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Les législations de l'Union Européenne

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Jul 2013 à 20:57

Prism : l'Union européenne "cible" des renseignements américains ?

L'agence de surveillance électronique américaine NSA espionnait dans le cadre du programme de surveillance Prism plusieurs bureaux de l'Union européenne, dont ils avaient réussi à pénétrer les réseaux informatiques, montrent des documents secrets dont l'hebdomadaire allemand Der Spiegel a pris connaissance.

Le magazine allemand cite dans un article publié samedi un document classé secret de la National Security Agency (NSA) daté de septembre 2010, que l'informaticien Edward Snowden a emporté dans sa fuite après avoir dévoilé l'existence de Prism et que les journalistes du Spiegel ont pu lire en partie. Selon ce document, la NSA a implanté du matériel d'écoute dans les bureaux de l'Union européenne (UE) à Washington et aux Nations unies et était en mesure non seulement d'écouter les conversations téléphoniques, mais aussi d'accéder aux documents et aux courriels des diplomates européens, qualifiés de "cible" dans le document.

D'après le Spiegel, l'agence de renseignement américaine surveillait aussi les systèmes de communication de l'immeuble Justus Lipsius, qui héberge le Conseil européen à Bruxelles et où les gouvernements de l'UE disposent de bureaux à partir desquels ils peuvent passer des appels sécurisés. En 2003, l'UE avait confirmé la découverte d'un système d'écoutes téléphoniques des bureaux de plusieurs pays, dont la France et l'Allemagne.

La France exige des explications

"La France a demandé aujourd'hui des explications aux autorités américaines au sujet des informations dévoilées par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, selon lesquelles la National Security Agency (NSA) aurait espionné les institutions de l'Union européenne", a dit le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, dans un communiqué. "Ces faits, s'ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables", a-t-il ajouté. "Nous attendons des autorités américaines qu'elles lèvent dans les plus brefs délais les inquiétudes légitimes suscitées par les révélations de la presse."

Le co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon a réclamé dimanche "l'arrêt immédiat des négociations" commerciales entre l'UE et les Etats-Unis et a demandé que "la France accorde l'asile politique" à Edward Snowden, "qui a permis de démasquer ce complot". "Les Etats-Unis d'Amérique espionnent l'Union Européenne. Or, le mandat de négociation de la Commission européenne en vue d'un marché unique avec les Etats-Unis est resté caché pour les citoyens et les parlementaires, au motif du secret des pourparlers. Je demande l'arrêt immédiat des négociations et la publication du mandat européen", écrit le coprésident du Parti de gauche dans un communiqué.

Interrogé par Radio J, le secrétaire national du PS, Harlem Désir a tranché : "s’il était confirmé que les USA ont espionné les institutions européennes, ce serait inacceptable". "Ca montre que l’Europe ne doit pas être naïve sur ses relations" avec Washington. Il a observé que la France a "déjà mis des lignes rouges" dans la négociation du traité commercial transatlantique, en saluant "la victoire de François Hollande" sur l'exclusion du domaine culture de la négociation. "Il faut exiger des garanties sur la protection des données personnelles", a insisté le numéro un du PS. "Dans ces négociations transatlantiques, l'Europe doit exiger comme préalable un accord de garantie" de "protection des données personnelles".

Protestations européennes

Le président du parlement européen, l'Allemand Martin Schulz, a vivement réagi aux informations du Spiegel, samedi, estimant que s'il était confirmé que la NSA américaine avait bien espionné des bureaux de l'Union européenne, cela aurait un "impact sérieux" sur les relations entre l'UE et Washington. "Au nom du parlement européen, j'exige tous les éclaircissements et demande aux autorités américaines de fournir rapidement un complément d'informations concernant ces accusations", a-t-il dit dans un communiqué. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a estimé que "si ces informations sont bel et bien authentiques, c'est écoeurant". "Les Etats-Unis feraient mieux de surveiller leurs propres services secrets que d'espionner leurs alliés. Nous devons avoir maintenant la garantie au plus haut niveau que cela cesse tout de suite", a ajouté le ministre. Mercredi, l'Union européenne avait demandé aux États-Unis de lui fournir "aussi vite que possible" des réponses à ses questions sur le programme de surveillance américain Prism.

La ministre allemande de la Justice a exigé dimanche des explications immédiates des autorités américaines sur ces révélations: "Il faut que du côté américain on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d'écoutes clandestines totalement disproportionnées par les Etats-Unis dans l'Union européenne sont exactes ou non", a déclaré la ministre Sabine Leutheusser-Schnarrenberger dans un communiqué. "Cela dépasse notre imagination que nos amis américains considèrent les Européens comme des ennemis", a-t-elle dit. "Si les informations des médias sont exacts, ce n'est pas sans rappeler des actions entre ennemis pendant la guerre froide", a-t-elle ajouté.

Edward Snowden, qui est à l'origine des révélations montrant l’espionnage à échelle industrielle et internationale des agences de renseignements américaines sur les communications privées, se trouve depuis presque une semaine dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou, en attendant la réponse de l'Equateur à sa demande s'asile politique.

Prism : de l'hypocrisie de "demander des explications aux Américains"

En un weekend, la position des dirigeants européens a changé de ton. Du silence gêné et des tentatives pour minimiser les faits, ils sont devenus un peu plus fermes, suite à la révélation des écoutes de la NSA dans les bureaux même de la Commission européenne. Un point reste constant cependant, le fait de nier avoir été au courant.

Toute l’Union Européenne se retrouve bien embêtée suite aux révélations du Spiegel, soit depuis qu’il a été révélé que ses bureaux, à Bruxelles, Washington comme à l’ONU, étaient directement sur écoute de la NSA. Un passionnant article du Gardian a été dé-publié cette nuit, pourrait bien expliquer ces profondes gênes des pays de l’Union à sortir de leur silence poliment indigné. Il est à prendre avec des pincettes, ne connaissant pas les raisons de cette mise hors ligne. Il reste accessible sur ce Pastebin (merci Reflets.info). Il présente le témoignage de Wayne Madsen, qui a travaillé 12 ans pour la NSA, et qui affirme que 7 pays européens (France, Grande Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne et Danemark) ont un accord avec les services de renseignements américains. La France et l’Allemagne étant au passage jugées moins dignes de confiance que les partenaires d’Echelon.

Les renseignements américains interceptent donc de manière « globale » les télécommunications, en piratant directement les câbles sous l’Atlantique ou au niveau des backbones (les grandes dorsales du réseau Internet par lesquelles circulent des centaines de milliers de connexions),   puis en restituent une certaine quantité, plus ou moins filtrée selon le niveau de confiance, aux pays associés espionnés.  Un programme qui aurait ainsi débuté en 1946, pour les sources électromagnétiques. Ce pourquoi, de Manuel Valls à Angela Merkel, les dirigeants européens se révèlent gênés aux entournures lorsque plus ou moins fermement, ils demandent des explications aux Etats-Unis.

Le "concours européen du plus indigné par l'espionnage américain est un peu pathétique. Comme si tous ces responsables vivaient chez les Bisounours", a ironisé sur twitter l'eurodéputé français Arnaud Danjean, un ancien de la DGSE. Si au moins cette indignation pouvait être le prétexte de l’abandon du traité de libre-échange comme le réclament de plus en plus de responsables européens.

L'exemple de Fleur Pellerin

"Ce qui me paraît particulièrement choquant, si ça devait être avéré, c'est le dispositif qui a été mis en place de surveillance généralisée (...) des populations. C'est une affaire complètement différente de l'affaire d'espionnage, c'est beaucoup plus grave", a affirmé la ministre sur BFMTV. Difficile de trouver à redire de cette position de principe de Fleur Pellerin. Pourtant, ce qu’elle fait mine de découvrir là et contre lequel elle s’insurge, elle devrait le savoir depuis longtemps.
Elle est d’autant plus au parfum que, on le répète, des entreprises françaises sont en pointe dans la conception et la vente d’outil d’interception des télécommunications « à l’échelle de nations entières » disent les manuels. Quelques députés ont même questionné de manière répétée le gouvernement sur ces problématiques, la dernière en date étant Jacqueline Fraysse, à propos de la livraison de tels outils à la Libye de Kadhafi. « Il est problématique de voir que ce matériel - qui a servi à identifier des défenseurs des droits de l'Homme qui, pour certains, ont été emprisonnés et torturés - est absent des listes de matériel sous contrôle de la commission interministérielle d'étude des exportations du matériel de guerre. » dit-elle.

Difficile donc de croire au sincère angélisme de Fleur Pellerin lorsqu’elle affirme : "Nous avons toujours considéré qu'internet était un bien commun, un cheval de Troie -regardez les Printemps arabes- de la liberté d'expression et aujourd'hui on voit que certains pays, qui sont des pays qui défendent la liberté d'expression, la liberté d'opinion, sont peut-être des utilisateurs à des fins, au contraire, de surveillance généralisée. C'est ce qui est très choquant, si c'est prouvé. Ne nous précipitons pas, attendons les explications des Américains".
Rappelons qu’en fin de semaine dernière, la même Fleur Pellerin affirmait, toujours sur BFM : "il n’est pas question d’une surveillance généralisée des réseaux (…)".

 
Cette nuit un article publié sur le Guardian, puis retiré ensuite au motif d’un complément d’investigation, fait état de ce témoignage, étrangement proche de ce que nous vous racontons ici depuis le début des révélations de Edward Snowden. Certes, puisque le Guardian l’a retiré, les révélations sont sujettes à caution. Mais vu la posture actuelle de Berlin, on sent qu’on n’est pas spécialement loin d’une minicrise diplomatique de circonstance, parfaitement ridicule, qui n’est là que pour faire diversion. Le Guardian aurait-il été rappelé à l’ordre par les autorités britanniques pour ne pas jeter de l’huile sur le feu ou nous prépare t-il au contraire une réponse du berger à la bergère à Angela Merkel ?

Vous le savez, Internet n’est que la plus grosse machine à copier du monde. L’article du Guardian est donc disponible sur Pastebin et de toutes façons j’en conserve également une copie (txt).

Et ces nouvelles révélations de Wayne Madsen, un ancien officier de la NAVY qui a travaillé pour la NSA pendant 12 ans, confirme 4 pays que nous vous avions par ailleurs cité comme impliqués dans la surveillance de masse, et plus ou moins directement liés au programme global des autorités américaines. Selon Wayne Madsen, on parle en fait de 7 pays européens qui auraient des accords secrets avec les USA sur des questions de SIGINT (le renseignement de source électromagnétique) :

  • Le Royaume-Unis
  • L’Allemagne
  • Les Pays-Bas
  • La France
  • Le Danemark
  • L’Italie
  • L’Espagne

Tout de suite, on comprend mieux que les politiques européens jouent les vierges effarouchées, et que Fleur Pellerin minimise à ce point PRISM et surtout tout les programmes qu’il y a autour que tout ça est en ligne sur Reflets depuis une bonne semaine dans la quasi indifférence des médias français. Y aurait-il un embargo de la presse sur les questions que nous n’avons de cesse de marteler ?… Nous allons y revenir. Continuons dans les révélations de Wayne Madsen.

L’article du Guardian fait dans un premier temps état de documents déclassifiés (publiés par la DISA) où les USA classent les états par degré de confiance qu’ils leur accorde. Une confiance de niveau 1 est accordée aux pays qui ont rejoint de l’UKUSA : Le Royaume-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Une confiance de niveau 2 est accordée à l’Allemagne et à la France. Outre que l’on ne peut que se réjouir des bonnes relations que nous avons avec nos amis américains, on parle quand même ici d’un degré de confiance dans le cadre de programmes internationaux de SIGINT et de surveillance de masse.

Under international intelligence agreements, confirmed by declassified documents, nations are categorised by the US according to their trust level. The US is first party while the UK, Canada, Australia and New Zealand enjoy second party relationships. Germany and France have third party relationships.

Madsen explique que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les USA se taillent la part du lion tendis que les « Third Parties », la France et l’Allemagne accèdent à des renseignements grandement épurés de leur contenu.

D’où Madsen de dénoncer vivement ce que nous dénoncions ici, à savoir l’hypocrisie crasse des politiques avec en tête de ligne, Angela Merkel qui se paye clairement la tête du monde quand elle demande énergiquement des explications  aux USA et qu’elle s’en prend de manière sèche aux britanniques.

Madsen said he was alarmed at the « sanctimonious outcry » of political leaders who were « feigning shock » about the spying operations while staying silent about their own arrangements with the US, and was particularly concerned that senior German politicians had accused the UK of spying when their country had a similar third-party deal with the NSA.
(…)
« I can’t understand how Angela Merkel can keep a straight face, demanding assurances from [Barack] Obama and the UK while Germany has entered into those exact relationships, » Madsen said.

Quand Der Spiegel explique que les institutions européennes sont espionnées en profondeur, ça pose un peu problème, certes, mais il faut se demander qui a fait entrer le loup dans la bergerie…

Nous vous disions aussi qu’étrangement, la France, on ne l’entend pas trop à ce sujet, ou quand on l’entend c’est parce que la CNIL a créé un groupe de travail. Vous noterez au passage que ce n’est pas la DCRI qui se retrouve saisie par un juge pour enquêter… non, au lieu de ça, contre toute logique, nous avons un groupe de travail de la CNIL… (NDLR : « n’a peur la NSA » ).

Un peu plus loin Madsen confirme encore une fois ce que nous pointons du doigt depuis presque deux ans maintenant et dont nous vous reparlions encore, peu avant les révélations de Edward Snowden : l’espionnage des câbles sous-marins, et en toile de fond : les écoutes « décentralisées », hors de nos frontières. Là où ça devient embêtant, c’est quand Madsen déclare que ces 7 pays donnent gentiment leur consentement pour que les USA : interceptent une masse de données énorme, portant sur des appels téléphoniques, des emails, et les simples visites sur des sites web (bref, tout le trafic), sur les câbles sous marins de TAT14 :

Madsen said all seven European countries and the US have access to the Tat 14 fibre-optic cable network running between Denmark and Germany, the Netherlands, France, the UK and the US, allowing them to intercept vast amounts of data, including phone calls, emails and records of users’ access to websites.

Et le problème n’est pas nouveau. Le SIGINT a connu ses plus belles heures pendant la guerre froide et est aujourd’hui devenu avec Internet un enjeu stratégique de premier plan. En 2001, la commission européenne s’était déjà questionnée sur Echelon mais ces accords avec la NSA sont restés secrets, et donc, passés sous silence. Vu l’implication direct de 7 pays européens, on comprend bien pourquoi.

The covert relationship between the countries was first outlined in a 2001 report by the European parliament, but their explicit connection with the NSA was not publicised until Madsen decided to speak out.
(…)
« A lot of this information isn’t secret, nor is it new, » Madsen said. « It’s just that governments have chosen to keep the public in the dark about it. The days when they could get away with a conspiracy of silence are over. »

Maintenant que l’on commence à avoir une idée un peu plus précise de la portée de PRISM et de ce sport pratiqué par nos « grandes démocraties » qu’est l’interception de masse et la surveillance à grande échelle de toutes nos communications, il va falloir que nos politiques s’expliquent… et pas Fleur Pellerin dont ce n’est pas le rôle, mais des explications du Ministère de la Défense Nationale (on peut rêver), du Quai d’Orsay ou de la place Beauvau pourraient probablement nous apporter un éclairage plus sérieux que les gogogadgétocloudsouverain® ou les onsavépa® qui ne trompent personne de Fleur Pellerin.

 

Les%20USA%20espionnent%20lEurope%20et%20la%20France


Affaire Snowden: nous sommes tous les cibles de Big Brother (édito)

"Le sens le plus élémentaire de la dignité commanderait à l'Europe d’interrompre immédiatement les négociations sur le marché transatlantique, qui sont très loin d’être, comme l’avait promis le président Obama, "fair and free", estime Jean-Paul Piérot dans l'édito de l'Humanité de ce mardi.

Nous sommes tous des cibles! Les révélations du magazine allemand Der Spiegel s’appuyant sur des documents confidentiels en possession de l’homme le plus recherché des États-Unis, Edward Snowden, si elles ne sont pas totalement surprenantes pour qui connaît l’histoire de la première puissance mondiale, n’en sont pas moins révoltantes 
et méritent une réponse ferme des Européens.

Les institutions de l’Union européenne à Bruxelles, sa délégation à Washington et auprès des Nations unies à New York… font l’objet d’une vaste entreprise d’espionnage. La France fait partie des « cibles » – comme on dit dans les services américains – surveillées par Big Brother. De bons vieux micros placés dans les bureaux, jusqu’au viol de la correspondance sur Internet, du Watergate puissance XXIe siècle, rien ne semble pouvoir échapper aux grandes oreilles transatlantiques. Nous sommes tous les cibles, en effet, car la collecte d’informations réalisée par l’agence NSA dans le cadre de l’opération Prism a frappé des millions de citoyens européens.

De nombreuses voix à Berlin, Bruxelles ou Paris se sont fait entendre pour s’indigner, s’offusquer, ou plus modestement déplorer ces informations qui jettent une ombre sur des relations entre l’Europe et les États-Unis au moment précisément où la Commission de Bruxelles s’apprête à négocier un traité de libre-échange entre les deux côtés 
de l’Atlantique. Des négociations sous haute surveillance, en quelque sorte! Les dirigeants de l’UE vont-ils en rester au stade des protestations verbales et poursuivre le processus engagé avec Washington, ou vont-ils devoir tenir compte de l’ampleur du scandale et de l’impact de ces révélations sur les opinions publiques des États européens? Le sens le plus élémentaire de la dignité commanderait d’interrompre immédiatement les négociations, qui sont très loin d’être, comme l’avait promis le président Obama, « fair and free ».

Être pris la main dans le sac ne semble guère émouvoir le secrétaire d’État américain John Kerry, qui, avec un sens aigu de la litote, admet que la collecte de renseignements de cette sorte et selon cette méthode «n’a rien d’inhabituel». Quoi de plus naturel, pour une superpuissance qui ambitionne toujours de dominer le monde, que d’espionner ses propres partenaires et alliés! L’impérialisme n’est pas mort, il survit à l’évidence aux changements de locataires à la Maison-Blanche. Le Patriot Act, qui donne toute latitude aux services de renseignements, a été instauré par George W. Bush après le 11 septembre 2001, prétendument pour combattre le terrorisme. L’opération d’espionnage électronique mondiale, dont Edward Snowden a courageusement révélé l’existence au monde entier, ne vise évidemment pas le terrorisme, sauf à prétendre que nous serions tous des cibles terroristes.

«La France ne peut pas accepter ce genre de comportement » a déclaré François Hollande. Mais alors, un tel acte «d’hostilité» – le terme est de la ministre de la Justice, Christiane Taubira – ne peut rester sans réponse de la France, qui depuis 2008, participe au commandement intégré de l’Otan et s’apprête à acquérir des drones aux États-Unis! L’établissement d’autres relations, enfin « fair and free », avec les États-Unis appelle une résistance à Big Brother. Mais c’est une affaire de courage politique.

Par Jean-Paul Piérot

 
 


Edité par T 34 - 03 Jul 2013 à 17:10
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 03 Jul 2013 à 22:06
 
Par Jean Luc Mélenchon
 
François Hollande avait déjà divisé la gauche politique, puis les syndicats. Il divise à présent son gouvernement. Et du même coup son parti, comme il va le voir bientôt. Il s’en mordra les doigts. Il croyait faire un exemple sans frais. Mais Madame Batho n’est pas la faible femme qu’il croit. Son expulsion correspond à un moment politique qui lui donne un sens très large. Les socialistes et les Verts savent dorénavant qu’ils n’ont d’autre espace que celui de la soumission aveugle et silencieuse au dogme de l’austérité. Ils savent que toutes leurs convictions y seront sacrifiées. Seul Hollande et sa cour de technocrates solfériniens peuvent croire que les préoccupations de carrière sont les seules motivations du grand nombre des socialistes et des écologistes. Cela ne passera pas. Aux abois, François Hollande montre un visage autoritaire, machiste et violent. Sa décision va révulser. Puisse-t-elle accélérer l’indispensable recomposition politique sur des bases saines et honnêtes dont le peuple a besoin.

Dans ce post je traite de la déchéance paranoïaque des Etats-Unis d’Amérique dans ce grotesque espionnage généralisé. Il s’inscrit dans un paysage de violences et d’abus qui change la nature de la société dans laquelle elle prend place. Tout cela justifie selon moi une objection de conscience comme préalable à toute discussion sur le Grand Marché Transatlantique. Puis après avoir argumenté mon point de vue, j’en viens au dernier sommet européen et je dis de quelle honte s’est encore couvert François Hollande et quels engagements terribles il y a pris sans qu’aucun des cire-pompes médiatiques ne se donne la peine de faire mieux que de répéter ce que ses communicants leur ont dit ! 

Aujourd’hui me voici au parlement européen. Dans les couloirs et les allées du palais on subit le portrait ridicule de Farinas, torse nu, bénéficiaire du dernier prix Sakharov de « la liberté » qui devrait être célébré au cours d’une de ces gluantes cérémonies de patronage dont le parlement européen a le mièvre secret. Un cubain évidemment. Ici on mange dans la main de la propagande nord-américaine. Le côté glauque de ce prix dans le moment que nous vivons saute aux yeux. Ce serait donc Cuba le problème de la liberté dans le monde ? Tel est le message du parlement européen! Cela au moment où nous apprenons que les Etats-Unis espionnent nos états et qu’ils surveillent plusieurs millions de personnes dans notre pays et en Europe ! Pourtant ils peuvent faire dormir tranquilles leurs chiens de soupe sur leur carpette européenne. Et espionner tout le monde sans soucis. D’ailleurs la presse écrite vous le dit bien : « bof, bof, bof, on le savait depuis longtemps ». A quoi bon, n’est-ce pas ?

Et en plus ils nous espionnent !

Imaginez que Cuba ait espionné deux millions de Français par jour ! Que le Venezuela ait piraté les ordinateurs de la délégation de la France et l’Union Européenne aux nations unies ! Je n’en dis pas plus. Le parlement et son prix Sakharov sont ridicules, non pour leur grossier et unilatéral parti pris constant, mais surtout pour le décalage avec le réel. Une fois de plus, dans ce domaine comme dans tous les autres. Ce que nous vivons depuis les révélations du journal allemand « Der Spiegel » sur l’espionnage nord-américain est un incroyable révélateur aux yeux de millions de personnes. Naturellement tout sera étouffé d’ici à quelques jours. Mais ce sera quand même trop tard. Une déligitimation massive du rôle mythique des Etats-Unis comme « gardien de la démocratie et de la liberté individuelle » aura travaillé en profondeur la société. Les puissants se rassureront comme ils le font chaque fois qu’ils croient avoir réglé un problème du fait que leurs médias n’en parlent plus. Mais le sentiment populaire continuera son œuvre. Au cas précis, la tradition de méfiance à l’égard des nord-américains est très profonde en France. Des Gaullistes aux communistes, en passant par toutes les nuances de républicains et d’anti-capitalistes, nous savons tous à quoi nous en tenir à leur sujet. La mince couche superficielle des atlantistes qui tiennent le haut du pavé médiatique politique et financier se rassure à bon compte quand elle prend ses verrouillages pour du consentement ! Bien sur nous allons travailler ce sentiment pour lui donner un contenu positif d’aspiration à la souveraineté.

Comment les Etats-Unis en sont-ils arrivés là ? Pour ma part je crois que la maladie qui les atteint vient de loin, que ses racines sont très profondes. Mais pour l’immédiat, en bon matérialiste, je m’en tiendrai aux rapports réels qui sont à la base des évènements. Ils n’ont rien d’une dérive mais ils sont un état constant. La guerre froide n’a pas seulement défiguré la société du supposé « camp socialiste ». Elle a ravagé tout autant son vainqueur. On a vu et on se souvient qu’un directeur du KGB, Andropov, était devenu pour un bref laps de temps le dirigeant suprême de l’URSS. Mais on oublie que Bush père avait été directeur de la CIA. N’est-il pas frappant d’ailleurs que ce dernier soit sorti de sa réserve pour défendre le genre d’intrusions qui viennent d’être dénoncé et rappeler qu’il en a été le créateur? L’URSS s’est effondrée et avec elle une bonne partie de la cohésion des systèmes de sécurité et d’espionnage qui la tenaient debout. A l’inverse, leur homologues nord-américains ont triomphé et exulté aux USA. J’ai lu que 19 agences de sécurité y existaient en parallèle. Autant de bureaucraties avides de subventions, prouvant leur utilité par des surenchères et des manipulations dont on comprend sans peine qu’elles sont vitales pour la survie de chacune d’elles. Cette compétition est profondément enkystée dans les rouages de toute l’administration des USA. Pour moi la société nord-américaine n’est plus vraiment une démocratie politique, et depuis longtemps. Pour autant, même si l’envahissement paranoïaque de l’espionnage n’a pas de rationalité, on ne peut considérer la révélation qui en est faite comme un épisode parmi d’autres. Bien sûr, nous savions bien des choses déjà depuis l’affaire Swift où l’on avait déjà pris la main dans le sac les nord-américains en train de surveiller tous les comptes en banque européens. On avait vu aussi l’affaire des prisons secrètes, et celle de l’obligation de fournir les données personnelles des voyageurs vers les Etats-Unis. Mais cette fois-ci les pièces du puzzle se sont assemblées sous les yeux de tous. On a pu voir reconnue par les autorités de chacun de nos pays un niveau d’espionnage sans précédent dans l’histoire ! On a vu confirmer sa diffusion aux individus les moins impliqués de façon préventive comme dans une dictature orwelienne ! On a vu confirmé le stockage et la surveillance de millions d’informations privées grâce à l’aide des réseaux sociaux que chacun de nous alimentons avec naïveté. Cette fois-ci, cela dépasse tout ce qui était considéré jusque là comme de purs délires. Je ne sais pas si un groupe de « complotistes » a jamais dénoncé une réalité aussi glauque que celle-ci. Dès lors les révélations que nous devons à monsieur Snowden sont décisives pour notre sécurité et souveraineté. Elles font de lui un héros global de la liberté et de la souveraineté des peuples du monde. J’utilise cette désignation pompeuse pour parler de monsieur Snowden pour faire le pendant de tout ce que nous avons dû subir pendant des années de préchi-précha, de la part des nord-américains et de leurs marionnettes médiatiques à propos de la liberté du monde qui serait protégée par les Etats-Unis.

J’en rajoute puisque d’autre en retranchent. J’ai bien vu comment le vocabulaire avait évolué. Du temps de la guerre froide les héros qui passaient d’est en ouest étaient accueillis en grande pompe et l’univers entier était appelé à les admirer. C’était des « combattants de la liberté », des « résistants » et ainsi de suite. La comédie a continué dans la période contemporaine avec des héros de deuxième main touchant davantage à la série B qu’au peplum. Ainsi à propos de Cuba comme je viens de le rappeler. Sur ce plan les héros de la « résistance » et du « monde libre » sont devenus des personnages de très petite étoffe certains étant mêmes de purs délinquants peu convaincant dans le rôle pour lequel ils sont rémunérés. Les héros réels sont traités tout autrement. Aujourd’hui dans le meilleur des cas, les véritables héros, ceux qui risquent vraiment leur peau, l’enlèvement, l’empoisonnement, les prisons clandestines, les mois d’enfermement dans un asile provisoire sans fin, ne sont plus que des « lanceurs d’alerte ». Assange et Snowden n’auront pas droit aux célébrations larmoyantes auxquelles est appelé un personnage aussi interlope que ce cubain torse nu, le sieur Farinas. « Lanceur d’alerte » ! L’euphémisme dit tout de la société de bavardage dans laquelle nous évoluons. Tout sur l’abaissement des prétendues grandes consciences la surplombent. Je m’amuse de voir déjà les gardiens du temple combiner l’indignation feinte à laquelle ils ne peuvent se soustraire avec de vertueuses mises en garde contre le risque de « dérapage » dans « l’anti-américanisme primaire » ! On sent les cœurs de moutons qui s’effraient de leur audace et regardent nerveusement par-dessus leurs épaules après avoir critiqué…. Ceux-là vont bientôt recevoir du renfort.

La technique pour amortir l’impact des turpitudes que révèlent « les lanceurs d’alerte » est très au point. A l’heure à laquelle j’écris, les services nord-américains travaillent dur à mobiliser tous leurs agents pour monter la contre-offensive qui permettra d’enterrer l’affaire. La première salve est déjà tirée : voyez « Le Monde » et « Libération ». Les deux s’arcboutent pour relativiser les faits, c’est à dire la gravité de la culpabilité des USA et la signification de ce qu’est une société qui porte en son sein un tel système de surveillance généralisée. « Le Monde » la joue sur le mode de la tendresse fâchée : « l’Oncle Sam se conduit très, très mal ! »  Deux fois « très », c’est une de trop pour faire sérieux. « Libération » amplifie le style « pouet, pouet, larirette » qui est la marque que savourent ses maigres 38 000 lecteurs quotidiens : tout est drôle rien n’est sérieux. La une commence avec un « les réseaux de la colère » laborieux pastiche des « raisins de la colère » de Steinbeck, avant un nouvel éclat de rire page deux : « Hollande pince les oreilles d’Obama » ! Waf ! waf ! waf ! La rigolade enrobe une marchandise autrement plus vicieuse dont le résumé est dans le titre qui barre la page deux : « En France nous faisons la même chose ». Comme d’habitude ce n’est pas vraiment ce que dit François Géré, de l’institut d’analyse stratégique, dont l’interview est publiée sous ce titre. Relativiser le scandale en le banalisant c’est encore ce que fait une page plus loin un cynique, Cédric Thomas, dit « Jean Quatremer ». Son papier est surtitré : « l’union sait depuis plus de quarante ans qu’elle est surveillée par les services américains » et titré « Quand l’Europe fermait les yeux sur les écoutes ». Bref, puisque tout le monde savait d’une part et que d’autre part rien ne changera, à quoi bon continuer à faire tout ce bruit sur le sujet ? Il est vrai que pour banaliser le présent Quatremer doit lourdement charger le passé au prix d’une fresque d’ensemble où il en vient même à accuser Israël d’avoir coulé des micros dans le béton de la construction  du siège du conseil européen des ministres. Etrange…. Un feu doit masquer l’autre. Renseignement pris auprès de la bouche du cheval, cette relativisation systématique, c’est l’argument que les diplomates nord-américains servent à qui veut bien les écouter depuis dimanche….

Brouiller le message que porte l’énorme abus de pouvoir des USA, telle est la consigne. L’UMP Lefèvre, élu par les Français des Etats-Unis, dilue la sauce sur le mode traditionnel « attendons les explications des USA etc. etc. » Côté Snowden, on lui attribue une demande d’asile à la Russie en omettant de préciser qu’il la présente également à 21 autres états. C’est une bonne façon d’associer le nom de Poutine au sien. Sans oublier l’indépassable gag des publi-reporters de madame Le Pen, selon lequel nous lui emboiterions le pas dans ses demandes. Quelle se soit exprimée après les verts et moi ne gène pas les interviouveurs sous influence. Ce qui compte c’est de mettre un autre signe égal infamant entre la défense de Snowden et le Front National. Tout ce travail de sape est destiné à tenir la rampe pendant les quelques jours où l’émotion de l’opinion doit être canalisée. Ensuite, les grands médias de référence vont vite passer à autre chose. Enfin, dans la queue de comète, on apprendra que Snowden est soupçonné de crime sexuel ou quelque chose du genre comme ce fut le cas pour Assange. Ceux dont ce serait l’honneur et le devoir de prendre le relais et de porter plus haut le travail des « lanceurs d’alerte » seront les premiers à jeter la pelletée de l’ensevelissement. 

Pour le reste on restera sur notre faim. Si « Jean Quatremer » a raison quand il accuse Israël et les Etats-Unis d’avoir coulé des micros dans le béton européen, ce que je découvre, si les faits qu’il récapitule par ailleurs sont avérés, et beaucoup en effet m’était connus, comment peut-on croire que les services de contre-espionnage français ne savaient rien ? Dés lors pourquoi les ministres n’ont-ils rien dit ? Et si le « Spiegel » sait et publie ce qu’il sait, comment croire que « Le Monde » ne sache pas ? A d’autres ! On ne peut le croire. On doit plutôt se poser des questions sur la façon avec laquelle ce journal traite ce genre d’affaire depuis quelques temps. Le prétendu quotidien de référence ne « sort » plus jamais aucune affaire. Il se contente de répéter et de commenter les révélations que font les autres. Mais pourquoi faut-il qu’il laisse en plus le sentiment gênant de vouloir étouffer ce qu’il sait ? C’est pourtant la désagréable impression qu’il donne chaque fois qu’éclate un scandale mettant en cause les Etats-Unis d’Amérique ! A chaque fois c’est le même jeu. On annonce qu’un groupe de grands journaux éthiques et indépendants sont en possession d’informations décisives. On annonce qu’ils vont en garantir une publication sincère et vérifiée. Puis …. Quelques noms apparaissent et, hop, passez muscade ! Il n’est ensuite plus question de rien. Les noms donnés sont d’ailleurs choisis avec soin, les morts y sont bienvenus, et de toute façon aucune suite n’est donnée. Souvenons-nous de cette pleine page de reportage sur les vaillants reporters du « Monde » arrivant à Madrid pour faire le travail colossal de boire un café avec les collègues qui leur ont ensuite remis des listes de fraudeurs du fisc. Boudi ! Le boulot à faire ! Bref, à part parler d’eux et donner quelques noms sans faire ensuite aucune enquête, quoi ? Rien ! Et les télégrammes de Julian Assange ? Que sont-ils devenus après un premier lâcher de noms secondaires ? Rien non plus. Lui-même, Julien Assange, fournisseur des informations, a été littéralement abandonné dans son refuge à l’ambassade d’Equateur à Londres. C’est au point où l’on doit se demander si, en fait, tout ce système de la remise des documents à de « grands journaux » n’a pas pour objet de  bloquer l’information par le truchement de ceux qui sont censé la faire connaitre et la faire comprendre!

Dimanche tandis que roulait mon train de retour depuis Nîmes, je consultais mes camarades du Parti de gauche. Il s’agissait de définir une prise de position à proposer sur ce que nous venions d’apprendre à propos de la révélation par le journal « Der Spiegel » de l’espionnage généralisé auquel se livrent les Etats-Unis d’Amérique sur des millions de citoyens en Europe et sur nos états et institutions. Nous sommes convenus d’en marquer la gravité. Et d’en tirer des conséquences pour l’actualité. Trois décisions. D’abord demander l’arrêt immédiat des négociations sur le Grand Marché Transatlantique. C’est une mesure de représailles bien sûr. Il s’agit de se faire respecter. Mais surtout il s’agit de prendre au sérieux ce qui a déjà été dit par la Commission européenne elle-même sur le sujet. En effet il nous a été affirmé que le contenu du mandat de négociation devait rester secret pour l’efficacité des pourparlers. A cette heure donc les seuls qui ne sachent rien officiellement sont les parlementaires et les citoyens puisque, de leur côté, grâce à l’espionnage, les Etats-Unis savent au mot près à quoi s’en tenir. A quoi bon discuter encore sur cette base ? Nous avons pensé proposer le lancement d’une pétition sur le sujet pour demander l’arrêt de la négociation. Puis nous avons convenu que la logique voulait qu’on tire toute la leçon du cas Assange. Pas question de laisser la situation devenir humainement insoluble comme c’est le cas avec lui. C’est à nous de proposer l’asile politique de Snowden dans un pays européen. Et ne pas nous en remettre au fait que, de nouveau, ce soit sur un pays latino-américain comme l’Equateur qui porte toute la charge du problème et du défi aux Etats-Unis. Le sujet venait d’entrer dans l’actualité. Mais depuis vendredi dans mes discours aux deux fêtes auxquelles j’ai participé à Perpignan et Lézan dans le Gard, j’ai soulevé l’objection de conscience que je crois nécessaire d’opposer en préalable à la négociation avec les Etats-Unis. L’affaire de l’espionnage renforce considérablement cette approche. De quoi s’agit-il ?

L’objection de conscience que j’oppose est, en fait, un appel à prise de conscience. Combien de fois l’argument des droits de l’homme est-il un préalable à la négociation commerciale. Dans le cas des Etats-Unis tout cela semble oublié, comme si les Etats-Unis ne posaient pas de problèmes graves du point de vue des droits de l’homme. Tout se passe comme si le bipartisme suffisait à faire une différence fondamentale en tous cas suffisante pour ne plus poser aucune question. Evidemment on peut décider que la question de la peine de mort n’a pas sa place en préalable. On laissera donc de côté. Mais enfin est-ce une raison suffisante pour passer aussi sous silence le problème que pose l’existence des prisons secrètes de la CIA pratiquant enlèvements et tortures, celles qui existent en Afghanistan, en Irak et en Thaïlande mais aussi en Pologne et en Roumanie, sans oublier bien sûr et surtout le centre de torture de Guantanamo ouvert illégalement depuis 12 ans. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, pour certains, ce fait serait déconnecté du reste de la réalité nord-américaine de sa vision du rapport à la punition et à la liberté individuelle. Comment peut-on oublier que les USA ont le record mondial de personnes en prison ! Leurs 2,3 millions de prisonniers constituent le 1 % de la population adulte ! C’est huit fois le taux français. Et c’est aussi six fois le taux chinois ! Cela n’est pas tout pour signaler la distance qui nous sépare du système de valeur qu’ils pratiquent et que les dirigeants européens font semblant d’ignorer. Les Etats-Unis sont en effet également les champions de la non application du droit international !  Peut-être peut-on considérer comme secondaire qu’ils aient refusé de signer la convention d'interdiction des mines anti-personnel et qu’ils n’aient pas ratifié la convention sur la Cour Pénale Internationale. Ce n’est pas mon avis mais j’admets qu’on me dise que ce n’est pas un sujet central qui fait modèle de société. Mais je ne peux accepter la remarque pour les domaines considérés par nous, par principe, comme fondateurs. Pourtant nos gouvernements ne posent aucune question aux Etats-Unis alors qu’ils n’ont pas ratifié la convention internationale sur les Droits de l'Enfant, ni celle pour les Droits des Handicapés. Et ce qui tient aux personnes en état de faiblesse, vaut encore pour d’autres droits que nous considérons également comme essentiels en particulier dans le cas de ces six sur huit des conventions fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail. Et pas des moindres ! Ainsi la convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, celle sur le droit d'organisation et de négociation collective, celle sur l'égalité de rémunérations entre les hommes et les femmes, celle concernant la discrimination ou sur l'âge minimum du travail ! Toutes ont été signées par la totalité des 28 Etats membres de l’union européenne. Ne serait-il pas normal que ce soit un préalable à la négociation à propos de la formation d’un grand marché unique où toutes ces questions ont un impact direct sur les sujets en débat ? Le même raisonnement vaut dans le domaine des engagements en défense de l’écosystème. Les Etats-Unis, au contraire des européens, ont refusé de signer la convention de l’ONU sur la biodiversité mais aussi le protocole de Kyoto de lutte contre l'effet de serre ! Pour finir ne nous demandons pas pourquoi aucun président de la République française ne peut rencontrer de dirigeants chinois sans être harcelé de réclamations pour qu’il ne manque pas de poser la question des Droits de l’Homme dans ce pays et que rien ne soit jamais exigé de tel à propos des Etats-Unis. Nous savons tous bien pourquoi ! Mais demandons-nous si nous trouverons meilleure occasion de faire avancer ces droits dans le monde et aux Etats-Unis mieux que dans la campagne contre le traité du Grand Marché Transatlantique.

Hollande, le ravi de l'Europe anti sociale

Une fois de plus au Conseil européen, François Hollande, qui se flatte de vouloir être le « bon élève » de la classe, aura plutôt été le ravi de la crèche ! Il a signé tout ce qu’on lui a demandé de signer. C’est le tango Barroso de la France solferinienne. Des coups de menton avant les génuflexions. Après avoir pris la pose de guerre et avoir menti sur le fait que la Commission n’avait « pas le droit de dire à la France ce qu’elle doit faire », il bien fallu qu’il admette le contraire, une fois sur place. Et il a signé sans faire d’histoires le document de la Commission concernant la France. Fini le bravache ! Madame Merkel n’a même pas eu besoin de lui faire les gros yeux. Pas un mot d’ailleurs sur le bilan désastreux de la politique de celle-ci et de l’effondrement en cours de l’économie européenne dans la récession. Il aura fallu que ce soit ce néant ambulant de Peer Steinbruck, grand chef du SPD allemand, qui pose la question le premier sur une scène politique institutionnelle. Ce n’est pourtant pas un foudre de guerre, ce Steinbruck, car il a été le ministre des finances de madame Merkel dans le cadre du gouvernement de grande coalition. Mais le 27 juin dernier, au Bundestag, il a dit tout haut et très clairement ce que François Hollande n’a pas osé dire en notre nom, tétanisé qu’il est par les rites et injonctions de son surmoi bisounours sur le « couple franco-allemand » et la misérable auto censure que ce concept creux impose aux eurobéats français. «  Le chômage des jeunes, dont vous parlez ici et le taux élevé de chômage en général, madame la chancelière, a donc dit Peer Steinbuck sont une conséquence directe de la politique que vous mettez en œuvre en Europe et qui n'est basée que sur l'austérité ". Après quoi, comme s’il lisait un discours d’un orateur du Front de Gauche, il a dénoncé le "cercle vicieux" de l’austérité : " Au lieu de diminuer, comme vous en aviez l'intention, les dettes ont augmenté de 500 milliards d'euros en 2012 dans les pays européens, Les mesures d'austérité que vous avez défendues ont provoqué une augmentation du nombre de chômeurs à 26 millions. Le chômage des jeunes de moins de 25 ans a, lui, augmenté à 6 millions ». Personne ne l’a traité de germanophobe. Voila bien le fin mot de la politique de madame Merkel : les dettes publiques ont augmenté de 500 milliards dans l’Union européenne. Imaginez la masse juteuse des intérêts que cette politique tire des poches des peuples pour les donner aux banques ! Je n’y viens pas. Mon propos est juste de souligner l’écart entre le soi-disant sérieux de cette politique et la réalité de son résultat. Mais je veux détailler le tableau de ces exploits avec les chiffres de la hausse de la dette en 2012 dans l’union comme nous les donne Eurostat. La dette a augmenté de 148 milliards d’euros cette année en Espagne, en France de 118 milliards d’euros, en Italie de 81 milliards d’euros ! Et même en Allemagne, ce pays de rêve et de réussite éblouissante, la dette, oui, la dette publique, ce chancre caractéristique de l’incontinence budgétaire de l’Europe du sud, la dette a augmenté de 81 milliards d’euros !

Revenons a ce sommet européen. Comme on le sait l’immense François Hollande qui a déjà obtenu pour notre bonheur à tous un formidable plan de relance européen vient de nous obtenir à propos des retraites une nouvelle victoire sur l’ignoble Barroso que ses petits camarades ont si bien fustigé. L’humble carpette s’est muée en somptueux tapis de haute laine. Les bouffons ont acclamé. Décidément le traitement médiatique de l’actualité européenne reste le sempiternel conte pour enfançons que débitent, dans leur morgue combinée à leur flemme ou à leur ignorance, les commentateurs plus ou moins spécialisés, tous acquis par principe à l’eurobéatitude. Il est vrai qu’il est plus difficile de décrypter un sommet européen avec le souci de l’information que de recopier après boire avec Eric Thomas, dit « Jean Quatremer », des statistiques d’androïdes sur mon travail de député européen. C’est donc par ce blog que vous apprendrez l’ampleur de la nouvelle capitulation du bon élève de la classe européenne. Et d’abord sur cette fumisterie de prétendue victoire grâce au fait que François Hollande aurait obtenu le retrait de la référence à « l’âge légal » de départ en retraite ! Car en « contrepartie » c’est « l’âge effectif » qui doit être retardé ! Un comble ! Cela signifie que les gens doivent être incités à partir plus tard pour jouir d’une retraite à taux plein. Donc que leur durée de cotisation doit être augmentée ! Bonjour la victoire ! Quel cynique que cet homme et ses services de communication ! Aucun commentateur de référence ne nous a fait la grâce de le « révéler ».

Pas davantage n’aura-t-on été tenu informés des autres engagements signés le même jour par François Hollande. C’est pourtant décisif. Car ces engagements forment l’agenda du gouvernement pour les prochains mois et rendent impossible toute forme de rapprochement à gauche pendant toute la période où cette politique va s’appliquer. Voyons rapidement un petit florilège des «recommandations» de la Commission que le président français a signé. Retraite : "prendre des mesures d'ici à la fin de l'année 2013 par exemple en adaptant les règles d’indexation, en augmentant encore la durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein et en réexaminant les régimes spéciaux, tout en évitant une augmentation des cotisations sociales patronales". Sans commentaire ! Ou plutôt si ! Voici un éclairage. Ces gens connaissent aussi bien que nous le résultat concret de ce genre de mesure. Les seniors qui ne partent pas à la retraite pour pouvoir ensuite toucher leur retraite a taux plein vont s’inscrire au chômage car ils forment la tranche d’âge qui connait le plus fort tôt de chômage. Le trou soi-disant bouché dans les comptes de régimes de retraite est aussitôt creusé dans celui des comptes de l’indemnisation du chômage. Les eurocrâtes ont donc trouvé la parade. Et François Hollande les a approuvés. Il faut payer moins les chômeurs ! Et donc rendre dégressive et plus difficile l'indemnisation du chômage. C’est noté ? François Hollande a dit oui, comme un bon élève de la classe européenne : "les conditions d’admissibilité, la dégressivité des allocations dans le temps (…) devraient être adaptés pour garantir l’adéquation des mesures d’incitation au travail". C’est du sabir de la novlangue européenne mais on comprend. Et bien sur tout cela est placé sous l’égide de la seule politique possible : "poursuivre la réduction du coût du travail, notamment en adoptant d’autres mesures pour réduire les cotisations sociales patronales" ! Sans commentaire. "Prendre des mesures supplémentaires déplaçant la charge fiscale sur le travail vers les taxes environnementales ou la consommation". Il va de soi que ce retour de la « TVA sociale » s’ajoutera à l’augmentation déjà prévue qui portera la TVA à 20% au 1er janvier prochain ! Et ce qui est vrai des engagements inadmissibles sur les grands sujets l’est tout autant secteur par secteur. Ainsi a propos de l’élargissement du champ de la concurrence. Voyez : « Dans le secteur ferroviaire, ouvrir le transport intérieur de passagers à la concurrence ».

 

L’accord transatlantique décrié mais pas remis en question

Les autorités françaises montent au créneau sur les conditions de négociation de la zone de libre-échange entre l’UE et les États-Unis.

Avec les révélations d’espionnage par Washington, les négociations pour la création d’une zone de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (UE) entrent dans la tourmente. La commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, a déclaré dimanche qu’« on ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s’il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens ». Hier, la contestation a monté d’un cran en France. La ministre au Commerce, Nicole Bricq, qui a mené la bataille le 14 juin dernier pour exclure du mandat de négociation de la Commission européenne les biens et services culturels, a estimé hier qu’« il faut absolument rétablir la confiance » entre les États-Unis et l’UE. « Si la confiance est rompue, cela sera difficile de mener des négociations commerciales extrêmement importantes puisque c’est 40 % du commerce mondial qui passe au travers des États-Unis et de l’UE », a précisé la ministre. De même, François Hollande en déplacement à Lorient a demandé « confirmation ou infirmation » aux autorités des États-Unis concernant les révélations de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. « On ne peut avoir de négociations ou de transactions sur tous domaines qu’une fois obtenues ces garanties, pour la France mais cela vaut pour toute l’UE, tous les partenaires des États-Unis », a ajouté le chef d’État.

Ces remarques sont de bon sens. Il convient toutefois de relativiser cette inquiétude. Le mandat de négociations de la Commission, réputé secret, circule déjà sur Internet, y compris sur le site de l’Humanité… C’est le principe d’une zone de libre-échange qui devrait être mis en cause. D’où les demandes de Gilles Garnier, pour le PCF, et de Jean-Luc Mélenchon, pour le Parti de gauche, d’une interruption des négociations.

Les révélations d’Edward Snowden, au début du mois, font craindre un espionnage industriel au profit des multinationales états-uniennes. « Si l’espionnage est mené à cette échelle, c’est également un problème pour les compagnies allemandes sur toute la planète », s’inquiétait récemment Wolfgang Bosbach, président (CDU, droite) de la commission parlementaire de la Sécurité intérieure.

Du point de vue des droits sociaux, un accord transatlantique constituerait une véritable attaque contre les citoyens européens. Les services publics pourraient être soumis à une concurrence plus dure encore qu’elle ne l’est aujourd’hui. C’est la capacité des parlements à déterminer les politiques publiques qui se verrait rognée. Le mandat de négociation réclame la création d’un « mécanisme de règlement des différends entre État et investisseurs ». En pratique, si une firme attaque en justice un État parce qu’il a fait évoluer sa législation, rendant moins rentable un investissement, l’affaire ne se réglerait pas devant les tribunaux, mais devant une instance arbitrale privée. Plusieurs États ont déjà été condamnés sur cette base pour avoir entrepris de mener une politique de santé publique.

Avec l’inclusion de la propriété intellectuelle dans le traité, les restrictions à la commercialisation des OGM pourraient être remises en question. Plus généralement, toutes les productions européennes seraient ouvertes à la concurrence, par un abaissement des droits de douanes pour les firmes états-uniennes.

Gaël De Santis

Espionnage: Hollande et Merkel divisés sur l'avenir du marché transatlantique

Après les révélations d'Edward Snowden sur l'entendue de l'espionnage américain, le président français veut repousser le début des négociations Europe-Etats-Unis sur le projet de marché transatlantique, prévu lundi 8 juillet. La chancelière allemande ne voit pas le rapport entre l'affaire Snowden et la future zone de libre-échange.

François Hollande ne remet cependant et malheureusement pas en cause le bienfondé de ce projet porté par l'Union européenne et les Etats-Unis.

"Il ne s'agit pas d'arrêter les négociations", mais "il nous paraît sage de les suspendre temporairement, pour une durée de quinze jours sans doute, pour éviter toute polémique et le temps d'obtenir les informations demandées" à Washington sur l'espionnage par les Etats-Unis des institutions européennes, a déclaré ce mercredi la porte-parole du gouvernement français, Najat Vallaud-Belkacem.

"Nous allons sans plus attendre, cette semaine, nous concerter avec nos partenaires européens sur ce sujet", a-t-elle ajouté. Le président François Hollande avait déjà prôné mardi une "position coordonnée, commune" de l'Europe dans l'affaire d'espionnage d'institutions de l'UE et d'Etats européens dont sont soupçonnés les Etats-Unis. "C'est très important d'être cohérent et d'avoir un même discours sur ce sujet car l'enjeu est communautaire et pas uniquement national", a encore dit Najat Vallaud-Belkacem. "Mais je vous confirme aussi que pour que cette négociation puisse s'engager sereinement, il faut que les deux parties soient réunies en confiance", a-t-elle fait valoir.

Protection des données dans l'accord

La chancelière allemande Angela Merkel soutient au contraire la Commission européenne dans sa volonté de débuter les négociations le 8 juillet. "Nous voulons cet accord de libre-échange et nous voulons aussi démarrer maintenant les négociations", a rétorqué ce mercredi à Berlin le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert. Dans son dialogue avec les Etats-Unis, "l'Europe va trouver un chemin pour créer la discussion sur ces sujets qui sont aussi très importants pour nous, des sujets comme la protection des données, comme la liberté de la sphère privée. D'ailleurs, entre l'UE et les USA il est désormais prévu de mettre en place un groupe commun d'experts. Ils devront éclaircir des questions, par exemple la surveillance des services de renseignement et de leurs actions, et cela inclut aussi les questions sur la protection des données et de la sphère privée", a-t-il souligné.

François Hollande et Angela Merkel devaient avoir dans l'après-midi l'occasion de parler de leur désaccord en marge d'une réunion à Berlin de plusieurs dirigeants européens consacrée à la lutte contre le chômage des jeunes.

Espionnage

Le NSAgate déclenche une crise politique

Véritable bombe à fragmentation, le scandale Prism n’en finit pas de délivrer sa charge explosive. Le système développé par Washington, avec l’aide des grandes entreprises de télécommunication, vise à parachever des objectifs stratégiques, comme le confirment les accusations d’espionnage de l’UE.

Aux premières heures de sa révélation, le scandale semblait déjà largement outrepasser celui du Watergate, qui força le président américain Nixon à la démission en 1974. Aujourd’hui, le monde entier connaît l’identité de « Gorge profonde » version 2.0 : Edward Snowden, ancien consultant de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA) et de la CIA. Le 5 juin dernier, le quotidien britannique The Guardian révélait que la NSA disposait d’un accès mondial aux données hébergées par Google, YouTube, Facebook, Yahoo!, Microsoft, AOL, Skype et Apple. À cet égard, le fondateur de WikiLeaks, Julien Assange, constatait déjà, dans un livre intitulé Menace sur nos libertés, « la militarisation du cyberespace, au sens d’occupation militaire ». « En matière de communications, nous vivons tous sous la loi martiale, c’est juste que les tanks ne se voient pas », écrivait-il par ailleurs. Créé en 2007, dans une Amérique sous la botte de George W. Bush, qui agite à dessein le spectre du 11 septembre 2001 et fait de la lutte antiterroriste la mère de toutes les batailles, le programme de surveillance électronique Prism s’inscrit en réalité dans une histoire vieille de quarante ans qui lie le renseignement américain à une centaines de grandes entreprises susceptibles de fournir des données personnelles. Et de participer à un système totalitarisant.

38 «cibles» parmi lesquelles la France

Dans l’acte deux de cette affaire, on découvre que la NSA dispose d’un système d’écoutes, sur le réseau téléphonique et Internet, du siège du Conseil de l’Union européenne et de la mission diplomatique européenne à Washington afin de déceler les dissensions entre pays membres. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, la délégation de l’UE auprès des Nations unies aurait également fait l’objet d’une étroite surveillance. Il y aurait au total 38 « cibles » parmi lesquelles la France, l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Inde et d’autres alliés traditionnels de Washington tels que le Japon, la Corée du Sud. La ministre française de la Justice, Christiane Taubira, a estimé, dimanche, que ces opérations de surveillance constitueraient, si elles étaient avérées, « un acte d’hostilité inqualifiable ». Selon le responsable des questions européennes au PCF, Gilles Garnier, « si même les bureaux de l’Union européenne sont considérés comme de possibles officines du terrorisme international, alors tout est possible. (…) La France doit interrompre séance tenante les négociations sur l’accord de libre-échange entre les États-Unis et l’UE ». À droite, le président du Modem, François Bayrou, demande également le gel des discussions dans le cadre du partenariat transatlantique. Pour le spécialiste de l’espionnage économique, Alain Juillet, cette affaire n’est « pas seulement une affaire politique, mais bel et bien économique. Il s’agit, pour les Américains, de tout faire et donc de tout recueillir pour favoriser leurs entreprises ». L’année 2014 place à cet égard la cybersécurité comme l’une des priorités de l’administration Obama avec une hausse de 20,5 % du budget cybersécurité et cyberdéfense. Pourtant, malgré les réactions européennes, sept pays, dont la France, auraient des accords avec la NSA sur le renseignement de source électromagnétique, comme le révélait un article publié sur le site Internet du Guardian, retiré depuis, « faute d’investigations ».

Depuis le tournant des années 1970 et la généralisation des écoutes illégales comme moyen d’investigation dans le cadre de la lutte anticommuniste, contre les militants des droits civiques ou à l’encontre de journalistes qui révélèrent les bombardements secrets sur le Cambodge, les États-Unis n’ont cessé d’user des technologies à leur disposition afin de parachever leurs objectifs stratégiques et de défendre leurs intérêts. En ce sens, le Patriot Act de 2001, qui passait à l’époque pour une loi d’exception, a considérablement renforcé le champ d’action des différentes agences américaines. Le scandale Prism n’en est sans doute qu’à ses balbutiements et recèle un potentiel explosif dont les déflagrations pourraient ébranler bien plus gravement l’administration Obama que le précédent du Watergate. Hier, le président américain a dû promettre à ses alliés européens les « informations » qu’ils réclament. « La vérité est en marche, estime Edward Snowden, et elle ne pourra être arrêtée. »

Poutine négocie Snowden  Vladimir Poutine a souligné, hier, que Moscou ne livrait « jamais personne » mais qu’Edward Snowden devait cesser ses activités contre les États-Unis s’il restait en Russie. Les deux pays ont établi des contacts concernant l’ex-consultant du renseignement américain. Maniant l’ambiguïté et le cynisme le président russe a déclaré : Snowden « se considérant comme un défenseur des droits de l’Homme, il n’a manifestement pas l’intention de cesser cette activité, c’est pourquoi il doit choisir un pays où aller, et s’y rendre ».

Lina Sankari

Précédent de capitulation de Bruxelles

Les compagnies aériennes donnent déjà les données personnelles de leurs passagers.

Dans l’Union européenne (UE), la législation concernant les données personnelles est plus protectrice des droits des citoyens qu’aux États-Unis. Elle pourrait être mise à mal à l’avenir. La Commission a engagé une réforme de la protection des données. La précédente est « ancienne, mais protectrice », selon Marie-Christine Vergiat, eurodéputée Front de gauche. « Comme on ne peut pas faire plier les États-Unis, il y a un risque qu’on voie notre législation à la baisse », s’inquiète-t-elle.

Ce ne serait pas la première fois que Bruxelles baisse la garde face à Washington aux termes d’accords qui organisent la transmission des données personnelles de résidents européens vers les États-Unis.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont puisé dans les données bancaires transitant par le réseau bancaire Swift. Illégale, cette pratique l’est devenue par un accord international entre l’UE et les États-Unis en 2010. Il a fallu deux passages au Parlement européen pour que celui-ci soit approuvé.

L’accord concernant les données personnelles des passagers (PNR) de compagnies aériennes a subi lui aussi deux votes à Strasbourg. Les données PNR des passagers atterrissant aux États-Unis ou simplement les survolant sont maintenant transmises à Washington. Et la Russie vient de demander la même chose…



Edité par T 34 - 03 Jul 2013 à 23:31
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C'est un scandale!

Les auxiliaires de Strasbourg coincés dans l’intérim

Les petites mains 
du Parlement européen dénoncent la précarité de leurs contrats. Bruxelles fait la sourde oreille.

Pour le Parlement européen, l’emploi est une priorité. Martin Schulz, son président, vient même de mettre en jeu la « crédibilité » de l’institution, en cas d’échec. C’était jeudi dernier, à l’occasion de l’ouverture d’un conseil européen consacré au chômage des jeunes. Une posture un brin gonflée lorsqu’on connaît le statut des petites mains qui s’activent dans les différents points d’accueil et les secrétariats au moment des sessions plénières du Parlement.

Contrairement aux fonctionnaires, ce prolétariat connaît parfaitement les problèmes d’emploi. En cause, une réforme arbitraire qui a fait passer ces agents du statut d’auxiliaires de session à celui… d’intérimaires. « Au milieu des années 2000, consciente de nous avoir attribué un statut bancal, l’administration européenne avait promis que nous verrions notre sort s’améliorer dans des délais raisonnables », se souvient Claudie Weber, ancienne auxiliaire embauchée en 1996. « Mais, en 2006, le couperet est tombé et nous avons été confiés à Manpower sans la moindre concertation préalable. » Aujourd’hui, pour un travail utile et récurrent (assistant, déménageur, huissier…), ces ex-auxiliaires perçoivent un salaire inférieur à celui de leurs collègues fonctionnaires, n’ont plus aucune évolution de carrière et n’ont même pas le droit à la formation alors que certains assurent en interne des formations pour le personnel.

En septembre 2011, après des années de procédure, c’est la Cour de cassation, plus haute juridiction française, qui leur a donné raison. Et malgré cela, Bruxelles fait toujours la sourde oreille.

Soutenus par plusieurs parlementaires, dont Jacky Hénin (GUE-NGL) et Catherine Trautmann (S&D), les parias de Strasbourg profitent du vote sur la réforme du statut des fonctionnaires, inscrit ce mercredi 3 juillet, pour donner de la voix. « Après la décision de la Cour de cassation, l’administration nous a fait comprendre qu’il fallait la mettre en veilleuse si nous voulions que les choses évoluent positivement », raconte Claudie. « Et surtout oublier l’idée de retourner aux prud’hommes, sans quoi nous pourrions perdre notre place. » Ce qui constitue, à peu de chose près, l’exacte définition du chantage. Face à cette attitude désinvolte, une soixantaine d’entre eux ont de nouveau saisi la justice prud’homale. « Contrairement à ce que certains voudraient laisser penser, nous ne demandons pas à être des fonctionnaires européens », insistent-ils au travers d’un communiqué. Ce qu’ils réclament, c’est de pouvoir continuer leurs missions récurrentes sans traîner derrière eux le boulet de la précarité.

Il y va, là aussi, de la « crédibilité » de l’institution, Mister President.

Joseph KordaSource

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Jul 2013 à 20:32

Europe, déclin moral (Rebelion)

 
 

Nous sommes désormais tous conscients du déclin économique de l’Europe comme conséquence de la crise financière et des politiques mises en place pour détourner de façon infinie des milliards de fonds économiques vers le système bancaire et le paiement des intérêts de la dette au détriment des conditions sociales des citoyens. Mais on semble ne pas voir l’effondrement moral des gouvernements européens.

Il y a quelques semaines, le 13 juin, nous avons remarqué que les nations africaines et latino-américaines votaient, au Conseil des Droits de l’homme de l’ONU, à Genève, pour le Droit à la Paix, alors que les représentants des pays européens se joignaient aux États-Unis et au Japon en s’abstenant ou en votant contre, comme l’a fait l’Espagne.

Nous n’avions jamais assisté jusqu’à ce jour à cette situation honteuse où on a vu un Premier Ministre européen condamné pour prostitution sur mineure. Conduite par ailleurs largement connue du public, conduite dont ce dernier se glorifiait et conduite qui ne fut pas sanctionnée par ses électeurs ni publiquement réprouvée par ses collègues responsables des gouvernements européens.

Le cas d’Edward Snowden, cet informaticien étasunien, ex-consultant de la CIA et de la NSA, (Agence de Sécurité Nationale) qui a transmis au Guardian et au Washington Post les programmes de surveillance massive des communications des citoyens mis en place par le Gouvernement des États-Unis, sans aucun contrôle ni limite, nous a rappelé à quelle hauteur morale se situe l’Europe. Des pays comme la Chine, la Russie, Cuba ou l’Équateur ont participé, pour des raisons diverses plus ou moins louables, à des plans destinés à assurer à Snowden un asile sûr. Bien entendu, il n’a pas été question de solliciter cette aide auprès des pays européens, car ils auraient, sans le moindre doute, livré Snowden aux autorités étatsuniennes bien que, selon les législations européennes en vigueur, le délit soit imputable aux États-Unis et non à leur ex-agent. En revanche, ceux qui ont pu franchir en toute impunité les frontières des États européens sans que ni leurs gouvernements ni leurs diverses polices n’y opposent jamais le moindre empêchement ce sont bien les avions espions avec lesquels la CIA a séquestré des personnes, les a transportées dans des centres de détention secrets et illégaux, parfois même situés aussi sur le sol européen, où ces personnes ont été torturées.

De sorte que si vous êtes un citoyen opposé au droit à la paix vous aurez un gouvernement européen qui vous soutiendra. Et si vous êtes un délinquant sexuel coupable de détournement de mineure vous pourrez même être, en Europe, Premier Ministre et si vous avez besoin de pouvoir occuper notre sol et notre espace aérien pour séquestrer, emprisonner et torturer vous n’avez qu’à demander, nous sommes à votre disposition. Mais ne vous avisez pas de dénoncer les programmes illégaux de surveillance appliqués par le gouvernement des États-Unis et ne venez pas ensuite vous promener par ici, car vous serez arrêté et rapatrié dare-dare aux États-Unis. Si vous êtes dans cette dernière situation, il vous faut seulement compter sur l’assistance des « dictatures  » et des « républiques bananières  » dont les présidents n’ont pas recours à la prostitution avec des jeunes filles mineures et, en outre, se font un devoir de voter en faveur de la Paix.

Pascual Serrano,

29-06-2013

Europa, el declive moral http://www.rebelion.org/noticia.php?id=170414


Le bon, la brute et le trouillard…

 
 
William a des gros bras et pas de scrupules. Il a volé les épreuves des éliminatoires du concours où nous étions les deux seuls en lice. Il allait se récolter un 20/20 victorieux quand Edward, un malingre honnête et courageux, m’a averti.

William et moi, nous avons piqué une grosse colère. Pas pour la même raison. Je n’ai pas hésité à murmurer :

-  Ce n’est pas acceptable !

Et William :

- Livrez-moi ce coyote au foie jaune, que je lui mette une combinaison orange, une cagoule, des moufles, de l’eau sur la tête et de l’électricité sur les organes de reproduction !

- Maître, il y a un de vos ennemis héréditaires (un indien !) qui veut le planquer dans son tepee !

- Damned ! Un indien ! Vous les empêchez de bouger.

- Chef, oui chef !

PCC. Normal 1er, gouverneur de la colonie France (U.E.).

Epilogue : William (au chef de la CIA) : « Il est revenu, Sarkozy ? ».


Citizen Barack

 
 

Une « victoire française ». Ainsi nous a-t-on décrit le dénouement des discussions entre les Vingt-sept conclues au finish le 14 juin. Il s’agissait de fixer le « mandat » confié à la Commission européenne pour mener les négociations entre UE et USA en vue de sceller un « partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement » (TTIP) entre les deux rives de l’Atlantique.

Conformément à la volonté affichée par François Hollande, l’« exception culturelle » a été « sauvée ». Les productions cinématographiques et musicales sont exclues des marchandages visant à libéraliser les échanges.

On voudrait y croire. Hélas, à Bruxelles, l’interprétation est quelque peu différente. Le Commissaire Karel Van Gucht, chargé du commerce international, a rappelé qu’une « clause d’ouverture » permet aux négociateurs d’évoquer tous les sujets, y compris donc l’audiovisuel. Certes, les Etats-membres devront, au final, donner unanimement leur aval. Mais, dès lors qu’un accord global sera présenté comme imminent et porteur de « millions d’emplois », il n’est pas tout à fait certain que les dirigeants français – ceux-là ou d’autres – camperont sur un veto héroïque. Le succès médiatique empoché aujourd’hui ne garantit en rien la fermeté politique de demain.

Du reste, aussi important que soit l’« exception culturelle », celle-ci ne représente qu’un détail dans un ensemble particulièrement vaste et redoutable. Le battage autour cette exception a fait passer au second plan l’essentiel : le lancement des négociations, prévues pour démarrer le 8 juillet à Washington. En jeu : l’abolition la plus radicale possible des droits de douane, mais aussi des règles, normes et procédures qui permettent aux pays de contrôler les marchandises qu’ils importent. Cette déréglementation concerne aussi les services et les capitaux. Barack Obama n’a pas caché qu’il a dans ce domaine un « agenda hyper-ambitieux ».

Le principe du libre-échange a d’abord été promu par l’empire britannique, qui y avait intérêt comme puissance dominante au XIXème siècle. Aujourd’hui, les dirigeants américains et européens entendent maintenir la domination du « monde occidental » en poussant plus avant le libre-échange, entre eux en particulier, afin de créer une « masse critique » déterminant des choix mondiaux : qui édicte la norme contrôle la circulation des richesses – et, pour une part, des idées. Au-delà des biens et des services – et des profits afférents – ce sont bien des rapports de force économiques, idéologiques et géopolitiques qui sont en jeu.

Economiques ? Quand on ouvre – comme l’a fait l’UE au nom de ses Etats membres – les marchés européens au déferlement des véhicules sud-coréens, on sape l’activité et l’emploi. Idéologique ? Quand on accueille MacDo et Disneyland, on importe par là-même le concept du fast food (la malbouffe) et la logique de Picsou. Géopolitique ? Quand on veut fixer des normes industrielles et technologiques mondiales via le futur TTIP, c’est pour damer le pion à la Chine et aux « émergents ». Le libre-échange est bel et bien l’expression d’une aspiration hégémonique.

Au moment même où Barack Obama se rendait à Berlin pour célébrer l’ouverture des frontières (avec force références à la chute du Mur), le réseau de surveillance planétaire mis en place par les services de sécurité américains se retrouvait sous les projecteurs de l’actualité. Puis, la « révélation » selon laquelle l’Oncle Sam espionnait aussi les institutions et gouvernements européens – ce qu’aucun responsable ne pouvait raisonnablement ignorer, si ce n’est dans le détail, du moins dans le principe – a suscité une vague d’hypocrite indignation officielle… qui ne remettra nullement en cause le projet de TTIP.

Devant un parterre trié sur le volet de partisans de l’effacement des Etats (notamment européens) rassemblés à la Porte de Brandebourg, le locataire de la Maison-Blanche s’est proclamé « citoyen du monde ». Ce faisant, il a finalement fort bien éclairé la cohérence de sa démarche.

Qu’on pourrait ainsi résumer : Big Business, Big Brother.

Pierre Lévy

Éditorial paru dans l’édition du 30/05/13 du mensuel
Bastille-République-Nations
Information et abonnements : www.brn-presse.fr

Pierre Lévy est par ailleurs l’auteur d’un roman politique d’anticipation dont une deuxième édition est parue, avec une préface de Jacques Sapir : L’Insurrection



Edité par T 34 - 06 Jul 2013 à 00:57
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 08 Jul 2013 à 15:01
Toutes ces révélations confirment la transformation des "démocraties occidentales" en quelque chose d’autre...
 

La servilité des satellites. (Counterpunch)

 
 
 

L’affaire Snowden a été encore plus révélatrice sur l’Europe que sur les États-Unis.

Certes, les faits d’espionnage de la NSA sont importants. Mais beaucoup de gens se doutaient de quelque chose dans ce genre. Le refus de la France, de l’Italie et du Portugal d’autoriser l’avion privé du président de la Bolivie de traverser leur espace aérien sur le simple soupçon que Edward Snowden pouvait se trouver à bord est un peu plus étonnant.

Ensemble, toutes ces révélations confirment l’achèvement de la transformation des "démocraties occidentales" en quelque chose d’autre, une entité qui n’a pas encore reçu de nom.

L’outrage fait au président bolivien a confirmé que cette entité transatlantique n’a absolument aucun respect pour le droit international, même si ses dirigeants s’y référent lorsque cela leur convient. Mais respecter ce droit ou se laisser entraver par lui d’une manière quelconque ? Certainement pas.

Et ce mépris de la loi est lié à un changement institutionnel plus fondamental : la destruction de la démocratie réelle au niveau national. Aux Etats-Unis, cela a été accompli par le pouvoir de l’argent, où les candidats sont comparables aux chevaux de course appartenant à des milliardaires. En Europe, ce fut l’oeuvre de l’Union européenne, dont la bureaucratie a progressivement repris les fonctions économiques essentielles des Etats indépendants, délégant aux gouvernements nationaux la tâche de concocter d’énormes controverses autour des questions de vie privée, telles que le mariage, tandis que la politique socio-économique se voit dictée par la Commission européenne à Bruxelles.

Mais derrière cette Commission, et derrière le jeu électoral américain, se trouve le pouvoir anonyme identique qui dicte ses volontés à cette entité transatlantique : le capital financier.

Ce pouvoir devrait être officiellement étendu dans un proche avenir par la création d’une zone de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis. Cette évolution est le résultat de la soi-disant « construction européenne » qui depuis plusieurs décennies a transféré des compétences des Etats européens souverains à l’UE, qui à son tour va transférer ses pouvoirs à des institutions transatlantiques, le tout sous le contrôle décisif des « Marchés » - euphémisme pour désigner le capital financier.

Les citoyens ne sont informés de la dernière étape de ce processus de dé-démocratisation en cours que lorsque cette dernière est déjà bien engagée. Le résultat est un fossé toujours plus large entre d’un côté "la classe politique", qui comprend à la fois les hommes politiques et les médias de masse, et de l’autre côté la population en général. La principale tâche encore dévolue à la classe politique est de divertir la population avec l’illusion qu’elle vit toujours dans une démocratie, et que les représentants qu’elle élit agissent dans ses intérêts.

Lorsqu’un événement tel que l’affaire grotesque de l’avion présidentiel bolivien survient et expose la servilité des fonctionnaires du pays, on peut compter sur les grands médias pour le balayer sous le tapis. La télévision française a largement ignoré l’événement - une négligence facilitée par le récent soulèvement en Egypte. Un seul grand événement international par jour est considéré suffisant pour un public dont le régime « informationnel » de base est centré sur la météo, les sports et les crimes sexuels.

Pour mesurer l’ampleur de la reddition de l’indépendance française au cours des dernières décennies, on peut rappeler que dans les années 1970, le gouvernement de centre droit du Président Valéry Giscard d’Estaing avait facilement accordé l’asile aux Black Panthers fuyant les États-Unis. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur d’un gouvernement soi-disant de « centre gauche » exclut d’accorder l’asile à tout citoyen des États-Unis, au motif que les États-Unis sont un pays « ami », une « démocratie » avec un système judiciaire indépendant.

En Allemagne, la propagande anticommuniste ayant eu recours aux dénonciations constantes des indiscrétions de la Stasi pour enterrer tout souvenir des avantages perdus du régime est-allemand, comme le plein emploi, la garde des enfants et l’égalité sociale pour les femmes, les révélations sur l’espionnage de la NSA ne pouvaient être ignorées. Même les dirigeants politiques en Allemagne semblaient sincèrement indignés.

En France, les dirigeants politiques ont murmuré quelques vagues désapprobations et rapidement changé de sujet. Dans la mesure où l’incident a été mentionné du tout, la ligne officielle était qu’il n’y avait pas lieu de faire un grand tapage à propos de pratiques que nous, les grandes puissances sophistiquées, connaissons de toute façon et pratiquons nous-mêmes.

L’auto-incrimination béate "nous aussi, nous le faisons" est une façon d’affirmer que la France est toujours une grande puissance malfaisante, et non un simple satellite des États-Unis.

Lors d’une interview télévisée hier, on a montré au ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius une vidéo du président Obama se référant à plusieurs reprises au président français François Hollande comme "président Houlon". Fabius a rapidement changé de sujet pour louer le rôle important de la France dans la promotion de la guerre en Syrie. Le fait que le président français est considéré comme tellement insignifiant qu’Obama n’a pas besoin de s’embêter à apprendre son nom ne méritait pas d’être relevé.

Le mépris d’Obama pour Hollande, le mépris de Hollande pour le Président de la Bolivie, illustrent bien ce nouvel ordre mondial gouverné non par des préoccupations humaines, mais par « les marchés ». Ce n’est pas que les marchés donnent des ordres directs sur ces sujets. Mais la réduction du gouvernement à la "gouvernance" dont la fonction principale est de faire taire la populace pendant que les institutions, les lois et les forces armées poursuivent la tâche de rendre le monde plus sûr pour les capitaux d’investissement afin de récolter le maximum de profits, rend l’humain hors jeu et la politique devient un exercice vide dans la conformité.

L’explication d’une telle reddition réside dans l’idéologie qui a dominé l’Europe, et peut-être surtout la France, au cours du dernier demi-siècle. Une interprétation particulière de l’histoire du milieu du XXe siècle a sapé la confiance dans la souveraineté populaire, accusée (à tort) de conduire au « totalitarisme ». Cette idéologie a préparé les élites à abdiquer en faveur des institutions techniques et des « marchés » qui semblent innocents de tout péché politique. La puissance du capital financier et de son champion américain est moins la cause que le résultat de cette abdication politique.

C’est la seule chose qui puisse expliquer la ruée extraordinaire des gouvernements européens à obéir au moindre caprice du maître américain, à la veille des négociations pour une zone de libre-échange transatlantique que les dirigeants européens vont présenter à leurs populations comme une compensation pour la destruction continue du modèle de protection sociale européenne. Les principes, la décence diplomatique, Edward Snowden, doivent tous être sacrifiés à cette dernière tentative désespérée de mettre l’Europe hors de la portée de l’influence de son peuple.

Quelques commentateurs sont allés jusqu’à suggérer qu’Edward Snowden serait une sorte de coup monté, soi-disant pour montrer aux gens que le gouvernement américain est tout-puissant. L’affront fait au président bolivien en est une illustration même plus frappante. Mais à long terme, la prise de conscience de la portée de ce pouvoir est la première étape vers la libération.

Diana Johnstone

Traduction "un jour ils refuseront l’asile à la démocratie" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

 

Selon un document secret révélé par l'informaticien Edward Snowden, l'Agence de sécurité nationale (NSA) des Etats-Unis a procédé à des écoutes dans les représentations de l'UE à Washington et à New York et a même accédé à ses réseaux informatiques. D'après le quotidien allemand Der Spiegel, cette révélation laisse supposer que la NSA a également pratiqué des écoutes téléphoniques aux sièges du Conseil européen et du Conseil des ministres de l'UE. Le quotidien britannique The Guardian a annoncé le 30 juin, citant un document fourni par Edward Snowden, que les Etats-Unis espionnaient 38 missions diplomatiques étrangères, dont des ambassades de leurs alliés, l'Italie et la France.

En France EELV, le Front de Gauche (ainsi que, à droite, le FN et DLR) ont proposé que l'asile politique soit accordé à M. Snowden actuellement à Moscou. Mais au lieu de cela le gouvernement socialiste français (qui aurait pu utiliser l'incident dans le cadre de a négociation du "grand marché transatlantique" avec Washington) s'est évertué à atténuer la responsabilité des Etats-Unis et a humilié le président de la Bolivie, accusé à tort de transporter Snowden dans son avion au retour de la Russie, en l'empêchant mardi dernier (comme le Portugal) de survoler le territoire national.

Jeudi, une douzaine d'eurodéputés ont signé une déclaration de solidarité avec le président Morales et demandé que le haut représentant de l'Union européenne (UE) pour la politique étrangère, Catherine Ashton présente des excuses au président Morales. Ce texte, signé par l'espagnol Willy Meyer (IU), Ana Miranda (BNG) et Raul Romeva (IU), et d'autres députés Verts et Gauche unitaire / Gauche verte nordique affirme que "L'Union européenne est prête à violer les garanties fondamentales et du droit international afin de répondre aux demandes des Etats-Unis." Les présidents de l'Argentine, Cristina Fernandez, de l'Uruguay, José Mujica, du Venezuela, Nicolas Maduro, de l'Équateur, Rafael Correa, et du Suriname, Désiré Bouterse ont condamné également "l'offense et les pratiques néocoloniales qui existent encore sur notre planète au XXIe siècle". Le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera, a annoncé que son gouvernement a déposé une plainte à l'Organisation des Nations Unies pour le "kidnapping" de l'avion d'Evo Morales. 

Après que l'Equateur, déjà embarrassé par l'affaire Assange, a manifesté sa réticence, le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie se sont déclarés prêts à accueillir Snowden sur leur territoire.

F. Delorca


Marché de dupes transatlantique

Les négociations sur le traité de libre-échange Europe-États-Unis débuteront bien la semaine prochaine. La France, qui avait demandé leur report, a cédé 
aux pressions nord-américaines.

L’audace n’aura pas duré. François Hollande et le gouvernement qui souhaitaient, mercredi, « interrompre », à la suite des révélations du cyber-espionnage mené par Washington, les négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis connu sous le nom de « traité transatlantique » sont finalement rentrés dans le rang, jeudi. Après s’être ralliée à ce qui est qualifié de compromis, la France ne s’oppose plus à l’ouverture des négociations à partir du 8 juillet.

Mercredi, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, avait pris toutes les précautions lexicales pour ne pas laisser penser que le gouvernement claquait la porte. « Il ne s’agit pas ­d’arrêter les négociations », précisait-elle, mais « il nous paraît sage de les suspendre temporairement, pour une ­durée de quinze jours sans doute, pour éviter toute polémique et le temps d’obtenir les ­informations demandées ». Interrogé à l’Assemblée nationale, le chef de la diplomatie française, Laurent ­Fabius, jugeait cet accord « très ­important, et c’est vrai que commencer à en discuter dans un climat de méfiance ne serait pas très opportun ».

De manière attendue, la ­réponse est vite arrivée. De Berlin, où il était en visite, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a rejeté cette position, estimant que « cet accord nous ouvre un très grand potentiel commercial. Les négociations continueront à revêtir une grande importance ».

Une proposition de ­compromis en provenance des États-Unis, la création d’un « groupe de travail euro-américain sur les activités des services de renseignement », aura permis au gouvernement français de plier en sauvant la face, même s’il semble peu probable que les Américains mettent sur la table l’intégralité de leur dispositif, par définition clandestin.

En tout état de cause, la France n’a jamais envisagé de s’opposer à la signature de ce traité, comme l’exige une partie de la gauche. Le Front de gauche a adressé un courrier en ce sens à François Hollande. « La Commission (européenne – NDLR), qui négocie en notre nom, le fait sur la base d’un mandat secret, alors que les dirigeants des États-Unis y ont, eux, accès à travers (l’)espionnage ! Comment dans ces conditions entamer des discussions ? » interroge la coalition de gauche.

ne pas se fâcher avec Washington

François Hollande n’a jamais été un contempteur de l’hégémonie américaine. Ceux qui l’ont oublié ont pu le redécouvrir avec l’épisode de l’avion d’Evo Morales (lire ci-dessous), lorsqu’il a préféré commettre une faute diplomatique vis-à-vis du chef d’État bolivien plutôt que de se fâcher avec Washington en prenant le risque d’une arrivée sur le territoire français de celui qui a dénoncé l’espionnage états-unien. Un alignement dans le fil de l’acceptation du maintien de la France dans le giron de l’Otan. Le 11 mars 2012, François Hollande, alors candidat, s’était prononcé en faveur d’« une évaluation des conséquences de cette décision, tout particulièrement pour notre indépendance et pour le développement de l’Europe de la défense ». Depuis, plus de nouvelles de cet engagement. Lors de la décision par Nicolas Sarkozy du retour de la France dans le commandement intégré de l’alliance, Laurent Fabius avait déclaré : « Nous ne voulons pas que l’Otan se conduise en “bloc de l’Occident”, (…) qu’il intervienne partout et sur tout. Nous ne voulons pas d’une ONU de substitution sous une domination américaine de fait. » Mais c’était en 2009.

Adrien Rouchaleou

Qui dit qu’il y a pas d’Europe ? Et celle de l’infamie ?

 
 

« On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en criant “L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !”... », disait, on s’en souvient bien, le général en 1965. Il doit bien rire. Ils ne sautent plus sur leurs chaises et ne crient plus « L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! » ; non, ils font leur coup en douce, comme des petits commissionnaires des dernières instruction impératives, montrant le complet alignement de l’Europe sur les consignes-Système des USA, après qu’on ait montré, deux jours auparavant, qu’on les espionnait comme dans des latrines à tous vents.

Qu’un ministre bolivien, Ruben Saavedra de la Défense, qui était dans l’avion avec Morales (nous y venons) puisse déclarer comme s’il parlait des gouvernements européens comme de services annexes du département d’État, pour lesquels il suffit d’appuyer sur un bouton pour qu’ils agissent comme on a décidé pour eux : « C’est un acte d’hostilité de la part des États-Unis qui ont utilisé différents gouvernements européens. », – qu’il puisse dire cela et que cela ne soulève en nous aucun réflexe de scepticisme, ou d’interrogation, ou d’indignation enfin, voilà qui nous en dit des tonnes et des tomes, – parce que cela est vrai...

Il s’agit de l’affaire de l’équipée de l’avion du président bolivien Morales dont il semble qu’il se soit vu interdire, au moins pendant quelques heures, l’espace aérien de trois ou cinq pays européens c’est selon, – dont la France fameuse pour son indépendance et sa souveraineté, – parce que des rumeurs sans doute recueillies par l’efficace et attentive NSA, – on travaille au niveau des caniveaux, – avaient suggéré que Snowden se trouvait à son bord. Il y a beaucoup de comptes-rendus de cette affaire extraordinaire, avec des interprétations différentes, qui conduisent tout de même à constater qu’on a transféré élégamment les bornes de la légalité internationale au-delà de toutes les normes concevables, et de toutes les violations déjà accomplies par un groupe d’États souverains et d’honorable et vertueuse réputation... (Voir Russia Today et le Guardian le 3 juillet 2013.) Ci-dessous, on donne un extrait du compte-rendu de EUObserver du 3 juillet 2013. Il y a aussi quelques précisions sur les réactions d’autres États d’Amérique du Sud (avec d’autres précisions plus récentes sur ce point dans le Guardian du 3 juillet 2013).

« L’avion d’Evo Morales, le président bolivien, a été forcé d’atterrir à Vienne mercredi (3 juillet) parce qu’il était soupçonné de transporter Edward Snowden, le lanceur d’alerte en fuite. Morales revenait d’un meeting sur l’énergie à Moscou qui s’était tenu mardi et au cours duquel il avait déclaré à la TV russe, que la Bolivie envisageait d’accorder l’asile politique à Snowdon. Il a dit qu’il tenait beaucoup à protéger les lanceurs d’alerte.”

 »Selon les médias, la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont fermé leur espace aérien à son avion. Morales, son ministre de la défense, Ruben Saavedrd, et l’équipage de l’avion ont été obligés d’attendre dans le salon VIP de l’aéroport autrichien. Le ministre des Affaires Etrangères autrichien a depuis confirmé que Snowden n’était pas à bord de l’avion. Tous les pays, sauf l’Espagne - lui ont ensuite rouvert leur espace aérien.

 »Saavedrd a déclaré qu’il considérait ce fiasco comme un acte hostile perpétré par les États-Unis en se servant des gouvernements européens. Le ministre des Affaires Etrangères bolivien, David Choquehuanca, a dit quant à lui que la France et le Portugal leur avaient refusé l’accès à leur espace aérien en invoquant d’abord des "problèmes techniques". "Ils ont dit qu’il y avait des problèmes techniques mais après avoir demandé de plus amples explications nous avons appris qu’on nous soupçonnait à tort de transporter M. Snowden dans l’avion," a-t-il dit. Il a dit que Morales avait été "kidnappé par l’empire" en Europe.

 »L’incident pourrait se transformer en un incident diplomatique international car selon Cristina Kirchner, la présidente de l’Argentine, Ollanta Humala, le président péruvien, va organiser une réunion des pays d’Amérique Latine pour discuter du problème. "Demain sera une journée longue et difficile. Gardez votre calme" a-t-elle tweeté. Rafael Correa, le président de l’Equateur, a dit que les leaders d’Amérique Latine devaient faire quelque chose. "Ce sont des heures décisives pour l’Unasur ! Soit nous nous comportons comme des colonies, soit nous exigeons le respect de notre indépendance, de notre souveraineté et de notre dignité. Nous sommes tous des Boliviens" a-t-il tweeté. »

Officiellement, rien n’a été dit de précis de la part des pays démocratiques et spécialistes de la liberté de parole, de la légalité internationale et ainsi de suite, qui ont commis cette forfaiture qui devrait rester comme un beau cas d’école dans l’histoire du droit international. Cette attitude officielle introduit d’ailleurs une certaine dose de confusion sur les conditions réelles de l’incident, dans la mesure où l’on voudrait espérer reconstituer ces conditions réelles, les différents pays concernés préférant donner des indications très floues où l’on joue sur les mots, sur le temps des verbes, sur les précisions imprécises des circonstances. Le Guardian, qui avait mis en place une série “nouvelles-après-nouvelles“ dite Live Update sur l’affaire, ce 3 juillet 2013, rapportait successivement

• « Les pays membres de l’Union Européenne ont le droit de refuser l’accès de leur espace aérien mais la raison pour laquelle la France et le Portugal ont fermé leur espace aérien à l’avion du président bolivien, Evo Morales, n’est pas claire, selon une porte-parole de la Commission européenne. Elle a déclaré à Reuters : "A ce stade, nous ne savons pas exactement ce qui s’est passé ce matin ni pourquoi les Français et les Portugais ont décidé de d’interdire l’accès de leur espace aérien à l’avion." »

• « C’est très étrange. Selon l’AP, les officiels français et espagnols ont interdit l’accès de leurs espaces aériens respectifs à l’avion de Morales. Mais les officiels français ont nié mercredi que la France ait refusé de laisser passer l’avion du président bolivien parce qu’on soupçonnait la présence de Snowden, l’homme qui a révélé les activités d’espionnage de la NSA, à son bord. L’Espagne aussi a affirmé que l’avion avait été libre de traverser son territoire… [...] Deux officiels ainsi que le ministre des Affaires Etrangères français ont affirmé mercredi que l’avion de Morales avait l’autorisation de traverser la France. Ils ont refusé de commenter les allégations contraires des officiels boliviens. Ils se sont exprimés sous le couvert de l’anonymat parce qu’ils n’avaient pas le droit de divulguer leur identité en vertu de la politique du ministère. Un officiel du ministère des Affaires Etrangères espagnol a dit mercredi que mardi le pays avait autorisé l’avion de Morales à traverser son espace aérien et à faire escale pour se ravitailler en essence. L’officielle a dit que la Bolivie avait demandé le matin même la confirmation de l’autorisation de vol et l’avait obtenue. Elle a parlé sous couvert de l’anonymat selon les règles du département... »

Ce silence officiel sous forme de brouillage des informations en multiples versions plus ou moins officieuses ne doit pas nous empêcher de poursuivre un commentaire dont il nous étonnerait qu’il ne soit pas au moins justifié par l’esprit de la chose (au moins évidente dans le refus unanime de droit d’asile pour Snowden dans les pays de l’UE), dans quelque condition qu’elle ait été développée. (A moins que la NSA nous révèle qu’elle détient quelques milliers de coups de téléphone montrant que Morales est un maître monteur de circonstances provocatrices, sans doute en se trompant sur le nom et la fonction du bonhomme.) Donc, ce “silence officiel” sur l’affaire du vol de Morales s’accompagne du travail entrepris au sein des institutions européennes pour obtenir de la part des USA des explications sur leur espionnage massif, ce qui trace un parallèle ubuesque donnant à toute l’affaire un autre caractère absolument inédit. La présence de la France parmi la “bande des trois ou cinq” ayant réalisé le kidnapping du chef d’État bolivien en rajoute une couche appétissante, sur le plan très sacré des principes de souveraineté et d’indépendance qui font partie de l’arsenal dialectique de la Grande Nation devenue entièrement la nation-poire. Mais quoi, nous sommes bien à l’époque de l’infamie à la petite semaine, commise en catimini par des êtres très bas et complètement dépassés par des responsabilités qui leur font horreur, donc incapables de mesurer l’infamie de leurs actes, et les conséquences de cette infamie. Une telle forfaiture au niveau international pourrait ne pas être sans conséquences diplomatiques, notamment sur l’appréciation qu’auront les autres, notamment les pays d’Amérique du Sud, des pays européens qui constituent avec les États-Unis le centre moteur du bloc BAO prétendant conduire et inspirer les destinées du monde.

Toute cette éructation étant répandue, il reste tout de même quelques aspects mystérieux. Nous voulons dire par là que l’extrémité de l’infamie elle-même pose un problème et fait s’interroger sur l’état psychologique, à la fois de ceux qui ont suggéré l’une ou l’autre consigne, à la fois de ceux qui se sont obligeamment exécutés. Il y a l’aspect d’une complète absence de mesure, voire de simple prudence, qui fait songer à un état psychologique de panique comme le dit Norman Solomon à Russia Today le 2 juillet 2013 (« Il y a un élément de panique dans la politique étasunienne par rapport à Edward Snowden et à tout ce problème »). Notre hypothèse est que cette panique n’est pas seulement US mais commune au bloc BAO, devant ce qui est perçu comme une menace fondamentale contre l’un des fondements du Système (l’ensemble NSA/GCHQ britannique et son complexe global) pour la surveillance assurant une sécurité du Système que ces mêmes psychologies paniquées ne cessent de percevoir de plus en plus menacée. A cet égard, ces psychologies ne font que refléter la panique du Système lui-même devant ce qu’il perçoit comme une menace diffuse, et, selon cette psychologie obsessive selon quoi plus grande est la puissance, plus vulnérable est la sécurité à la moindre des menaces. (Par ailleurs, l’aspect pyramidal et interconnecté de cette puissance implique effectivement qu’un élément mineur, voire microscopique, qui possède le bout d’un des fils composant l’ensemble, peut détricoter l’ensemble...). Il y a certainement là un effet déjà constaté dans d’autres occurrences de la terrorisation des psychologies des directions-Système, une sorte d’“empire de la terreur“ tenant aussi bien le Système lui-même que ses composants (les pays du bloc BAO) dans la crainte-panique d’une action, si minime soit-elle, qui déséquilibrerait l’ensemble et précipiterait l’effondrement.

Les pays de l’UE, qui font partie de l’UE, sont donc confrontés à une véritable schizophrénie de leurs psychologies. D’un côté, ils sont victimes de l’agression de ce puissant élément constitutif du Système qu’est le complexe de surveillance avec la NSA au centre, et leur réaction reste malgré tout furieuse et d’une intense frustration, d’être l’objets de surveillance et espionnage illégaux, intrusifs, sans aucun respect de la souveraineté et dans des conditions frisant la trahison des liens d’alliance, – et essentiellement sinon exclusivement parce que tout cela est étalé publiquement. D’un autre côté, ils sont les complices, voire les serviteurs inconditionnels du Système et ses obligés bien sûr, et ils jugent leurs destins liés au sien. Par conséquent, il doit leur apparaître également impératif de tout faire pour assurer sa protection au niveau d’un de ses composants essentiels, y compris les actes les plus illégaux. Dans ce cas, la frustration d’être la victime des actes de surveillance du monstre est complétée d’une façon horriblement antagoniste par la panique communicative de la psychologie du monstre devant de prétendues “menaces” contre l’intégrité de sa puissance, – et cette panique finissant par transformer ses “prétendues menaces“ en menaces effectives, selon l’habituel évolution dynamique de la surpuissance en autodestruction.

Traductions des parties en Anglais : Dominique Muselet



Edité par T 34 - 12 Jul 2013 à 18:53
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Jul 2013 à 00:36
Débat Sortons de l'euro et de l'UE!
 
Assises du Communisme 2013
 

Le débat sur la sortie de l'U.E. s'est tenu lors de la deuxième journée des Assises du Communisme. Ces Assises ont regroupé de nombreuses organisations communistes dans et hors du PCF, dans et hors du Front de Gauche, réunis sur le site de l'usine Fralib de Gémenos (13), lieu symbolique de la lutte des classes en France ces dernières années.

Le débat était animé par William Roger (Coordination Communiste - Front de Gauche / RCC). Sont intervenus successivement Jacques Nikonoff (M'Pep), Pierre Levy (journal Bastille République Nation), et George Gastaud (PRCF)

 
 

Faut-il sortir de l'Euro ? JL Mélenchon et Jacques Sapir en débattent


Edité par T 34 - 19 Jul 2013 à 00:38
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Jul 2013 à 19:23

Le banquet des vautours est servi

 
La Cour de Strasbourg condamne l’État portugais à indemniser des latifundistes expropriés par la réforme agraire de la Révolution des Œillets
 

Pedro da Nóbrega

Une récente décision de l’auto-proclamée Cour Européenne des Droits de l'Homme (aussi appelée Cour de Strasbourg) m’a interpellé. Elle condamnait l’État portugais à verser environ 1,5 millions d’€ à titre d’indemnisation à des grands propriétaires terriens expropriés lors de la réforme agraire qui s’est déroulée en 1975 au cours de la Révolution des Œillets. Cette ultime décision élève le montant des indemnisations versées depuis 2000 aux grands propriétaires terriens à plus de 10 millions d’€ auxquels il convient d’ajouter les indemnisations antérieures déjà accordées à ces mêmes propriétaires par l’État portugais ainsi que la dévolution des terres dans le cadre du démantèlement de cette réforme agraire poursuivi avec méthode et constance tant par les gouvernements du PS que par ceux de la droite PSD/CDS depuis 1976.

Ce qui de l’avis des spécialistes ferait monter l’addition à un total de 240 millions d’€ cumulés sachant qu’il reste encore une douzaine de cas en instance à la Cour de Strasbourg.

Des décisions que ne risque pas de contester l’actuel gouvernement portugais, héritier politique de ceux qui ont combattu avec acharnement la Révolution libératrice de 1975 et ses grandes réalisations sociales dont la réforme agraire. Un exécutif d’abord mobilisé pour appliquer avec un zèle servile les consignes d’austérité dictées par la Troïka (Commission Européenne, Banque Centrale Européenne et Fonds Monétaire International) malgré la contestation qui grandit chaque jour. Quitte à saigner à blanc son peuple comme en témoignent tous les indicateurs sociaux, avec une explosion du chômage et de la précarité, en particulier chez les jeunes, une misère qui s’étend comme le montrent les derniers chiffres relatifs à la consommation des ménages : ceux-ci indiquent une forte baisse dans les achats de produits alimentaires de base, notamment la « trilogie de la survie » pendant des décennies de fascisme – l’huile d’olive (-25,7%), le pain (environ - 9%) et le riz (-3,2%) – mais aussi les fruits et la farine.

Pour ce qui est de la réforme agraire réalisée en 1975, il est utile d’en resituer le contexte économique et social. D’abord parce que les expropriations dont il est question plus haut ont touché la zone latifundiaire située essentiellement au sud du Tage dans les régions du Ribatejo et surtout de l’Alentejo et n’ont donc concerné que de très grandes propriétés terriennes à l’échelle du Portugal dépassant parfois les vingt mille hectares, et pas toutes les petites et moyennes propriétés situées au nord du Tage.

Dans ces zones concernées par la réforme agraire, 1064 exploitations de plus de 500 ha, soit à peine 0,68 % sur un total de 166 811 exploitations détenaient 1 413 311 ha, soit 49,6% de la superficie totale. Des terres en grande partie sous-exploitées et même laissées en friche par les grands propriétaires, avec un chômage de masse chez une population rurale composée en grande partie d’ouvriers agricoles surexploités contraints de vendre leurs bras à la journée. Ce qui explique que ces régions aient constitué des bastions de la résistance anti-fasciste qui ont payé un très lourd tribut à cette longue lutte vers la libération. Ce sont d’ailleurs ces populations rurales qui ont imposé sur le terrain la réforme agraire avant qu’elle ne trouve une traduction législative après les évènements du 11 mars 1975. Rappelons également que le premier mot d’ordre de cette bataille n’était pas l’appropriation des terres mais le droit de travailler des terres qui devaient redevenir un patrimoine commun : « La terre à qui la travaille » signifiait le droit de cultiver la terre et d’en gérer la production. Et les résultats auront été éloquents :

Sur plus de 1 million 100 mille hectares de terre occupées, des milliers d’hectares en friche ou à l’abandon ont été débroussaillés, terrassés, valorisés avec une augmentation significative des terres cultivées. Les zones de culture du blé sont passées de 407 000 à 517 000 ha, celles d’avoine ont augmenté de 12%, celles d’orge de 34% ! La productivité à l’hectare a fait un bond considérable de 20% pour le blé, 40% pour l’avoine et 39% pour l’orge. Les productions d’huile d’olive, de riz, de tomate et autres cultures maraichères ont connu un essor significatif. Le cheptel notamment bovin a aussi grandement augmenté sans parler d’une mécanisation où l’équipement a été presque triplé et où des investissements considérables ont été réalisés dans les infrastructures.

La réforme agraire aura permis de mettre fin à un chômage endémique en créant plus de 50 000 emplois et d’améliorer notablement les conditions de vie d’une population ayant souffert de misère chronique pendant des décennies. Elle aura aussi grandement contribué au développement des ces régions reléguées pendant si longtemps, par la construction de routes, de logements, de services publics de proximité, des équipements de santé, d’éducation, crèches et maisons de retraites.
 
Mais plus encore que ces considérables avancées, la plus belle des conquêtes de ce mouvement aura été celle de la dignité retrouvée d’un peuple si longtemps méprisé, piétiné et opprimé.
 



Passage de la Réforme Agraire, Setubal
 

Aujourd’hui, alors que la situation économique et sociale est revenue peu ou prou à ce qu’elle était à l’époque de la dictature, est-ce donc cette si précieuse conquête que les instances européennes cherchent encore à faire payer au peuple portugais ? La frayeur rétrospective des possédants d’avoir vu leur droit divin contesté ? Celle d’avoir fait la preuve qu’un peuple qui s’émancipe est source de richesse et de progrès ? À combien ces instances estiment-elles le prix de cette dignité reconstruite, de la contribution à la richesse et au développement du pays du peuple portugais et l’indemnisation qui devrait en découler ? Et ceux-là osent encore parler de la dette du peuple portugais ?
 
Si la dictature d’aujourd’hui a délaissé, pour l’instant, les bottes pour les cols blancs de la finance, le génocide social en cours au Portugal comme dans d’autres pays de l’Union Européenne montre bien que la nature prédatrice du capitalisme lui est consubstantielle et que prétendre le réguler ou le moraliser relève de l’illusion ou de l’escroquerie. Où est la légitimité démocratique d’institutions qui avalisent de tels crimes sociaux et qui érigent l’injustice sociale comme horizon indépassable de la société humaine ? Celles qui prétendent en plus se présenter en donneur de leçons universelles en matière de droits humains ? La démocratie qu’ils invoquent n’est qu’un trompe-l’œil destiné à masquer leurs turpitudes et leur insatiable voracité.
 
Depuis quand les vautours donnent-ils des leçons de savoir-vivre ?
 
 
Date de parution de l'article original: 19/07/2013
 

 


Edité par T 34 - 22 Jul 2013 à 01:05
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 30 Jul 2013 à 16:38

En Europe, l’austérité fait exploser la pauvreté

La Confédération européenne des syndicats (CES) tire la sonnette d’alarme sur la responsabilité des politiques de rigueur budgétaire sur la baisse des salaires, le chômage de masse et l’explosion 
de la pauvreté.

L’Institut syndical européen (Etui) a dévoilé, hier, une série d’infographies représentant les évolutions salariales dans l’Union européenne entre 2000 et  2012. Les résultats sont sans appel. Les pays touchés par les politiques d’austérité sont aussi ceux dont les salaires ont le plus chuté. En première ligne, la Grèce, avec une perte de salaire vertigineuse de 4,88 % entre 2009 et 2012. Idem au Portugal, où la baisse est de 1,6 %. L’Espagne et l’Italie ne sont pas loin derrière, avec respectivement, un abaissement de 0,45 % et 0,56 %. La France se maintient avec un léger bond de 0,7 %. La diminution des salaires entraîne dans sa chute les rémunérations horaires. Par exemple, en Grèce, en 2012, le salaire horaire minimum décroît de 24,3 %. Alors que les salaires plongent, ouvrant la porte à une plus grande pauvreté et exclusion sociale, tout en freinant la consommation, le chômage flambe. En Grèce, les personnes sans emploi représentaient 7,7 % de la population active en 2008 contre 24,3 % 2012, dont 57,2 % sont des chômeurs de longue durée. La même tendance s’observe au Portugal. En 2008, le chômage était de 8,5 %, quatre ans plus tard, il plafonne à 15,9 %. L’Hexagone n’est pas en reste avec un passage de 7,8 % de la population active en 2008 à 10,3 % en 2012. Au total, 26,5 millions de personnes sont privées d’emplois sur le Vieux Continent.

Pas de doute, pour Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), « les salaires sont la première cible des mesures d’austérité partout en Europe, ils sont devenus l’instrument clé du mécanisme d’ajustement d’une politique de dévaluation interne ». Résultat, dans ces pays où les salaires dégringolent, la pauvreté a grimpé. En 2011, 31 % de la population risquait de tomber dans une grande précarité en Grèce et 24,4 % au Portugal. En France, pas moins de 19,3 % des habitants sont concernés. Les richesses produites par les États sont aussi en berne. Alors que la rigueur est censée restaurer la confiance des marchés financiers et la compétitivité des pays, la richesse produite par État, au contraire, s’effondre. En Grèce, le produit intérieur brut (PIB) baisse de 6,4 % rien qu’en 2012.

Bernadette Ségol observe que « cette tendance (des politiques d’austérité – NDLR) n’a pas résolu les problèmes de compétitivité, en particulier dans les pays soumis à un plan de sauvetage financier. Cela a, au contraire, aggravé les problèmes existants en affectant les plus vulnérables ».

Ces politiques drastiques ont entraîné l’Europe dans une spirale, aggravant la crise économique et sociale. La CES met en garde les dirigeants européens : « Dix mois avant les élections européennes, chômage de masse et politiques de réduction des salaires constituent un cocktail dangereux qui nuit au soutien des citoyens pour le projet européen (…) Un changement de cap s’impose d’urgence pour restaurer la confiance et la croissance. » D’autant que le dogme de l’austérité commence à être sérieusement remis en cause. En avril, une étude avait démontré que les calculs des économistes de Harvard, théoriciens de la rigueur budgétaire, étaient erronés. Contrairement à leurs analyses fumeuses, une dette publique de plus de 90 % du PIB ne conduit pas automatiquement à la récession. Certains pays, comme les Pays-Bas, ont déjà retenu la leçon, en mettant en place des politiques de relance. Pendant que la plupart des pays d’Europe s’enfoncent toujours dans la rigueur.

En France, le chômage explose. Le taux de chômage a continué d’augmenter en juillet, pour le 26e mois consécutif. La CGT réaffirme que « la relance de l’économie passe par une relance de la consommation, qui permettra de faire repartir la croissance, et donc l’emploi ». Le syndicat, qui impute « les premières causes du chômage aux fins de CDD et aux ruptures conventionnelles qui ont explosé depuis leur création, en 2008 », en appelle à « mettre fin à la politique d’austérité ». « Il faut faire reculer la précarité, conditionner les aides aux entreprises et créer une vraie sécurité sociale professionnelle ».

Cécile Rousseau



Edité par T 34 - 30 Jul 2013 à 16:41
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Aug 2013 à 20:09

Bruxelles impose le retour de Diane 35

Cette pilule contraceptive, suspendue en France pour des risques de thromboses, va revenir sur le marché. À la grande joie des labos.

La Commission européenne a imposé mardi à la France de réintroduire sur le marché français le médicament Diane 35. Bien qu’étant destinée à traiter l’acné, cette molécule était largement prescrite comme pilule contraceptive. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait décidé en janvier de suspendre sa commercialisation, de même que les génériques équivalents. Elle avait été retirée du marché en mai en raison de risque de « thromboembolie », qui correspond à la formation de caillots sanguins pouvant boucher un vaisseau irriguant les poumons. Seulement voilà, cette décision a suscité une levée de boucliers du CMDh, l’organisme européen regroupant les agences nationales de médicaments des États membres qui a jugé ce retrait excessif. Un avis suivi par le Comité européen d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (Prac). Le « rapport bénéfice/risque de ce médicament est favorable », ont estimé les autorités européennes, pour le plus grand bonheur de Bayer, labo qui commercialise Diane 35.

Au risque d’être pénalisée, l’ANSM n’a pas d’autres choix que de se conformer à l’avis de la Commission et de collaborer avec le laboratoire Bayer pour réintroduire le produit sur le marché français.

Pour faire passer la pilule, Bruxelles a toutefois décidé de restreindre les prescriptions de ce médicament et d’imposer une meilleure information sur ses contre-indications. Le médicament ne doit pas être prescrit auprès de patientes ayant des antécédents ou une prédisposition à la thrombose veineuse. Dans le cas du traitement contre l’acné, elle ne sera prescrite qu’en dernier recours.

Pour Danielle Gaudry, gynécologue et membre du bureau national du Planning familial, la réintroduction de Diane est un soulagement : « Son retrait du marché était un problème pour les femmes qui avaient besoin d’un contraceptif capable de traiter l’acné efficacement. Certaines femmes allaient même acheter le produit dans d’autres pays de l’UE et manquaient donc de suivi médical. »

Manon Barthod

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Aug 2013 à 17:38

Contre une austérité à perpétuité sortir de l’euro.
Mais comment ?

par Frédéric Lordon * 

« En fait, nous sommes déjà sortis de la zone euro », a admis M Nicos Anastasiades, président de Chypre, un pays où les billets n’ont plus la même valeur qu’en Grèce ou en Allemagne. L’explosion de la monnaie unique aurait-elle commencé ? Contre le scénario du chaos, l’idée d’une sortie de l’euro concertée et organisée fait son chemin.

Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austé¬ritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme.

Majeure : l’euro actuel procède d’une construction qui a eu pour effet, et même pour intention, de donner toute satisfaction aux marchés de capitaux et d’organiser leur emprise sur les politiques économiques européennes [1]. Mineure : tout projet de transformation significative de l’euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés financiers et d’expulsion des investisseurs internationaux du champ de la construction des politiques publiques. Ergo, conclusions :

- 1. Jamais les marchés ne laisseront s’élaborer tranquillement, sous leurs yeux, un projet qui a pour évidente finalité de leur retirer leur pouvoir disciplinaire ;

- 2. Sitôt qu’un tel projet commencerait d’acquérir un tant soit peu de consistance politique et de chances d’être mis en œuvre, il se heurterait à un déchaînement de spéculation et à une crise de marché aiguë qui réduiraient à rien le temps d’institutionnalisation d’une construction monétaire alternative, et dont la seule issue, à chaud, serait le retour aux monnaies nationales.

La gauche-qui-continue-d’y-croire n’a donc le choix qu’entre l’impuissance indéfinie... ou bien l’advenue de cela même qu’elle prétend vouloir éviter (le retour aux monnaies nationales), sitôt que son projet de transformation de l’euro commencerait à être pris au sérieux !

Encore faut-il s’entendre sur ce que veut dire ici « la gauche » : certainement pas le Parti socialiste (PS), qui n’entre¬tient plus avec l’idée de gauche que des rapports d’inertie nominale, ni la masse indifférenciée de l’européisme, qui, silencieuse ou béate pendant deux décennies, vient de découvrir les tares de son objet chéri et réalise, effarée, qu’il pourrait bien partir en morceaux.

Mais l’on ne rattrape pas en un instant une aussi longue période de sommeil intellectuel bienheureux. Aussi le concours aux planches de salut s’est-il ouvert avec la douceur d’un réveil en pleine nuit, dans un mélange de légère panique et de totale impréparation.

En vérité, les pauvres idées auxquelles l’européisme raccroche ses derniers espoirs ne sont plus que des mots creux : euro-obligations (ou eurobonds) (lire ci-dessous), « gouvernement économique » ou, encore mieux, « saut démocratique » — façon François Hollande-Angela Merkel, on voit d’ici l’hymne à la joie —, solutions de carton pour une pensée Potemkine qui, n’ayant jamais rien voulu interroger, risque de ne jamais rien comprendre. Peut-être, d’ailleurs, s’agit-il moins de comprendre que d’admettre. Admettre enfin la singularité de la construction européenne comme gigantesque opération de soustraction politique.

Eurobonds

Les euro-obligations (eurobonds) consistent en une mutualisation des dettes publiques de la zone euro. Par exemple, les dettes souveraines, à hauteur de 60 % du produit intérieur brut (PIE) des Etats membres, seraient considérées comme de la dette européenne indifférenciée, dont tous les Etats membres seraient solidairement responsables. Si un pays venait à faire défaut, ce sont les autres qui se porteraient garants. Dans d’autres propositions, ce sont les dettes souveraines au-dessus de 60 % qui seraient mutualisées. C’est bien sûr au-dessus de 60 % que l’effet de garantie est le plus utile... mais c’est là aussi qu’il risque le plus d’être sollicité. F. L.

Mais que s’agissait-il de soustraire, au juste ? Ni plus ni moins que la souveraineté populaire. La gauche de droite, comme par hasard européiste forcenée, se reconnaît entre autres à ceci qu’elle a les oreilles qui saignent quand elle entend le mot de souveraineté, immédiatement disqualifié en « isme » : souverainisme. La chose étrange est qu’il ne vient pas un instant à l’esprit de cette « gauche »-là que « souveraineté », d’abord comprise comme souveraineté du peuple, n’est que l’autre nom de la démocratie même. Serait-ce que, disant « démocratie », ces gens-là auraient tout autre chose en tête ?

Par une sorte d’aveu involontaire, en tout cas, le refus de la souveraineté est bel et bien le déni de la démocratie en Europe. « Repli national » est alors le mot-épouvantail destiné à faire oublier cette légère absence. On fait grand bruit d’un Front national à 25 %, mais sans jamais vouloir se demander si ce niveau — en effet alarmant ! — n’aurait pas quelque chose à voir, et même d’assez près, avec la destruction de la souveraineté, non comme exaltation mystique de la nation, mais comme capacité des peuples à maîtriser leur destin.

Que reste-t-il en effet de cette capacité dans une construction qui a fait le choix délibéré de neutraliser par voie constitu¬tionnelle les politiques économiques — budgétaires et monétaire — en les soumettant à des règles de conduite automatique inscrites dans des traités ? Les défenseurs du « oui » au traité constitu¬tionnel européen (TCE) de 2005 avaient feint de ne pas voir que l’argument central du « non » résidait dans la partie III, certes acquise depuis Maastricht (1992), Amster¬dam (1997) et Nice (2001), mais répétant au travers de toutes ces confirmations le scandale intrinsèque de la soustraction des politiques publiques au critère central de la démocratie : l’exigence de remise en jeu et de réversibilité permanentes.

Car il n’y a plus rien à remettre en jeu, ni même à discuter, lorsqu’on a fait le choix de tout écrire une fois pour toutes dans des traités inamovibles. Politique monétaire, maniement de l’instrument budgétaire, niveau d’endettement public, formes du financement des déficits : tous ces leviers fondamentaux ont été figés dans le marbre. Comment pourrait-on discuter du niveau d’inflation désiré quand celui-ci a été remis à une banque centrale indépendante et coupée de tout ? Comment pourrait-on délibérer d’une politique budgétaire quand son solde structurel est prédéterminé (« règle d’or ») et son solde courant plafonné ? Comment décider d’une répudiation de dette lorsque les Etats ne peuvent plus se financer que sur les marchés de capitaux ?

Faute d’apporter la moindre réponse à ces questions, ou plutôt par l’approbation implicite qu’elles donnent à cet état de choses constitutionnel, les indigentes trouvailles du concours Lépine européiste sont vouées à systématiquement passer à côté du problème central.

On se demande ainsi quel sens pourrait avoir l’idée de « gouvernement écono-mique » de la zone euro, cette baudruche agitée depuis vingt ans par le PS, quand, précisément, il n’y a plus rien à gouverner, toute la matière gouvernable ayant été dérobée à une délibération gouvernante pour être enfermée dans les traités.

Sous des dehors de grand bond en avant par la sophistication financière, renouant d’ailleurs en cela avec la stratégie européenne de l’engrenage « technique », les euro-obligations, pour leur part, n’ont aucune des, propriétés qu’imaginent leurs concepteurs. L’Allemagne, qui jouit des taux d’intérêt les plus bas lorsqu’elle emprunte sur les marchés, voit très bien ce qu’il lui en coûterait de faire signature commune avec les pouilleux du Sud. En accepterait-elle le prix, au nom de l’idéal. européen-à-faire-progresser, qu’elle ne manquerait pas de demander, en contre¬partie de son engagement à la mutualisation financière, un surplus draconien de surveillance et d’ingérence dans les politiques économiques nationales — exactement de la même manière qu’elle a contraint ,ces politiques, à travers les traités et les pactes, au moment d’entrer dans la mutualisation monétaire.

La passion des œillères

C’est dire que, loin d’alléger si peu que ce soit les tares politiques de la construction présente, les euro-obligations leur feraient connaître au contraire un degré d’aggravation inédit. Qui peut imaginer un seul instant que l’Allemagne consentirait à entrer dans le mécanisme de solidarité financière d’une dette mutualisée, c’est-à-dire à être mécaniquement contrainte de payer en cas de défaut d’une des composantes, sans exiger, par le truchement d’une Commission renforcée, un droit de regard drastique et permanent, additionné d’une procédure de mise sous tutelle au moindre écart de l’un des « partenaires » ? Le durcissement des contraintes de pilotage automatique et des formes de « trollcation » généralisée — mise sous tutelle des Etats par la Commission, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international — sont le seul résultat escomptable des euro-obligations. Soit l’exact approfondissement de la crise politique où l’Europe est déjà en train de sombrer...

Dans cette affaire, c’est l’Allemagne qui est au principe de la dépossession généralisée de souveraineté, seule solution admissible à ses yeux quand il s’agit de partager un destin économique et surtout monétaire avec d’autres, dont elle juge qu’ils ne peuvent exercer leur souveraineté que pour le pire. Alors, neutralisation générale ! Ne reste vivace que... la souveraineté allemande, qui s’est transportée telle quelle dans les institutions économiques et monétaires européennes.

Les cris d’épouvante qui accueillent toute mise en cause de l’Allemagne se succèdent alors avec une telle stéréotypie qu’ils finissent par en dire plus long sur ceux qui les émettent que sur l’objet dont il est question. Comme dans les formes inverties de racisme qui croient se dénier elles-mêmes en professant des amitiés trop bruyantes pour être honnêtes, il se pourrait que les plus travaillés par la question allemande soient ceux qui clament spontanément leur germanomanie comme refus de toute analyse.

A égale distance des pôles opposés de la philie et de la phobie, où l’on est bien certain qu’aucune intelligence ne peut prospérer, il y a place pour l’analyse objective des complexions structurelles, des héritages historiques, et des rapports de compatibilité ou d’incompatibilité qui en résultent quand il s’agit de faire vivre ensemble des pays différents à un degré un peu poussé d’intégration. En l’occurrence, il faut vraiment avoir la passion des œillères pour ne pas voir que l’Allemagne s’est fabriqué une croyance autour de la monnaie, qui l’érige en enjeu si élevé que la moindre concession en cette matière lui est simple¬ment impossible. Si elle a accepté d’entrer dans l’euro, ce n’était qu’à la condition sine qua non de pouvoir dicter à la monnaie européenne son architecture institutionnelle, décalquée sur la sienne propre.

Que l’Allemagne se soit perdue dans l’idée (fausse) que son hyperinflation de 1923 a été l’antichambre du nazisme, quand la déflation de 1931 l’a été bien plus probablement, la chose n’a aucune importance : elle y croit, et elle agit conformément à cette croyance. Nul ne peut lui reprocher d’avoir l’histoire qu’elle a, ni d’adhérer aux récits qu’elle s’en est donnés. Nul ne peut lui reprocher d’en avoir conçu une vision singulière de ce que doit être un ordre monétaire, et de refuser d’entrer dans un ordre qui en différerait. Mais l’on peut assurément reprocher à Berlin d’imposer ses idées fixes à tous ! Et s’il est parfaitement légitime de laisser l’Allemagne poursuivre ses obsessions monétaires, il est tout aussi légitime de ne pas désirer les poursuivre avec elle. Particulièrement quand ces principes monétaires ne conviennent pas aux structures économiques et sociales des autres pays, et, en l’occurrence, en conduisent quelques-uns au désastre.

Car certains Etats membres ont besoin de dévaluation ; certains, de laisser se creuser les déficits ; certains, de répudier une partie de leur dette ; d’autres, d’inflation. Et tous ont surtout besoin que ces choses-là redeviennent des objets possibles de délibération démocratique ! Mais les principes allemands, inscrits dans les traités, l’interdisent...

Qu’il n’y ait pas lieu de placer ses espoirs dans le « saut démocratique » proposé par M. Hollande et Mme Merkel est sans doute un euphémisme. La réactivation d’un projet fédéraliste demeure de toute façon un horizon des plus flous tant qu’on n’a pas dit en quoi il consisterait, et qu’on ne s’est pas donné la peine d’en examiner les conditions de possibilité. Il faudrait d’abord demander aux partisans de l’avancée fédéraliste de nous figurer le miracle qui conduirait l’Allemagne à accepter que réintègrent le cercle de la délibération démocratique toutes ces questions qu’elle s’est méthodiquement efforcée d’en exclure ; puis leur demander s’ils estiment qu’un fédéralisme toujours constitutionnellement interdit de débattre de ces questions demeurerait à leurs yeux un « saut démocratique » [2].

Pour le plaisir de l’expérience de pensée, accordons-leur cependant l’hypothèse d’une démocratie européenne fédérale tout armée, avec un pouvoir législatif européen digne de ce nom, évidemment bicaméral, doté de la plénitude de ses prérogatives, élu au suffrage universel, comme l’exécutif européen (dont on ne sait d’ailleurs la forme qu’il pourrait prendre). La question qu’on poserait à tous ceux qui rêvent ainsi de « changer d’Europe pour surmonter la crise  [3] » serait alors la suivante : imaginent-ils l’Allemagne se plier à la loi de la majorité européenne si d’aventure le Parlement souverain venait à décider la reprise en main de la BCE, la possibilité du financement monétaire des Etats ou bien le déplafonnement des déficits budgétaires ? Pour la généralité de l’argument, on ajoutera que la réponse – évidemment négative – serait la même, en l’occurrence on l’espère !, si cette même loi de la majorité européenne venait imposer à la France la privatisation intégrale de la Sécurité sociale. Au fait, que n’aurait-on entendu si la France avait imposé à l’Europe sa forme à elle de Sécu, comme l’Allemagne a imposé son ordre monétaire, et si, comme cette dernière, elle en avait fait un point d’ultimatum ?...

Il faudra donc que les ingénieurs du fédéralisme finissent par apercevoir que les institutions formelles de la démocratie n’en épuisent nullement le concept, et qu’il n’est pas de démocratie vivante, ni possible, sans un arrière-plan de sentiments collectifs seul à même de faire consentir les minoritaires à la loi de la majorité ; car, à la fin des fins, la démocratie, c’est ça : la délibération plus la loi de la majorité. Mais c’est bien là le genre de choses que les hauts fonctionnaires ¬ou les économistes – dépourvus de toute culture politique, et qui forment pourtant l’essentiel des personnels politiques nationaux et européens, sont incapables de voir. Cette insuffisance intellectuelle nous vaut régulièrement de ces monstres institutionnels ignorants du principe de souveraineté, le « saut démocratique » s’annonçant déjà totalement inconscient des conditions de possibilité passionnelles de la démocratie, et de la difficulté d’y satisfaire dans un cadre plurinational.

Une fois rappelé que le retour aux monnaies nationales, lui, les remplit toutes, et demeure techniquement praticable pour peu qu’il s’accompagne de toutes les mesures latérales ad hoc (notamment de contrôle des capitaux [4]), on peut ne pas complètement abandonner l’idée de faire quelque chose en Europe. Pas une monnaie unique, puisque celle-ci suppose une construction politique authentique, pour l’heure hors de portée. Une monnaie commune, en revanche, cela s’étudie ! D’autant plus que les bons arguments d’une forme d’européanisation demeurent, sous réserve bien sûr que les inconvénients ne l’emportent pas sur les avantages...

Or cette balance redevient enfin favorable si, en lieu et place d’une monnaie unique, on pense à une monnaie commune, c’est-à-dire à un euro doté de représentants nationaux : des euro-francs, des euro-pesetas, etc. Ces dénominations nationales de l’euro ne sont pas directement convertibles à l’extérieur (en dollars, en yuans, etc.), ni entre elles. Toutes les convertibilités, externes et internes, passent par une nouvelle BCE, qui fait office en quelque sorte de bureau de change (lire ci-dessous), mais est privée de tout pouvoir de politique monétaire. Celui-ci est rendu à des banques centrales nationales dont il appartiendra aux gouvernements de juger s’ils entendent en reprendre les rênes ou non.

« Convertibilité, mode d’emploi »

Une entreprise espagnole devant payer un contrat à une entreprise française devrait s’adresser à la Banque centrale européenne (BCE) - à son réseau d’agences, ou aux banques ordinaires qui agiraient pour son compte dans la fonction de change - pour y transformer ses euro-pesetas en euro-francs au taux de change fixe en vigueur.

Une entreprise US devant régler un achat en France commencerait, elle, par acheter des euros contre des dollars sur les marchés de change externes et au taux (fluctuant) du moment, puis se présenterait à la BCE pour échanger ses euros contre des euro-francs (au taux fixe euros/euro-francs).

Si l’euro-franc dévalue de 5 % contre l’euro, toutes choses égales par ailleurs, il dévalue ipso facto de 5 % contre tous les euro-x et contre le dollar. Il en coûterait à une entreprise française 5 % d’euro¬francs de plus au change à la BCE pour obtenir des euros en vue de régler un même bien en euro-lires ou en dollars.

F. L.

La convertibilité externe, réservée à l’euro, s’effectue classiquement sur les marchés de change internationaux, donc à taux fluctuants, mais via la BCE, qui est le seul intervenant pour le compte des agents (publics et privés) européens. En revanche, la convertibilité interne, celle des représentants nationaux de l’euro entre eux, s’effectue au seul guichet de la BCE, et à des parités fixes, politiquement décidées.

Récupération de la souveraineté monétaire

Nous voilà donc débarrassés des marchés de change intraeuropéens, qui étaient le foyer de crises monétaires récurrentes à l’époque du système monétaire européen [5], et protégés des marchés de change extra-européens par l’intermédiaire du nouvel euro. C’est cette double propriété qui fait la force de la monnaie commune.

Le fantasme de la convergence « automatique » des économies européennes maintenant dissipé, nous savons que certaines économies ont besoin de dévaluer - à plus forte raison dans la crise présente ! Or le dispositif de convertibilité interne de la monnaie commune a l’immense vertu de rendre à nouveau possibles ces dévaluations, mais dans le calme. L’expérience des aimées 1980 et 1990 a suffisamment montré l’impossibilité d’ajustements de change ordonnés sous le déchaînement de marchés financiers entièrement libéralisés. Le calme interne d’une zone monétaire européenne débarrassée du fléau de ses marchés de change rend alors les dévaluations à des processus entièrement politiques, où il revient à la négociation interétatique de s’accorder sur une nouvelle grille de parités.

Et pas seulement les dévaluations ! Car l’ensemble pourrait être configuré à la manière de l’International Clearing Union proposée par John Maynard Keynes en 1944, qui, outre la possibilité de dévaluer offerte aux pays à forts déséquilibres extérieurs, prévoyait également de forcer à la réévaluation les pays à forts excédents. Dans un tel système, qui contraindrait à des réévaluations graduées au travers d’une série de seuils d’excédents (par exemple à 4 % du produit intérieur brut, puis 6 %), l’Allemagne aurait dû depuis longtemps accepter une appréciation de son euro¬mark, et par là soutenir la demande dans la zone euro, donc participer à la réduction de ses déséquilibres internes. Ainsi des règles d’ajustement de change viennent-elles suppléer dans la négociation le mauvais vouloir prévisible des pays excédentaires...

Le catéchisme néolibéral hurle « inefficacité » et « inflation » dès qu’il entend le mot « dévaluation ». Pour ce qui est de l’inefficacité, disons que l’esprit de conséquence n’est pas tout à fait son fort. Car la dévaluation, c’est ce qu’il ne cesse de préconiser lui-même ! A ceci près qu’il plaide pour la dévaluation interne, par les salaires - et le chômage, qui fait pression sur les salaires ! -, en lieu et place de la dévaluation externe, celle du taux de change. L’ajustement structurel plutôt que l’ajustement de parité des monnaies... S’ils venaient à sortir de l’euro pour refaire cavalier seul, les Allemands s’en apercevraient rapidement, qui verraient une décennie de restriction salariale annulée en deux journées de réévaluation du néodeutschemark...

Quant à l’inflation, qui demanderait de préférer le premier ajustement au second, c’est un ectoplasme dans une période qui est bien plutôt menacée par la déflation (la baisse du niveau général des prix), au moins aussi dangereuse, et qui appellerait en fait une reflation contrôlée, ne serait-ce que pour alléger le poids réel de la dette.

Mais cet effet d’allégement réel ne serait-il pas dominé par le renchérissement de notre dette externe du fait de la dévaluation même ? Dévaluer de 10 % contre le dollar, c’est, mécaniquement, alourdir de 10 % notre dette libellée en dollars. A ceci près que, comme l’a montré Jacques Sapir [6], 85 % de la dette française a été émise sous contrat de droit français et serait relibellée en euro-francs, par conséquent sans aucun effet à la suite d’une dévaluation.

L’enjeu d’une monnaie commune, en tout cas, va bien au-delà de la simple restauration des possibilités de la dévaluation, dont on peut à la fois dire qu’elle est, spécialement dans la période actuelle, un degré de liberté vital, mais certainement pas la solution universelle. Sortir de l’euro présent est bien moins une affaire de macroéconomie - c’en est une, assurément ! - que de conformation à l’impératif catégorique de la démocratie qui s’appelle « souveraineté populaire ».

Si les conditions de possibilité passionnelles de cette souveraineté populaire à l’échelle supranationale sont encore lointaines, alors le réalisme commande d’en rabattre sur l’« ambition européenne » ; ce qui ne signifie pas l’abandonner en tout. Elle devrait par exemple être poursuivie aussi vigoureusement que possible dans toutes les matières autres qu’économiques — ceci dit contre les imputations de « repli national ». Quant à l’ambition proprement économique, il s’agit aussi de savoir avec qui on la poursuit. Certainement pas à vingt-huit ou à dix-sept, grands nombres qu’on croirait faits exprès pour garantir le pire ! Ce sont les rapports objectifs de compatibilité qui décident, supposant une homogénéité minimale des formes de vie — les mêmes idées, ou des idées proches, en matière de modèle social, de préoccupation environnementale, etc. —, et un préaccord sur les grands principes de politique économique. Ces cohérences-là ne sont probablement, pour commencer, à la portée que d’un petit nombre d’Etats. Et il n’est pas faux qu’elles puissent parfois s’apprécier sur la base d’indicateurs de convergence... mais pas ceux du traité de Maastricht.

S’il s’agit par exemple de constituer un grand marché comme entité sous-jacente à la monnaie commune, on ne saurait y faire entrer que des économies ayant des modèles socioproductifs semblables et, corrélativement, des structures de coûts voisines. Ne seraient par conséquent admis dans cette nouvelle Europe économique et monétaire que des pays dont le salaire moyen ou minimum n’est pas inférieur à 75 % — ou quelque autre seuil à déterminer — de la moyenne des salaires moyens ou minimums des autres Etats membres. Et cette totale refonte de la construction européenne serait l’occasion d’en finir à la fois avec le délire de l’orthodoxie monétaire, financière, de l’ajustement structurel généralisé, et avec les malfaisances de la concurrence « non distordue », celle-là même qui s’accommode si bien de toutes les distorsions structurelles, sociales et environnementales, et qui se propose en réalité de les faire jouer avec la violence maximale.

C’est ici qu’on en revient au syllogisme de départ : l’idée de passer de l’euro actuel à un euro refait et progressiste est un songe creux. Par construction, s’il est progressiste, les marchés financiers, qui ont tout pouvoir actuellement, ne le lais¬seront pas advenir. L’alternative est donc la suivante : ou bien l’enlisement définitif dans un euro libéral marginalement modifié par des trouvailles de seconde zone comme le « gouvernement économique » ou les euro-obligations, emplâtres qui ne modifient en rien la logique profonde de la « soustraction démocratique » ; ou bien le choc frontal avec la finance, qui l’emportera à coup sûr... et par là même perdra tout, puisque sa « victoire » détruira l’euro et créera précisément les conditions d’une reconstruction d’où les marchés, cette fois, seront exclus !

Il est bien certain cependant que ce retour forcé aux monnaies nationales, sonnant comme un échec, aura des effets politiquement dépressifs qui pèseront un moment sur tout projet de relance européenne. C’est pourquoi, toutes choses égales par ailleurs, la probabilité d’une telle relance à terme dépend crucialement de la manière dont on sort de l’euro. Mettre de l’énergie politique européenne en réserve pour traverser la période des monnaies nationales suppose donc de prendre le parti de « tomber sur la monnaie commune », c’est-à-dire de provoquer la déflagration des marchés en annonçant ce projet-là, en le posant fermement comme l’horizon d’une volonté politique d’un certain nombre de pays européens, plutôt que de ne donner à cet affrontement que le débouché sans suite des monnaies nationales. Si donc on n’échappe pas au retour aux monnaies nationales, la manière d’y revenir détermine la possibilité d’en repartir !

En tout cas, sauf la grande anesthésie définitive dans l’euro antisocial, on y reviendra. C’est là la sanction d’une construction incapable d’évoluer pour s’être privée elle-même de tout degré de liberté. Les constructions ultrarigides n’ont le choix que de résister tant qu’elles n’ont pas à faire face à des chocs externes trop puissants, ou bien de rompre ; mais pas celui de s’ajuster.

S’en prendre au cœur de la construction

L’européisme protestera que son Europe aimée ne cesse au contraire de faire des progrès. Fonds européen de stabilité financière (FESF), mécanisme européen de stabilité (MES), rachat de dette souveraine par la BCE [7], union bancaire : autant d’avancées sans doute un peu douloureusement acquises, mais bien réelles ! Malheureusement, et sans surprise, aucune ne s’en prend au cœur même de la construction, ce noyau dur dont émanent tous les effets dépressionnaires et antidémocratiques : exposition des politiques économiques ;aux marchés financiers, banque centrale indépendante, obsession anti-inflationniste, ajustement automatique des déficits, refus d’envisager leur financement monétaire. Aussi les « avancées » demeurent-elles périphériques, rustines destinées à accommoder comme elles peuvent les plus désastreuses conséquences que le « cœur », granitique et sanctuarisé, ne cesse de produire.

Ravaudant les effets sans jamais vouloir s’en prendre aux causes, l’Europe, donc, persévère. Incapable de la moindre révision de fond, et inconsciente du fait que la rupture est le seul destin qu’elle se donne.

Frédérique Lordon pour Le Monde diplomatique.

Le Monde diplomatique N° 713, août 2013

* Frédéric Lordon est économiste, directeur de recherche au CNRS. Il est notamment l’auteur de «  Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières  », Raisons d’agir, octobre 2008 ; «  Conflits et pouvoirs dans les institutions du capitalisme  », Presses de Sciences Po, 2008 ; «  Et la vertu sauvera le monde  », Raisons d’agir, 2003 ; «  La politique du capital  », Odile Jacob, 2002.

Notes

[1] Lire François Denord et Antoine Schwartz, « Dès les années 1950, un parfum d’oligarchie », Le Monde diplomatique, juin 2009.

[2] Lire Serge Halimi, « Fédéralisme à marche forcée », Le Monde diplomatique, juillet 2012.

[3] Thomas Piketty, « Changer d’Europe pour surmonter la crise », Libération, Paris, 17 juin 2013.

[4] Par exemple en contingentant, voire en interdisant, certaines opérations financières.

[5] Le système monétaire européen (SME, 1979-1993) était un système de changes fixes, mais accompagnés d’une bande de fluctuation de plus ou moins 2,25 % autour des taux-pivots. C’est la difficulté de maintenir ces taux-pivots en présence de la liberté de mouvements de capitaux qui a conduit le SME à des crises à répétition.

[6] Jacques Sapir, « Quand la mauvaise foi remplace l’économie : le PCF et le mythe de ’l’autre euro », RussEurope, 16 juin 2013, russeurope.hypotheses.org

[7] Le FESF et le MES sont les deux fonds d’assistance aux pays endettés. L’Outright Monetary Trans¬actions(OMT) est un programme de la BCE de rachat de titres souverains.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Aug 2013 à 20:30

Tribune : le pacte transatlantique, le coup d’État néolibéral

Par Marc Delepouve, syndicaliste et universitaire. Le 8 juillet 2013, les négociations du pacte transatlantique ont été ouvertes. L’objectif est de parvenir à un accord de libéralisation accrue du commerce et des investissements entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis. La Commission européenne est chargée de mener ces négociations au nom de l’UE. Mi-juin, un mandat précisant cet objectif a été donné à la Commission par le Conseil des ministres des pays membres de l’UE en charge du Commerce extérieur.

Le 29 juillet dernier, dans une tribune publiée par le journal Libération, la ministre française du Commerce extérieur, Nicole Bricq, nous informe qu’elle a « demandé au commissaire en charge du Commerce, M. Karel De Gucht, de rendre public le mandat de négociation », ce qu’elle complète en précisant que « ce mandat est déjà disponible sur de nombreux sites Internet » en raison de « fuites » (1), alors même qu’à ce jour son propre ministère n’a toujours pas publié le document qu’elle a elle-même validé il y a maintenant près de deux mois. Peut-on s’étonner du double jeu de la ministre, sachant que, selon les « fuites » dont elle fait état, le mandat de la Commission déborde en réalité largement de la sphère économique et présente un important recul de la démocratie doublé d’une nouvelle menace sur les droits sociaux ?

Ainsi, le mandat de la Commission comporte la mise en place d’une nouvelle instance juridique internationale devant laquelle un État pourra attaquer un autre État, mais aussi et surtout devant laquelle un investisseur pourra directement attaquer un État, en particulier quand ce dernier aura mis en place des mesures pouvant réduire les profits de cet investisseur. Les entreprises et les États seraient alors mis sur un pied d’égalité et le capital juridiquement hissé au même niveau que la souveraineté démocratique.

Les droits sociaux sont dans la ligne de mire du pacte transatlantique. L’intensification du libre-échange et son extension à de nouveaux secteurs constituent le cœur du mandat de la Commission, avec pour conséquence l’aggravation des contraintes imposées par la compétitivité, et donc de la pression qui s’exerce sur les droits sociaux et les salaires. Cependant, le mandat précise que « le commerce et l’investissement direct étranger ne seront pas encouragés par l’abaissement de la législation en matière de travail ou de santé au travail ». Ce propos est en opposition frontale avec la politique socialement dévastatrice actuellement imposée à des pays tels que la Grèce, le Portugal ou la Hongrie (baisse de rémunération, augmentation du temps de travail, etc.). De plus, ce propos n’est guère qu’une caution politicienne irréaliste tant que, dans le contexte de libre-échange extrême, ne sont pas mises en place des politiques de solidarité en faveur des économies nationales en manque de compétitivité. De cette politique de solidarité, il n’est nullement question dans le mandat de la Commission. Enfin, il nous faut souligner l’uniformisation des normes sanitaires, environnementales et de sécurité que vise le mandat de la Commission, cela afin de favoriser les échanges et investissements transatlantiques. La politique des États-Unis en matière agroalimentaire (hormones, OGM…) et énergétique (gaz de schiste…) doit alerter.

L’ambition générale du pacte transatlantique, telle que définie par le mandat de juin, est d’accroître la soumission des institutions démocratiques de l’UE (LOL) et de ses États membres (idem outre-Atlantique) aux lois du marché et aux entreprises multinationales. La plupart des secteurs de la société en seront impactés. Le coup d’État et la transformation de la société que le néolibéralisme opère par vagues successives depuis trois décennies franchiraient une étape majeure, au bénéfice des entreprises multinationales, de leurs dirigeants et de leurs principaux actionnaires. Le pacte transatlantique est la tentative d’un nouveau coup de force néolibéral. Sera-t-il la tentative de trop ? Celle qui enclenchera, en Europe, un rassemblement et un développement des forces attachées à la démocratie, au progrès social et à la défense de l’environnement ?

Marc Delepouve

Le pacte transatlantique, le coup d’État néolibéral


Edité par T 34 - 12 Aug 2013 à 16:33
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Un nouveau pas vers l’hiver de la démocratie

par Pascal de Lima, économiste, enseignant à Sciences-Po paris, et Gwenaël Le Sausse, étudiant à Sciences-Po paris.

Le 1er janvier 2014, la Lettonie deviendra le 18e État membre de la zone euro, contre la volonté des Lettons eux-mêmes. Ils ne seraient en effet que 10 % à être favorables à une entrée immédiate du pays dans l’euroland ! Certes, il est possible que l’adoption de la monnaie unique encourage les investissements européens dans le pays, comme ce fut le cas pour l’Estonie voisine depuis 2011. Cela vaut-il vraiment la forte inflation que connaît actuellement l’Estonie ? Le président de l’Association des économistes lettons, Ivar Brivers, prévient, à la radio Baltcom, que « toutes les déclarations affirmant que le passage à l’euro sera bénéfique pour la Lettonie sont mensongères ».

De toute manière, les objectifs véritables des autorités lettones et européennes ne sont pas tant économiques que politiques. À Riga, il s’agit d’arrimer définitivement l’ancienne République socialiste soviétique à l’Europe occidentale. À Bruxelles, le symbole de l’entrée dans la zone euro d’une nouvelle économie, si petite soit-elle, est le bienvenu pour faire passer le message que l’euro est toujours une monnaie attractive.

En réalité, l’adoption de l’euro par la Lettonie est révélatrice d’un retournement politique européen vieux de quarante ans, qui s’est accéléré sous l’effet de la crise. Souvenons-nous. En 2009, les Irlandais durent réorganiser un référendum sur le traité de Lisbonne de manière à ce que Bruxelles obtienne un oui refusé en 2008. Suite à leur rejet de la constitution européenne de 2005, les peuples français et hollandais ont alors vécu l’adoption de ce traité comme un camouflet antidémocratique. Pire, depuis le début de la crise des dettes souveraines européennes, la troïka ignore les protestations de désespoir de millions de Grecs, d’Espagnols ou encore de Portugais, qui défilent tous les jours dans les rues pour dénoncer le saccage de leurs économies et de leurs sociétés.

En parallèle, Bruxelles dénonce la solution de sortie de crise, efficace et soucieuse de la souveraineté nationale, choisie par l’Islande. L’Europe préfère imposer en Italie un technocrate, ancien banquier de Goldman Sachs, Mario Monti, pour le charger du sale boulot de casse sociale. D’ailleurs, les Italiens ont rejeté massivement cette pratique en ne lui accordant que 10 % des suffrages aux législatives de février 2013. Cela n’empêche pas Bruxelles, le mois suivant, d’imposer une taxation forte des dépôts bancaires chypriotes, y compris ceux inférieurs à 100 000 euros, censés être garantis.

Dès lors, comment donner tort à Leonidas Chrysanthopoulos, ancien directeur général des affaires européennes du ministère grec des Affaires étrangères, lorsqu’il s’exclamait en mars dernier : « L’Union européenne se fout de la démocratie ! » ? Ce n’est plus un hiver démocratique, c’est un froid sibérien !

Terrible constat en effet que celui qui veut qu’en l’espace d’un siècle et demi, le continent européen soit passé du printemps des peuples, expression des aspirations démocratiques, à « l’hiver de la démocratie », selon le terme de Guy Hermet, dans l’Hiver de la démocratie ou le nouveau régime… Le système démocratique le plus abouti à ce jour, l’État providence dans le cadre de l’État-nation, né de la rencontre des droits civils et politiques acquis aux XVIIIe et XIXe siècles et des droits sociaux et économiques du XXe siècle, serait épuisé et laisserait la place, en Europe plus qu’ailleurs, à une post-démocratie faite, d’une part, d’une gouvernance technocratique hors du contrôle des citoyens et, d’autre part, d’une démagogie des hommes politiques qui font croire que le pouvoir réel est encore entre leurs mains et qui s’agitent en période électorale en faisant des promesses qui ne seront, pour la plupart d’entre elles, jamais tenues. Cette démagogie, ce populisme nouveau, aurait alors pour fonction de mieux faire accepter aux peuples la gouvernance technocratique en lui donnant l’illusion de reprendre le pouvoir à intervalles réguliers.

Un vent polaire a soufflé sur le projet, initialement superbe, d’une Europe de la paix, de la démocratie, du progrès et de la prospérité, pour en faire un instrument de domination, dans les mains d’intérêts privés, qui ne se cachent plus pour fouler du pied les aspirations populaires. À Riga, les dés sont déjà jetés et l’euro sera adopté sans référendum. Amis lettons, bienvenue dans notre enfer de glace, semblable à celui de Dante, sur la porte duquel était inscrit : « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance »… démocratique !


Sobre los que equiparan fascismo y comunismo (cita de Thomas Mann)

 

 
 


Edité par T 34 - 13 Aug 2013 à 22:16
Patria socialismo o muerte

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prodibertinotti.jpg

La participation des partis communistes au gouvernement : une façon de sortir de la crise capitaliste?

 

Par Herwig Lerouge, pour le numéro 100 d'Etudes marxistes (revue théorique du Parti du travail de Belgique) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Au cours des dernières années, la possibilité de participation au gouvernement de certains partis communistes (ou ex-communistes) a été à l’ordre du jour. En Allemagne, Die Linke a participé à certains gouvernements régionaux et y participe d’ailleurs toujours. Le parti a débattu d’une participation possible à un gouvernement fédéral. En Grèce et aux Pays-Bas, la coalition de gauche Syriza et le Socialistische Partij ont clairement annoncé leur volonté d’entrer au gouvernement. La majorité suffisante du Parti socialiste français lors des récentes élections parlementaires de 2012 a éliminé la question d’une nouvelle participation au gouvernement du Parti communiste français. Le PCF et, en Italie, Rifondazione Comunista et le Parti des communistes italiens ont participé à plusieurs gouvernements au cours des dernières décennies.

En 2008, les succès électoraux de certains de ces partis ont amené le magazine britannique de gauche, The New Statesman, à conclure : « Le socialisme — le socialisme pur, inaltéré, une idéologie considérée comme morte par les capitalistes libéraux — effectue un retour en force. À travers le continent, on assiste à une tendance bien nette dans laquelle les partis du centre gauche établis depuis longtemps sont défiés par des partis indubitablement socialistes. Ils défient un système économique dans lequel les intérêts des simples travailleurs sont subordonnés à ceux du capital[1]. »

Malheureusement, ces visions d’un brillant avenir socialiste pour l’Europe par le moyen des élections ont été dépassées par les derniers résultats électoraux et, fait plus important encore, par l’évolution politique de ces partis.

La tragédie italienne

La plupart des ces partis ont été créés après que Gorbatchev eut réalisé sa contre-révolution de velours. En Italie, lors de son congrès de Rimini, en 1991, le Parti communiste italien historique (PCI) se transforme en un parti social-démocrate ordinaire. La même année, les communistes italiens fondent le Partito della Rifondazione Comunista (parti de la refondation communiste). Au sein de Rifondazione, le débat sur le cours stratégique du parti reste longtemps ouvert… Une fois que Bertinotti accède à la présidence, le débat s’accélère. Lors du 5e congrès de Rifondazione, en février 2002, Bertinotti présente ses 63 thèses comme une collection d’« innovations ». Il a découvert une « nouvelle classe ouvrière », née à Gênes, en 2001 ; un « nouveau concept de parti ». Il rejette le parti d’avant-garde, devenu « obsolète », et le remplace par le parti conçu comme une composante du « mouvement des mouvements ». Il découvre également une « nouvelle définition de l’impérialisme », selon laquelle le monde n’est plus divisé entre blocs capitalistes rivaux et la guerre n’est plus un moyen de le partager périodiquement. L’ancien centralisme démocratique est remplacé par le droit de tendance…[2] »

Après trente-six mois d’innovation, la direction de Rifondazione Comunista se déclare prête à participer au gouvernement, en compagnie des démocrates chrétiens de Romano Prodi et de la social-démocratie de D’Alema. Lors du 6e congrès du PRC, en mars 2005, Bertinotti affirme que son parti devrait être la force motrice d’un processus de réforme. Et la participation au gouvernement est devenue un passage nécessaire dans cette direction. Dans le discours de clôture du congrès, il dit : « Le gouvernement, même le meilleur, n’est qu’un passage, un passage de compromis. Le parti doit être placé dans une position telle qu’il pourra faire voir sa stratégie, afin de bien montrer qu’il veut aller plus loin […][3]. » Pour prévenir des critiques contre le PRC qui entre dans une coalition favorable à l’UE avec l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, Bertinotti ne trouve pas de meilleure excuse que la pirouette éculée de la social-démocratie : « Nous devons répandre l’idée que les mouvements et le parti doivent garder leur autonomie par rapport au gouvernement. Le parti ne devrait pas être identifié au gouvernement. Il devrait garder sa propre ligne et une stratégie allant bien au-delà de celle du gouvernement[4]. »

Le membre bien connu du groupe Bilderberg, Romano Prodi, était présent au congrès et il perçut très bien la volte-face du dirigeant de Rifondazione : « Voilà un parti socialiste de gauche qui accepte le défi du gouvernement[5]. »

En moins de dix ans, Bertinotti est parvenu à mettre un important potentiel révolutionnaire sous le contrôle du système. En 2007, le PRC ralliait la coalition de l’ « Olivier ». Sans opposition de gauche anticapitaliste claire à la participation à la guerre en Afghanistan et aux mesures d’austérité du gouvernement Prodi, la droite combla le vide politique et Berlusconi fut remis en selle. Le PRC perdit toute sa représentation parlementaire dans la débâcle de la gauche électorale. Il s’agit de l’expérience la plus récente des dégâts que le révisionnisme peut occasionner. Aujourd’hui, le mouvement communiste italien traverse une crise profonde.

France : des communistes au gouvernement en 1981 et 1997

Le vingtième siècle avait déjà prouvé l’échec de ceux qui prétendent modifier l’équilibre du pouvoir en faveur de la classe ouvrière par des majorités au sein des parlements bourgeois.

Dans l’euphorie de la victoire électorale de Mitterrand en 1981, le secrétaire général du PCF, Georges Marchais, envoya quatre communistes au gouvernement, afin de modifier l’ « équilibre du pouvoir ». Le dirigeant du PCF, Roland Leroy, expliqua : « Notre présence concorde bien avec notre mission et notre stratégie : utiliser chaque opportunité, même le plus petit pas en avant, pour bâtir un socialisme original par des moyens démocratiques[6]. »

Au lieu d’obtenir un socialisme original, la classe ouvrière française a dû subir un Code du travail dérégulé, une sécurité sociale réduite et des salaires déconnectés de l’index des prix. Seize ans plus tard, en juillet 1997, la direction du PCF remettait le couvert. Trois ministres communistes ralliaient le gouvernement de la « Gauche plurielle » (PS-PCF-Verts-MDC) venu au pouvoir après les grandes luttes de 1995. Le résultat ? Il y a eu plus de privatisations sous ce gouvernement que sous les administrations de droite Juppé et Balladur mises ensemble. La privatisation d’Air France fut supervisée par le ministre communiste des Transports, Jean-Claude Gayssot. Thomson, Air France, France Télécom, les compagnies d’assurance GAN et CIC, la Société marseillaise de crédit, CNP, Aérospatiale ont été « ouvertes au capital ». La direction du PCF resta au gouvernement de « Jospin-la-guerre » lorsque, en 1999, la France soutint le bombardement de la Yougoslavie par l’Otan.

Bien sûr, certaines concessions ont été faites aux exigences syndicales, mais, comme ce fut le cas en 1936 avec le gouvernement de Front populaire, elles ont été en premier lieu le résultat des grandes luttes qui avaient précédé ou accompagné la victoire électorale de la gauche.

Prétendre modifier dans l’hémicycle parlementaire l’équilibre du pouvoir en faveur de la population laborieuse est absurde aux yeux de tous ceux qui observent le cirque électoral, qui voient les milliers de groupes de pression et autres commissions d’experts payés par les groupes d’affaires afin d’influencer directement les décisions politiques. Comment « la richesse exerce son pouvoir indirectement, mais avec plus d’efficacité » (pour reprendre les termes d’Engels) n’est nulle part plus évident qu’aux États-Unis. En 2000, les 429 candidats dont les finances de campagne étaient les mieux alimentées occupaient les 429 premières places au Congrès américain. Seuls les sièges 430-469 sont allés aux candidats moins « fortunés »[7].

S’il y a un seul avantage à toute la saga du néolibéralisme, c’est celui-ci : l’évidence de l’emprise des plus puissants groupes du capital sur les États nationaux, les institutions européennes et les institutions financières internationales n’a jamais été aussi ouverte et éhontée. Les décisions réelles sont la prérogative de l’exécutif depuis de nombreuses décennies et le Parlement n’est qu’une machine à ratifier les décisions déjà prises au niveau du gouvernement. De plus en plus, les lois sont préparées par des cabinets ministériels et même, aujourd’hui, par les groupes de pression des firmes importantes. Une paix durable et le progrès social requièrent une société socialiste et une transformation radicale de la société. La voie parlementaire vers le socialisme repose sur l’illusion que le grand capital va accepter de se mettre en retrait et qu’il va céder sans coup férir sa machine d’État à la classe ouvrière lorsque celle-ci sera suffisamment représentée au Parlement.

Naturellement, nous devons être conscients de ce que la majorité des gens en Europe, aujourd’hui, reconnaît l’ordre social actuel comme le seul possible.

Un processus révolutionnaire requiert de la flexibilité tactique, une adaptation à la réalité politique, une évaluation adéquate de l’objectif de chaque bataille, une connaissance exacte des contradictions de classe et des rapports de pouvoir, et de larges alliances.

Nous luttons pour des réformes, nous luttons pour renforcer la force politique et organisationnelle des travailleurs. À la population, nous ne disons pas : « Nous allons résoudre ça pour vous », mais nous leur disons : « Prenez vous-mêmes votre destinée en mains. » Dans la bataille, les travailleurs acquièrent de l’expérience et notre devoir est d’introduire la perspective socialiste à terme. Même pour les réformes, ce n’est pas le parlement ou les élections qui sont décisifs, mais les luttes. Tout ce que le mouvement ouvrier a obtenu résulte d’un combat organisé, en faisant campagne et en créant un rapport de forces dans la rue.

La Gauche européenne

Les 8 et 9 mai 2004, les deux partis susmentionnés, le PRC et le PCF, ont été parmi les fondateurs du Parti de la Gauche européenne. Bertinotti en est devenu le président.

Le Parti de la Gauche européenne est un bond qualitatif de l’évolution vers le réformisme (de gauche), a déclaré l’un de ses fondateurs, le président du Parti du socialisme démocratique (PDS), Lothar Bisky. Dans une interview réalisée par le journal Freitag, il explique : « Pour les forces politiques de l’Union européenne qui tirent leur origine du mouvement ouvrier révolutionnaire, le Parti de la Gauche européenne signifie un nouveau pas qualitatif dans le processus d’adaptation du socialisme de gauche[8]. »

Ni dans le Manifeste de la Gauche européenne ni dans ses statuts, il n’est fait référence à la propriété privée des moyens de production, aux crises économiques inhérentes au système, à la concurrence meurtrière que se livrent les sociétés monopolistes ou au partage du monde par les principales puissances impérialistes. Le Parti de la Gauche européenne promet « une alternative progressiste », la « paix », la « justice sociale », un « développement durable » et bien d’autres belles choses que personne ne songerait à rejeter[9].

Tout cela reste vague et entièrement dans les limites du système et de ses rapports de propriété. L’on cherchera en vain la moindre référence à une stratégie de la révolution sociale. Au contraire, le Parti se concentre entièrement sur la « réforme en profondeur » des institutions du système. « Nous voulons faire en sorte que les institutions élues — le Parlement européen et les parlements nationaux — aient plus de pouvoir et de possibilités de contrôle[10]. »

Die Linke

Un parti important au sein de la Gauche européenne est le parti allemand de la gauche, Die Linke. Il résulte de l’unification, en 2007, du Parti du socialisme démocratique (PDS, le parti qui a succédé au principal parti en RDA, le SED) et le WASG (des sociaux-démocrates de gauche déçus, des responsables de syndicats et des groupes trotskistes de l’Allemagne de l’Ouest).

Le WASG est né en 2005 des protestations suscitées par le gouvernement de Gehrard Schröder composé du Parti social-démocrate (SPD) et des Verts. Sa réforme Hartz IV, qui supprimait aux chômeurs leurs allocations au bout d’un an et les plongeait dans un système d’assistance sociale, avait créé un énorme secteur à bas salaires. Les conséquences de la réforme Hartz IV ont été désastreuses. Un rapport des Nations unies[11] sur la situation sociale en Allemagne explique qu’aujourd’hui, 13 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et que 1,3 million de personnes, bien qu’ayant du travail, ont besoin d’une aide supplémentaire parce que leurs revenus ne leur suffisent pas pour subsister. La pauvreté infantile affecte 2,5 millions d’enfants. Des études ont montré que 25 % des écoliers se rendent en classe sans avoir eu un petit déjeuner.

On constate une pauvreté en hausse parmi les personnes âgées en raison des pensions très modestes et revues à la baisse avec les réductions de salaire. Aujourd’hui, 8,2 millions de personnes ont des emplois temporaires ou des « mini-jobs » — à moins de 400 euros par mois. 75 % de tous les nouveaux emplois sont précaires. Tout ceci fait les choux gras des super-riches. En Allemagne, en 2010, il y avait 924 000 millionnaires, soit une augmentation de 7,2 % en trois ans.

Cette « réforme » divisa le parti social-démocrate et poussa l’ancien ministre social-démocrate Lafontaine à claquer la porte du parti. Il fut suivi par des sections entières du mouvement syndical allemand. Ces transfuges allaient créer le WASG. Le parti unifié WASG-PDS devenait « Die Linke » et, en 2009, il remportait 11,9 % des suffrages aux élections fédérales, gagnant ainsi 78 sièges. Son nombre de membres frisait les 80 000.

Mais, trois ans plus tard, selon les sondages les plus récents, Die Linke a des problèmes pour franchir l’antidémocratique seuil de 5 %, qui s’applique à toutes les élections, tant nationales que régionales. En mai 2012, il perdait ses sièges dans les deux Parlements régionaux allemands du Schleswig-Holstein (de 6 %, les votes retombaient à 2,2 %) et de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (de 5,6 %, à 2,5 %). Le nombre de ses membres est redescendu à moins de 70 000.

La nouvelle social-démocratie

Die Linke a adopté un programme lors de son congrès d’Erfurt, en 2011. Il est présenté comme une synthèse entre les tendances marxistes et les réalistes très réformistes[12].

« Die Linke, en tant que parti socialiste, est pour des alternatives, pour un avenir meilleur (p. 4). » Cet avenir englobe très justement « une existence dans la sécurité sociale, avec un revenu minimal garanti exempt de sanctions et à l’abri de la pauvreté, ainsi qu’une protection totale contre la dépendance, avec une pension statutaire pour tous, s’appuyant sur la solidarité à l’abri de la pauvreté, avec une assurance santé et des soins pour tous les citoyens et reposant sur la solidarité, avec un enseignement convenable, gratuit, accessible à tous, avec une diversité culturelle et la participation de tous à la richesse culturelle de la société, avec un système de taxation juste réduisant les charges imposées aux bas et moyens revenus, les augmentant pour les hauts revenus et tirant substantiellement plus des grosses fortunes pour réaliser la démocratie et faire régner la loi contre le pouvoir exorbitant des grosses sociétés, avec l’abolition de toute forme de discrimination basée sur le sexe, l’âge, le statut social, la philosophie, la religion, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle et l’identité ou basée sur des incapacités en tous genres ». 

Mais on ne sait pas avec certitude si ces bonnes intentions seront concrétisées dans ce système capitaliste ou si ce système devra être aboli. À un endroit, on peut lire : « Nous avons besoin d’un système économique et social différent : le socialisme démocratique (p. 4). » L’ « économie sociale de marché » est critiquée comme « un compromis entre le travail salarial et le capital qui n’a jamais éliminé ni l’exploitation prédatrice de la nature ni les relations patriarcales dans les sphères publiques et privées ». Dans d’autres passages, le problème n’est pas le système, mais le « capitalisme sans restriction » (p. 58), le « modèle politique néolibéral » (p. 56) et les « marchés financiers dérégulés » (p. 15).

Le texte évoque un « long processus d’émancipation dans lequel la dominance du capital est renversée par le biais des forces démocratiques, sociales et écologiques », menant à une « société de socialisme démocratique (p. 5) ». À un autre endroit, la question décisive du changement social est la question de la propriété. « Aussi longtemps que les décisions prises par les grosses sociétés seront orientées vers les rendements désirés plutôt que vers le bien public, la politique sera sujette au chantage et la démocratie s’en trouvera minée. »

Ailleurs, « la propriété publique » est limitée « aux services d’intérêt général, d’infrastructure sociale, aux industries de l’énergie et au secteur financier » (p. 5). Et le programme copie la vieille thèse sociale-démocrate de « la démocratie qui s’étend à la prise des décisions économiques et soumet toutes les formes de propriété aux normes émancipatrices, sociales et écologiques. Sans la démocratie dans l’économie, la démocratie demeure imparfaite […]. » Ainsi, là, cet « ordre économique démocratique différent » sera donc une économie de marché régulée. Nous « soumettrons la régulation du marché de la production et de la distribution à un encadrement et à un contrôle démocratique, social et écologique ». « Le monde des affaires doit être soumis à un sévère contrôle de la concurrence (p. 5). »

La classe ouvrière n’a aucun rôle dans la conquête du pouvoir politique. Il est question de « majorités gagnantes (p. 20) » et le « socialisme démocratique » pourra être réalisé au sein des structures « démocratiques » de la constitution allemande et d’un « État social de droit ».

Les services de renseignement devraient être abolis, mais un « contrôle démocratique » de l’armée et de la police sera suffisant pour les transformer en outils du socialisme.

La participation au gouvernement

Selon le programme, la participation au gouvernement n’a de sens que si elle s’appuie sur un « rejet du modèle néolibéral de politique », si elle entraîne un changement « socio-écologique » et si elle peut réaliser une amélioration du niveau de vie de la population. Si tel est le cas, le « pouvoir politique de Die Linke et des mouvements sociaux peut être renforcé » et « le sentiment d’impuissance politique qui existe chez de nombreuses personnes peut être refoulé (p. 56) ».

On se demande comment cette position a pu être adoptée quelque temps seulement après la débâcle de ce qui avait toujours été présenté comme un exemple d’avant-garde de la stratégie du parti : le désastre de Berlin. En août 2010, Die Linke s’est effondré aux élections du Sénat de Berlin. En dix ans de participation au gouvernement de Berlin, le parti chuta, passant de 22,3 % à 11,5 %.

Pendant dix longues années, une coalition gouvernementale SPD-Die Linke géra la capitale allemande. Elle ferma de nombreuses crèches, sabra les indemnités sociales et privatisa 122 000 appartements sociaux. Die Linke vota la privatisation partielle du système berlinois de tramways, fit campagne contre la parité nationale des salaires pour les travailleurs du secteur public (qui gagnent toujours considérablement moins à l’est) et s’exprima contre les efforts pour ramener à la propriété publique la société approvisionnant Berlin en eau. Elle contribua également à privatiser une partie du principal hôpital de Berlin — ce qui allait se traduire par une dégradation des conditions de travail et une diminution des salaires.

Mathias Behnis, politologue et porte-parole du Front de résistance contre la privatisation de la société berlinoise de distribution d’eau, et Benedict Ugarte Chacón, politologue et porte-parole de l’Initiative berlinoise contre le scandale bancaire, établirent un bilan particulièrement noir dans le journal Junge Welt du 20 août 2011[13]. La coalition SPD-PDS (à l’époque, il s’agissait encore du PDS qui, plus tard, allait participer à la création de Die Linke) fit savoir clairement dès le début en 2002 quelle voie elle emprunterait, en approuvant une garantie de risque pour la Bankgesellschaft Berlin. Elle reprit les risques d’un fonds immobilier créé par la banque pour un montant de 21,6 milliards d’euros. Depuis, la Région de Berlin gère les pertes annuelles de cette banque. Le PDS était d’accord pour garantir les gains des actionnaires de ce fonds à l’aide d’argent public.

Dans un même temps, il mena une politique budgétaire stricte au détriment, par exemple, des allocations aux aveugles en 2003, ou du billet social pour les transports publics urbains en 2004, après que le gouvernement fédéral eut supprimé les subsides. D’énormes protestations sociales furent nécessaires pour réintroduire ce billet social, mais à un prix bien plus élevé.

Les crèches et les universités ne furent pas épargnées. Ceci déclencha de véhémentes protestations parmi les étudiants et le congrès de parti du PDS, le 6 décembre 2003, dans le luxueux hôtel Maritim dans le centre de Berlin, dut être protégé des étudiants par la police anti-émeute, qui fit évacuer la rue avec brutalité.

En mai 2003, les parents furent obligés de participer jusqu’à concurrence de 100 euros dans l’achat des manuels scolaires.

Die Linke à Berlin est également responsable de la détérioration de la situation de milliers de locataires. En mai 2004, le gouvernement régional de Berlin a vendu, au prix avantageux de 405 millions d’euros, 65 700 maisons de la société publique de logement GSW à un consortium auquel appartenaient le Whitehall-Fund de la banque d’investissement Goldman Sachs et la société d’investissement Cerberus. En 2010, il permit à ces sociétés d’entrer en Bourse et de transformer des milliers de logements berlinois en objets de spéculation.

Il supprima également les allocations aux propriétaires qui louaient leur maison à un loyer social, sans se soucier le moins du monde de ce qui allait advenir des locataires. Dans les anciens appartements naguère bon marché, occupés surtout par des travailleurs à bas salaires et des chômeurs, les loyers augmentèrent de 17 %.

L’eau se mue en marchandise

En 1999, l’ancien gouvernement avait vendu 49,9 % de l’ancienne société de distribution d’eau berlinoise à RWE et à Vivendi (Veolia). Le PDS obtint le poste de ministre de l’Économie en 2002, mais n’apporta aucun changement. Le prix de l’eau augmenta de 33 %. Sous l’ancien gouvernement, le PDS avait fait campagne contre la privatisation partielle de l’eau. Mais le ministre PDS, Wolf, fit exactement ce contre quoi il s’était battu : il garantit les bénéfices des actionnaires privés et tira lui-même profit des prix élevés de l’eau.

Dans l’accord de coalition de 2006, Die Linke et le SPD avaient parlé de s’atteler au retour de la société de distribution d’eau à l’autorité municipale. Mais rien ne fut fait. Pire encore, ils s’opposèrent par tous les moyens à un large mouvement extraparlementaire en faveur de la publication de l’accord secret de privatisation de la société de distribution d’eau. Plus de 666 000 personnes réclamèrent que cela fasse l’objet d’un référendum. La coalition fit campagne contre ce référendum. Le référendum obtenu, force leur fut de l’accepter, mais ils continuèrent à s’opposer à toute initiative légale de la population.

Tout ce qu’ils purent dire pour leur défense, ce fut l’éternelle rengaine des sociaux-démocrates : « Sans nous, c’eût été pire. » Non, cela aurait été exactement pareil, ou même mieux, parce que leur participation paralysa une partie du potentiel de résistance.

Après avoir été évincés aux élections, ils se plaignirent de n’avoir pas été en mesure d’imposer leurs points de vue au SPD. Il y eut des « restrictions à la liberté de mouvement », dit le dirigeant du parti, Klaus Lederer. Naturellement, mais quand vous promettez d’entrer dans un gouvernement pour changer les choses, vous ne devez pas être surpris si les gens vous demandent ce que vous avez changé, en fin de compte.

Dans les gouvernements régionaux du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et du Brandebourg, tout comme à Berlin, le parti participa aux restrictions et aux fermetures.

Néanmoins, le congrès d’Erfurt conclut que la participation au gouvernement avait du sens.

C’est à peine si la participation à des gouvernements locaux et même fédéraux est encore aujourd’hui mise en question au sein du parti. L’aile droite de la direction a même tiré parti des mauvais résultats récents pour réclamer que le parti renonce à son « désir de rester dans l’opposition ». Il devrait déclarer ouvertement son intention de chercher à participer à tous les niveaux de gouvernement, particulièrement avec son « partenaire naturel de coalition », le SPD. Dietmar Bartsch, l’un de ses principaux porte-parole, est soutenu par le parti dans la totalité des cinq Länder de l’est, où l’organisation a beaucoup plus de membres. À l’Est, la participation au gouvernement est aujourd’hui devenue la norme.

Oskar Lafontaine, qui est considéré comme représentant la gauche du parti, ne s’est jamais opposé à ce que le parti s’embarque dans des coalitions au pouvoir — que du contraire. C’est un keynésien et il rêve d’un genre d’État providence socialement limité au niveau national. Retour aux années 70. Lui et ses partisans ne cessent de formuler les « principes » ou des « conditions » qu’il faudrait remplir pour participer au gouvernement.

 « Nous ne pouvons laisser le SPD et les Verts gouverner seuls. Le social n’est possible qu’avec nous », tel était l’intitulé du principal texte de la direction du parti lors de son congrès de Rostock en 2010. « Die Linke peut gouverner, même mieux que les autres. Et nous, dans le Mecklenburg-Vorpommern, nous avons des idées très claires sur ce qui devrait s’améliorer et comment le réaliser », a déclaré Steffen Bockhahn, président régional de Die Linke dans le Land Mecklenburg-Vorpommern, à ce congrès[14]. « Nous devons avoir des alternatives à la coalition CDU-FDP », ont dit les dirigeants du parti. Comme si le SPD et les Verts n’étaient pas d’accord pour faire payer la crise aux travailleurs ! Il n’y a plus aujourd’hui de critique acerbe à l’encontre de ces partis.

Die Linke affirme qu’elle combine les protestations sociales et politiques, élaborant des alternatives possibles et des réalisations politiques dans le cadre du gouvernement. Mais il est clair qu’il n’y a pas aujourd’hui de rapport de forces rendant possible d’exercer sur les gouvernements une pression telle qu’ils seraient forcés de réaliser d’importantes réformes en faveur du peuple. La seule conséquence de la participation gouvernementale, c’est qu’elle paralyse les mouvements de masse et qu’elle les intègre au système, comme nous l’avons vu à Berlin.

Les expériences de la participation communiste dans les gouvernements européens ont prouvé que cette participation n’arrêtait pas les privatisations, la régression sociale, ni même la participation à des guerres impérialistes. Ces expériences ont ébranlé la confiance dans les partis qui ont participé à ces gouvernements et elles les ont amenés à montrer qu’ils n’étaient guère différents de n’importe quel autre parti. La participation à un gouvernement bourgeois où les monopoles capitalistes dominent affaiblit les forces anticapitalistes.

En Grèce

Néanmoins, certains partis refusent de tirer les leçons de telles expériences. Ils prouvent qu’ils sont devenus de véritables partis sociaux-démocrates, prêts à remplacer les anciens, aujourd’hui discrédités.

En Grèce, plus la possibilité d’une victoire électorale semblait réaliste, plus la section locale du Parti de la Gauche européenne, Syriza, a rendu son programme le plus acceptable possible pour la direction de l’UE et la bourgeoisie grecque. Son programme gouvernemental[15] fut présenté comme un « plan pour mettre fin à la crise ». « Il s’agit d’unir le peuple autour du programme gouvernemental de Syriza visant à libérer la Grèce de la crise, de la pauvreté et de sa mauvaise réputation. » Nulle part, le système capitaliste n’est mentionné comme cause de la crise : il n’est fait état que de la gestion « néolibérale ». Le programme est présenté comme socialement et fiscalement équitable. Il promet l’annulation des mesures les plus insupportables et antisociales, la hausse du salaire minimal, la restauration de l’ancien niveau de protection contre le chômage et la maladie. Il promet de supprimer les taxes spéciales sur les bas et moyens revenus. Mais ce plan n’appelle qu’à la « stabilisation des dépenses primaires autour d’un minimum de 43 % du PIB, contre les 36 % du mémorandum, et d’un maximum de 46 % du PIB ». Ceci ne fera que ramener la Grèce dans « l’actuelle moyenne au sein de la zone euro ». C’est un programme qui ne va jamais au-delà du cadre capitaliste. « Nous organiserons la relance de la production du pays avec d’importantes impulsions visant à soutenir le développement d’industries compétitives. » Il ne promet que de geler la privatisation des entités publiques d’importance stratégique qui étaient encore publiques en 2010, quand la crise a éclaté. Sur la question de la dette, le programme cherche un compromis avec la bourgeoisie de l’UE au pouvoir. Il est loin en dessous du programme en dix points de Syriza pour les élections du 6 mai, qui appelait à « un moratoire sur le service de la dette, des négociations en vue d’annuler certaines dettes (pas la dette, comme le KKE le demandait) et la régulation de la dette restante pour inclure des provisions pour le développement économique et l’emploi[16] ». Le 8 mai, après les premières élections, Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, a présenté un programme en cinq points comme base pour la formation d’un « gouvernement de gauche ». Là nous ne trouvons plus que « la création d’une commission d’audit internationale pour enquêter sur les causes du déficit en Grèce, avec un moratoire sur le service de la dette en attente de la publication des résultats de l’audit »[17].

Avant les nouvelles élections du 17 juin, son « programme de gouvernement » se limite à dénoncer des emprunts (négociés avec la Troïka) afin de remplacer leurs conditions par « d’autres qui ne mettront pas en question la souveraineté nationale de la Grèce et la survie économique de notre pays. Des conditions telles que la priorité dans le remboursement des prêts ou la saisie de la propriété de l’État, accordée aux créditeurs par le mémorandum, ne seront pas acceptées sans condition… » Il n’y a pas de revendication radicale visant à faire payer les responsables de la crise (les bourgeois grecs et européens et autres banques…), ni de moyen d’imposer ces mesures. Tout sera négocié. Le programme n’entend pas imposer « l’annulation du régime fiscal zéro pour les armateurs et l’Église », mais « chercher un accord » avec le secteur de l’industrie maritime afin de supprimer les 58 exemptions. Rien n’est dit sur la création d’un gouvernement capable d’imposer ces mêmes mesures. Il veut « amener le niveau des taxes au niveau du reste de l’UE », où la totalité du fardeau repose sur les épaules de la population laborieuse. Nulle part il n’est question du contrôle de l’administration ou du système économique par les travailleurs. Qui va contrôler les patrons, les banquiers ? Rien sur la police, sur l’armée. Syriza reste au sein de l’Otan, de l’UE.

Les dures leçons du passé

Les expériences confirment les positions de Marx, de Lénine et de la Troisième Internationale à ce propos. Ils rejettent tous la participation, à l’exception d’une situation où le fascisme constitue une réelle menace, dans le cas d’une situation où il peut s’agir d’une transition vers un gouvernement réellement révolutionnaire, c’est-à-dire dans des situations prérévolutionnaires avec de très importantes luttes de classe et un équilibre du pouvoir favorable (comme le Chili au début des années 1970, le Portugal en 1975…). Dans ces situations, il est possible que nous devions sceller des alliances avec des forces qui représentent les couches non prolétariennes, mais qui sont également opprimées par les monopoles ou menacées par le fascisme ou des belligérants extérieurs. Mais cela uniquement à condition que ce pouvoir évolue ou veuille évoluer vers la démocratie populaire et le socialisme, vers un État différent contrôlé par les travailleurs. Ce n’était pas le cas au Chili, où la réaction massacra socialistes et communistes en les mettant dans le même sac.

Le gouvernement des travailleurs, tel qu’il est proposé par la Troisième Internationale, est compris comme « le front uni de tous les travailleurs et une coalition de tous les partis des travailleurs, tant dans l’arène économique que politique, pour lutter contre le pouvoir de la bourgeoisie et, finalement, pour la renverser ». « Les tâches les plus fondamentales d’un tel gouvernement de travailleurs doivent consister à armer les travailleurs, à désarmer les organisations contre-révolutionnaires bourgeoises, à introduire le contrôle de la production (par les travailleurs), à faire passer le principal fardeau de la taxation sur les épaules des riches, et à briser la résistance de la bourgeoisie contre-révolutionnaire[18]. »

Un tel gouvernement des travailleurs n’est possible que s’il naît des luttes des masses elles-mêmes et s’il est soutenu par les organisations militantes des travailleurs[19].

Ceux qui justifient une coalition avec les partis politiques bourgeois dans les institutions parlementaires utilisent souvent les écrits de Dimitrov sur le front uni contre le fascisme. Il est vrai que Dimitrov critiqua les gens qui refusaient la politique de front uni contre le fascisme, mais selon Dimitrov, le front populaire antifasciste doit se créer sur base d’un front uni des travailleurs. Il demande qu’un gouvernement de front populaire prenne des mesures révolutionnaires, anticapitalistes : il peut surgir « une situation telle que la formation d’un gouvernement de front unique prolétarien ou de front populaire antifasciste devienne non seulement possible, mais indispensable dans l’intérêt du prolétariat. […] Nous exigeons de lui qu’il mette en pratique des revendications révolutionnaires radicales, déterminées, répondant à la situation. Par exemple, le contrôle de la production, le contrôle des banques, la dissolution de la police, son remplacement par la milice ouvrière armée, etc.[20] »

Dimitrov mettait en garde contre le fait que « maintenir un front populaire en France ne signifie pas, et de loin, que la classe ouvrière va soutenir l’actuel gouvernement[21] à tout prix […]. Si, pour une raison ou une autre, le gouvernement existant se montre incapable de faire passer le programme du Front populaire, s’il adopte la ligne de la retraite devant l’ennemi, chez soi et à l’étranger, si sa politique affaiblit la résistance à l’offensive fasciste, alors, la classe ouvrière, tout en continuant à resserrer les liens du Front populaire, tendra à provoquer la substitution d’un autre gouvernement à l’actuel […][22]. »

C’est ce qui arriva, et le PCF mit trop de temps à le comprendre. En 1936, après une victoire électorale des partis de gauche, le gouvernement Blum des socialistes et des radicaux fut formé, soutenu de l’extérieur par le PCF. Une énorme vague de grèves exerça une pression sur le gouvernement afin de le forcer à satisfaire les revendications que l’on retrouvait dans le programme du Front populaire. Mais, pour reprendre les termes de son chef, ce gouvernement ne se fixa comme objectif que de trouver une façon de « procurer un soulagement suffisant à ceux qui souffrent » dans le cadre de la société telle qu’elle existait. Pour Blum, la mission du Front populaire consistait à « ménager la société bourgeoise » et d’en extraire « un maximum d’ordre, de bien-être, de sécurité et de justice ». Dans ces conditions, l’impact négatif de la participation au gouvernement a considérablement augmenté. Les administrations « de gauche » présidant au système capitaliste ont historiquement démoralisé et démobilisé la classe ouvrière, et ouvert la voie à des partis et des gouvernements conservateurs et même d’extrême droite.

Le gouvernement Blum fut déboulonné deux ans après et deux ans supplémentaires allaient suffire pour que les capitalistes français prennent leur revanche et reviennent sur les concessions qu’ils avaient faites. À l’initiative du Parti socialiste, le gouvernement dirigé par le leader du Parti radical, Daladier, déclara le PC illégal le 21 novembre 1939 et les représentants de ce dernier passèrent en jugement. Le 7 juillet 1940, les mêmes représentants radicaux et socialistes votèrent la confiance au gouvernement traître de Pétain.

Même dans les périodes où une participation au gouvernement peut mener à la phase de la lutte ouverte pour le socialisme, la plus grande vigilance est de mise.

En septembre 1947, lors d’une réunion où étaient présents des membres du nouvel organe de coordination des partis communistes après la Seconde Guerre mondiale — le Kominform[23] — les participants critiquèrent la ligne opportuniste du PCF et du PCI dans leur politique de front uni durant l’occupation et leur participation au gouvernement par la suite.

Il était dans l’intérêt de la bourgeoisie de coopérer avec les communistes pendant et après la guerre, parce qu’elle était faible. Les communistes auraient dû tirer avantage de cette situation pour occuper des positions clés, mais ils ne le firent pas. Au lieu de conquérir un soutien de masse afin de prendre le pouvoir, ils désarmèrent les masses et semèrent des illusions à propos de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme.

Au lieu de créer une unité antifasciste à partir de la base, avec la création d’instruments émanant des masses, rassemblant toutes les tendances qui étaient réellement prêtes à suivre la voie de la lutte pour un pouvoir révolutionnaire, les dirigeants du PCF et du PCI ont commis l’erreur de construire un front au sommet, sur la base d’une représentation égale de différents partis, alors que l’objectif des partis bourgeois était d’empêcher la transformation réelle du pays. Pour mener cette politique, les dirigeants du PCF et du PCI ont prétexté que toute revendication autre que celle de la libération nationale, toute revendication de changements démocratiques radicaux et révolutionnaires aliènerait au front antifasciste un certain nombre de groupes sociaux et de forces politiques.

La réunion critiqua le PCF pour avoir permis et même facilité le désarmement et la dissolution des forces de la Résistance sous le prétexte que la guerre n’était pas terminée et qu’une action contre la politique de De Gaulle aurait abouti à une confrontation avec les Alliés. Cette conception facilita la tâche des impérialistes soucieux de reconquérir leurs positions d’avant la guerre. Cela créa des illusions à propos de la « démocratie » des impérialistes et de leur capacité à aider à la reconstruction, sans autres objectifs, des nations qui avaient été libérées du fascisme.

Globalement, les délégués à la Conférence leur reprochèrent de persévérer dans les illusions d’une voie parlementaire vers le socialisme et de les propager parmi les masses au lieu de mobiliser ces dernières contre la politique proaméricaine de leurs gouvernements et pour une alternative vraiment révolutionnaire[24].

Aujourd’hui moins que jamais

La première question reste : quel est le caractère de la société dans laquelle un parti communiste veut participer à un gouvernement ? C’est un État capitaliste. Sa base économique est le capitalisme et sa tâche est par conséquent de gérer le capitalisme, de protéger et de créer des conditions favorables à la réussite du développement du capitalisme. Cet État a adopté une constitution et des lois, des règles et des réglementations qui servent l’objectif qui vise à garantir l’ordre constitutionnel, à créer les conditions pour le développement du capital et pour empêcher les conflits au sein même de la société.

La politique hostile aux travailleurs dans ces États ne relève pas de mauvais politiciens ni de mauvais partis avec de mauvais programmes. Aussi longtemps que la propriété privée des moyens de production règnera, que les entreprises devront se faire concurrence pour survivre, elles vont devoir accumuler, accroître leurs bénéfices, réduire les salaires, refuser les revendications sociales. À cette loi ne peuvent s’opposer de « bons » politiciens au gouvernement avec des idées et des programmes « corrects ».

Le capitalisme d’aujourd’hui ne peut plus, comme l’espère Lafontaine, revenir à l’époque de ce qu’on a appelé l’« économie sociale de marché » avec partenariat social. Ce fut un épisode qui doit être replacé dans le contexte de la rivalité idéologique entre le socialisme et le capitalisme, de la force des partis communistes après la période de la Résistance, quand les revendications pouvaient être prises en compte à partir des profits de la phase de reconstruction de l’après-guerre.

Cela n’est plus possible et cela n’est d’ailleurs plus nécessaire dans la logique capitaliste. Les vingt-cinq millions de chômeurs officiels dans l’UE qui exercent une pression sur les salaires et les marchés de l’emploi aujourd’hui mondialement accessibles réduisent le prix de la main-d’œuvre. Le chômage de masse grève deux fois le budget social : les salaires en baisse apportent moins de rentrées dans les caisses de l’assurance sociale alors qu’il y a davantage de bénéficiaires à satisfaire à partir de ces fonds. L’effondrement du système de sécurité sociale n’est qu’une question de temps s’il n’y a pas un large combat visant à faire payer le capital. En outre, les rentrées des impôts en provenance des entreprises sont en baisse malgré les profits à la hausse ; des réductions d’impôt supplémentaires sont nécessaires pour renforcer les capitalistes nationaux sur les marchés internationaux.

L’État capitaliste est là pour créer les conditions favorables à l’accroissement de la rentabilité des entreprises, pour créer pour elles de nouveaux marchés grâce à la privatisation et à la redistribution du revenu national en faveur des détenteurs de capitaux. Il est là pour faire taire ou réprimer la classe ouvrière nationale et pour garantir les intérêts du capital dans d’autres régions.

Ainsi, la participation à des gouvernements dans de telles conditions signifie uniquement la participation à la régression sociale, même si elle peut s’en trouver quelque peu ralentie. Cela signifie désarmer la résistance en donnant de faux espoirs au mouvement ouvrier.

D’anciens partis communistes ont choisi de participer au pouvoir, sachant souvent que cela signifiait gouverner dans l’intérêt du capital et prendre part à la destruction des acquis sociaux obtenus de haute lutte par le mouvement ouvrier.

La participation au gouvernement a contribué à démobiliser la résistance pourtant si nécessaire et le développement d’un contre-pouvoir. Aujourd’hui, pour modifier l’équilibre des forces de classe, nous devons nous unir pour une série de combats défensifs contre la régression sociale, afin de créer un mouvement politique indépendant des travailleurs et de ceux qui sont empêchés de travailler, et diffuser une conscience anticapitaliste croissante au sein du mouvement ouvrier.

La faiblesse de l’opposition communiste et de syndicats avec une claire orientation anticapitaliste est la principale cause de la domination agressive du capital dans la plupart des pays capitalistes.

Nous avons besoin d’un programme politique alternatif et nous devons nous battre pour ce programme. Il comprend des revendications immédiates, mais aussi le mot d’ordre l’abolition des rapports capitalistes de propriété. Ces revendications ne devraient pas être adressées à des partenaires potentiels au sein d’un gouvernement de gauche (qui n’existe pas), mais au mouvement ouvrier organisé et aux autres couches exploitées de la société. Elles devraient être adressées aux syndicats, à toutes sortes d’organisations populaires actives dans tous les domaines de la lutte sociale, démocratique, anti-impérialiste et culturelle.

La véritable question est de savoir comment les partis communistes vont se préparer aux batailles à venir, comment ils vont s’organiser pour être en mesure d’assumer efficacement la charge des nouvelles luttes de la classe ouvrière et de la population laborieuse au sens large. La crise pousse de larges couches de travailleurs à tourner le dos à la social-démocratie. Nous ne devons pas leur proposer une nouvelle social-démocratie rénovée. Ce qui est nécessaire, c’est un parti révolutionnaire qui prend en compte l’actuel niveau de conscientisation, qui fait siens les problèmes des petites gens, qui parle un langage accessible, qui cherche l’unité avec le groupe le plus large possible dans la lutte. Mais qui ne déroge pas à ses principes, qui maintient le cap vers une société où il n’y aura pas d’exploitation de l’homme par l’homme, une société sans propriété privée des moyens de production de base, une société dans laquelle les travailleurs seront réellement libres et avec un État qui protègera la liberté de la vaste majorité contre l’oppression par la minorité.

Herwig Lerouge (herwig.lerouge(at)teledisnet.be) est rédacteur en chef d’Études marxistes.


[1] « Socialism’s comeback », The New Statesman, décembre 2008, http://www.newstatesman.com/europe/2008/12/socialist-party-socialism?page=5.

[2] Fausto Bertinotti e.a., Tesi maggioranza (thèses de la majorité), V Congresso Nazionale, 2002, Partito della Rifondazione Comunista. Toutes les citations sur le PRCI proviennent de l’ouvrage « La classe ouvrière à l’ère des entreprises transnationales » de Peter Mertens, Études marxistes numéro 72 (2005). (Ces thèses en italien : http://www.d-meeus.be/marxisme/modernes/Bertinotti63Tesi.html.)

[3] Partito della Rifondazione Communista. VI Congresso Nazionale. Relazione introduttiva del segretario Fausto Bertinotti.

[4] Partito della Rifondazione Comunista. VI Congresso Nazionale. Conclusioni del segretario Fausto Bertinotti.

[5] La Stampa, 4 mars 2005, p. 7, http://www.archiviolastampa.it/.

[6] Le Nouvel Observateur, 10 février 1984.

[7] Michael Scherer, Amy Paris e.a., « Campaign inflation », dans Mother Jones 400, mars 2001, http://www.motherjones.com/news/special_reports/mojo_400/index.html.

[8] Junge Welt, 8 avril 2004, http://www.jungewelt.de/2004/04-08/004.php.

[9] Parti de la Gauche européenne, « Manifeste du Parti de la Gauche européenne », 10 mai 2004.

[10] Ibid.

[11] United Nations Economic and Social Council, 20 May 2011. Concluding Observations of the Committee on Economic, Social and Cultural Rights. Germany. http://www.ag-friedensforschung.de/themen/Menschenrechte/deutsch-un.pdf

[12] Programme of the Die Linke Party http://en.die-linke.de/fileadmin/download/english_pages/programme_of_the....

[13] Mathias Behnis et Benedict Ugarte Chacón, « Die Überflüssigen : Hintergrund. Harmlos, farblos und immer treu zur SPD. Zehn Jahre Regierungsbeteiligung der Linkspartei in Berlin — eine unvollständige Bilanz des Scheiterns », https://www.jungewelt.de/loginFailed.php?ref=/2011/08-20/024.php.

[14] Disput, juin 2010.

[15] http://transform-network.net/de/blog/blog-2012/news/detail/Blog/a-road-map-for-the-new-greece.html.

[16] http://hellenicantidote.blogspot.be/2012/05/oh-my-god-Syrizas-10-point-plan-to-save.html.

[17] http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_w_articles_wsite1_1_08/05/2012_441181.

[18] http://www.contre-informations.fr/komintern/komintern/5.html#A  point XI.

[19] http://www.marxists.org/francais/inter_com/1922/ic4_01.htm.

[20] Georgi Dimitrov, L’Offensive du fascisme et les tâches de l’Internationale communiste dans la lutte pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme, http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/28.html.

[21] Le gouvernement du Front populaire de socialistes et radicaux dirigé par Léon Blum, voir plus loin.

[22] Georgi Dimitrov, Œuvres choisies, t. 2, p. 160, Sofia Presse.

[23] C’est en 1943 que fut dissoute la Troisième Internationale. Après la défaite du fascisme, elle fut restaurée sous l’appellation de Kominform. Ce dernier ne s’est réuni qu’à trois reprises. Lors des sessions qui se tinrent du 23 au 26 septembre 1947 inclus, il fut discuté en détail de la situation en France et en Italie.

[24] Intervention de Djilas du 25 septembre 1947. Giuliano Procacci (red.), The Cominform : Minutes of the Three Conferences 1947/1948/1949, Milan, Fondazione Giangiacomo Feltrinelli & Russian Centre of Conservation and Study of Records for Modern History (RTsKhIDNI), 1994, pp 255-257. Cité dans Peter Mertens, « La classe ouvrière à l’ère des entreprises transnationales », Études marxistes 72 (2005).

 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Aug 2013 à 18:23

L’État allemand tire profit de la crise de la zone euro : 41 milliards d'euros d'économies sur les intérêts de la dette

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L’État allemand tire profit de la crise de la zone euro : 41 milliards d'euros d'économies sur les intérêts de la dette

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La nouvelle est passée relativement inaperçue dans les médias français, elle est pourtant éclairante : l’État allemand tire des profits financiers substantiels des malheurs des autres pays de la zone euro.

D'après les chiffres publiés par le Ministère des Finances allemand, la crise de la zone euro aura des effets budgétaires plus que positifs pour l'Allemagne : une économie de 41 milliards d'euros dans le paiement des intérêts de la dette, entre 2010 et 2014.

Dans le même temps, selon ce que prétend le Ministère, la crise de la zone euro aurait coûté à l'Allemagne un peu moins de 600 millions d'euros.

La raison de ces gains est simple. Avec la perte de confiance des investisseurs dans les pays de la zone euro touchés par la crise, ces derniers préfèrent s'orienter vers des « valeurs refuges », même beaucoup moins rémunératrices.

Depuis 2000, les taux d'intérêts sur les obligations allemandes ont chuté de 1%, avec un taux à la moitié de l'année 2013 de 1,8% contre 4,4% pour les obligations espagnoles, et 10,1% pour celles grecques.

En 2012, l'Allemagne avait même réussi à emprunter à taux négatif sur des emprunts de courte durée. Une situation paradoxale qui permettait à l'Allemagne de gagner de l'argent sur les prêts qu'elle sollicitait.

Le symbole est fort, il est une preuve éclatante de la domination du capital financier sur l'Union européenne actuelle, avec le rôle que joue l'Euro dans cette hégémonie, cassant les appareils productifs des pays voisins (surtout du Sud) et compressant le « coût du travail », c'est-à-dire les salaires et les droits sociaux, au Nord et surtout en Allemagne.

Des chiffres se passent de commentaires.

L'Allemagne est le seul pays à avoir connu un excédent budgétaire en 2012 : 4 milliards d'euros en 2012, soit 0,2% du PIB. A titre de comparaison, le déficit public s'élève à 4,8% du PIB en France, 10% en Grèce et en Espagne.

Ensuite, l'Allemagne est le seul pays à enregistrer des records d'excédents commerciaux : 188 milliards d'euros en 2012, le deuxième chiffre le plus élevé … depuis 1950.

L'Allemagne a même dépassé pour la première fois en 2011 la barre des 1 000 milliards d'exportations, avec une hausse de 3,7% de leur montant par rapport à l'année précédente.

Il ne convient pourtant pas, comme certains populistes, d'opposer l'Allemagne comme un bloc aux nouvelles « nations prolétaires » du Sud de l'Europe mais bien d'identifier les fractures dans chacun des pays.

En Allemagne, plusieurs millions de travailleurs subissent des formes extrêmes de précarité, celles instituées par les lois « Hartz IV », avec son cortège de « mini-jobs » et autres « jobs à 1 euro », qui ne permettent pas de vivre avec moins de 400 € par mois et maintiennent dans l'indignité sociale.

De quoi rappeler que si la crise profite au capital et à l’État allemand qui le sert, elle n'est certainement pas à l'avantage des travailleurs allemands qui en payent la facture !

 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Aug 2013 à 23:59

Accord de libre-échange: Méfions-nous du Canada, car le castor est fourbe

 

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, négocié depuis 2008, fait peu de vagues en Europe, concentrée sur le partenariat avec les États-Unis. Pourtant, au Canada, la résistance à la doctrine néolibérale s’active contre ce traité. Un exemple à suivre pour les Européens, car l’accord UE-USA n’en sera qu’une copie.

Dans le plus grand secret, l’Union européenne et le Canada négocient un traité de libre-échange depuis 2008, l’Accord économique et commercial global (AECG, CETA en anglais, pour Comprehensive Economic and Trade Agreement). Le Canada réclame un accord avec l’UE, deuxième partenaire économique du Canada, depuis 2004. La signature était prévue pour fin 2011 mais les négociations ont pris du retard et les plus optimistes parlent maintenant de fin 2013.

« Indifférence générale »

Car depuis l’ouverture des discussions sur un accord de libre-échange avec les États-Unis d’Amérique (TAFTA, pour Transatlantic Free Trade Area, qui devrait voir le jour en 2015), l’UE traîne des pieds dans le dossier canadien. Le Canada n’est que le 12e partenaire économique de l’Union, ne représentant que 1,8 % des échanges commerciaux totaux, loin derrière Oncle Sam et ses 14 %. Une puissance commerciale de seconde zone donc pour l’Union européenne, qui toutefois teste pour la première fois son pouvoir de négociation avec un pays du G7. En effet, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en 2009, les accords de libre-échange sont conclus directement au niveau européen, par la Commission européenne, et l’AECG devrait être le premier partenariat signé.

Le premier mais pas le seul, car l’Union européenne noue des accords de libre-échange à la pelle : outre les USA, l’Union négocie sec avec l’Inde et la Corée du Sud. De quoi faire oublier le Canada. « Nous sommes moins importants au commerce européen que l’Inde ou la Corée du Sud. Et notre pays ne compte que 34 millions d’habitants, bien moins que les USA, qui seront un négociateur beaucoup plus coriace lors des discussions. », admet Stuart Trew, responsable du commerce au Conseil des Canadiens, une organisation militante canadienne créée en 1985 pour s’opposer à l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « C’est vrai que ce traité est négocié dans l’indifférence générale », déplore Marie-Christine Vergiat, eurodéputée Front de gauche. « Et le silence le plus total de la Commission européenne n’aide pas à sa médiatisation. »

Résistance canadienne

Si l’accord passe quelque peu inaperçu en Europe, il n’en va pas de même au Canada où militants de gauche, syndicats et ONG organisent la résistance contre le néolibéralisme. Pour Stuart Trew, « Les trente dernières années ont assez prouvé que le libre-échange enrichit les riches et appauvrit les pauvres, menace la santé publique et la défense de l’environnement et encourage à toujours plus de privatisations. »

À la demande du Canada, les négociations ont eu lieu sous le régime dit de la liste négative : tout service public qui n’est pas exclu nommément de l’accord est considéré comme automatiquement inclus, même s’il n’existait pas au moment de la signature. Une aberration pour Judith Kirton-Darling : « Pour nous, les services publics viennent du choix d’un peuple de ce qu’il veut mettre dedans, maintenant ou dans le futur. » La jeune femme est secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES), une organisation dont sont membres les principaux syndicats français. « Sur le principe, nous ne sommes pas opposés à un accord de libre-échange, mais nous souhaitons qu’il soit « gold standard », de la meilleure qualité possible. Il doit protéger le droit du travail, l’environnement et les services publics. », détaille-t-elle.

Outre-Atlantique, les propos sont plus virulents : « Avec cet accord, les grandes multinationales européennes auront accès aux marchés publics canadiens, ce à quoi nous nous opposons totalement. », explique Claude Vaillancourt, président d’Attac-Québec. L’association a contribué à créer le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), qui rassemble syndicats et associations québécoises contre l’AECG. « Par exemple, l’eau est une ressource publique au Canada. On craint qu’avec l’accord, des multinationales type Veolia débarquent. Regardez en Europe, les tarifs ont explosé quand les services de distribution ont été privatisés. »

Traité international, réforme intérieure

Puisqu’au Canada les services publics, ainsi que l’exploitation des ressources naturelles, relèvent de la compétence des provinces, les Canadiens craignent que le traité n’entraîne une perte d’autonomie. Ce sont les provinces qui gèrent les monopoles de service public, comme Hydro-Québec, l’équivalent québécois d’EDF, avant la libéralisation du secteur. « Tous les monopoles du monde entier agacent ceux qui négocient des accords de libre-échange », confesse Pierre-Marc Johnson, ancien Premier ministre du Québec, lors d’une audition devant le Parlement québécois en 2010.

« Du point de vue du Canada, l’AECG relève plus de la réforme intérieure que du commerce. », explique Stuart Trew. Un avis partagé par la Commission européenne qui se félicite des concessions canadiennes. Ainsi, dans une note d’octobre 2012, elle note que : « L’offre canadienne d’accès aux marchés publics est la plus complète et ambitieuse jamais faite par le Canada et ses provinces à un partenaire commercial, y compris les États-Unis. L’offre dépasse même les accords mutuels entre les différentes provinces canadiennes. De cette façon, l’AECG ouvre la voie à une importante réforme intra-canadienne. »

Les entreprises contre la société

Si l’AECG entraînera une privatisation à tout va, il conduira aussi à une possible contestation des lois sociales et environnementales, à cause de la mise en place de mécanismes d’arbitrage investisseur-État (ISDS en anglais, pour Investor-State Dispute Settlement). « Ces mécanismes sont notre plus grande crainte », admet Judith Kirton-Darling. Sous leur nom barbare, ces mécanismes d’arbitrage, hérités de l’accord de libre-échange entre le Canada, les USA et le Mexique (ALENA), permettent à une entreprise privée de poursuivre, devant un tribunal spécial, un gouvernement étranger si une réglementation la prive de profits anticipés. « L’AECG est le premier accord négocié par l’UE où un mécanisme d’arbitrage investisseur-État est intégré. », rappelle la syndicaliste.

Une nouveauté pour l’UE mais pas pour le Canada, déjà confronté depuis de nombreuses années à ce système. À cause des nombreuses lois de protection de l’environnement que le pays a votées, le Canada a été poursuivi 28 fois par des entreprises privées, entre 1994 et 2011, pour un total de cinq milliards de dollars (3,7 milliards d’euros). Dernier exemple en date, le Québec a récemment interdit la fracturation hydraulique, utilisée pour extraire le gaz de schiste. La société canadienne d’exploitation de gaz de schiste Lone Pine Resources, grâce à une filiale aux USA, menace de poursuivre le gouvernement du Québec et lui réclame 250 millions de dollars canadiens (environ 180 millions d’euros) pour profits non-réalisés.

Une plaie pour les citoyens. Selon Claude Vaillancourt, « Les tribunaux spéciaux sont coûteux, antidémocratiques et penchent souvent en faveur des entreprises. Les nombreux exemples issus de l’ALENA en attestent. » Un avis partagé par Judith Kirton-Darling : « Le Canada et l’UE ont les systèmes juridiques parmi les plus développés du monde, il n’y a aucun besoin de ces arbitrages supplémentaires. »

Le Parlement européen, par la voie de sa résolution du 8 juin 2011, s’oppose à la mise en place de ces arbitrages. Et le groupe d’experts mandaté par la Commission européenne pour étudier l’impact de l’accord est lui aussi sceptique. Dans son rapport adressé à la Commission, rendu en juin 2011, il stipule que « l’intégration des mécanismes d’arbitrages investisseur-État dans l’AECG aura un effet bénéfique réduit, tant au niveau économique que social et environnemental. » Mais la Commission européenne et les lobbies économiques ne sont pas près de lâcher le morceau. 

Gentil Canada contre Europe libérale ?

Surtout que l’accord offre plus de libéralisation pour un gain économique au final assez faible. En 2011, le groupe d’experts mandatés par la Commission européenne a évalué ce profit à quatre milliards de dollars en moyenne, tant pour l’Union que pour le Canada, soit une hausse respective du PIB de 0,025 % et 0,27 %.

Originellement, la signature aurait dû avoir lieu fin 2011, mais elle a été maintes fois repoussée depuis. Principale pierre d’achoppement, les quotas d’importation dans l’agriculture. « L’accord permettra aux Canadiens d’exporter leurs bœufs aux hormones, dont se méfient les Européens, et aux Européens d’exporter leurs fromages, qui menacent la multitude de fromageries locales au Canada. », expose Claude Vaillancourt.

Avec une population quinze fois inférieure et un PIB égal au douzième de celui de l’UE, le Canada paraît en position de faiblesse dans ces négociations. D’ailleurs la Commission européenne note qu’« un point clé est que la liste des intérêts que l’Europe a à gagner avec ce traité est beaucoup plus longue que celle du Canada. » « Je ne vois pas bien l’intérêt du Canada dans cette affaire. », renchérit Marie-Christine Vergiat. Les seuls gains pour le Canada seraient une ouverture du marché du bœuf, de certains éléments d’automobile et peut-être du poisson.

TAFTA, récidive de l’AECG 

Un constat que ne partage pas Claude Vaillancourt : « Dans les négociations de libre-échange, c’est souvent le pays le plus néolibéral, en l’occurrence le Canada, qui impose son point de vue, car c’est lui qui pousse le libre-échange le plus loin. C’est le Canada qui a réclamé l’instauration des mécanismes d’arbitrage, c’est le Canada qui a forcé l’UE à avoir recours à la liste négative. Dans les deux cas, l’UE a fini par accepter. » Au détriment des populations, tant canadienne qu’européenne.

Surtout que l’Union européenne joue plus qu’un accord entre deux zones économiques. « Quand l’UE signera l’AECG, cela bloquera sa position pour les accords futurs. », explique Judith Kirton-Darling. En clair, les prochains pays qui négocieront avec l’UE, en particulier les USA, « réclameront les mêmes avantages que le Canada », annonce Claude Vaillancourt. Pour Marie-Christine Vergiat, les Européens devraient s’élever contre l’AECG : « C’est sûr, on mobilise davantage avec les USA, parce qu’ils font plus peur. Mais les dangers sont aussi importants avec le Canada. »

La hausse du prix des médicaments, symbole de la lutte

Ces derniers mois, au Canada, une partie de la campagne anti-AECG s’est portée sur les médicaments. Un médicament sur deux vendus au Canada est un générique. Là-bas, les données d’un médicament sont actuellement protégées durant six ans, pendant lesquels toute recherche d’un médicament générique est impossible. Les laboratoires pharmaceutiques disposent en outre d’une exclusivité de marché pendant deux années supplémentaires, portant à huit ans le temps minimum entre la commercialisation d’un médicament breveté et celle de son générique.
L’Union européenne voudrait augmenter cette durée à huit ans plus deux ans d’exclusivité, soit 10 ans au total, retardant l’arrivée des génériques et obligeant les Canadiens à se tourner vers les médicaments brevetés, plus chers. Un allongement de durée soutenu par les labos européens, qui ne veulent surtout pas perdre une énorme manne financière : chaque année, l’UE vend pour quatre milliards d’euros de produits pharmaceutiques au Canada, soit 12 % de ses exportations vers ce pays. Selon Stuart Trew, cet allongement coûterait aux Canadiens près de trois milliards de dollars canadiens par an (2,2 milliards d’euros).

L'AECG, resucée d'ACTA
En France, une des rares organisations à maintenir la pression est La Quadrature du Net. En analysant un document de travail qui a fuité sur Internet, La Quadrature a découvert que plusieurs mesures de l’AECG concernant les droits de propriété intellectuelle (DPI) sont un copié-collé de celles de feu l’accord anti-contrefaçon ACTA, rejeté par le Parlement européen en juillet 2012. De son côté, la Commission européenne assure que le document est une ancienne version de l’accord, datant de février 2012. « Comme tant l'UE que le Canada étaient alors engagés dans le processus de ratification d'ACTA, il n'est pas étonnant que certaines dispositions de cette version contenaient des formulations qui se trouvaient aussi dans ACTA », déclare ainsi Karel De Gucht, le commissaire européen au Commerce, dans une réponse écrite au Parlement européen, en août 2012. Il précise par la suite que « le chapitre de l’AECG sur les DPI est en cours de révision pour tenir compte de la position exprimée par le Parlement européen sur ACTA. »
Mais la Commission peine à faire passer le message que CETA n’est pas ACTA, allant jusqu’à publier en février 2013 une mise au point… tout en justifiant certaines mesures anti-copyright. Les défenseurs des libertés sur Internet ont de quoi être inquiets, car Karel De Gucht est un vigoureux promoteur d’ACTA. En juillet 2012, la veille du vote devant le Parlement, il déclarait : « Ma position, en tant qu’ardent défenseur des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, est qu’il n’y a rien à craindre d’ACTA. » En voilà un que l'hypocrisie n'étouffe pas.

  • Lire aussi : 

Exclusif. Humanite.fr publie les bases de travail pour l'accord de libre-échange transatlantique

L'exception culturelle, la pillule pour faire passer l'accord de libre-échange Europe-États-Unis

Accords de libre-échange UE/USA : les lobbies n'ont pas à décider de notre avenir (Solidaires)

Benjamin Bultel

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 30 Aug 2013 à 03:12
Le parti communiste chypriote adopte officiellement la ligne de la sortie de Chypre de l'Euro
 
Le CCA salue la déclaration du Parti Communiste de Chypre (AKEL) qui s'engage officiellement pour une sortie de l'Euro.
 

Le CCA salue la déclaration du Parti Communiste de Chypre (AKEL) qui s'engage officiellement pour une sortie de l'Euro.

Chypre, comme la Grèce, fait partie des pays les plus touchés par la violence de l'exploitation capitaliste, par la violence de la politique de casse sociale mise en place par l'Union Européenne.

Le blocage puis la taxation (fait sans précédent) des comptes bancaires de Chypre sont réels et scandaleux, mais ils ne constituent qu'une partie de l'attaque subie par le peuple chypriote. L'offensive des banquiers européens porte sur les salaires, les retraites, le secteur public.

A Chypre, comme en France l’Europe détruit les acquis sociaux au service d’une bourgeoisie européenne de plus en plus avide de profits.

Mais les peuples refusent de plus en plus les diktats des banquiers et des patrons européens. Ce sont désormais 89% des Chypriotes qui disent ne plus croire en l'Union Européenne et 67% qui se prononcent pour une sortie de l'Euro.

Au sein du Parti Communiste Chypriote des débats ont été menés et il en ressort une sévère autocritique. Le parti avait soutenu avec réserve, l'entrée du pays dans l'UE en 2004, puis dans la zone Euro en 2008. Les communistes chypriotes reviennent désormais complètement sur cette position, affirmant que l'UE est contradictoire et irréconciliable avec les intérêts des travailleurs.

C’est pourquoi le PC chypriote appelle à des négociations avec l'Union Européenne pour une sortie de Chypre de la zone Euro.

La position du CCA :

Il est de plus en plus clair que l'Union Européenne est une construction des capitalistes qui leur permet de tirer toujours plus de profit des travailleurs. L’Europe est bel et bien le projet de la bourgeoisie européenne subordonnée aux exigences de la Finance. Par l’instauration de la monnaie unique, de la BCE, du pacte de stabilité, cette bourgeoisie met en place sa stratégie de démantèlement de l’Etat.

La décentralisation a déjà permis d’importants reculs sociaux. La marche forcenée vers la création d’euro-régions permettra de nier les droits nationaux d’un pays au profit des droits européens plus rétrogrades. (celà est en train d’être imposé aux alsaciens contre leur vote par référendum du 7 avril 2013). Comme les peuples sont de plus en plus hostiles à l’Europe, la bourgeoisie européenne confisque la souveraineté des peuples et impose l’Europe. Les banquiers et les patrons utiliseront tous les moyens à leur disposition pour nous imposer leurs diktats. C’est pourquoi il est urgent de lutter contre l’Europe et sa stratégie de casse sociale.

Le CCA salue la décision du PC Chypriote et appelle tous les communistes à proposer des solutions de sortie de l'UE et de l'Euro.

 

L’UE est le rêve des capitalistes et le cauchemar du prolétariat !

Ne laissons pas les capitalistes européens écraser les peuples d'Europe.

Sortons de l'UE !

Sortons de l'Euro !

 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Sep 2013 à 18:46

Jean-Marc Ayrault dénonce le dumping social en Allemagne

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a souhaité vendredi que les pays européens, et singulièrement l'Allemagne, progressent vers un salaire minimum à l'échelle de l'UE, afin d'éviter les "distorsions de concurrence".

Est-ce un retour de baton? C'est au moment où la Chancellière allemande Angela Merkel laisse François Hollande se dépatouiller seul au G20 sur le dossier syrien, que Jean-Marc Ayrault choisit de déplorer le dumping social en Europe et surtout en Allemagne, pour plaider pour l'établissement d'un salaire minimum dansl'Union européenne.

Proposition du rival d'Angela Merkel

Le candidat social-démocrate à la chancellerie allemande, Peer Steinbrück, "propose un salaire minimum, mais cette question du salaire minimum, il faut qu'elle soit posée aussi à l'échelle de l'Europe", a souligné le Premier ministre, interrogé par France Bleu Alsace. à l'occasion d'une visite à Strasbourg. "Lorsqu'on paye quatre euros un travailleur dans l'agriculture, comment voulez-vous que l'on s'aligne ?", a-t-il ajouté, jugeant nécessaire "de payer correctement les gens" et d'éviter "un salariat à deux vitesses".

"J'espère bien que nous allons avancer, que les Allemands vont avancer par leurs choix politiques", a encore estimé Jean-Marc Ayrault, en référence aux élections législatives allemandes du 22 septembre. Le chef du gouvernement a appelé à des progrès "à l'échelle de l'Europe, sinon on n'y arrivera pas, sinon ce sont des distorsions de concurrence et là, effectivement, nos entreprises sont pénalisées".

"Course-poursuite"

Et pour enfoncer le clou, le premier ministre français souligne que la France et l'Allemagne sont aujourd'hui "quasiment au même niveau" en matière de coût du travail dans l'industrie, grâce aux récentes mesures de son gouvernement, a estimé le chef du gouvernement. Il y a en revanche des différences franco-allemandes sensibles dans des domaines comme l'agriculture (à lire: hécatombe dans l'agroalimentaire breton), a admis le Premier ministre, tout en estimant que la France n'avait pas forcément à s'engager dans "une course-poursuite" pour s'aligner sur son voisin en baissant le coût du travail dans les secteurs concernés.

Jean-Marc Ayrault omet cependant de parler l'usage de plus en plus répandu en France des travailleurs détachés, qui s'apparente de même à du dumping social. (à lire Dumping social: le sénateur Eric Bocquet veut plus de contrôle sur les "travailleurs détachés" en France)

  • A lire aussi:

Le dumping social allemand sur le banc des accusés

A Bruxelles, le "non au dumping social"

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 Sep 2013 à 00:03

Les lobbies du tabac  font la loi

Les industriels du tabac viennent d’obtenir, grâce au soutien de la droite, le report du vote au Parlement européen d’une directive visant à réduire le nombre de fumeurs.

Une directive visant à encadrer de manière drastique la vente de tabac devait être votée mardi par le Parlement européen. Mais, à cinq jours du vote, les groupes parlementaires de droite ont obtenu le report du scrutin, maintenant programmé au 8 octobre.

À l’origine de la directive, se trouve l’ambition de réduire le nombre de fumeurs, et donc de morts liées au tabac – estimées à 650 000 par an en Europe, dont 70 000 en France. Le texte prévoit d’imposer un avertissement recouvrant 75 % des paquets, recto et verso. Il envisage également l’interdiction stricte des cigarettes slim et aromatisées (menthol, vanille, fraise…), souvent une porte d’entrée vers le tabagisme. Ces mesures hérissent le poil des industriels, qui craignent pour leurs profits. À titre indicatif, Philip Morris International (PMI) a généré un chiffre d’affaires de plus de 58 milliards de dollars en 2012. L’Europe est son premier marché, avec plus de 223 milliards de cigarettes écoulées en 2010.

Les trusts ne reculent devant rien pour freiner la réglementation. En préparation depuis 2010, l’adoption de la directive est sans cesse reportée. Le 16 octobre 2012, coup de théâtre : le commissaire européen à la Santé, John Dalli, démissionne car il est suspecté d’entretenir des liens étroits avec l’industrie du tabac. « Le “Dalligate” a retardé la directive de plusieurs mois. C’est toute une stratégie », résume Florence Berteletti, directrice de Smoke Free Partnership. L’ONG s’est fait dérober, dans ses locaux, les cinq ordinateurs des salariés qui travaillaient sur la directive… le 18 octobre, soit deux jours après la démission de John Dalli.Officiellement, si les eurodéputés ont repoussé le vote, c’est pour inclure les cigarettes électroniques dans la directive. En réalité, les parlementaires conservateurs et libéraux ont été particulièrement sensibles au lobbying féroce organisé par les industriels. Selon des documents confidentiels révélés par le Guardian, PMI a embauché 161 personnes à Bruxelles dans le seul but de mettre en échec le vote du texte. Le 22 juin 2012, ils avaient déjà rencontré 233 parlementaires – pour certains à quatre ou cinq reprises –, soit 31 % des députés.

L’efficacité du lobbying fait craindre de nouveaux reports du vote. Dès janvier, la présidence du Conseil européen passe à la Grèce, hostile à la lutte antitabac. Et en avril, le Parlement suspendra ses activités avant les élections de mai, renvoyant l’adoption de la directive… aux calendes grecques.

Benoit Delrue



Edité par T 34 - 19 Sep 2013 à 19:10
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Sep 2013 à 21:25

La charge d’Oxfam contre l’austérité

Selon l’ONG, on pourrait compter 25 millions de pauvres de plus dans dix ans. Elle préconise pour l’Europe de tourner la page des politiques d’ajustement structurel, comme l’ont fait l’Amérique latine ou l’Asie du Sud-Est.

La prédiction d’Oxfam pour l’Europe est sombre. « 15 à 25 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de pauvreté d’ici à 2025 si les mesures d’austérité se poursuivent, ce qui équivaut à la population totale des Pays-Bas et de l’Autriche », dévoile l’organisation non gouvernementale (ONG) dans son rapport, « Le piège de l’austérité », publié jeudi dernier. L’Union européenne (UE) comptait en 2011 déjà 120 millions de pauvres, pour 503 millions d’habitants. Pour revenir aux niveaux de pauvreté d’avant 2008, il faudrait dix à 
vingt-cinq ans.

L’association tire la sonnette d’alarme contre les politiques d’austérité menées dans l’UE pour répondre à la crise de 2008. « L’expérience européenne est étonnamment similaire aux politiques d’ajustement structurel imposées à l’Amérique latine, à l’Asie du Sud-Est et à l’Afrique subsaharienne dans les années 1980 et 1990 » sous l’influence du Fonds monétaire international (FMI), prévient Oxfam.

Le rapport indique que tous n’ont pas payé la crise de la même manière. « Le fardeau de responsabilités des excès des années précédentes a été transmis aux plus vulnérables et aux moins coupables », accuse l’ONG, qui dénonce l’augmentation de la TVA comme une « imposition régressive qui affecte de manière disproportionnée les personnes à revenus plus modiques ».

Oxfam s’inquiète de la baisse vertigineuse des dépenses publiques. Ainsi, entre 2010 et 2014, elles seront réduites d’un montant équivalant à 40 % du PIB en Irlande. Au Royaume-Uni, « 1,1 million d’emplois publics seront supprimés de 2010 à 2018 ».

L’ONG se soucie aussi du démantèlement des systèmes de négociation collective entre patronat et syndicat dans des pays tels que la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne, qui réduiront « encore davantage la capacité des travailleurs à sécuriser une augmentation vitale de leurs salaires ».

Ces politiques, mises ensemble, dégradent les indicateurs sociaux. Le taux de 
chômage et particulièrement celui des jeunes grandit, de même que le nombre de travailleurs pauvres. Et les inégalités se creusent.

Le rapport préconise d’autres politiques et trace les grands traits des expériences de pays latino-américains ou d’Asie du Sud-Est qui ont tourné le dos aux « politiques promues par le FMI » et sont sortis de la crise. Ce virage est marqué par un rôle accru pour l’État dans l’économie, des politiques fiscales redistributives ou par un contrôle des taux de change et des capitaux. Le rapport note que, dans ces pays, « les institutions publiques ont été renforcées ».

Cela a été possible grâce au « rôle primordial dans le changement de cap politique de ces pays » de la « société civile », qui s’est mobilisée contre les plans d’ajustement structurel.

Pour l’UE, Oxfam préconise des « alternatives à l’austérité » et recommande la création de programme de relance, l’investissement dans les services publics, l’établissement de systèmes fiscaux justes, le renforcement de la démocratie et le maintien de l’aide au développement. Tout un programme.

Gaël De Santis

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  Citer Résistance Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 08 May 2014 à 22:41



Si nous avions jusqu’à présent toutes les raisons de croire que l’Europe était au service des États-Unis, elle ratifiera d’ici peu un traité qui officialisera la chose. Le traité en question (Transatlantic Trade and Investment Partnership - TTIP - ou Tafta), qui en dit déjà long sur la question, « visera à éliminer les obstacles inutiles au commerce et à l’investissement, y compris les obstacles non-tarifaires par le biais de mécanismes efficaces et efficients, en réalisant un niveau ambitieux de comptabilité de la réglementation des biens et des services ». En clair, les marchés des États-Unis et de l’Union européenne auront fusionné. Ils ne feront plus qu’un.

Les néo-libéraux nous présentent cette affaire comme l’opportunité de rapprocher deux grands marchés qui représentera environ 60 % du commerce mondial. Difficile pourtant de trouver quelque chose qui plaide en faveur des pays européens : la suppression des barrières commerciales permettra de donner le feu vert à l’invasion du Vieux Monde par les multinationales américaines.

C’est d’autant plus incompréhensible que les Européens ont pourtant fait l’expérience, à une plus petite échelle, qu’un marché non régulé signifiait purement et simplement la disparition des plus faibles. La Grèce, l’Espagne et l’Italie succombent dans un marché unique devant l’Allemagne. Les petites entreprises y sont surclassées par les multinationales et les actifs en pays en souffrance vendus à des entreprises la plupart du temps étrangères, le tout sous couvert de privatisation.

Si tout ceci se passe déjà à l’échelle européenne, les conséquences pour notre continent à une échelle transatlantique seront considérables. À Bruxelles, le drapeau européen pourra sans problème céder sa place au drapeau blanc de la capitulation. Nous renoncerions à notre économie, à notre souveraineté, à notre propre histoire. Des mots que les bureaucrates de Bruxelles n’ont eu de cesse de mettre à l’index.

Pis. C’est au nom du TTIP qu’on amputera les dépenses publiques pour financer un secteur financier aux abois. Au lieu de bénéficier au plus grand nombre, ce traité représente une attaque aux standards sociaux, environnementaux et économiques, menées dans l’intérêt des grandes entreprises représentées par des lobbies que sont BusinessEurope et la United States Chamber of Commerce.

Bien entendu, on se garde bien de soumettre ce projet au débat public. Les citoyens ne peuvent s’appuyer que sur de rares informations qui révèlent des plans brutaux, comme la mise en place de tribunaux privés qui permettent aux multinationales contre les Etats qui porteraient atteinte aux profits futurs de ces entreprises. Et on parle d’inclure dans l’accord TTIP un dispositif institutionnel permettant, au-delà dudit accord, la poursuite de négociations sur les réglementations afin de réduire les obstacles encore existants et de prévenir la création de nouveaux. Ce qui signifie que la ratification du TTIP ne constituera que le début d’une vague de libéralisation et de dérégulation qu’il autorisera.

On parle de mettre en œuvre le TTIP dans les cinq prochaines années. Ses instigateurs ne veulent pas perdre de temps. L’Union européenne et les États-Unis sont mal en point, et on craint la vivacité de la Chine et de la Russie, dont les échanges devraient augmenter suite aux sanctions imposées à Moscou par l’OTAN après la récente crise de Crimée.

L’espoir réside dans le réveil des peuples européens. Il ne suffira plus d’être seulement eurosceptique ; il faudra aussi être atlantosceptique… à moins que ces deux adjectifs ne signifient tout simplement la même chose.

Capitaine Martin

http://www.resistance-politique.fr/article-ttip-le-traite-qui-signera-la-capitulation-de-l-europe-123565458.html
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