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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Sep 2013 à 19:30
Le "buen vivir" ou "Sumak Kawsay" en quechua et "Suma Qamana" en aymara : un "nouveau" paradigme de pensée et de civilisation.
 

Le concept andin de "buen vivir" et "l’écosocialisme"

 
 

L’humanité est aujourd’hui confrontée à une crise globale, d’une ampleur telle qu’elle met désormais en danger la vie même de l’espèce humaine et des écosystèmes. En Amérique latine, après l’effondrement du "Mur de Berlin", et les années noires (1990) du "Consensus de Washington", la faillite du néolibéralisme a accéléré la recherche d’alternatives "post-néolibérales". C’est tout naturellement que les notions de "buen vivir", d’"éco-socialisme" ont pris corps et consistance, même si elles ne sont pas toutes récentes.

Dans les années 1970-1980, en Amazonie brésilienne, le leader des "seringueiros", Chico Mendez, dénonçait déjà le capitalisme prédateur de l’homme et de l’environnement ; il cherchait des solutions alternatives.

Le "buen vivir" ou "Sumak Kawsay" en quechua et "Suma Qamana" en aymara, présenté comme un "nouveau" paradigme communautaire de pensée, de civilisation, est l’une d’elles. Ce "concept fondateur" andin, né de siècles de résistances indiennes, de revendications identitaires, cet appel à "reconstruire la vision de communauté des cultures ancestrales" commence à essaimer. Il est étroitement lié à l’"ayllu", la forme communautaire aymara d’organisation de la vie.

Dans la cosmovision aymara, "suma" correspond à "plénitude", "sublime", "magnifique", et "qamana" à "vivre", "vivre ensemble".

En quechua "sumak" peut se traduire par "plénitude", "sublime", "beau", et "kawsay par "vie", "être en étant".

La reconnaissance actuelle du bien-fondé, de l’originalité, de ces propositions indigènes, de ces visions du monde, de ces principes éthiques, se traduit même par leur inscription dans les constitutions de l’Equateur (2008) et de la Bolivie (2009). La Bolivie, depuis 2009, est devenue officiellement "l’Etat Plurinational de Bolivie", une appellation qui prend en compte et promeut l’existence en son sein de nations, de langues et de cultures différentes.

Le "buen vivir" est en "Amérique indo-afro-latino-américaine" un objectif des processus révolutionnaires équatorien et bolivien, et même vénézuélien. Cette notion s’inscrit dans les cosmovisions indiennes ; elles mêlent le développement humain et celui de la nature, à égalité (les êtres humains, dans la cosmogonie quechua, aymara, guarani, font partie de la nature).

"En termes idéologiques, le "buen vivir" implique la reconstitution de l’identité culturelle d’un héritage ancestral séculaire (...) une politique de souveraineté et de dignité nationale (...) la récupération du droit de relation avec la Mère Terre et la substitution de l’accumulation illimitée individuelle de capital par la récupération intégrale de l’équilibre et de l’harmonie avec la nature".

Le "buen vivir" considère que "le développement" menace d’anéantir lentement la vie communale et culturelle des communautés indiennes. Il est hostile au luxe, à l’opulence, au gaspillage, au consumérisme... Ce constat pose surtout les questions suivantes : quel "développement" ? Pour quels besoins ? Avec quel cahier des charges ? Pour les militants du "buen vivir", si l’homme fait une pause, il constatera qu’il est au milieu d’un grand vide ontologique, intérieur et extérieur. Le "buen vivir" fait irruption pour contredire la logique capitaliste" suicidaire.

Cette forme de plénitude de vie, d’être ensemble, à parité, en équilibre matériel et spirituel, avec la nature, en symbiose avec les écosystèmes, l’eau, le soleil, les montagnes, les plantes, les insectes, les ancêtres ; porteuse de pratiques autogestionnaires, horizontales, de vie communautaire, peut-elle être importée ?

L’expression "buen vivir" ne peut être traduite en français par "bien être", "vivre bien", "vivre mieux", mais plutôt par : "la vie belle", "la vie bonne", "les jours heureux" (intitulé du programme du Conseil National de la Résistance). Avec le "buen vivir", le bonheur est dans la révolution, dans le "dénéolibéralisme", la "démarchandisation"... Les peuples hier colonisés, asservis, "apportent aujourd’hui, à partir de leur vision du monde, des mots pour collaborer à la solution des problèmes crées par les colonisateurs", et ce du point de vue "des exclus, de la périphérie".

Le concept andin de "buen vivir", fortement poétique, culturel, échappe à une conception strictement rationaliste de la vie. Il ne peut donc être posé, analysé isolément. Il doit être contextualisé, comme le souligne la sociologue équatorienne Irene Leon.

Le système néolibéral actuel est dans le mur, tous les feux sont au rouge. Le capitalisme ne peut être, pour le "sauver", ni "verdi", ni "humanisé", ni "moralisé". Sa crise systémique, intégrale, exige des solutions, des débats, nouveaux, radicaux. Elle nous oblige à réfléchir à une nouvelle économie des besoins, à des modes de développement plus justes, plus rationnels, plus économes en énergie, moins polluants, moins "extractivistes". Crise de civilisation, elle exige sans attendre une réponse "civilisationnelle", un défi historique : celui de construire une nouvelle civilisation, basée sur une (des) cosmovision(s) tendant à l’harmonie, aux échanges équilibrés entre les êtres humains, avec soi-même et la nature. La crise invite à la recherche d’un socialisme inédit, d’un "mode de production, reproduction et accumulation, toujours en équilibre avec la nature".

Les résultats des changements en Bolivie sont déjà palpables. La révolution en marche ouvre des horizons nouveaux ; elle a remis le pays à l’endroit et fait passer en cinq ans la "pauvreté modérée" de 60,6% à 49,6%, et la "pauvreté extrême de 38% à 25%. Près d’un million de personnes sont ainsi sorties de la pauvreté. La nationalisation des hydrocarbures, de l’électricité, des télécommunications, des mines, ont permis à l’Etat de multiplier les investissements publics7. "La dichotomie nationalisation ou privatisation des richesses naturelles d’un pays, reflète une lutte à mort entre deux pôles opposés afin de contrôler les profits générés par ces matières premières et d’en bénéficier", écrit le vice-président. Il plaide pour des "pratiques délibératives" plus qu’électorales, "la dépersonnalisation du pouvoir, sa révocabilité consensuelle, la rotation des responsabilités".

Résonnances françaises

Finie l’époque de "l’intelligence esclave" du Tiers-Monde, où ce dernier "regardait avec les yeux de l’Europe, dégustait la nourriture avec un goût européen, sentait avec l’odorat européen (...) où tout provenait d’Europe". L’eurocentrisme n’est plus ce qu’il était ! L’Europe est devenue pour de nombreux peuples du Sud, un contre-modèle, l’arrière-cour des Etats-Unis. L’omelette s’est renversée. L’Amérique du sud produit des idées novatrices qui suscitent débat mondial.

La richesse sémantique des concepts andins de "Sumak Kawsay" ou "Suma Qamaña" ne peut donc être résumée à elle seule par l’expression "buen vivir". "Ce concept échappe à la structuration rationaliste de la vie, pour s’ancrer dans la sphère poétique, qui à son tour met en lumière d’autres significations, produit d’autres contenus sémantiques, qui, quand à eux, naissent de priorités vitales". "Etre- tout en étant- joliment, ou la plénitude de "estar siendo", de la conscience d’être, ces nouvelles façons d’interpréter le Sumak Kawsay nous invitent à imaginer des horizons différents, où la composante esthétique détermine la composition éthique, et la possibilité d’une posture politique".

En France, le "vivre bien" a un tout autre contenu ; il signifie voir ses besoins physiques, matériels, intellectuels, satisfaits quantitativement, ne pas avoir de problèmes financiers, pouvoir consommer sans restriction, sans privation, sans frustration, vivre à l’aise et sans grands soucis matériels. Des générations de militants se sont battues pour que les salariés, les prolétaires, puissent vivre sans peur du lendemain, pour construire un "Etat de bien-être social", arracher un meilleur partage de la "valeur ajoutée", des augmentations de salaire, des acquis sociaux, des protections collectives. Dans cette lutte de classe opiniâtre, sans cesse recommencée, le quantitatif était et reste inséparable du qualitatif. Sans cette résistance quotidienne au capitalisme exploiteur, à son accumulation illimitée de profits, la paupérisation serait encore plus grande. Pour la majorité des exploités, en France, le "vivre bien" a surtout une connotation matérielle.

Le "buen vivir", la décroissance, la lutte contre le consumérisme effréné, le productivisme prédateur, sont des concepts plus ou moins bien acceptés selon que les besoins matériels de tel ou tel individu sont satisfaits ou pas. Comment se battre contre le "consumérisme" alors que dix millions de Français pauvres en sont précisément quasiment exclus ? Peut-on vivre bien avec moins ?

Peut-on vivre bien sans être égaux, dans la jungle des sociétés de classe ? Comment "déséconomiser" nos vies ? Comment mettre au point et utiliser des paramètres adéquats, des "indicateurs du bien-être" des individus et des ménages, qui puissent servir dans des contextes culturels, géopolitiques différents ?

En France, par exemple, l’expression "la belle vie" a été utilisée et cuisinée à toutes les sauces, jusqu’à satiété, pour faire oublier inégalités, chômage, précarité, exclusion, réalités sociales du capitalisme. La "belle vie" a été chantée, sur des paroles affligeantes, par Sacha Distel, elle est le titre du premier long métrage de Robert Enrico, de la série télé, à succès, de France 3. Elle sert d’exutoire à l’exploitation et contribue à la dépolitisation, à l’aliénation.

Pour les acteurs des révolutions latino-américaines, le "buen vivir" représente UNE alternative de civilisation. "Une, et pas : "la". On ne saurait donc, par effet de mode, ou mimétisme, importer mimétiquement un modèle et le plaquer sur des réalités exogènes. Le "buen vivir" , un "pachamamisme à la française", avancent certains, peuvent difficilement fonctionner dans une société capitaliste.

Le président Evo Morales a avancé "dix commandements" pour "sauver le monde", on ne peut plus clairs. En premier : "en finir avec le capitalisme", l’impérialisme, le colonialisme, faire de l’eau (être vivant) un bien commun et un droit pour toutes les formes d’existence, générer des énergies "propres", économiser l’énergie, faire que les services de base : eau, lumière, éducation, santé, deviennent des droits humains relevant du service public, prioriser la consommation des productions locales, respecter la diversité culturelle et économique, vivre en harmonie avec la Mère terre et le Cosmos... En aymara l’eau, c’est Jalu Tata, qui signifie "Père pluie", et "Quta Mama", qui signifie "Mère eau". Dans les cosmogonies andines, l’eau est un être sacré, donc un droit communautaire et universel, un bien commun. Les montagnes, la cordillère, sont des lieux animés par les esprits des ancêtres, et se transforment à leur tour en "Apus" (grands pères en quechua) et en "Achachilas" et "Awichas" (grands pères , également, en aymara) donc : les Andes sont sacrées, comme le Lac Titicaca, le "tata" Inti. qui domine et protège La Paz...

Les "dix commandements" avancés par le président Morales pour changer la vie, rappellent que le contrôle populaire des moyens de production reste l’une des conditions pour bâtir des sociétés harmonieuses, égalitaires, complémentaires. Le concept du "buen vivir", cette cosmogonie du bien commun, suppose donc, pour sa matérialisation, des ruptures avec les logiques et idées "bourgeoises" dominantes, la construction de "territoires libérés", vers une société du "commun", de la socialisation, de l’élargissement et de la gratuité des services publics, du partage : le socialisme, que l’on l’affuble des qualificatifs "andin", "bolivarien", "communautaire", "indo-américain", ou "du 21ième siècle".

Comment mettre en place des relations d’harmonie dans une société minée par la financiarisation, la course au profit, la concurrence, la marchandisation de tout, la guerre de tous contre tous ? Les relations d’harmonie et d’interdépendance des êtres humains et de tous les êtres vivants, les liens retissés, les nouveaux droits économiques et sociaux, mais aussi les droits de la nature, intrinsèques au "buen vivir", passent par la mise en cause de la course effrénée aux profits maximum et des rapports de production capitalistes, prédateurs de l’homme et de la nature ; au final : le choix du socialisme. La pleine réalisation de soi nécessite celle des autres, de tous les potentiels humains et de la nature, la création de nouvelles valeurs humaines, morales, spirituelles, incompatibles avec les valeurs dominantes du capitalisme : concurrence, individualisme, hiérarchisation, marchandisation... Il convient donc de donner un nouveau sens à tout, d’inverser les logiques à l’oeuvre. Dans la Constitution équatorienne, par exemple, les droits de la nature sont reconnus.

Des chercheurs marxistes, comme Michael Lowy, considèrent à juste titre que "la question écologique est le défi le plus important pour un renouvellement de la pensée marxiste au 21ème siècle".

Quel "progrès" ?

De nombreux intellectuels, pas seulement latino-américains, militants, dirigeants, approfondissent ce concept de "buen vivir" (ancré dans les communautés indiennes depuis des siècles), ce "modèle" de société, qui va à rebrousse-poil du monde actuel, et qui prône le "vivre ensemble" dans l’éthique, la solidarité, la juste mesure.
La croissance économique ne peut à elle seule éliminer la pauvreté, amener le progrès. Il peut y avoir à la fois croissance économique et progression des inégalités. Il faut donc donner au "progrès" (ou plutôt aux progrès), un nouveau contenu, de nouveaux objectifs, en évaluant ses limites, ses coûts sociaux, environnementaux. Le progrès ne saurait être mesuré seulement en termes d’accumulation de biens. La décroissance, étudiée et prônée par des chercheurs comme Paul Ariès, est une nécessité, pas une option. Jean-Luc Mélenchon considère qu’il faudra modifier les processus de production pour décroître de façon continue, d’abord sur le superflu.

L’abondance matérielle est aujourd’hui l’apanage d’une étroite minorité, alors que la majorité est victime de politiques austéritaires, et que le capitalisme globalisé prend l’eau de toutes parts. Près de dix millions de Français sont exclus d’une consommation qui ne leur permet pas de "joindre les deux bouts". Le problème réside donc moins dans la limitation de la consommation que dans le type de consommation à mettre en place, hors aliénation marchande. Lorsque les priorités et investissements seront décidés par la population et non par les lois du marché, on ne sera pas loin du "buen vivir". Michel Lowy rappelle que pour Marx la croissance n’était pas une croissance illimitée de biens ; il mettait l’accent sur les "valeurs qualitatives", la satisfaction des nécessités. Selon M. Lowy, on fait à Marx un faux procès en l’accusant de "productivisme". Il dénonçait la logique de la production pour la production et l’accumulation du capital comme une fin en soi, priorisait la valeur d’usage, la préservation de la nature...

Peter Mertens , auteur de "Comment osent-ils", avance : "Lorsque la société reprend le contrôle des moyens de production-une production hautement développée avec d’immenses possibilités-, les gens ne sont plus dépendants de leur statut social, de la richesse qu’ils héritent ou de facteurs externes à eux-mêmes, comme c’est aujourd’hui le cas. Dans une vision où la solidarité est un fondement, une personne dépend des seules choses dont un être humain devrait pouvoir dépendre : sa propre créativité, sa propre activité, son propre auto-déploiement. C’est seulement alors que l’homme peut réellement construire sa propre vie".

L’écosocialisme

L’écosocialisme, qui est souvent associé au "buen vivir" en Amérique du sud, englobe à la fois une réflexion critique et une stratégie de lutte. Comment dépasser le mode de production et de consommation dominant, néfaste, et en expansion permanente ? L’éco-socialisme relève pour l’heure plus d’une recherche que d’un modèle abouti. Il part du constat d’une "crise de civilisation" induite par le capitalisme financier ; ce dernier marchandise tout, et sa course aux taux de profits les plus élevés possible, à l’accumulation illimitée du capital, s’avère destructrice non seulement pour les êtres humains, mais aussi pour l’ensemble des écosystèmes. Et pour les bases mêmes de la vie.

Karl Marx dénonçait déjà la contradiction ravageuse entre les forces productives et les conditions de production, la logique folle de la production pour la production, de l’accumulation comme une fin en soi, et, contrairement à la critique si souvent ressassée, ne prônait nullement une croissance quantitative illimitée des biens. Les avancées du progrès technique devaient servir aussi des objectifs qualitatifs : réduction de la journée de travail, etc.

La question écologique est vécue en Amérique du sud comme l’un des principaux défis à relever afin de renouveler la pensée de gauche. Pour le président Chavez : "Le socialisme du XXIe siècle doit être nécessairement écologique". Historiquement, ici comme ailleurs, le mouvement ouvrier, les partis marxistes, sont marqués par une sorte d’optimisme productiviste et la croyance en une croissance sans limites, afin de satisfaire les besoins, reléguant de fait la thématique écologique.

En mai 2007, se tenait au siège de la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélienne (PDVSA), un important forum "Eco-socialisme du XXIe siècle", pour envisager des solutions à la crise écologique du capitalisme. En juin 2009, un nouveau forum, à Caracas, prolongeait cette réflexion visant à fondre en un seul concept l’écologie et le socialisme, afin de "retrouver" l’harmonie nécessaire entre l’homme et son environnement. Cela va donc au-delà d’une simple stratégie d’alliance entre les "rouges" et les "verts". Le marxisme est ouvertement revendiqué, et la notion de "capitalisme vert", avancée par les classes dominantes pour tenter de sauver le système, considérée comme une illusion, une tromperie.

L’éco-socialisme suppose, pour ses penseurs latino-américains : les Brésiliens Michael Lowy, Joao Alfredo Telles Melo, l’Equatorien René Ramirez , les Vénézuéliens Miguel Angel Nuñez, William E. Izarra, A. Bansart, Francisco Velasco, Nestor Francia... la propriété collective des grands moyens de production, une planification démocratique et écologique, la maîtrise par le peuple des priorités économiques et sociales, des décisions d’investissement, la réorganisation du mode de production sur la base des nécessités réelles et des valeurs d’usage, la réorientation de la politique énergétique, des transports...

Ce que l’on appelle "l’anti-productivisme de gauche" nous vient paradoxalement de ces pays encore pauvres qui cherchent des alternatives au développement capitaliste. Ils mettent en question le "toujours plus" du capitalisme, le développement "illimité", le colonialisme néolibéral, le "fétichisme de la marchandise", analysé par Marx.

En Equateur, en Bolivie, comme le souligne le Vénézuélien Andrés Bansart, "l’écosocialisme" se construit à partir de la "communauté de base". Cette théorie politique et cette vision du monde sont liées à un espace, à un territoire : "les Amériques". Ce socialisme autochtone se construit ici et maintenant, "à partir de nous-mêmes", par la déconstruction des rapports de domination, de dépendance, d’exploitation, par la convergence de résistances de tous les jours, et la recherche d’alternatives écologiques, économiques, éthiques, sociales, politiques. Faut-il attendre le "grand soir" pour les mettre en place dans des "territoires libérés" ? Nous ne le pensons pas. L’exemple de Marinaleda, village "anticapitaliste", "coopératif", autogéré, en Andalousie, prouve que c’est possible et nécessaire. N’attendons pas "les consignes". Multiplions les expériences locales de développement équitable, durable, de préservation des ressources naturelles, de pratiques économes en énergie, de recherche de circuits de production et de commercialisation "courts", sans intermédiaires, stimulons les relocalisations, les projets de mise en commun, les coopératives... Cela n’implique nullement l’autarcie.

Isabel Rauber, pionnière des recherches sur ces thèmes, considère "qu’un autre monde sera possible si nous le transformons radicalement, à partir ne nous-mêmes, de nos organisations sociales et politiques, et dès aujourd’hui"18. Dépasser la civilisation capitaliste implique de commencer à bâtir un nouveau mode de vie, une société et un monde "horizontaux", ce que Isabel Rauber appelle "des révolutions à partir d’en bas". "L’écosocialisme est un système qui se préoccupe, en même temps, de l’équilibre écologique et de l’équité sociale (...) Il est impossible de régler les problèmes environnementaux sans régler les problèmes sociaux et vice-versa". Il est donc clair que le "buen vivir" ne saurait être conçu comme un retour en arrière, comme un enfermement communautariste, comme une enclave "hors société", comme un "modèle" transposable partout tel quel.

"Buen vivir" et "écosocialisme" permettent de passer de l’utopie, de la nécessité politique, à la "planification écologique". Ils apportent une réponse globale, fondée sur la liberté individuelle, l’initiative des citoyens, loin de toute "écologie punitive", culpabilisatrice.

La plupart de leurs promoteurs insistent sur la nécessité de récupérer le passé (ici indigène), mais sans le mythifier. Le "buen vivir" doit s’ouvrir aux nouveaux droits du 21ème siècle, aux progrès scientifiques, technologiques, maîtrisés par le contrôle populaire, l’autogestion et aller de pair avec la justice sociale, la centralité de l’homme et du travail libéré. Le "buen vivir" ne peut rester passif, indifférent aux conflits sociaux, aux contradictions de classe. A lui seul, il ne peut permettre de construire un "Etat de bien-être social"

Au-delà de la théorisation, l’éco-socialisme et le "buen vivir" sont une volonté politique et un chantier à ciel ouvert. Au Venezuela, depuis plus de six ans, la "Mission Arbre Socialiste", présentée comme un "programme écosocialiste", reforeste. Le "pouvoir populaire", les "conseils communaux" peuvent décréter protégées des "zones boisées". Les communautés de base sont impliquées dans la protection des systèmes environnementaux, la gestion de l’eau potable ("Comités techniques de l’eau"), de la biodiversité... 4696 comités "conservationnistes", financés par l’Etat et autogérés, assurent la maîtrise collective de l’environnement. La "Mission Arbre Socialiste" a reboisé 31.266 hectares par le biais de "Journées (populaires) de plantation". Elle s’occupe également de recueillir les semences.

Au Venezuela, l’écosocialisme est intégré au "Deuxième plan socialiste de la patrie, 2013-2019". L’Equateur, lui, avait lancé en 2007 l’Initiative "Yasuni-ITT", consistant à ne pas exploiter d’importantes réserves pétrolières dans une région amazonienne (parc national) riche en réserves de biodiversité et donc protégée. A charge pour la communauté internationale d’abonder à hauteur de 50% un "Fonds de compensation". Cela aurait permis la diminution de l’émission de gaz à effets de serre, la préservation de la couche d’ozone, du climat... Belle et novatrice, l’idée a fait flop (abandonnée en août 2013), devant le peu d’enthousiasme des "pays riches".

La Bolivie est elle aussi pionnière : elle a intégré ces priorités, ces valeurs écosocialistes, dans sa Constitution interculturelle, pluriethnique et plurinationale (promulguée le 9 février 2009). Evo Morales s’est fait le champion de la "réconciliation" de l’écologie et de l’anticapitalisme. Après l’échec du Sommet de Copenhague en 2009, le président bolivien prit l’initiative de réunir à Cochabamba un ’Contre-sommet’ des organisations de défense de l’environnement, des mouvements sociaux, de la "société civile"... Il y proclama que l’ennemi principal de l’environnement est le capitalisme. Les articles constitutionnels boliviens 346 et 347 (Titre 2) stipulent que les ressources naturelles (hydrocarbures, eau, air, sol, sous-sol, spectre électromagnétique, les bois, les forêts) relèvent de la propriété sociale directe indivisible et imprescriptible du peuple, dont la gestion revient à l’Etat. Dans les faits, elles deviennent des biens communs. L’article 371 (Chapitre 5) établit que "les ressources hydriques ne pourront faire l’objet d’une appropriation privée", etc.

Toutefois, les contradictions du développement nécessaire, les grands projets d’extraction minière ou d’hydrocarbures au Venezuela (projet d’exploitation de charbon dans la Sierra de Perijá, le plan "Siembra petrolera 2005-2030"), la construction d’infrastructures routières en Bolivie, suscitent la mobilisation des organisations écologistes et des communautés indigènes, inquiètes de l’impact de ces activités d’extraction et de ces grands projets énergétiques. Ces dernières contestent le "schéma d’extraction" massive, toujours employé malgré les engagements écosocialistes gouvernementaux. Cela oblige à exploiter après consultation et avis des communautés, de tous les protagonistes, de façon rationnelle, "soutenable".

Le retour au communautarisme ?

Le spécialiste Sebastian Endara souligne que les implications conceptuelles et politiques du "buen vivir" sont souvent mal interprétées, alors qu’elles n’évacuent pas le dépassement des contradictions de classe, mais portent le projet de construction d’une économie populaire et solidaire, socialisée, d’un "être humain intégral", d’un vivre bien ensemble

Dans les pays où les traditions et pratiques communautaires sont fortes, elles doivent se transformer peu à peu, selon les dirigeants boliviens, en "pouvoir économique".

Que signifie et qu’implique "construire le communautarisme" dans nos contextes européens ? Le "communautarisme", nous le comprenons comme une société autogérée, vivant des valeurs humanistes, et respectant la vie. Donc : pas d’issue définitive dans le capitalisme.

Le vice-président Garcia Linera (ex-guérillero), l’une des principales figures de la gauche latino-américaine, un producteur d’idées en prise avec les réalités, reconnaît la complexité de la tâche, "les tensions qui font avancer", et envisage une transition très longue vers la société nouvelle. Il met l’accent sur les risques de "corporatisme sectoriel". Pour les dirigeants de "l’Etat plurinational de Bolivie" (36 nations indigènes), la boussole reste les plus opprimés : la majorité, et le socle du pouvoir : "indopopulaire". Le nouvel "Etat-Syndicat", l’"Etat social", n’est pas un état de castes, mais un Etat pour tous.

Les concepts sont le fruit et le reflet d’une société et d’une époque : ainsi, si à juste titre le terme sociopolitique "communautarisme" effraie, dans le monde occidental, renvoyant à la "défense" de minorités ethniques, culturelles, facteur de fragmentation, de repli identitaire, de ghettoïsation, d’éclatement du cadre républicain, il serait erroné de transposer mécaniquement ces idées nées de la réalité des communautés indigènes. De plus, la notion de communauté est liée à un territoire : dans les Andes, c’est "l’ayllu". Dès lors que l’on privilégie ce lien territorial, il semble possible, y compris dans le cadre d’un Etat fort, de mettre en place des structures, des enclaves d’autogestion, liées à des "communautés", qui pourraient être des quartiers, des entreprises, des centres de recherche, des villages, des exploitations agricoles, etc., de promouvoir ces enclaves "non capitalistes" ouvertes et coopérant entre elles, partout où cela est faisable, pour faire la preuve, sans attendre, que "notre monde est possible".

Si le socialisme est un mouvement long de dépassement du capitalisme et non "un grand soir", alors l’avenir peut commencer aujourd’hui, par la mise en place "d’espaces libérés", fonctionnant collectivement, équitablement, humainement, horizontalement, délibérativement et respectueusement des autres : êtres humains , vivants, et nature.

Jean Ortiz (pour LGS).

Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Nov 2013 à 19:03

Comment faire face à la fin des ressources non renouvelables de la planète ?

Riches et pauvres en concurrence  

Par Thierry brugvin, Sociologue.

L’épuisement des ressources non renouvelables de la planète est proche. Selon, l’USGS (le service géologique des États-Unis), nous pouvons constater que les ressources de la plupart des métaux auront disparu vers 2050, soit dans une quarantaine d’années. Viendra ensuite le fer qui est le creuset de l’industrie et le fondement de notre société industrielle, à partir de 2090 environ, dans quatre-vingts ans. En ce qui concerne les ressources d’énergie, le pétrole devrait disparaître dans environ quarante ans, le gaz dans soixante ans, et le charbon dans cent cinquante ans. Les ressources d’uranium seront épuisées aux alentours de 2040. Si le fer disparaît, l’industrie sera considérablement limitée et ne pourra continuer de fonctionner qu’en recyclant.

Néanmoins, l’incertitude relative concernant tous ces chiffres réside dans le fait que quelques gisements supplémentaires peuvent être découverts et que le niveau de la demande des pays en développement reste une hypothèse théorique. Récapitulons les estimations de l’USGS : 2020, fin de l’argent, 2025, fin de l’or et du zinc, 2030, fin de l’étain et du plomb (71 % de la production de plomb est destinée aux batteries), 2040, fin du cuivre (câbles, bobinages…), 2040, fin de l’uranium, 2050, fin du nickel (utilisé dans les batteries automobiles, téléphones, ordinateurs…), 2050, fin du pétrole, 2070, fin du gaz naturel, 2090, fin du fer, 2140, fin de l’aluminium, 2160, fin du charbon.

Compte tenu du fait que le prix du pétrole va monter progressivement en flèche, les producteurs n’ont cependant pas intérêt à en vendre trop actuellement, d’une part pour ne pas faire baisser les cours actuels, mais surtout parce que, vers la fin des réserves, les profits seront exponentiels.

L’empreinte écologique et les écarts de richesses révèlent l’écart entre le Nord et le Sud. Les membres de « la décroissance autogestionnaire » proposent en particulier de débuter cette décroissance par les plus riches et de dépasser le capitalisme en proposant des solutions précises. Ainsi, la décroissance autogestionnaire vise d’une part la croissance des plus pauvres, au moins jusqu’à hauteur d’une empreinte écologique soutenable pour tous.

En effet, l’empreinte écologique soutenable pour tous était de 1,8 ha/habitant pour 6 milliards d’êtres humains en 2005, selon le WWF. Or, l’empreinte écologique d’un Européen était de 4,8 ha/hab (France 5,2 ha/hab), tandis que les États-uniens étaient à 9,5. Les habitants des Émirats arabes unis détiennent le record, avec 12 ha/hab ! Cependant, ils ne sont pas très nombreux, comparés aux États-Unis. L’empreinte écologique moyenne pour un terrien était de 2,23 ha/hab, or l’empreinte écologique mondiale disponible n’est que de 1,8 ha/hab. Ce qui permet au plus riche de vivre à ce niveau, c’est notamment le fait que les pays du Sud sont à un niveau inférieur (Afrique, 1,1 ha/hab, Asie-Pacifique et Chine, 2 ha/hab… Inde, 0,9 ha/hab). Alors que l’empreinte écologique d’un Chinois, à qui on reproche souvent de trop consommer et de trop polluer, ne dépassait que de 0,4 ha/hab le quota soutenable, un Français dépassait de 2,9 fois l’empreinte écologique soutenable et un Américain 5,2 fois !

Les Occidentaux pensent, souvent, qu’atteindre une empreinte écologique soutenable est inaccessible, or les habitants des pays riches ne se rendent généralement pas compte de leur niveau de vie par rapport à ceux des autres habitants de la planète. Paul Ariès nous rappelle qu’en 2009 « 2 % de la population mondiale détient la moitié de la richesse mondiale, tandis que 50 % n’en détient que 1 %. Un patrimoine personnel de 5 650 euros permet de faire partie des 50 % les plus riches de la planète », ce qui correspond à 50 % du prix d’achat d’une petite voiture. « Un patrimoine de 45 788 euros permet de compter parmi les 10 % les plus fortunées », soit le prix moyen en France d’un appartement F1 en Corrèze (Décroissance et gratuité, moins de biens, plus de liens, Golias, 2010).

La fin des ressources non renouvelables est une opportunité de prise de conscience des limites de la Terre. Face à cela, la redistribution des richesses et la décroissance de la consommation des plus riches aideraient les plus pauvres à continuer de croître au moins jusqu’à atteindre une empreinte écologique soutenable. Par exemple, diminuer notre besoin de rouler contribuerait à éviter d’affamer les plus pauvres. « Vivre simplement, afin que tous puissent simplement vivre », déclarait Gandhi.

Thierry brugvin,

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Nov 2013 à 18:48

La fin de la société industrielle n’est pas seulement imminente et souhaitable, elle est aussi nécessaire

 

L’oligarchie croit pouvoir prétendre que la crise actuelle n’est que financière et que nous sortirons du tunnel en nous serrant (nous) la ceinture. Les analystes les plus cyniques font remarquer qu’il s’agit d’une crise globale systémique scellant la mort de la démocratie de marché (mais pas du capitalisme génocidaire). Parfois on nous rappelle la crise écologique et climatique, mais jamais en se posant la question de l’adaptation (im-)possible de notre habitat à une hausse de seulement quelques degrés de la température mondiale et donc des conditions de survie de l’espèce humaine. Les rares scientifiques qui se posent cette question dérangeante obtiennent une réponse bien plus précise. On connaissait Lovelock qui, par souci de controverse, aime à rappeler son attachement à l’électronucléaire. Voici McPherson qui, par souci d’authenticité, nous met face à nos responsabilités. Soulignons qu’elles ne sont pas du même ordre que celles de l’oligarchie, pour qui tout effondrement est et sera profitable.

I. Nous voilà en octobre 2013, début octobre, et durant ces dernières semaines, John Davies, publiant au nom du Groupe d’étude d’urgence sur le méthane arctique, établit que la plupart des humains perdront leur habitat naturel d’ici 2040.

De plus, la semaine dernière, le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été rendu public, rapport qui recommande l’utilisation de géoingénierie sous peine de ne pouvoir maîtriser l’effet de serre [galopant].

Il faut donc conclure que, de fait, nous avons déclenché un effet de serre galopant [rapide, non-linéaire, imprévisible].

Aucunes de ces estimations ne prend en compte les vingt-cinq boucles de rétroaction positives que nous avons créées par nos activités. Vingt-cinq de ces boucles sont irréversibles à l’échelle du temps humain Nous en avons déclenché une en 2010 avec les fuites de méthane de la banquise arctique (cf. Science, mars 2010). Quatre de plus furent décrites en 2011 dans la littérature scientifique, six en 2012 et une douzaine (à ce jour) en 2013.

A cela il faut ajouter deux boucles de rétroaction positive qui pourraient être interrompues par une simple décision humaine. La première date d’août 2012, lorsque l’administration Obama a autorisé les forages au pôle Nord. La seconde date du début de cette année lorsque des superpétroliers se sont frayés un passage à travers la glace fondante du pôle Nord afin d’épargner quelques dollars en frais de transport.

II. Au point où nous en sommes, il semble bien que la civilisation industrielle soit un piège [mortel]. D’autres civilisations se sont effondrées mais l’humanité a poursuivi son existence. Au moins dans certains cas les survivants ont pu adopter le mode de vie des chasseurs-cueilleurs.

Ceci n’est toutefois plus possible à cause de toutes ces centrales électronucléaires répandues de part le monde. D’une part, si la civilisation s’effondre maintenant, c’est-à-dire sans avoir le temps de démanteler ces centrales nucléaires (soit une vingtaine d’années), elles finiront par irradier la totalité de notre environnement. D’autre part, si nous ne mettons pas un frein définitif à la civilisation industrielle, nous déclencherons un effet de serre galopant. En fait, l’effet de serre galopant est déjà une réalité. En somme, l’extinction de la race humaine à court terme est inévitable.

III. Comment vivre avec cette information ? Comment intégrer cette information ? Comment agir à la lumière de cette information ? Mike Tyson (le boxeur, pas le philosophe) a fait remarquer que tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il se prenne un poing dans la figure. Nous avons pris un poing dans la figure.

Nous ne disposons que peu de temps sur cette planète. En fait, nous n’avons jamais disposé que de peu de temps sur cette planète. Agissons conformément. Agissons comme si nous étions dans un hospice pour incurables, comme si nous étions tous dans un hospice. Comme si la planète elle-même était un hospice. Lorsque j’observe le comportement des pensionnaires d’un hospice, de ceux à qui on n’a donné que quelques semaines à vivre, je ne les vois jamais essayer de grappiller encore quelques centimes, comme s’ils avaient encore besoin de plus de richesses alors que leur monde s’effondre.

Ce que je constate par contre, c’est que les gens recherchent l’absolu. Ils poursuivent ce qu’ils aiment. Ils agissent avec compassion. Ils deviennent créatifs et se délestent de leurs biens matériels. Ils agissent comme dans une économie du don. Faisons cela. Faisons tout cela. Chercher l’absolu, poursuivre ce que nous aimons, agir comme si nous étions dans un hospice, agir en être humain digne de ce nom. […]

Faisons ce que nous aimons. Agissons comme si nos vie insignifiantes importaient à ceux qui nous entourent. Et je ne suggère d’aucune manière d’abandonner l’action [politique]. Je ne suggère pas qu’on se laisse faire et [finalement] qu’on se laisse mourir. Ce que je suggère fondamentalement c’est que l’action constitue l’antidote au désespoir, comme Edward Abbey l’a fait remarquer il y a longtemps. Agissons donc !

Dr Guy R. McPherson,
Professeur émérite d’écologie et de biologie de l’évolution, Université d’Arizona

Transcription et traduction MW, http://chromatika.academia.edu

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Nov 2013 à 19:28

Comment la science nous appelle tous à la révolte (New Statesman)

 

Est-ce que notre quête incessante de croissance économique est en train de tuer la planète ? Les climatologues ont observé les données - et leurs conclusions sont alarmantes.

En Décembre 2012, lors de la réunion d’automne de l’American Geophysical Union qui a lieu chaque année à San Francisco, un chercheur de systèmes complexes aux cheveux roses nommé Brad Werner a fendu la foule de 24,000 scientifiques de l’espace et de la terre. La conférence de cette année a vu passer quelques intervenants célèbres, d’Ed Stone du projet Voyager de la NASA, qui a expliqué une nouvelle étape sur le chemin de la conquête spaciale, au cinéaste James Cameron, qui a parlé de ses aventures dans des submersibles en eaux profondes.

Mais c’est la conférence de Werner qui fit le plus de bruit. Elle était intitulée « La Terre est-elle foutue ? » (« Is the Earth F**ked ? ») (Titre complet : « La Terre est-elle foutue ? La Futilité Dynamique de la Gestion Globale de l’Environnement et les Possibilités de Développement Durable via le Militantisme de l’Action Directe »).

Debout devant la salle de conférence, le géophysicien de l’Université de Californie, à San Diego, a présenté au public le modèle informatique de pointe qu’il utilisait pour répondre à cette question. Il a parlé de limites du système, de perturbations, de dissipation, d’attracteurs, de bifurcations et de tout un tas d’autres trucs en grande partie incompréhensibles pour tous les non-initiés à la théorie des systèmes complexes. Mais le fond du message était assez clair : le capitalisme mondial a provoqué un épuisement des ressources tellement rapide, facile et sans entraves qu’en retour « les systèmes humains-terre » deviennent dangereusement instables. Pressé par un journaliste pour répondre clairement à la question « Sommes-nous foutus ? », Werner a laissé tomber le jargon scientifique et a répondu : « Plus ou moins ».

Il y avait cependant une dynamique dans le modèle qui offrait un peu d’espoir. Werner l’a qualifiée de « résistance » - des mouvements de « personnes ou groupes de personnes » qui « adoptent un certain ensemble de dynamiques qui ne cadrent pas avec la culture capitaliste  ». Selon le résumé de sa présentation, ceci inclut « l’action directe pour l’environnement, la résistance en dehors de la culture dominante, comme des manifestations, des blocus et des sabotages par des peuples indigènes, des travailleurs, des anarchistes et autres groupes d’activistes ».

Les rencontres scientifiques sérieuses ne sont généralement pas émaillées d’appels à la résistance politique de masse, et encore moins d’appels à l’action directe et au sabotage. Werner n’appelait pas à ce genre d’actions. Il faisait simplement le constat que les soulèvements en masse de populations - à l’instar du mouvement pour l’abolition de l’esclavage, du mouvement pour les droits civiques ou d’Occupy Wall Street - représentent la source de « friction » la plus probable pour ralentir une machine économique partie en vrille. Nous savons que les mouvements sociaux du passé ont « eu une influence énorme sur . . . l’évolution de la culture dominante », a-t-il souligné. Donc, il va de soi que, « si nous pensons à l’avenir de la terre, et l’avenir de notre rapport à l’environnement, nous devons inclure le facteur résistance dans cette dynamique ». Et ceci, fait-il valoir, n’est pas une question d’opinion, mais « vraiment un problème d’ordre géophysique ».

Beaucoup de scientifiques ont été affectés par les résultats de leurs recherches au point de descendre dans les rues. Des physiciens, astronomes, médecins et biologistes ont été à l’avant-garde des mouvements contre les armes nucléaires, l’énergie nucléaire, la guerre, la contamination chimique et le créationnisme. Et en Novembre 2012, la revue Nature a publié un commentaire du financier et philanthrope environnemental Jeremy Grantham qui invitait les scientifiques à se joindre à cette tradition et « de se faire arrêter si nécessaire », car le changement climatique « n’est pas seulement la crise de nos vies - c’est aussi la crise de l’existence de notre espèce ».

Certains scientifiques en sont déjà convaincus. Le père de la science climatique moderne, James Hansen, est un militant formidable, qui a été arrêté une demi-douzaine de fois pour avoir résisté à des mines de charbon à ciel ouvert et des oléoducs de pétrole de sables bitumineux (il a même quitté son emploi à la NASA cette année, en partie pour avoir plus temps pour militer). Il y a deux ans, quand j’ai été arrêté devant la Maison Blanche lors d’une manifestation contre le pipeline Keystone XL de sables bitumineux, l’une des 166 personnes qui portaient des menottes ce jour-là était un glaciologue du nom de Jason Box, un expert de renommée mondiale sur la fonte des glaces au Groenland.

« Je me devais de le faire par amour-propre » a dit Box à l’époque, en ajoutant que « voter semble insuffisant dans ce cas. J’ai besoin d’être un citoyen aussi ».

C’est louable, mais ce que Werner fait avec sa modélisation est différent. Il ne dit pas que sa recherche l’a conduit à prendre des initiatives pour mettre fin à une politique particulière, il dit que sa recherche démontre que l’ensemble de notre modèle économique est une menace pour la stabilité écologique. Et en effet, contester ce paradigme économique - à travers des mouvements de masse - est la meilleure chance offerte à l’humanité pour éviter la catastrophe.

Werner envoie du lourd, mais il n’est pas seul. Il fait partie d’un petit, mais de plus en plus influent, groupe de scientifiques dont les recherches sur la déstabilisation des systèmes naturels - en particulier le système climatique - les conduisent à des conclusions tout aussi transformatrices, et même révolutionnaires. Et pour tout révolutionnaire en herbe qui un jour a rêvé de renverser l’ordre économique actuel en faveur d’un autre un peu moins susceptible de pousser les retraités italiens au suicide, ce travail devrait particulièrement les intéresser. Parce que le renversement de ce système cruel, pour quelque chose de nouveau (et peut-être, avec beaucoup de travail, de meilleur), n’est plus simplement une question de préférence idéologique, mais plutôt une nécessité existentielle pour l’espèce.

A la tête de ces nouveaux scientifiques révolutionnaires se trouve l’un des meilleurs experts du climat en Grande-Bretagne, Kevin Anderson, le directeur adjoint du Centre Tyndall pour la recherche sur le changement climatique, qui s’est rapidement imposé comme l’une des premières institutions de recherche sur le climat au Royaume-Uni. S’adressant à tous, du Département pour le Développement International jusqu’au Conseil Municipal de Manchester, Anderson a passé plus d’une décennie à expliquer patiemment les implications des dernières découvertes sur le climat aux politiciens, aux économistes et aux militants. Dans un langage clair et compréhensible, il établit une feuille de route rigoureuse sur la réduction des émissions qui offre une chance raisonnable de maintenir la hausse des températures en dessous de 2 degrés Celsius, un objectif que la plupart des gouvernements ont estimé permettrait de conjurer la catastrophe.

Mais ces dernières années, les articles et présentations d’Anderson sont devenus plus alarmants. Sous des titres tels que « Changement climatique : au-delà du dangereux. . . Chiffres bruts et espoirs ténus », il souligne que les chances de préserver des niveaux de températures acceptables s’épuisent rapidement.

Avec son collègue Alice Bows, un expert en atténuation des changements climatiques du Centre Tyndall, Anderson souligne que nous avons perdu tellement de temps avec les inerties politiques et des politiques climatiques timorées – tout en assistant à une explosion de la consommation mondiale (et des émissions) - que nous sommes désormais confrontés à des réductions si draconiennes qu’elles remettent en question la logique fondamentale de la priorité donnée à la croissance du PIB au-détriment de tout le reste.

Anderson et Bows nous informent que l’objectif de réduction à long terme souvent cité – un réduction des émissions de 80 % inférieure à celles de 1990, d’ici 2050 - a été choisi uniquement pour des raisons d’opportunisme politique et n’a « aucune base scientifique ». Parce que les impacts sur le changement climatique ne viennent pas seulement des émissions actuelles ou futures, mais aussi de la somme des émissions passées qui se sont accumulées dans l’atmosphère au cours du temps. Et ils préviennent qu’en se focalisant sur des objectifs sur les trente prochaines années - plutôt que sur ce que nous pouvons faire dés maintenant pour réduire fortement les émissions de carbone - il y a un sérieux risque que nous laissions les émissions poursuivre leur grimpée en flèche dans les années à venir, et dépasser ainsi largement nos 2 degrés « de réserve » et nous placer ainsi à terme dans une situation impossible.

C’est pourquoi Anderson et Bows font valoir que, si les gouvernements des pays développés sont sérieux quant à atteindre l’objectif convenu internationalement de maintenir le réchauffement en dessous de 2 ° Celsius, et si les réductions respectent un minimum d’équité (à savoir que les pays qui ont craché du carbone au cours de la majeure partie des deux siècles écoulés doivent réduire en priorité avant les pays où plus d’un milliard de personnes n’ont pas encore l’électricité), les réductions doivent être beaucoup plus fortes et réalisées beaucoup plus tôt.

Pour avoir ne serait-ce qu’une chance sur deux d’atteindre la cible de 2 ° (ce qui, préviennent-ils avec beaucoup d’autres, implique déjà qu’il faudra faire face à toute une série d’impacts climatiques extrêmement dommageables), les pays industrialisés doivent commencer à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par quelque chose comme 10 % par an - et ils doivent commencer dès maintenant. Mais Anderson et Bows vont plus loin, en soulignant que cet objectif ne peut être atteint avec des prix de carbone bas ou avec des solutions de technologie verte généralement prônées par les grands groupes écologistes. Ces mesures vont certainement aider, bien sûr, mais sont tout simplement insuffisantes : une baisse des émissions de 10 % par an est pratiquement sans précédent depuis que nous avons commencé à alimenter nos économies avec du charbon. En fait, les réductions supérieures à 1 % par an « ont été historiquement associées uniquement à des récessions économiques ou des crises », comme l’a souligné l’économiste Nicholas Stern dans son rapport de 2006 pour le gouvernement britannique.

Même après l’effondrement de l’URSS, des réductions de cette durée et de cette ampleur n’ont pas eu lieu (les anciens pays soviétiques ont connu une réduction annuelle moyenne d’environ 5 % sur ​​une période de dix ans). Elles n’ont pas eu lieu après l’effondrement de Wall Street en 2008 (les pays riches ont connu une chute de 7 % entre 2008 et 2009, mais leurs émissions de CO2 ont rebondi avec brio en 2010 et les émissions de la Chine et de l’Inde ont continué d’augmenter). Il n’y a qu’au lendemain du grand krach boursier de 1929 que les États-Unis, par exemple, ont vu leurs émissions baisser pendant plusieurs années consécutives de plus de 10 % par an, selon les données historiques du Centre d’analyse de l’information sur la dioxyde de carbone. Mais ce fut la pire crise économique des temps modernes.

Si nous voulons éviter ce genre de carnage, tout en répondant à nos objectifs de réductions fondés sur la science, la réduction du carbone doit être soigneusement gérée à travers ce que Anderson et Bows décrivent comme « des stratégies de croissance radicales et immédiates aux États-Unis, l’UE et d’autres pays riches ». Fort bien. Mais il se trouve que nous avons un système économique qui fétichise la croissance du PIB au détriment de tout le reste, quelles que soient les conséquences humaines ou écologiques, et dans lequel la classe politique néolibérale a totalement abdiqué sa responsabilité de gérer quoi que ce soit (car le marché est le génie invisible à qui tout doit être confié).

Alors ce que Anderson et Bows disent réellement, c’est qu’il y a encore du temps pour éviter un réchauffement catastrophique, mais pas dans les règles du capitalisme tels qu’elles sont actuellement appliquées. Ce qui constitue peut être le meilleur argument que nous ayons jamais eu pour changer de règles.

Dans un essai paru en 2102 dans la revue scientifique Nature Climate Change, Anderson et Bows ont en quelque sorte sorti l’artillerie lourde, accusant plusieurs de leurs collègues scientifiques de ne pas dire la vérité sur la nature des changements exigés à l’humanité par le changement climatique. Leur propos méritent d’être longuement cités :

. . . dans l’élaboration de scénarios d’émissions, les scientifiques ont à plusieurs reprises et gravement sous-estimé les implications de leurs analyses. Quand il s’agit d’éviter une augmentation de 2 ° C, « impossible » est traduit en « difficile mais faisable », tandis que « urgent et radical » devient « difficile » - tout ça pour apaiser le dieu de l’économie (ou, pour être plus précis, celui de la finance). Par exemple, pour éviter de dépasser le taux maximum de réduction des émissions dicté par les économistes, des premiers pics d’émissions sont présumés « impossibles », tout en présentant des notions naïves sur la « grande » ingénierie et les rythmes de déploiement d’infrastructures à faible émission de carbone. Plus inquiétant encore : tandis que les marges de manoeuvre diminuent, la géoingénierie est de plus en plus sollicitée pour faire en sorte que le diktat des économistes demeure incontestée.

En d’autres termes, pour paraître raisonnable dans les milieux économiques néolibéraux, les scientifiques ont considérablement arrondi les anges quand aux implications de leurs recherches. En Août 2013, Anderson fut encore plus direct, en écrivant qu’on avait surfé sur la vague d’un changement graduel. « Peut-être au moment du Sommet de la Terre de 1992, voire au tournant du millénaire, une limitation à 2 ° C aurait pu être obtenue grâce à des changements graduels importants à l’intérieur de l’hégémonie politique et économique. Mais le changement climatique est un problème cumulatif ! Maintenant, en 2013, les nations (post)industrielles à forts taux d’émission sont confrontées à toute autre chose. Notre débauche collective de carbone se poursuit et a gaspillé toute possibilité de « changement progressif » offerte auparavant par notre marge de 2 ° C (et plus). Aujourd’hui, après deux décennies de bluff et de mensonge, ce qui reste de notre marge de 2 ° C exige un changement révolutionnaire de l’hégémonie politique et économique elle-même » (c’est lui qui souligne).

Nous ne devrions probablement pas être surpris que certains spécialistes du climat sont un peu effrayés par les conséquences radicales de leurs propres recherches. La plupart d’entre eux ne faisaient que vaquer tranquillement à leur travail, en mesurant des carottes de glace, en faisant tourner des modèles climatiques mondiaux et en étudiant l’acidification des océans, pour finir par découvrir, selon l’expert sur le climat et auteur australien Clive Hamilton, qu’ils « étaient involontairement en train de déstabiliser l’ordre politique et social  ».

Mais il y a beaucoup de gens qui connaissent bien la nature révolutionnaire de la science du climat. C’est pourquoi certains gouvernements, qui ont décidé de jeter leurs engagements sur le climat aux orties en faveur d’encore plus d’extractions de carbone, ont dû trouver des moyens de plus en plus coercitifs pour réduire au silence et intimider les scientifiques. En Grande-Bretagne, cette stratégie est de plus en plus manifeste, où Ian Boyd, le conseiller scientifique en chef du ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales, a écrit récemment que les scientifiques devraient éviter « de laisser entendre que des politiques peuvent être bonnes ou mauvaises » et devraient exprimer leurs points de vue « en travaillant avec les conseillers embarqués (comme moi), et en étant la voix de la raison, plutôt que celle de la dissidence, dans l’espace public ».

Si vous voulez savoir où cela mène, vérifiez ce qui se passe au Canada, où je vis. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a fait un travail si efficace pour bâillonner les scientifiques et arrêter des projets de recherche essentiels que, en Juillet 2012, quelques deux mille scientifiques et sympathisants ont organisé une veillée funèbre sur la Colline du Parlement à Ottawa en mémoire de « la mort de la preuve scientifique ». Leurs pancartes disaient : « Sans science, pas de preuves, pas de vérité ».

Mais la vérité est en train de surgir, malgré tout. Le fait que la poursuite de profits et de croissance, comme si de rien n’était, est en train de déstabiliser la vie sur terre n’est plus une information confinée dans les pages des revues scientifiques. Les premiers signes se déroulent sous nos yeux. Et de plus en plus de gens réagissent en conséquence : blocage des activités de fracturation hydraulique à Balcombe ; interférence avec les préparatifs de forage dans l’Arctique dans les eaux russes (avec un coût personnel énorme) ; plaintes déposées contre les exploitants de sables bitumineux pour violation de la souveraineté autochtone, et d’innombrables autres actes de résistance, petits et grands. Dans le modèle informatique de Brad Werner, c’est cela la « friction » nécessaire pour ralentir les forces de déstabilisation ; le grand militant climatique Bill McKibben les appelle les « anticorps » qui se dressent pour combattre la « fièvre galopante » de la planète.

Ce n’est pas une révolution, mais c’est un début. Et cela pourrait bien nous faire gagner suffisamment de temps pour trouver un moyen de vivre sur une planète qui serait nettement mois foutue.

Naomi Klein

http://www.newstatesman.com/2013/10/science-says-revolt

Traduction « je trouve que ça chauffe un peu partout, d’une manière ou d’une autre » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.


 

Un enfant né aujourd’hui peut vivre assez longtemps pour voir la fin de l’humanité, à moins que ...

 
David Auerbach
 
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Un couple s'étreint sur une colline en regardant Le Caire lors d'un jour brumeux et poussiéreux où les température atteignaient 45°C - 27 mai 2015
 
L'humanité s'éteindra dans cent ans car la planète sera inhabitable, déclare le microbiologiste australien Frank Fenner, une des leaders dans l'effort pour éradiquer la variole durant les années 1970. Il point du doigt le surpeuplement, l'épuisement des ressources et le changement climatique
 
La prédiction de Fenner, fait en 2010, n'est pas un pari certain mais il est correct que la réduction des émission de carbone seront suffisantes pour nous sauver de notre chemin vers la mort. Et il ne semble pas y avoir d'entrain a réduire les émissions de carbone de toutes façons. Quand le G7 a appelé lundi tous les pays à réduire les émission de carbone à zéro d'ici 85 ans la réaction scientifique a été unanime : ce sera trop tard.
 
Et aucun traité possible émergeant de l'actuelle Convention des Nations Unies sur le Changement Climatique à Bonn en Allemagne, qui prépare la Conférence Climatique de Paris en Novembre, ne sera suffisant. Au point où on en est diminuer les émission n'est que la moitié de l'histoire, la moitié facile. La moitié difficile sera l'effort agressif pour trouver les technologies nécessaires pour inverser l'apocalypse climatique qui a déjà commencé.
 
Depuis des années maintenant nous avons écouté que nous sommes au point critique. Al Gore nous a prévenu dans Une vérité qui dérange qu'une action immédiate était requise si nous voulions prévenir le réchauffement climatique. En 2007, Sir David King, ancien conseillé scientifique en chef du gouvernement britannique déclara "Eviter un dangereux changement climatique est impossible, le dangereux changement climatique est déjà là. La question est : pouvons nous éviter un  catastrophique changement climatique ?" Dans les années qui ont suivie les émission ont augmentés ainsi que la température globale. Seul deux conclusion peuvent en être tirées : soit ces deux anciens avertissements étaient alarmistes, soit nous avons un bien plus gros problème que ce que l'ONU déclare. Malheureusement la dernière semble être la bonne.
 
Diminuer les émissions et migrer vers des sources d'énergie propre est un pas nécessaire pour prévenir une monté catastrophique des températures. L'objectif général est de ne pas augmenter les températures de plus de 2° Celsius. Une augmentation supérieure, telle les 5°C d'augmentation couramment projetés pour en 2100, amènent un risque d'inondation généralisé, de famine, de sécheresse d'augmentation du niveau de la mer, d'extinction massive et, pire, le potentiel de dépasser le seuil (couramment mis à 6°C) qui rendra la majorité de la planète inhabitable et qui éliminera la plupart des espèces. Même si la projection à 2°C ne prédit pas plus d'un mètre d'augmentation du niveau de la mer pour 2100, c'est suffisant pour déplacer des millions de personnes. Ce n'est pas étonnant que le Pentagone nomme le changement climatique un sérieux multiplicateur de menaces et considère sont impact perturbateur potentiellement au delà de tout ses plans.

C'est pourquoi l'ONU sous estime beaucoup la situation. L'objectif présenté par les Etats-Unis (un baisse de 26 à 28% des émissions par rapport à 2005 pour 2025), l'Union Européenne (une baisse de 40% par rapport à 1990 pour 2025) et la Chine (un pic démission pour 2030) sont très loin d'être suffisant pour rester en dessous de l'objectif de 2°C. En 2012 le journaliste Bill McKibben dans un article de Rolling Stone, expliquait beaucoup des maths derrière la pensée courante sur le réchauffement global. Il concluait que les prévisions des Nations Unies étaient trop optimistes. En particulier, McKibben notait que la température avait déjà augmenté de 0,8°C, et même si nous stoppions toutes nos émissions de dioxine de carbone maintenant elle augmenterait  d'un autre 0,8°C, simplement avec le dioxide de carbone déjà dans l'athmosphère. Ce qui qui laisse seulement 0,4°C de marge avant d'atteindre 2°C. Même en assumant que la conférence de Paris mette en place tout ce qui a été promis nous srions en train d'utiliser le "budget carbone" restant, la quantité de carbone que nous pouvons émettre sans dépasser le seuil des 2°C dans deux ou trois décennies, et pas dans un demi siècle.

Ces plans de réductions d'émissions, c'est simple à dire, sont simplement insuffisant. Par eux mêmes ils offrent seulement une petite chance de prévenir que la Terre ne devienne inhabitable, pour els humains du moins, durant les prochains siècles. Pour que la conférence ne soit pas juste un placebo, il faut inclure un plan agressif de mitigation du climat, avec la supposition que les objectifs actuels ne seront pas atteint.
 
Mis à part la coordination pour surmonter les crises causées par le changement climatiques et l'instabilité associée, il faut encourager et financer le développement de technologies pour inverser ce que nous ne sommes pas capable de faire pour notre planète. Beaucoup de ces technologies tombe sous la rubrique de la séquestration du carbone, stockant du carbone au lieu de l'émettre. Des stratégies risquées, comme injecter des sulfates dans l'air pour réfléchir plus d'énergie solaire dans l'espace ou la fertilisation de l'océan par du fer pour faire pousser des algues pour pomper le carbone, comporte un risque élevé de conséquence inattendues. Des solutions meilleures et plus sures pour réduire la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'existent pas encore, nous avons besoin de les découvrir et de les réguler pour éviter le chaos que les économistes comme Gernot Wagner et Martin L. Weitzman nomment la "géoingénierie sauvage" dans leur livre Climate shok.

Aucune de ces approches ne sont des substitut pour la réduction d'émission. Obtenir une société neutre en carbone est un but nécessaire à long terme peu importe les autre réparation technologiques. La technologie peut nous faire gagner le temps nécessaire pour y arriver sans que notre planète ne devienne brulante. pour terminer nous avons besoin d'un niveau d'investissement digne de la Guerre Froide dans la recherche dans de nouvelles technologie pour mitiger les effets à venir du réchauffement climatique. Sans cela le travail des Nations Unies est un beau geste, mais certainement pas un geste suffisant.

Le monstre méthane rugit

 

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Dahr Jamail
 
Durant une récente randonné au Washington State's Olympic Park, je me suis émerveillé de la délicate géométrie des feuilles de fougère recouvertes de givre. Les structures cristallines blanches semblaient pousser des feuilles vertes, les recouvrant dans un écrin gelé de beauté temporaire.
 
Progressant plus haut dans les montagnes, je m'arrêtait pour manger et boire un café chaud tout en regardant par dessus une vallée le paysage montagneux enneigé, estimant une chute gelée pour une possible ascension dans le futur. C'est alors que je commença à me demander durant combien d'hivers supplémentaire elle continuerait de se former.
 
La disparité de la beauté devant moi ne trouvait pas de réconciliation avec me pensées troublés sur la planète.. J'avais collecté des données et conduit des interview pour des articles sur les rejets de méthanes dans l'Arctique durant des semaines, et la réflexions sur ces informations durant les vacances m'avais mené à la dépression. Aller à la montagne m'avait aidé, mais aussi provoqué de grosses inquiétudes pour notre futur collectif.
 
Considérer la possibilité que les humains ont altéré l'atmosphère de la Terre si drastiquement au point de mettre nos propres vies en danger semble, au moins émotionnellement, insondable. Etant donné la taille de la planète on pourrait penser, logiquement,  que ce n'est même pas possible. Mais les majestueux pics enneigés près desquels je vis pourraient ne plus avoir de glaciers (et même de neige) durant ma vie d'après certains des scientifiques que j'ai interviewés.
 
Paul Beckwith, un climatologue et météorologue professeur à l'Université d'Ottawa, Canada, est un ingénieur et physicien qui effectue des recherches sur les changements brusque du climat à la foi pour le présent et sur les archives paléoclimatologiques du passé ancien.
 
"Mon point de vue est que notre climat est dans la première étape d'un changement soudain qui, non maitrisé, va mener à une augmentation de la température de 5 à 6° Celsius en une décennie ou deux", m'a dit Beckwith. "Evidement un tel changement du système climatique va avoir des effets sans précédent sur la santé et le bien être de chaque plante et animal de notre planète".
 
Une Planète vraiment différente
 
De vaste quantités de méthane est gelé dans l'arctique. Ce n'est pas une information récent que la banquise arctique est en train de fondre rapidement et qu'elle va vraisemblablement disparaître pour de courte période durant l'été à partir de l'année prochaine. Perde cette glace signifie le rejet  dans l'atmosphère de plus grande quantité de méthane précédemment stocké.
 
De plus, gisant dans les fonds marin des marges continentales arctiques et dans le permafrost arctique il y a des hydrates de méthanes, souvent décrit comme du gaz entouré de glace. En mars 2010, un rapport dans la revue Science indiquait que cette quantité équivalait entre 1000 et 10 000 gigatonnes de dioxyde de carbone.
 
Par comparison les humains ont rejeté approximativement 1475 gigatonnes de dioxyde de carbone depuis l'année 1850.
 
Beckwith avertit que perdre la banquise arctique va créer une situation qui "représentera une planète très différente, avec une température moyenne bien plus élevée où la neige et la glace dans l'hémisphère nord deviendra très rare voire même disparaitra durant toute l'année".
 
En des termes plus simples, ce qu'un monde sans glaces arctiques signifie quand il commencera à réchauffer la planète : Moins d'effet d'albédo sur les eaux arctiques signifie que plus de radiations solaires vont être absorbées au lieu d'âtre reflétées (l'albédo de la glace est de 60%, celui de la neige de 90%). Cela va chauffer ces eaux et ensuite la planète entière. Cet effet a le potentiel de changer le climat mondial, modifiant les vents et peut-être même  la position du courant-jets. Les courant-jets polaires sont des rivières de vents rapide positionnés dans la haute atmosphère qui poussent  les masses d'airs froide et chaude autour de la planète, ce qui joue un rôle crucial pour déterminé le climat de notre planète.
 
"Ce qui arrive dans l'Arctique ne reste pas dans l'Arctique" explique Beckwith. "Le réchauffement rapide de l'Arctique par rapport au reste de la planète (5 à 8 fois la moyenne mondiale) fait diminuer le gradient de température entre l'Arctique et l'équateur.

Cette diminution de gradient est en train de perturber le courant-jet, menant a une réchauffement accéléré de l'Arctique, formant une boucle de rétroaction incontrôlée qui cause alors le rejet de plus de méthane dans l'Arctique.

Sur terre cela a déjà commencé. Dans la péninsule de Yamal en Sibérie de mystérieux trous dans le sol ont attiré l'attention international avant qu'ils ne deviennent plus si mystérieux quand des chercheurs russe ont détecté des quantités significative de méthane à l'intérieur. Maintenant la même zone fait le nouveau l'actualité car des chercheurs ont détecté une augmentation des émissions de méthane venant de la décongélation du permafrost.
 
"Plus les concentrations de méthane dans l'Arctique causé par le réchauffement accéléré à la foi dans l'atmosphère et l'océan augmenteront, plus le courant-jet sera perturbé" dit Beckwith. "La physique démontre que cela va continuer à augmenter la fréquence, l'intensité et la durée des épisodes climatiques extrêmes tels que des pluies torrentielles menant à des inondations étendues dans certaines régions et des sècheresses dans d'autres. Il n'est pas besoin d'ajouter que cela cause d'énormes pertes économiques et constitue une grave menace pour notre sécurité alimentaire globale. C'est pourquoi on peut considérer que l'Arctique est le Talon d'Achile de notre système climatique".
 
Des chercheurs de l'US Navy ont prédit une période libre de glace dans l'Océan Arctique durant l'été 2016. (NDT : avant les prévision était entre 2050 et 2100).

Le scientifique britannique John Nissen, président du Artice methane Emergency Group, indique que si la mer libre de glace passe le "point de non retour" et que "l'effet rétroactif de méthane" se fait sentir nous serons dans un "été d'urgence planétaire immédiat".

Pourquoi devrions nous être si concerné par le méthane alors que les discutions sur la perturbation du climat semblent se concentrer sur les niveaux de dioxyde de carbone ?

Pour l'atmosphère le méthane est une gaz ç effet de serre qui sur une courte période de temps est plus destructeur de que le dioxyde de carbone. Quand il commence à chauffer la planète le méthane est 23 fois puissant que le dioxyde de carbone, par molécule, sur une échelle de temps de 100 ans, et 105 fois plus puissant sur une échelle de temps de 20 ans (NDT : la différence s'explique car le méthane ne reste que 12 ans l'atmosphère contre 100 ans pour le dioxyde de carbone) et le permafrost arctique (terrestre et maritime) est rempli de cette substance.

Selon une étude publié dans Nature Geoscience deux fois plus de méthane que ce que l'on pensait précédemment a été relâché du Plateau continental est sibérien, une zone de 2 millions de kilomètres carrés près des côtes de Sibérie. Cette récente étude montre qu'au moins 17 millions de tonnes de méthane sont relâchés dans l'atmosphère chaque année alors qu'une étude de 2010 avait trouvé seulement 7 millions de tonnes annuelle dans l'atmosphère.

Pour avoir une meilleur compréhension des implication du réchauffement Arctique j'ai interviewé certains des scientifiques conduisant les études les plus avancés sur le méthane arctique.

Le Dr Leonid Yurganov est maitre de recherche scientifique au département de physique à l'Université du Maryland et ses recherches actuelles sont en connexion avec des capteurs de la composition atmosphérique et des niveaux de méthane de l'Arctique. Il est coauteur d'une étude à paraître qui montre comment le récent réchauffement arctique a stimulé les réflexions sur les rejets de méthane du fond marin et déclenché une nouvelle boucle de rétroaction positive. En utilisant des détecteurs son équipe a détecté un accroissement à long terme du méthane sur de vastes étendues de l'Arctique.

Yurganov avertit des conséquences d'un réchauffement rapide de l'Arctique.

"La différence de température entre les pôle et l'équateur pousse nos courant d'air de l'ouest vers l'est" déclare il." Si la différence diminue le transport d'ouest en est ralentira et les courant nord-sud deviendront plus fort. Cela résultera dans de fréquent changement de la météo aux latitudes moyennes".

Bien que Yurganov n'avait pas parlé "d'une rapide et immédiate libération de méthane depuis les hydrates de méthanes" a ce moment il alerta sur ce qui allait arrivé quand cela se déclencherait.

"Une augmentation du méthane influencera la température de l'air près de la surface" dit il. Cela accélèrera le réchauffement de l'Arctique et changera le climat partout dans le monde".

Yurganov n'anticipe pas un effondrement global immédiat durant une décennie. De son point de vue la banquise arctique estivale continuera à diminue de façon régulière mais la fréquence des évènements climatiques extrêmes et l'augmentation du niveau de la mer continuera d'accélérer. "les gens devront s'adapter au changement climatique et à se préparer à un déclin dans leur niveau de vie cause par celui-ci" avertit il.

Yurganov voit une réduction de la population au moyen d'un enfant unique par couple comme une  des solutions à notre situation délicate.

"La dépopulation, cela résoudra tout les problèmes", dit il. "La Terre avec une plus petite population globale, deux fois moins, émettra moins de dioxyde de carbone".

Un autre scientifique qui a étudié les rejets de méthane dans l'Arctique à par contre des nouvelles beaucoup plus inquiétantes.

Le spectre imminent d'un soudain rejet de méthane.

Natalia Shakhova est professeur à l'Université d'Alaska de Fairbank - International Arctic Research Center où elle étudie le Plateau continental sibérien arctique oriental (ESAS). Shakhova pense que nous devrions être concerné par ses résultats sur l'ESAS car cette zone diffère significativement pour les émissions de méthane des autres régions du monde.

L'ESAS est le plus grand plateau continental du monde, s'entendant sur plus de 2 millions de kilomètres carrés, soit 8% des plateaux continentaux. Shakhova pense qu'il renferme 10 à 15% des réserves mondiales d'hydrates de méthane.

"Ces émissions ont tendance à ne pas être graduelles (c'est à dire qu'elles sont soudaine et massives) pour plusieurs raisons" déclare elle.

Cela signifie que les émissions de méthane depuis les hydrates de méthanes peuvent "changer de magnitude en quelques minutes" et cela ne sera pas "calme, graduel et contrôlé". Nous pouvons nous attendre a des rejets irréguliers de méthane qui seront difficile a mesurer.

Elle explique que la transition d'état physique du méthane depuis le permafrost (terrestre ou l'ESAS), "n'est pas graduel. Quand il change d'état physique c'est relativement court. La différence entre les deux états est comme la différence entre une vanne ouverte et une vanne fermé. Ce type de rejet est comme l'ouverture d'un gazoduc sous pression".

Ces rejet immédiat de méthane sur l'ESAS peuvent être déclenché à tout moment par un évènement sismique ou tectoniques, l'affaissement de sédiment causé par la fonte des hydrates de méthanes ou par exemple le glissement de sédiment causé par la fonte du permafrost. L'ESAS est particulièrement enclin à ces évènements car il est trois fois moins profond que la moyenne des plateaux continentaux mondiaux".

"Cela signifie que la probabilité que le méthane dissout dans l'eau s'échappe dans l'atmosphère est 3 à 10 fois plus élevé que n'importe ou ailleurs" dit Shakhova. Dans l'ESAS le méthane st principalement transporté sous forme de bulle. Les bulles de méthane remontent à la surface à la vitesse de 10 à 40 cm/s, cela signifie qu'il lui faut seulement quelques minute pour atteindre la surface et s'échapper dans l'atmosphère".

En incluant tout ces facteurs Shakhova estime que le réservoir de méthane de l'ESAS est supérieur à 180 gigatonnes, elles ajoute que "ce rôle va s'accroitre avec le temps".

Une étude publiée dans le journal Nature en Juillet 2013 confirme ce que nous a avertit Shakhova  : qu'une éruption soudaine de 50 gigatonnes depuis les hydrates de méthane de l'est sibérien est "hautement probable à tout moment". Cela serait l'équivalent d'au moins 1000 gigatonnes de dioxyde de carbone. (Rappelons que les humains ont rejeté 1475 gigatones de dioxyde de carbone depuis 1850).

Même le relativement prudent GIEC a lancé un avertissement sur un tel scénario : "La possibilité d'un changement climatique soudain, avec des conséquences potentiellement catastrophiques, ne peut être écarté. Une boucle de rétroaction positive provoqué par le réchauffement peut causer l'émission de dioxyde de carbone ou de méthane depuis la biosphère terrestre ou des océans".

Durant les deux dernier ssiècles la quantité de méthane dans l'atmosphère a augmenté de 0,7 parties par million à 1,7 parties par million. L'introduction de telles quantités de méthane  dans l'atmosphère peut, craignent certains scientifiques, augmenter inévitablement la température globale de 4 à 6° Celsius.

Certains scientifiques que j'ai interrogé avertissent de conséquences encore pire.

Implications globales

Ira Leifer, scientifique de l'Université de Santa Barbara, Californie, et auteur de plusieurs études sur le méthane arctique déclare que les scientifiques ont appris que les émissions de méthane de l'Arctique sont déjà plus élevée que ce que l'on pensait et dit : " le réchauffement de l'Arctique est clair".

Les danger du réchauffement due au méthane sont sidérants selon Leifer.

"La quantité de méthane stocké dans le permafrost est énorme, même si une petite fraction est relâché dans l'atmosphère sur une duré de quelques décennies il mènera à une augmentation dramatique à l'échelle mondiale" avertit elle. De plus il peut mener à une rétroaction positive où les océan relâcheront plus de méthane ce qui réchauffera l'Arctique encore plus menant à plus de rejet de méthane. Pire ce réchauffement se répandra lentement aux basses latitudes, ce qui contribuera a augmenter le réchauffement arctique.
 
Tout comme Beckwith, Yurganov et Shakhova l'ont noté Leifer avertit qu'un réchauffement de l'Arctique à des implications mondiales.
 
Le climat de la Terre est contrôlé par trois cellules : tropicale, tempérée et polaire. Une diminution de la différence de température entre les pôles et l'équateur entraine une expansion de la cellule tropicale qui entrainera la désertification de certaines zones et plus d'inondations dans d'autres. Pendant ce temps la météo polaire s'étend comme on a pu le voir aux Etats-Unis durant les derniers hivers.

Bien que les humains puissent s'adapter a ces nouvelles fluctuations du climat, l'agriculture et les écosystème ne le peuvent pas.

Comme Shakhova, Leifer a exprimer ses inquiétude au sujet de l'ESAS.

"Le potentiel est là pour que les émission de méthane augmentent avec le réchauffement des océans". Il confirme aussi les récentes études sur les émissions de méthane dans l'Arctique, y compris la découverte de gaz à des centaines de kilomètres des côtes. Cela signifie que le méthane ne peut venir de sources terrestres; Leifer en a conclu que cela confirme une origine marine.
 
Cela signifie que le fond de l'océan a déjà commencé à rejeter du méthane très loin des côtes. Beckwith note que les rejets croissant de méthane dans l'Arctique et le massif impact qu'il aura sur le système climatique planétaire signifie  : "une perturbation continuelle de la météo et du climat".
 
"L'accélération de ces processus va vraisemblablement mener à un changement brutal changement climatique partant d'un Océan arctique froid, couvert de neige et de glace à une Océan arctique libre de glace. L'état final sera de 5 à 6° Celsius plus chaud et ce changement peut arrivé en une ou deux décennies, comme l'indique les archives géologiques".

L'arrivée de l'océan Arctique libre de glace  n'est qu'une question de temps et sera probablement avant 2020 considérant le déclin exponentiel de la banquise estivale qui a été déterminé par le Pan-Arctic Ice Ocean Modeling and Assimilation System, corroboré par les mesures du Cryosat et modélisé par le Naval Graduate School Regional Climate Models.

Beckwith pense que le premier océan libre de glace durera seulement quelques semaines voir un mois la première fois puis s'étendra à durant mois quelques années plus tard.

En attendant le GIEC n'a pas encore traité les émissions de méthanes arctique comme une boucle de rétroaction incontrôlée, pas plus que les médias mainstream.

"Alors l'augmentation du réchauffement arctique à cause de l'effondrement de l'albédo produira tout au long de l'année un océan Arctique libre de glaces d'ici à une à deux décennies complétant le passage vers un climat bien plus chaud". dit il.

Ensuite Beckwith, comme Shakhova, avertit d'une émission de 50 gigatonne de méthane soudaine et craint que ce ne soit seulement une question de temps avant que cela n'arrive.

J'ai demandé à Leifer si il croit que nous avons déjà déclenché une augmentation rapide des température globale pouvant mener au type de changement brutal de climat dont Beckwith parle.

3Récemment il a été annoncé que 2014 est l'année la plus chaude jamais mesurée" répond il. "Une grosse partie de la chaleur absorbé par le système climatique durant la dernière décennie a été absorbée par les océans et quand elle reviendra dans l'atmosphère nous verrons une augmentation très rapide des températures moyennes".

Une autre "Grande Extinction" ?

L'extinction de masse du Permien qui date de 250 millions d'années est aussi relié au méthane, en fait ce gaz est semble il ce qui a causé l'extinction d'approximativement 95% des espèces de la planète. (NDT : en image cela donne ça).

Aussi connue comme la "Grande Extinction" elle fut déclenché par une arrivé massive de lave dans une zone de Sibérie qui mena à une augmentation des températures globales de 6° Celsius. Ce qui déclencha la fonte du méthane gelé au fond des mers le relâchant dans l'atmosphère il augmenta encore plus les températures. Cela se produisit sur une période de 80 000 ans. (NDT : on a aussi connaissance d'un évènement de rejet massif de méthane il y 55 millions d'années ayant entrainé une augmentation de la température de 5° Celsius, une récente étude montre qu'elle se sera produite en seulement 13 ans !)

(NDT 2 : on peut aussi mentionner la chute du taux d'oxygène de 30% à 10%, à comparer avec les 21% actuels).

Nous sommes déjà dans ce que les scientifiques considèrent comme la sixième extinction massive dans l'histoire planétaire, avec entre 150 et 200 espèces s'éteignant quotidiennement, un taux 1000 fois plus élevé que le taux naturel d'extinction. Cet évènement est déjà comparable, voir même excède, l'intensité et la vitesse de l'extinction de masse du Permien. La différence c'est que la notre est causé par l'homme. (Et elle ne prendra probablement pas 80 000 ans, elle depuis quelques siècles et elle gagne de la vitesse de manière non linéaire).

Il est possible que par dessus les vastes quantités de dioxyde de carbone issu des énergie fossiles qui continuent d'entrer dans l'atmosphère en quantité record chaque année, une augmentation des rejets de méthane peut être le signal du commencement d'une sorte de processus menant à Une Grande Extinction.

Certains scientifique craignent que la situation soit déjà si sérieuse et que la rétroaction soit telle que nous soyons déjà en train de causer notre propre extinction. Pire encore certains sont convaincu que cela peut arriver bien plus rapidement qu'on ne le pense généralement, au cours des prochaines décennies, ou comme le pense Beckwith encore plus tôt que cela.

De retour dans l'Olympic National Park quand je revenais de ma randonnée j'ai rencontré une petite harde de wapiti. Je les ais regardé et ils m'ont regardés avant de retraité lentement dans la forêt. En continuant mon chemin je me suis demandé comment il s'adaptaient a ce qu'il arrive à la planète. Leur habitat change dramatiquement, comme leurs sources d'eau et de nourriture. Approchant de mon point de départ je m'émerveillais devant des arbres couverts de mousse et me demandais comment le magnifique paysage naturel de l'Olympic National Park réagira si le climat est brutalement modifié. Les Montagnes Olympiques abritent la troisième plus grande concentration de glacier des 48 états et les perdent rapidement. Et avec au moins quatre espèce déjà en danger vivant dans le parc l'impact est déjà visible et il est assuré d'empirer.

J'en vient a me demander comment l'humanité va répondre, mais je me dis que le fait que la boucle de rétroaction du méthane arctique est déjà bien en route, seulement une réponse internationale d'urgence pour cesser immédiatement toutes les émissions de dioxyde de carbone peut seulement légèrement atténuer la crise, et encore la plupart des action des gouvernement mondiaux sont risibles.

Naturellement pour terminer je dois me demander : Qu'est ce que je fais ?

Comment vas tu ?
 
 
NDT : Parmi les effets du réchauffement climatique l'auteur de ne mentionne pas l'augmentation du niveau de la mer avec fonte totale des glaces (voir la carte).
 
Peut on encore faire quelque chose ? On peut au moins essayer c'est toujours mieux que de ne rien faire. Quand tout semblait perdu au début des années 1990 les cubains ne se sont pas rendu et ils ont survécu. Les kurdes de Kobané étaient encerclés, pire qu'à Stalingrad car pas d'immense Union Soviétique pour les ravitailler à l'arrière, jute un gouvernement turc hostile et pourtant ils ont gagné. Il faut bien sur sortir des énergies carbonées le plus vite possible pour ne pas encore aggravé la crise. Il faut aussi qu'on impose l'intérêt général au lieu de l'intérêt d'un petit nombre de riches qui pillent tout en laissant le reste dans la misère et la guerre.


Edité par T 34 - 09 Oct 2015 à 18:12
Patria socialismo o muerte

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  Citer Résistance Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Nov 2014 à 22:43
À propos du réchauffement climatique
 



Pauvre ours polaire, tout seul sur son petit glaçon ! Cette photo illustre bien les ravages du réchauffement climatique. L’ours, le bout d’iceberg, la mer, le ciel, tout est vrai ! Mais ce n’est la nature qui les rassemble, c’est Photoshop ! Cette photo est un faux !

Les « climatosceptiques » tentent de faire front face à l’offensive générale du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). L’an dernier, François Gervais avait publié « l’innocence du carbone ». Cette année, un collectif de scientifiques belges, sous la direction de István Markó, professeur à l’Université Catholique de Louvain, a publié « climat : 15 vérités qui dérangent ».

L’idée générale est d’expliquer que le climat change tout le temps, mais ce n’est pas le gaz carbonique d’origine humaine qui en est la cause. Les causes sont naturelles. La terre a subi plusieurs périodes de glaciation, dont une à-peu-près totale, puisque la banquise a atteint l’équateur (c’est la terre « boule de neige »). La dernière glaciation a duré environ 100 000 ans, et s’est terminée il y a à peu près 10 000 ans (c’est une date dont nous reparlerons, parce qu’elle marque la « révolution du néolithique » qui a eu une importance décisive pour l’histoire de l’humanité).

La corrélation entre réchauffement climatique et augmentation de gaz carbonique dans l’atmosphère est établie sur ces longues périodes géologiques, mais, contrairement aux idées reçues, cette augmentation du CO2 ne précède pas l’augmentation des températures, mais suit cette augmentation. C’est-à-dire que l’augmentation du taux de CO2 est la conséquence de l’augmentation des températures, et non sa cause. Évidemment, ces périodes glaciaires et interglaciaires n’ont rien à voir avec l’activité humaine. En général, on considère que les émissions de CO2 dues à l’activité humaine commencent à être significatives vers 1750.

Mais, indépendamment du développement industriel, les températures varient tout le temps. Chaque jour d’abord, de plusieurs dizaines de degré, mais aussi sur l’année, en passant les saisons. Les météorologistes repèrent aussi des variations sur des périodes plus longues, de quelques décennies à quelques siècles. Ainsi, l’Europe à connu une période chaude du 11ème au 14ème siècle (pour nous cela correspond aux Capétiens), puis, du 15ème  (Charles VII, vous vous souvenez de Jeanne d’Arc ?) au début du 20ème, un « petit âge glaciaire », avec un pic sous Louis XIV et Louis XV. Les causes, naturelles donc, sont difficiles à cerner précisément, mais l’activité géologique et océanique, l’activité solaire, les modifications de l’orbite terrestre, et d’autres phénomènes, jouent chacun un rôle, souvent lié. Aujourd’hui, les tenants du GIEC nous disent qu’on court à un réchauffement qui flirte avec une sorte de fin du monde, mais les « climatosceptiques » constatent que depuis une dizaine d’années, les températures sont plutôt stagnantes, et qu’on ne sait pas bien si on va vers un réchauffement ou un refroidissement. En toutes hypothèses, réchauffement ou refroidissement, les causes en sont naturelles, et le carbone (d’origine humaine en tout cas) est innocent !

Mais pourquoi nos dirigeants, les médias, les « experts », et tout ce qui prétend avoir un avis éclairé, nous prédisent-ils une catastrophe, catastrophe dont nous serions coupables, du fait de notre irresponsabilité à brûler toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon ? Pourquoi les pétroliers, qui pourraient se sentir viser, ne mouftent-ils pas ?

On peut avancer plusieurs explications. D’abord, une sorte de déclinaison de la stratégie du choc de Naomi Klein : l’humanité va à la catastrophe du fait de son irresponsabilité. Mais taisez-vous et faites nous confiance ! Nous, responsables, nous vous sauverons si vous faites ce qu’on vous dit ! Les pétroliers n’ont rien à redire à la méthode. D’ailleurs, vous avez vu la dernière pub de Total, où ils se montrent tellement responsables ? Et celle où nous sommes si irresponsables ?

Mais, évidemment, il y a aussi d’autres raisons plus immédiates. Pour le capital, c’est l’occasion d’inventer toutes sortes de taxe et d’augmentations de tarif, sans incidence sur les émissions ! Vous vous souvenez de la « taxe carbone » ? Et l’augmentation du prix du gaz ? Et si, dans la logique de la catastrophe du réchauffement dû à l’émission du CO2 par combustion d’hydrocarbure fossile, il était logique (et rentable pour les pétroliers !) que le prix du pétrole augmente, celui-ci voit son cours baisser, du fait de manipulations politiques !

De plus, la peur entretenue par le GIEC permet à l’Union Européenne d’inventer des « droits à polluer » qui donnent lieu à une bourse d’échange, permettant aux grandes entreprises de gagner beaucoup d’argent. Par exemple, Mittal, en fermant en France ses aciéries, peut revendre ses droits à polluer… et ainsi s’enrichir de ses fermetures d’usines !

Cette même pensée cherchant à nous faire craindre une sorte de fin du monde est de nature à nous inciter à condamner les pays dits « émergents », en particulier la Chine, définie comme le plus grand pollueur de la planète, en vue de gêner son développement. Or, il se trouve que c’est la Chine qui fait le plus d’efforts sur les énergies renouvelables où elle investit lourdement, ce qui en fait la championne du monde dans la production hydroélectrique et de capteurs solaires.

Il ne faudrait néanmoins pas conclure de tout ceci qu’on peut continuer à brûler du carbone sans conséquences : si cela n’affecte pas le climat, cela affecte gravement notre santé ! Mais cela ne semble pas vraiment émouvoir le GIEC !


DR

http://www.resistance-politique.fr/article-a-propos-du-rechauffement-climatique-125062998.html

Edité par T 34 - 16 Dec 2014 à 02:41
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