bien qu'il soit difficile de prouver l'ancrage ouvrier du Parti dans les chiffres, une preuve suffisante est l'importance stratégique que revêt désormais pour l'ANC de l'alliance avec le Parti communiste et la COSATU perçus comme la base ouvrière de l'alliance.

Comment expliquer cet ancrage ouvrier de masse relativement nouveau du Parti communiste sud-africain?

Tout d'abord, par l'orientation stratégiquement juste du Parti consistant à privilégier la constitution d'organisations de base du Parti sur les lieux de travail, à l'entrepriseet, là où cela n'est pas possible, dans les quartiers, les communautés. Ensuite, par des campagnes de masse sur des thèmes reliant lutte quotidienne et perspective socialiste telles que les campagnes « Octobre rouge » luttant pour un Service national de santé et une Sécurité sociale publics, universels et gratuits.

Toutefois, un rôle central dans ce lien que construit le Parti communiste avec la classe ouvrière sud-africaine réside dans le rapport privilégié qu'entretient le PC sud-africain avec la COSATU (Congrès des syndicats sud-africains). Premier syndicat de la classe ouvrière sud-africaine, la COSATU s'est rapproché considérablement du SACP au cours des dernières années et entamant une relation mutuellement avantageuse avec lui: le SACP apporte au syndicat dynamisme et direction politique, la COSATU sert de passage pour les éléments les plus combatifs et les plus conscients vers le Parti communiste.

Quel avenir pour l'alliance stratégique entre ANC et Parti communiste ?

Une autre explication de cette construction récente du Parti communiste comme parti de masse peut être trouvée dans la décision stratégiquement juste, il y a seize ans, de perpétuer l'alliance nouée avec l'ANC de Mandela dans la clandestinité en participant au processus révolutionnaire national-démocratique dans les institutions d'Etat nationales et locales.

Cette orientation n'est pas sans avoir provoqué des contradictions, surtout sous le règne droitier de Thabo Mbeki de 1999 à 2008. Le SACP n'a jamais abdiqué son autonomie politique et son sens critique vis-à-vis de l'ANC. Il a toujours mené les luttes de la classe ouvrière sud-africaine, aux côtés de la COSATU, sans jamais faire le jeu de la droite nostalgique de l'apartheid.

Aujourd'hui, un peu plus de 60 000 militants communistes sont également membres de l'ANC. Un nombre croissant de militants communistes refusent d'adhérer à l'ANC, ne trouvant aucune raison d'adhérer en parallèle à une organisation de libération nationale de plus en plus gangrénée par l'opportunisme.

La grande grève d'août-septembre 2010, dont la force motrice fut les fonctionnaires affiliés à la COSATU, qualifiée de « plus grande grève de l'histoire sud-africaine »par le secrétaire-général de la SADTU (syndicat enseignant de la COSATU) a démontré toutes les contradictions de l'alliance révolutionnaire entre ANC, COSATU et SACP. Elle a divisé l'alliance en deux camps où l'ANC s'est révélé un patron arrogant et intransigeant, forçant les fonctionnaires menés par la COSATU à perdre un mois de salaire pour obtenir gain de cause.

Dans cette lutte, le SACP a encore gagné un aura particulier auprès des fonctionnaires sud-africains. Le secrétaire-général de la SADTU, contre les critiques malhonnêtes lancées par certains a tenu à souligner qu' « il est évident pour nous que le Parti n'a pas seulement soutenu les travailleurs, mais était présent sur le terrain dans chaque province ».

Mais combien de temps de telles contradictions pourront-elles être contenues dans le cadre d'une alliance qui s'étire de plus en plus jusqu'à la diviser en deux camps opposés?

L'élection de Jacob Zuma à la tête de l'ANC et de l'Etat sud-africain était l'ultime espoir d'un coup de barre à gauche de l'ensemble de l'alliance. Deux ans après, son bilan social à la tête de l'Etat est plus que mitigé, et c'est seulement sous la pression des luttes que le gouvernement mené par l'ANC a été contraint de prendre certaines mesures limitées en faveur des travailleurs.

Si l'avenir de l'Alliance historique est incertain, une chose est sûre: le Parti communiste est plus fort que jamais, et les objectifs stratégiques enthousiastes du Parti de construire un Parti de 200 000 militants d'ici 2012 et de 500 000 militants d'ici 2014 sont tout sauf irréalistes!

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Jun 2011 à 17:46

Le Parti communiste d'Afrique du sud (SACP) déplore le décès de la « mère de la révolution sud-africaine », Albertina Sisulu, figure de la lutte contre l'apartheid

Albertina-Sisulu-addresse-007Le Parti communiste d'Afrique du sud (SACP) déplore le décès de la « mère de la révolution sud-africaine », Albertina Sisulu, figure de la lutte contre l'apartheid

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Dans la nuit du 2 au 3 juin, le SACP a reçu avec une profonde tristesse la nouvelle de la disparition du second lauréat, après Nelson Mandela, de la distinction la plus élevée du SACP, le Prix de la paix Chris Hani, 'Mama' Albertina Sisulu, une grande révolutionnaire et une grande patriote. Nos plus sincères condoléances vont à la famille, aux proches, camarades et amis.

Un pilier de notre révolution n'est plus. Une mère, une grand-mère, une dirigeante du Front démocratique uni [UDF – coalition d'organisations opposée à l'apartheid formée dans les années 1980]et de la Fédération des femmes sud-africaines (FEDSAW) et un mentor pour des milliers de militants des jeunes générations n'est plus. Ce qu'elle a laissé derrière elle pour nous est un héritage à entretenir et à honorer dans l'action.

Mama Sisulu était avant tout une militante et elle avait compris le rapport entre l'oppression raciale, l'oppression de classe et l'oppression de genre, en particulier les aspects les plus cachés de la lutte de genre. Dans son rôle très apprécié de sage-femme, elle a donné la vie en ce monde et a mis en pratique les valeurs pour lesquelles elle se battait, celles du désintéressement et de la construction d'une nation solidaire. Même après avoir pris sa retraite de son activité d'infirmière, elle continuait à rendre ce genre de services comme une partie intégrante de son engagement au service de son peuple.

Mama a joué un rôle important en apportant un soutien à un des dirigeants les plus vénérés de notre mouvement [son mari Walter Sisulu était un dirigeant de premier plan de l'ANC des années 1940 aux années 1990 et fut emprisonné entre 1964 et 1989] quand il était l'objet du harcèlement policier et d'une détention arbitraire interminable. Par son action propre, elle était une militante et une dirigeante importante de la lutte des femmes.

mandelasisuluNous baissons notre drapeau rouge en hommage à cette héroïne de notre révolution. Nous présentons nos condoléances à la famille et aux amis, aux camarades à l'ANC et à l'ANC-WL [Ligue des femmes de l'ANC] et à l'ensemble du mouvement de libération. En son honneur, nous devrons réorganiser notre système de santé pour le recentrer sur les besoins du peuple en opposition à un système de santé guidé par le profit. En son honneur, nous devons former des milliers de travailleurs de la santé dévoués à servir notre peuple. En son honneur, nous devons continuer la lutte pour améliorer les conditions des femmes et des filles dans notre société.


Le COSATSA réclame la nationalisation des mines, des banques et des principales richesses du pays.


Edité par T 34 - 28 Jun 2011 à 02:06
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Jul 2011 à 17:54

Le Parti Communiste sud-africain soutient la grève massive des métallurgistes, affiliés au syndicat de classe COSATU, pour de meilleurs salaires et la fin de l'esclavage moderne

métallos%20sud-af

Le Parti communiste sud-africain (SACP) soutient la grève massive des métallurgistes, affiliés au syndicat de classe COSATU, pour de meilleurs salaires et la fin de l'esclavage moderne

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le SACP soutient pleinement le sort de près de 200 000 ouvriers et ingénieurs de la métallurgie, liés à des secteurs actuellement en grève pour de meilleurs salaires. Les négociations salariales avec le patronat de la Métallurgie et de l'Industrie mécanique ont été interrompues étant donné que les patrons refusaient d'offrir de réelles augmentations de salaire ainsi que de bannir l'esclavage moderne par les courtiers de main d’œuvre (labour brokers) dans le secteur de l'Industrie métallurgique et mécanique.

Les revendications des travailleurs sont légitimes. Avec des profits capitalistes sans cesse à la hausse, une revendication de 13% de revalorisation salariale est modeste. De même, l'arrogance des patrons désirant revenir à une semaine de 45 heures de travail est une remise en cause des droits durement acquis par les travailleurs.

Le SACP soutient pleinement la lutte des travailleurs contre l'esclavage des temps modernes sous la forme des labour brokers. Nous soutenons pleinement une interdiction totale et une mise hors-la-loi de telles pratiques et nous exhortons notre gouvernement à agir rapidement afin d'adopter des lois allant dans cette direction.

Les dirigeants du SACP vont participer aux manifestations, en solidarité avec les travailleurs. Il est temps désormais que nous faisions reculer de manière décisive le capital, que nous minions son arrogance grandissante et que nous défendions les vies des Sud-africains.


18/07/2011


Edité par T 34 - 19 Jul 2011 à 02:11
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Jul 2011 à 15:02

Le Parti communiste sud-africain souhaite à son vieux compagnon de lutte contre le régime d'apartheid, Nelson Mandela, un joyeux 93ème anniversaire

RED_GRANDE_HOME1_400x267_61797702.jpg

mandela%20nelson

Le Parti communiste sud-africain souhaite à son vieux compagnon de lutte contre le régime d'apartheid, Nelson Mandela, un joyeux 93ème anniversaire

Communiqué du Parti communiste sud-africain (SACP)

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le SACP profite de cette occasion pour souhaiter au pilier de notre révolution et à notre icône, Nelson Rolihlahla Mandela, surnommé affectueusement de son nom clanique 'Madiba', un heureux 93ème anniversaire.

Durant des années, en tant que militant de l'ANC et dirigeant de l'ANC, il a dirigé et servi avec dévouement et désintéressement, il a incarné des valeurs qui ont été admirées bien au-delà de l'univers de notre mouvement de libération nationale. C'est cela, qu'il a appris dans la lutte au sein de l'ANC et de notre Alliance, qui fait de Madiba un héros international dans la lutte pour la libération de l'humanité de toutes les formes d'oppression et de discrimination. C'est ce pour quoi l'ANC et notre Alliance se sont battus, même confrontés à une impitoyable persécution et à leur diabolisation comme « terroristes ».

Comme la plupart des révolutionnaires de notre pays, Madiba accordait une valeur très importante à la relation qui unissait le SACP et l'ANC. Il appréciait tout particulièrement le dévouement et le rôle des communistes Sud-africains dans notre lutte de libération nationale, et dans la reconstruction de notre pays des ravages causés par le régime d'apartheid et ses politiques. En son honneur, en tant que communistes Sud-africains, nous nous engageons à travailler encore plus dur pour éradiquer toutes les formes d'oppression et de discrimination dans notre société, ainsi que de s'attaquer à leur fondations, le système capitaliste. S'exprimant au sujet de l'alliance de l'ANC et du SACP au 9ème Congrès national en 1995, Madiba a eu les mots suivants concernant la relation qui unit l'ANC et le SACP :

winnie%20nelson%20joe%20slovo%20communist%20small« Des détracteurs de cette relation, on en trouve en foison ; elle encourage également une production prolifique d'articles nécrologiques à son sujet. Mais c'est une relation qui a toujours déçu ces experts.

Car elle a été trempée dans la lutte. Elle s'est écrite dans le sang de ces nombreux martyrs. Et, aujourd’hui, elle sort renforcée de cette victoire conquise de haute lutte...

Notre alliance n'est donc pas un mariage arrangé. Elle n'est pas non plus une union d'organisations similaires, qui ne différent que par leur nom.

Nous parlons d'une alliance précisément car nous sommes deux organisations indépendantes avec des plate-formes politiques et des objectifs de long-terme qui ne convergent pas nécessairement. »

Tout au long de sa vie, Madiba a influencé l'ANC et il a été influencé par lui. Il est ce qu'il est grâce à l'ANC. Il a agi dans le cadre des politiques, de la discipline et des décisions de l'organisation. La compréhension par Madiba du principe non-racial de notre mouvement pour lequel il s'est inlassablement battu, entre autres, a été explicitée dans les principes mêmes et les politiques de l'ANC. Célébrer l'anniversaire de Madiba, c'est aussi poser la nécessité d'approfondir la lutte pour la création d'une véritable Afrique du sud non-raciale avec une juste appréciation des liens très étroits entre la race, la classe et le sexe en Afrique du sud.

Le SACP a remarqué tout dernièrement, écœuré, une tentative de la part de certaines élites et même d'éléments racistes dans notre société d'essayer de définir Madiba comme étant isolé de l'organisation qui a influencé et façonné son engagement politique pour la libération de notre peuple de l'esclavage politique et économique. Ce qui colle à la peau de ces éléments opportunistes, c'est toujours leur volonté de marquer leur opposition à l'ANC et à ses dirigeants actuels en se servant de Madiba comme d'une référence alors qu'ils n'ont aucune expérience pratique de ce que Madiba signifie et a signifié pour l'ANC et pour des millions de travailleurs et de pauvres dans notre pays.

Alors que nous célébrons l'anniversaire et l'héritage de Madiba, nous devons reconnaître que la menace la plus immédiate à court-terme pour son héritage est la corruption rampante dans les secteurs privé et public, le matérialisme grossier et le fait que l'on se serve de nos organisations comme des plate-formes pour l'accumulation privé. Tout cela est en contradiction avec ce que Madiba en est venu à représenter et nous devons travailler dur pour éradiquer tout cela de notre tissu social.

mandela Nous devons combattre la pauvreté, le chômage et les inégalités pour donner un sens à ses 93 années de sacrifice pour le bien de notre peuple. Le SACP est bien conscient que pour réaliser cela, nous devons approfondir notre lutte contre le capitalisme et ces conceptions néo-libérales qui ont abouti à cette crise à laquelle l'humanité est confrontée aujourd’hui. 

Ce mois de juillet est marqué par le 90ème anniversaire du SACP. En célébrant ce moment important, nous nous rappellerons aussi en effet et nous commémorerons les nombreux leaders de l'ANC qui pendant des décennies ont été ensemble dans les tranchées avec le SACP.

Le SACP souhaite à Madiba un joyeux 93ème anniversaire !!

 
 



Edité par T 34 - 19 Jul 2011 à 20:09
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 30 Jul 2011 à 18:17

Le Parti communiste sud-africain fête son 90ème anniversaire: du parti d'avant-garde de la lutte contre l'apartheid au parti de masse aux 130 000 militants

90yrs%20ad

 

Le Parti communiste sud-africain fête son 90ème anniversaire

Du parti d'avant-garde de la lutte contre l'apartheid au parti de masse aux 130 000 militants

Communiqué du Parti communiste sud-africain (SACP)

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le Parti communiste sud-africain (SACP) fêtera ce week-end le 90ème anniversaire de sa fondation, le 31 juillet 1921 au Cap. La principale activité prévue pour les célébrations sera la tenue d'un Rassemblement-anniversaire au Stade Sugar Ray Xulu, à Clermont, dans la banlieue de Durban, dans la province KwaZulu-Natal, précédée par un diner-anniversaire le samedi 30 juillet. Le programme officiel du rassemblement commencera à 10h le 31 juillet.

Interviendront lors du rassemblement nos alliés internationaux du Parti communiste cubain et du Parti communiste chinois, le président national du MKMVA [Vétérans de la branche armée de l'alliance contre l'apartheid Umkhonto We Sizwe] le camarade Kebby Maphatose, le secrétaire national de la Jeunesse communiste, le camarade Buti Manamela, le président de la SANCO [Organisation civique nationale sud-africaine – coordination d'associations communautaires noires forgée durant l'apartheid] la camarade Ruth Bengu, le secrétaire-général de la confédération syndicale COSATU, le camarade Zwelinzima Vavi et le président de l'ANC, le camarade Jacob Zuma. Le secrétaire-général du SACP, le camarade Blade Nzimande prononcera le discours d'ouverture du rassemblement.

Le 90ème anniversaire est un moment de célébration du rôle énorme qu'a joué le SACP dans la libération nationale de notre pays, et également de sa contribution à la reconstruction de notre pays depuis la percée démocratique de 1994. Notre parti est un parti qui est engagé sur la voie de la destruction du système capitaliste dans notre pays et de la construction d'une alternative plus humaine, une Afrique du sud socialiste. Pour atteindre cet objectif, nous sommes guidés par une vision à moyen-terme, qui consiste à chercher à construire l'influence de la classe ouvrière sur tous les lieux de pouvoir fondamentaux, à la fois dans l’État et hors de l’État.

Nous célébrons également les nombreuses contributions apportées par le SACP à la lutte pour la libération de notre pays. Notre parti a été le premier parti politique non-racial et grâce à cela il a également joué un rôle pionnier pour imposer le non-racialisme dans la vie politique de notre pays, et dans la société en général. C'est le Parti communiste qui a non seulement joué un rôle pionnier sur le plan théorique mais a été aussi en première ligne de l'organisation des travailleurs Africains et des travailleurs blancs main dans la main dans la lutte contre leur ennemi commun, le capitalisme. C'est ce qui mena plus tard à ce que le camarade Joe Slovo à forger l'idée d'une compréhension du « caractère national de la question de classe et de la nature de classe de la question nationale. » Nous célébrons un parti de libération nationale. C'est le SACP qui a lancé dans ce pays l'appel à un gouvernement de la majorité noire, avec son appel datant de 1929.

Nous célébrons un parti qui a été un allié sûr des forces progressistes et du Mouvement démocratique de masse mené par l'ANC dans la lutte contre l'apartheid. Nous célébrons le rôle majeur joué par les communistes dans les opérations de l'armée populaire, uMkhonto we Sizwe. Le SACP a également contribué dans des proportions immenses à la constitution de l'African national congress (ANC) en tant que formation dirigeante du mouvement de libération nationale, tout comme il a aussi, au fil des ans, beaucoup appris de l'ANC.

Nous rendons hommage aux héros et héroines de notre révolution, entre autres Johannes Nkosi, Basil February, Ruth First, la direction héroïque et l'activisme des communistes dans les campagnes Wankie et Sipolilo [Premières opérations militaires de la branche armée de la résistance en coopération avec la résistance au Zimbabwe], le rôle de dirigeantes de femmes comme Dora Tamana au sein de la Fédération des femmes sud-africaines et dans la Ligue des femmes de l'ANC, et les capacités brillantes d'organisation de syndicalistes tels que Elizabeth Mafikeng, John Beaver Marks et tant d'autres héros et héroïnes méconnus de notre révolution.

Le SACP peut aussi se targuer, à juste titre, du fait qu'aucune autre organisation n'a contribué autant à la constitution de syndicats progressistes comme il l'a fait. Le SACP a également été à l'avant-garde pour ce qui est de la création de médias progressistes dans notre pays défendant les intérêts des travailleurs et des pauvres, bien loin du rôle joué par les médias dominants, dont l’obsession est aujourd'hui d'apporter un soutien débridé au capitalisme et de s'opposer à tout ce que l'alliance menée par l'ANC et son gouvernement essaient de construire.

C'est pour toutes ces raisons et cette histoire que depuis 1999 nous avons pris la décision de construire un parti d'avant-garde avec un caractère de masse et plongé notre organisation dans la mise sur pied de campagnes qui touchent au cœur des luttes quotidiennes du peuple Sud-Africain avec notre campagne Octobre rouge. Depuis 1999, le SACP a mené les campagnes suivantes :

  1. Pour la réforme agraire et des terres ;

  1. Une campagne pour la protection des travailleurs précaires ;

  1. Une campagne pour la sécurité alimentaire pour les pauvres, pour la baisse des prix des produits alimentaires et la redistribution des terres pour assurer une production alimentaire suffisante ;

  1. Une campagne pour transformer le secteur financier afin qu'il soit mis au service de la majorité du peuple, ce qui comprend une annulation des dettes et une campagne contre l'octroi délibéré de prêts bancaires impossibles à rembourser – c'est cette campagne par ailleurs qui a pour partie protégé nos institutions financières pendant la crise capitaliste de 2008 ;

  1. Une campagne pour un système public de transport sûr, abordable et accessible pour tous ;

  1. Une campagne pour une « Couverture médicale de qualité pour tous » qui appelait entre autres à l'instauration d'une Assurance santé nationale ;

  1. Une campagne pour le financement du développement ;

  1. Une campagne contre la corruption ;

  1. Une campagne pour constituer des comités de quartier et le pouvoir populaire pour un État révolutionnaire ;

  1. Une campagne pour approfondir et renforcer la démocratie participative ;

Ce sont des campagnes qui ont laissé une marque indélébile dans les esprits et les cœurs des Sud-africains issus des couches populaires, sur l'importance du SACP dans la transformation radicale de leurs vies. C'est grâce à ces campagnes, entre autres, qu'aujourd'hui nous pouvons parler d'un Parti communiste dont les adhérents à jour de leurs cotisations se chiffrent à plus de 130 000. Nous sommes de fait la plus importante formation politique derrière l'ANC.

Le Parti communiste a aujourd'hui à affronter le défi de parvenir à l'équilibre nécessaire entre ses tâches et son rôle dans la gouvernance et la poursuite de son rôle dirigeant dans la lutte de masses en tant qu'organisation indépendante.

Alors que nous célébrons notre 90ème anniversaire, le SACP s'engage à aller encore plus loin, dans la lutte pour la libération totale de notre pays, pour combattre toutes les formes de corruption, à la fois dans et hors des rangs de notre Alliance et de l’État. Nous ferons cela sans peur ni favoritisme et peu importe l'identité de ceux qui sont impliqués.

anc%20sacp%20cosatu

Le SACP intensifiera son offensive idéologique à la fois contre le libéralisme et le néo-libéralisme, ainsi que contre les tentatives de ses libéraux visant à détruire l'image de notre mouvement. Aujourd'hui, nous assistons à une vaste offensive de la part des libéraux et des conservateurs, qui ont perdu toutes les élections depuis 1994, visant à discréditer nos institutions démocratiques et de présenter notre mouvement et nos organisations comme fondamentalement corrompus. Avec l'appui des médias dominants, bourgeois, ces forces libérales essaient de renaître de leurs cendres – perdant les élections mais tentant de coopter nos institutions démocratiques afin d'avancer leur agenda anti-ANC et anti-gouvernemental.

Nous nous engageons à aller plus loin dans notre lutte permanente contre toutes les formes de démagogie populiste et de fractionnisme, dont le but est de prendre le contrôle de nos organisations afin de faire avancer leur programme d'accumulation privée.

Tout en faisant cela, nous continuerons à mobiliser la masse des travailleurs et des pauvres de notre pays, et chercherons à avoir une participation utile au gouvernement dans le cadre de nos objectifs globaux, la construction d'une Afrique du sud meilleure pour des millions de Sud-africains.

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Sep 2011 à 20:20

Julius Malema jugé par l’ANC

Le leader des jeunes 
du parti de Mandela sur la sellette : il multiplie 
les provocations racistes et populistes.

Le président de la Ligue des jeunes du Congrès national africain (Ancyl), Julius Malema, doit se retrouver à nouveau aujourd’hui devant la commission de discipline du parti de Nelson Mandela. Mardi et mercredi, les deux premières journées de sa comparution, ses partisans sont venus manifester devant le siège de l’ANC, au centre de Johannesburg. Certains arboraient des tee-shirts à l’effigie de Thabo Mbeki, l’ancien président évincé de la tête de l’ANC alors que d’autres brûlaient des posters représentant l’actuel leader de l’ANC, Jacob Zuma, ou lançaient des pierres sur la police et les journalistes présents. Il est officiellement reproché à Julius Malema d’avoir exhorté à un changement de régime au Botswana voisin, et d’avoir traité le gouvernement de «Gaborone», marionnette des Américains. Des propos qui viennent s’ajouter à des déclarations toujours plus provocantes les unes que les autres mais qui sont loin d’être des dérapages. Il risque l’exclusion de l’ANC.

Malema est de cette génération de dirigeants éclos après la chute de l’apartheid. Il s’est rapidement enivré de pouvoir et d’argent. Très bling-bling, il adore les montres de luxe, les coûteuses soirées où le champagne coule à flots. Son nom apparaît régulièrement au sein de sociétés du black business. Il est à la tête de sociétés décrochant d’importants contrats publics, notamment au Limpopo, ce qui lui vaut quelques enquêtes fiscales. C’est peut-être pour cela qu’il veut se situer très à gauche sur l’échiquier politique, se faisant le défenseur des pauvres mais vouant une haine féroce au Parti communiste sud-africain et à ses principaux dirigeants.

En réalité, à travers la 
figue de Malema commencent à s’exprimer les lignes de force de la prochaine conférence de l’ANC, dont l’une des tâches sera de désigner le candidat à l’élection présidentielle de 2014.

Pierre Barbancey

Source

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Sep 2011 à 17:13

Débat sur la nationalisation des mines en Afrique du sud : la COSATU et le Parti communiste lucides sur les 'nationalisations' en système capitaliste et les desseins des « jeunes loups » de l'ANC

anc%20sacp%20cosatu

Débat sur la nationalisation des mines en Afrique du sud


La COSATU et le Parti communiste lucides sur les 'nationalisations' en système capitaliste et les desseins des « jeunes loups » de l'ANC

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le débat au sein de la gauche sud-africaine autour de la question de la nationalisation des mines, et plus largement de la nationalisation des secteurs stratégiques continue. Depuis plusieurs mois, le groupe dirigeant de la jeunesse de l'ANC (ANCYL) insiste pour mettre à l'ordre du jour la proposition de nationalisation du secteur minier, position réaffirmée à son Congrès de Midrand en juin 2011.

Il est nécessaire de rappeler que l'Afrique du sud est gouverné depuis la fin de l'apartheid par une coalition composée d'une part de l'ANC, parti au pouvoir, et d'autre part de la COSATU et du Parti communiste sud-africain (SACP), partenaires critiques.

L'ANC n'a cessé de se droitiser entre 1994 et 2007, en particulier sous la présidence de Thabo Mbeki. Le congrès de Polokwane en 2007 avait permis, sous pression de la COSATU et du SACP, l'élimination du groupe dirigeant droitier et l'élection de Jacob Zuma à la tête de l'ANC et ensuite de l’État. Depuis 2007, la présidence de Zuma est loin d'avoir satisfait ceux qui espéraient un franc virage à gauche.

Comme toute organisation de jeunesse social-démocrate, la jeunesse de l'ANC se caractérise à la fois par ses prises de positions plus « à gauche » mais aussi par la prédominance au sein de son groupe dirigeant de « jeunes loups » ambitieux, prêts à toutes les surenchères verbales gauchisantes pour gagner du galon et progresser dans l'appareil du parti. Dans un pays comme l'Afrique du sud, gangrené par la corruption et la collusion entre le pouvoir politique et économique, ces phénomènes prennent une ampleur démesurée.

De l'autre côté de l'alliance, la COSATU reste la grande confédération syndicale, avec 2 millions de membres, sur des positions de classe et marxistes-léninistes. Elle est souvent entrée en conflit ouvert avec l'ANC sur sa politique de privatisations, d'austérité salariale et de remise en cause des droits des travailleurs dans les années 1990 et 2000.

Tout comme le parti communiste d'Afrique du sud (SACP) resté dans une position de « soutien critique » entre 1994 et 2007, et qui a rejoint le gouvernement en 2008 sur une promesse de changements structurels. Le SACP est la force montante de la vie politique sud-africaine, comptant aujourd'hui 130 000 militants contre seulement 50 000 il y a quatre ans de cela.

La COSATU divisée sur la question des nationalisations

Le Comité central de la COSATU des 27 et 28 juin réunissant 800 délégués des 21 fédérations syndicales devait fixer la position officielle de la confédération syndicale vis-à-vis de la proposition de la jeunesse de l'ANC de nationaliser les mines et d'exproprier sans compensation les terres dans le cadre de la réforme agraire.

La résolution finalement adoptée ne tranche pas et se contente d'une déclaration de principes pour les nationalisations basée sur la « Charte des libertés » constiutionnelle.

Le Comité central aurait été tendu, la décision finale reportée. Même si elles sont niées par le secrétaire-général Zwelinzima Vavi, qui préfèrent parler de « culture du débat », ces divisions semblent une réalité. Plus de la moitié des délégués avaient déserté le Comité central avant sa fin effective. Certaines voix dénoncent l'absence de débat, 15 minutes seulement auraient été consacrées à la résolution sur les questions socio-économiques.

Le rapport du secrétaire-général Vavi est un bon indicateur de la position majoritaire dans la direction de la COSATU, mais aussi contestée. Le soutien de principe aux nationalisations mais la réticence envers la proposition concrète de nationalisation des mines issue de l'ANCYL.

L'essentiel du rapport a consisté à dénoncer le danger d'une « nouvelle tendance » dans le mouvement de jeunesse soutenue par « des politiciens puissants et des entrepreneurs richement dotés » qui s'appuie sur « la démagogie populiste pour s'assurer un espace politique et un pouvoir suffisant pour faire avancer leur programme d'accumulation privée ».

Or, cette position de compromis finalement reflétée dans la résolution finale n'a pas convenu à l'ensemble des délégués et de la direction de la COSATU. Alors que le secrétaire du syndicat national des mineurs (NUM), Frans Baleni, a soutenu la direction nationale, le secrétaire de la Fédération des métallurgistes (NUMSA), Irvin Jim a lui publiquement exprimé son soutien à la position de l'ANCYL et donc son désaveu de la position de la confédération.

Pourquoi le Parti communiste ne soutient pas franchement la proposition de nationalisation des mines ?

Dans ce débat complexe, où les déclarations d'intention cachent souvent des intérêts particuliers moins avouables, pourquoi le Parti communiste sud-africain ne se situe pas à l'avant-garde de la lutte pour la nationalisation du secteur minier ? Le SACP apporte deux raisons officielles à sa prise de position surprenante au premier abord, réaffirmée par Blade Nzimande, secrétaire-général du SACP, au dernier comité central de la COSATU.

Premièrement, il y a nationalisation et nationalisation. L'objectif du parti reste la socialisation des moyens de production et la nationalisation en est souvent une étape mais le caractère progressiste des nationalisations dépend de son contexte, du rapport de forces qui les déterminent et des intérêts de classe de ceux qui mènent le processus :

« La nationalisation n'est rien d'autre qu'un des moyens d'atteindre ce but [la socialisation des moyens de production et le socialisme], mais la nationalisation camarades, c'est un débat que nous devons avoir, n'est pas progressiste en soi. Hitler a nationalisé, le régime d'apartheid a nationalisé, la question que nous devons poser est : la nationalisation, dans quels intérêts de classe ? Voilà ce qui est capital », a déclaré Nzimande devant les délégués de la COSATU.

Deuxièmement, à la question concrète : à qui profite cette proposition concrète de nationaliser les mines, les communistes répondent, à une fraction de la bourgeoisie noire, affiliée ou en collusion avec l'ANC. Pour celle qui n'est pas encore installée, il s'agit de se faire sa « place au soleil », en usant de son contrôle sur l'appareil d’État ; pour celle qui l'est déjà, il s'agit de se servir sur les caisses de l'Etat pour renflouer leurs entreprises. Les communistes dénoncent depuis longtemps les pratiques du tenderpreneurs (les nouveaux riches de la bourgeoisie noire construisant leur fortune sur les contrats publics frauduleux) et du BEE (Black economic empowerment – programme gouvernemental chargé de construire une bourgeoisie noire en lui accordant des pans entiers de l'économie) :

« La nationalisation des mines est un appel lancé à l’État afin qu'il rachète les entreprises endettées et un appel à sauver un BEE en crise. Je fais le pari que d'ici 10 ans, on lancera un appel, cette fois pour les re-privatiser », d'après les termes de Blade Nzimande.

Troisièmement, cette proposition soudaine du secrétaire de la Jeunesse de l'ANC, Julius Malema, est une manœuvre politicienne « démagogique » destinée à mettre en difficulté le président Zuma et l'alliance tri-partite en tentant de déborder l'alliance par la gauche et de ravir à la COSATU et au SACP leur rôle d'avant-garde de la classe ouvrière.

zapiro+june+7Malema est en effet connu tant pour ses positions à géométrie variable, son opportunisme et son ambition. Il est aussi un ennemi juré du président Zuma et de l'aile-gauche de l'ANC. Certains voient en lui un restaurateur habile de l'ère Mbeki, prêt pour cela à toutes les contorsions verbales.

Contre cette nouvelle tendance, Blade Nzimande se contente de défendre l' « unité » et d'apporter son soutien au président Zuma dont il est le ministre de l'Education depuis 2008.

C'est sur ce dernier point qu'apparaissent certaines des ambiguités de la position du SACP, et sans doute le révélateur de divisions internes latentes au sein du SACP. Cette position juste en principe ne sert-elle pas une aile droitière au sein du SACP ?

Il n'en demeure pas moins vrai que le SACP est de plus en plus attaqué, non seulement par les « démagogues » de l'ANCYL mais aussi par des camarades sincères de la COSATU, pour sa participation gouvernementale et l'atténuation de ses jugements critiques vis-à-vis de la gestion du capitalisme somme toute très conformiste de la part de l'ANC.

Une jeunesse social-démocrate, gangrenée par les ambitieux et les démagogues, prête à la sur-enchère gauchiste, une grande confédération syndicale traversée par des lignes de fracture transversales, partagée son soutien de principe aux nationalisations et ses réticences face à certains promoteurs malintentionnés, enfin un Parti communiste de masse et de classe lucide mais aussi soumis à certaines tendances opportunistes, voilà le tableau complexe du débat sur la nationalisation des mines dans l'Afrique du sud actuelle.

Les débats sur le sens des nationalisations en système capitaliste, certes dans les conditions particulières de l'Afrique du sud, ne peuvent qu'attirer notre attention.

Explication du dessin de caricature: le secrétaire de la Jeunesse de l'ANC, Julius Malema, essaie de ressuciter le cadavre du serpent Thabo Mbeki après avoir jeté à la poubelle ses promesses d'allégence à Jacob Zuma selon le credo: "L'ennemi de mon (nouvel) ennemi est mon ami!"

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 28 Oct 2011 à 00:32

Jacob Zuma limoge des ministres corrompus

 Le président sud-africain a demandé une enquête sur des malversations liées à un contrat d’armement impliquant le français Thales. Le président sud-africain, Jacob Zuma, a décidé de frapper un grand coup contre la corruption. Il vient de limoger deux ministres accusés de malversation financière et a suspendu le chef de la police le temps d’une enquête. Jacob Zuma a donc annoncé, en début de semaine, le départ de la ministre des Travaux publics, Gwen Mahlangu-Nkabinde, et celui du ministre des Affaires locales, Sicelo Shiceka, ainsi que la suspension du chef de la police, Bheki Cele. Tous trois avaient été mis en cause par l’autorité anticorruption, dont les équipes sont notamment chargées d’éplucher les comptes de l’administration. Sicelo Shiceka a été accusé de mauvaise gestion, abus de fonds publics et séjours répétés dans des hôtels de luxe, ses escapades aux frais du contribuable comprenant même un voyage en Suisse pour rendre visite à sa petite amie, qui y était en prison pour trafic de drogue ! Le président a également nommé la commission d’enquête qu’il avait annoncée à la mi-septembre sur la corruption présumée entachant le plus gros contrat d’armement conclu depuis la fin de l’apartheid. Le dossier remontait à 1999 et semblait enterré. Cette affaire de contrat d’armement a déjà conduit en prison un ex-conseiller du président Zuma, Schabir Shaik (libéré début 2009), et impliqué le fabricant d’armes Thint, une filiale du groupe industriel français Thomson-CSF, devenu Thales. Plusieurs hommes d’affaires et politiques haut placés sont soupçonnés d’avoir touché des pots-de-vin. Récemment, de nouvelles informations sont apparues en Suède et en Allemagne. Le groupe suédois Saab a reconnu en juin que des pots de- vin d’environ 2,5 millions d’euros avaient été versés pour favoriser la vente d’avions de chasse, tout en rejetant la faute sur son partenaire de l’époque, le groupe britannique BAE Systems.

PIERRE BARBANCEY

Source

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 Nov 2011 à 22:10

L’ombre du chômage dans les townships Sud-Africains

Reportage de notre envoyée spéciale à Johannesburg. Un Sud-Africain 
sur quatre est 
au chômage. Chez les moins de vingt-quatre ans, le taux de chômage officiel culmine à plus 
de 50%, jetant une ombre sur l’économie la plus dynamique du continent africain. Reportage à Soweto, l’ancien ghetto noir 
de Johannesburg.

À l’ombre des terrils signa­lant les anciennes mines d’or, la misère poursuit son œuvre à Soweto. Le plus vaste township de Johannesburg, symbole de la lutte contre l’apartheid, est certes devenu le quartier de la nouvelle classe moyenne noire. Mais à sa périphérie survit une génération meurtrie par le chômage et la ségrégation économique. À Naledi, quartier déshérité des confins de l’ancienne ville noire, les enfilades rectilignes de «match boxes» («boîte d’allumettes»), ces maisonnettes sans âmes, dessinent des rues sans noms, qui se brisent parfois sur un chaos d’abris de bois et de tôle. Pas d’espace public. Les blocs sont seulement entrecoupés de terrains vagues ou de pelouses mangées par la poussière et les détritus. C’est là que vit Lebogang Mathe, une jeune femme de vingt-huit ans. Cheveux coupés court, visage émacié, elle est assise en tailleur, entourée de trois amies, sur le grand lit qui encom­bre l’unique pièce lui tenant lieu de domicile. Toute sa vie tient dans ces huit mètres carrés, où il faut dormir, cuisiner, faire sa toilette, recevoir ses proches. Pas assez de place, ici, pour élever ses deux enfants, confiés à leur grand-mère. Sans qualifications, cette mère célibataire n’a connu que le chômage et les petits boulots. Seule l’aide de ses sœurs aînées lui maintient la tête au-dessus de l’eau. «C’est très difficile, pour un jeune de Soweto, de trouver un travail digne de ce nom, témoigne-t-elle. Il existe bien des programmes d’insertion, mais ils ne mènent qu’à des emplois précaires, temporaires, mal payés. Je viens de suivre une formation de maquilleuse, qui a duré deux jours. À l’issue de cette formation, on nous a lâchées dans la nature, en nous conseillant de monter notre propre affaire. Mais sans argent, c’est impossible. Nous collectionnons les attestations et les certificats de formation. Nous ne savons plus qu’en faire. Ils s’accumulent comme de vieux papiers sous nos lits.» À son côté, Thabang Mokoena, l’une de ses voisines, d’un an plus âgée, nuance ce tableau. «Beaucoup de choses ont changé depuis la chute de l’apartheid. Les plus démunis ont accès à des aides sociales, à des pensions de retraite, aux soins, à l’électricité gratuite. Mais seulement à condition de déposer un dossier, ce que beaucoup ne font pas», expose-t-elle. Les choses ont changé, «mais le chômage a monté», entraînant, pour toute une génération, une «perte d’espoir», ajoute-t-elle. Surtout chez les jeunes femmes, pour lesquelles l’aide sociale est conditionnée à la naissance d’un enfant. «C’est la raison pour laquelle tant d’adolescentes ont des enfants. Mais un enfant, c’est tellement de dépenses qu’elles se retrouvent dans des situations inextricables.»

Chômage et pauvreté brisent, ici, les liens sociaux et familiaux. À trente et un ans, Mthethwa Nomthandazo en a fait l’amère expérience. Il y a quelques mois, elle a mis à la porte son compagnon, incapable de subvenir aux besoins du foyer et des enfants. Quelques jours après la rupture, il a mis fin à ses jours. «De nombreux jeunes gens sans travail, sans avenir, sans espoir se suicident, ici. Le chômage, l’inactivité conduisent aussi à l’abus d’alcool, à la drogue, au crime», résume-t-elle. Aucune de ces jeunes femmes n’a de souvenirs précis de l’apartheid. Elles ne se remémorent que le goût sucré des maigres repas de pap (une bouillie de céréales) et les images floues des brutales descentes de policiers à la recherche de communistes ou de mili­tants du Congrès national africain (ANC). «Nous sommes presque nées libres», sourient-elles.

Des chômeurs attendent un petit boulot sur une route de Cape Town

Le destin de cette génération post-apartheid broyée par le chômage est une préoccupation majeure pour le gouvernement sud-africain. Cette question, comme celle du partage des fruits de la croissance, fut au cœur des débats houleux de la conférence de Polokwane, qui porta Jacob Zuma à la tête de l’ANC. Elle continue, aujourd’hui, de faire l’objet d’âpres discussions au sein de l’alliance tripartite au pouvoir, qui unit l’ANC, le Parti communiste sud-africain et la centrale syndicale Cosatu.

Reconstruire une industrie pour créer des emplois

La success story économique de ce grand pays émergent a bien trébuché en 2008, avec la première récession depuis l’avènement de la démocratie. Mais, auparavant, dix ans de croissance économique continue n’ont pas permis d’endiguer le chômage de masse. Au total, selon les statistiques officielles, qui ne prennent pas en compte les chômeurs découragés ayant renoncé à chercher un emploi, un Sud-Africain sur quatre est au chômage. Chez les moins de vingt-quatre ans, le taux de chômage officiel culmine à plus de 50%. «Le capitalisme traverse une crise grave et profonde. Nous sommes entrés dans une période à la fois enthousiasmante et difficile. Le chômage est un phénomène mondial, mais qui prend ici des proportions très préoccupantes, expose Blade Nzimande, secrétaire général du Parti communiste sud-africain et ministre de l’Enseignement supérieur. Ici, 60% des chômeurs ont moins de trente ans. Lutter contre ce fléau est donc une urgence. Parmi les priorités définies à la conférence de Polo­kwane figure la mise en œuvre d’une politique industrielle. C’est primordial. On ne peut pas laisser les forces du marché décider seules des investissements nécessaires. L’État doit avoir une stratégie. Nous ne pouvons plus nous contenter d’exporter des matières premières transformées ailleurs. Nous devons reconstruire une industrie manufacturière.»

Zuma veut créer 5 millions d’emplois à l’horizon 2020

La redéfinition d’une politique industrielle figure, en effet, parmi les axes du plan New Growth Path (le chemin d’une nouvelle croissance), annoncé en octobre 2010 et qui vise la création de 5 millions d’emplois à l’horizon 2020. Le 10 février dernier, dans son discours sur l’État de la nation, le président Jacob Zuma annonçait la création d’un fonds de 9 milliards de rands (907 millions d’euros) sur trois ans destiné à favoriser la création d’emplois. Il promettait, au même moment, 2 milliards d’euros d’allégements fiscaux pour les PME et l’industrie, ainsi que la création d’une entreprise minière publique.

Une Sud-africain sur quatre est au chômage

«La lutte contre le chômage est pour nous un défi majeur depuis 1994», assure Essop Pahad, figure historique de l’ANC, ancien ministre, directeur de la revue politique et culturelle The Thinker (le Penseur) «Le problème, c’est que nous avons bâti un mode de développement capi­taliste basé sur les gains de productivité, et non sur le développement du facteur humain. Nous avons une vraie difficulté à appliquer nos décisions politiques et à orienter l’argent, les aides, vers les projets les plus porteurs d’emploi», regrette-t-il.

Un sentiment d’injustice sociale explosif

Chez les exclus du marché du travail, privés des fruits de la croissance, le sentiment d’injustice est explosif, donnant parfois lieu à des protestations anarchiques dans certaines communautés. Coiffé d’un chapeau de tissu rouge, Mosala Ramailane, un jeune sowetan de vingt-sept ans au chômage, ne dissimule pas l’amertume que suscite chez lui le spectacle d’une société minée par des inégalités abyssales. «Le gouvernement devrait faire plus, lutter contre la corruption, contre ceux qui détournent à leur profit personnel l’argent qui devrait servir à la solidarité sociale, enrage-t-il. Ils sont très peu nombreux, les politiciens haut placés, leurs proches et leurs amis, qui bénéficient de la croissance et du développement. Cela crée une grande frustration. Les gens finissent par perdre tout espoir d’une vie meilleure.» Militante de la Young Communist League (Jeunesse communiste), Baatile Lepamo pense aussi que «les sommes importantes affectées à la lutte contre le chômage des jeunes ne bénéficient qu’à une minorité». Elle cite l’exemple de la Natio­nal Youth Development ­Agency (Agence nationale de développement de la jeunesse), une institution récemment créée pour orienter les jeunes dans leurs recherches d’emploi et soutenir leurs projets. «Cette agence dispose d’antennes dans tout le pays. C’est un instrument potentiellement très utile. Mais en réalité, elle ne bénéficie qu’aux jeunes engagés dans l’ANC, pas à la majorité. Il y a du népotisme dans le fonctionnement de cette institution», regrette-t-elle. La frustration sociale, la colère suscitée par la corruption n’ont pourtant pas encore transformé les attentes vis-à-vis de l’ANC en déception généralisée. C’est précisément, pour Zolani Mbelekane, trente-quatre ans, ouvrier de l’automobile, affilié au syndicat de la métallurgie (NUMSA), le récif politique à éviter. «La majorité des jeunes Noirs sont à la recherche d’un emploi. Ils n’ont pas les qualifications nécessaires pour trouver un travail décent. Le système éducatif reste inégalitaire, avec des écoles de riches et des écoles de pauvres. Ces inégalités scolaires se répercutent sur le marché du travail. On parle de croissance économique. Mais pour une majorité de Sud-Africains, cette croissance n’a rien apporté. Elle n’a pas créé d’emplois. C’est toujours la misère et la douleur», met-il en garde.

La nuit tombe sur Soweto. Comme si la ville était sous couvre-feu, les rues se vident brutalement. Les rares voitures qui circulent ­encore dans l’obscurité croisent les imposants véhicules des unités de police anticriminelle. Seul lieu de rencontre, le Maponya Mall, gigantesque centre commercial, attire, à l’abri de ses hautes grilles, les jeunes salariés en mal de distractions. Une armée de vigiles filtre les entrées dans ce temple d’un nouveau genre, dont l’extravagante architecture de verre abrite boutiques, restaurants et cafés. Pour les jeunes chômeurs de Soweto, ce lieu, chargé d’inaccessibles rêves de consommation, est comme un lointain mirage.

Julius Malema risque l’exclusion. La direction de l’ANC a entamé hier ses délibérations après le passage 
devant la commission de discipline du sulfureux président de sa ligue de jeunesse, Julius Malema, et de cinq de ses lieutenants. Ce démagogue, 
familier des provocations, volontiers anticommuniste, prompt à user d’une rhétorique anti-Blancs, risque l’exclusion s’il est reconnu coupable de discréditer le parti et de «semer la division» en son sein. «Nous avons eu les derniers arguments des deux parties hier (dimanche). Cette partie est finie, maintenant. À partir d’aujourd’hui, le comité national de discipline va finaliser le verdict», a confié à l’AFP le porte-parole de l’ANC, Keith Khoza. Le verdict devrait être connu, selon lui, «à la fin de cette semaine ou début de la semaine prochaine».

Rosa Moussaoui

Source


Joyce Moloi-Moropa : « La majorité des Sud-Africains exclue de la croissance »

Pour Joyce Moloi-Moropa, députée, dirigeante du Parti communiste et membre de l’exécutif de l’ANC, une petite minorité reste aux commandes de l’économie.

Comment combattre 
le fléau du chômage des jeunes en Afrique du Sud ?

Joyce Moloi-Moropa. La première chose à prendre en considération, ce sont les lacunes de notre développement industriel. Nous n’avons pas de politique industrielle digne de ce 
nom. Nous devons fonder 
une véritable base industrielle pour créer des emplois. 
C’est l’une des priorités 
de l’actuel gouvernement pour faire reculer le chômage. Mais l’autre défi majeur tient au développement des qualifications, en lien avec 
ces industries qu’il faut 
développer en Afrique du Sud.

 La lutte contre le chômage 
passe-t-elle par une meilleure formation initiale des jeunes ?

Joyce Moloi-Moropa. Absolument. Le chômage frappe principalement les jeunes 
non diplômés. C’est pourquoi nous développons des programmes de retour à la formation pour les jeunes sortis du système éducatif sans qualifications et qui ne parviennent pas à s’insérer dans le monde du travail. Ce sont ces jeunes-là pour lesquels nous nourrissons le plus d’inquiétudes.

 Quels résultats donne la création d’une Agence nationale de développement pour la jeunesse ?

Joyce Moloi-Moropa. Les intentions ayant guidé la création de cette agence sont bonnes. Cette structure aide aujourd’hui des jeunes à retrouver une formation, à orienter leurs recherches d’emploi, à monter des projets.

 Diriez-vous que subsiste encore, en Afrique du Sud, une forme d’apartheid économique ?

Joyce Moloi-Moropa. Je ne dirais pas les choses ainsi. Mais la croissance économique, c’est une évidence, ne profite pas à tous. Une majorité de Sud-Africains en sont exclus. Une petite minorité détient toujours les leviers de l’économie, ce qui pose problème. Nous avons initié des politiques pour changer cet état de fait. Leurs conséquences ne sont pas forcément très heureuses. Avec les politiques de Black Economic Empowerment (BEE, promotion économique des Noirs – NDLR), l’intention initiale était de former des cadres, capables de diriger des entreprises, de devenir des capitaines d’industrie, d’assumer une part du pouvoir économique. Or, cette politique a seulement permis à quelques-uns de s’enrichir, d’où l’émergence d’une petite élite économique noire. Nous parlons maintenant d’un «BEE» universel qui profiterait à tous, permettrait de promouvoir le développement des communautés et irait au-delà de la simple promotion individuelle.

 Y a-t-il un lien entre 
chômage et violence dans 
les zones urbaines ?

Joyce Moloi-Moropa. Quand les gens ne travaillent pas, sont désespérés, ruminent leur colère, beaucoup de choses peuvent survenir. En ce sens, oui, il existe un lien entre le chômage et la violence, le crime. La réponse au problème sérieux posé par la criminalité ne peut se réduire à la répression, aux arrestations. Nous devons aider les gens tentés par la délinquance à emprunter d’autres chemins, à devenir des acteurs à part entière du développement du pays.

Entretien réalisé par 
Rosa Moussaoui

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 22 Nov 2011 à 18:09

La révolution économique mise en danger par Nabli à la BCT

 
Anonyme

Enquête à travers l’exemple de la révolution sud-africaine.

Il est de coutume d’entendre les politiciens parler de social, de réduction des inégalités, de lutte contre le chômage, lancés comme des slogans qui sonnent creux pour le citoyen avisé qui interprète ces paroles comme des belles promesses électorales. La question qui brûle les lèvres de tout citoyen à l’écoute de ces promesses est simple mais très juste : comment y parvenir ? Pour comprendre le comment, il faut non pas chercher du côté des idées, ce versant a été maintes fois discuté et une recherche approfondie dans l’histoire permettrait d’en ressortir des idées lumineuses. Le versant le plus important d’un point de vue stratégique est celui du financement et donc du pouvoir de la création monétaire, pouvoir détenu en grande partie dans une institution d’une importance cruciale : la Banque Centrale de Tunisie.

Afin d’éclairer le lecteur sur l’importance de la Banque Centrale, nous allons le transporter dans l’Histoire, et revenir sur un des moments les plus inoubliables, les plus symboliques de la lutte contre l’oppression : la révolution de l’Afrique du Sud sous l’égide de l’ANC et de son leader charismatique Nelson Mandela, et plus précisément sur les négociations qui ont eu lieu pendant la transition, c’est-à-dire la période actuellement traversée par la Tunisie. Nous allons extraire des passages d’un livre indispensable pour comprendre la Crise actuelle : La Stratégie du Choc de Naomi Klein (voir le chapitre X).

Commençons d’abord par mesurer la profondeur tant historique que populaire de la révolution sud-africaine à travers la célèbre Charte de la Liberté : « Tout débuta en 1955, au moment où le parti dépêcha 50 000 volontaires dans les townships et les campagnes. Ces derniers avaient pour tâche de recueillir auprès des gens les « conditions de la liberté » – vision d’un monde sans apartheid dans lequel tous les Sud-Africains exerceraient des droits égaux. Les revendications étaient notées à la main sur des petits bouts de papier : « Des terres pour ceux qui n’en ont pas », « Un salaire décent et des heures de travail réduites », « L’éducation gratuite et obligatoire pour tous, sans égard à la couleur, à la race ou à la nationalité », « Le droit de s’établir et de se déplacer librement », et ainsi de suite. Les dirigeants du Congrès national africain firent la synthèse des exigences dans un document final, adopté officiellement le 26 juin 1955 à l’occasion du Congrès du Peuple organisé à Kliptown, township servant de « zone tampon » entre les Blancs de Johannesburg et les multitudes de Soweto. Environ 3 000 délégués – des Noirs, des Indiens, des Métis et quelques Blancs – s’installèrent dans un terrain vague pour voter les articles du document. Selon le compte rendu que fait Nelson Mandela du rassemblement, « la Charte fut lue à haute voix, chapitre après chapitre, en anglais, en sesotho et en xhosa. À chaque pause, la foule hurlait son approbation aux cris de Afrika ! et de Mayibuye ! ». L’article premier, d’un air de défi, proclame : « Le peuple gouvernera ! »

Cette révolution était d’une symbolique si forte qu’elle représente le meilleur exemple à mettre en parallèle de celle de la Tunisie, tant celles-ci ont engendré une vague d’espoir. Et pourtant, lors des négociations entre l’ANC et le régime d’apartheid, il y eut un tournant décisif qui fit basculer la révolution de l’espoir vers le désespoir dans une symbolique majestueuse entre l’ombre – les négociations économiques –, et la lumière – les négociations politiques entre Mandela et de Klerk. La stratégie de l’ombre fut la suivante : « Dans le cadre de ces négociations, le gouvernement de F. W. de Klerk adopta une stratégie en deux volets. S’inspirant du consensus de Washington, selon lequel il n’existe qu’une seule façon de diriger une économie, il qualifia les principaux secteurs décisionnels relatifs à l’économie – par exemple la politique commerciale et la banque centrale – de « techniques » ou d’« administratifs ». Il eut ensuite recours à un large éventail de nouveaux outils stratégiques – accords commerciaux internationaux, innovations dans le domaine du droit constitutionnel et programmes d’ajustement structurel – pour céder le contrôle de ces centres de pouvoir à des experts, économistes et fonctionnaires prétendument impartiaux du FMI, de la Banque mondiale, de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et du Parti national – bref, n’importe qui sauf les combattants pour la liberté de l’ANC. On assista donc à la balkanisation non pas du territoire géographique (que de Klerk avait tenté d’imposer), mais bien de l’économie. » Cette stratégie n’est pas sans rappeler les appels incessants de mise en place d’un gouvernement de technocrates, incluant le maintien de celui considéré comme le plus intègre : l’américano-tunisien Mustapha Kamel Nabli, gendre de Kamel Eltaief, et surtout qui a été chef économiste et directeur chargé de la région MENA (Moyen Orient Afrique du Nord) de 1999 à début Janvier 2011 à la Banque Mondiale, parachuté Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie seulement trois jours après le départ de Ben Ali. « Tout sauf des personnes élues » pourrions-nous dire analogiquement. Notons au passage que la Banque Mondiale est l’un des plus gros créanciers de la Tunisie et se targue même de compter parmi ses missions de gérer la dette publique du pays (voir l’encadré 7 du DSP), ce qui est un comble pour un créancier ! Vu le nombre d’années passées à un poste stratégique au sein de la Banque Mondiale, il est tentant de faire le parallèle avec le coup d’Etat de Goldman Sachs en Europe actuellement.

Pour mesurer l’importance des négociations, surtout celles qui se font dans l’ombre, entrons donc dans le vif du sujet et apprécions avec quelle vicissitude des mailles placées stratégiquement peuvent tuer une révolution dans l’œuf : « Padayachee entra dans la lutte pour la libération durant les années 1970 en tant que conseiller du mouvement syndical sud-africain. « À cette époque-là, nous avions tous la Charte de Liberté collée derrière notre porte », explique-t-il. Je lui demandai alors à quel moment il avait compris que les promesses économiques qu’elle renfermait ne seraient jamais réalisées. Il me répondit qu’il a commencé à s’en douter à la fin de 1993 lorsque lui-même et l’un de ses collègues de l’équipe Make Democracy Work avaient reçu un coup de fil de la part des négociateurs, qui en étaient au dernier stade de leurs tractations avec le Parti national. On avait besoin d’un document de travail sur les avantages et les inconvénients qu’il y avait à faire de la banque centrale d’Afrique du Sud une entité autonome, tout à fait indépendante du gouvernement élu – et on le voulait pour le lendemain matin. « Nous avons vraiment été pris par surprise », déclara Padayachee, à présent quinquagénaire. Il avait fait des études supérieures à l’université Johns Hopkins de Baltimore. Même parmi les économistes néolibéraux des États-Unis, l’idée d’une banque centrale indépendante était considérée comme marginale, le dada d’une poignée d’idéologues de l’école de Chicago persuadés que les banques nationales devaient être gouvernées comme des républiques indépendantes à l’intérieur des États, loin de l’ingérence des législateurs élus. Pour Padayachee et ses collègues, convaincus que la politique monétaire devait au contraire être mise au service des « grands objectifs de croissance, de création d’emplois et de redistribution » du nouveau gouvernement, la position de l’ANC ne faisait aucun doute : « Pas de banque centrale indépendante en Afrique du Sud. » Padayachee et l’un de ses collègues passèrent la nuit à rédiger un document dans lequel ils fournissaient à l’équipe de négociation des arguments à opposer à la proposition surprise du Parti national. Si la banque centrale (appelée Reserve Bank en Afrique du Sud) était détachée du reste du gouvernement, l’ANC ne serait peut-être pas en mesure de respecter les promesses de la Charte de la Liberté. Et si la banque centrale ne relevait pas du gouvernement de l’ANC, à qui, au juste, rendrait-elle des comptes ? Au FMI ? À la bourse de Johannesburg ? De toute évidence, le Parti national cherchait un moyen détourné de s’accrocher au pouvoir malgré sa défaite aux urnes – stratégie à laquelle il fallait résister à tout prix. « Le Parti national engrangeait le plus de concessions possibles, dit Padayachee. Ça, au moins, c’était clair. » Padayachee faxa le document le lendemain matin et attendit des nouvelles pendant des semaines. « Puis, un jour, nous nous sommes informés de la situation. “Nous avons lâché ce morceau-là”, nous a-t-on répondu. » Non seulement la banque centrale constituerait-elle une entité autonome au sein de l’État, son indépendance étant enchâssée dans la nouvelle Constitution, mais en plus, elle serait dirigée par l’homme qui la pilotait sous l’apartheid, Chris Stals. Et l’ANC n’avait pas renoncé qu’à la banque centrale : aux termes d’une autre concession majeure, Derek Keyes, ministre des Finances blanc sous l’apartheid, demeurerait en fonction – de la même façon que les ministres des Finances et les directeurs des banques centrales sous la dictature argentine avaient réussi à se maintenir en poste une fois la démocratie rétablie. Le New York Times fit l’éloge de Keyes, présenté comme « l’apôtre en chef d’un gouvernement frugal et sympathique à l’entreprise privée ». « Jusque-là, dit Padayachee, nous étions optimistes. Nous menions une lutte révolutionnaire, bon sang ! Il allait forcément en sortir quelque chose de bon. » En apprenant que la banque centrale et le Trésor demeureraient aux mains de leurs anciens titulaires sous l’apartheid, il comprit que « le projet de transformation de l’économie allait tomber à l’eau ». Je lui demandai s’il croyait que les négociateurs avaient conscience de ce qu’ils avaient perdu. Après un moment d’hésitation, il répondit : « Franchement, non. » C’était le jeu de la négociation. « Dans un tel contexte, il faut céder des choses, et c’est ça que nous avons cédé. C’était du donnant-donnant. » Du point de vue de Padayachee, il n’y eut donc pas de trahison majeure de la part des dirigeants de l’ANC. Seulement, l’adversaire leur dama le pion à propos d’une série d’enjeux qui, à l’époque, semblaient accessoires. Il se révéla en fin de compte que la libération de l’Afrique du Sud en dépendait. Les négociations conclues, l’ANC se trouva donc empêtré dans un filet d’un nouveau genre, fait de règles et de règlements obscurs, tous conçus pour confiner et restreindre le pouvoir des élus. Lorsque le filet se referma sur le pays, seules quelques personnes remarquèrent sa présence. Puis, une fois installé au pouvoir, le nouveau gouvernement essaya de manœuvrer librement et de faire bénéficier ses électeurs des effets tangibles de la libération qu’ils escomptaient et en faveur desquels ils s’étaient prononcés. Mais alors les mailles du filet se resserrèrent et l’administration constata que ses pouvoirs étaient étroitement circonscrits. Patrick Bond, conseiller économique au bureau de Mandela pendant les premières années au pouvoir de l’ANC, se souvient de la blague que l’on se répétait en interne : « Nous avons l’État. Où est le pouvoir ? » Lorsqu’il tenta de donner corps aux promesses de la Charte de la Liberté, le nouveau gouvernement se rendit compte que le pouvoir était bel et bien ailleurs.[…] En somme, l’Afrique du Sud était à la fois libre et captive. Les lettres d’acronymes sibyllins étaient autant de fils qui liaient les mains du nouveau gouvernement. Rassool Snyman, militant antiapartheid de longue date, me décrivit le piège en ces termes : « Ils ne nous ont jamais libérés. La chaîne que nous avions au cou, ils l’ont mise à nos chevilles. » Selon Yasmin Sooka, éminente militante pour les droits de l’homme, la transition, « c’étaient les entreprises qui disaient : “Nous allons tout garder et vous [l’ANC] n’aurez le pouvoir que pour la forme.” […] Vous pouvez avoir le pouvoir politique, donner l’apparence de gouverner, mais c’est ailleurs que s’exerce la véritable gouvernance ». Dynamique d’infantilisation fréquemment imposée aux pays dits en transition – on donne au nouveau gouvernement les clés de la maison, mais pas la combinaison du coffre-fort. »

Ce passage est d’une telle cruauté pour un peuple qui s’est battu, qui a donné son sang pour la Liberté, qu’il est nécessaire de faire savoir aux tunisien(ne)s ce qu’il se trame dans l’ombre et insidieusement pendant qu’ils fêtent la révolution. Car la révolution tunisienne est belle et bien en danger, et nous reviendrons assez amplement sur le bilan sud-africain pour mettre en garde le peuple tunisien sur les mailles du filet qui, doucement, se resserrent petit à petit sur lui. Nous avons déjà souligné le potentiel conflit d’intérêt entre Nabli à la Banque Centrale et son ancien employeur la Banque Mondiale. Néanmoins, celui-ci reste dans la potentialité tant que Nabli n’a pas avancé ses pions. Ce qui a été fait à la suite du Forum Emploi et Développement Régional organisé par l’UTICA le 12 Septembre 2011, et auquel Nabli a participé en tant que modérateur, le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie s’est permis (peut-être par relâchement dû à son aura médiatique) de lâcher l’arme de destruction massive qui achèverait la révolution lors d’une interview donnée au site WebManagerCenter. Au milieu des missiles typiques de la Banque Mondiale telle que l’idée de « bonne gouvernance » (sujet sur lequel nous reviendrons plus tard car il vaut son pesant d’or) – idée tant défendue par Nabli au sein de la Banque Mondiale –, sans sommation, il dégaine : « Quant à la stabilité financière, elle ne peut être garantie que par l’indépendance de la Banque Centrale. » Le mot est dit dans la bouche de l’actuel Gouverneur de l’institution la plus stratégique de la Tunisie, et il ne sera plus dit depuis. C’est ici qu’entrent en résonance les expériences sud-africaine et tunisienne, révolutions d’autant symboliques sur le continent africain que leur destinée semblent suivre un chemin similaire : celui d’un coup d’Etat économique légitimé démocratiquement qui plus est.

Pour tenter de comprendre comment une révolution aussi profonde – aussi poussée tant dans ses revendications que dans la forme dans lesquelles elles ont émergé – a pu aboutir à enchaînement sous une autre forme, il faut revenir sur la période temporelle qui a vu se jouer cette partie d’échec mais cette fois-ci du point de vue des militants : « « Pourquoi les militants de base n’avaient-ils pas forcé l’ANC à tenir les promesses formulées dans la Charte de la Liberté ? Pourquoi ne s’étaient-ils pas révoltés contre pareils concessions ? J’ai posé la question à William Gumede, militant de l’ANC de la troisième génération qui, en tant que leader étudiant pendant le transition, passa ces années tumultueuses dans la rue. « Tout le monde suivait les négociations politiques, dit-il au souvenir des sommets Mandela-de Klerk. S’il y avait eu des problèmes de ce côté, d’énormes manifestations auraient éclaté. Mais lorsque les négociateurs de la table économique présentaient leurs rapports, personne ne les écoutait. C’était, croyait-on, technique. » Mbeki [Président de l’Afrique du Sud entre 1999 et 2008 et en charge des négociations économiques] encourageait cette perception des choses en affirmant que les pourparlers étaient « administratifs », sans intérêt pour le commun des mortels (un peu comme les Chiliens avec leur démocratie « technicisée »). Par conséquent, me confia Gumede, exaspéré : « Nous avons raté le coche ! Nous sommes passés à côté des véritables enjeux. ». Gumede, devenu l’un des journalistes d’enquête les plus respectés d’Afrique du Sud, dit qu’il a fini par comprendre que c’étaient ces discussions « techniques » qui avaient décidé du sort de son pays – même si, à l’époque, ils étaient peu nombreux à s’en rendre compte. [..] « Je me concentrais sur la politique – l’action collective, les virées à Bisho [siège d’une confrontation décisive entre la police et les manifestants]. Je criais : « Qu’on nous débarrasse de ces types ! » se souvient Gumede. Mais je me trompais de combat – la vraie bataille était livrée sur le front économique. Je m’en veux d’avoir été naïf à ce point. Je croyais avoir assez de maturité politique pour comprendre. Comment ai-je pu ne pas me rendre de ce qu’il se passait ? ». Hormis une poignée d’économistes, personne n’avait envie de parler de l’indépendance de la banque centrale, sujet soporifique par excellence, même quand tout va bien par ailleurs. Selon Gumede, la plupart des gens se disaient que l’ANC, une fois bien en selle, n’aurait qu’à revenir sur les compromis faits à la table de négociation. « Nous allions former le gouvernement, dit-il. Nous verrions cela ultérieurement. » Ce que ne comprenaient pas les militants, c’est que les pourparlers en cours avaient pour effet d’altérer la nature même de la démocratie et que, une fois les mailles du filet refermées sur leur pays, il n’y aurait pas d’ « ultérieurement ». »

Ainsi, toute la stratégie réside dans la manipulation de l’ombre et de la lumière. Lumière a été faite, en Tunisie, sur la laïcité qui, par ironie du sort, jette le voile et laisse dans l’ombre la question de la banque centrale dont nous venons de montrer à quel point elle est nodale voire vitale. Ironie mise à part, tout l’art de tuer la révolution réside dans la capacité à dissimuler les vrais enjeux au vu et au su de tous et en toute transparence. « Le bon stratège manipule l’ennemi tout en cachant ses propres intentions », disait Sun Tzu. Nous entrons ici dans le domaine de la perception manipulée où le vrai et le faux s’entremêlent et se confondent, et où l’idéologie se fait passer pour neutre. Ainsi, les idéologies masquées ont travaillé dans l’ombre en Afrique du Sud : « Vishnu Padayachee a résumé pour moi le message que les dirigeants de l’ANC reçoivent depuis le début par « des gouvernements occidentaux, du FMI et de la Banque Mondiale. Ils disent : « Le monde a changé. Les idées de gauche n’ont plus de sens. Il n’y a plus qu’une seule façon de faire les choses. » Comme l’écrit Gumede : « L’ANC n’était absolument pas préparé à un tel assaut. Les principaux décideurs économiques étaient périodiquement envoyés vers les sièges sociaux d’organisations internationales comme la Banque Mondiale et le FMI. En 1992 et1993, quelques membres du personnel de l’ANC, dont certains n’avaient aucune connaissance en économie, suivirent des programmes de formation abrégés dans des écoles d’administrations étrangères, des banques d’investissement, des groupes de réflexion sur la politique économique et à la Banque Mondiale, « où ils ont eu droit à un régime riche en idées néolibérales ». C’était étourdissant. Jamais encore un gouvernement en devenir n’avait été ainsi courtisé par la communauté internationale. » Ainsi, il est clair et évident que certaines questions, ainsi que leurs réponses, sont idéologiques mais n’apparaissent pas telles quelles aux yeux du peuple. Le seul moyen de neutraliser une idéologie pour la rendre « technique » est de la rapprocher le plus possible d’une science (d’où la recrudescence du chiffrage et de tout ce qui tourne autour des statistiques), et les artisans de cet enfumage sont les technocrates formatés dans des centres d’endoctrinement divers et variés (voir la formation du FMI, très orientée, ou encore la rébellion des élèves de Harvard) et qui ont donc pour objectif de techniciser leur idéologie afin de la rendre la plus neutre possible en guise de camouflage. Afin de bien se rendre compte de l’application de cette stratégie en Tunisie, nous choisissons deux passages éclairant à ce sujet. Le premier est celui de Jalloul Ayed, Ministre des Finances durant la transition et technocrate de surcroit. Alors qu’il était interrogé sur le contenu de son Plan de Développement dit Plan Jasmin, il insiste : « nous avons fait en sorte de produire un plan sans fondement ni coloration idéologique. N’importe quel futur gouvernement aura, de ce fait, un plan qu’il pourra reprendre ou amender plus ou moins », ce qui entre clairement dans l’art de dissimuler, camoufler son idéologie afin de la faire passer pour neutre. Le deuxième est celui de l’inévitable M.K. Nabli qui, lors d’un énième entretien de blanchiment communicationnel, répond à la question suivante : « Les programmes économiques et sociaux des différents partis se ressemblent dans leur majorité et épousent les schémas préparés par le gouvernement ? » par « Ce n’est pas sorcier, explique M. Nabli. Nous partons tous des mêmes diagnostics et aboutissons, à quelques nuances près, aux mêmes solutions. Mais, chacun, selon sa démarche. Il y a cependant beaucoup de convergence. » Voilà comment aujourd’hui des technocrates arrivent à duper les tunisien(ne)s en faisant passer leur idéologie pour neutre et en l’unifiant pour cacher les multiplicités de points de vue. Nombreux sont les tunisien(ne)s qui ne s’en rendent tellement pas compte qu’ils réclament haut et fort, et de leur plein gré, croyant accomplir là une quête révolutionnaire, un gouvernement de technocrates ! Là est toute la situation tragique dans laquelle se trouve la Tunisie. L’ombre règnera t-elle sur la lumière ? Est-il possible encore de déjouer cette stratégie ?

Pour refermer la page de l’Histoire sud-africaine, il est indispensable de montrer quel est le vrai visage actuel de l’Afrique du Sud, bien qu’on tente de nous la montrer sous ses meilleurs auspices : « Plus de dix ans après que l’Afrique du Sud eut décidé d’opter pour le tchatchérisme comme moyen d’assurer la justice par voie de percolation, les résultats de l’expérience sont proprement scandaleux. Voyons quelques chiffres :

- Depuis 1994, année de l’arrivée au pouvoir de l’ANC, le nombre de personnes qui vivent avec moins d’un dollar par jour a doublé, passant de deux millions à quatre millions en 2006.

- Ente 1991 et 2002, le taux de chômage des Noirs sud-africains a plus que doublé passant de 23 à 48%.

- Seulement 5000 des 35 millions de Noirs que compte l’Afrique du Sud gagnent plus de 60 000 $ par année. Le nombre de Blancs qui se trouvent dans cette fourchette est vingt fois plus élevé, et nombreux sont ceux qui gagnent bien davantage.

- Le gouvernement de l’ANC a construit 1,8 millions de logements ; pendant ce temps, deux millions de personnes ont été jetées à la rue.

- Près d’un million de personnes ont été expulsées d’exploitations agricoles au cours de la première décennie de la démocratie.

- Conséquence de ces évictions : le nombre de personnes qui vivent dans des cabanes de fortune a augmenté de 50%. En 2006, plus d’un Sud-Africain sur quatre vivait dans des cabanes situées dans des bidonvilles officieux, souvent sans eau courante et sans électricité. »

Voilà le bilan désastreux issu d’une transition volée, manipulée, et détournée de son sens premier. La Tunisie souhaite t-elle suivre cette voie ? C’est au peuple de choisir, mais nous avons fait en sorte que ce soit en connaissance de cause.

Pour conclure sur une note d’espoir, nous nous réjouissons de retranscrire intégralement en annexe un cri du cœur des fonctionnaires de la Banque Centrale de Tunisie qui alertent avec ferveur, sincérité et courage leurs compatriotes tunisiens du danger qui les guette.

En espérant vous avoir éclairé sur certains points « soporifiques », terme qui prend toute sa valeur tant le but est d’endormir le peuple sur ces sujets, nous vous souhaitons force et courage dans cette longue bataille qu’est celle de la Liberté. Terminons par un extrait d’un poème de Victor Hugo, Fonction du poète, extrait du recueil Les Rayons et les Ombres :

Peuples ! écoutez le poëte !
Écoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé.
Des temps futurs perçant les ombres.
Lui seul distingue en leurs flancs sombres
Le germe qui n’est pas éclos.
Homme, il est doux comme une femme.
Dieu parle à voix basse à son âme
Comme aux forêts et comme aux flots.

C’est lui qui, malgré les épines,
L’envie et la dérision,
Marche, courbé dans vos ruines.
Ramassant la tradition.
De la tradition féconde
Sort tout ce qui couvre le monde,
Tout ce que le ciel peut bénir.
Toute idée, humaine ou divine,
Qui prend le passé pour racine
A pour feuillage l’avenir.

Il rayonne ! il jette sa flamme
Sur l’éternelle vérité !
II la fait resplendir pour l’âme
D’une merveilleuse clarté.
Il inonde de sa lumière
Ville et désert, Louvre et chaumière,
Et les plaines et les hauteurs ;
À tous d’en haut il la dévoile ;
Car la poésie est l’étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs !

 
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
T 34 allez vers le bas
Administrateur
Administrateur
Avatar

Depuis le: 26 Sep 2007
Pays: France
Status actuel: Inactif
Messages: 34611
  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Jan 2012 à 18:40

L'ANC sud-africain fête ses 100 ans dans l'allégresse

 
Mangaung (Bloemfontein) Envoyé spécial - Ce n'est peut-être qu'une petite ville de province, mais pour le Congrès national africain, (ANC), elle a longtemps porté un surnom : "la Mecque". C'est dans une petite église de Bloemfontein ("la fontaine des fleurs" en Afrikans), la troisième capitale d'Afrique du Sud (siège du pouvoir judiciaire), qu'a été fondé, en 1912, le mouvement qui allait arriver au pouvoir plus de huit décennies plus tard, avec Nelson Mandela, ancien "prisonnier le plus célèbre de la Terre", en premier président sud-africain noir. Mais c'est ici, d'abord, qu'eut lieu une bonne partie de ses congrès annuels, où furent décidées certaines grandes orientations, jusqu'à ce que l'organisation soit interdite, en 1960.

C'est ici que l'ANC vient triomphalement fêter son siècle d'existence, du 6 au 8 janvier. Le "plus ancien mouvement de libération du monde", vainqueur du régime d'apartheid a des raisons de voir la fête en grand : en un siècle, il a compté douze présidents, dont trois ont été au pouvoir en Afrique du Sud ; il obtient, depuis 1994, plus de 60 % de suffrages à chaque élection, compte 264 députés sur 400 au Parlement, bénéficie d'une aura mondiale inédite et d'un statut de parti "de la lutte" révéré au sein de la vaste majorité des Noirs sud-africains, même s'il n'est pas un parti "racial". Tout cela en dépit d'affaires de corruption et d'enrichissement personnel sur fond d'inégalités persistantes dans le pays.

Le programme du centenaire a commencé par un tournoi de golf pour ses dirigeants... Son porte-parole a même affirmé espérer voir bientôt des golfs partout en Afrique du Sud, "à la manière des terrains de football". Dans un pays où écoles et hôpitaux sont en difficulté, faute de financement.

Mais l'heure n'est pas aux interrogations, mais aux célébrations. A Bloemfontein, rebaptisée Mangaung ("l'endroit des guépards" en sesotho), l'ANC organise un gigantesque dîner de 1 500 personnes avec 46 chefs d'Etat (actuels ou anciens), des cérémonies de purification dans l'église où a été créé le mouvement, une immense commémoration racontant cent ans en cent minutes de musique, devant 100 000 personnes, et un discours où Jacob Zuma, président de l'ANC et de l'Afrique du Sud, donnera le ton pour l'année en cours, qui culminera en décembre avec.... la prochaine conférence du parti, au même endroit, où s'affronteront les tendances de l'ANC pour le pouvoir.

Il y a cent ans, le 8 janvier 1912, qui pouvait entrevoir un tel destin ? En 1911, venait d'être créée l'Union d'Afrique du Sud réunissant colonies britanniques et Etats indépendants afrikaners en une seule entité politique destinée à servir les intérêts des Blancs et des groupes miniers, pour l'essentiel.

L'année suivante, un petit groupe de notables noirs inquiets de ces perspectives se réunit à "Bloem". Il y a parmi eux des chefs traditionnels, des responsables religieux, des intellectuels. "Chefs de sang royal et gentlemen de notre race", se décrivent-ils, ayant "découvert que dans leur pays de naissance, les Africains sont traités comme des ramasseurs de bois et des porteurs d'eau", et qui souhaitent défendre leurs "droits et privilèges".

Ils donnent naissance au South African Native National Congress, qui changera de nom pour devenir l'ANC une décennie plus tard.

Dans l'intervalle, en 1913, un texte de loi encadre la confiscation des terres des paysans noirs, rejetés vers des "réserves" qui ne représentent qu'un peu plus de 7 % de la superficie du pays, créant des armées de paysans sans terre qui seront les bras à bon marché de l'industrie minière sud-africaine.

L'ANC pétitionne, envoie des courriers, exprime son désaccord, sans obtenir de résultats probants.

En 1942, le Dr "AB" (Alfred Bitini) Xuma, son président, écrit au premier ministre blanc Jan Smuts en précisant : "Nous sommes très attachés à la nécessité de ne pas être une source d'embarras pour le gouvernement" ; et promet de tout faire pour éviter les grèves.

Nelson Mandela, avant de devenir, dans la psyché internationale une sorte de patriarche bienveillant (ce qu'il n'a jamais été), fait partie de la jeune garde qui va bouleverser cette "organisation de gentlemen aux mains propres" voulue par AB Xuma. Les jeunes loups de l'ANC des années 1940 comptent mobiliser les masses pour arracher des droits similaires pour tous, sans distinction de couleur de peau. La Ligue de la jeunesse de l'ANC (Ancyl), créée en 1944, en sera le laboratoire. Bientôt, une branche armée suivra. Des liens étroits sont tissés avec le Parti communiste d'Afrique du Sud.

D'autres mouvements et partis vont naître dans cette longue lutte. Seule l'ANC en sortira comme le flambeau de la résistance à l'apartheid qui s'installe. Pendant des années, l'ANC a des branches clandestines à l'intérieur du pays, et surtout des responsables en exil à l'extérieur. Entre ces deux groupes se préparent des rivalités, lorsque l'effondrera le pouvoir blanc, à l'orée des années 1990.

Depuis son accession au pouvoir en 1994, l'ANC a terrassé ses rivaux, par les seules armes de la politique. Le parti, qui gouverne dans le cadre d'une alliance avec le Parti communiste et la centrale syndicale, la Cosatu, n'est pas un parti unique, puisque plus de dix formations sont représentées au Parlement, et parfois au gouvernement, dont certaines sont très marquées "parti de Blancs", comme le Freedom Front Plus (FF +).

Mais les partis d'opposition, comme le dissèque la politologue sud-africaine Susan Booysen, professeur de sciences politiques à l'Université de Witwatersrand, dans un livre sur l'évolution du parti centenaire, ont été jusqu'ici réduit à un rôle mineur. "Pour arriver à cela, elle (l'ANC) travaille continuellement sur tous les fronts pour régénérer son pouvoir politique."

Un exemple ? Alors que l'ANC traverse une période de "guerre de factions", selon Mme Booysen, le parti est parvenu à augmenter son nombre d'adhérents au cours des dernières années passant d'un peu plus de 600 000 après la conférence de Polokwane en 2007, à un million au moment où le parti fête son centenaire.

L'ANC règne mais se déchire. Ces derniers mois, le président de la Ligue de la jeunesse, Julius Malema, menait la bataille contre Jacob Zuma, avec un groupe rival. Il a été suspendu de l'ANC (la procédure est en appel) et interdit de discours au centenaire. Il réplique par de petits rassemblements sur la route de Bloemfontein. Vendredi, il était à Taba Nchu, à la Moroka High School. Les bâtiments sont modestes. Dans la salle, la sono crachote, mais il se fait entendre quand il dit attendre qu'on voit enfin "des employés de maison blancs" en Afrique du Sud.

L'ANC est arrivé au pouvoir sur la base d'un "compromis historique" avec le pouvoir blanc qui a conservé, depuis, l'essentiel du pouvoir économique. Une nouvelle tendance au sein de l'organisation va-t-elle bouleverser cette situation ? L'ANC n'en est pas là, mais M. Malema maîtrise les symboles. Moroka est le nom de famille de James Sebe Moroka, né et mort à Thaba Nchu, président de l'ANC de 1949 à 1952, élu grâce aux chefs de la Ligue de la jeunesse....

Avec l'ANC, il ne faut jamais perdre l'Histoire de vue. En tout cas pas pour le "siècle à venir de l'ANC" promis par les responsables du parti, quand ils n'affirment pas, comme Jacob Zuma, que l'ANC sera au pouvoir "jusqu'à ce que Jésus revienne".

Jean-Philippe Rémy
 

Le Président sud-africain met en exergue l’appui de Cuba à la liberté sud-africaine

Par Tania Hernández
 
Bloemfontein, 10 janvier, (RHC-PL)- Le Président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a mis en exergue l’appui inconditionnel de Cuba à la lutte de son pays contre l’apartheid.

« Sans l’appui inconditionnel de Cuba au mouvement, la liberté n’aurait pas pu être obtenue » a signalé le Président sud-africain à la clôture des journées pour le Centenaire de l’ANC, l’African National Congres.

Jacob Zuma a clôturé, devant plus de 100 000 sud-africains rassemblées au stade de Bloemfontein, les festivités pour les 100 ans de l’ANC, fondé le 8 janvier 1912 et devenu un bastion de la lutte pour l’égalité entre Noirs et Blancs.

Dans son discours, le Chef de l’État sud-africain a fait l’éloge des Cubains qui ont figuré parmi tous ceux qui ont aidé à libérer l’Afrique du Sud.

Plus de 380 000 soldats et officiers cubains ont participé à l’épopée en Afrique  et 2 077 sont morts pour la liberté des peuples de ce continent.

Pour Nelson Mandela, la victoire du Cuito Cuanavale, obtenue avec l’appui des troupes cubaines, a marqué un tournant dans la lutte pour libérer le continent et l’Afrique du Sud du fléau de l’apartheid.

Nelson Mandela, âgé de 93 ans est à la retraite à cause de son état délicat de santé, raison pour laquelle il n’a pas assisté aux célébrations du centenaire de l’ANC.

Source


Edité par T 34 - 13 Jan 2012 à 03:38
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
Haut de la page
 Répondre Répondre Page  <1234 5>

Aller au Forum Permissions du forum allez vers le bas

Powered by Flex Design® version v8m6r15
Copyright © 2001-2011 Flex Design

Cette page a été affichée en 2,055 secondes.