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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Apr 2013 à 20:10

Le Huffington Post est associé au journal "Le Monde"

 
 

Il n’y a pourtant pas de quoi se vanter et le mettre en sous-titre. Cependant, si certains lecteurs se demandaient s’il n’y a malgré tout pas une certaine indépendance de ce journal par rapport à la droite, il jugeront par eux-même sur ce qui est dit à propos des élections au Vénézuéla.

Il est écrit, par exemple, ici "Henrique Capriles a dénoncé des "abus" dimanche, accusant le gouvernement d’avoir envoyé des textos à des fonctionnaires et d’autres électeurs afin de les pousser à voter en faveur de son adversaire."

Or, si "abus" il y a eu... ils ont en fait été dénoncés, mais par le gouvernement et venant du leader de la droite elle-même... ! (Entre autres exactions, bien plus graves).

Mais pardonnons ce flou sans doute artistique de traduction et voyons ici :

"Henrique Capriles ? "Un fasciste prince de la bourgeoisie parasite". L’opposition ? Elle complote pour le faire assassiner. L’Amérique d’Obama ? Elle complote également, cette fois pour éliminer son opposant et faire porter le chapeau aux chavistes. Hugo Chavez ? Un saint dont le cancer lui a été inoculé par "les pays impérialistes ennemis du Venezuela".

Entre paranoïa et harangues anti-impérialistes, Nicolas Maduro a aussi – un peu – parlé politique. Le candidat chaviste a tout de même pris un certain risque en s’emparant du thème de l’insécurité, un des plus flagrants échecs de son ancien mentor. "Je serai le président de la paix et de la sécurité", a-t-il affirmé. Une gageur dans un pays qui détient le taux d’homicide par habitants le plus élevé d’Amérique du Sud. "

Et, sur la même page, cet encadré :

Des "élections profondément anti-démocratiques"

De quoi donner un avant-goût de ce dont vont être bombardés les Français par les médias qu’ils trouvent le plus facilement ? Fraude électorale et blablabla... Insécurité et blablabla... Déficit économique et blablabla... Ah ! Vive le néo-libéralisme et la "concurrence libre et non faussée" !

Cet article est écrit en Français. Les Français sont donc conviés à avoir une "opinion" sur un pays lointain dont ils ne savent, en majorité, rien... mais dont le nouveau président ne convient pas à la droite. Les Français sont donc appelés à jouer le rôle du chœur, sous la forme de la "Communauté Internationale", pour aider les multinationales à piller à nouveau le Vénézuéla, à le remettre en esclavage – comme au temps de leurs grands parents, au temps des "colonies"...

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Apr 2013 à 16:32

Bernard Thibault: "La disparition de l'Humanité signifierait un repli de la démocratie"

Urgence pour l'Humanité. Ancien secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault appelle à soutenir l’Humanité en cette période des plus difficiles. Il revient sur son rôle unique dans le traitement de l’actualité sociale et dans...

le débat pour des alternatives.

Notre journal accuse une nouvelle fois de sérieux problèmes de trésorerie qui mettent jusqu’à son existence en péril. Que représente l’Humanité pour vous dans le paysage actuel de la presse française ?

Bernard Thibault. L’Humanité a une caractéristique unique, celle d’entretenir, à sa manière et sur toute une série de sujets, l’idée d’alternatives possibles aux politiques mises en œuvre. Et c’est en soi suffisamment original pour être souligné. Trop de titres de la presse écrite sont dans une sorte de conformisme ambiant et il faut évidemment s’inquiéter de l’éventuelle disparition du seul quotidien qui s’efforce de donner de la voix à tous ceux qui travaillent à l’alternative. C’est la première chose. La seconde, c’est que l’Humanité est également le seul quotidien, en tout cas je le considère comme tel, qui donne, dans des proportions importantes, la parole à ceux que l’on entend peu. Singulièrement les travailleurs. L’Humanité consacre un espace unique aux paroles syndicales, à de multiples paroles syndicales et, là encore, c’est assez exceptionnel pour être souligné. En clair, dans l’hypothèse que je ne saurais envisager d’une absence de l’Humanité à l’avenir, il n’y aurait plus aucun titre de la presse écrite dans lequel les mobilisations, les approches et les expertises syndicales pourraient être popularisées. Il faut donc tout faire pour assurer sa pérennité.

 

Lors de grands mouvements sociaux comme le CPE, la bataille des retraites ou plus récemment contre l’ANI, quel a été le rôle de l’Humanité ?

Bernard Thibault. L’Humanité a fait partie des supports qui ont pris le temps de décortiquer, d’informer, d’analyser et de ne pas s’en tenir au discours officiel. Dans la dernière période, elle a notamment permis de donner aux lecteurs les moyens d’accéder, par le détail, au contenu d’un texte comme celui de l’ANI. Un texte qui peut apparaître rébarbatif, et qui l’est d’ailleurs. Un texte qui peut aussi apparaître opaque quand on n’est pas un spécialiste du droit. Mais un texte qui, pourtant, touche au quotidien les salariés. Et pour tout cela, l’Humanité est un support d’éducation populaire.

 

Dans le cadre d’une crise de la presse sans précédent, le danger qui pèse sur l’Humanité est aussi une menace pour le pluralisme…

Bernard Thibault. Dans le domaine des médias, la menace sur le pluralisme est malheureusement une tendance lourde. Qu’ils soient radio, télévisés ou écrits, les médias sont de plus en plus dépendants de leur actionnariat. Les intérêts économiques et stratégiques de cet actionnariat se mêlent alors aux besoins de maîtriser les canaux d’information. La encore, une absence de l’Humanité signifierait simplement une diminution de l’indépendance de la presse à l’égard des pouvoirs d’argent, industriels mais aussi financiers. Il ne s’agit pas là simplement de la défense d’un titre, mais aussi de la défense d’un pluralisme capable de donner de l’espace aux alternatives, source de débats, de polémiques, d’enrichissement.

 

Dans son histoire et dans sa façon de travailler, l’Humanité a souvent su tisser avec la CGT des relations particulières. Une histoire fraternelle et constructive ?

Bernard Thibault. C’est un fait. L’Humanité est sans doute le seul titre de presse qui s’intéresse en permanence au syndicalisme, et qui rende compte régulièrement de ce que peut dire et faire la CGT, à toutes les pistes sur lesquelles nous essayons de réfléchir. Cela ne signifiant pas qu’il y a une connivence systématique. Mais il n’existe pas d’autre titre de la presse écrite aussi attentif aux prises de position et aux actions de la CGT sur les grands sujets du moment. L’Humanité n’hésite pas à lui consacrer de l’espace et, à ce titre-là, entre l’Humanité et la CGT, existe un lien particulier. L’Humanité est porteuse de débats et d’alternatives, sa disparition signifierait aussi, tout simplement, un repli de la démocratie.

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  • A lire aussi:

Appel pour une nouvelle souscription populaire

Entretien réalisé par Marion d’Allard

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Apr 2013 à 22:52

"Vive la crise !"

Par Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

Le 22 février 1984, Antenne 2 diffuse une émission surprenante par sa violence idéologique. Son objectif est de faire comprendre que les services publics, les protections sociales et l’État redistributeur des richesses, c’est ter-mi-né ! Christine Ockrent annonce au journal télévisé de 20 heures qu’un Conseil des ministres exceptionnel a pris des mesures d’urgence, dont la baisse de 20 % des allocations des chômeurs ou l’établissement d’une liste de médicaments qui ne seront plus remboursés. Le téléspectateur est sous le choc : ces mesures sont en conformité avec le tournant libéral pris sous le masque de la « rigueur » et de la « désinflation compétitive » par le gouvernement socialiste depuis 1983.

Yves Montand apparaît et annonce que «ce flash est un faux. Vous avez eu peur, et c’est normal car vous vous y attendiez !». Selon lui la France connaît aujourd’hui «une véritable mutation» et doit entrer « dans un monde nouveau». Il se charge donc avec enthousiasme et cynisme d’expliquer les raisons de la crise de manière « aussi passionnante qu’un film ».

Yves Montand montre, reportages à l’appui, que les privilèges des Français sont tellement intégrés dans la vie quotidienne qu’ils paraissent « naturels ». Après la demande d’un treizième mois de salaire, d’un quatorzième, et pourquoi pas d’un dix-septième : toujours plus ! Or ces privilèges, « c’est fini ! » proclame avec vigueur Yves Montand. Michel Albert est aussi présent. C’est un oligarque comme les aime le libéralisme avec des fonctions dans la finance combinées avec du pouvoir dans les institutions européennes et dans les médias, et enfin au cœur de l’État avec la responsabilité de la planification dans le développement de l’économie. Il n’hésite pas à parler d’un « retournement historique, l’Europe commençant à glisser vers le sous-développement ». La violence de la charge étant jugée insuffisante, il menacera même l’Europe, si les mesures drastiques ne sont pas prises, « de devenir une sorte d’Afghanistan » !

Les experts libéraux de droite comme de gauche, assumant désormais la liberté totale des mouvements du capital, ponctuent de leur savoir cette émission, comme Denis Kessler, diplômé d’HEC et futur numéro deux du Medef, ou Alain Minc, inspecteur des finances après être sorti major de sa promotion de l’ENA, qui était en 1984 directeur de la compagnie Saint-Gobain. Ce dernier personnage est emblématique de ces libéraux qui peuvent conseiller les présidents de la République de la gauche libérale ou de la droite extrême : François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy.

La conclusion d’Yves Montand : « Notre bateau tangue, il menace de couler. Que le gouvernement soit de droite ou de gauche, on ne peut plus gouverner ce bateau. Les recettes politiques ne marchent plus. Toutes les issues sont bloquées. Les idéologies, c’est de la blague, ça ne sert plus à rien. » Yves Montand présente en apothéose une rencontre idyllique entre Reagan et Thatcher, certainement dépourvus de toute idéologie, et un reportage-fiction dans lequel les ouvriers d’une entreprise préfèrent se mettre à temps partiel avec un demi-salaire plutôt que d’être confrontés au chômage.

L’histoire bégaie. Les spéculateurs ont mis en péril la finance mondiale. Les travailleurs devront payer les pots cassés. Après Thatcher, ils ont eu Blair. Après Sarkozy, nous avons Hollande. Il va falloir que l’histoire parle clair.

 

Dernier ouvrage paru :
l’Argent sans foi ni loi, conversation avec Régis Meyran, Paris, Textuel, 2012.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon

Eufemismos de terror en Venezuela: 8 asesinatos de chavistas son `enfrentamientos


Edité par T 34 - 20 Apr 2013 à 19:28
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Apr 2013 à 23:45

En direct des ondes patronales (extraits)

par Benjamin Accardo, Blaise Magnin, Denis Perais, le 19 avril 2013

Les « matinales » et les « rendez-vous » politiques des grandes radios, bien qu’ils n’aient pas l’impact des JT en termes d’audience, font référence dans le paysage de l’information. Aussi, la qualité du traitement des grands dossiers socio-économiques y apparaît-elle particulièrement cruciale. La comparaison, au sein de quelques-unes de ces émissions radiophoniques, du nombre d’invitations réservées aux représentants du patronat et des milieux d’affaires d’un côté, et des syndicats de salariés de l’autre, peut constituer un bon indice du pluralisme qui y a cours. Résultat ? Une victoire par KO des représentants du patronat.

Une présence démesurément patronale

Le décompte détaillé des invitations (voir ci-dessous) montre que les « grands rendez-vous » de l’information des principales radios ne s’encombrent pas avec la recherche d’un quelconque équilibre : 151 invitations pour les représentants du patronat et des milieux d’affaires (71,9 %), et 59 seulement (28,1 %) pour ceux des syndicats de salariés. La distorsion devient même vertigineuse lorsque l’on sait que la France compte 2,7 millions d’entreprises, et donc autant d’entrepreneurs, pour… dix fois plus d’actifs (28,4 millions) !

Pis encore : en dehors de Laurence Parisot, ce sont des représentants de la centaine d’entreprises qui dépassent le seuil de 5 000 salariés qui monopolisent la parole, les représentants des petites et moyennes entreprises n’ayant pas droit de cité au micro des « grands intervieweurs ». Ce qui ne veut pas dire que leur situation n’est pas régulièrement convoquée à l’antenne par les éditocrates pour justifier des politiques toujours plus favorables à toutes les entreprises. RMC s’illustrant particulièrement dans cet exercice (voir p. 32-33, « À quoi sert RMC ? »).

Décompte précis par station

- Europe 1 : entretiens matinaux de Bruce Toussaint et de Jean-Pierre Elkabbach (18 juin 2012-11 mars 2013) + « Le Grand Rendez-Vous » (2 janv. 2011-10 mars 2013) :
- Patronat, milieux d’affaires et de la finance (MAF) : 68, dont Laurence Parisot (8), Jacques Attali (5), Alain Minc (3)
- Syndicats : 17. CFDT (6) + CGT (8) + FO (2) + Solidaires (1)

- RTL : entretiens matinaux de Jean-Michel Aphatie (18 juin 2012- 11 mars 2013) + « Le Grand Jury » (3 sept. 2006-10 mars 2013) :
- Patronat et MAF : 39. Laurence Parisot : 10
- Syndicats : 17. CFDT (6) + CGT (10) + FO (1)

- RMC : entretiens matinaux de Jean-Jacques Bourdin (18 juin 2012-11 mars 2013) :
- Patronat et MAF : 13. Laurence Parisot : 4
- Syndicats : 5. CFDT (2) + FO (2) + CGT (1)

- France Inter : entretiens matinaux de Patrick Cohen (18 juin 2012-11 mars 2013) + « Radio France Politique » devenu « Tous politiques » (4 sept. 2011-10 mars 2013) :
- Patronat et MAF : 18. Laurence Parisot : 1
- Syndicats : 11. CFDT (5) + CGT (4) + FO (2)

- France Info : entretiens matinaux de Raphaëlle Duchemin (18 juin 2012-11 mars 2013) :
- Patronat et MAF : 13, dont Laurence Parisot (3), Jacques Attali (1)
- Syndicats : 9. CFDT (5) + CGT (2) + FO (2)

- Total  :
- Patronat et MAF : 151, dont 26 rien que pour Laurence Parisot, 8 pour Jacques Attali et 5 pour Alain Minc [1]
- Syndicats : 59. CFDT (24) + CGT (25) + FO (9) + Solidaires (1)

[…]

***

Notes

[1] Jacques Attali et Alain Minc ont été comptabilisés comme représentants du patronat puisqu’ils sont eux-mêmes dirigeants d’entreprise (le premier est président de Planet Finance, le second d’AM Conseil).

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Apr 2013 à 17:05
Une politique rabougrie, une majorité recroquevillée, une France isolée du monde, hachée par la kalachnikov « Vote-utile » et anesthésiée par le Parti de la Presse et de l’Argent
 
Les Echos, L’Express, Le Monde et Le Grand Soir : cherchez l’intrus.
 

Le principe du référendum révocatoires existe dans des pays comme la Suisse, la Bolivie, le Venezuela et dans certains États des USA, mais pas en France.

Par suite, un candidat peut attirer les suffrages des électeurs sur un programme alléchant dont il sait qu’il se démarquera aussitôt élu. Jean-Jacques Rousseau avait dénoncé (il y a 250 ans !) les limites d’une telle démocratie  : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » (Extrait du contrat social, livre III, chapitre XV).

La presse bénéficie de la même dispense de rendre compte, elle qui capture lecteurs occasionnels et abonnés au nom d’une impartialité, d’une objectivité, du droit à informer qui ne sont que des leurres. Il n’y a pas en France une seule télévision de gauche, pas une seule radio de gauche, pas un seul « grand » journal qui ne soit propriété partielle ou totale d’un groupe industriel ou bancaire. Hormis ceux qui vivotent et s’adressent à un public restreint de convaincus, tous (ou presque) sont argent. Et leur impunité est totale.

La sanction des lecteurs est illusoire. Comme les électeurs, ils sont captifs. Roulés dans la farine, ou bien ils souscrivent à la condition du bonheur donnée par Voltaire (être imbécile) ou bien, conscients de l’arnaque, ils n’ont pas de vrai choix.

En effet, les médias qui font l’opinion sont partout, se valorisent les uns les autres, se congratulent, se promeuvent et bernent en boucle et en famille les citoyens les moins avertis (et les plus nombreux). Ne pas les lire, ni les voir, ni les écouter ? Vos collègues, amis et familles le feront pour vous et vous parleront de ce qu’ils ont appris, comme on rapporte une parole de l’Oracle. Fuyez-les et vous deviendrez autiste, étranger dans votre pays, porteur d’une lourde et suspecte anormalité.

Les journalistes les plus en vue sont coutumiers de l’inceste avec le monde politique. Pour un couple connu de journaliste/politicien, cent autres, dans l’ombre, sont issus des mêmes écoles, des mêmes quartiers, fréquentent les mêmes restaurants et lieux de vacances et y dépensent les mêmes sommes. Et parmi ceux qui n’en sont pas, tâcherons pigistes en CDD, bien peu ont le goût de la résistance (et du martyr). On peut dire des journalistes ce que le philosophe disait des écrivains : «  Quand je vois un jeune auteur arriver de province avec de l’esprit, de la vanité et une plume facile, je ne sais pas au juste quelle opinion il prendra, mais je sais celle qu’il ne prendra pas. » (Alain « Propos sur le pouvoir »). Ailleurs, il affirme que « la pente est à droite ».

La consanguinité idéologique couvre tout, invisible, et pour cela, elle est d’une redoutable efficacité. Le référendum révocatoire des journalistes enfumeurs n’existe pas, et la démocratie en souffre. Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach vous le confirmeront, et Jean-Michel Aphatie (« Des prrrrreuuuveus, je veux des prrreuuveus !  ») et Laurent Joffrin, ex-vacancier avec Le Pen, et Plantu qui accepta 10 000 euros du Qatar et qui se tait sur cette dictature(1), et Pujadas qui annonça un taux effrayant de pauvreté au Venezuela « où n’existe qu’une seule voie ferrée » et Libération qui truqua les paroles de Chavez pour en faire un antisémite, et Le Monde qui manipule ses lecteurs pour qu’ils croient que Maduro a raconté aux indigènes qu’une malédiction « vieille de plusieurs siècles » s’abattrait sur eux s’ils votaient mal, et Canal Plus (2), et Rue89, fils caché de Libération, qui se vend au Nouvel-Observateur (6,5 millions d’euros), invite Marine Le Pen dans ses locaux et traite de « bruns » ceux (comme LGS) qui combattent sans faiblir la valseuse au bal des néo-nazis viennois, et, et, et…

Voyez les trois titres ci-dessous, dont deux signalent l’apaisement de troubles constatés dans un pays qui vient de voter, mais sans nous dire qui les a fomentés, tandis que le troisième nous assure qu’ils perdurent. Et voyez aussi, por favor, sous un quatrième titre, quels enseignements on peut tirer, pour notre gouverne, de ce qu’il advint le 14 avril 2013 outre-Atlantique, d’où un miroir nous est tendu.

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22/04/2013 - INTERNATIONAL : Nicolas Maduro investi président dans un climat moins tendu
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19/04/2013 LEXPRESS.fr - Venezuela : un climat apaisé pour l’investiture de Nicolas Maduro
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19.04.2013 - Venezuela : l’investiture mouvementée de Nicolas Maduro
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24 avril 2013. Notez le crêpe patriotique sur le bandeau

Le monde entier se presse à Ussel (Corrèze) devant la dépouille de l’ennemi de la Finance.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a prêté serment devant les délégations de haut niveau, venues de 14 pays, dont la Chine, la Russie et l’Iran. Parmi les chefs d’Etat latino-américains, on notait la présence de Cristina Kirchner et de Dilma Rousseff , présidentes de deux pays (Argentine, Brésil) qui totalisent près de 11, 3 millions de km2 (soit 20 fois la France métropolitaine) et près de 230 millions d’habitants (3,6 fois l’Hexagone).

Depuis les Nations Unies, le Mouvement des Pays Non Alignés, qui réunit 120 Etats, a félicité Nicolas Maduro pour son élection.

La Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (Celac) qui regroupe tous les états américains, sauf le Canada, les États-Unis et le Paraguay (exclu après le coup d’Etat de 2012), a publié un communiqué officiel demandant le respect du vote émis par la majorité des électeurs le 14 avril et se solidarisant avec les familles des victimes des commandos de l’opposition.

Sans être mathématicien, on constate qu’une écrasante majorité des pays de la planète salue l’élection de Nicolas Maduro.

Le nombrilisme des pays atlantistes, le parti pris de leur presse classique-archaïque peuvent laisser croire que la contrariété des USA et d’une partie des pays membres de l’Union européenne, dont la France, dirigée par le PS (Parti Solférinien), sont représentatifs de l’opinion du monde sur le Venezuela. En vérité, les pays hostiles à Maduro, comme ils l’étaient à Chavez, sont très minoritaires en nombre, en superficie et en population. Seuls, leur égo, leur égoïsme, leur aveuglement, assaisonnés de relents néo-colonialistes pèsent lourd.

Lors de l’investiture officielle de Nicolas Maduro, la France était représentée par la ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, dont nul ne connaissait le nom (Hélène Conway-Mouret). L’Espagne (pourtant royaliste et de droite) avait envoyé le président du Congrès des députés, accompagné du secrétaire d’Etat à la Coopération internationale en charge de l’Amérique latine.

Après avoir délégué le ministre des Outre-mer aux obsèques de Chavez en mars, la France signifiait ainsi pour la deuxième fois, en avril, son aversion pour quiconque se met en tête de développer un « socialisme du XXI ème siècle » sous le nez de l’Empire.

La France ? Non : le Parti social-libéral qui dispose de tous les postes et pouvoirs : président de la république, gouvernement, assemblée nationale, sénat, régions, beaucoup de conseil généraux et de nombreuses municipalités, soit, au total, des centaines de milliers de militants élus à travers le pays. Ceux-là ont la puissance politique pour faire concrètement avancer l’idéal socialiste. Ils l’ont.

Les apparatchiks de ce parti qui usurpe le mot « socialiste » sont rejetés par la France. Minoritaires dans l’opinion, méprisés dans les usines, ils ont fait en mai 2012 un hold-up sur l’Hexagone, armés du redoutable « Vote-utile » braqué sur la tempe des gens de gauche.

Dans aucun des pays du monde où sont mises en œuvre des politiques de justice sociale, de récupération des richesses nationales, de redistribution égalitaire, d’aides aux pauvres, d’octroi de droits nouveaux aux travailleurs, de hausses des salaires, de refus d’une hégémonie extérieure prédatrice, ils ne sont les bienvenus avec les discours qu’ils tiennent aux Français.

Dans son propre pays et jusque dans son propre fief (Ussel), le président François Hollande doit ruser pour éviter les habitants. On a vu Valérie Trierweiler, qui n’est rien au regard de nos Institutions (même pas CRS), intervenir physiquement pour éloigner une caméra qui aurait pu montrer une image que le peuple ne doit pas voir. Il n’est écrit nulle part que la compagne du président (par ailleurs journaliste) dispose du droit d’empêcher la presse de travailler. Rien qui l’autorise à se livrer publiquement, par la parole et le geste, à un acte de censure.

 

Tandis que tout le tiers monde pleurait le président Chavez, tandis que le peuple vénézuélien se pressait pour lui rendre un dernier hommage ému, François Hollande a dû annuler deux déplacements en province (Ardèche et Drome) par crainte des réactions des autochtones, mécontents d’avoir été si vite trahis par lui qui, pour être élu, se déclara ennemi de la finance et qui s’est mis à son service dès sa prise de fonction. Il n’est qu’au Maroc, en voyage officiel chez un despote, qu’il put marcher sans craindre les quolibets, onze mois après son élection.

Une politique rabougrie, une majorité recroquevillée, une France qui s’isole du monde de demain, tel est le bilan de Normal 1er, cerné par une cour de flatteurs cupides qui ont compris que cinq ans peuvent suffire à des malins et beaux-parleurs pour engranger des profits, prébendes, sinécures, rentes, pensions, retraites.

Demain, rassurés sur leur sort, confiants en leur avenir si vite et si bien assuré, ils sonneront le tocsin pour que vous renouveliez leur bail afin qu’ils reprennent du rab et que les retardataires de l’appareil solférinien, les pas servis ou mal servis, aient le temps de s’asseoir à la table du festin.

Et si vous ne croyez plus ces hommes, leurs promesses, leurs discours, malgré leurs sourires et leurs poignées de main, ils sortiront de sous leur gabardine l’inusable kalachnikov du Vote-utile et votre trouille fera le reste.

Vous préférez les ripoux aux voyous. D’autres préfèrent les voyous. Avec eux, vous assurez l’alternance qui interdit toute alternative.

Vous êtes trop petit-doigt-levé pour hurler « Du balai ! » et assez peu hispanophones pour ajouter : « Que se vayan todos ! ».

Ah ! Vous vous récriez : « Pas moi ! Fini ! Quoi qu’il advienne ! »  ?
A voir.

Vladimir Marciac.


(1) De Jack Lang à Jean Daniel, en passant par Dominique Baudis, Edmonde Charles-Roux, Renaud Donnedieu de Vabres et Anne Roumanoff, 66 personnalités françaises de la culture ont été décorées par le Qatar en 2010 qui leur a remis un chèque de 10.000 €.

(2) Apprécions cette rafale de mensonges débités sur Canal Plus (20 novembre 2007) par le chroniqueur Ariel Wizman, qui n’a pas été démenti, ni en direct, ni jamais : « [Chavez], c’est un type qui est ouvertement antisémite, c’est également quelqu’un qui instaure la répression avec des bandes armées, des escadrons de la mort, une confiscation des ressources, un bâillonement de la presse en général dans son pays. »

La Chine s’éveille, Sartre dort, Libération est mort.

 
Dans son éditorial de Libération (24 avril) François Sergent affirme que « François Hollande visite aujourd’hui une prison immense : la Chine ».

Or, le pays du monde qui compte le plus de prisonniers, en pourcentage et en nombre, est présidé par Obama. Imagine-t-on Sergent écrire un jour : « François Hollande visite aujourd’hui la plus grande prison du monde : les USA » ? Hmm ? Imagine-t-on ?

Sergent reproche à Hollande de ne pas bien défendre la liberté en Chine, en Russie, en Algérie. Curieusement, il oublie de citer une dictature théocratique où le roi dispose de 20 palais et son peuple de gourbis moyenâgeux : le Maroc que notre président visita ces jours-ci en s’extasiant sur ses « pas décisifs vers la démocratie » et se disant honoré d’être reçu par le despote.

Si les observateurs de l’ONU déplorent la persistance de la torture au Maroc, cela ne vaut pas un édito de Libé. Si en Arabie saoudite (championne du monde de la décapitation) les femmes peuvent enfin faire du vélo, voilées, accompagnées d’un parent (et dans une rue discrète), cela fait sourire nos éditorialistes. Sourire.

Et s’il existe un pays où l’on n’emprisonne pas les journalistes, ne les muselle pas, même s’ils insultent le chef de l’Etat, appellent à l’assassiner, organisent un putsch contre lui, Libération s’acharne à le balafrer de mensonges, à salir celui qu’Alexandre Adler appela le « gorille bolivarien ».

C’est la règle des médias : vigilance sur la question des droits de l’Homme dans les pays concurrents ou ennemis des USA et complaisance pour des dictatures « amies ».

Parfois, à lire LGS, journal gratuit, je suis fier de ne pas y côtoyer des François Sergent et je suis prêt à payer pour continuer à écrire ici.

Théophraste R. (Chef du bureau « Distribution équitables des bons et mauvais points aux pays étrangers »).

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Une petite crapulerie de Jacques Attali

 
 

Jeudi 25 avril, l’émission “ Des Paroles et des Actes ” recevait Jean-Luc Mélenchon. Cette émission est un exploit physique et intellectuel. L’invité doit répondre, deux heures durant, sans jamais faiblir, à un feu roulant de questions posées par des interlocuteurs successifs. Il va de soi que Mélenchon est reçu sur ce plateau de manière moins urbaine que d’autres politiques.

Dès sa prise de parole, le tout petit Pujadas (beaucoup de choses furent petites durant ces deux heures) présenta le co-président du Front de gauche en disant qu’il « éructait ». Ce qui signifiait qu’il renvoyait par la bouche des gaz contenus dans l’estomac (éructer appartient à la même famille que rot). Une personne qui éructe est pour le moins excessive : « Dans ce “ oh ” éructé du fin fond de la gorge, un monde de haine tenait » (Courteline). Mélenchon ne releva pas l’insulte.

Nous eûmes droit à la médiocrité de Nathalie Saint-Cricq, chef du service politique de France2 (ah, le grotesque de sa séquence people !). Ce cadre important du service public tenta, pendant vingt minutes, de désarçonner Mélenchon à propos de certaines expressions fortes et colorées qu’il affectionne, comme le « coup de balai », qu’il a effectivement utilisé, et le « salopard », prononcé par un de ses camarades et qu’il a assumé. Mélenchon justifia ce terme en expliquant que des ministres européens qui enfoncent le peuple grec dans la misère se conduisent de manière moralement répréhensible (ce qui est le propre du salaud). Il qualifia également son ancien contradicteur Cahuzac de « voyou », qualificatif désormais entré dans la doxa. Le bouillonnement intérieur de Saint-Cricq exsudait de la haine.

Nous eûmes droit au questionnement obsessionnel (« je vous pose simplement la question ») de François Lenglet, rédacteur en chef à France2, ancien des Échos, de La Tribune, de BFM, un « libéral », comme le qualifia justement Mélenchon. Je passe rapidement sur Hélène Jouan, qui resta dans les clous de la joute normale en la matière, et sur Benoît Apparu qui, comme son maître Alain Juppé, est, en politique du moins, un artiste de la psychorigidité.

J’en viens à Attali. Il se dirigea lentement vers son siège et s’adressa de manière très courtoise à son contradicteur. Je cite de mémoire : « J’ai beaucoup de respect pour votre action et votre pensée ; je vous rejoins parfois ; nous allons dialoguer à un certain niveau. » Tout cela accompagné de regards par en-dessous, doucereux. Mélenchon – ce qui m’étonna car Attali est coutumier du fait – ne flaira pas le coup de poignard dans le dos que l’ancien conseiller de Mitterrand prépara pendant vingt minutes. À la fin d’un échange sans concessions mais correct, Attali quitta la table du débat sur un « Vous allez faire de la France la Corée du Nord ».

Attali affectionne cette image grossière. Outre qu’elle révèle à quel point il est un bien petit homme (je n’aurai pas la cruauté de rappeler les accusations de plagiat portées à son encontre), elle montre qu’il fait preuve en l’occurrence de la plus parfaite hypocrisie. Politiquement, ni même intellectuellement, il ne croit pas une seconde à cette assertion. Il s’agit pour lui de faire frissonner Neuilly, son monde. Accessoirement de tenter de déstabiliser son adversaire. Comme Mélenchon est l’un des rares hommes politiques français capables de développer une pensée politique globale en contradiction avec celle du capitalisme financier, il est nécessaire pour un homme comme Attali de lui envoyer son mépris. Ce faisant, il dit aux siens : « Ne vous en faites pas : cet individu et ses idées relèvent de l’aberration, de la camisole de force. Faisons mumuse en lui accordant la grâce d’un dialogue mais rappelons-lui qu’il est dans le délire. »

Comme cela échappa à Hélène Jouan, Mélenchon, pour tous ces suppôts du système, c’est « la rue ».


Des paroles et des actes. Invité : Jean-Luc Mélenchon

 
 

Il s’est passé hier soir quelque chose de gravissime, à la télévision, sur une chaîne publique. On sait, certes, que cette chaîne, la 2, n’est plus publique depuis longtemps, désormais vouée à la propagande du néo-libéralisme, mais on attend, tout de même, d’eux qu’ils ne se comportent pas comme des voyous. Et pourtant, c’est le spectacle qu’ils nous ont offert.

Ils ont été, appliquant des techniques incessantes pour couper la parole, pour caricaturer, pour insulter, à deux doigts de ce qu’on peut appeler une dictature de la pensée. Il fallait qu’ils se paient Mélenchon. Non pas par le jeu des idées, mais par celui d’un système qui se dit démocratique et ne l’est plus, qui donne la parole pour aussitôt la reprendre, qui invite pour non pas pour écouter mais pour bâillonner.

Certes, je sais que cette technique est celle depuis longtemps des pseudo-journalistes, chiens de garde du pouvoir. Il y a longtemps qu’ils l’appliquent et Mélenchon, qui sait très bien s’en défaire, n’est pas leur seule et première victime. Je me souviens en particulier de Cheminade, qui avait été traité d’une manière particulièrement irrespectueuse. Qui humilie celui qui regarde. Même si les idées qu’un homme exprime ne sont pas les siennes, avoir sous les yeux un parti-pris criant n’est jamais un spectacle digne et constitue même un spectacle inquiétant.

Ce sont des jeux du cirque. J’attends le jour où il sera possible de gifler, de cracher ou de taillader au rasoir. On s’en tient seulement et cela, c’est tout de même une nouveauté, au mépris, dans chaque regard et dans chaque mot et à la nouveauté de leur cellule de communication : la phrase « in coda venenum. » On avait pensé que Cahuzac, le noble Cahuzac, de ce noble clan qui nous ronge sur l’aile gauche et sur l’aile droite, avait lâché à la fin de « Mots croisés » : « Vous êtes un homme seul », ayant oublié de le placer avant. Mais non. Hier soir Attali, se levant, a dit à Mélenchon, suivant la même technique : « Vous nous préparez une Corée du Nord. »

L’outrance est telle que les bras en tombent.

Et que le cœur se serre car on se dit que cet Attali, qui sert l’idée d’un nouvel ordre mondial, n’est-ce pas lui, ne sont-ce pas eux, qui nous préparent une dictature dont nous voyons naître tous les jours les effets ?

Hier soir la méthode a été appliquée avec une violence, une vulgarité qui dépasse l’entendement.

Jean-Luc Mélenchon lève une marche populaire, il fallait se le payer.

Dur projet.

Mélenchon a été face à eux comme Gulliver qui, empêtré un moment de fils, leur a montré sa nature et les a envoyés gicler malgré leurs tweets, en majorité défavorables, malgré cette nouvelle technique, qu’il faudra qu’on m’explique, celui qui vient pour poser des questions parlant plus que celui qui doit répondre.

C’était trop. Trop médiocre. Trop bas. Ils s’en sont sans cesse pris à la forme sans jamais toucher le fond, si ce n’est le leur. Ils ont peut-être convaincu des FN ou des Sarkozystes mais ils ont montré à beaucoup d’autres qu’il y avait en face d’eux un homme digne qui, face aux circonstances, n’a qu’à laisser venir le temps où les mensonges s’effondreront comme une montagne de cendres.

Je ne doute pas un instant que l’émission d’hier soir ait été totalement contre-productive. Une volonté de lynchage public n’est jamais une bonne affaire pour celui qui la commandite.

Et puis, outre le caractère brillant de la pensée et de l’expression de Mélenchon, que peut ce clan contre les réalités ? Le chômage, toujours plus haut, les licenciements toujours plus nombreux, les fautes immenses comme la destruction du code du travail par l’ANI, un président qui se cache et n’ose plus aller inaugurer quoi que ce soit, une droite collée à l’extrême droite tant elle est prête à tout pour récupérer le pouvoir ne connaissant que la morale des circonstances ?

Morale… Il y avait hier soir de la grandeur chez Mélenchon. L’homme qu’il faut au moment qui vient.

La faiblesse de ses adversaires a été nettement visible quand Apparu, attaquant et frappant d’estoc et de taille, a soudain révélé le but de son combat : payer les ouvriers d’un verre d’eau. D’accord. C’était pour ça…

Il n’y a qu’une réponse à donner à ces gens-là, à cette propagande qui sombre sous les assauts répétés de l’information plus libre du net : être en masse dans la rue le 5 mai. Pour une sixième république, pour une nouvelle constituante.

Ou alors, les amis, comme cette pauvre femme de soixante- dix ans qui a été, hier, trouvée pendue chez elle, au moment où les huissiers voulaient la jeter dehors, oui pendons-nous.

Car il faudra nous battre ou subir.

Eux, on a vu hier soir où ils en étaient.

J’attends que même les ennemis de Mélenchon s’en inquiètent. Car il y a des batailles qui sont des défaites pour tout le monde.

Ariane Walter


L’humanité en voie d’être décérébrée

 
 

Cité par Daniel Bensaïd, Honoré de Balzac, l’immense écrivain français mort il y a 163 ans, disait ceci en son temps déjà  : « … le lecteur considère sa capacité de lecture abâtardie au journalisme comme parfaite. Il a acquis pour quelques sous le droit à la superficialité. »

Il y avait, quand même à l’époque, des écrivains, des essayistes, des poètes, des libres penseurs qui, en grande majorité, portaient la contradiction et alimentaient l’intelligence humaine. Il n’y avait encore ni magnats, ni groupe de presse, ni empires télévisuels, ni industrie publicitaire, ni plateaux de spécialistes « toutologues », selon le mot de Nawel, la fille d’un ami.

On en vient à se demander ce qu’il dirait aujourd’hui, notre écrivain, devant le laminage du champ culturel au profit de la pensée unique et le règne, quasi absolu, du pouvoir de l’argent sur les canaux d’information. Nous n’en sommes plus à la simple « superficialité ». Se posent désormais la question même de la liberté d’expression, sans parler du droit d’être informé et, au-delà , celle de démocratie tant chantée et érigée en religion.

Par avancées successives, le contrôle des principaux médias internationaux est entre les mains de quelques entreprises, dont le premier objectif est la mise à disposition des annonceurs des téléspectateurs réceptifs à la publicité. A ce propos, un ex-président de la chaîne TF1 (Patrick Le Lay) ne s’embarrassa pas de dire son mépris : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à -dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Nous pouvons aisément imaginer qu’il ne s’agit plus de l’encombrer de profondes réflexions ou de le pousser à l’éveil intellectuel. Bien au contraire, moins il réfléchit, plus il se laisse porter par des programmes soporifiques, moins il sera critique.

Un autre objectif, parallèle au précédent, est de l’empêcher de savoir plus (ou différemment) que ce qui est dicté par la « ligne éditoriale », quitte à tronquer ou à dévoyer la réalité. Les journalistes, les premiers, sont tenus de ne rapporter que ce qui « colle » avec ce principe. Un exemple récent de ce type de pratiques. Une photo de manifestants « anti-chavistes » est exhibée pour la qualité du message véhiculé. Une très courte information subsidiaire est donnée : la mort de 7 d’entre eux. Une information fausse. Les morts sont des « chavistes » tués par les « anti-chavistes ». Mais le téléspectateur a-t-il seulement la capacité de douter ? Rien de moins sûr, même chez les plus avertis inondés d’images et de « news ». La machine est devenue trop puissante et une inversion du phénomène s’avère très difficile. Une note d’optimisme, tout de même, il existe encore des espaces qui échappent à la ploutocratie internationale. Un reportage de l’Institut international de presse (IIP) sur le Moyen-Orient conclut que « les journaux, qui ont le moins de moyens de s’informer de la région, sont souvent ceux qui assurent le reportage le plus pertinent ». L’une des raisons données est que « le commentaire rédactionnel est informé ».

Ahmed Halfaoui

http://www.lesdebats.com/editions/210413/les%20debats.htm



Edité par T 34 - 26 Apr 2013 à 17:30
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Apr 2013 à 18:35

Jean-Luc Mélenchon "L’Humanité, une bouffée d’air frais dans le débat"

coprésident du Parti de gauche.

Alors que l'Humanité est en danger, entre crise de la presse et problèmes de trésorerie, Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche apporte son soutien à votre quotidien. Parce que "sans l’Humanité, il n’y aurait jamais eu de décryptage du traité européen en 2005 ou de l’ANI cette année. Sans l’Humanité, les salariés en lutte seraient complètement absents du paysage médiatique."

Vous êtes très critique à l’égard des médias, quel regard portez-vous sur ce monde ? L’Humanité y occupe-
t-elle une place particulière ?

Jean-Luc Mélenchon. Je suis critique à l’égard du système médiatique. Cela ne met en cause ni les personnes ni les titres par eux-mêmes. Mais cette critique est centrale dans mon combat. Elle concerne un pilier fondamental de la souveraineté populaire. Car en République le citoyen doit se prononcer sur l’intérêt général. Pour cela, il n’a qu’un instrument : sa raison. Et pour raisonner, il a besoin de deux éléments fondamentaux : avoir été éduqué par une éducation laïque et de haut niveau, et être continuellement et correctement informé sur les enjeux du monde qui l’entoure. Sans ces deux éléments, il n’y a ni démocratie ni République possible. Les médias ont donc un rôle absolument crucial. C’est pour cela que nous sommes particulièrement exigeants à leur égard. Trop souvent, les grands médias et les médiacrates se complaisent dans le spectaculaire, l’anecdotique, les petites phrases.

Aujourd’hui, l’information est bien souvent un simple spectacle entre deux espaces publicitaires pour « cerveaux disponibles ». Tout cela est bien sûr la conséquence de la possession des grands médias par des groupes privés. Mais le secteur public n’y échappe pas du tout, au contraire. Car la domestication des professionnels des médias est très avancée. Il faut dire qu’elle repose sur un moyen de pression colossal : la précarité généralisée dans laquelle ­vivent les journalistes de terrain. Dans ce paysage des médias, des professionnels résistent. Bien sûr, l’Humanité en fait partie. Sans l’Humanité, il n’y aurait jamais eu de décryptage du traité européen en 2005 ou de l’ANI cette année. Sans l’Humanité, les salariés en lutte seraient complètement absents du paysage médiatique. Sans l’Humanité, le Front de gauche subirait un ostracisme encore plus grand. Ce travail est extrêmement précieux pour nous.

«C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes 
les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger 
elles-mêmes les événements 
du monde», écrivait Jaurès dans le premier édito de l’Humanité. À l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, est-ce 
encore un enjeu aujourd’hui ?

Jean-Luc Mélenchon. Cette phrase de Jaurès prouve que l’information, et donc le journalisme, est un métier. Une qualification. Certes, les blogs et les réseaux sociaux permettent davantage de réactivité et d’esprit critique. Les bidonnages médiatiques sont plus rapidement dégonflés. Tant mieux. En cela, ils ne doivent pas être vus comme des adversaires des médias, mais bien comme une boussole. Ils exercent une vigilance citoyenne dont les journalistes honnêtes et sérieux n’ont rien à craindre.

Vous appelez, avec le Front de gauche, à une VIe République. Quelle place et quels moyens 
la presse peut-elle avoir dans 
une démocratie renouvelée ?

Jean-Luc Mélenchon. Le vent de la révolution citoyenne doit souffler aussi dans les médias. Les chantiers sont immenses. Les professionnels et les lecteurs téléspectateurs devront les mener jusqu’au bout. D’abord il faut en finir avec la précarité sociale. Ensuite il faut donner le pouvoir au peuple. Pour libérer les médias de la toute-puissance des médiacrates et des propriétaires, les abonnés devraient pouvoir participer aux grandes décisions au même titre que les actionnaires ou les journalistes. Une politique nouvelle doit soutenir les médias indépendants. Et dans le service public, j’ai fait la proposition que le citoyen contribuable puisse élire les principaux dirigeants de chaînes, parmi une liste de personnalités sélectionnées par les professionnels sur la base de la compétence. Enfin, il faut entièrement refonder la commission des sondages. Et aussi le CSA. La première est un organe inutile et complaisant qui ne sert ­aujourd’hui à rien d’autre qu’à couvrir les turpitudes des sondeurs, la seconde est impuissante.

Notre journal a-t-il une place particulière auprès des militants de votre parti et du Front de gauche ?

Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr ! Le journal est dans ma boîte le matin. Mais comme je pars avant qu’il soit livré, je l’achète au kiosque. Je mets un point d’honneur à l’abandonner dans un bistrot pour qu’une autre personne le lise ! L’Huma est une lecture indispensable à plus d’un titre. D’abord pour suivre les luttes et les résistances. Ensuite parce que c’est le seul quotidien qui traite en profondeur de l’actualité du Front de gauche, de ses initiatives, des débats qui le traversent. Enfin je suis addict à la rubrique culturelle du journal. Sans oublier les éditorialistes qu’il m’arrive de commenter en direct par texto... L’Huma, c’est aussi cette magnifique fête tous les ans en septembre, cette grande fête qui est devenue celle du Front de gauche.

Pensez-vous que le journal joue un rôle utile à l’heure où les débats sur la politique à suivre traversent la gauche ?

Jean-Luc Mélenchon. Oui. Sans l’Humanité, aucun quotidien ne dénoncerait les politiques d’austérité ou le saccage et le pillage du pays par la finance. C’est une bouffée d’air frais dans le débat dans le pays, mais aussi à gauche. Et puis Jaurès a créé l’Humanité pour rassembler les courants socialistes qui étaient alors divisés. L’Humanité est fidèle à ce rôle en proposant des débats entre les formations de gauche. Alors que les journaux des sociaux-libéraux passent leur temps à nous insulter, l’Humanité reste l’un des rares lieux où l’on peut débattre du fond à gauche. Un journal qui s’assume et qui assume.

Entretien réalisé par 
Julia Hamlaoui

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 03 May 2013 à 19:34

France Inter ou pourquoi les habitants d’Oradour-sur-Glane ont perdu le sommeil

 
 
Rappel pour les addicts à TF1 qui se seraient égarés sur Le Grand Soir : le10 juin 1944, la division SS Das Reich a massacré 642 personnes à Oradour-sur-Glane : les hommes fusillés sur le Champ de foire, les femmes brûlées vives dans l’église avec les enfants. Puis le village a été pillé et détruit.
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=WeRbNBTkNfw

Le 2 mai 2013, France Inter, dans le 7/9 de Patrick Cohen (1), nous inflige un reportage : un coq d’Oradour empêche les voisins de dormir dans le village reconstruit. Pendant 2 minutes, l’auditeur qui a allumé sa radio pour s’informer de la marche du monde va entendre (dans l’ordre) : la journaliste, le coq, la journaliste, les poules, l’éleveur, la journaliste, l’éleveur, la journaliste.

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?tools=podcast&content=624560 ( à 13 mn 34).

Oradour-sur-Glane, classé monument historique, est rétrogradé en Clochemerle. Point barre. Voyez comme il est facile, pour faire rire, de fienter sur des tombes.

Dans un prochain 7/9 de France Inter : « Auschwitz : la taupe qui agace les jardiniers ». Point barre.

Théophraste R. (J’ai visité Oradour. Alors, hein !).


(1) Le Patrick Cohen qui donna à Dominique Taddéi une leçon de vigilance antifasciste.
http://www.dailymotion.com/video/xy5ujk_clash-entre-patrick-cohen-et-f...


Les tenants du système ne perdent pas le nord

Avec ses défilés militaires monumentaux et ses maxi-chorégraphies à la gloire de la dynastie dirigeante des Kim, la Corée du Nord a tout ce qu’il faut pour susciter la répulsion. Est-ce pour cela qu’on nous la ressert périodiquement sur les plateaux télés ? Jeudi dernier, le très courageux Jacques Attali, à court d’arguments, l’a balancée à Jean-Luc Mélenchon à la fin de leur face-à-face, dans l’émission Des paroles et des actes, sur France 2. Dimanche prochain, Enquête exclusive, l’émission de M6, rediffuse Dictature, paranoïa, famine : bienvenue en Corée du Nord, un documentaire dans lequel l’amalgame avec le communisme est décliné à toutes les sauces, des plus sobres aux plus ironiques : « tyrannie communiste », « Jurassic Park du communisme », « pays du bonheur communiste ». À l’heure où l’idée communiste semble regagner de l’audience, l’invocation de la Corée du Nord est un peu l’arme ultime des tenants de l’ordre capitaliste pour décourager les velléités révolutionnaires. Et tant pis si la contradiction entre l’oppression d’un peuple 
et le projet d’une société libre et sans classes saute aux yeux : plus c’est gros, plus ça passe !

Laurent Etre

 


Edité par T 34 - 12 May 2013 à 22:59
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 May 2013 à 19:09

Une campagne est réalisée en France pour sauver le journal l'Humanité


Paris, 10 mai (RHC-PL)- De nombreuses voix se sont élevées en France pour soutenir une campagne pour sauver le journal de gauche l'Humanité, en danger de disparaître à cause de la crise économique et financière qui affecte le pays.

Le scientifique Axel Kahn a déclaré que l'éventuelle perte du quotidien serait un coup dur à la démocratie. Quant au philosophe et professeur universitaire André Tosel, il a indiqué que la disparition du journal équivaudrait à l'amputation d'un morceau de cerveau collectif du pays.

Récemment, le directeur général du journal, Patrick Le Hyaric, a lancé une alerte sur la grave situation financière et a lancé un appel à entreprendre une campagne de souscriptions massives et de dons pour maintenir l'édition quotidienne, ainsi que la revue hebdomadaire l'Humanité Dimanche.

Fondé en 1904 par le leader socialiste Jean Jaurès, le journal souffre de même que la presse française les effets nocifs de la crise économique, qui se reflètent par la diminution des publicités, la chute des ventes et l'augmentation des coûts de production et de distribution.

Souscription d'urgence pour sauver l'Humanité

 

L'Humanité et l'Humanité Dimanche sont en grand danger. Dès maintenant, faites un don en ligne.

L'Humanité et l'Humanité Dimanche sont en grand danger. Des difficultés de trésorerie les menacent gravement. Pour faire face à cette situation, l'Humanité et ses équipes font appel à leurs lectrices et lecteurs, aux organisations progressistes et démocratiques, à toutes les personnes attachées au pluralisme des idées etde la presse.

Dès maintenant, faites un don en utilisant le
formulaire de souscription

ou faites un don en ligne

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 May 2013 à 23:42
Je vous présente un site qui analyse la diabolisation de Mélenchon dans les médias : Observatoire de la propagande et des inepties anti-Mélenchon

Diabolisation visuelle de Mélenchon dans les médias

Posted on 12 mai 2013 par O.P.I.A.M.

Deux analyses très complémentaires sont réunies ici. D’abord, une analyse iconographique d’André Gunthert, historien, enseignant-chercheur en culture visuelle et maître de conférences à l’EHESS. Puis quelques montages réalisés par la presse, et des variations à l’infini sur le thème de la diabolisation visuelle (trouvés sur le forum "Sans entraves") :

I. De Hitler à Mélenchon. Petite généalogie de la diabolisation visuelle

Le Monde.fr, portrait de Mélenchon par Laurent Hazgui, s. d.

La narration visuelle au service du journalisme fait rarement dans la dentelle. En ce jour de manif du Front de gauche, le Monde.fr a remis en Une le signalement du long article d’analyse politique de Raphaëlle Besse Desmoulières et Vanessa Schneider publié dans “M le magazine”, illustré par une photo noir et blanc d’un Mélenchon vociférant, parfaitement raccord avec les éléments de langage gouvernementaux (voir ci-dessus).

La presse de la middleclass entretient une allergie notoire pour le leader gauchiste, qui s’exprime abondamment par l’image. Un récent article de Libération comportait un choix iconographique qui tapait délibérément sous la ceinture, en dévoilant l’oeil noir d’un Méluche comme sorti d’un puits d’ombre. L’association avec Marine Le Pen constitue un classique de la dénonciation du populisme mélenchonien, que le Journal du Dimanche reprend dans son édition d’aujourd’hui (voir ci-dessous).

Libération du 8 avril 2013.

Dessin de Plantu, L’Express, 19/01/2011. Une du JDD, 05/05/2013.

Rien n’interdit à un journal d’opinion de critiquer celles qui l’indisposent. Le Monde entretient de surcroît de mauvaises relations avec le dirigeant, qui a insulté un de ses journalistes. Mais un pas est franchi avec la photo de Laurent Hazgui, dont le noir et blanc, traitement rare dans le registre du portrait politique, souligne la violence tout en évoquant un rapport au passé. Comme le délit de sale gueule, l’attaque iconographique ne fait pas appel à des arguments politiques ou philosophiques, mais construit sur le mode de la médisance un document accusatoire qui s’appuie sur l’aspect physique et sur des jeux associatifs plus ou moins avoués¹.

Sélectionnée parmi les reportages de French-politics, collectif spécialisé dans le portrait politique, l’iconographie de l’article (5 visuels, dont une vidéo et 3 photos noir et blanc) a fait l’objet d’un travail élaboré. Sans surprise, elle souligne la dimension tribunicienne du dirigeant, angle traditionnel de dénonciation du “populisme”. Deux portraits qui montrent Mélenchon en pleine harangue sont des allusions manifestes à l’imagerie des dictateurs des années 1930², dont les discours tonitruants et les postures martiales nourrissaient dès cette époque le stéréotype du tyran (voir ci-dessous).

La diabolisation par l’image fonctionne à la manière de l’allusion : comparaison elliptique suggérant un rapprochement avec les clichés des totalitarismes, elle omet le comparant, qui reste implicite et doit être restitué par le destinataire³. Cette figure s’est appliquée à diverses personnalités, à commencer par l’ancien président du Front National, Jean-Marie Le Pen, fréquemment associé depuis les années 1980 au souvenir de la période nazie. Nicolas Sarkozy a subi à son tour cette forme de caricature pendant une courte période, suite au tournant du discours de Grenoble en août 2010, qui prônait ouvertement une politique xénophobe (voir ci-dessous).

J. G. Shields, The Extreme right in France, 2007. Nouvel Observateur, 02/09/2010 (photo : Martinat/MaxPPP).

Ces applications sélectives d’une forme d’insulte par l’image montre que le journalisme politique, ou du moins son volet visuel, reflète moins une analyse politique qu’une condamnation morale. La diabolisation qui frappait Jean-Marie Le Pen en raison de ses nombreux dérapages et allusions racistes est largement épargnée à sa fille, dont les options politiques ne diffèrent pourtant qu’à la marge. De même, l’association de Mélenchon avec le répertoire de la diabolisation est la punition ponctuelle de l’expression “coup de balai”, qui a fortement déplu aux élites politiques et médiatiques. Sorte de point Godwin visuel, le traitement iconographique du Monde traduit une réprobation dont la dimension morale autorise à franchir les limites habituelles de l’objectivité journalistique.

***

II. Montages réalisés par la presse, répertoriés sur le forum "Sans entraves"

"Je ne suis pas à proprement parler ce qu’on appelle un maniaque…
J’aime que les choses soient parallèles."
Pierre Desproges

Image

Montage du Monde, 04/06/12
Image

Montage du Figaro, 23/02/12

Jean-Luc%20Mélenchon%20et%20Marine%20Le%20Pen

Montage illustrant un article du Point intitulé "Aux législatives, vous avez le permis de tuer !" (08/06/12)

Qui tue qui dans ce montage ci-dessus ?

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À gauche, comment Le Nouvel Observateur a choisi de représenter Mélenchon en Une quelques jours avant les élections présidentielles.
Au milieu, Mao.
À droite, comment Le Nouvel Observateur aurait pu choisir de représenter Mélenchon.
"Nous avons donné en illustration une image stylisée de sa personne, comparable à celle qui avait été utilisée il y a quatre ans pour Obama, ce qui n’est pas désobligeant." Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, à propos de la Une du 12 avril 2012
 

À gauche, un montage du Point du 23/05/12. Remake de Jean-Marie Le Pen ?

Ou bien Mélenchon-Dracula ?

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Quand L’Express illustre un article sur la défaite de Mélenchon aux élections législative d’Hénin-Beaumont contre Le Pen, ça donne ça  :

"Législatives: le Front de gauche survivra-t-il à l’échec de Mélenchon? " (11/06/12)
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En revanche, quand un sondage prévoit la défaite de Le Pen, ça donne ça :

"Législatives: Le Pen donnée battue au second tour à Hénin-Beaumont " (06/06/12)
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Tous les montages suivants sont réalisés par la presse mais il manque les sources. Le plus souvent, Le Pen est choisie sous son bon jour, contrairement à Mélenchon, qui est choisi crispé et grimaçant. "Plutôt Le Pen que Mélenchon" ? "Plutôt Hitler que Blum" ? "Plutôt Hitler que le Front populaire" ?

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III. Variations sur le thème du Mal

En haut en couleur, trois photos juxtaposées de Mélenchon, illustrant un article de Libération du 06/02/12. En bas, trois photos d’Hitler. Rappel de l’analyse proposée par André Gunthert : "La diabolisation par l’image fonctionne à la manière de l’allusion : comparaison elliptique suggérant un rapprochement avec les clichés des totalitarismes, elle omet le comparant, qui reste implicite et doit être restitué par le destinataire. [...] L’attaque iconographique [...] construit sur le mode de la médisance un document accusatoire qui s’appuie sur l’aspect physique et sur des jeux associatifs plus ou moins avoués."
 

En bas à gauche, encore une photo choisie par Libération dans l’édition du 06/02/12. À droite, un vampire.

 

À droite, le célèbre vampire Nosferatu de Murnau

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À gauche, le côté obscur de la force. À droite, une photo choisie par Libération, dont la Une était "Mélenchon pour la "purification" éthique"

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À droite, Hannibal Lecter, tueur en série et mangeur d’enfants

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Paradis et enfer ? (détails du triptyque d’Haywain de Jérôme Bosch, 1496)

Docteur Folamour ?strangelove

***

Pour toutes ces photos, avec ou sans sources, merci à "Apar" et "niagaonin" du forum "Sans entraves".

Un journaliste anonyme du Nouvel Observateur avait fini 2ème au concours de l’illustration d’article de l’année 2012 organisé par l’OPIAM et la pauvre Kim Biegatch d’Europe1 n’avait fini que 3ème. Voici leurs deux œuvres :

 

À gauche, illustration du Nouvel Observateur. À droite, illustration d’Europe1

***

IV. Retour sur la juxtaposition de trois photos de Mélenchon dans Libération

http://lasenteurdel-esprit.hautetfort.com/media/01/02/2348838797.jpg

Sur le site L’Histoire par l’image, on trouve une étude de Charlotte Denoël, intitulée "Le charisme de Hitler". Elle est consacrée à une série de clichés d’Hitler, "réalisée en 1925 par Heinrich Hoffmann (1885-1957), photographe du parti nazi dès ses origines puis iconographe attitré et ami personnel de Hitler" :

http://lasenteurdel-esprit.hautetfort.com/media/02/01/4204008370.JPG

  Analyse des images

Une rhétorique savamment calculée
"Pleinement conscient de ses capacités d’orateur, Hitler insiste longuement dans Mein Kampf sur l’importance de la propagande, centrale dans l’idéologie nazie et la culture totalitaire, et en particulier des discours pour galvaniser les foules : ceux-ci devaient être simples et accessibles, ne contenir qu’un nombre réduit d’idées et d’informations. En conséquence, Hitler s’adressait toujours au peuple selon la même logique simpliste et répétitive. Prononcés sur un ton tantôt déclamatoire, tantôt incantatoire, ses discours faisaient appel à une rhétorique gestuelle empruntée aux orateurs antiques, associant le geste à la parole. L’importance qu’il attachait aux effets gestuels et aux expressions du visage apparaît dans la série de clichés réalisée en 1925 par Heinrich Hoffmann (1885-1957), photographe du parti nazi dès ses origines puis iconographe attitré et ami personnel de Hitler. Ces instantanés ont été pris alors que Hitler, debout devant l’objectif, mime un discours imaginaire, adoptant tour à tour une pose combative, impérative, ironique et visionnaire, et que, derrière lui, un gramophone diffuse le discours en question. Ses gesticulations – bras levés, poings serrés, index tendu… – de même que les mimiques exaltées de son visage – moue volontaire, yeux exorbités ou rêveurs, bouche hargneusement ouverte, lèvres esquissant un sourire ironique… – sont autant d’effets destinés à renforcer la teneur de ses propos et à communiquer son état d’esprit aux auditeurs. Tel un comédien, Hitler parvenait de la sorte à dédoubler sa personnalité pour se mettre lui-même en scène dans le but de concentrer l’attention sur sa personne puis de rassembler les masses autour de lui. Face au public, il avait coutume d’adopter une pose méditative avant d’entamer son discours, lequel suivait une sorte de progression : commencé lentement, il s’enflait au fur et à mesure que le ton montait, s’accompagnant alors de gestes virulents, puis se calmait. Si ces photographies présentent ainsi un intérêt documentaire considérable pour apprécier le charisme que dégageait la personne de Hitler, ce dernier n’en jugea pas de même puisqu’il demanda par la suite à Hoffmann de détruire les négatifs de ces photographies, après avoir diffusé certaines d’entre elles. Conscient du pouvoir des médias et en particulier de la photographie, Hitler – l’homme le plus photographié de son temps – contrôlait en effet soigneusement son image officielle, privilégiant les portraits solennels et pompeux au détriment des instantanés et des clichés pris en privé. C’est ainsi qu’il s’entoura de quelques photographes officiels et prit l’habitude de marquer d’un coin les photographies qu’il ne voulait pas voir publier. Cependant, Hoffmann, qui était pourtant tout dévoué à Hitler, ne lui obéit pas cette fois et conserva secrètement les négatifs, qui furent publiés bien plus tard dans la presse."

  Interprétation

L’adhésion des masses
"Cette automise en scène qui caractérisait les discours de Hitler permet de mieux comprendre les raisons de la confiance aveugle et de l’idolâtrie qu’il suscitait parmi ses auditeurs. Son charisme et son ascendant résidaient en effet en grande partie dans la puissance de son élocution et dans l’emploi d’une rhétorique gestuelle. Il sut également très bien exploiter les anciens et les nouveaux médias – citons entre autres la mise en scène élaborée des grands rassemblements en plein air, la photographie dans la presse, la radio, la technique d’amplification du son dans les meetings, ainsi que les actualités cinématographiques. Des discours simplificateurs aux accents prophétiques et une propagande habile lui permirent ainsi de faire passer au peuple son message, lequel se résumait à quelques concepts idéologiques fondamentaux – la communauté nationale, la pureté de la race, la haine de l’ennemi bolchevique et juif –, et de lui communiquer sa vision d’un avenir grandiose et prospère pour l’Allemagne. Fort de cette assise populaire, Hitler parvint à exploiter le mécontentement général suscité par la crise économique de 1929 pour se hisser au pouvoir, tout en prenant appui sur le parti de droite et en obtenant le soutien financier de quelques grands groupes industriels. Nommé à la tête de la chancellerie du Reich par le président Hindenburg le 30 janvier 1933, il se consacra à la mise en place et à la consolidation du nouveau régime, créant un Etat totalitaire dans lequel la propagande jouait un rôle de tout premier plan. Destinée à embrigader les masses, elle était envahie par le culte du Führer, dont elle offrait une image glorieuse. Les grandioses cérémonies nationales-socialistes contribuèrent à accroître son immense popularité : à ces occasions, la monstrance de la personne de Hitler s’accompagnait d’un rituel soigneusement codifié par Goebbels, dans lequel de nombreux artifices tels que les effets de lumière des projecteurs ou une apparition savamment calculée du chef renforçaient son aura. Ainsi conditionnée et galvanisée par l’orateur, la foule était atteinte d’une sorte d’ivresse collective, d’une transe dans laquelle se réalisait la fusion de la communauté mystique avec son Führer. Exceptionnelle, cette « domination charismatique » (Max WEBER, Economie et société. Trad. fr. Paris, 1971, p. 249-261.) constitue ainsi l’une des clés du succès du pouvoir hitlérien."

   Conclusion

Mélenchon l’orateur passionné est donc instantanément mis sur le même plan qu’Hitler plutôt que comparé aux grands orateurs de gauche, par le moyen extrêmement simple de l’omission du fond, des idées, des objectifs politiques de l’orateur.

Pour ces journalistes, un grand orateur est nécessairement un nazi en puissance. CQFD.

Un grand historien des États-Unis, Howard Zinn, a étudié ce phénomène chez ce qu’on pourrait appeler les adeptes de la "raisonnable modération" ou du consensus :

"L’intellectuel n’aime guère les démonstrations d’émotivité. Il les considère comme des insultes à ce qu’il vénère par-dessus tout : la raison. L’une de ses louanges favorites est "dé-passionné". Les mots "calme", "judicieux", "raisonnable" semblent chez lui s’appeler les uns les autres. Il montre du doigt les diaboliques manipulateurs d’émotion : les Hitler, les démagogues racistes du Sud, les charlatans de la religion, les guérisseurs. Et pourtant, assis dans une église baptiste noire du Sud profond, à écouter les gens chanter "We shall overcome… we shall overcome…" et crier "Freedom, freedom !", notre intellectuel pourrait bien éprouver une bouffée de joie et d’amour vaguement teintée d’un léger malaise devant une démonstration aussi spontanée d’émotivité. Selon moi, ce malaise est dû à son incapacité d’admettre plusieurs choses : que l’émotion est un instrument moralement neutre qui peut servir à une grande variété de fins ; qu’elle sert un objectif positif lorsqu’elle est liée à un projet louable ; qu’elle n’est pas irrationnelle mais non rationnelle parce que, n’étant qu’un instrument, sa rationalité dépend uniquement de la valeur qu’elle sert. [...]"
"Avec un critère aussi flou pour évaluer l’extrémisme et des limites en perpétuel flottement, est-il possible de juger de la qualité d’une proposition selon qu’elle nous semble "extrême" ou "modérée" ? Nous adoptons ces étiquettes parce qu’elles ne demandent pas trop de réflexion et ne risquent pas de nous procurer de maux de tête.
[...]
En outre, il est à la fois plus facile et plus confortable – en particulier [...] pour ceux qui ne sont confrontés à aucun problème grave – de penser que la solution la plus "modérée" est toujours la meilleure.
[...]
Pour soulager l’embarras de notre intellectuel bouleversé par l’émotion, il lui faut dire qu’il n’existe pas forcément de lien entre émotion et irrationalité. On peut proférer un mensonge très calmement et dire la vérité en étant intensément troublé. L’émotion peut aussi permettre de prendre des décisions plus rationnelles si l’on entend par là qu’elle se fonde sur une connaissance plus vaste ; connaissance plus vaste qui implique une information à la fois accrue et plus intime."

Howard Zinn, L’impossible neutralité (chapitre 6)

D’où le "parler cru et dru" défendu par Mélenchon.

***

Une dernière pour la fin : Jean Jaurès vu par la presse antisémite et nationaliste en 1900 :

http://www.dreyfus.culture.fr/upload/m_file/555_146_image_mhv_42_jaures.jpg

Sur la diabolisation de J.-L. Mélenchon au moyen de dispositifs visuels, lexicaux et thématiques, voir aussi l’excellente analyse d’Antoine Léaument : "Diabolisation de Mélenchon et nombrilisme journalistique : les errements du magazine du Monde".

***

Note :

1, 2 et 3 : souligné par l’OPIAM



Edité par T 34 - 12 May 2013 à 23:50
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Diabolisation de Mélenchon et nombrilisme journalistique

Posted on 10 mai 2013 par O.P.I.A.M.

Les errements du magazine du Monde
Le 4 mai, le magazine du Monde a produit un dossier spécial d’une extrême violence contre J.-L. Mélenchon. Le blogueur Antoine Léaument a fait une remarquable analyse de ce chef-d’œuvre de haine, de propagande et d’inepties :

Méchant%20Mélenchon

Odieuse. Comment qualifier autrement cette édition du magazine du Monde, datée du 4 mai 2013 ? A la veille de la marche du 5 mai (qui a réuni 180 000 têtes dures, n’en déplaise à Monsieur Valls), le journal de révérence par excellence a essayé de plomber l’ambiance avec une couverture propre à effrayer le nanti ; au milieu de photos d’un meeting où le coprésident du Parti de Gauche est systématiquement présenté comme violent s’étale un titre, racoleur : « Le grand MÉCHANT Mélenchon » – « méchant » est bien en majuscules, je n’en rajoute pas.

Quand j’ai vu cette couverture, qui a été rendue publique quelques jours avant la parution, j’ai d’abord cru à une blague : venant du Monde, ça me semblait trop gros, trop lourd, trop pataud. Une fois l’information confirmée, j’ai ensuite pensé qu’il s’agissait d’une façon intelligente et drôle d’amener des articles qui allaient en fait faire l’étude des mécanismes médiatiques de diabolisation de Mélenchon, à l’œuvre un peu partout en ce moment.

Cet espoir de lire un ou des articles d’une analyse sémiologique poussée a évidemment été déçu : le papier correspondant à la couverture fait en réalité exactement l’inverse et apporte seulement un peu d’eau au moulin de la diabolisation mélenchonienne. Il constitue d’ailleurs un parangon de ce type d’articles, et je voudrais ici l’analyser afin de mettre en évidence les ressorts employés par les journalistes qui l’ont écrit : Raphaëlle Besse Desmoulière et Vanessa Schneider. Mais l’analyse que je souhaite faire ici serait incomplète si je n’y étudiais pas aussi un autre élément que l’on retrouve dans un grand nombre d’articles concernant Jean-Luc Mélenchon : le nombrilisme journalistique.

I)       Diabolisation de Mélenchon

Trois grands éléments de diabolisation de Jean-Luc Mélenchon sont utilisés dans cette édition du magazine du Monde : des dispositifs visuels, des dispositifs lexicaux et, enfin, des dispositifs thématiques.

1)      Le dispositif photographique

Le premier élément technique utilisé dans l’entreprise – consciente ou non – de diabolisation de Jean-Luc Mélenchon est un dispositif photographique. Il s’agit d’abord évidemment de la couverture, qui juxtapose des clichés d’un meeting où le coprésident du Parti de Gauche est ostensiblement présenté comme un homme « énervé », « en colère » et « méchant » (je mets ces termes entre guillemets puisqu’ils apparaissent, nous le verrons ci-après, dans le champ lexical utilisé par les auteures de l’article).

Les photographies utilisées à l’intérieur du magazine pour illustrer le papier de Raphaëlle Besse Desmoulière et Vanessa Schneider ne sont pas en reste. Sur deux de ces photographies, Mélenchon « crie » (encore un terme du champ lexical utilisé par les auteurs). Sur une autre, il semble « en colère » (même remarque) mais une seconde photo est apposée dessus et présente le coprésident du Parti de Gauche (pas vraiment à son avantage) se recoiffant devant trois micros ; comprenez : « il tape sur les journalistes mais ne refuse jamais une interview ». Je n’extrapole pas : c’est peu ou prou ce qui est écrit tout au long de la page 38 de cette édition du magazine du Monde.

Pages%2035%20et%2036%20de%20lédition%20du%20magazine%20du%20monde%20datée%20du%204%20mai%202013

Pages 35 et 36 de l’édition du magazine du monde datée du 4 mai 2013

2)      Le dispositif lexical

Le second élément utilisé dans l’entreprise de diabolisation de Jean-Luc Mélenchon est un dispositif lexical et il est en fait à l’origine de ma volonté de rédiger cet article. Lorsque j’ai lu le papier de Raphaëlle Besse Desmoulière et Vanessa Schneider, je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de surligner les mots relevant soit du champ lexical de la violence soit visant à déprécier plus directement le coprésident du Parti de Gauche, et de lire tous ces mots surlignés d’une traite. J’ai été moi-même étonné du résultat…

MÉCHANT / coup de gueule / rage politique / attaques virulentes / radicalise / rebelle colérique / Mélenchon est tétanisé / mal à l’aise / grande gueule / orateur virulent qui défouraille à tout-va / ne fait pas le malin lorsqu’il croise plus énervé que lui /  bravache / tribun provocateur flirtant avec le populisme / homme en colère / rien ne semble l’avoir apaisé / quelqu’un qui est en colère / verve tonitruante / mauvais caractère / rage qu’il laisse déborder / hargne / il fustige / hargne / hargne / asséné / détestation ancrée de longue date / ce qui ne l’empêche pas de se plaindre / attaque régulièrement / il s’attaque / il peut refuser d’adresser la parole / il houspille sans ménagement / rien ne semble lui convenir / ses colères sont de plus en plus fréquentes / il s’en prend à / cinglant / l’insulte / la diffamation / il s’en prend à / injures / intimidations / dérives fascisantes dont il est lui-même devenu coutumier / colères / soupe au lait / pousser des gueulantes est dans sa nature / montées de colère / violence / il gueule un bon coup / susceptible / il supporte peu la critique / en rage / sa détestation / éructer / bouderies / radicalisation / en colère / trop sectaire / colère qu’il ne cesse de déverser / excès paranoïaque / crie sur tous les toits.

Edifiant, n’est-ce pas ? Pour un article de trois pages, le moins qu’on puisse dire c’est que Raphaëlle Besse Dessmoulière et Vanessa Schneider ont chargé la mule, en usant de divers dispositifs pour noyer le poisson, et notamment en utilisant un certain nombre de citations d’adversaires ou de proches de Jean-Luc Mélenchon, manière de dire : « vous voyez, tout le monde est d’accord ». Trois pages d’élucubrations journalistiques. Pas un mot sur le fond.

3)      Le dispositif thématique

Le dernier élément qui participe d’une diabolisation du coprésident du Parti de Gauche repose sur le ressassement de thèmes récurrents ; plus poétiquement, on pourrait dire qu’il s’agit là de brasser du fumier. Tout y passe : il « fustige » « les riches et les bourgeois » alors qu’il en est un (propos cher à Marine Le Pen qui, contrairement à Jean-Luc Mélenchon, n’a toujours pas révélé son patrimoine), il « attaque » les journalistes alors qu’il « parcourt les plateaux de télévision », il « partage (…) un langage commun » avec Marine le Pen et, enfin, il a une « présence épisodique » au Parlement européen.

Bref : il faut que ça rentre dans votre tête, de gré ou de force : Mélenchon ne peut ontologiquement pas défendre le peuple parce que c’est un bourgeois, il ne peut que faire semblant de taper sur les journalistes parce qu’il est toujours à la télé et d’ailleurs vous en savez quelque chose parce que vous n’arrêtez pas de l’y voir, il est aussi dangereux que Le Pen puisqu’il utilise les mêmes mots (notons, fait rare, qu’il est tout de même précisé dans l’article qu’il « propose des solutions radicalement différentes » de cette dernière) et, enfin, c’est évidemment un profiteur puisqu’on ne le voit pas beaucoup au Parlement européen alors qu’il n’arrête pas d’en faire des caisses sur les élus du peuple et toutes ces salades.

II)     Le nombrilisme journalistique

Je voudrais maintenant analyser un point qui ne concerne pas directement le traitement médiatique de Jean-Luc Mélenchon mais qui y est tout de même lié puisque, pour tout interviewer qui se respecte, il est presque devenu une règle de commencer son entretien en  demandant au coprésident du Parti de Gauche s’il ne trouve pas qu’il exagère quand même un peu avec ces pauvres petits journalistes qui, après tout, ne font que leur travail.

L’article de Raphaëlle Besse Desmoulière et Vanessa Schneider est en effet révélateur d’un autre travers actuel du journalisme : le nombrilisme. « Moi, moi, moi et mes petits copains » : voilà ce qui intéresse désormais le journaleux moyen. Je ne résiste pas à l’envie de faire ici un petit relevé du champ lexical des médias.

Journalistes / plateaux de télévision / plateau de télévision / Grand journal / studios / les journalistes / plateaux de télévision / émission « Des paroles et des actes », sur France 2 / record d’audience / grandes émissions / la presse / Le Monde / journal / journalistes / interview / émissions de grande écoute / divertissement / « On n’est pas couché », l’émission de Laurent Ruquier sur France 2 / émission / divertissement / starlette lambda / audiences / le plateau de l’animateur vedette / magazine GQ / la plume / Les dépêches du Jura / médiacrates / éditorialistes / journalisme / rubricards des quotidiens / les photographes / interviewé par Le Monde, TV5 et RFI / étudiant en journalisme / bus des journalistes / photographe de Libération / un journaliste de L’Express / journal / hebdomadaire / Christophe Barbier, directeur de la rédaction / médias / tribunes / gens de médias / des journalistes / émissions de télévision.

Au final, l’article considéré parle autant de Mélenchon que des journalistes. Plus exactement, une bonne partie de l’article est consacrée à l’étude du rapport que le coprésident du Parti de Gauche entretient avec ces derniers : sur trois pages rédigées, ce sujet représente à lui seul une page entière. Nombrilisme.

En fait, comme toujours, il manque une chose fondamentale à cet article : une étude du fond et des propositions. Jean-Luc Mélenchon est toujours ramené par les journalistes à la forme de son discours, et ceux-ci lui reprochent ensuite de « ne pas faire de propositions concrètes » alors qu’il est systématiquement contraint de lutter avec les dispositifs médiatiques mis en œuvre contre lui pour pouvoir présenter son programme politique. Raphaëlle Besse Desmoulière et Vanessa Schneider écrivent par exemple, je l’ai dit, que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon proposent  « des solutions radicalement différentes » ; fort bien… qu’elles se fendent alors un jour d’un article qui montre que la présidente du Front national est une grande protectrice du capitalisme alors que Jean-Luc Mélenchon en est l’adversaire résolu, plutôt que de systématiquement ramener l’un et l’autre dans le panier fourre-tout du populisme. Et d’ailleurs, puisqu’on parle de « populisme », qu’elles commencent par définir ce terme et par nous montrer concrètement ce qu’elles y font entrer.

Il est grand temps que les journalistes comprennent qu’ils ont un rôle puissant dans la construction du réel et que, comme les analystes financiers, ils donnent parfois largement dans la prophétie auto-réalisatrice. S’ils souhaitent réellement que Jean-Luc Mélenchon arrête de les « houspiller », qu’ils cessent de lui demander s’il ne regrette pas ses propos et si, quand même, il n’est pas un peu populiste sur les bords ; qu’ils prennent exemple sur le format proposé par le « Médiapart live » où de nombreuses propositions de fond ont pu être abordées. De même, s’ils souhaitent que le coprésident du Parti de Gauche arrête de se mettre « en rage » lorsqu’il est « comparé à Marine Le Pen », qu’ils arrêtent ces comparaisons absurdes qui relèvent d’un fantasme journalistique et qu’ils mettent en évidence les différences profondes qui existent entre le programme du Front de Gauche et celui du Front national. Enfin, plutôt que de relayer les critiques des solfériniens qui nous jugent responsables de la montée du FN parce que nous diviserions la gauche (ce qui est absurde : personne n’a jamais pensé que la guéguerre Copé-Fillon, qui a divisé la droite, allait faire monter le Front de Gauche), qu’ils cessent de brasser du vent sur la « dédiabolisation » du Front national supposément opérée par Marine Le Pen et qu’ils s’attaquent aux détails du programme de cette dernière qui prône par exemple la fin du droit du sol et la suppression, dans le droit français, de la possibilité de régulariser des clandestins.

En somme, plutôt que de déplorer la montée du Front national, il est temps que les journalistes prennent conscience de leur part de responsabilité dans l’accentuation de ce mouvement résistible et qu’ils fassent enfin leur travail : informer et instruire.


 


Edité par T 34 - 13 May 2013 à 00:00
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Les éditocrates au secours d’Angela Merkel

par Blaise Magnin, Frédéric Lemaire, le 13 mai 2013

Nouvelle tempête médiatique dans un verre d’eau ? Dans un entretien avec Claude Bartolone publié le 25 avril par Le Monde, le président de l’Assemblée nationale appelait à une « confrontation » avec l’Allemagne. Le lendemain, la presse révèle un texte de travail en vue de la convention du PS sur l’Europe du 16 juin dont on apprend qu’il dénonce la politique économique promue par Angela Merkel.

Il n’en faudra pas plus pour lancer une de ces « polémiques » dont les éditorialistes sont friands, dénonçant presque unanimement la « dérive » anti-allemande, anti-européenne voire belliciste du Parti socialiste. C’est que, en matière d’Europe comme de politique économique, la liberté d’expression a ses limites dont les éditocrates se font les juges…

« L’Europe de la rigueur est une nouvelle fois attaquée  » s’exclame Le Monde dans son édition électronique du 26 avril. En quoi consiste donc ce nouveau coup bas contre l’« Europe de la rigueur » ? Il s’agit d’un texte destiné à être discuté par la commission chargée de préparer la convention du PS sur l’Europe du 16 juin et que Le Monde s’est procuré : « Il constitue une base de travail claire qui invite la gauche européenne à "s’indigner" contre "les recettes qui ont conduit au pire : le libre-échange commercial comme seul horizon des relations extérieures, l’austérité comme étalon à l’intérieur de nos frontières" ».

Le texte, cité par le quotidien, renvoie dos-à-dos David Cameron et Angela Merkel : « Le projet communautaire est aujourd’hui meurtri par une alliance de circonstance entre les accents thatchériens de l’actuel premier ministre britannique – qui ne conçoit l’Europe qu’à la carte et au rabais – et l’intransigeance égoïste de la chancelière Merkel – qui ne songe à rien d’autre qu’à l’épargne des déposants outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée par Berlin et à son avenir électoral. » Il conclut : « Les socialistes français veulent l’Europe. Ce qu’ils combattent, c’est l’Europe de droite et son triptyque : dérégulation, désindustrialisation, désintégration. »

Les réactions médiatiques provoquées par la publication de ce texte, qui n’est somme toute qu’un document de travail intermédiaire, en disent long sur la manière dont les éditocrates contribuent à baliser le débat démocratique sur les politiques économiques et européennes : formules hors-contexte à la clé, ils font du texte du PS un brûlot anti-Merkel, pour mieux dénoncer une « dérive » anti-allemande, anti-européenne voire belliciste du Parti socialiste…

C’est Le Monde qui dégaine le premier le 27 avril pour défendre « l’Europe de la rigueur » injustement attaquée, dans son éditorial qui titre « Ne tirez pas sur Angela Merkel ». L’éditorialiste du Monde, au terme d’une analyse lexicale et politicienne de haut vol, nous livre ses angoisses : « soit ce langage belliciste est autorisé en haut lieu, et c’est inquiétant. Soit il ne l’est pas, et c’est tout aussi inquiétant, puisque cela impliquerait que le président ne tient pas ses troupes. »

Deux expressions sont montées en épingle par l’exégète du Monde pour justifier une polémique aux accents tragi-comiques. L’« intransigeance égoïste » imputée à Angela Merkel, et l’appel à un nécessaire « affrontement démocratique » avec la droite européenne [1] deviennent ainsi un affrontement avec l’Allemagne.

Le quotidien fustige également le « petit jeu infantile extrêmement dangereux » qui consisterait à faire de l’Europe, à travers la figure d’Angela Merkel, un « bouc émissaire ». Le texte du PS prend pourtant garde à ne pas confondre l’Europe et les politiques menées par les conservateurs européens et le consigne noir sur blanc, mais visiblement, la nuance a échappé au Monde – sans compter qu’en tenir compte aurait obligé le quotidien vespéral à ouvrir un débat décisif plutôt qu’une controverse dont la gravité prétendue n’a d’égale que la futilité de celui qui l’a inventée.

Pour le quotidien, la critique de ces politiques ne permet pas de « poser les vraies questions », ni de « mettre à plat les termes réels et non pas fantasmés du débat sur la stratégie à suivre pour surmonter la crise de la dette. » Les « termes réels » du débat, qui sont le décalque des « fantasmes » de l’éditorialiste, sont pourtant simples : pas d’alternative à l’austérité !

Dans l’éditorial de Libération du 28 avril, François Sergent emboîte le pas au Monde : « A quel jeu dangereux jouent les socialistes français, prêts à transformer Angela Merkel en bouc émissaire plutôt que de débattre de la politique de leur gouvernement ?  » Pour l’éditorialiste, « on peut – on doit – pouvoir discuter des politiques de rigueur, mais il est démagogique d’en faire porter le chapeau à Berlin ou à Bruxelles. » Et on serait sans doute à bon droit de se demander à quel jeu (stérile celui-ci) joue François Sergent, qui esquive les questions de fond de telle façon qu’il interdit d’en débattre réellement. Comment, en effet, discuter des politiques de rigueur si toute velléité critique à l’égard de ses principaux promoteurs à l’échelle européenne – les conservateurs allemands – est caricaturée en « populisme », en « xénophobie » voire en « douteuse germanophobie  » ? Une nouvelle loi de Godwin appliquée au bavardage médiatique en somme…

Notons que lorsque le gouvernement allemand remet en cause la politique économique française, Libération ne s’offusque pas d’un regain de « douteuse francophobie » outre-Rhin … il s’en fait le porte-voix. Ainsi le 11 novembre 2012, Jean Quatremer se faisait écho dans les colonnes du quotidien des « mots durs de Berlin sur les maux français » en citant un « sage » allemand : « Il faut profondément réformer le marché du travail et couper dans des dépenses publiques que la France n’a plus les moyens de s’offrir […] Le problème le plus sérieux de la zone euro en ce moment n’est plus la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, mais la France ».

Après Le Monde, Libération, c’est au Figaro de tressaillir d’indignation. Dans son éditorial du 29 avril titré « Les apprentis sorciers », Pierre Rousselin s’indigne : « Rien n’est plus irresponsable que de faire d’Angela Merkel et de la politique européenne de l’Allemagne le bouc émissaire des difficultés qui s’accumulent sur notre pays.  » Le même jour, l’éditorialiste des Echos ne choisit pas la carte de l’originalité et de la nuance pour évoquer une «  logorrhée anti-Merkel, voire anti-allemande qui commençait à prospérer au sein d’un Parti socialiste livré à lui-même.  »

Mais une fois de plus, c’est à Franz-Olivier Giesbert que revient la palme du mérite éditocratique : là où ses éminents confrères sont excessifs, lui est outrancier ; là où eux sont caricaturaux, lui choisit le registre burlesque… Son éditorial du 2 mai dans Le Point fustige ainsi une « conjuration des imbéciles ». « le crétinisme  », « l’hystérie  », la «  mauvaise foi », Giesbert n’a pas de mots assez durs pour évoquer le texte du PS : «  les socialistes ont décidé d’inoculer aux Français le venin de l’europhobie et de la germanophobie ». En dénonçant « l’Europe de droite », le PS « tourne la page de son héritage européen » explique Giesbert. L’Europe serait-elle donc nécessairement de droite ?

***


On ne peut qu’être frappé par la violence des réactions médiatiques à la publication d’un texte où, somme toute, un parti qui se revendique de gauche en appelle à une « confrontation politique » avec la droite en Europe, et en particulier avec la droite allemande, dont les orientations ont une empreinte forte sur les politiques prises à l’échelle européenne.

Cette violence ne fait que révéler l’extrême pauvreté du débat sur les politiques européennes tel que les médias contribuent à l’orchestrer : le consensus autour des politiques de rigueur impulsées par les conservateurs allemands (et acclamées bruyamment, jusqu’à peu, par l’éditocratie française) est tel qu’une remise en cause publique prend des allures d’outrage : il ne peut s’agir que d’une manouvre « populiste », « anti-allemande » ou « anti-européenne » pour détourner l’attention du bon peuple, voire le détourner des nécessaires sacrifices dont l’Allemagne a donné l’exemple.

Cette invraisemblable uniformité des prises de position de l’« élite » de la presse est évidemment un affront à toute idée de pluralisme médiatique… Pis, au lieu de contribuer à animer le débat public et d’en expliciter les enjeux, une poignée d’éditocrates s’est livrée à son sabotage en règle au cours d’un épisode d’hystérie politico-médiatique dont, une fois n’est pas coutume, le Parti socialiste a fait les frais… Ou quand loin de jouer son rôle de ferment démocratique, un certain « journalisme » pollue le débat public.

Frédéric Lemaire et Blaise Magnin

Notes

[1] « Affronter démocratiquement la droite européenne, c’est se confronter politiquement à la droite allemande. L’amitié entre la France et l’Allemagne, ce n’est pas l’amitié entre la France et la politique européenne de la chancelière Merkel » dans le texte du PS.




Edité par T 34 - 24 May 2013 à 18:05
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 May 2013 à 21:18

Quand les ouvriers disent non

(*) Secrétaire de la CGT PSA Aulnay.

Mardi matin, 21 mai, de nouveau les télés et la" grande " presse étaient sur le parking de l’usine PSA Aulnay. Qu’est-ce qui les faisaient revenir ? La fin d’une grève de quatre mois dont ils n’avaient parlé le plus souvent que pour relayer les mensonges de la direction ! Ressassant en boucle : la fermeture d’Aulnay n’est pas d’actualité ; PSA ne gagne pas d’argent à fabriquer des petits modèles de voiture ; c’est la faute aux marchés en baisse ; pas assez compétitif, etc. Quant aux ouvriers, au mieux, fallait les présenter comme des victimes d’un système dont ces journalistes vantent pourtant à tour de bras les mérites. Les nouveaux chiens de garde étaient là.

Alors quand ces ouvriers relèvent la tête, 
se dressent droit debout, il y a danger ! Il faut les présenter comme des 
casseurs, des voyous, pour les isoler. Tout faire pour que la réaction de ces ouvriers ne fasse tache d’huile. La presse rentre alors dans l’usine, sur ordre de la direction, pour compter le nombre de pétards ou d’œufs lancés contre les 100 vigiles et 200 cadres organisés en commando contre les grévistes. Comme si une grève se résumait à cela ! En ce dernier jour de grève, il fallait encore mentir et inventer de toutes pièces « un fort sentiment d’amertume ».

Ils sont dans leur bon droit, ces bien-pensants, puisque même un gouvernement de gauche, après quelques rodomontades, déclare les 11 200 suppressions d’emplois « inévitables », envoie ses flics contre des ouvriers qui se défendent, laisse la justice se faire instrumentaliser par une direction qui porte quatre séries de plaintes, met huit ouvriers en mise à pied conservatoire, en licencie quatre pour « faute lourde ». Exemple de ces soi-disant « fautes lourdes » : « agression sonore » pour avoir joué du tambour ! Et, un comble, refuse d’appliquer une disposition pourtant prévue par le Code du travail : la nomination d’un médiateur que demandent les ouvriers en grève. Ce gouvernement aura renié jusqu’à la moindre de ses promesses. Se sera allongé devant la famille Peugeot quitte à se saborder et à préparer un boulevard pour l’extrême droite.

Alors pour eux, cela reste incompréhensible, que des ouvriers disent tout simplement non ! Non au gâchis à tous les niveaux que représente la fermeture de cette usine du 93, déjà largement touché par le chômage. Pour dire non à cette société qui les prive de leur emploi, leur unique ressource pour vivre. Mais c’est ce qui fait la fierté de tous mes camarades avec qui je viens de passer quatre mois inoubliables à rendre les coups. Et nous n’aurons pas fini de crier : « La force des travailleurs, c’est la grève ! »

Dominique Julien

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 May 2013 à 18:23

Le choeur des éditorialistes économiques chante les "réformes structurelles"

Comme le démontre une nouvelle fois Acrimed, la grosse artillerie néolibérale est de sortie ces dernières semaines dans les médias audiovisuels pour bourrer le crâne des Français au sujet de ces réformes qui visent à amoindrir les protections sociales.

L'observatoire des médias a une nouvelle fois mis la main dans le cambouis des "éditos éco" diffusés par les radios et les chaînes télé d'information. Un constat s'impose: c'est fou ce que ces "spécialistes" de la chose économique cognent tous dans le même sens: pousser François Hollande et le gouvernement Ayrault à amoindrir les protections sociales et les dépenses publiques, via les prochaines négociations sociales concernant les retraites et l'emploi.

Concrètement, cela donne ceci:

  • Nicolas Doze sur BFMTV: "Ce n’est plus possible de reculer sur les trois réformes attendues et exigées par le reste de l’Europe: réforme sur le marché du travail et sa rigidité  réforme sur les retraites; réforme de la libéralisation des professions qui sont encore sous numerus clausus."
  • Éric Le Boucher, sur  Europe 1: "Réforme des retraites, baisse des dépenses de santé, recul des crédits aux collectivités locales et surtout plus de réformes structurelles pour la compétitivité."
  • Dominique Seux, sur France Inter: "Les dépenses publiques, si rien n’est fait, seront en 2014, pour la première fois, les plus élevées des 27 pays européens, au-dessus du Danemark, à plus de 57% du PIB. À ce niveau, ce n’est plus de l’aspirine, c’est de la morphine, c’est-à-dire une drogue."
  • Christian Menanteau, sur RTL: "Il va falloir apprendre à gérer sobrement, reformer les prestations sociales, les retraites, les allocations chômage et ça va être d’autant plus indispensable que la corde de rappel allemande ne va pas disparaître.

Olli Rhen, maître à penser

Tous paraphrasent leur maître actuel, le commissaire européen chargé des affaires économiques Olli Rehn. Ce dernier explique tranquillement: "Il est encore plus important que le gouvernement français, le Parlement et les partenaires sociaux se mettent d'accord sur des réformes structurelles du marché du travail, des retraites et qu'il ouvre le marché des services." Dans le collimateur de ses "réformes courageuses": le recul de l'âge de la retraite, l'affaiblissement des protections en faveur des travailleurs et du code du travail, la baisse du Smic et l'ouverture à la concurrence de toutes les professions règlementées, sans oublier la privatisation totale des grands groupes publics.

"Modèle allemand"

Comme le montre Acrimed, ce bourrage de crâne fonctionne aussi sur le fameux "modèle allemand" que la France devrait forcément suivre, ainsi que sur la rémunération des grands patrons, dont le gouvernement fait bien de ne pas s'occuper.

  • A consulter:

Le printemps des chroniqueurs économiques, par Mathis Raymond (Acrimed)

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 03 Jun 2013 à 18:19
La jeune femme s’empare du micro, elle dit sa détresse, provoquant rires et mensonges
 

Un enfumage médiatique démontré en cinq étapes.

 

Le jeudi 30 mai 2013, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de l’émission de divertissement "Touche pas à mon poste" animée par Cyril Hanouna sur D8.

Sophie Tissier, 34 ans, opératrice prompteur, a surgi sur le plateau pour dénoncer les baisses de salaires (25 % en ce qui la concerne) que subissent les intermittents depuis le rachat de la chaîne par le groupe Canal Plus.

1 - Le Nouvel Observateur, Le Plus, le 31-05-2013.

« Une intermittente interrompt Hanouna sur D8 : pourquoi Mélenchon reste-t-il silencieux ?
Par Bruno Roger-Petit, Chroniqueur politique ».

L’article commence par  :

« Une intermittente qui travaille pour l’émission "Touche pas à mon poste" sur D8, a interrompu l’animateur Cyril Hanouna pour faire passer un message dénonçant les pratiques sociales de la chaîne. Invité de l’émission, le leader du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, n’est pas intervenu. Pourquoi ? Bruno Roger-Petit y voit une faute politique »

et finit par  :

« … le politique, confrontée à un drame social et humain, en direct, sur un plateau de télévision, ne peut rien contre la télévision de l’émotion et du divertissement, qu’il en subit les us et coutumes, règles et lois, fût-il Jean-Luc Mélenchon, dénonciateur des travers du système dont il est pour un soir l’acteur objectivement complice ».

Donc, Jean-Luc Mélenchon silencieux et complice.

2 - Visionnage de la séquence. http://www.jean-luc-melenchon.fr/2013/05/30/invite-de-touche-pas-a-mon-poste/

On voit l’intervention de la jeune femme. Elle sera présente sur le plateau moins de 2 minutes. Le texte de son message dure 15 secondes (à partir 18 minutes 25 sur la bande).
Quand elle annonce que le chiffre d’affaire de Canal Plus est de 5 milliards, Hanouna se moque et les chroniqueurs de l’émission sont pliés de rire.

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(Capture d’écran. L’intermittente vient de dire que le CA de Canal Plus est de 5 milliards d’euros)

La paysanne parlant au nom de ceux par qui le château a été bâti, par qui la table est mise, est sortie de l’office. Malin, l’intendant ne l’a pas chassée. Mais la valetaille le fait par lancer d’épluchures.

Ils s’esclaffent bruyamment, mouvements du corps à l’appui. Qu’une gueuse, mère célibataire, force la porte du seigneur pour se plaindre qu’on lui retienne désormais un quart de sa ration mensuelle de farine et de lait, passe encore. On subit, abasourdis. On se tait. On attend que ça passe. On guette le moment de lui clouer le bec. Et voilà que la bougresse, non contente de fouler de ses sabots crottés le tapis du salon, s’enhardit à chiffrer la fortune du maître. Trop hilarant !

« Il existe quelqu’un de pire que le bourreau, c’est son valet. » a dit Mirabeau.

Regardez, c’est sans doute un futur collector, un moment de télé qu’on passera dans les écoles de journalisme et dans celles pour militants du Front de Gauche.

Dans le brouhaha, on entend Jean-Luc Mélenchon dire en voix off « C’est sérieux ! », puis il apparaît à l’écran, tourné vers les rieurs en soutenant la jeune femme : « C’est bien ! Elle a…. » (le reste est inaudible). Après quoi il intervient pendant 3 minutes (à partir de la vingtième minute sur la bande) pour dénoncer une « exploitation terrifiante » subie par les intermittents et les journalistes pigistes.

3. Les Inrocks (2 juin 2013) interviewent la jeune femme :

Q. Vous avez dit que vous profitiez de la présence de Jean-Luc Mélenchon sur le plateau pour intervenir, pourquoi ? Quelle attitude a-t-il eu ?

R. « Quand j’ai vu que Jean-Luc Mélenchon était invité dans l’émission, connaissant sa grande gueule sur ces sujets, je me suis dit que c’était le bon moment. Je ne suis pas membre du parti de gauche de monsieur Mélenchon mais j’espérais qu’il soutienne mon propos et la cause des intermittents. Et il l’a fait ! Il a dénoncé avec force notre précarité et nos conditions difficiles de travail. En fait, sur le moment, c’est quand il a dit que “le monde des médias est une machine à broyer“, que je me suis décidée à intervenir sur le plateau, car son discours m’a touché. En sortant du plateau, il ne m’a pas parlé spécialement. J’étais sous le coup de l’émotion, je n’ai pas cherché non plus à le voir ».

4 Bruno Roger-Petit, Chroniqueur politique du Nouvel-Obs, « Silencieux et complice ».

L’intermittente poursuit ainsi : « Pour le replay et les rediffusions, la chaîne a censuré mon intervention. C’est une réaction attendue et en même temps, c’est quand même de la censure ».

Bruno Roger-Petit va-t-il dire à ses lecteurs qui a parlé pour les intermittents et qui les censure ?

5 - le chiffre d’affaire de Canal Plus

Sur le site officiel de Canal plus, on lit : « Chiffre d’affaires du Groupe Canal + : 5 013 millions d’euros ». Soit plus de 5 milliards en effet.

Cyril Hanouna et sa troupe de comiques vont-ils dire aux téléspectateurs que, là aussi, la jeune femme disait vrai ?

Vladimir Marciac

PS. Question subsidiaire : combien de médias, au nom de la rigueur dans l’information, vont signaler que Bruno Roger-Petit a menti et que Sophie Tissier a bien donné le bon chiffre ? Et peut-être qu’une baisse de salaire de 25 %, c’est assez... Grec ?

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Jun 2013 à 20:04

Gérard Filoche "Seule l’Humanité a décortiqué l’ANI"

Pour Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail et membre du bureau national du PS, « l’Huma a le mérite de couvrir les événements sociaux dont d’autres ne parlent pas ».

Quelle place particulière occupe l’Humanité 
dans la presse française 
à vos yeux ?

Gérard Filoche. Avant de parler de panorama des médias, pour ma part, l’Humanité, c’est d’abord sentimental. De Jean Jaurès à nos jours, pour moi, c’est le seul quotidien de gauche !

Le journal joue-t-il un rôle utile dans 
les débats qui traversent la gauche ?

Gérard Filoche. Avec ses moyens, l’Humanité a le mérite de couvrir les événements sociaux dont d’autres ne parlent pas. Il faut bien que ce soit fait, il faut bien qu’on parle des luttes sociales, qu’on donne la parole aux salariés des entreprises qui se font surexploiter, qu’on donne de la considération à ceux qui aspirent à de meilleures conditions de travail. Moi-même, j’ai la chance de tenir une chronique dans l’Humanité Dimanche sur le droit du travail des salariés et j’ai ouï dire que cela plaisait aux lecteurs. J’en suis ravi, il n’y a pas beaucoup d’autres journaux qui permettent ainsi des chroniques sur la vie laborieuse de tous ces gens.

L’Humanité a été quasiment le seul journal 
à approfondir les enjeux du texte de l’accord national interprofessionnel (ANI) sur l’emploi. En quoi cette démarche a-t-elle été primordiale, vous qui vous êtes battu contre ce projet de loi ?

Gérard Filoche. Ah, la bataille de l’ANI ! Aucun grand média n’a organisé de confrontation sur la question. Si ce n’est un petit débat auquel j’ai pu assister un matin, sur France Inter. Sur une question vitale, essentielle, qui concerne 18 millions de salariés du privé, c’est quand même regrettable. L’Humanité est entrée dans le détail, article par article, conséquence par conséquence, et il n’y pas d’autre quotidien qui ne l’a fait. Ne demandez pas à Libération. Pour qu’ils parlent du droit de travail, on peut leur courir après.

À l’heure où toute la presse connaît une crise particulière, qui frappe durement notre journal, quel rôle peut jouer l’État ?

Gérard Filoche. Au lieu de donner 2,585 milliards d’euros à Dexia, comme cela a été le cas le 24 décembre dernier pour sauver prétendument une banque en difficulté alors qu’elle est toxique, l’État ferait mieux de le donner à la presse militante et à la presse tout court.

Entretien réalisé par Florent Dussidour

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Jun 2013 à 19:14

D8 ou le vrai visage d’un journaliste

 
 
Certes la jeune et courageuse intermittente n’est pas (pour l’instant) licenciée, certes elle a simplement été convoquée par sa DRH, certes son irruption sur le plateau a fait le buzz,
mais, mais, mais :

- l’émission ne sera plus en direct,
- cette intervention est absente des replay de l’émission,
- on ne sait pas si on va lui rendre sa part de salaire volée par un groupe de presse richissime,
- on n’a pas entendu le mea culpa des joyeux drilles pliés de rire sur le plateau pendant qu’elle parlait vrai,
- on n’a pas entendu le mea culpa des joyeux drilles pliés de rire sur le plateau pendant qu’elle parlait vrai,
- on n’a pas entendu le mea culpa des joyeux drilles pliés de rire sur le plateau pendant qu’elle parlait vrai.

Théophraste R. (Pourfendeur en Chef des joyeux drilles pliés de rire sur le plateau pendant qu’elle parlait vrai).

PS. Si vous visionnez la séquence, vous verrez que le plus hilare est Christophe Carrière (photo) qui, ayant répété à J-L. Mélenchon qu’il était journaliste, le prouva en lui posant la question « Est-ce que vous l’avez-vu ? », une réponse « Quoi ? » devant entraîner la désopilante réponse de cour de récréation : « Mon cul ». C’est à 10mn03 sur : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2013/05/30/invite-de-touche-pas-a-mon-poste/

Et si le piège avait fonctionné, ce passage n’aurait pas été censuré. Preuve que D8 et Canal + ont une conception originale de l’obscénité.


Lexique médiatique pour mauvais temps politique

 
 

Court dictionnaire des idées reçues (accompagnées de quelques citations imaginaires).

 
  • «  Activistes ». Terme préférable à « militants » quand ces derniers défient une autorité réputée pour son « réalisme »* ou son « pragmatisme »*. « Des activistes occupent le terrain dédié à un aéroport par le maire de Nantes  ».
  • « Adaptation ». S’impose à tous, en particulier aux « inadaptés » qui la refusent et témoignent ainsi de leur « extrémisme »*.
  • « Affaires ». Terme générique, employé non sans fatalisme, pour désigner les malversations politico-économiques à répétition, sans trop s’indigner du système qui les rend possibles. « Monsieur Cahuzac, pouvez-vous éviter de laisser traîner vos affaires ? »
  • « Archaïsme ». Terme employé pour qualifier tout propos visant à affirmer qu’il existerait des acquis sociaux à défendre, des droits sociaux à conquérir, voire même des emplois à préserver. « L’archaïsme de cet ouvrier qui, en 2013, vêtu d’un bleu de travail, défend son emploi menacé de délocalisation, fait peine à voir ».
  • « Choix ». Se présentent généralement à l’heure. À l’heure des choix, il n’en reste pratiquement aucun pour éviter le pire prévu par ses prophètes. « Taxer les bénéfices, au risque d’encourager la fuite des capitaux, la guerre civile et le retour de la lèpre, ou travailler plus longtemps, ce qui semble logique au vu de l’allongement de l’espérance de vie ? La France est à l’heure des choix ».
  • « Classe moyenne ». Espèce en expansion dont les frontières ne cessent de s’élargir, au point d’englober des salariés sous-payés et de petits actionnaires. La mettre au pluriel, pour souligner qu’elle se multiplie et qu’elle absorbe plus de la moitié de la population.
  • « Classe ouvrière ». Espèce disparue, dont quelques spécimens se manifestent encore, mais sous le nom de « salariés ». « Des peintures représentant des scènes de vie quotidienne de la classe ouvrière ont été découvertes sur les parois d’une grotte de la région Nord-Pas-de-Calais ».
  • « Compétitivité ». Ardente obligation, à la différence de la coopération ou de la solidarité, condamnées par le « pragmatisme »*.
  • « Consensus ». Désigne un accord recherché ou obtenu, du moins quand il traduit la convergence de point de vue entre élites politiques, économiques et… médiatiques. Que ces dernières forment une minorité n’empêche pas que le consensus puisse être « large », notamment à la sortie des sommets européens. « Cette proposition fait l’objet d’un large consensus. C’est d’ailleurs pour cette raison que notre journal la défend âprement, n’en déplaise aux extrémistes de gauche, de droite, du centre et d’ailleurs ».
  • « Conspirationnisme ». Vice rédhibitoire non seulement des conspirationnistes réellement existants, mais également de toutes les explications qui invoquent des causes invisibles à l’œil nu des commentateurs. Seule, la main invisible (et généreuse) du marché n’est pas conspirationniste.
  • « Démagogie ». Symptôme du « populisme »*. À la différence de la pédagogie médiatique qui, avec réalisme, enseigne… le « réalisme »*, la démagogie se signale par sa consternante contestation de la médiacratie et des évidentes évidences économiques et sociales dont elle se repaît. « Parler d’une augmentation du Smic sous le prétexte fallacieux que les richesses n’ont jamais été aussi mal réparties, c’est de la pure démagogie ».
  • « Europe ». N’est plus une déesse grecque. C’est pourquoi il en faut « plus », de préférence sans précision superflue.
  • « Eurobéat ». Vocable absent du vocabulaire médiatique, alors qu’il serait très économique de l’employer par opposition à « eurosceptique »*.
  • « Eurosceptique ». Vocable très économique, puisqu’il englobe toutes les critiques récusées par les eurobéats. L’eurosceptique est parfois « europhobique », dans la nomenclature des maladies mentales diagnostiquées par la médiacratie.
  • « Escalade ». Conséquence inévitable des « excès »* et de la « surenchère »*.
  • « Excès ». À dénoncer sans « modération »*.
  • « Extrêmes ». Vocable englobant des réprouvés que tout oppose et que les agitateurs d’épouvantails amalgament avec discernement, pour les disqualifier simultanément et sans effort.
  • « Extrémismes ». Points cardinaux en excès sur la carte politique du bien. Vont généralement par deux et fréquemment « se touchent ».
  • « Isolement ». Risque encouru ou position déjà occupée par tous ceux qui n’œuvrent pas au « consensus »*. « Certes, votre raisonnement est incontestable, vos chiffres sont exacts et vos propositions crédibles, mais ne craignez-vous pas l’isolement ? »
  • « Modèle ». À défendre quand il est « social européen ». À imiter quand il est « allemand ». À réformer lorsqu’il est « social français ». À réprouver dans tous les autres cas.
  • « Modération ». En faire preuve, mais sans « excès »*.
  • « Pensée unique ». La pensée d’en face.
  • « Petite phrase ». Prélevée par les médias sur un long discours, préparée par l’orateur pour être reprise par les médias, reprise par les médias dans le but d’être reprise par les médias, qui déplorent l’invasion des petites phrases.
  • « Plus d’Europe ». Déesse supplétive, dont il convient d’invoquer régulièrement l’intervention.
  • « Polémique ». Désigne n’importe quel désaccord quand les médias s’en emparent. Dès ce moment, « ça fait polémique ». En version journalisme branché, on peut parler de « clash », surtout quand il fait le « buzz ». « La question du port du béret dans les cours des écoles primaires fait polémique ».
  • « Populisme ». Vocable sciencepipeaulogique très éclairant puisqu’il désigne, très rigoureusement, toute adresse au peuple, à l’exception de toutes celles… qui ne sont pas populistes. Est menacé de populisme, tout individu, discours ou parti qui prétend, à tort ou à raison, tenir compte des points de vue et des préoccupations des personnes non assujetties à l’ISF.
  • « Pragmatisme ». Synonyme de « réalisme »*, vocable trop usé pour qualifier les réelles « adaptations »*, et notamment l’adaptation au pragmatisme.
  • « Programme ». Se dit des propositions et des engagements d’un parti politique, quand on les évoque pour en dire le moins possible. Trop long pour tenir en un tweet, à la différence d’une « petite phrase »*. « Dans les vingt secondes qui nous restent, pouvez-vous nous résumer votre programme économique et social ? »
  • « Radicalisation ». Effet de la « surenchère »* ou de la poursuite désastreuse d’objectifs que la médiacratie, convertie au « réalisme »*, condamne ou décide d’abandonner. « Exiger la réquisition des logements vides depuis 50 ans témoigne d’une dangereuse radicalisation ».
  • « Réalisme ». En faire preuve. Vertu des chefferies politiques quand elles se conforment aux vœux des chefferies éditoriales. Synonyme de « pragmatisme »*, vocable mieux adapté aux nécessaires « adaptations »* et à l’indispensable « responsabilité »*. « En exigeant la suppression de l’Inspection du travail le Medef a une nouvelle fois fait la preuve de son réalisme ».
  • « Responsabilité ». En faire preuve. Est responsable, en langue médiatique ordinaire, l’attitude, la décision ou la mesure mais aussi… le responsable dont l’ « adaptation »* témoigne d’un grand « pragmatisme »*. « Les salariés qui, par souci de compétitivité, acceptent sans broncher la délocalisation de leur entreprise, font preuve d’un bel esprit de responsabilité ».
  • « Sacrifices ». Sont inévitables, du moins quand il s’agit d’acquis sociaux qui bénéficient trop largement aux classes populaires. « La conjoncture économique étant économique et conjoncturelle, les Français doivent évidemment se préparer à faire des sacrifices ».
  • « Sceptique ». Personne dont le point de vue ne trouve pas sa place dans les colonnes des tableaux des instituts de sondages. « Près d’un Français sur quatre partage le point de vue selon lequel "l’austérité, c’est fun". Les autres sont sceptiques ».
  • « Surenchère ». Excès d’ «  excès »*. Se manifeste une fois que les commissaires-priseurs des médias ont obtenu satisfaction sans avoir à ouvrir les enchères. Bien souvent, la surenchère conduit à la « radicalisation »*.

Phrase automatique :

N’en déplaise aux sceptiques, il convient aujourd’hui de faire preuve de responsabilité, de cesser toute démagogie et d’opter pour le réalisme, en repensant avec pragmatisme le modèle social français et en acceptant de procéder aux nécessaires sacrifices, sous peine de faire le jeu des extrêmes et du populisme.

Henri Maler et Julien Salingue

Voir aussi nos autres lexiques.

La liberté de la presse est la liberté que les capitalistes ont d’acheter des journaux et des journalistes dans l’intérêt de créer une opinion publique favorable à la bourgeoisie.

Karl Marx



Edité par T 34 - 07 Jun 2013 à 15:06
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Art critique médias

 
 

Place aux images dans la cri­tique des médias. L’importance des médias — et de leur cri­tique par consé­quent — dans le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique ne sera pas démon­trée ici. Mais par­fois “mon­trée” plu­tôt que “démon­trée”. C’est de cette façon qu’opèrent les gens d’image : mon­trer, sen­si­bi­li­ser, tra­vailler les signes et les ima­gi­naires. Cette approche — ni plus ni moins impor­tante que d’autres — reste très mar­gi­nale dans le cou­rant (lui-même très mar­gi­nal) de la “cri­tique des médias”.

Le but de cet article est de reven­di­quer briè­ve­ment la légi­ti­mité de l’art dans la cri­tique des médias puis de s’atteler modes­te­ment à la tâche, un coup de crayon après l’autre.

Cla­ri­fions d’emblée les sta­tuts du texte et des images dans cet article. Les images priment, elles ne rem­plissent pas la fonc­tion illus­tra­tive dans laquelle on cherche géné­ra­le­ment à les can­ton­ner. Ce texte, lui, est secon­daire. Il rem­plit les fonc­tions mini­males d’introduction, de liai­son, de com­men­taires qui satis­font à nos habi­tudes de lec­ture. Place aux images.

Infor­mer c’est don­ner forme

Quel rap­port entre le tra­vail des jour­na­listes (sur­tout) et celui des artistes ? L’information. Chaque jour, ils “informent” et le dic­tion­naire m’autorise à le dire : “infor­mer c’est don­ner forme”. Chaque jour, le jour­nal télé­visé nous pré­sente le monde, il le condense, il en orga­nise la repré­sen­ta­tion, le met en scène. Dif­fé­rem­ment, les artistes aussi.

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Une guerre n’est jamais un spec­tacle

S’il est vrai que les infor­ma­tions ne peuvent (ni peut-être ne doivent ?) éviter toute dimen­sion spec­ta­cu­laire, on peut s’opposer tout de même à ce qu’elles s’y réduisent par­fois. Symp­to­ma­tique de cette pro­pen­sion au spec­tacle, une expres­sion a inondé une grande par­tie des médias fran­çais dans les pre­miers jours de la guerre au Mali. Ce n’était pas “L’information inter­dite sur la guerre au Mali” ou “Une infor­ma­tion vide” ou mieux, “La pro­pa­gande ou rien”, mais seule­ment : “Une guerre sans image” (un moteur de recherche vous rap­pel­lera la pro­li­fé­ra­tion de ce titre). Com­ment ne pas y entendre la volonté de satis­faire des “spec­ta­teurs” plu­tôt que d’informer des citoyens sou­cieux de se posi­tion­ner par rap­port à une guerre menée en leur nom ?

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La machine à sté­réo­types

Cha­cun sait que dans leur concur­rence effré­née, les médias domi­nants pri­vi­lé­gient les sté­réo­types. Ce re-mâchage inces­sant d’idées reçues leur per­met de com­mu­ni­quer presque ins­tan­ta­né­ment des mes­sages aux­quels le public n’est pas censé réflé­chir, il doit seule­ment les recon­naître. Peut-on en mesu­rer les dégâts ?

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La “cir­cu­la­tion cir­cu­laire de l’information”

(Pierre Bour­dieu, Sur la télé­vi­sion, Ed. Rai­sons d’agir)

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Sur­in­for­ma­tion

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Micro-disputes

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Une image de la cri­tique radi­cale des médias

Mon­trer la résis­tance sur le front des médias. En 2004, j’ai choisi pour ce “por­trait” Pour Lire Pas Lu, un jour­nal de com­bat contre ce qu’il appe­lait le PPA (le parti de la presse et de l’argent). Il s’est mué en Plan B avant de consta­ter luci­de­ment son échec en 2010… tem­po­raire.

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“Les faits divers font diver­sion”

(une autre for­mule lue chez Pierre Bour­dieu)

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J’aurais pu choi­sir toutes sortes d’exemples mais c’est tombé sur le club Bil­der­berg… Par­don ? Ho, c’est une simple dis­cus­sion qui a lieu chaque année depuis 1954 et qui réunit des per­son­na­li­tés parmi les plus influentes du monde en poli­tique, dans l’industrie, les médias… à l’initiative d’un dénommé Rock­fel­ler. Mais rien ne filtre de ce qui s’y dit et s’y décide. Bref, autant l’ignorer.

Théo­rie de la pro­pa­gande

J’aurais pu choi­sir d’ignorer aussi Edward Ber­nays plu­tôt que de ris­quer de paraître un mal­heu­reux adepte de la fameuse “théorie-du-complot”. Trop tard.

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Neveu de Sig­mund Freud, E. Ber­nays est consi­déré comme l’un des “pères” de la pro­pa­gande moderne. Je mets en scène ici un pas­sage de son livre Pro­pa­ganda (1928), prin­ci­pal manuel des rela­tions publiques selon Noam Chom­sky. La ques­tion de son effi­ca­cité se tra­duit dans la BD par le coup de pied de Robin : un doute sub­siste sur ce qui l’a provoqué.

Image des think tanks

(aussi appe­lés “labo­ra­toires d’idées”)

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Le lien entre le think tank et l’expression “déve­lop­pe­ment durable” est une pro­po­si­tion fic­tion­nelle. Il tra­duit un mode d’action des think tanks : la pro­duc­tion et la pro­mo­tion de concepts ou de cadres de pen­sée. L’expression “déve­lop­pe­ment durable” m’étonne : la volonté écolo­gique de pré­ser­ver la pla­nète y est réduite à un impli­cite pos­sible du mot “durable” et condi­tion­née, enca­drée par la notion de “développement”…

L’infusion

(l’imprégnation agréable d’un livre)

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Le mur des médias

Lorsque des dizaines de mil­liers de per­sonnes expriment leurs reven­di­ca­tions dans la rue (per­dant sou­vent une jour­née de salaire), une poi­gnée de per­sonnes, tou­jours la même, se charge à 20H de la façon d’en rendre compte (ou pas) à des mil­lions de télé­spec­ta­teurs. Relais, obs­tacle ?

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Répres­sion média­tique

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Humeur 20H00

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La télé coupe

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Rushs de micro-trottoirs

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Du vent

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Infos-chut, un double geste

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Mai 2013
Fré­dé­ric de Manas­sein (des­sins et textes)
www.regardeoutumarches.net

 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Jun 2013 à 18:57

C’est parti : le JT de France 2 prépare une nouvelle réforme des retraites

par Frédéric Panne, le 7 juin 2013

Le JT 20 heures de France 2 du 4 juin 2013 (que l’on peut voir ici consacre deux minutes (de 14’15 à 16’23) au rapport de la commission chargée d’examiner plusieurs hypothèses sur la nouvelle réforme des retraites. Deux minutes d’informations tronquées et faussées.

« L’actualité en France, c’est d’abord, je vous le disais, les premières pistes de la réforme des retraites. La commission chargée d’établir un rapport vient de rendre ses conclusions. Elle évoque de nombreuses possibilités : revenir sur les avantages fiscaux des retraités, augmenter, soit l’âge de départ, soit la durée de cotisation, augmenter aussi les charges patronales, bref, il y en a pour tout le monde. Mais ce qui retient le plus l’attention c’est ce qui concerne l’harmonisation des régimes. La commission suggère de modifier les règles de calcul pour les fonctionnaires. »

« Ce qui retient l’attention ». Mais de qui au juste et pourquoi ? Peu importe : l’attention est focalisée sur la sempiternelle « question » des régimes de retraite des fonctionnaires. Et en quoi est-elle de nature à justifier que le JT s’y intéresse tout particulièrement – plutôt qu’à celle des cotisations patronales, par exemple ? David Pujadas s’abstiendra d’en dire plus, mais le reportage qui suit, réalisé par « Margaux Manière, Didier Dahan, avec notre bureau à Poitiers », permettra peut-être d’y voir plus clair…

Sur fond d’images de fonctionnaires au travail, la journaliste commente, ou plutôt pronostique : « Instituteurs, infirmiers ou encore employés de mairie, leur pension de retraite pourrait baisser. Aujourd’hui le mode de calcul des retraites du public est plus favorable que celui des salariés du privé ; la commission Moreau qui rendra son rapport au gouvernement la semaine prochaine propose de rapprocher les deux systèmes. Une piste qui fait bondir les fonctionnaires... »

Manifestement, la journaliste considère qu’il est inutile de préciser que par « rapprocher les deux systèmes », il ne faut pas entendre aligner les retraites du privé sur celles, dont le mode de calcul serait plus avantageux, du public… Cela va de soi !

La suite du reportage, sans doute censée illustrer à quel point l’idée fait « bondir les fonctionnaires  », propose l’interview d’une femme…

Au téléspectateur de deviner non seulement qui elle est – ni le commentaire, ni aucune incrustation ne l’indiquent – mais aussi quelle question lui est posée – laquelle a été coupée au montage. Et si cette femme, qui est probablement fonctionnaire, retraitée ou non, ne semble pas « bondir », elle est effectivement opposée – quelle surprise – à une baisse éventuelle de sa (future ?) pension : « C’est perdre nos acquis, quelque part, parce que si nous, c’était calculé sur les 6 derniers mois… Il y a beaucoup de prise d’échelon en fin de carrière. C’est quand même plus intéressant.  »

Avec l’infographie qui suit, que redouble le commentaire, la journaliste choisit de présenter les conséquences d’une telle réforme pour « un fonctionnaire » virtuel qui s’avère quelque peu atypique…

« Aujourd’hui, les pensions sont calculées sur les derniers mois de la vie professionnelle. Ainsi un fonctionnaire qui gagne en fin de carrière 4000 euros par mois, touche aujourd’hui 3000 euros de retraite. Mais si la piste évoquée par le rapport était suivie, une période plus longue serait prise en compte, par exemple les 10 dernières années. Et sur cette période, le fonctionnaire n’a pas gagné 4000 euros en moyenne mais seulement 3500. Résultat sa retraite ne s’élèverait plus qu’à 2625 euros, 11 % de moins qu’aujourd’hui. »

On reste perplexe devant cette simulation : en 2009, selon l’INSEE, le revenu moyen des fonctionnaires était d’un peu moins de 2400 euros… Alors qui sont ces fonctionnaires qui finissent leurs carrières à 4000 euros par mois ? Existent-ils ? Combien sont-ils ? De quoi parle-t-on ? Salaire net ou salaire brut ? Celui ou celle qui aurait voulu suggérer que les fonctionnaires sont des nantis ne s’y serait pas pris autrement…

Le reportage enchaîne avec quelques mots d’Éric Aubin, présenté comme le responsable chargé des retraites à la CGT. Là encore, on ne sait quelle question lui a été posée…

« C’est une mesure pour rien. Qui avait fait l’objet d’un débat en 2010 avec Éric Woerth qui avait, à l’époque, abandonné cette mesure parce qu’elle ne sert à rien et elle va crisper, effectivement, les salariés notamment du public. » Des propos si brefs et allusifs, qu’on ne pourra en retenir que son opposition à la mesure. Il aurait par exemple pu être intéressant de savoir pourquoi ce bon connaisseur du dossier affirme à deux reprises que ce serait « une mesure pour rien »... Mais ce n’est pas dans le JT France 2 que le téléspectateur l’apprendra.

En revanche, ledit téléspectateur se voit apporter une nouvelle preuve des privilèges inouïs dont bénéficient les fonctionnaires, avec une nouvelle statistique dont on ne saura pas d’où elle sort, ni ce qui pourrait l’expliquer.

« Aujourd’hui dans le privé la retraite est calculée sur les 25 dernières années. Et elle est moins élevée en moyenne : 1216 € contre 1724 pour le public. » On appréciera le souci de cohérence de la journaliste qui choisit de réfléchir sur une pension de 3000 euros quelques secondes avant d’annoncer qu’elles s’élèvent en moyenne à un peu plus de 1700 euros dans la fonction publique… Quant à savoir si, par exemple, des différences de qualification, et donc de rémunération, entre salariés des secteurs public et privé, ne pourraient pas contribuer à expliquer de tels écarts, ce serait trop demander…

Et la journaliste de préciser que « ce soir, Matignon évoque de simples pistes. Les discussions sur les retraites commenceront réellement le 20 juin. » En plateau, David Pujadas conclut même avec un quasi scoop : « Précision importante il y a quelques minutes. L’entourage de François Hollande a confirmé que le calcul des retraites des fonctionnaires fera bien partie du débat. »

Si la qualité de l’information, dans ce « sujet », fut d’une nullité affligeante, l’équipe de David Pujadas pourra au moins se féliciter d’avoir accompli son travail de « pédagogie »… en esquissant les conclusions de discussions qui n’ont pas commencé.

Frédéric Panne

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Éducation nationale : quelques remèdes de cheval pour dégraisser le mammouth

par Thibault Roques, le 11 juin 2013

À l’occasion de la remise récente au gouvernement de deux rapports sur l’Éducation nationale et sa gestion – celui de la Cour des comptes et celui de la médiatrice de l’Éducation nationale –, certains médias en profitent pour accabler les enseignants en relayant et en amplifiant les préjugés les plus communs à leur égard, et pour livrer, plus ou moins subtilement, leurs solutions pour redresser une école publique dont ils dressent un tableau apocalyptique…

Le poids des maux…

Et d’abord, quoi de mieux pour appâter le lecteur qu’un titre sinon accrocheur du moins racoleur, en tout cas toujours réducteur ?

Alors même que sur le site de France Inter le résumé qui suit est (légèrement) plus nuancé : « Qu’est-ce qui énerve le plus les parents d’élèves ? C’est ce que s’est demandée la médiatrice de l’Éducation nationale. La réponse sort dans un rapport ce jeudi. En tête : les profs absents et non remplacés, la déscolarisation et certaines écoles privées. », c’est une vision très partielle donc très partiale de l’institution qui est mise en avant, et qui fait des récriminations de certains parents une vérité apparemment universelle en milieu scolaire.

Bien sûr, on trouvera toujours plus audacieux en s’informant auprès des spécialistes éducation du Figaro :

L’approche est plus franche, le verdict implacable. Nous n’avons alors plus affaire à « ces profs », fraction mal identifiée de la profession dans son ensemble, mais aux professeurs en général, congénitalement absentéistes.

Dans les deux cas, les gros titres des articles, qui visent à faire sensation plutôt qu’à informer, réduisent des rapports dépassant chacun les 150 pages à un simple slogan… Sans doute ces rapports sont-ils discutables et doivent être discutés. Mais cela rend d’autant plus nécessaire de la part des journalistes un propos argumenté, fouillé et nuancé plutôt que cette suite de poncifs, pâles substituts à des analyses tant soit peu innovantes sur la question.

… Le « choc » des photos

Les illustrations photographiques de ces accroches souvent caricaturales ne sont pas en reste. En effet, tandis que sur le fond, les articles pointent un absentéisme chronique de la part des enseignants, sur la forme, plusieurs photos viennent opportunément appuyer ce constat pour lui donner plus de vraisemblance encore.

Ainsi, la salle de classe est vidée de ses enseignants, par le Figaro :

Tandis que pour France Inter, ce sont à la fois les enseignants et les élèves (!) qui disparaissent :

Dans certains cas, c’est l’établissement lui-même qui affiche porte close… Probable symbole d’un corps enseignant démissionnaire et d’une fonction publique qui manque décidément à tous ses devoirs : faute d’enseignants (et de tout le reste du personnel qui travaille d’ordinaire dans un établissement scolaire), les élèves ne peuvent même plus pénétrer dans l’enceinte dudit établissement, comme l’illustre ce cliché du Parisien :

Les enseignants manquent régulièrement à l’appel et, partant, à leur devoir, c’est entendu. Mais c’est le « mammouth » dans son ensemble qui est visé. Et la liste des tares est longue ; fort heureusement, de vertueux journalistes sont là pour nous les rappeler.

L’enseignant, (trop) souvent absent, est un être manifestement fainéant ; comment comprendre sinon son hostilité présumée à la prise en compte de son « temps de travail réel » sur laquelle plusieurs journalistes s’attardent. L’article du Figaro daté du 22 mai est à cet égard riche d’enseignements : le titre choisi (« Les Sages pour le temps de travail réel des enseignants ») laisse entendre d’abord qu’il y aurait un temps de travail fictif qui s’y oppose et auquel les enseignants – ces planqués ! – sont très attachés. La suite n’est pas moins lourde de sous-entendus :

« Comment imaginer qu’on puisse piloter une organisation sans connaître le temps réel de travail de ses participants ? C’est pourtant la situation dans laquelle se trouve l’Éducation nationale. Comme le souligne le rapport de la Cour des comptes publié mercredi, « il n’existe pas de suivi fiable du temps de travail total des enseignants ». Les chiffres proviennent d’enquêtes déclaratives. Ainsi, les professeurs du second degré public déclarent travailler en moyenne 21 heures par semaine en plus de leurs heures de cours. Et cela afin de préparer les cours, de corriger les copies ou de nouer des liens avec les parents. Mais nul ne sait si ces réponses des enseignants sont exactes. Et intuitivement, les parents devinent que les temps de préparation peuvent être très différents selon les professeurs. »

À chacun, alors d’en tirer intuitivement la conclusion qui s’impose : il faut (re)mettre les enseignants au travail. Et les plus grands experts sont appelés en renfort par l’auteur de l’article. Ainsi, Michel Didier, président de COE-Rexecode, organisation proche du patronat, « porte un diagnostic sans concession sur l’ensemble de la fonction publique. "Le temps de travail réel des fonctionnaires n’est pas évalué. Il y a des dérives, certains cumulant les absences. La productivité est faible." » Dérives, absences, faible productivité. Heureusement que certains osent dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas…

Autre éminent spécialiste, « Jean-Hervé Lorenzi, professeur à l’université Paris-Dauphine, estime lui aussi qu’il faut réorganiser le secteur public, en posant notamment la question du temps de travail. "Il faut réformer au cas par cas. Le problème des universités - un temps de vacances trop long, avec une fermeture trois mois par an - n’est pas celui de l’hôpital." » Chacun l’aura compris, les enseignants cultivent au moins autant la paresse que leurs élèves.

Même Libération, dont on aimerait penser qu’il n’épouse pas les positions des économistes néolibéraux et autres têtes pensantes du Medef, estime – un peu plus subtilement, c’est vrai – que le temps de travail est effectivement en cause : si les enseignants de primaire et maternelle sont en grève, c’est d’abord et avant tout parce qu’ils sont réticents à travailler plus (4 jours et demi plutôt que 4).

Comme nous l’avions souligné dans « La grève incompréhensible et injustifiée des instituteurs parisiens », pour Libé, pétri de tous les poncifs sur l’Éducation nationale, il s’avère en effet difficile d’expliquer quoi que ce soit à partir d’une vision si simpliste de la réforme en cours et des réserves que certains enseignants peuvent nourrir à son égard.

Il est d’autant plus difficile à nos journalistes d’accepter la paresse supposée des enseignants qu’ils coûtent cher, très cher à la nation, comme en témoigne la photo légendée ci-dessous, tout en nuances :

Ceux qui croyaient le mammouth disparu depuis longtemps en sont pour leurs frais : l’Éducation nationale est un poids, voire un fardeau, que chacun doit supporter. Quant à imaginer que ce puisse également être un service (public), nécessaire à la formation du citoyen et au pays tout entier, il n’y a qu’un pas que les journalistes osent rarement franchir. Car ce mammouth que d’aucuns ressuscitent se caractérise surtout par sa lenteur et ses pesanteurs.

Certains clichés ont la vie dure et le plus simple pour disqualifier le monde enseignant reste de le taxer de corporatisme ou d’archaïsme, c’est selon, sans démonstration aucune mais avec la garantie que le cliché parlera au plus grand nombre.

Aussi, Fabrice Rousselot, pour Libération [1], ne recule devant aucune simplification lorsque, concédant que ce sera « seulement au prix d’un vaste réinvestissement dans l’éducation en France que l’on pourra retrouver des profs plus apaisés. », il déclare, presque menaçant : «  Mais, attention, cette refondation ne doit souffrir d’aucun tabou et inclure évidemment la réforme des rythmes scolaires. Aux nouveaux profs de faire aussi ce pari sur l’avenir, pour enfin réinventer leur métier et faire face à ses défis sociaux, économiques et technologiques. En prenant soin d’éviter des réflexes corporatistes trop souvent tournés vers le passé. »

Sans que l’on sache vraiment à quel tabou il peut bien faire allusion, l’éditorialiste se fait en tout cas l’écho des fantasmes les plus éculés sur les enseignants, par définition réfractaires aux réformes et s’accrochant désespérément à des pratiques d’un autre temps. Même « Avenir », titre de son éditorial, apparemment tourné vers des lendemains qui pourraient chanter, est en réalité une exhortation à peine voilée à rompre avec de vieux schémas dont les enseignants ont, selon lui, bien du mal à se défaire, comme l’explicite le propos reproduit ci-dessus. Que n’est-il pas aussi vigoureux dans sa volonté d’éviter certains réflexes journalistiques ?

En définitive, le seul hommage que les journalistes veulent bien rendre au corps enseignant consiste à souligner, comme dans Le Figaro du 14 mai, « Comment les profs font réussir leurs enfants ».

La légende de l’illustration de l’article interpelle : « De l’école primaire au lycée, les enfants d’enseignants sont les premiers de la classe. Ils passent devant tout le monde, y compris les enfants de cadres. » « Ils passent devant tout le monde » : formule subtile mêlant données objectives et sous-entendus.

Certes, les enseignants ne font sans doute pas tout leur possible pour la réussite des enfants en général (absences à répétition, temps de travail aléatoire, incapacité d’innover, etc.) mais pour les leurs, ils ne comptent pas leurs heures ! L’hommage n’en est donc pas un : il pointe au contraire un égoïsme qui vient s’ajouter à la longue liste de leurs tares. Et la journaliste d’enfoncer le clou pour achever de démontrer leur duplicité : « Exigeants et connaisseurs du système […] Ce sont les plus grands bénéficiaires du système scolaire ».

Dès lors, compte tenu de l’état déplorable de l’institution scolaire et des manquements de ceux censés l’incarner, seules des « mesures choc » peuvent redresser la situation.

Dégraisser le mammouth pour engraisser le privé

Miracle du calendrier, plusieurs études tombent à point nommé qui permettent aux journalistes, dont ceux, en pointe, du Figaro, de souligner que « Les Français [sont] attachés à la qualité de l’enseignement catholique ». Les chiffres sont éloquents :

« Un "enseignement de qualité", ouvert aux autres religions et aux non croyants. C’est ainsi que les Français perçoivent l’enseignement catholique, confirmant sa position alternative face au public. S’ils avaient un enfant à scolariser, 43 % d’entre eux affirment qu’ils souhaiteraient le faire dans l’enseignement catholique privé. Preuve que ce dernier s’impose comme une alternative de poids. Le fait que 39 % des catégories populaires adhèrent à cette solution renforce l’assertion, et marque, selon le sondage "la capacité de l’enseignement catholique à intéresser les Français au-delà de leurs capacités financières supposées". […] »

«  L’écrasante majorité des répondants (90 %) trouvent "normal" que les parents aient le choix entre le public et le privé. Choix que 72 % conçoivent comme une "chance". Alors que les questions de guerre scolaire sont régulièrement évoquées, comme en ce début d’année avec le débat autour du mariage homosexuel, l’enseignement catholique confirme sa place dans le système éducatif. »

«  La délicate question du financement par l’État, que certains remettent en question au vu des libertés prises par les établissements,ne soulève pas de critique : 65 % des sondés jugent logique que l’État participe au financement au motif que l’enseignement catholique contribue au "service public d’enseignement". »

Étrange coïncidence que cet engouement réaffirmé pour l’enseignement privé catholique au moment où l’enseignement public est si décrié, entre autres par les journalistes. Étrange aussi que l’on transforme en « preuve » des choses pour le moins hypothétiques : « S’ils avaient un enfant à scolariser, 43 % d’entre eux affirment qu’ils souhaiteraient le faire dans l’enseignement catholique privé. » De quelle preuve peut-il s’agir et quelle valeur lui attribuer quand les répondants n’ont pas forcément d’enfant à scolariser ? Certains mauvais esprits diraient que la question ne se pose pas et des sondeurs tant soit peu scrupuleux ne devraient donc pas la poser.

Étrange, enfin, que soit pris pour argent comptant de tels « résultats » alors que le sondage est l’œuvre conjointe de OpinionWay et de… La Croix. Reste que face à une présentation si laudative du privé, chacun a compris ce qu’il lui restait à faire pour ses enfants.

Par ailleurs, si l’enseignement public est malade, qu’il se rassure, des méthodes ayant fait leurs preuves dans le privé peuvent, semble-t-il, y être importées. C’est ainsi que quelques journalistes soucieux du bien commun s’efforcent, au-delà de la critique, de faire œuvre utile en contribuant à leur tour à l’impérieuse réforme du « mammouth ».

Nos spécialistes-ès-éducation sont ainsi loin d’être à court d’idées lorsqu’en matière de gestion du personnel, par exemple, ils font le constant sombre qui suit :

Ou comment brouiller un peu plus la frontière entre privé et public en faisant du « management » le cœur d’une école à nouveau conquérante…

Cette contre-révolution scolaire, que beaucoup semblent appeler de leurs vœux, s’inscrit pourtant dans un cadre idéologique plus global. In fine, pour la journaliste du Figaro, la réforme de l’école n’est qu’une étape annonciatrice de changements plus vastes et plus profonds :

« "Les professeurs sont spécialisés dans des matières, ce qui complique les choses", estime Michel Didier, président de COE-Rexecode. En revanche, ce dernier porte un diagnostic sans concession sur l’ensemble de la fonction publique. "Le temps de travail réel des fonctionnaires n’est pas évalué". Il y a des dérives, certains cumulant les absences. La productivité est faible. Il est donc possible de faire mieux avec moins de personnel. »

« Jean-Hervé Lorenzi, professeur à l’université Paris-Dauphine, estime lui aussi qu’il faut réorganiser le secteur public, en posant notamment la question du temps de travail. "Il faut réformer au cas par cas. Le problème des universités - un temps de vacances trop long, avec une fermeture trois mois par an - n’est pas celui de l’hôpital". Adepte d’une solution plus globale et radicale, le sénateur UDI Jean Arthuis prône la fin des 35 heures dans la fonction publique. De quoi économiser 25 à 30 milliards. Une vraie mesure choc…  »

D’abord « faire mieux avec moins de personnel », puis poser la question du temps de travail, avant de prôner, pour finir, « la fin des 35 heures dans la fonction publique ». Vous avez dit « vraies mesures choc » ?

***

Il ne s’agit ici nullement de prendre position au sujet de l’immobilisme - réel ou supposé – de l’Éducation nationale, mais plutôt d’appeler des journalistes pour qui la privatisation est forcément mère de toutes les vertus à un peu de retenue : avant de « sonner la charge contre le mammouth », peut-être faudrait-il se pencher sur les corporatismes et les conformismes médiatiques ?

Thibault Roques

Notes

[1] Édito paru dans Libération le 12 mai 2013.

La récupération médiatique de la mort de Clément Méric (communiqué d’Acrimed)

par Acrimed, le 10 juin 2013

Communiqué d’Acrimed


La mort d’un jeune homme de 18 ans sous les coups de militants racistes est un fait politique. Les rassemblements à sa mémoire sont eux aussi un fait politique. Quand les médias se sont bornés à informer sur ces faits et à les commenter pour eux-mêmes, ils ont fait leur travail.

Autre fait politique : les formations politiques se sont emparées de ces faits pour les interpréter dans leur propre perspective et leur donner la suite de leur choix. Occasion a été ainsi donnée à une petite cohorte d’éditocrates de prendre de la hauteur et de transformer en problème majeur la « récupération politique », réelle ou supposée, sans se préoccuper d’une indéniable récupération médiatique.

Or celle-ci est elle-même un fait politique et médiatique : une récupération destinée à transformer l’information en spectacle de l’information et le débat en spectacle du débat.

C’est ainsi que l’on a pu lire, voir ou entendre des journalistes commenter la mort de Clément Méric comme s’il s’agissait d’un simple fait divers : la conséquence d’une banale bagarre de rue (qui aurait mal tourné) entre acheteurs de fringues. De quelle éthique peuvent se réclamer les « journalistes » qui sont parvenus à présenter un groupe de racistes comme un club d’amateurs de vêtements ?

C’est ainsi que nous avons assisté pendant plusieurs jours à une mise en scène médiatique du prétendu débat sur « la montée des extrémismes » (pour reprendre le titre d’une émission d’Europe 1), avec à la clé l’amalgame (extrémiste ?) entre des formations collectives que tout oppose. De quelle éthique journalistique peuvent se prévaloir des médias qui confondent sciemment la virulence verbale et la violence physique qui se solde par la mort d’un homme ?

C’est ainsi, enfin, que des porte-paroles de groupes dont l’obédience fasciste est patente ont bénéficié, non pas de la seule possibilité de s’exprimer, mais d’une surexposition complaisante que les questions qui leur étaient posées aient été elles-mêmes complaisantes (comme sur BFM-TV) ou non (comme sur i-Télé). De quelle éthique journalistique pourraient se réclamer des médias qui, suivant cette pente, s’emploieraient demain, toutes proportions gardées (et nous savons garder les proportions), à illustrer ce que disait Jean-Luc Godard : « L’objectivité, c’est cinq minutes pour Hitler, cinq minutes pour les Juifs » ?

Acrimed, le 10 juin 2013

Post-scriptum

Une parmi beaucoup d’autres, la couverture d’Aujourd’hui en France du 7 juin reproduite ci-dessous, qui fait référence à des "affrontements entre extrémistes", est exemplaire de ces amalgames injustifiables qui ont marqué la couverture médiatique de cet évènement tragique.

L’audiovisuel public européen est visé

Grèce, Italie, Espagne, Royaume-Uni, France… L’offensive contre la télévision publique en Europe est d’une envergure inédite.

La fermeture brutale de la télévision publique grecque suscite une vive indignation partout en Europe. Hier, le Front de gauche médias a dénoncé « un véritable coup d’État ». « Et après la Grèce à qui le tour ? En s’attaquant aux services publics on ouvre la boîte de Pandore, place nette est laissée aux télévisions commerciales, à la déculturation, au lavage des cerveaux », juge-t-il. Il a aussitôt lancé une pétition européenne pour obtenir une directive sur la liberté et le financement des programmes du service public audiovisuel européen. Le SNRT-CGT de France Télévisions voit dans cette décision « une mesure de rétorsion contre une entreprise de service public jugée trop critique vis-à-vis des plans d’austérité à répétition mis en place par le pouvoir politique et une atteinte à la démocratie ».

« Alors que la crise économique est déjà dangereuse pour le pays d’origine de la démocratie, la suspension des chaînes du groupe ERT témoigne d’un mépris pour la liberté de l’information prévue par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme », estime Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, depuis hier à Athènes. « La Grèce n’est pas seule en Europe à être en proie aux mesures austéritaires : le gouvernement Hollande a imposé à France Télévisions une réduction de son budget », indique le SNJ-CGT. En Espagne, la RTVE rogne sur ses personnels : 25 % des journalistes ont perdu leur emploi. En Italie, 150 journalistes ont dû quitter la RAI, dont les pertes se sont élevées à 184,5 millions en 2012. En Grande-Bretagne les salariés de la BBC se sont mis en grève en février dernier contre les plans d’économies. « Ces mesures d’austérité qui interviennent quelques jours après que le premier ministre a affirmé “avoir corrigé les erreurs du FMI” sont de fait une atteinte en règle au pluralisme et à la démocratie », a réagi Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du PGE. « Après la Grèce, l’austérité va-t-elle obliger à fermer France Télévisions ? » interroge la députée Marie-George Buffet, pour qui « il est vraiment grand temps de réorienter la politique européenne qui impose de tels diktats ».

Claude Baudry



Edité par T 34 - 14 Jun 2013 à 19:16
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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