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    Envoyé : 01 Feb 2008 à 00:01

Banque européenne d’investissement : L’Europe mine l’Afrique

 

 
6 novembre 2007,
Par Anne-Sophie Simpere

A la veille des Journées européennes du Développement à Lisbonne, les Amis de la Terre lancent une nouvelle campagne sur les investissements de la Banque européenne d’investissement (BEI) dans le secteur minier en Afrique. Nous proposons aux citoyens d’interpeller le président de la BEI sur les activités de son institution.

Très discrète, la BEI est la Banque de l’Union européenne, et la plus grosse institution financière internationale publique au monde en terme de volume de prêt. Alors qu’en Afrique, elle est censée intervenir en soutien des politiques de développement de l’UE, la BEI finance largement l’exploitation des mines africaines par de grandes multinationales des pays riches.
Déforestation, pollution des eaux et des sols, déplacements de populations, conflits, violation des droits humains, corruption, détournement des ressources... les impacts désastreux de l’industrie minière sont aujourd’hui bien connus, et ses effets sur le développement sont remis en cause. Les investissements dans le secteur minier doivent donc être encadrés par les meilleures normes en vigueur, pour limiter ces impacts. Aujourd’hui, la BEI n’a aucune norme sociale ou environnementale lui permettant d’évaluer sérieusement les projets qu’elle finance : elle les approuve sur la seule base de leur rentabilité. Il est inadmissible qu’une institution publique agissant au nom de l’UE et dont la France est l’un des principaux actionnaire s’implique dans un secteur aussi controversé sans normes crédibles. Alors que l’UE organise ses Journées du Développement, il est grand temps d’interpeller la BEI pour la mettre face à ses responsabilité, et lui demander de suspendre le financement de projets miniers tant qu’elle n’a pas adopté des normes exigeantes.

PARTICIPEZ A LA CAMPAGNE !
Vous pouvez :
- envoyer les cartes postales du document de campagne au président de la BEI pour demander un moratoire sur les investissements de la Banque dans les projets miniers tant qu’elle n’a pas réformé ses pratiques.
- commander des documents de campagnes et les diffuser autour de vous (contacts ci dessous)
- solliciter les Amis de la Terre pour un débat, une conférence, un atelier où nous interviendrons pour expliquer la campagne et les actions proposées (contacts ci dessous)
- soutenir la campagne des Amis de la Terre par un don ou une adhésion. La campagne est active de Novembre 2007 à Novembre 2008

Nos demandes
Afin de respecter son mandat de développement, et d’éviter la destruction de l’environnement et des conditions de vie des populations causée par des projets miniers, la BEI doit instaurer un moratoire sur le financement de projets miniers en Afrique, tant qu’elle n’a pas réformé ses pratiques.
La BEI doit, dans le processus de révision de ses normes :
>>Adopter les meilleures normes environnementales et sociales internationales en vigueur, en se basant notamment sur la Revue des Industries Extractives
>>Financer en priorité des projets permettant réellement de lutter contre la pauvreté, sur la base de critères sociaux-économiques et de concertation avec les pays concernés
>>Améliorer significativement la transparence de ses opérations : la BEI doit permettre un suivi effectif de l’utilisation de ses fonds.

Autour de la campagne publique
Simultanément à la campagne publique :
- Les Amis de la Terre publient un rapport d’expertise sur les investissements de la BEI dans le secteur minier de 2000 à 2006 : « BEI : six ans de financement du pillage minier en Afrique » (1)
- Les Amis de la Terre mèneront une campagne de plaidoyer auprès de la BEI, au sein d’un collectif européen d’ONG travaillant sur la BEI, notamment à l’occasion de la consultation annoncée par la BEI sur la révision de ses normes sociales et environnementales.
- Les Amis de la Terre mèneront une campagne médias et un travail de sensibilisation au sein d’un collectif européen d’ONG, à travers la publication d’un Guide Citoyen de la BEI et d’un kit de campagne composé de fiches explicatives, la mise en ligne d’un site internet sur la campagne BEI, et la réalisation de clips vidéos.

Les organisations qui soutiennent de la campagne
Campagne soutenue par : Oxfam France / Agir ici, Aitec (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs), ATTAC, CATDM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde), la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme), Greenpeace, MIR (Mouvement international de la Réconciliation), Peuples Solidaires, Réseau Foi et Justice Afrique-Europe, Réseau Sortir du nucléaire, Ritimo, Le Secours Catholique, Survie, Terre des Hommes, SVH (Solidarité des Volontaires pour l’Humanité), UCPDHO ( Union Chrétienne pour le Progrès et la Défense des Droits de l’Homme)
Campagne soutenue au niveau européen par : Both ENDS, Bretton Woods Project, Campagna per la Riforma della Banca Mondial, CEE Bankwatch, urgewald, WEED

Pour commander des documents :
Les Amis de la Terre, 01.48.51.32.22, france@amisdelaterre.org (0,5 € l’exemplaire, tarif réduit pour associations).
Pour toute autre information :
Anne-Sophie Simpere, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 98 / 06 84 24 88 95, as.simpere@amisdelaterre.org


rapport disponible en ligne : http://www.amisdelaterre.org/Nouveau-rapoprt-des-Amis-de-la.html



Edité par T 34 - 20 Sep 2010 à 02:18
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Mar 2008 à 12:02

Réfugiés de la faim

 
La nuit était noire, sans lune. Le vent soufflait à plus de 100 kilomètres à l’heure. Il faisait se lever des vagues de plus de 10 mètres qui, avec un fracas effroyable, s’abattaient sur la frêle embarcation de bois. Celle-ci était partie d’une crique de la côte de Mauritanie, dix jours auparavant, avec à son bord 101 réfugiés africains de la faim. Par un miracle inespéré, la tempête jeta la barque sur un récif de la plage d’El Medano, dans une petite île de l’archipel des Canaries. Au fond de la barque, les gardes civils espagnols trouvèrent les cadavres de trois adolescents et d’une femme, morts de faim et de soif.

La même nuit, quelques kilomètres plus loin sur la plage d’El Hierro, un autre rafiot s’échoua : à son bord, 60 hommes, 17 enfants et 7 femmes, spectres titubants à la limite de l’agonie (1).

A la même époque encore, mais en Méditerranée cette fois-ci, un autre drame se joue : à 150 kilomètres au sud de Malte, un avion d’observation de l’organisation Frontex repère un Zodiac surchargé de 53 passagers qui – probablement par suite d’une panne de moteur – dérive sur les flots agités. A bord du zodiac, les caméras de l’avion identifient des enfants en bas âge et des femmes. Revenu à sa base, à La Valette, le pilote en informe les autorités maltaises, qui refusent d’agir, prétextant que les naufragés dérivent dans la « zone de recherche et de secours libyenne ». La déléguée du Haut Commissariat des réfugiés des Nations unies Laura Boldini intervient, demandant aux Maltais de dépêcher un bateau de secours. Rien n’y fait. L’Europe ne bouge pas. On perd toute trace des naufragés.

Quelques semaines auparavant, une embarcation où se pressaient une centaine de réfugiés africains de la faim, tentant de gagner les Canaries, avait sombré dans les flots au large du Sénégal. Il y eut deux survivants (2).

Des milliers d’Africains, y compris des femmes et des enfants, campent devant les clôtures des enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta, dans le Rif aride. Sur injonction des commissaires de Bruxelles, les policiers marocains refoulent les Africains dans le Sahara (3). Sans provisions ni eau. Des centaines, peut-être des milliers d’entre eux périssent dans les rochers et les sables du désert (4).

Combien de jeunes Africains quittent leur pays au péril de leur vie pour tenter de gagner l’Europe ? On estime que, chaque année, quelque 2 millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et que, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée, et autant dans les flots de l’Atlantique. Leur objectif est d’atteindre les îles Canaries à partir de la Mauritanie ou du Sénégal, ou de franchir le détroit de Gibraltar au départ du Maroc.

Selon le gouvernement espagnol, 47 685 migrants africains sont arrivés sur les côtes en 2006. Il faut y ajouter les 23 151 migrants qui ont débarqué sur les îles italiennes ou à Malte au départ de la Jamahiriya arabe libyenne ou de la Tunisie. D’autres essaient de gagner la Grèce en passant par la Turquie ou l’Egypte. Secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, M. Markku Niskala commente : « Cette crise est complètement passée sous silence. Non seulement personne ne vient en aide à ces gens aux abois, mais il n’y a pas d’organisation qui établisse ne serait-ce que des statistiques rendant compte de cette tragédie quotidienne (5). »

Pour défendre l’Europe contre ces migrants, l’Union européenne a mis sur pied une organisation militaire semi-clandestine qui porte le nom de Frontex. Cette agence gère les « frontières extérieures de l’Europe ».

Elle dispose de navires rapides (et armés) d’interception en haute mer, d’hélicoptères de combat, d’une flotte d’avions de surveillance munis de caméras ultrasensibles et de vision nocturne, de radars, de satellites et de moyens sophistiqués de surveillance électronique à longue distance.

Frontex maintient aussi sur sol africain des « camps d’accueil » où sont parqués les réfugiés de la faim, qui viennent d’Afrique centrale, orientale ou australe, du Tchad, de la République démocratique du Congo, du Burundi, du Cameroun, de l’Erythrée, du Malawi, du Zimbabwe… Souvent, ils cheminent à travers le continent durant un ou deux ans, vivant d’expédients, traversant les frontières et tentant de s’approcher progressivement d’une côte. Ils sont alors interceptés par les agents de Frontex ou leurs auxiliaires locaux qui les empêchent d’atteindre les ports de la Méditerranée ou de l’Atlantique. Vu les versements considérables en espèces opérés par Frontex aux dirigeants africains, peu d’entre eux refusent l’installation de ces camps. L’Algérie sauve l’honneur. Le président Abdelaziz Bouteflika dit : « Nous refusons ces camps. Nous ne serons pas les geôliers de nos frères. »

Organiser la famine et criminaliser ceux qui la fuient

La fuite des Africains par la mer est favorisée par une circonstance particulière : la destruction rapide des communautés de pêcheurs sur les côtes atlantique et méditerranéenne du continent. Quelques chiffres.

Dans le monde, 35 millions de personnes vivent directement et exclusivement de la pêche, dont 9 millions en Afrique (6). Les poissons comptent pour 23,1 % de l’apport total de protéines animales en Asie, 19 % en Afrique ; 66 % de tous les poissons consommés sont pêchés en haute mer, 77 % en eaux intérieures ; l’élevage en aquaculture de poissons représente 27 % de la production mondiale. La gestion des stocks de poissons dont les déplacements s’effectuent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des zones économiques nationales revêt donc une importance vitale pour l’emploi et la sécurité alimentaire des populations concernées.

La plupart des Etats de l’Afrique subsaharienne sont surendettés. Ils vendent leurs droits de pêche à des entreprises industrielles du Japon, d’Europe, du Canada. Les bateaux-usines de ces dernières ravagent la richesse halieutique des communautés de pêcheurs jusque dans les eaux territoriales. Utilisant des filets à maillage étroit (interdits en principe), elles opèrent fréquemment en dehors des saisons où la pêche est autorisée. La plupart des gouvernements africains signataires de ces concessions ne possèdent pas de flotte de guerre. Ils n’ont aucun moyen pour faire respecter l’accord. La piraterie est reine. Les villages côtiers se meurent.

Les bateaux-usines trient les poissons, les transforment en surgelés, en farine ou en conserves, et expédient du bateau aux marchés. Exemple : la Guinée-Bissau, dont la zone économique abrite un formidable patrimoine halieutique. Aujourd’hui, pour survivre, les Bissagos, vieux peuple pêcheur, sont réduits à acheter sur le marché de Bissau – au prix fort – des conserves de poisson danoises, canadiennes, portugaises.

Plongés dans la misère, le désespoir, désarmés face aux prédateurs, les pêcheurs ruinés vendent à bas prix leurs barques à des passeurs mafieux ou s’improvisent passeurs eux-mêmes. Construites pour la pêche côtière dans les eaux territoriales, ces barques sont généralement inaptes à la navigation en haute mer.

Et encore… Un peu moins d’un milliard d’êtres humains vivent en Afrique. Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. Les raisons sont multiples. La principale est due à la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.

Les Etats industrialisés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. L’Union européenne, en particulier, pratique le dumping agricole avec un cynisme sans faille. Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines.

Prenons l’exemple de la Sandaga, le plus grand marché de biens de consommation courante de l’Afrique de l’Ouest. La Sandaga est un univers bruyant, coloré, odorant, merveilleux, situé au cœur de Dakar. On peut y acheter, selon les saisons, des légumes et des fruits portugais, français, espagnols, italiens, grecs, etc. – au tiers ou à la moitié du prix des produits autochtones équivalents.

Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil brûlant, le paysan wolof, avec ses enfants, sa femme, travaille jusqu’à quinze heures par jour… et n’a pas la moindre chance d’acquérir un minimum vital décent.

Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles.

Peu d’êtres humains sur terre travaillent autant et dans des conditions aussi difficiles que les paysans wolof du Sénégal, bambarg du Mali, mossi du Burkina ou bashi du Kivu. La politique du dumping agricole européen détruit leur vie et celle de leurs enfants.

Revenons à Frontex. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est détestable : d’une part, ils organisent la famine en Afrique ; de l’autre, ils criminalisent les réfugiés de la faim.

Aminata Traoré résume la situation : « Les moyens humains, financiers et technologiques que l’Europe des Vingt-Cinq déploie contre les flux migratoires africains sont, en fait, ceux d’une guerre en bonne et due forme entre cette puissance mondiale et de jeunes Africains ruraux et urbains sans défense, dont les droits à l’éducation, à l’information économique, au travail et à l’alimentation sont bafoués dans leurs pays d’origine sous ajustement structurel. Victimes de décisions et de choix macroéconomiques dont ils ne sont nullement responsables, ils sont chassés, traqués et humiliés lorsqu’ils tentent de chercher une issue dans l’émigration. Les morts, les blessés et les handicapés des événements sanglants de Ceuta et de Melilla, en 2005, ainsi que les milliers de corps sans vie qui échouent tous les mois sur les plages de Mauritanie, des îles Canaries, de Lampedusa ou d’ailleurs, sont autant de naufragés de l’émigration forcée et criminalisée (7).  »

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Quand Washington promeut le commerce inéquitable

Une loi adaptée aux relations commerciales avec l’Afrique subsaharienne sert les intérêts du marché américain.

Lors de son discours prononcé au Ghana au début du mois de juillet, Barack Obama avait mis l’accent sur une nécessaire « démocratisation économique et sociale » en Afrique. En réalité, sa secrétaire d’État se pose plutôt en représentante des intérêts américains par le biais d’une loi, appelée AGOA, African Growth and Opportunity Act. Une loi américaine qui encourage la formation de liens économiques entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne. Plus exactement, une loi de 2000 - modifiée à trois reprises avec le soutien des démocrates aussi bien que des républicains - sur le développement et le commerce intérieur américain en relation avec l’Afrique subsaharienne. Le but : permettre un traitement commercial préférentiel pour certains produits en provenance de cette région. La législation autorise le président des États-Unis à accorder à ces pays des avantages commerciaux à condition qu’ils poursuivent des réformes néolibérales.

Grâce à AGOA - et donc aux États-Unis - le développement des pays africains serait en route. La réalité est tout autre. Il s’agit en fait de création de zones franches industrielles où sont embauchés les travailleurs les plus vulnérables, femmes et immigrés, soumis à des conditions de travail inhumaines, recevant des salaires ne leur permettant pas de sortir de la pauvreté et se retrouvant au chômage du jour au lendemain, les usines pouvant fermer en une nuit. Celles-ci, avec l’aide du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, font pression sur les gouvernements pour abolir toute forme de législation du travail et traquent les syndicats. Pour le plus grand bénéfice de Wal-Mart et autres chaînes commerciales américaines.

Avec ce déplacement sur le continent noir, le triptyque américain se met encore un peu plus en place : l’AGOA, le pétrole (le Hillary’s Tour passe par l’Angola et le Nigeria, producteurs et fournisseurs des États-Unis) et enfin la sécurité avec l’Africa Command, le commandement militaire unifié américain pour l’Afrique, qui a lancé début août l’opération Medflag, exercice d’aide médicale de grande ampleur à partir du Swaziland. De quoi permettre une bonne négociation quant à la présence militaire américaine sur le continent. Thomas Friedman, éditorialiste du New York Times, ne s’y trompe pas : « La main cachée du marché ne fonctionne jamais sans un poing caché », écrit-il. McDonald ne peut être florissant sans McDonnell Douglas (fournisseurs d’avions à l’armée - NDLR)… Et le poing caché qui maintient un monde sûr afin que les technologies de la Silicon Valley prospèrent s’appelle US Army, Air Force, Navy et Marine Corps. »

P. B.

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« Il est urgent que les peuples d’Afrique passent à l’action »-Déclaration finale du 8ème Forum des peuples de Bandiagara au Mali (8 au 10 juillet 2009)


AUTEUR:   Forum des Peuples/Foro de los Pueblos


La 8ème édition du Forum des peuples, à Bandiagara (région de Mopti) au Mali, s’est déroulée du 8 au 10 juillet 2009 dans un contexte de crises internationales (crise financière, crise économique, crise alimentaire, crise écologique et crise sociale). Le constat est sans appel : il s’agit bien d’une crise structurelle du système capitaliste mondial.

Dans ce contexte, le G8, ce directoire illégitime et anti-démocratique, réuni en Italie, prétend apporter des solutions, alors que ce sont leurs recettes qui ont conduit le monde à cette situation dramatique. Les peuples du monde ne sont pas dupes, ils n’attendent rien d’eux. Il en est de même pour le G20, tout aussi illegitime malgré la présence de quelques pays dit émergents.

Ces crises ont un impact dramatique sur les conditions de vie des populations, particulièrement les plus pauvres d’entre elles. Bandiagara, où se tient le Forum des peuples reflète d’ailleurs bien les conséquences de ces crises multiples et connexes : pauvreté, manque d’eau, faible scolarisation, récoltes insuffisantes...

Nous, mouvements sociaux, organisations et participant-e-s au Forum des peuples, nous opposons au diktat des dirigeants du G8 et à leurs alliés. Nous exigeons des gouvernements du Nord et du Sud la mise en place d’alternatives en rupture avec le système capitaliste qui garantissent les droits humains fondamentaux des peuples.

- Pour la souveraineté alimentaire

- Le rejet de la signature des Accords de Partenariat Economique (APE) entre l’Union Européenne et les pays ACP et de tout autre accord de libre-échange
- Le refus des Organismes Génétiquement Modifiés et des agro-carburants
- La mise en place de politiques contre la spéculation foncière
- Le soutien et le développement de l’agriculture paysanne
-  Pour la libre circulation des personnes (conformément à l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme) :

- Le refus des politiques migratoires de l’UE (pacte européen sur l’immigration, FRONTEX, directive « retour », accords de réadmission...). Nous exigeons de nos gouvernements qu’ils s’opposent à l’ensemble de ces politiques de l’Europe « forteresse ».

- Le retour immédiat et inconditionnel des détenteurs de récépissé de demande de carte de séjour actuellement bloqués à l’aéroport de Bamako (Mali).

- La régularisation de tous les sans papiers résidant dans les pays du Nord.
- La ratification par les pays européens de la Convention des Nations Unies du 18 décembre 1990 sur le droit des travailleurs migrants et leurs familles.
- Pour la reconnaissance des biens communs de l’humanité
- Arrêt immédiat des privatisations de l’eau, non à la marchandisation des biens communs
- Respect du droit à l’accès universel à l’eau
- Pour l’émancipation des femmes et l’égalité hommes-femmes
- Assurer la participation des femmes aux prises de décisions politiques et économiques
- Soutenir les initiatives économiques des femmes africaines
- Abolition de toutes les politiques discriminatoires à l’égard des femmes
- Pour l’annulation de la dette des pays du Sud
- Annulation / répudiation immédiate et inconditionnelle de la dette des pays du Sud
- Mise en place d’audits de la dette comme outils au service de ces revendications
- Versement de réparations aux pays du Sud
- Abolition de la Banque mondiale et du FMI, refus de leur légitimation par le G8 et le G20.
- Pour la paix entre les peuples

- Refus des guerres impérialistes et de domination néocoloniale
- Refus des guerres d’exploitation et de pillage des ressources naturelles
- Refus de transformer nos armées en force auxiliaire de résolution des conflits occasionnés par les puissances du Nord pour l’exploitation des ressources naturelles.

- Démantèlement immédiat des bases militaires étrangères sur le sol africain et refus de l’installation de nouvelles bases sous prétexte de lutte contre le terrorisme.
- Refus des accords de défense avec les pays du Nord.

- Pour le respect des droits des travailleurs
- Respect des luttes sociales et du droit de grève
- Réintégration obligatoire de tous-tes les travailleurs licenciés
- Pour un travail décent

- Pour le principe d’autodétermination des peuples
- L’arrêt immédiat et sans condition des ingérences extérieures dans les affaires intérieures des Etats.
- Le refus des démocraties bananières qui répondent aux intérêts des pays du Nord et de leurs multinationales.
- La fin des politiques néocoloniales

- Pour le respect de la nature et la lutte contre le changement climatique
- Reconnaissance d’une dette écologique des pays du Nord au pays du Sud
- L’arrêt de la surexploitation des ressources naturelles par les pays du Nord
- La diminution drastique des gaz à effet de serre par les pays du Nord

Nous appelons l’ensemble des mouvements à se mobiliser pour la mise en oeuvre de ces revendications et alternatives lors des dates suivantes :

Mobilisations internationales :

- 12 octobre 2009 : Journée contre la marchandisation, la colonisation et pour la Terre Mère
-  12–18 octobre 2009 : Semaine d’action contre la dette et les institutions financières internationales
- 07-17 décembre 2009 : Contre sommet à la conférence cadre des Nations Unies sur le changement climatique – Copenhague (Danemark)
- 18 décembre 2009 : Journée internationale des migrant-e-s
- Préparation de la Marche mondiale des femmes de 2010

Mobilisations africaines

- 15 novembre 2009 : Journée pour la paix en Côte d’Ivoire étendue à l’Afrique


Source : http://forumdespeuples.org/article357.html

Article original publié en juillet 2009

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2009 à 20:45

L’Afrique attire toujours plus les « fonds vautours »

Le « capitalisme moral » qui sera célébré au G20 de Pittsburgh s’accommode sans peine de la spéculation sur les créances des pays pauvres

Durant quinze ans, les recettes d’exportations de la SNEL, la compagnie congolaise d’électricité, vers l’Afrique du Sud seront confisquées : 104 millions de dollars en tout, à rembourser au fonds de placement spéculatif FG Hemisphere, une entreprise privée. Cette décision, prise fin 2008 par un tribunal sud-africain, met fin à un long processus entamé en 2004, lorsque FG Hemisphere avait racheté au rabais, pour 18 millions de dollars, une vieille créance impayée due par la SNEL à un prêteur européen. Payer 18 millions et en récupérer ensuite 104 : même en décomptant les frais et les intérêts, la différence constitue un fameux bénéfice pour FG Hemisphere. Et une perte sèche pour la République démocratique du Congo (RDC), dont la dette originale de 30 millions avait été contractée en 1980 par le dictateur Mobutu Sese Seko. Selon un rapport publié en mai par des ONG françaises et belges |1|, FG Hemisphere a recommencé l’opération sur d’autres créances : au total, il a racheté pour 35,9 millions de dollars de dettes congolaises et obtenu que les tribunaux condamnent la RDC à lui payer 151,9 millions.

Actifs confisqués

Le Congo-Brazzaville a lui aussi connu un cas de ce genre. En 2005 et 2006, Kensington International l’a fait condamner à hauteur de 122 millions de dollars. Devant la difficulté de saisir le pétrole congolais, Kensington a obtenu le droit de confisquer certains actifs, dont des sommes attribuées par la Belgique à ce pays au titre de la coopération au développement.

Dans un autre jugement, la Zambie a été forcée de payer à Donegal International 15 millions de dollars sur une dette que le spéculateur avait acquise pour 3 millions de dollars. Pour l’Etat africain, la perte a représenté 60% de l’allègement des dettes dont il avait bénéficié en 2007.

Les sociétés comme FG Hemisphere et Kensington sont appelées « fonds vautours ». Ce sont, expliquent les ONG, « des fonds d’investissement spéculatifs. Ils tiennent ce surnom de leurs pratiques qui consistent à racheter à très bas prix des parts de la dette de pays du Sud, pour intenter ensuite des procès contre ces pays afin d’obtenir le paiement intégral de la valeur faciale des créances, intérêts compris ». Simplifions. Si un pays X doit – sur papier – 100 dollars à une banque, et que l’expertise financière montre qu’il n’y a que 20% de chances qu’il ait les moyens de rembourser, la dette ne vaut en réalité pas 100 dollars, mais 20. La banque peut alors décider de vendre cette créance à un fonds dont l’activité principale consiste à exiger en justice le remboursement par le pays X, en invoquant la valeur théorique de la dette, qui est toujours, sur papier, de 100 dollars. Plus les intérêts de retard et autres pénalités. Juridiquement, le fonds est dans son droit. Il peut donc faire saisir les biens appartenant à ce pays, quitte à étrangler celui-ci financièrement.

Les « fonds vautours », apparus voici une quinzaine d’années, sont loin d’être une espèce en voie de disparition. Plus d’une dizaine de pays africains, dont la Zambie, les deux Congo, la Sierra Leone et le Cameroun, ont déjà eu affaire à eux. Ces fonds se sont multipliés depuis le lancement des initiatives d’allègement de dettes des pays les plus pauvres à la suite de la campagne du Jubilé 2000. Les créanciers estimant qu’ils avaient peu de chances de se faire rembourser avaient revendu leurs créances au rabais.

Aujourd’hui, grâce à ces plans, les pays endettés ont retrouvé une certaine solvabilité, ce qui attire d’autant plus les rapaces et incite les tribunaux à leur donner gain de cause. En 2006, pas moins de quarante-quatre de ces fonds spéculatifs ont réclamé plus de 1 milliard de dollars à onze pays, intérêts et frais d’avocats compris. Par comparaison, la même année, la dette totale de la RDC était de 11 milliards de dollars, celle du Maroc et de la Tunisie de 18 milliards, et celle de toute l’Afrique subsaharienne de 190 milliards.

Développement spolié

Ces pratiques ont été dénoncées par des ONG, comme le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) ou la Jubilee Debt Campaign, qui estiment ces stratégies agressives de recouvrement en contradiction directe avec les efforts internationaux d’annuler la dette des pays les plus pauvres au monde. « Depuis 1996, les pays donateurs ont engagé 90 milliards de dollars dans l’allègement bilatéral et multilatéral des dettes à plus de trente pays », rappelle Michael Stulman, directeur associé d’Africa Action. Sur la liste des quarante et un pays éligibles (PPTE) à l’allègement des dettes du Fonds monétaire international (FMI), au moins vingt ont été menacés ou sujets à des poursuites judiciaires par ces fonds. Or, quand « les fonds vautours poursuivent en justice pour ces montants exorbitants, ils sont en train d’emporter clairement l’argent qui devrait être investi dans la santé, l’éducation, les infrastructures et d’autres problèmes sociaux, et va remplir les poches des investisseurs déjà riches », estime M. Stulman.

Réactions timides

Malgré ces vives dénonciations, les réactions politiques sont timides. En France, une proposition de loi a bien été déposée en septembre 2007 à l’Assemblée nationale contre l’action de ces fonds, mais elle n’est toujours pas inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. En Belgique, par contre, à la suite de la mauvaise expérience congolaise, une loi a déjà été votée en janvier 2008, prévoyant que « les sommes et les biens destinés à la coopération internationale belge ainsi que les sommes et les biens destinés à l’aide publique belge au développement – autres que ceux relevant de la coopération internationale belge – sont insaisissables et incessibles ».

Aux Etats-Unis, la démocrate Maxine Waters et le républicain Spencer Bachus ont déposé une résolution le 18 juin dernier qui limiterait la capacité des fonds vautours à utiliser les tribunaux américains. « Nous ne pouvons pas permettre aux fonds vautours de détruire les progrès qui ont permis à bon nombre des nations les plus appauvries du monde de réduire la pauvreté », déclare Mme Waters. La résolution servirait notamment à limiter le profit que les fonds pourraient tirer du commerce de la dette des PPTE. Ceux-ci devraient ainsi déclarer combien ils ont payé pour la dette sur le marché secondaire.

En attendant, en juin dernier, la Banque africaine de développement (Bad) a mis sur pied un mécanisme appelé Facilité africaine de soutien juridique, qui doit entre autres aider les pays à se défendre en justice. Elle intervient au moment où, crise financière oblige, de nouveaux problèmes de remboursement s’annoncent, selon les analystes critiques du système financier mondial. Les recettes d’exportations sont en effet en baisse. En un an, les prix mondiaux du coton, du riz, du maïs ont été divisés par deux ; ceux du cuivre et du blé par 2,5 ; et celui du pétrole par 3,9. Autant de ressources en moins pour le développement...

INFOSUD-SYFIA-IPS, AVEC BPZ


Notes

|1| Un vautour peut en cacher un autre, plateforme Dette & Développement (France) et Centre national de coopération au développement (Belgique), mai 2009 Rapport http://www.dette2000.org/data/File/...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Oct 2009 à 23:21

le chiffre

30 ans

Un enfant du Niger, pays le plus pauvre, qui s’installerait en Norvège, gagnerait, selonles statistiques, trente ans d’espérance de vie.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 Oct 2009 à 18:23

Le chiffre

200 000

personnes, selon l’OMS, pourraient être sauvées chaque année s’il n’y avait pas de faux médicaments.

Le scandale oubliédes faux médicaments

Santé . Jacques Chirac et plusieurs chefs d’État africains lancent aujourd’hui un appel à la communauté internationale pour stopper un trafic florissant.

Jacques Chirac a décidé d’interpeller la communauté internationale sur le trafic des faux médicaments. Épaulé par les chefs d’État du Bénin, du Burkina Faso, du Togo, du Liberia, de la Tanzanie, du Mali, et par plusieurs anciens présidents africains, l’ex-président français doit signer aujourd’hui depuis le Bénin « l’appel de Cotonou ». Selon ses initiateurs, ce texte est censé être « la première étape du processus de demande d’un vote d’une convention d’interdiction de la production et du commerce de faux médicaments devant les Nations unies ».

près de 4 000 fausses pharmacies

Lancée le 9 juin 2008, la Fondation Chirac a fait de l’accès aux médicaments l’une de ses priorités. Ce n’est pas un hasard si l’ancien locataire de l’Élysée a choisi le Bénin pour sensibiliser l’opinion publique. Sa fondation travaille à l’extension du laboratoire national de contrôle de la qualité des médicaments. « Le trafic des faux médicaments est un véritable scandale. Imaginez qu’en Afrique, ce sont 30 % des médicaments qui sont faux ou sous-dosés. Quand on sait que 70 % des médicaments antipaludiques sont des faux, on ne peut pas rester les bras croisés ! Aujourd’hui, je pense que la mobilisation des ONG et des fondations peut être déterminante », a-t-il expliqué à l’AFP.

Fléau peu connu, le trafic de faux médicaments tue chaque année des dizaines de milliers de personnes. L’Afrique est le continent le plus touché. L’année dernière, une centaine de bébés sont décédés au Nigeria en 2008 dans une relative indifférence après avoir bu du faux sirop de paracétamol. À Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, on dénombre près de 4 000 fausses pharmacies. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les falsifications de médicaments représenteraient 10 % du marché mondial, soit près de 45 milliards d’euros. Pour le professeur Marc Gentilini, délégué général pour l’accès aux médicaments de qualité de la Fondation Chirac, le florissant trafic de faux médicaments serait en train de dépasser le trafic de drogue.

Conférence à Genève en 2010

« Nous avons besoin d’une base juridique pour agir. C’est pourquoi, avec l’appel de Cotonou, je propose la tenue d’une conférence internationale sur le sujet dès l’an prochain », a précisé Jacques Chirac. Celle-ci devrait avoir lieu à Genève, à la fin de l’année 2010.

Damien Roustel



Edité par T 34 - 13 Oct 2009 à 18:23
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Oct 2009 à 17:48

Western Union s’engraisse

Le 7e Forum mondial sur le développement durable s’est tenu la semaine dernière à Ouagadougou (Burkina Faso). Les pratiques de transfert d’argent y ont trouvé écho.

Ouagadougou (Burkina Faso), correspondance particulière. Un pays comme le Mali perçoit chaque année, de la part de quelque 4 millions d’expatriés – dont un demi-million vivent en Europe, notamment en France – 456 millions d’euros. Cet argent des migrants envoyé à leurs familles, qui constitue bien souvent l’une des principales ressources des proches restés au pays, constitue un véritable pactole. Il ne représente ainsi pas moins de 11 % du produit intérieur brut, ou encore 80 % de l’aide publique au développement de ce pays.

Western Union, la société de transfert de fonds états-unien, en position de quasi-monopole, ne perçoit pas moins de 10 % de cette coquette somme, soit plus de 45 millions d’euros. En comparaison, la société financière vante ses programmes planétaires de « citoyenneté d’entreprise » au travers de sa fondation. Le principal d’entre eux s’intitule « Notre monde, notre famille », qui se voit attribuer une somme de 50 millions d’euros sur cinq ans pour permettre que l’émigration soit « un choix plus qu’une nécessité », au travers d’aides à l’entreprise ou de… crédits.

Mais le prélèvement obligatoire sur les transferts suscite de plus en plus d’émotion au sein des populations africaines, qui y voient comme une sorte de dîme des temps modernes puisque les migrants n’ont d’autre choix que d’en passer par cette société-là pour transférer leur argent.

Au point que le sujet a été abordé, ce week-end, au 7e Forum mondial sur le développement durable à Ouagadougou, consacré aux enjeux du développement du continent à la veille du sommet de Copenhague. Dans un des ateliers portant sur « les mobilités et leur impact économique, financier et politique », une centaine d’experts, associations, spécialistes environnementaux et dirigeants politiques ont abordé la question. Si aucun des participants n’est allé jusqu’à parler de racket, comme le font de nombreuses associations de migrants, ils ont tous dénoncé cette situation, déplorant l’absence de moyens de transfert d’argent fiables mais à faibles coûts. Et de pointer que la rapidité qui fait la force de Western Union – toute somme transférée sur n’importe quel point du globe étant immédiatement disponible dans les minutes qui suivent pour son bénéficiaire – ne constituait en aucun cas un obstacle à la mise en place d’un service moins onéreux pour ses utilisateurs.

SERGE-HENRI MALET

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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Nov 2009 à 20:16

Côte d'Ivoire : une guerre françafricaine

%20Les%20péchés%20dHugo%20Chavez%20

Depuis mars 2007, les accords de paix de Ouagadougou (Burkina) ont ramené le calme en Côte d'ivoire, sous un gouvernement d'union nationale.

La "crise" (pour ne pas parler de guerre civile) a commencé le 19 septembre 2002, par une rébellion militaire dans le Nord du pays (venue du Burkina voisin) ainsi qu'à Abidjan la capitale économique (où elle échouera), contre la président "mal élu" Laurent Gbagbo.
Il est curieusement impossible, sur Internet, de trouver un bilan réel des affrontements et des exactions commises de part et d'autre. Mais le bilan se chiffre probablement en dizaines de milliers de morts.

Nous sommes parfois accusés, pas spécifiquement SLP, mais les "anti-impérialistes" en général, de ne voir que l'impérialisme américain, et de servir au fond les autres impérialismes et en particulier l'impérialisme français.

Il est donc important de souligner que, bien avant l'existence de ce blog, nous avons été parmi les rares à l'époque (2002-2005) à ne pas céder à la sympathie (naturelle il est vrai) pour les "rebelles", "musulmans" de surcroît (les choses ne sont en réalité pas si simple, nous y reviendrons) et à dénoncer là une nouvelle guerre françafricaine.

Rappelons brièvement les faits : Laurent Gbagno a été élu président en octobre 2000, dans des circonstances troublées.

En réalité, c'est toute la situation du pays qui est troublée depuis le coup d'Etat de Noël 1999, et même depuis la fin des années 80, quand la chute des cours du cacao a plongé la "perle de l'Afrique" dans la crise économique, suivie d'une "libéralisation" au début des années 90, sur l'ordre de Mitterrand.

Le 25 décembre 1999, donc, un putsch militaire mené par le général Gueï renverse le président, corrompu et haï, Konan Bédié, successeur du "père de l'indépendance" (laquais néo-colonial en chef) Houphouët Boigny. Il est intéressant de noter que le pays n'a une armée que depuis peu : longtemps sa défense a été assurée par l'armée française...

Rarement depuis l'"indépendance" en 1960 on aura vu de fin d'année plus festive, et un vrai "vent de changement" souffle sur le pays.

Une fois n'est pas coutume, la promesse de tenir rapidement des élections est tenue. Mais bien sûr, le général Gueï va s'y présenter, et en refuser le résultat. Trois hommes sont principalement en lice : le général, et deux opposants de longue date au pouvoir précédent, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Mais ce dernier va être exclu de la compétition électorale, au nom du concept de l'"ivoirité", développé sous Konan Bédié pour - déjà - lui barrer la route.

Le pays compte en effet 25% d'étrangers des pays voisins, qui se sont mêlés à la population et en particulier aux populations du Nord, elles-même musulmanes. Il s'est donc développé dans les années 90, ce concept xénophobe exigeant que l'ont prouve son ascendance ivoirienne ("pays" qui n'existe, en tant que tel, que depuis 1960 !) pour pouvoir jouir de la citoyenneté... notamment se présenter aux élections. Ouattara est dans ce cas.

Ouattara exclu, tout comme l'ex-président Konan Bédié, ne reste que Gueï et Gbagbo. Ce dernier va remporter l'élection avec 59% des voix (mais seulement 37% de participation, cependant la participation n'est jamais très élevée dans les pays africains). Gueï refuse de reconnaître les résultats et se proclame vainqueur. Mais un vaste mouvement de masse le fait reculer et il doit se retirer.

Ce mouvement de masse dégénère, ensuite, en affrontements entre partisans de Gbagbo et de Ouattara, sanglants : 56 corps (probablement des partisans de Ouattara) sont retrouvés dans un terrain vague.

Gbagbo a t-il repris à son compte le sinistre concept d'ivoirité, qu'il a pourtant combattu comme opposant à Konan Bédié ? Ce qui est sûr, c'est que ce concept l'a grandement servi.

Gbagbo est le leader du Front Populaire Ivoirien, "social-démocrate" (cette notion ne peut avoir aucun sens dans une néo-colonie). Il est, donc, naturellement lié aux réseaux françafricains du PS. A l'inverse de Ouattara, qui fut Premier Ministre de Houphouët, zélé applicateur des mesures du FMI et dont le parti, le RDR, est réputé proche de la droite française et de Jacques Chirac.

Mais, un certain 21 avril 2002, les "réseaux" de Gbagbo à Paris vont subitement s'envoler... Le PS perd le pouvoir. Et Chirac est proche du désormais opposant juré, Ouattara !

C'est là que tout va se jouer. Il n'y a pas d'éléments précis, mais il semble que Gbagbo, confronté à un adversaire politique à Paris et souhaitant réaliser des réformes (couverture maladie etc.) va se tourner vers les rivaux impérialistes de la France : les USA à qui la France dispute pied à pied le continent depuis le début des 90's, et la Chine, qui comence à prendre pied en Afrique. Une affaire de retrait au géant français Bolloré de la concession du port d'Abidjan, aurait été le déclencheur. On parle aussi d'une mise en concurrence de Bouygues avec des compagnies américaines et chinoises pour divers grands travaux, comme le 3e pont d'Abidjan ou l'aéroport.Les monopoles français perdent pied dans leur tête de pont africaine...

Une rébellion militaire éclate alors le 19 septembre 2002, écrasée à Abidjan mais contrôlant rapidement la moitié Nord du pays, tandis que des groupes plus ou moins mercenaire venus du Libéria s'emparent de l'Ouest.

Immédiatement la machine de propagande se met en place : les rebelles ne sont pas de doux agneaux, mais Gbagbo l'aurait bien cherché, il s'est emparé du concept néfaste d'ivoirité, ses partisans sont des génocidaires rwandais en puissance, la rébellion représente et défend les populations musulmanes menacées d'un massacre...

Wikipédia est normalement une arme de désinformation massive, un espace où chacun peut "librement" recracher toute la propagande médiatique dûment ingurgitée. Cependant, l'article consacré à la "crise politico-militaire" est (volontairement ou involontairement ?) édifiant sur certains passages :

"Durant les jours qui suivent et jusqu'au mois de novembre, de nombreux syndicalistes, étudiants, opposants politiques du RDR ou des partis proches du RDR, soupçonnés d'être à l'origine de la rébellion, ou militants d'organisations communistes sont exécutés par les forces de l'ordre ou par des miliciens. Trois cent personnes au total ont ainsi été assassinées à l'automne 2002 (par l'armée et les partisans de Gbagbo NDLR). Des centaines d'étrangers ou de personnes suspectes sont également massacrées par les FANCI ou les mercenaires libériens. Des massacres similaires ont lieu dans la zone rebelle entraînant la fuite vers le Sud d'un million d'Ivoiriens alors appelés déplacés."

Donc, les "gentils" rebelles, censés défendre les populations musulmanes ultra-majoritaires dans la moitié nord qu'ils contrôlent, on provoqué l'exode de plus d'1 million d'entre eux ! Rappelons que la Côte d'Ivoire comptait alors 17 ou 18 millions d'habitants, donc maximum 8 ou 9 millions en territoire rebelle....

Mieux : "Selon le rapport Leliel :
  • le pouvoir ivoirien et la rébellion se sont rendus coupables des pires atteintes aux droits de l’homme » ;
  • le gouvernement de Laurent Gbagbo s’illustre par des assassinats ciblés de personnes enlevées le plus souvent à leurs domiciles à Abidjan, par les “ escadrons de la mort ” et des milices “ à sa solde » ;
  • la rébellion en revanche s’illustre par des tueries en masse ."
Ou encore : "L'Ouest de la Côte d'Ivoire est envahi début décembre 2002 à partir du Libéria par deux nouveaux mouvements rebelles qui exterminent plusieurs milliers d'Ivoiriens. Ces nouveaux rebelles sont constitués principalement de troupes libériennes commandées par le rebelle sierraléonais Sam Bockarie (il est notoire que les rebelles sierra-léonais étaient soutenus par la France via la Libye NDLR) mais également par des éléments de la rébellion du MPCI (Kass, Adam's) et des militaires partisans de Gueï."

Il semble que les "rwandais" soient plutôt à chercher du côté des "gentils rebelles", sans chercher aucunement à défendre le concept ignoble d'ivoirité, les "escadrons de la mort" xénophobes ni même le bourgeois compradore "de gauche" Gbagbo....

La France est liée à la Côte d'Ivoire par un accord de défense. Pourtant, alors que ce genre d'accord joue à plein, aujourd'hui même, au Tchad ou dans d'autres pays, elle va cette fois-ci invoquer une "affaire intérieure", se contenter d'abord de sécuriser ses (très nombreux) ressortissants, puis seulement au bout de plusieurs semaines va stopper l'avance rebelle qui contrôle déjà près de 60% du pays, et établir une ligne de cessez-le-feu.

Les rebelles, qui n'ont jamais été plus de 10.000, auraient pu être balayés en quelques heures par un simple bataillon d'infanterie de marine et quelques Mirages ! Comme cela a été le cas, il y a peu, au Tchad ou en Centrafrique.
De même, les troupes françaises stationnées à Abidjan n'ont pas bougé lors du soulèvement militaire dans la ville.

C'est absolument transparent : la France de Chirac n'a jamais eu l'intention d'arrêter la rébellion... puisqu'elle l'a elle-même fomentée !!!

La rébellion a été organisée, principalement, par des militaires partisans de Ouattara, exilés au Burkina Faso après des putschs manqués contre le général Gueï, rejoints après 2000 par des partisans... de Gueï, et des dissidents du FPI de Gbagbo. Ouattara, l'ami de Chirac !
Et elle s'est organisée au Burkina sous l'égide de l'inénarrable Compaoré, président du pays et assassin (commandité par la France du PM Chirac, dont il est un grand ami) de Thomas Sankara en 1987 !!!


Quand aux mouvements armés qui surgissent dans l'Ouest (les plus meurtriers de tous), ils sont composés on l'a dit de mercenaires libériens et sierra-léonais, appartenant aux "réseaux Charles Taylor", le despote libérien lié via la Libye à la Françafrique pour s'emparer de ces pays anglophones d'Afrique de l'Ouest.

Voyons cette photo de l'article wikipédia :

Le général Bakayoko, Chef d'Etat-Major des Force nouvelles de Côte d'Ivoire (rebelles), passe en revue ses troupes à Odienné. On constate l'organisation, et l'équipement flambant neuf des "forces nouvelles" rebelles, qui tranche avec les soudards équipés de bric et de broc des guerres africaines (comme au Libéria ou en Sierra Leone). Il y a forcément des gros sous derrière, et ce n'est pas le petit et misérable Burkina qui pourrait assurer une telle chose.
Et comment pourrait-on croire une seconde que Blaise Compaoré, le "sous-préfet" néo-colonial de Ouagadougou, aurait pu organiser une rébellion dans un pays voisin sans l'aval de Paris ?

Quant à la question "ethnique", elle ne tient pas non plus franchement la route : le chef des forces rebelles, Guillaume Soro, est chrétien, le Premier Ministre de Gbagbo, Mamadou Koulibaly, est musulman.

Après avoir stoppé, pour la pure forme, l'avancée des rebelles sur Abidjan, l'objectif de la France va être d'amener les "parties" autour d'une table et de forcer Gbagbo à partager le pouvoir avec ses adversaires : autrement dit, d'abdiquer ses pouvoirs (et tout ses projets déplaisants pour Paris), pour devenir une "reine d'Angleterre".

Nous l'avons dit, ce scénario rappelle furieusement celui du putsch au Honduras, dans un autre "pré carré" - américain celui-là.

Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu.

Gbagbo sait qu'il jouit d'une solide base populaire, hostile aux rebelles et à Ouattara (qui appliqua de très dures mesures d'austérité, comme Premier Ministre, pendant la crise du cacao), et surtout du soutien de la communauté internationale qui le considère comme le dirigeant légitime, en particulier les États-Unis. Les relations de Washington avec Paris sont exécrables suite à l'affaire irakienne : la ligne US est "pardonner la Russie, ignorer l'Allemagne et punir la France".

Il dénonce aussitôt les "accords" qui lui ont été imposés à Marcoussis, le 26 janvier 2003. Des manifestations anti-françaises éclatent à Abidjan en février, et en quelques mois le gouvernement de "réconciliation nationale" se délite, quitté par le PDCI de Konan Bédié, puis par les rebelles de Guillaume Soro, tandis que manifestations et affrontements secouent la capitale.

Dans la limite de ce qu'il est permis à chef d'État néo-colonial, Gbagbo fait de la résistance, contre ce qu'il estime (à juste titre) être une amputation de sa victoire électorale, acquise après 20 ans d'opposition, de séjours dans les prisons d'Houphouët etc.
La France cherche à internationaliser l'affaire, l'ONU et la CEDEAO (Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest) sont chargés du dossier mais les négociations à Accra (Ghana) traînent en longueur.

Fin 2004 la tension remonte et le gouvernement Gbagbo lance une offensive "finale" contre la rébellion... et les forces françaises (force Licorne).
Le bombardement le 6 novembre, par la (petite) aviation ivoirienne du QG français à Bouaké (zone tampon entre les rebelles et la zone gouvernementale), avec 9 militaires tués, est le plus gros revers subi par l'armée impérialiste depuis l'attentat du Drakkar à Beyrouth (en 1983, 58 morts) et avant l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan en 2008.

Bien sûr, la riposte va être sévère : le jour même, l'aviation française réduit à néant l'aviation ivoirienne. Des affrontements opposent, à l'aéroport d'Abidjan, les troupes françaises et les soldats ivoiriens.
Surtout, une foule de nationalistes, emmenés par les Jeunes Patriotes partisans de Gbagbo, assaillent le "Bima", le Qg de l'infanterie de marine à Abidjan, ainsi que l'hôtel Ivoire où sont stationnées des troupes françaises arrivées d'urgence du centre du pays. L'armée française riposte à tirs tendus : on relève 67 morts et plus de 2000 blessés.

Les intérêts français (l'économie ivoirienne est littéralement tenue par des entrepreneurs expatriés français, ainsi que des Libanais et des Marocains) sont également pris d'assaut, des centaines de Français se réfugient sur les toits des immeubles et sont évacués par les hélicoptères de la force Licorne.
Les jours suivants, ce sont 8000 "expat's" qui quittent définitivement la Côte d'Ivoire. Les mesures prises pour les rapatriés d'Algérie, en 1962, sont remises en vigueur.

Pour autant, le France ne peut pas se débarrasser militairement de Gbagbo, comme elle l'a fait de Bokassa (opération Barracuda en 1979). Il a trop de soutien populaire et international, à commencer par les États-Unis. Non seulement les "patriotes" ivoiriens, mais les peuples et même (à mot couvert) certains États du continent le voient comme un héros, qui a défié la puissance impérialiste française.

Elle ne peut pas non plus le laisser tomber, comme le tchadien Hissène Habré ou le centrafricain Patassé, se retirer en ouvrant la route de la capitale aux rebelles : la bataille d'Abidjan serait un terrible carnage, le "nouveau Rwanda" tant redouté. Et les médias mondiaux ont le regard braqué sur le petit pays.

Alors, elle va jouer le pourrissement. Le départ des entrepreneurs français et libanais a de graves conséquences économiques. Et à partir de 2005, s'amorce un rapprochement franco-américain, sur des dossiers comme l'Iran, le Soudan, derrière lesquels se profile un nouveau bloc Russie-Chine, une "nouvelle guerre froide".

L'Union Africaine entre en lice avec le président sud-africain Mbeki, véritable Monsieur Bons Offices de tous les conflits du continent depuis 1999. Gbagbo autorise la modification constitutionnelle sur l'ivoirité (il faut désormais être ivoirien de père OU de mère et plus des deux).

En 2005 un mouvement nationaliste surgit dans l'Ouest du pays, attaquant les Forces Nouvelles rebelles et promettant "un Dien Bien Phu aux français". La France envoie des renforts et (bien sûr) le Dien Bien Phu promis fait long feu.
C'est dans ce contexte qu'a lieu l'affaire Mahé. Cet ivoirien, soi-disant "coupeur de route" (bandit de grand chemin) a été exécuté par les militaires français. En réalité, il aurait été éliminé en raison de son engagement nationaliste et contre la rébellion. Dans un souci d'apaisement, des militaires français dont un général seront inculpés pour homicide volontaire.

Les pourparlers reprennent en 2006, et aboutissent en mars 2007 aux accords de Ouagadougou, les émissaires ivoiriens ayant refusé les "représentants de la France" (comme si Compaoré n'en était pas un !).
Le chef rebelle Guillaume Soro est nommé à la tête d'un gouvernement "de transition", en attendant des élections (qui doivent toujours se tenir).
La force Licorne se retire progressivement.

La "fronde" de Gbagbo et des "Patriotes" a vite rencontré ses inévitables limites. L'exode des expatriés français a mis l'économie à genoux et l'a forcé à négocier, faute d'avoir un semblant d'embryon de projet révolutionnaire, national-démocratique, appuyé sur les masses.

Cet accord s'inscrit dans une politique globale, franco-américaine, de règlement des conflits africains dans lesquels les deux puissances impérialistes sont impliquées depuis le début des années 90.
Fin 2008, après le baroud d'honneur de Laurent Nkunda en République Démocratique du Congo (arrêté en janvier 2009), un accord congolais-rwandais (la France et les USA en arrière plan) met fin à 12 ans de guerre dans la région des Grands Lacs (5 millions de morts).

Telle est, selon nous, l'analyse correcte de la situation concrète, dans ces 4 ans et demi de conflit qui ont ravagé l'ancien "modèle de stabilité" de l'Afrique de l'Ouest.

D'analyse communiste "de l'intérieur", nous n'avons trouvé que celle du PCR de Côte d'Ivoire. Bien que n'étant pas nous même en Côte d'Ivoire, elle nous semble erronée.

Le problème n'est pas que les attaques se concentrent contre le FPI "social-chauvin" de Gbagbo et les "patriotes" xénophobes, pour lesquels nous n'avons évidemment aucune sympathie et que nous ne soutenons pas.
Il est évident que, basés pour l'essentiel autour d'Abidjan, les communistes ivoiriens ont été victimes principalement des exactions "patriotes", puisque les rebelles ne contrôlaient pas cette région.

Le problème vient de leur analyse de la situation, produit de leur idéologie. Le PCRCI est marxiste-léniniste "pro-albanais" : les ML qui ont rejeté les théories de Mao.

Pour eux, tous les pays du monde sont capitalistes et la contradiction principale y est, au fond, entre les masses et la bourgeoisie. Une phrase est révélatrice : "De ce fait, le pouvoir FPI, social chauvin ne lutte pas en réalité contre l'impérialisme. Il tente, grâce à cette mobilisation des masses, d'obtenir un soutien français plus ferme dans son combat contre les autres fractions bourgeoises" ... ce qui est tout simplement ahurissant ! Comme si un chef d'Etat africain pouvait "faire pression", pour obtenir "plus de soutien", sur une puissance mondiale impérialiste en bombardant ses positions !!!!

La question principale serait l'affrontement de "factions bourgeoises", dans lequel l'impérialisme n'aurait qu'une "influence", ne serait qu'une "tierce partie"...

Au contraire, ce que nous enseigne Mao Zedong c'est que les pays des Trois Continents, d'Afrique par exemple, sont semi-coloniaux (et semi-féodaux). Les "indépendances" sont factices, les gouvernements sont des hommes de paille, des sous-préfets des Empires néo-coloniaux ! Il n'y aucune différence entre la Nouvelle-Calédonie (juridiquement française) et la Côte d'Ivoire (juridiquement indépendante).

Les "factions bourgeoise" n'ont aucune autonomie vis à vis des impérialismes, bien loin de faire "pression" sur ceux-ci.
Et les "rébellions", sauf à assumer un programme révolutionnaire national-démocratique (il n'y en a pas à notre connaissance en Afrique), ne sont que les agents d'un impérialisme contre un autre ! Car aujourd'hui, les puissances mondiales, nucléaires, ne s'affrontent plus directement : les pays semi-coloniaux sont leurs nouveaux champs de bataille, les nouvelles tranchées de la guerre impérialiste.

En l'occurence, Gbagbo, privé de ses "amis" (marionettistes) socialistes à Paris, a "tourné casaque" et pris bouche avec les Américains. La rébellion n'était que la force mercenaire de la France pour reconquérir sa néo-colonie !
Gbagbo = USA (+ peut-être Chine), Forces Nouvelles = France. Ni plus ni moins.

De la même façon, les "pro-albanais" ont (moins que les anars ou les trotskystes mais quand même) un problème avec la question de la libération nationale. Ils ont un problème avec la contradiction principale et la contradiction secondaire. Pour eux l'aspect capitaliste des néo-colonies est l'aspect principal, toujours, et ne s'affrontent que des factions bourgeoises. L'impérialisme est au fond toujours secondaire.

Voilà pourquoi l'homologue au Burkina du PCRCI a eu beaucoup de mal à soutenir le "processus" sankariste. Ils ont du mal à comprendre qu'à un moment donné une contradiction peut passer au second plan.

En l'occurence, Gbagbo est clairement un ennemi du peuple, personne ne peut croire une seconde à sa "social-démocratie" africaine. Il s'agit tout simplement d'une modernisation de l'Etat instrument de l'impérialisme, au "mieux" en changeant d'impérialisme. Ses soutiens "patriotes" qui rejettent un quart de la population comme "étrangère", ne portent clairement aucune perspective révolutionnaire.

Mais à un moment donné, la contradiction avec ces bourgeois-là, et leurs soutiens US, peut passer au second plan : quand l'impérialisme français, qui écrase l'Afrique de l'Ouest depuis plus de 100 ans, soutient manifestement une "rébellion" meurtrière au service de ses intérêts, qu'il attaque les forces armées ivoiriennes, se comporte en force d'occupation et massacre le peuple !

Le PCRCI finit par le dire, mais c'est laborieux ! En tout cas, pour nous communistes français, la défaite de notre impérialisme dans son "pré carré" est bien sûr la priorité. Mais il va de soi que sitôt cet objectif atteint, la contradiction avec les agents de l'impérialisme adverse redevient principale...

Quelle perspectives pour les masses exploitées d'Afrique ? Nous connaissons la faiblesse des forces révolutionnaires de ce continent. Mais il n'y en a qu'une seule : la guerre du peuple, la guerre révolutionnaire sur un programme anti-impérialiste et démocratique !


Vidéo : les massacres de l'armée française devant l'hôtel Ivoire :



Images ici : attention certaines sont insoutenables !!!


Edité par T 34 - 04 Dec 2009 à 22:32
http://www.forum-unite-communiste.org/uploads/3/fuc_faceboock1.pdf
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Dec 2009 à 20:58
Les révélations qui fâchent Bolloré
Benoît Collombat   
En avril 2009, Thomas Deltombe dénonçait déjà, dans le Monde Diplomatique (1) la mainmise du groupe industriel familial sur l’économie camerounaise et ses conséquences sur la population locale.

Mardi 16 décembre, deux journalistes de France Inter, poursuivis en diffamation par Vincent Bolloré, ont comparu devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffusé un reportage : "Cameroun, l'empire noir de Vincent Bolloré", le 29 mars 2009. Suite du procès les 10 et 11 mars.
Benoît Collombat avait interviewé de nombreux témoins qui dénoncent les pratiques de Bolloré au Cameroun.
 
Mais le milliardaire ne s'arrête pas là pour lutter contre les journalistes qui s'approchent trop près de ces terres. La photographe Isabelle Alexandra Ricq est elle aussi accusée de diffamation aux côtés de Rebecca Manzoni, pour les propos tenus dans l'émission Eclectik du 12 septembre sur France Inter. L'émission traitait du mode de gestion de la Socapalm, propriété Bolloré ; des Pygmées coincés par les plantations, contraints à manger les rats des champs ; et pour avoir dit que leurs ouvriers se surnommaient eux-mêmes les "esclaves de la Socapalm".
 
Ici, vous retrouverez une partie des témoignages recueillis par Benoît Collombat diffusés dans l’émission. 
 
En 1999 lorsque Bolloré obtient l’exploitation pour trente ans des chemins de fer camerounais, 603 employés auraient normalement dû être indemnisés, une ardoise de 40 millions d’Euros, estime alors un cabinet d’études. Un dossier que suit de très près Hilaire Kamga, le président de l’association Nouveaux droits de l’homme au Cameroun, également porte parole d’un regroupement de 167 organisations camerounaises qui prônent l’alternance par les urnes. Non seulement, affirme Hilaire Kamga, cet argent n’aurait jamais été réglé par Bolloré, mais en plus, l’Etat camerounais  aurait versé 115 millions d’Euros au groupe Bolloré. 

Hilaire Kamga
 : C’est le peuple camerounais qui paie le prix malheureusement. C’est comme ça que nous avons pu payer, financer le voyage de Monsieur Sarkozy qui lui a été offert le lendemain de son élection. Monsieur Sarkozy a dit que ça n’avait rien coûté aux Français mais ça a coûté aux Camerounais parce que c’est nous qui avons financé. Il y a 26 milliards d’ardoise (40 millions d’Euros) qui sont restés ici au Cameroun et qui ne sont pas payés. Dans le cahier des charges […] le groupe Bolloré n’a rien fait du tout par rapport à ses engagements. C’est-à-dire qu’il n’y a pas un seul mètre de rail qui a été construit, il n’y a pas un seul wagon. Ne serait-ce que la maintenance, pas faite à 30%. Il y a rien du tout, il n’a rien fait du tout  en ce qui concerne le secteur transport de passagers.


Il n’y a pas eu d’investissement des infrastructures ?


Hilaire Kamga 
: Il n’y en a pas eu du tout puisque Monsieur Bolloré pend le chemin de fer, pas pour transporter les Camerounais ou les passagers,  mais il veut transporter tous les éléments dérivés du pipeline. 
Ce qui l’intéresse, c’est la logistique, ce n’est pas autre chose. Il s’en fiche totalement des investissements qui sont de nature à pouvoir améliorer la qualité de transport des passagers.

Quand vous étiez responsable du Port autonome de Douala, M. Emmanuel Etoundi Oyono, vous aviez notamment dénoncé certains contrats importants passés avec Bolloré ?

Emmanuel Etoundi Oyono :
Tout à fait. J’ai dénoncé les contrats passés avec le port en ce qui concerne la société de dragage de la côte Afrique. Il s’agit d’un contrat de la Sdca qui drague elle, n’est-ce pas, les pieds de quai. Donc, je me suis retrouvé avec un type de contrat très particulier, où le port a donné sa drague à la Sdca, son port a donné son personnel, a affecté son personnel à la Sdca et le port se retrouvait facturé des prestations de dragage.



Des montants très importants ?


Emmanuel Etoundi Oyono : 
Extrêmement importants. Donc, je me suis interposé pour dire pas question. La drague est à louer. Si Bolloré veut draguer, si Bolloré n’a pas les équipements, il doit louer la drague. Si Bolloré n’a pas de personnel et qu’il veut le personnel du port, il doit me reverser les salaires au titre des prestations que lui fournissent les personnels. Et ce n’est pas le cas. Là, ce sont des choses inadmissibles.




Mais finalement, vous avez dû quitter la direction du port ?


Emmanuel Etoundi Oyono : Je ne sais pas si c’est à cause de ça que je suis parti du port. Mais de toutes façons, je n’ai pas de conflit avec ma confiance parce que je n’ai agi que dans l’intérêt supérieur de l’Etat en ce qui concerne ces problèmes de dragage.




Vous pensez que le fait d’avoir dénoncé ça a pu gêner les intérêts de Bolloré ?


Emmanuel Etoundi Oyono : Ils étaient tous furieux parce que je venais de dénoncer une mauvaise situation qui a perduré et dont je ne pouvais pas m’accommoder. Vous savez, l’article 4 du décret qui organise l’activité portuaire et qui crée même le Port autonome de Douala a dénoncé, n’est-ce pas, les activités éligibles à la privatisation, au rang desquelles ne figure pas le dragage. Donc en principe, le dragage ne devrait pas être donné au privé.




Alors, pourquoi est-ce qu’on a accordé à Bolloré ce dragage ?
Emmanuel Etoundi Oyono : 
Curieusement, on a dû donc par je ne sais quel artifice, privatiser ce pan d’activité qui enlève au port toute sa substance parce que vous savez, le port a donc été dépossédé de toutes ses activités premières pour ne rester qu’une plateforme qui perçoit une taxe sur le navire. A partir du moment où quelqu’un qui a des navires doit payer cette taxe d’accostage au port et qui le drague en même temps pour facturer au port, le jeu est subtil. Ca veut dire tout simplement que tout ce qu’on lui facture au titre du navire, lui il nous le facture au titre de la prestation de dragage. Et comme ça, il annule le paiement de la taxe sur le navire pour que le port fonctionne. Je crois que le groupe Bolloré est extrêmement important.




Parce qu’il apparaît rarement en son nom propre, c’est par le biais de filiales, de groupes, de sous groupes ?


Emmanuel Etoundi Oyono : Je ne vous le fais pas dire. C’est comme ça. C’est une seule tête, mais avec beaucoup de membres et chaque membre que vous voulez toucher se retrouve avec tout un corps qui est le même. Il est d’une importance qui peut m’inquiéter moi. Economiquement, il peut paralyser le pays le moment venu. C’est ça le risque.


Edouard Tankwe : Donc ça veut dire que s’il y a du travail, vous avez 500 Fcfa (0,75 Euros) plus 2 750 Fcfa (4,2 Euros) Ça fait 3 250 Fcfa. C’est l’équivalent de 5 euros. 5 euros pour 400 tonnes dans la journée. Vous voyez ça. Et si je vous dis que si vous examinez 80% de dockers, la majorité ont des hernies parce que pas de visites médicales, pas de soins de santé. 
Ils ont des hernies, des problèmes de dos. C’est à leurs risques et périls. Il n’y a pas de couverture sociale.


Mais alors, qu’est-ce qui se passe quand vous saisissez l’autorité, les responsables de Bolloré ?

 

Edouard Tankwe : Quand on saisit les responsables de la société Bolloré, la tentative, c’est de vous intimider.

Par exemple, on vous convoque à la police, même si on ne le fait pas par écrit, on vous le fait très poliment parce qu’on est des gentlemen, et n’oubliez pas qu’au Cameroun, il y a différentes sortes de police. La police des renseignements généraux comme partout ailleurs, elle n’a pas besoin de forces coercitives. Quand vous y allez et que vous découvrez que c’était une tentative d’intimidation, si vous n’êtes pas capable de vous défendre, la prochaine chose que vous faites c’est de vous taire. Il n’y a pas de dialogue possible. Ici au Cameroun, le droit du travail n’est pas respecté chez Bolloré. Pour la plupart des entreprises étrangères installées au Cameroun, c’est presque un sport national. 


Bébé : Prenons les gens qui coupent, ces gens-là ne sont pas protégés : pas de casques, parce qu’on a déjà eu peut-être deux victimes comme ça, un type qui avait l’œil avec le flux qui est sorti et qui a frappé sur son œil. Il a perdu l’œil.
 Pas de protections.
Chez les porteurs, un régime qui pèse peut-être 30 à 25 kilos, ils poussent ça dans la brouette, dans les marécages, il y a les souches et tout ça pèse. Et sur ce régime, on lui paie 17 Fcfa (0,03 Euros)
Voilà, c’est rien, c’est rien. Bon, tu voies comme les gens-là sortent du travail, on part peut-être à 5h00 du matin et on rentre vers les 14h00. Quelqu’un a poussé peut-être 200 régimes. Il a déjà fini. 200 régimes, ça lui fait combien d’argent ? Peut être une somme de 2 200 Fcfa. Il va manger quoi ? Il va payer le loyer avec quoi ? Il va nourrir sa famille avec quoi ? La santé même, la santé, il n’y a pas de couverture sociale.


Comment sont les conditions de logement ?



Bébé : J’ai d’abord quatre enfants avec une femme, une chambre, une chambre voilà. Pas de latrines. Tout est bouché. Pour se laver, on se débrouille à aller chercher là où l’eau coule. Sur la petite rivière là. Pour se laver, mais bon, ma femme, on attend la nuit et si elle veut se laver, elle attend là où c’est un peu l’obscurité, elle se lave.



Et la Socapalm n’a pas envisagé de mettre des installations, des sanitaires, des douches ?
 
Bébé : Je crois qu’ils ne pensent pas, ils ne pensent pas, vu que j’avais déjà écrit. Ca fait déjà un an. J’ai demandé et pas de suite. La société prend le palmier plus important que l’homme qui travaille pour le palmier. On doit faire comment ? On doit supporter. Nous subissons un esclavage modernisé ici à la Socapalm.


  (© crédit photo: Isabelle Alexandra Ricq (2))


Un deuxième employé de la Socapalm confirme à notre micro ces conditions de travail. Lui aussi vit sur la plantation avec sa femme et ses trois enfants. L’homme travaille depuis onze ans pour la Socapalm qu’il compare à une prison. « Si on a privatisé la Socapalm, dit-il avec colère, on n’a pas privatisé les Camerounais ». Des témoignages similaires figurent également dans un mémoire très documenté, publié en 2008 par l’Université de Barcelone.



Alors Pius Njawé, quels sont les liens entre Vincent Bolloré et le pouvoir camerounais ?


Pius Njawé : Je dirais que c’est des liens suffisamment poussés. Avec le voyage de Monsieur Biya en France, en octobre 2007, on a vu le rôle que Bolloré a joué tout au long de ce voyage. Il lui a ouvert un certain nombre de portes, grande interview à France 24, interview de Biya à la Une de son journal gratuit distribué en France. Je pense que cela a un prix qu’il faut payer et traduit l’implantation de Vincent Bolloré au Cameroun.




Qu’est-ce que vous diriez sur l’implantation de Vincent Bolloré au Cameroun aujourd’hui ?


Pius Njawé :
 Je dirais tout simplement que c’est une sorte d’Etat dans l’Etat. Mais vous savez comment ça fonctionne, Bolloré prend à droite, redonne un peu à gauche, à travers la Fondation Chantal Biya, la  Fondation de l’épouse du Président camerounais Paul Biya.

Cette Fondation a bénéficié de gros soutiens de Bolloré. Bolloré a bien compris qu’en tenant la femme du Président, on tient le Président et donc on tient le Cameroun. Il en use et abuse à sa guise. Bolloré, c’est une illustration parfaite de la Françafrique, c’est-à-dire cette manière pour les dirigeants français de passer par des réseaux et des personnages des fois assez bizarres pour faire main basse sur des secteurs importants de l’économie africaine.




S’appuyant sur des anciens des services secrets par exemple.
 

 
Pius Njawé : Absolument. Bien sûr, on a le cas de Roussin, Michel Roussin qui est vice président du groupe Bolloré qui est président du Medef international, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, ancien ministre de la Coopération.
Donc, vous avez des personnages comme ça qui jouent des rôles troubles. Donc, je pense qu’il est tout puissant Bolloré et je pense que cela ne peut être possible que dans des Républiques bananières comme les nôtres où on permet à chacun de venir faire ce qu’il veut parce qu’il a une couverture en haut lieu.



Une influence de Bolloré sur la société et la vie camerounaise, confirmée par l’Evêque catholique traditionaliste, Monseigneur Justin Mbetebe


Justin Mbetebe : Même au sein de l’église, nous avons un prêtre qui a sa radio, qui a été financé par Bolloré et que cette personne est proche des instances, des hautes instances républicaines de la hiérarchie. Donc, on comprend un réseau complexe par rapport à Bolloré.

Est-ce que la main mise d’un groupe comme Bolloré pour vous d’une certaine façon, c’est le prolongement du colonialisme, mais sous d’autres formes ?



Jean Marc Bikoko : C’est absolument le prolongement du colonialisme parce qu’il assure les gouvernants en place. A partir du moment où on leur a donné des intérêts précis pour les préserver, il faut maintenir celui qui leur a permis d’accéder à ces intérêts. Donc, aussi longtemps que nous serons les secteurs de l’économie camerounaise dans les grands groupes comme Bolloré, ça sera le statu quo politique et tout ce qu’on dira, élections et autres ne servira à rien. Et là, notre pays, depuis plus de 15 ans, 20 ans, est un volcan endormi. La population est totalement en déphasage avec les gouvernants. C’est-à-dire que les Camerounais ne se reconnaissent pas dans leurs dirigeants et dans leurs actions aujourd’hui et nous pensons que si demain, vous les journalistes, vous apprenez qu’il y a explosion sociale au Cameroun, ça ne sera pas parce qu’on n’aura rien fait. On l’aura vu avant, mais comme on n’a pas le rapport de force nécessaire pour inverser la tendance, comme on n’a pas un pouvoir au service de la population, on attend simplement l’hécatombe.

Nous, on se bat comme on peut. Mais, nous sentons bien que notre capacité à nous seuls à inverser la situation même au niveau de la fonction publique, on se bat près de 20 ans, pour qu’on augmente les salaires. On a fait des manifestations devant l’Assemblée nationale, il y a quelques années. Le Président n’a pas réagi. Mais il a fallu quelques émeutes de la faim en février pour qu’il vienne augmenter 15%, après 15 ans de 70% de baisse. Alors 15%, comprenez que ce n’est rien, alors que les études que nous avons faites ont montré qu’il fallait augmenter les salaires de plus de 100%.




Donc vous parlez du Cameroun comme d’un volcan endormi et donc pour vous qui peut se réveiller à tout moment ?


Jean Marc Bikoko : A tout moment et on a vu la preuve en février 2008, les émeutes de la faim. Or, personne ne pouvait s’attendre à ce que notre Président a dit, tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit. Et ce jour là, Yaoundé, la respiration a été coupée, en une journée, le 27 février 2008, tout s’est arrêté et ce qui s’est produit là, comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, et les mêmes causes pour nous, on s’attend à ce qu’un jour, le volcan Cameroun rentre en explosion, en éruption.
 
 
Introduction: Cédric Rutter pour Investig'Action

 
(2) Voir aussi le reportage photo d'Isabelle Alexandra Ricq Les ravages de la palme


Edité par T 34 - 16 Dec 2009 à 21:00
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Dec 2009 à 15:39
Entretien avec Delphine Abadie, co-auteure du livre "Noir Canada : Pillage, corruption et criminalité en Afrique"
 

Delphine Abadie : « Au Canada, la démocratie est en danger ! »

 

Delphine ABADIE
 
Alain Deneault (animateur), Delphine Abadie et William Sacher sont membres du collectif québécois « Ressources d’Afrique » et co-auteurs de « Noir Canada : Pillage, corruption et criminalité en Afrique », un essai polémique dénonçant la responsabilité de l’Etat canadien dans le pillage des ressources naturelles en Afrique et certains crimes attribués à plusieurs transnationales enregistrées au Canada. « Polémique » car ces trois chercheurs universitaires ainsi que leur maison d’édition Ecosociété |1| sont actuellement poursuivis devant la justice canadienne par Barrick Gold et Banro, deux des nombreuses transnationales citées dans le livre, cotées à la Bourse de Toronto, qui les accusent de diffamation. Encore faudrait-il qu’elles aient lu cet ouvrage très documenté… Delphine Abadie rédige actuellement sa thèse en philosophie politique à Bruxelles, où nous l’avons rencontrée.

Renaud Vivien (RV) : Votre livre souligne le laxisme, voire la complicité du gouvernement canadien avec des transnationales canadiennes suspectées d’avoir commis des crimes en Afrique. D’où tirez-vous toutes ces informations ?

Delphine Abadie (DA) : Il faut tout d’abord rappeler qu’Alain Deneault, qui est à l’origine de l’écriture de Noir Canada, a collaboré pendant plusieurs années avec François-Xavier Verschave, ancien président de Survie |2| et auteur de nombreux ouvrages sur la Françafrique dont Noir Silence. Cette collaboration l’a naturellement conduit à se pencher sur la politique du Canada en Afrique. C’est ce qui a ensuite donné naissance au collectif « Ressources d’Afrique » dont la tâche principale a consisté à collecter et analyser une pléthore d’informations sur les liens qu’entretient le Canada (politiques, diplomatiques et financiers) avec le continent africain. A notre grande surprise, nous nous sommes retrouvés rapidement avec une manne importante d’informations à analyser, toutes déjà accessibles au public (dépêches des grands organes de presse, articles de journaux, divers rapports de l’ONU, d’ONG renommées ou encore des rapports parlementaires comme le rapport congolais Lutundula, des dépositions faites devant le congrès américain ou encore des recherches universitaires, etc). Depuis 2006, l’écriture de Noir Canada a été entamé en synthétisant toutes ces informations, que nous avons recoupées entre elles de manière interdisciplinaire pour finalement questionner la responsabilité du Canada dans le pillage et d’autres exactions commises par certains entreprises en Afrique et le soutien qu’elles reçoivent du gouvernement.

RV : En effet, vos déductions concernent des faits très graves puisque vous parlez non seulement de pillage mais aussi d’empoisonnement massif au Mali, de mineurs enterrés vifs en Tanzanie, de la transformation d’Ivoiriens en « cobayes pharmaceutiques », etc. En quoi le Canada est-il complice de ces crimes commis par les transnationales épinglées dans votre livre ?

DA : Avant de répondre sur le lien entre le Canada et toutes ces entreprises qui constitue le fil conducteur du livre, j’aimerais rappeler que nous ne prétendons pas détenir la « vérité ». Nous insistons d’ailleurs là-dessus dès l’introduction de Noir Canada. Nos déductions tirées de l’analyse de nombreuses informations publiques et crédibles ne sont que des « allégations ». C’est pourquoi nous réclamons l’instauration d’une Commission d’enquête à l’image de la Commission parlementaire Lutundula en RDC pour faire la lumière sur les investissements industriels, politiques et financiers du Canada en Afrique. Les conclusions de cette Commission pourraient ensuite servir de base à des actions judiciaires contre tous les acteurs impliqués dans les violations de droits humains. En effet, aujourd’hui, tous ces acteurs présents en Afrique dont les transnationales ne sont absolument pas inquiétés par la justice au Canada, qui se contente de prôner les codes de bonne conduite. Pis, l’État canadien leur offre une protection sur mesure à tel point qu’on peut qualifier le Canada, pour maintes raisons que l’on pourrait détailler longuement, de véritable « paradis judiciaire » pour le secteur extractif. Tout ceci est parfaitement détaillé dans notre livre et doit être connu du grand public. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard de s’apercevoir que 75% des entreprises d’industrie extractive au niveau mondial sont sises au Canada, en s’enregistrant, notamment, à la Bourse de Toronto !

RV : Le débat public sur l’action du Canada en Afrique que vous réclamez aujourd’hui est malheureusement entravé par les deux procès dont vous faites l’objet avec votre maison d’édition. Sur quel fondement Banro et Barrick Gold |3| vous attaquent-elles en justice ?

DA : Barrick Gold a été la première à nous adresser une lettre de mise en demeure nous enjoignant de ne pas lancer le livre, alors que Noir Canada était déjà entre les mains des journalistes et dans les cartons des libraires. Les avocats de Barrick Gold, qui n’avaient donc pas pu prendre connaissance de l’ouvrage de 350 pages, affirmaient pourtant que toutes les allégations au sujet des activités de la société en Afrique sont « fausses et grandement diffamatoires » ! Au moment de cette tentative d’intimidation, seul un communiqué de presse annonçant la sortie du livre circulait sur internet. Nous avons refusé de céder au chantage et Barrick Gold a mis ses menaces à exécution en déposant plainte pour diffamation devant la justice québécoise. Quelques semaines plus tard, Banro faisait de même, mais en nous attaquant cette fois devant les tribunaux de l’Ontario…ce qui signifie pour nous un doublement d’énergie, des frais et des équipes d’avocats ! En réalité, cette stratégie que nous vivons comme un S.L.A.P.P (Strategic Lawsuit against Public Participation) ou « poursuites-baillons » est bien connue dans le système judiciaire anglo-saxon. Elle vise à protéger les intérêts du plaignant en étouffant, d’une part, tout débat public sur ses agissements et d’autre part, le défendeur par les moyens financiers et procéduriers disproportionnés qu’il est obligé de mettre en œuvre pour se défendre. Ainsi, Barrick Gold et Banro nous réclament la somme totale de 11 millions de dollars à titre de dommage-intérêts ! A noter que nous faisons, en plus, l’objet d’une mise en demeure nous enjoignant de ne plus utiliser le terme de « poursuite-baillon » pour qualifier cette procédure, sous peine de devoir payer des dommages-intérêts supplémentaires : autrement dit, un SLAPP au carré ! Nous avons demandé à la Cour d’Ontario de se dessaisir de la plainte de Banro afin que la justice du Québec soit la seule compétente pour les deux affaires vu qu’elles portent sur des allégations du même ordre, que Noir Canada ne circule qu’en 83 exemplaires en Ontario et que nous sommes tous domiciliés au Québec. Malheureusement pour nous, la Cour a rejeté notre requête en première instance, ce qui nous oblige à redoubler d’énergie sur le plan humain, juridique et financier. Nous avons donc fait appel de cette décision et attendons encore à ce jour d’être fixés. Quant au procès attendu au Québec, nous n’en connaissons pas encore la date d’ouverture.

RV : Comment se fait-il que la liberté d’expression soit à ce point piétinée au Canada qui se dit « démocratique » ?

DA : Plusieurs juristes canadiens pointent du doigt le fait que l’état actuel du droit canadien accorde une priorité outrancière à la réputation, laquelle prime la liberté d’expression. Il y a également le problème de l’accès à la justice pour les citoyens ordinaires, qui ne peuvent faire valoir leur droit à la liberté expression, tant la procédure judiciaire est longue et onéreuse. Il faut aussi souligner que nous ne sommes pas les seuls à être victimes de « poursuites-baillons » au Canada puisqu’il y a actuellement plusieurs cas en cours, lesquels concernent souvent de simples citoyens. Fort heureusement, l’opinion publique et la campagne de soutien à Écosociété a fait bouger le monde politique face à ce type d’harcèlement judiciaire puisque le 4 juin 2009, l’Assemblée nationale du Québec a adopté une loi pour prévenir l’utilisation abusive des tribunaux et favoriser la liberté d’expression et la participation des citoyens au débat public. Cette nouvelle législation pourrait être évoquée dans notre affaire, ce qui constituerait alors un test décisif quant à l’efficacité de celle-ci. Mais plus fondamentalement, il y a un vrai problème de démocratie. Nous ne pensions sincèrement pas que nous tomberions sous le coup d’une action en justice pour nos écrits qui relèvent d’enjeux publics et visent une pléthore d’acteurs et d’allégations et pas simplement deux entreprises en particulier. Comment se fait-il qu’on puisse évoquer nommément un président africain et pas une entreprise privée ?

RV : Vous parlez de citoyens « ordinaires » privés de leur liberté d’expression au Canada. Comment ont-ils accueilli votre livre au moment de sa sortie ?

DA : Notre livre a immédiatement été associé aux poursuites judiciaires intentées par Barrick Gold et Banro. Ces procès ont alors très vite fait parler de notre livre et pour la majorité des Canadiens, le contenu de Noir Canada fut un choc ! Le fait d’appeler un chat un chat en employant par exemple les mots de « criminalité » ou « pillage » ont parfois choqué une partie de l’opinion publique : ce qui est assez compréhensible vu que ces termes sont en parfait décalage avec le discours dominant. Le Canada jouit, en effet, d’une réputation angélique à l’échelle internationale pour plusieurs raisons. Tout d’abord, contrairement à la France ou à la Belgique, le Canada n’est pas une ancienne puissance coloniale. Ensuite, le gouvernement canadien met en place une campagne médiatique assez redoutable qui le fait passer pour l’ami de l’Afrique. Toutes ces techniques, comme l’usage excessif de la « bonne gouvernance » et autres concepts ampoulés, détaillées dans notre livre, relèvent d’un marketing diplomatique. Au final, la société canadienne est baignée dans ces concepts vides de sens qui font reculer son esprit critique et l’idée même de politique. Plusieurs ONG ont également intégré ces notions… Mais en règle générale, nous avons le sentiment que l’opinion publique nous soutient.

RV : Quels rapports entretenez vous avec les grands médias canadiens ? Avez vous été victimes de censure ?

DA : D’une certaine façon, oui : les télévisions et radios publiques comme Radio Canada, ont annulé une série d’interviews programmées avec Alain Deneault en même temps qu’on y célébrait la journée internationale de la liberté de presse. Une consigne juridique aurait circulé quant aux risques qu’ils encouraient en nous donnant la parole. Un autre exemple éloquent vient d’un journaliste du quotidien La Presse, qui a attaqué notre ouvrage dans un article en nous reprochant en quelque sorte notre travail d’analyse. Soulignons toutefois que cette critique a été émise dans ce journal, qui appartient à l’homme d’affaires canadien Paul Desmarais, lequel s’est déjà prononcé sur le contrôle qu’il réalise sur la ligne éditoriale et qui a, par ailleurs, siégé au conseil consultatif international de Barrick dans les années 1990…

RV : Oui d’ailleurs, une des grandes forces de Noir Canada est de mettre à nu les collusions entre les transnationales, les élites politiques et financières ainsi que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) en charge de l’aide publique au développement (APD), qui est composée de plusieurs financiers… Vous affirmez que les fonds publics servent le secteur privé ! Comment ?

DA : Les Canadiens financent sans le savoir ces méfaits de certaines entreprises, via les fonds publics, leur épargne privée ou leurs régimes de retraite appuyés sur les titres de ces entreprises, fleurons de l’industrie nationale... Quant à l’APD canadienne, elle profite indirectement au secteur privé puisqu’elle prépare le terrain aux transnationales, qui pourront racheter pour une bouchée de pain les secteurs stratégiques privatisés dans le Sud sur injonction du FMI et de la Banque mondiale tels que le secteur minier, le transport, l’eau, l’électricité, etc., et jouir d’un personnel formé « à la canadienne »… Entre autres exemples développés dans le livre, le réseau malien de chemins de fer Transrail a été privatisé grâce à l’appui du Canada, via son APD. Cette privatisation a, en outre, profité à l’entreprise canadienne Canac et sa gestion a eu des conséquences dramatiques pour les populations locales qui ne peuvent par exemple plus vendre leurs marchandises, en raison de la fermeture de la majorité des halte-passagers. L’ACDI finance également des « éléphants blancs » en Afrique comme les grands barrages, promus par les Institutions financières internationales (IFI) et profitant principalement au secteur privé. Ces méga-projets causent d’importants dommages sociaux et environnementaux et sont générateurs de dettes pour les populations. Un chapitre est d’ailleurs consacré à ces dettes odieuses, sur base notamment des analyses du CADTM. Enfin, l’APD canadienne a longtemps été bonne première dans la pratique de l’ « aide liée » qui créé d’importants débouchés pour les entreprise privées canadiennes. Tous ces exemples nous permettent d’affirmer que les besoins de développement des populations du Sud ne sont absolument pas la priorité du gouvernement canadien. Pour couronner le tout, le Canada et les paradis fiscaux entretiennent une relation privilégiée alors que la plupart des entreprises, notamment du secteur extractif, y hébergent une filiale : au sein des IFI, le Canada partage d’ailleurs son groupe avec sept paradis fiscaux notoires des Caraïbes, en plus de l’Irlande.

Entretien de Delphine Abadie par Renaud Vivien

notes articles :

|1| http://www.ecosociete.org

|2| http://survie.org/

|3| Barrick Gold est la plus grosse société d’extraction d’or du monde. Elle exploite actuellement 27 mines d’or, d’argent et de cuivre, sur les cinq continents.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Dec 2009 à 16:35

Procès en diffamation de Bolloré contre France Inter (Survie)

Publié le 17 décembre 2009

Dans un communiqué en date du 15 décembre intitulé « Procès en diffamation de Bolloré contre France Inter, ou comment intimider les médias qu’on ne peut pas contrôler ? », l’association Survie revient sur le procès intenté par Vincent Bolloré à deux journalistes de France Inter suite à une enquête de l’émission « Interception » sur les pratiques du groupe Bolloré au Cameroun. Nous le reproduisons ci-dessous.(Acrimed)

Devant les révélations qui se multiplient sur les pratiques du groupe Bolloré en Afrique, Vincent Bolloré contre-attaque par voie judiciaire. Une manière de prévenir tous ceux des journalistes et militants associatifs, français et camerounais, qui enquêtent sur ses activités africaines ?

Ce mardi 15 décembre, France Inter, Lionel Thompson (producteur) et Benoît Collombat (journaliste) sont cités à comparaître pour diffamation publique devant la 17ème Chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris.

La raison ? Le 29 mars 2009, France Inter diffusait dans le cadre de l’émission Interception, à de multiples reprises primée pour sa qualité, « Cameroun, l’empire noir de Vincent Bolloré ». Un reportage riche en témoignages sur les entreprises Bolloré au Cameroun : gestion du chemin de fer, dragage du port, gestion des plantations de palmiers... C’était un éclairage supplémentaire sur les pratiques du groupe Bolloré après les nombreuses accusations de violation des droits sociaux, déforestation ou pollution environnementale portées par Survie, des personnalités [1] et ONG françaises [2] et camerounaises.

Après avoir investi dans le contrôle direct de la presse écrite et audiovisuelle (Direct 8, Direct Soir…) ou indirect via ses annonceurs (par exemple Havas), le groupe Bolloré, soucieux de préserver l’image de ses juteuses activités africaines, opte aujourd’hui pour la stratégie d’intimidation à l’égard des médias et journalistes qui délivrent encore à son sujet une information fiable et indépendante.

Atteint dans « son honneur », Bolloré n’est pourtant plus si pressé d’en découdre. Alors que la défense fait appel à des employés du groupe Bolloré, syndicalistes, journalistes, organisations de défense des droits de l’Homme et même hauts cadres de l’administration camerounaise ayant traité avec le groupe Bolloré, celui-ci a demandé, sans succès, le report de l’audience, espérant visiblement limiter la présence de ces témoins camerounais [3]. Peur d’un grand déballage ? Curieux hasard : l’un des témoins s’est même vu refuser le visa d’entrée en France alors qu’il y voyage très régulièrement, et surtout, qu’il est cité à comparaître !

L’association Survie dénonce ce nouvel exemple d’instrumentalisation de la Justice pour étouffer l’information liée au pillage françafricain, à l’instar des procès subis par Survie, Denis Robert ou encore les auteurs et éditeurs de Noir Canada outre-Atlantique. Alors que le groupe Bolloré s’en prend au devoir d’informer des journalistes, il est important de rappeler que la liberté de la presse est un pilier non négociable de la démocratie, surtout lorsque sont mis en cause des pouvoirs économiques proches de l’exécutif.

Notes

[1] Eva Joly, Présidente de la Commission du Développement au Parlement Européen, l’a classé en bonne place parmi les pilleurs françafricains du continent.

[2] Le groupe Bolloré s’est notamment vu attribuer le mois dernier la première place du « Prix Pinocchio du développement durable », catégorie « Droits humains », décerné chaque année par les Amis de la Terre.

[3] Pius Njawé, directeur du journal Le Messager, Emmanuel Etoundi Oyono, actuel directeur de la Mission d’aménagement et d’équipements des terrains urbains et ruraux (Maetur), Hilaire Kamga, président de l’ONG Nouveaux droits de l’homme, Edouard Tankoué, secrétaire général du Syndicat national des inscrits maritimes et assimilés du Cameroun et Jean Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public.

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« La Françafrique, c’est comme un iceberg. Vous avez la face du dessus, la partie émergée de l’iceberg : la France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits de l’homme, etc. Et puis ensuite, vous avez 90% de la relation qui est immergée : l’ensemble des mécanismes de maintien de la domination française en Afrique avec des alliés africains…»
François-Xavier Verschave

Avertissement préalable : De la désinformation…

La politique africaine de la France relève du domaine réservé du chef de l’État. Elle échappe donc dans une très large mesure à tout contrôle démocratique, que celui-ci émane du parlement, de la presse, voire même de la Justice (voir argumentaire n°10). Le résultat, c’est que la réalité de la Françafrique, c’est à dire des liens politiques, économiques et militaires entre la France et ses anciennes colonies africaines (mais malheureusement pas seulement), paraît tout à fait incroyable tant elle est en décalage, et même en opposition totale, avec l’image que les médias donnent généralement de l’action généreuse de la France sur le continent africain.

Pourtant, les investigations aussi importantes que minutieuses menées durant plus de dix ans par François-Xavier Verschave, puis par ses continuateurs, ont permis de dresser un début de cartographie de cet univers occulte où se mêlent quête du pouvoir, prédation économique et trafics en tout genre, et leur corolaires que sont la violence et la misère qui frappent les populations africaines. Ces travaux, compilés en différents ouvrages cumulant plusieurs milliers de pages, ont subi par deux fois l’épreuve d’une justice française pourtant peu encline à faire la lumière sur ces affaires qui impliquent les plus hauts personnages des États (Français et Africains). Malgré tout, face au foisonnement de documents versés et au nombre de témoignages recueillis, la justice n’a pu que reconnaître, pour reprendre les termes du jugement, « l’importance des sujets évoqués, mais aussi le sérieux des investigations effectuées ». Celle-ci a donc admis que « malgré la vigueur des attaques, il n’apparaît pas que la démarche de François-Xavier Verschave soit critiquable. » Pourtant, en dépit de cette caution judiciaire, ces travaux sont restés très largement dans l’ombre, superbement ignorés par les médias, à quelques rares et marginales exceptions près…

Aux origines de la Françafrique : une décolonisation de façade

Pour comprendre le système de la Françafrique, il faut remonter à ses origines. A son retour au pouvoir en 1958, De Gaulle se voit contraint par le mouvement de l’histoire et les pressions internationales à accorder officiellement leur indépendance aux anciennes colonies subsahariennes de la France. Mais dans le même temps, il charge son fidèle homme de l’ombre Jacques Foccart de faire l’inverse, c’est-à-dire de maintenir la dépendance de fait. C’est le point de départ de la Françafrique : d’un coté une légalité internationale proclamée haut et fort, les indépendances, mais de l’autre la mise en place de mécanismes perpétuant la dépendance, et donc forcément illégaux puisqu’en contradiction avec l’indépendance reconnue en droit.

Ce choix s’explique essentiellement par quatre raisons :

• le maintien du « rang » international de la France avec un poids décisionnel important à l’ONU, ce qui ne peut être garanti que par des États clients, alliés indéfectibles de la France qui s’alignent automatiquement sur ses positions ;

• l’accès garanti aux matières premières stratégiques et/ou très rentables (pétrole, uranium, bois etc.) ;

• le financement occulte mais à grande échelle de la vie politique française (d’abord du parti gaulliste, puis de tous les grands partis français), à travers les détournements de l’aide et des rentes des matières premières ;

• le rôle de la France comme « sous-traitante » des États-Unis pour contenir l’expansion communiste sur le continent africain dans un contexte de guerre froide.

Les mécanismes systémiques de la domination néo-coloniale

Pour remplir ces différents objectifs, la domination néo-coloniale de la France s’appuie sur un véritable système intégré sur tous les plans : politique, militaire et policier, et bien sûr économique.

Soumission politique contre enrichissement personnel

Comment ce système occulte de domination s’est-il mis en place ? D’abord par l’installation quasi-systématique de chefs d’États « amis de la France », que l’on pourrait qualifier, pour reprendre les termes de François-Xavier Verschave, de « gouverneurs à la peau noire », ce qui permet de donner une illusion d’indépendance. L’exemple le plus flagrant est sans doute celui du gabonais Omar Bongo, pilier historique de la Françafrique, qui a reconnu être issu des services secrets français.

Différentes méthodes sont utilisées pour arriver à ces fins. D’abord, la violence extrême, comme ce fut le cas au Cameroun où le populaire mouvement indépendantiste de l’UPC, mené par Ruben Um Nyobé, a été littéralement écrasé dans un bain de sang par la France et ses alliés locaux, provoquant entre 1957 et 1970 entre cent et quatre cent mille morts, selon les estimations. Dans d’autres cas, quand la population était parvenue à se doter de leaders éclairés et élus, on a procédé par l’assassinat pur et simple des dirigeants. Ce fut notamment le cas au Togo où Sylvanus Olympio fut froidement assassiné par un quarteron d’officiers franco-togolais fraîchement débarqué des guerres coloniales indochinoises et algériennes, parmi lesquels se trouvait Etienne Eyadéma. Celui-ci prendra par la suite la tête du pays, instaurant une dictature militaire impitoyable durant près de quarante ans, avant d’être remplacé à sa mort par son fils Faure Gnassingbé. On peut également signaler la mort pour le moins suspecte du prometteur dirigeant Centrafricain Boganda et enfin, quelques années plus tard, le cas de Thomas Sankara, leader charismatique du Burkina-Faso qui fut renversé et assassiné par l’actuel chef d’État burkinabé Blaise Compaoré, avec le soutien de la France (et l’appui de l’indéfectible Félix Houphouët-Boigny).

Dernière méthode, la fraude électorale massive qui a permis d’écarter systématiquement tout candidat issu des aspirations des peuples concernés, pour installer des dirigeants dévoués à la cause française. A l’exception de la Guinée de Sékou Touré, coupable d’avoir osé dire « non » à De Gaulle en 1958, et épisodiquement, de quelques pays trop pauvres en ressources pour exciter les appétits français comme le Mali, ou le Niger (jusqu’à la découverte de l’ampleur de ses réserves d’uranium), aucune ancienne colonie africaine de la France n’a échappé à ces coups d’États électoraux soutenus, voire fomentés par la France.

Avant d’examiner les mécanismes de prédation économique qui justifient cette ingérence politique, une question s’impose : comment ces « gouverneurs noirs » ont-ils pu accepter un tel marché, hypothéquant pour des décennies le développement de leur pays et le bien-être de leurs populations ? La réponse est pourtant simple, c’est l’appât du gain. Les termes du marché implicite passé par la France avec ces potentats locaux consistait tout simplement à dire « laissez-nous décider de la conduite des affaires du pays, et en échange de votre silence et de votre soutien, servez-vous à volonté dans les caisses de l’État ». Et les intéressés (au premier rang desquels les Eyadéma, Mobutu, Moussa Traoré, etc.) ne se sont pas fait prier, constituant parfois des fortunes considérables égalant la dette extérieure de leurs pays ! On notera au passage que ce marché digne de Faust a eu des conséquence terribles sur l’ensemble des sociétés concernées, cette logique de corruption à outrance ayant nécessairement perfusé par capillarité descendante à tous les niveaux de l’administration, et de la sphère économique dans son ensemble…

La domination militaire et l’appui aux États policiers

Sur le plan militaire, la domination est également flagrante. Elle passe bien sûr par la présence de bases militaires sur le continent africain, aujourd’hui au nombre de trois (Sénégal, Gabon et Djibouti) depuis la fermeture de la base de Centrafrique, et la transformation de celle de Côte d’Ivoire en statut d’opération extérieure, auxquelles il faut ajouter la présence militaire au Tchad, sous statut d’opération extérieure provisoire depuis… 1986. Si le nombre de soldats français présents de manière permanente sur le sol africain a fortement diminué depuis les années 1960, il faut noter que cette réduction s’est accompagnée d’un accroissement constant des moyens de projection depuis la métropole, et qu’il reste tout de même à l’heure actuelle environ 6000 soldats français prépositionnés dans les bases permanentes auxquels il faut ajouter de 3000 à 5000 soldats présents dans le cadre d’opérations extérieures ainsi qu’une présence maritime permanente dans le Golfe de Guinée (affectée à la surveillance des champs pétrolifères).

Les accords de défense constituent l’autre instrument de la domination militaire. Ces accords de défense, garantissant le soutien français en cas de menace extérieure et intérieure, lient officiellement huit pays africains à la France, mais ils s’accompagnent de toute une série d’accords plus ou moins secrets d’assistance technique et de coopération militaire. Le corollaire de cette coopération est bien sûr la vente d’armes pour laquelle la France se classe encore au 3e ou au 4e rang mondial selon les années.

A tout cela s’ajoute la domination militaro-policière qui s’exerce à travers toute une série d’officines publiques et privées, l’envoi de mercenaires parfois mandatés et équipés par la France, et la fourniture d’agents et de matériel de sécurité visant à former et à équiper des polices politiques comptant parmi les plus violentes du monde et qui s’illustrent régulièrement dans la répression sanglante de toute velléité d’opposition. Ces pratiques remontent aux origines de la Françafrique, avec par exemple le recyclage des anciens de l’OAS au service de ces polices politiques africaines, qui sont à leur tour passées maître dans l’usage de la torture. Dernier exemple en date, la fourniture par un groupe français de 500 000 euros d’équipement pour les forces de sécurité togolaise à l’approche des présidentielles de 2010 dans le cadre d’un « projet d’appui à la sécurisation des élections ». Les manifestants qui ne manqueront pas de descendre dans la rue pour protester contre la nouvelle mascarade qui s’annonce apprécieront !

La prédation économique et le pillage des ressources

L’exploitation des richesse du continent africain était dès l’origine au cœur du projet colonial. Lorsque celui-ci prend fin, l’accès à certaines ressources stratégiques reste une préoccupation majeure pour le général De Gaulle qui affirme dès 1961 : « Notre ligne de conduite, c’est celle qui sauvegarde nos intérêts et qui tient compte des réalités. Quels sont nos intérêts ? Nos intérêts, c’est la libre exploitation du pétrole et du gaz que nous avons découvert ou que nous découvririons. » Pour remplir cet objectif, le général crée Elf Aquitaine, avec à sa tête un de ses proche issu des services secrets : Pierre Guillaumat. C’est le début de la mise en place du système Elf, qui vise à assurer la mainmise française sur le pétrole et le gaz africain. Cette entreprise ne sera jamais une simple compagnie pétrolière, comme le montre notamment le nombre d’agents secrets qu’elle emploie (jusqu’à 400 !), et comme le démontrera partiellement l’affaire Elf, lorsque celle-ci éclate à la fin des années 90, éclaboussant au passage les plus hauts personnages de la République dont l’ancien ministre et président du Conseil Constitutionnel Roland Dumas, et même le Président de l’époque, François Mitterrand. Pour prendre la mesure de l’ampleur du système Elf, le mieux est encore de citer son ancien dirigeant Loïk Le Floch-Prigent : « il ne se passe rien dans les pays pétroliers, en particulier en Afrique, dont l’origine ne soit pas Elf » [1]. Le groupe était en effet au cœur d’un système de corruption à grande échelle, mêlant entre autres ventes d’armes et financement des partis politiques français, tout cela grâce aux immenses rentes pétrolières détournées des pays producteurs avec la complicité grassement rémunérée de leurs dirigeants.

Mais si l’action d’Elf est unique par son ampleur, et sa proximité avec les cercles du pouvoir politique et économique en France et en Afrique, ce groupe n’a pas été le seul acteur du pillage des ressources africaines. On peut ainsi mentionner les entreprises métropolitaines que la décolonisation a laissées en position dominante voire monopolistique dans certains pays africains : Compagnie Française de Développement des Textiles (CFDT) sur le coton, Rougier sur le bois, CFAO sur le commerce et la distribution, plantations coloniales de bananes, de café, de cacao etc. A ses géants hérités de la colonisation, s’ajoutent des groupes privés qui s’appuient sur l’Afrique pour se développer de manière extraordinairement rapide comme Bouygues, ou encore Bolloré, dont la boulimie et la diversification accélérée des activités sur le continent (transports, médias, commerce, plantations etc.) laissent penser qu’elle tend à remplacer Elf par son influence sur les affaires franco-africaines. Parmi les piliers de la prédation économique des ressources africaines, on peut encore citer Areva qui exploite d’immenses mines d’uranium dans des conditions écologiques et sanitaires déplorables et qui soutient par la même occasion les dirigeants en place comme le Président Tandja au Niger, auteur d’un récent putsch constitutionnel pour se maintenir au pouvoir au-delà de la limite légale de ses deux mandats. On peut enfin citer Total, qui a absorbé la trop sulfureuse enseigne Elf, ou encore BNP Paribas très implantée dans le secteur stratégique de la banque en Afrique.

Outre l’action des entreprises, qui bénéficie le plus souvent d’un soutien plus qu’appuyé de la part du pouvoir politique français, l’exploitation économique de l’Afrique est facilitée par des éléments systémiques que sont les accords de coopération économique qui assurent à la France un quasi-monopole d’accès à certaines ressources stratégiques ou particulièrement rentables, et surtout le Franc CFA, véritable camisole contraignant les anciennes colonies africaines à commercer en priorité et dans des conditions préférentielles avec la France, et qui fut également un outil de détournements et de blanchiment massifs. Enfin, les pays africains sont également prisonniers du carcan d’une dette exponentielle, contractée par des dictateurs irresponsables avec l’encouragement bienveillant de Paris, et qui entrave aujourd’hui inexorablement le décollage économique de ces pays.

Des tentatives avortées d’affranchissement du système

On comprend donc bien, à travers ces trois piliers, comment la France a rendu impossible le développement et la démocratisation de ses anciennes colonies africaines. Ces États néo-coloniaux n’ont en effet aucun intérêt au développement économique qui, en faisant émerger une classe moyenne, pourrait susciter une contestation du système, et des velléités mal venues de démocratisation. Cependant, la fin de la guerre froide a entraîné malgré tout un vent de démocratisation qui a atteint le continent africain. Mais le système françafricain est parvenu à le contenir par deux moyens redoutables. D’abord, l’instrumentalisation, voire l’invention pure et simple de clivages ethniques permettant de reporter la rancœur populaire envers les dirigeants sur une partie de la population désignée comme l’ennemi intérieur. Cette stratégie du bouc émissaire, ou du « diviser pour mieux régner », vieille comme le monde, a été d’une efficacité redoutable, au point qu’elle a parfois échappé à ses promoteurs et dérivé en guerres civiles, le paroxysme de l’horreur étant atteint avec le génocide des Tutsi au Rwanda en1994. Mais cette stratégie n’a pas été abandonnée, comme on a pu le voir plus récemment avec la Côte d’Ivoire.

Deuxième moyen tout aussi efficace, quoique globalement moins meurtrier et plus présentable aux yeux de la communauté internationale : la démocratisation de façade. Organisée autour d’un multipartisme créé de toute pièce, sur le modèle du fameux multi-mobutisme, où la plupart des partis « d’opposition » sont en fait des alliés du pouvoir, cette démocratisation décrétée dans son fameux discours de La Baule par le président Mitterrand en 1990, consiste à organiser des élections « libres » dont la régularité est garantie par des observateurs français, ou de l’Organisation Internationale de la Francophonie par exemple.

En fait, on utilise la prétendue aide à l’organisation d’élections démocratiques pour mieux contrôler celles-ci et mettre en place un système de fraude souvent grossier mais infaillible. Et c’est ainsi que, depuis 1991, les dirigeants illégitimes du Togo, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Gabon ou encore de Djibouti se maintiennent indéfiniment au pouvoir par les urnes, avec l’aval de la France, parfois même suivie par une communauté internationale complice ou frappée de cécité face à l’ampleur des fraudes.

De la Françafrique à la Mafiafrique

Le réseau Foccart et ses héritiers

La Françafrique est à l’origine une histoire de famille, ou en tout cas de réseaux, entre la France et ses anciennes colonies africaines. Son principal instigateur, Jacques Foccart, était ainsi au cœur d’un immense réseau d’influences multiples mêlant les milieux politiques, économiques, mais aussi les milieux militaires, du renseignement et du mercenariat, et enfin des milieux maçonniques (à travers la Grande Loge Nationale Français en particulier) voire sectaires (Rose-Croix etc.). Dès les années 70, Charles Pasqua récupère une partie de ces fameux réseaux Foccart, et les branche sur ses propres réseaux politico-mafieux (en particulier corses). Le tout est mis au service de Chirac, qui récupérera la partie foccartienne à son arrivée à Matignon en 1986. Dans le même temps, Mitterrand crée ses propres réseaux par l’intermédiaire de son fils Jean-Christophe, et de son conseiller Afrique, Guy Penne. A partir de là, les socialistes ne seront plus en reste et rattraperont vite leur retard sur les héritiers du gaullisme auxquels bien des liens de complicité les uniront.

Mondialisation et Mafiafrique

Ces réseaux historiques de la Françafrique sont essentiellement basés sur la toute-puissance de la République officielle, et surtout souterraine. Or le phénomène de mondialisation qui s’accélère à la fin des années 90 provoque une libéralisation économique effrénée doublée d’un affaiblissement du pouvoir des États-nations. Dans ce contexte, la Françafrique est contrainte de muter pour se maintenir. La mainmise néo-coloniale de la France sur son pré-carré est menacée ? Qu’à cela ne tienne, la Françafrique historiquement anti-communiste, mais qui affiche également un anti-américanisme de façade, va s’allier aux puissances économiques étrangères, en particulier américaine et russe mais aussi britannique, sud-africaine ou encore israëlienne, pour conserver à tout prix son influence sur le continent. Dans le même temps, elle sort de son pré-carré et tente d’étendre son influence sur des pays non issus de l’empire colonial français comme le Rwanda, ou encore l’Angola.

Ce dernier pays est l’exemple parfait de la mutation de la Françafrique en Mafiafrique. Déchiré par une guerre civile meurtrière depuis son indépendance en 1975, l’Angola dispose d’immenses réserves pétrolières. Outre le fait qu’on sait désormais de manière certaine que la France et Elf ont longtemps armé les deux camps, afin d’exploiter tranquillement ces ressources, l’affaire de l’Angolagate permet de mettre en lumière cette interpénétration des réseaux internationaux de ventes de pétrole et d’armes (les deux activités les plus soumises à la corruption, et qui nécessitent donc en fait les même « compétences » en termes de finance parallèle et de blanchiment d’argent). En effet, les deux principaux protagonistes de cette affaire sont d’un coté le multimilliardaire russo-franco-israëlien Arcadi Gaydamak, protégé à la fois par les services secrets russes, israëliens et français, et branché sur la mafia russe, et de l’autre l’homme d’affaire Pierre Falcone, lui-même protégé par les services français et la CIA américaine. Drôle d’alliance a priori mais visiblement pas choquante lorsqu’il s’agit d’affaires aussi juteuses et qui nécessitent des protections en aussi haut lieu, comme l’ont récemment montré les déclarations menaçantes de Charles Pasqua à l’encontre de MM. Chirac et De Villepin, à l’issue de sa condamnation à de la prison ferme dans cette affaire.

Des paradis fiscaux et judiciaires

De telles pratiques sont rendues possible par l’existence de paradis fiscaux et judiciaires, qui jouent un rôle central dans les malversations françafricaines en général, et dans ce type d’affaires mafiafricaines en particulier. En effet, on estime à l’heure actuelle que les plus grandes banques françaises auraient la moitié de leurs comptes extérieurs dans des paradis fiscaux, et que la moitié des transactions financières mondiales passeraient par ces trous noirs de la finance.
Les principales caractéristiques de ces paradis fiscaux et judiciaires sont une fiscalité très faible, voire inexistante, mais aussi un secret bancaire et une immunité judiciaire quasi absolus, permettant aux grands corrupteurs, trafiquants d’armes et autres mafieux françafricains d’échapper aux poursuites judiciaires, même à l’échelle internationale, et de poursuivre en toute impunité leurs activités criminelles.

Au-delà des affaires et des trafics françafricains, ces paradis fiscaux posent un problème majeur vis-à-vis de notre modèle de développement, et de ce qu’on peut appeler l’élaboration des biens publics mondiaux (santé, éducation, protection sociale, mais aussi environnement etc.). En effet, ce modèle de développement, que nous avons suivi avec plus ou moins de succès jusqu’à sa remise en cause par les tenants de l’idéologie néolibérale, est essentiellement basé sur les prélèvements obligatoires, à savoir les impôts.

Or dans un contexte de mondialisation accrue, les paradis fiscaux menacent ce principe même de prélèvement obligatoire en offrant une échappatoire totale aux plus informés, qui sont également les plus fortunés. Comme le disait François-Xavier Verschave, « si aujourd’hui tout les particuliers fortunés reçoivent quotidiennement des mails ou des fax leur expliquant comment ne pas payer d’impôts ; si les plus grandes entreprises se voient également expliquer tout les jours comment ne pas payer l’impôt, il n’y aura plus que les pauvres et les imbéciles pour payer leurs impôts, ce qui ne fera pas lourd. Les paradis fiscaux servent à détruire le fisc, à avoir un taux d’impôt zéro. S’il y a un taux d’impôt égal à zéro, adieu éducation, santé etc. » [2]. En bref, les paradis fiscaux sont non seulement un instrument vital pour les activités illégales de la Françafrique, mais ils sont plus largement une menace grave pour notre modèle de développement, et de manière plus certaine encore pour les perspectives de développement des pays africains.

La Françafrique, 50 ans… et toutes ses dents !

Les mutations de la Françafrique évoquées plus haut ont donné l’occasion à certains, au premier rang desquels les piliers de la Françafrique eux-mêmes, d’annoncer régulièrement et de façon péremptoire la fin, ou la mort de la Françafrique. Ne nous y trompons pas, si la Mafiafrique est devenue une réalité, les principales caractéristiques de la Françafrique traditionnelle que sont la soumission politique à travers la corruption des dirigeants, la domination militaire à travers la présence officielle et officieuse de forces armées sur le terrain, et surtout la prédation économique à travers l’action des grands groupes français, sont plus que jamais d’actualité. Certes, les parrains historiques des réseaux ont peu à peu disparu de la scène françafricaine, avec la mort de Foccart en 1997 et la relative mise à l’écart des réseaux Chirac éclaboussés par un certain nombre d’affaires politico-financières depuis l’entrée en fonction de Nicolas Sarkozy.

Mais les logiques classiques sont toujours à l’œuvre, comme l’a démontré l’absence totale de rupture dans la politique africaine de la France, malgré des déclarations fracassantes du candidat Sarkozy sur le sujet. La nomination d’un secrétaire d’Etat à la Coopération un peu trop véhément, désireux de « signer l’acte de décès de la Françafrique » n’a pas plu du tout aux parrains Bongo, Sassou Nguesso et consorts, qui ont immédiatement réclamé (et obtenu !) son déclassement, officialisant ainsi la poursuite d’une politique africaine irresponsable et complaisante à l’égard des dictateurs. Son remplaçant Alain Joyandet martèle depuis son discours d’entrepreneur, insistant sur la nécessité pour la France de « défendre ses parts de marché » en Afrique, notamment face à l’avancée de la Chine sur le continent, volontiers montrée du doigt pour réveiller le patriotisme économique français, et justifier le maintien des positions économiques privilégiées de la France en Afrique.

En outre, la remise par Nicolas Sarkozy lui-même de la légion d’honneur à l’avocat Robert Bourgi, héritier de Foccart qui s’affirme actuellement comme le nouvel homme de l’ombre de la politique franco-africaine, a de quoi préoccuper, tout comme la validation française des putschs électoraux ou constitutionnels du Mauritanien Abdel Aziz, du Gabonais Ali Bongo (fils et héritier d’Omar) et du Nigérien Mamadou Tandja. Finalement, malgré les discours volontaristes de rupture, rien n’a changé, comme le montre également la montée contestataire que provoque en Afrique le projet de « célébration concertée » du cinquantenaire de l’indépendance des anciennes colonies africaines de la France…

Rien ou presque, car il faut malheureusement souligner une évolution entrevue plus haut avec l’avènement de la Mafiafrique. Si la collusion entre pouvoir politique et puissance économique est restée aussi forte qu’aux plus belles heures de la Françafrique, il semble que le contexte de mondialisation dérégulée ait provoqué une certaine inversion des rapports de force au profit du pouvoir économique des grands groupes. Si Elf pouvait être considéré par le passé comme le bras économique de l’État français en Afrique, la situation paraît s’être inversée, et l’on voit aujourd’hui la diplomatie française essentiellement préoccupée par la défense tous azimuts des intérêts des entreprises française sur le continent africain.

Les Areva, Bouygues, Total et Bolloré semblent désormais être devenus les principaux instigateurs de la politique africaine de la France, ce qui laisse peu d’espoir quant à une éventuelle normalisation des relations, et quant aux perspectives de décollage économique et de démocratisation des pays africains…

[1] « Confession » de Loïk Le Floch-Prigent, 12/12/1996

[2] François-Xavier Verschave, De la Françafrique à la Mafiafrique, Tribord, 2004, p.46.



Edité par T 34 - 24 Feb 2010 à 20:53
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Feb 2010 à 20:54
Coup d’Etat au Niger
Anne-Cécile Robert suivi de Tido Brassier   
Le président du Niger, M. Mamadou Tandja a été renversé le 17 février. Le chef de l’Etat, qui devait se retirer du pouvoir au terme de son mandat en décembre dernier, avait fait modifier la Constitution afin de pouvoir se représenter. Devant les réticences de la classe politique, il avait dû dissoudre l’Assemblée nationale et la Cour constitutionnelle, et faire avaliser son coup de force par un référendum boycotté par les partis d’opposition. Son comportement avait été condamné par les organisations panafricaines (Union africaine, Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et la « communauté internationale ».
 
Riche en matières premières, le Niger représente un enjeu stratégique pour des pays comme la France et la Chine. En effet, avec 7,5 % de la production mondiale, il est l’un des premiers producteurs d’uranium. La société française Areva y exploite notamment la mine géante d’Imouraren. Cet atout ne profite cependant pas à la population : le pays occupe la dernière place au classement de l’indice de développement humain (IDH) effectué par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur 182 pays membres de l’ONU.
 
Le Niger a déjà connu plusieurs coups d’Etat — le dernier avait été organisé par M. Tandja lui-même en 1999 —, et cette nouvelle crise illustre la fragilité des démocraties africaines. Marquées par les inégalités sociales et dominées de l’extérieur (par les institutions financières internationales ou les ex-puissances coloniales comme la France), elles peinent à définir leur propre modèle de « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ». Cinquante ans après l’accession à l’indépendance de 17 pays africains, Le Monde diplomatique de février (en kiosques), revient sur les défis et les difficultés de la transition démocratique sur le continent : « de Conakry à Nairobi, les Africains votent mais ne décident pas.
 
 

 
 
De la désinvolture à la dictature d’un néo-monarque en Françafrique
5 novembre 2009

Après avoir épuisé les mines d’uranium à ciel ouvert de Mounana à Franceville au Gabon dans les années 70, le groupe Areva-Cogema s’est retiré vers le Niger, qui est le troisième exportateur mondial de ce précieux minerai.
 
Sa production annuelle qui s’élève à 3.300 tonnes, représente 48 % de ses recettes d’exportation. La croissance de la demande d’uranium sur le marché mondial en tant que combustible nucléaire, est devenue un enjeu stratégique et écologique, grâce à la logique de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, vers 2030, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique prévoit une augmentation de la puissance nucléaire dans le monde, de 20 à 80 %, avec l’allumage des 130 réacteurs électronucléaires en cours de construction.
 
L’épuisement à terme du yéllow cake à l’horizon 2030- 2040, fait courir les puissances nucléaires à travers le monde et plus spécialement en Afrique, à la recherche de gisements afin de garantir à long terme, leurs besoins énergétiques en stockant massivement des centaines de milliers de tonnes d’uranium.
 
Ainsi, pour augmenter les recettes minières de son pays, le président Mamadou Tandja a eu raison d’aller vers la stratégie du multilatéralisme en variant ses partenaires commerciaux afin de faire monter les enchères grâce à la loi de la concurrence au sein de la mondialisation des marchés. Notons qu’en 2007, l’entreprise chinoise Sino-Uranium qui explore depuis 2006 les gisements de Tégguida, a obtenu en outre, le permis d’exploitation du gisement d’Azelik et des permis de recherches ont été attribués à d’autres groupes : Canadien, Australien, Britannique, Indien et Sud-Africain…Ainsi, fut terminé, au moins en théorie, le monopole français de l’extraction de l’uranium au Niger.
 
Il faut se rappeler de l’exode entre 1970 et 1975 des populations touarègues, lors de l’implantation du groupe Areva-Cogema, dont plus de 20 mille d’entre elles reviendront en 1980 après le départ du Général Seyni Kounché. Ce retour massif des Touaregs au pays, va déclencher leur première rébellion armée sous la direction du Mouvement des Nigériens pour la Justice (M.N.J) contre le pouvoir central de Niamey, Les Touaregs, qui constituent la majorité de la population pauvre du nord, vivant exclusivement dans les zones uranifères, s’estiment défavorisés par rapport aux Haoussas et Djermans du Sud, instruits, commerçants, dirigeants et cadres administratifs qui profitent de l’exploitation des richesses minières du Niger. Toutefois, les accords de Six, le 24 avril 1995 mettront fin aux combats entre le MNJ et l’Etat nigérien, qui s’engagea à régler la question touarègue par un certain nombre de mesures administratives dont la décentralisation, la préservation des zones d’élevage, le transfert de 50 % des recettes minières aux collectivités locales, ainsi que l’embauche des populations locales dans le secteur d’activité des mines.
 
Ainsi, la paix retrouvée cède rapidement le pas à la concurrence franco-asiatique. Dans cette atmosphère de concurrence qui devient le nerf de la guerre, est-il indiscret, voir indésirable de formuler un certain nombre de questionnements, en somme toutes légitimes, qui sautent aux yeux de l’opinion africaine ? À savoir : Comment se fait-il que la rébellion Touarègue qui avait déposé les armes en 1995, fut-elle soudainement réactivée en février 2007, en se distinguant en juillet 2007 par la prise en otage d’un cadre de la compagnie chinoise de China Nuclear International Uranium Corporation (Sino-Uranium) ? Qui donc cherche à nuire aux intérêts de la Chine en Afrique en maintenant au passage le continent dans l’ancien système colonial des monopoles à vie ? Alors que le continent cherche à s’ouvrir aux règles de la concurrence au sein de la mondialisation des marchés ? N’y a-t-il pas instrumentalisation du facteur ethnique (Haoussa – Touareg - Djerman), comme cela a toujours été le cas en Afrique lors des conflits à enjeux économiques à peine voilés tels que la rente énergétique ou agricole ?
 
Aussi, notons-nous, comme par hasard, le 26 juin 2007 et le 25 juillet 2007, sont expulsés tour à tour et à un mois d’intervalle, le colonel gilles de Namur, le chef de la sécurité du groupe Areva au Niger, puis Dominique Pin, le directeur du groupe au Niger. Tous les deux furent accusés de soutenir le MNJ. Deux mois plus tard, c’est à dire le 20 septembre 2007, Moussa Kaka, le correspondant de RFI au Niger fut incarcéré pour « complicité d’atteinte à l’autorité de l’Etat » en raison de ses liens présumés avec les rebelles du MNJ. De dégradation en dégradation, les relations entre Paris et Niamey ne seront normalisées qu’en janvier 2008 dès lors que le gouvernement nigérien confirmera au groupe Aréva, l’exploitation du gigantesque gisement d’Imouraren, l’une des plus grandes mines d’uranium dans le monde. Imouraren, c’est l’extraction de 5.000 tonnes d’uranium par an sur 35 ans vers la France, avec un investissement de plus de 1,2 milliards d’euro. Ce grand gisement est estimé à plus de 200.000 tonnes. Il s’en est fallu de peu, pour que la Sino-Uranium qui est la concurrente d’Areva au Niger, enlève ce marché au nez et à la barbe du géant nucléaire français.
 
Mais la Chine prendra sa revanche le 10 octobre 2009 en Guinée-Conakry de la junte militaire de Dadis Camara lâché par la France après le carnage de Conakry, en signant un accord de partenariat dans le secteur minier entre le China International Fund (CIF) prévoyant des investissements de plus de 7 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros) dans des projets d’infrastructures.
 
Encore par hasard, et cela fait trop de hasard surtout en politique, on note que la fin de la rébellion coïncide avec la signature du contrat d’Imouraren le 5 janvier 2009, avec comme preuve à l’appui, la présence des combattants touaregs en boubous blancs lors de la pose de la première pierre pour la construction du complexe d’Imouraren par Mamadou Tandja devant ses invités, dont Anne Lauvergeon la présidente d’Areva. Une rébellion qui a même officiellement appelé à la signature du traité de paix de Tripoli en septembre 2009. « Que la paix revienne au Niger, c’est essentiel » avait conclu Anne Lauvergeon lors de l’inauguration d’Imouraren., car dit-elle plus tard dans la revue « Transparence » du Niger : « Quitter le Niger serait pour nous, mais surtout pour ce pays, une vraie catastrophe ». Au fond, Mamadou Tandja, qui a revisité l’histoire récente de son pays en 1974, ne pouvait pas ignorer le fait que, Hamani Diori, le premier président de la république du Niger indépendant fut renversé par coup d’Etat lorsqu’il voulait renégocier les contrats d’exploitation des mines d’uranium de son pays. Il faut savoir que les contrats concernant les minerais stratégiques en Afrique étaient liés aux accords de défense signés en 1960 et 1961 entre la France et les pays francophones du continent. Le président Pascal Lissouba du Congo-Brazzaville, n’a-t-il pas fait les mêmes frais à travers cinq années de guerre civile désastreuse (1993-1998) lorsqu’il voulait reconsidérer les contrats internationaux d’exploitation de la rente pétrolière du Congo-Brazzaville avec le tout puissant Elf en arrivant aux affaires dans son pays en 1992 ? De ce point de vue, on peut affirmer sans détour que Mamadou Tandja n’est qu’une marionnette dont la ficelle de commandement est tenue par la France via Areva. Ainsi, de la désinvolture d’un homme d’Etat, qui aurait pu s’appuyer sur les institutions démocratiques de son pays comme stratégie politique nationale à l’instar des Asiatiques, Mamadou Tandja s’égare de l’objectif poursuivi à travers le jeu de la concurrence en privilégiant son goût personnel du pouvoir au détriment de l’intérêt supérieur du Niger et des Nigériens. En fait, ne s’est-il pas fait avoir dans ce jeu de la concurrence entre multinationales étrangères qui entraine généralement celui de la corruption d’homme d’Etat et de décideur politique ?
 
Dans l’hypothèse où le groupe Areva n’aurait pas signé le contrat d’Imouraren, c’est-à-dire qu’il l’aurait définitivement perdu au profit du groupe nucléaire chinois, il est fort probable que la rébellion touarègue déjà réactivée, redevienne plus redoutable en assaut contre le pouvoir central de Niamey à l’instar des miliciens cobra de Sassou N’Guesso lors de la guerre civile du Congo-Brazzaville.
 
Mais face à une opinion publique africaine mobilisée au regard des contrats internationaux qui constituent nos intérêts vitaux en terme de recette budgétaire, au dessus des partis politiques, l’opposition et les institutions publiques en alerte permanente contre la manipulation de l’impérialisme à l’image de la Côte d’Ivoire en 2002, l’Afrique peut remporter de nombreuse victoires politiques et économiques en relevant des défis insurmontables pour notre développement.
 
URANIUM - TRANSPORTS MARITIME ET FERROVIAIRE - CONTRÔLE DES PORTS EN AFRIQUE : Après avoir signé le contrat d’Imouraren le 5 janvier 2009 à Niamey, au détriment des Chinois qui ont perdu la partie, la France enclenche au plus haut niveau de son génie industriel, un nouveau plan pour la logistique d’évacuation du minerai dans l’hexagone. Car il ne s’agit plus de 3.300 tonnes comme auparavant, mais progressivement de 5.000 à 9.000 tonnes annuelles au-delà de 2012, sur 35 ans. Dans cette perspective, « Sarkozy a promis un train à Tandja », ainsi titrait la LC N°563 du 23/04/09. Tandis que le groupe Bolloré propose à Aréva l’acheminement « des butins de guerre du Niger » en France via le port d’Abidjan en Côte d’Ivoire c’est-à-dire la mise en place d’une voie ferrée Niger- Côte d’Ivoire en passant par le Burkina-Faso, pour ramasser au passage le manganèse de Tambao, le transporteur Necotrans du groupe GETMA International qui contrôle les ports de Cotonou et de Conakry, propose l’acheminement de la rente d’Imouraren via le port de Cotonou, ce qui est déjà discrètement opérationnel par la route depuis Dosso au Niger.
 
Cette nouvelle bagarre du yéllow cake déplacée sur le terrain de la logistique des transports ferroviaires et maritimes fut rapidement exploitée par Faure Gnassingbé et le système RPT qui offrent l’exploitation du Port Autonome de Lomé (PAL) au Groupe Vincent Bolloré, l’ami et sponsor de Nicolas Sarkozy, pour s’assurer de la caution française en vue de élection présidentielle potentiellement frauduleuse de février 2010 au Togo. De toutes les façons, lors du sommet de Lisbonne en décembre 2007 entre l’Union européenne et les pays africains, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas bien averti Faure Gnassingbé au sujet du port autonome de Lomé que « Bolloré est sur les rangs. Quand on est ami de la France, il faut penser aux entreprises françaises. » (Le Canard Enchainé). L’élection présidentielle de février 2010 au Togo est-elle déjà « gagnée » d’avance ? C’est à l’opposition démocratique togolaise de répondre à cette équation compliquée. Il faut déjà reconnaître que les échecs répétitifs de l’opposition démocratique depuis vingt ans, ont été possibles du fait que le clan Gnassingbé et le système RPT qui régentent notre pays sont détenteurs des intérêts de la France au Togo.
 
Autre infrastructure stratégique donnée à la France en cadeau par Faure Gnassingbé, que Nicolas Sarkozy appréciera à merveille au point de lui accorder sa confiance et son soutien, voire son « amitié personnelle » à l’instar de Chirac envers le dictateur Eyadema, c’est l’arrivée annoncée de l’opérateur en téléphonie mobile ORANGE, filiale de France Télécom sur le marché togolais à la place de l’opérateur MOOV. Il faut savoir que lors de sa visite de travail et d’amitié en France le 20 novembre 2008, fut décidé comment en finir avec le très rival demi-frère gênant Kpatcha Gnassingbé, dont l’interview au journal Le Monde du 19 octobre 2007 menaçante d’une intervention de l’armée en ces termes : « Mais si le pays arrivait à une situation de blocage politique, l’armée n’hésiterait pas à entrer en jeu ». Alors, la France a voulu savoir lors de cette visite, lequel d’entre les deux garnements d’héritiers, dirige le Togo afin d’avoir en face un interlocuteur fiable pour parler stratégie et intérêts économiques. Notons également qu’en 2006, le même Kpatcha Gnassingbé, proche de l’ancien concurrent de Bolloré à Lomé en tant que PDG du port autonome de Lomé, n’a-t-il pas mis abusivement en garde à vue pendant 36 heures les Dirigeants du groupe Bolloré venus s’enquérir de leurs actifs sur décision rendue de justice internationale ? Proche également des réseaux mafieux de trafiquants de drogue libanais, le criminel d’avril 2005 fut grillé au Togo et sur les bordures de la Seine. Il passera sa vie en prison sans aucun procès selon la volonté de la Françafrique qui gère ce dossier (Bolloré, Areva, Orange etc…) et qui dirige les pays africains. Alors, les avocats togolais peuvent toujours s’exciter s’ils n’ont rien d’autre à faire !
 
Ainsi, Vincent Bolloré, qui contrôle les ports d’Abidjan et de Lomé depuis peu, trouvera la logistique parfaite et sécurisée pour Aréva en proposant à la clef la construction d’une ligne de Chemin de fer Agadez - Lomé, ou plus tard, après l’élection présidentielle en Côte d’ivoire réunifiée, le chemin de fer Agadez-Abidjan. Fort de ce contrat d’Imouraren, qui boucle toute une région de l’Afrique de l’ouest qu’on peut appeler le royaume du groupe nucléaire français Areva composé des pays satellites de la France en Afrique tels que, c’est-à-dire, le Niger, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin, Mamadou Tandja, sacré monarque par la France, après avoir passé dix années à la tête du Niger a entrepris une vaste manœuvre de destruction des institutions du Niger en toute impunité, dans le but de s’éterniser au pouvoir. A l’inauguration du complexe d’Imouraren, sans gène, ni crainte, il annonce devant ses invités dont Alain Joyandet ministre de la coopération et de la Francophonie, et Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, son référendum constitutionnel du 4 août 2009, pour démonter des institutions démocratiques du Niger, c’est-à-dire, la dissolution de l’assemblée nationale le 26 mai 2009, et la cour constitutionnelle le 30 juin 2009. Aux élections législatives du 20 octobre 2009 boycottées par l’opposition, son parti, le MNSD (le Mouvement National pour la Société de Développement) annonce « sa victoire écrasante » de 76 sièges sur les 113 du parlement. Notons que la tenue de cette élection législative unanimement critiquée, a entrainé la suspension automatique du Niger de la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest) pour violation des textes communautaires.sur la démocratie. Cette instance sous régionale avait affirmé qu’elle ne reconnaîtra pas les résultats de ce scrutin. L’Union européenne qui avait déjà suspendu une aide budgétaire de 18 millions d’euro, pour protester contre le référendum du 4 août, affirme qu’elle suspendra sa coopération avec le Niger.
 
Pour conclure, il serait utile de mettre ici en évidence l’idée même de « la troisième révolution énergétique » qui est le titre du livre de Anne Lauvergeon paru chez Plon, qui indique qu’il existe 440 centrales nucléaires dans le monde, dont 58 en France, et bientôt 59 en 2010. Cette révolution des puissances industrielles dans la course aux énergies stratégiques c’est-à-dire le pétrole et l’uranium, a pour terrain d’hostilité l’Afrique. La Chine, la France, et les Etats-Unis, tous membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies se partagent la rente énergétique et minière du continent africain. Cela ne se passe pas sans conflit idéologique, ni dégradation des valeurs démocratiques au Niger de Mamadou Tandja, au Congo-Brazzaville de Sassou N’guesso, au Gabon des Bongo, au Togo des Gnassingbé, en Côte d’Ivoire coupée en deux, en Guinée-Conakry de Dadis Camara, au Madagascar de Rajoelina et ravalomanana, en Centre-Afrique de Bozizé etc.…en ce qui concerne le jeu trouble de la France sur le continent.
 
La Chine est accusée de vendre des armes de guerre au régime de Khartoum, présumé responsable du génocide du Darfour. Elle signe de multiples contrats de partenariats économiques et d’assistance technique de plusieurs milliards de dollars avec les pays africains dans le domaine agricole et des infrastructures routières et sanitaires. En réponse sans doute aux sommets stratégiques Sino-africains, le nouveau président américain n’a-t-il pas reçu en marge du 64 Assemblée Générale des Nations Unies à New York, les chefs d’Etat de l’Afrique subsaharienne. N’y a-t-il pas là une volonté de créer des sommets Américano-africains pour contrer l’influence de la Chine sur notre continent à l’instar des sommets Franco-africains ?
 
Quand Dadis Camara est lâché par la France, qui le soupçonne d’être le commanditaire du carnage de Conakry, la Chine s’empresse de signer avec son pays, un contrat juteux de plus de 7 milliards d’euro portant sur l’extraction des minerais stratégiques en assurant au passage impunité et protection à la junte militaire, à l’instar de Omar El Béchir du Soudan, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, sans aucune inquiétude réelle. Ainsi, la Cour Pénale Internationale peut toujours émettre des mandats d’arrêt internationaux qui n’inquiètent aucun dictateur. Selon les Experts en géopolitique et stratégie, cette compétition Franco-Sino-Américaine prendra toute ses dimensions aux abords de 2040 ou 2050, pour devenir au final, une affaire exclusivement [Sino-Américaine] avec l’élimination de la France en Afrique. Ce sera la guerre Pékin-Washington. On comprend aisément pourquoi les pays occidentaux et leurs institutions financières internationales n’appellent pas à l’avènement de la démocratie, la liberté et l’Etat de droit en Afrique comme chez eux. Ces valeurs étant incompatibles avec leurs intérêts sur le continent, ils préfèrent tromper les Africains par le très intéressé concept de la bonne gouvernance.
 


Edité par T 34 - 24 Feb 2010 à 21:01
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72 millions d'enfants sans école


La Banque européenne d’investissement pilleuse du Sud  ?

La Banque européenne d’investissement (BEI) est dans le collimateur de l’association Les Amis de la Terre. Avec plusieurs organisations européennes, l’association entend faire pression pour que, à l’occasion du renouvellement de son mandat par le Parlement en 2011, ses missions soient sérieusement réorientées vers le financement d’« une économie décarbonnée » en Europe. « Cette banque est plus puissante que la Banque mondiale. Régulièrement augmenté chaque année, le montant de ses investissements atteint désormais 75 milliards d’euros », explique Anne-Sophie Simpere, chargée de mission des Amis de la Terre, qui accuse cette manne de servir à financer la prédation par les multinationales des richesses des pays du Sud. « Sous prétexte d’aide au développement, on assiste à un véritable pillage », poursuit-elle en citant l’exemple de la Zambie, où la BEI a massivement investi dans l’exploitation des gisements de cuivre. « À proximité des mines, l’environnement est gravement atteint. Les rejets de soufre menacent la santé des populations. La pollution détruit petit à petit l’agriculture vivrière. Pour survivre les habitants n’ont eu d’autre choix que de devenir mineurs et payent aujourd’hui les conséquences de la crise en subissant le chômage », poursuit la responsable associative qui s’est rendue sur place pour constater les dégâts. Et ces dommages apparaissent d’autant plus considérables que, selon Les Amis de la Terre, la Zambie ne profite même pas des retombées économiques de l’exploitation des richesses de son sous-sol par les multinationales européennes et américaines. « Nous nous sommes procuré un des contrats miniers. Il ne prévoit que le versement de royalties de 0,6 % à l’État zambien alors que les profits sont considérables », assure Anne-Sophie Simpere, qui s’appuie également sur un rapport de la coalition Counter Balance (1).

Pierre-Henri Lab

(1) Une version française du document est en cours d’élaboration. La version anglaise est consultable sur www.amisdelaterre.org



Edité par T 34 - 30 May 2010 à 22:31
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Le Sahel dans le collimateur occidental

Le risque d’intervention de Bruxelles et (ou) Washington, sous couvert de lutte contre le terrorisme, suscite un sommet des ministres des Affaires étrangères des pays du Sahel à Alger.

La rencontre des chefs de la diplomatie des sept pays du Sahel – Algérie, Mali, Mauritanie, Tchad, Libye, Niger, Burkina Faso – hier à Alger devrait déboucher sur des « mesures, au plan bilatéral et régional, pour éradiquer » le terrorisme. « Les voies et moyens de la relance du développement économique au profit des populations de cette région » sont également au menu de cette réunion. La recrudescence des actes terroristes perpétrés par al- Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) – enlèvement de ressortissants européens dont trois espagnols, attaque contre un poste militaire dans l’ouest du Niger le 8 mars (25 morts) – fait courir le risque de voir le Sahel devenir une zone d’instabilité et un sanctuaire djihadiste pouvant conduire à une intervention occidentale.

L’ODEUR DE L’URANIUM

Or cette région renferme un immense potentiel pétrolier, gazier et minier (or, uranium) suffisant pour susciter l’intérêt croissant de Bruxelles quant à sa stabilité. Elle avait donné lieu à un débat lors d’une rencontre informelle des ministres de l’Intérieur de l’UE le 17 janvier à Tolède.

Antonio Camacho, secrétaire d’État espagnol à la Sécurité, a plaidé pour « la nécessité d’une politique européenne de sécurité au Sahel », indiquant que « l’Espagne ne prône pas uniquement une stratégie de lutte contre le terrorisme, mais aussi la mise en place d’une politique d’investissement qui permet de contrôler des régions qui ne sont parfois même pas contrôlées par leur propre gouvernement  ». L’Espagne, qui préside l’UE, invite ainsi ses alliés à aller faire le ménage dans une zone que l’Aqmi chercherait à transformer en un nouvel Afghanistan. Qui plus est, la France, la Grande-Bretagne, mais aussi l’Espagne et l’Italie auraient mis au point un plan d’intervention à partir du Mali et du Tchad, où Paris est déjà présent militairement. En outre, selon le journal algérien Liberté de mardi, les services de renseignements de six pays de l’UE se seraient réunis à Niamey (Niger) pour coordonner leur stratégie sécuritaire. Les États- Unis (voir article ci-contre) ne sont pas en reste : ils n’ont pas renoncé à impliquer l’Algérie dans leur stratégie de « guerre contre le terrorisme ». D’où les craintes d’Alger – le pays a une frontière de 3 700 km avec quatre pays sahéliens – qui, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, avertissait que « le Sahel ne doit pas être surmédiatisé comme on tente de le faire un peu trop. Nous devons faire en sorte que les pays de la région gèrent eux-mêmes ce problème ». Ces craintes apparaissent d’autant plus justifiées que Washington, vite suivi par Paris, a inscrit l’Algérie sur la liste noire des 14 pays dont les ressortissants présenteraient un risque pour la sécurité des pays occidentaux. Plus inquiétant est le double discours des Européens. D’un côté, ils menacent d’intervenir dans cette zone mais, de l’autre, ils font pression sur des pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso, fragilisés par leur extrême pauvreté, afin qu’ils libèrent des prisonniers islamistes en contrepartie de la libération des otages européens détenus par l’Aqmi. C’est ce qui s’est passé pour le Français Pierre Camatte, libéré le 23 février après la remise en liberté par Bamako de quatre terroristes présumés dont deux algériens.

HASSANE ZERROUKY

Alger refuserait d’abriter l’Africom

Les États-Unis pressent l’Algérie de s’impliquer dans sa stratégie de « guerre contre le terrorisme » en coopérant davantage avec l’Africom, le commandement américain pour l’Afrique.

L’Africom, commandement américain unifié pour l’Afrique, créé en 2006 pour coordonner les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur le continent africain, cherche un lieu d’hébergement au Maghreb. Et ce, depuis que Washington a émis le souhait de le délocaliser de Stuttgart (Allemagne) vers l’Afrique du Nord. Mieux, elle souhaite qu’Alger l’autorise à installer des bases dans le Sud algérien en raison de la menace croissante que ferait peser al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) sur les pays du Sahel. D’où la visite effectuée par le commandant de l’Africom, le général William Ward, en novembre 2009 à Alger. Visite précédée, en octobre, par celle de Vicki Huddlestone, secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique au Pentagone. Elle a en partie obtenu gain de cause  : « L’Algérie, a-t-elle annoncé, a accepté de travailler avec le commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom) », et ce, après avoir évoqué l’inquiétude de Washington « quant à la propagation du fléau du terrorisme au Maghreb et en Afrique de l’Ouest ». Ajoutant que son pays n’a pas l’intention d’installer une base en Algérie, ni de lui demander d’adhérer à l’Africom. Tout en ne renonçant pas à voir l’armée de l’air algérienne participer aux côtés des États-Unis à la surveillance aérienne du Sahel.

Cette insistance à voir Alger participer davantage à la « lutte contre le terrorisme » a été de nouveau évoquée, le 24 février dernier, par le sous-secrétaire d’État Johnny Carson. « Nous avons observé, durant les trente derniers mois, l’activité grandissante au Sahel d’Aqmi, qui a assassiné des ressortissants français en Mauritanie et kidnappé des citoyens britanniques, suisses et allemands au Niger avant de les acheminer au Mali », déclarait-il. Avant d’appeler les pays de la région, notamment l’Algérie qui aurait enregistré plus de 200 attaques pour la seule année 2009, à faire face à la « menace commune » que constituerait al-Qaida.

La pression insistante des États-Unis sur l’Algérie afin qu’elle adhère à sa stratégie de « guerre contre le terrorisme » et abrite l’Africom n’est peut-être pas sans rapport avec la volonté de l’Union européenne de s’occuper de la stabilité du Sahel. Les États-Unis ne veulent certainement pas laisser le terrain libre aux Européens dans une zone qui suscite tous les appétits.

En attendant, le Maroc ne s’est fait pas prier  : il s’est dit prêt à accueillir le siège de l’Africom sur son territoire, suscitant l’inquiétude de son voisin algérien. Mais, pour l’heure, Washington n’y a pas donné suite.

Hassane Zerrouky

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L’Europe pêche et mange le poisson des Africains

Bénéficiant de contrats de pêche très favorables, les navires-usines de l’Union européenne sont engagés dans une course folle au pillage des ressources des États côtiers africains.

Les rapports et avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese) produisent souvent une expertise utile pour les décideurs politiques et économiques. Il est d’ailleurs regrettable que la lecture de ces documents dépasse rarement le cercle restreint des hommes et des femmes chargés de les voter en séance plénière. Certains de ces documents sont aussi à lire entre les lignes, tel l’avis sur la pêche présenté par Gérard d’Aboville en avril dernier. L’ancien rameur des océans est aussi un ancien député européen et un militant plus ou moins dissident de l’UMP. L’intérêt de son texte 
réside dans ce qu’il laisse apparaître sur les relations entre l’Union européenne et les pays africains s’agissant de la pêche et de la gestion des 
ressources. « À ce jour, l’Afrique reste un acteur qui pèse peu en 
comparaison d’autres continents  : 2,40 % des exportations mondiales en 2007 contre 47,7 % pour l’Europe,
30,1 % pour l’Asie et 18,51 % pour les Amériques. »

Le texte rappelle aussi que l’Union européenne exporte 2 millions de tonnes de produits de la pêche chaque année alors qu’elle en importe 6 millions. Pour satisfaire les besoins de poissons frais et congelés de la grande distribution, l’Europe importe beaucoup de produits pêchés ou élevés sous d’autres latitudes tandis que ses navires-usines pillent les mers du monde, et notamment les « zones économiques exclusives » (ZEE) de nombreux pays africains.

Certes, il s’agit d’accords « négociés » dont beaucoup doivent être reconduits d’ici à 2013. Mais ce pillage ne laisse que des sommes dérisoires aux pays qui l’acceptent. « Dès 1990, on dénombrait environ 88 navires européens pêchant dans les eaux des pays en développement, assurant l’approvisionnement de près de 25 % du marché communautaire. En 1997, la contrepartie versée par la communauté européenne dépassait les 295 millions d’euros », relève Gérard d’Aboville. Aujourd’hui, le pourboire versé par l’Europe aux États qui la laissent piller leur ZEE n’est plus que de 160,5 millions d’euros par an, « dont 150 millions d’euros à destination de l’Afrique de l’Ouest ».

En théorie les navires de pêche européens ne doivent puiser que dans le stock excédentaire des zones côtières des pays hôtes. Mais Gérard d’Aboville reconnaît que ces pays n’ont pas les moyens d’exercer des contrôles efficaces. « En tout état de cause, les conditions dans lesquelles les produits sont débarqués, souvent directement dans les ports européens, l’absence de données sur les rejets et les prises accessoires (…) mettent les États africains dans l’impossibilité pratique d’évaluer la ponction réelle sur les stocks et de corriger les sous-estimations trop systématiques inscrites au registre des déclarations de captures », peut-on lire dans l’avis voté par le Cese.

D’Aboville rappelle que, dans une résolution du 8 novembre 2001, le Conseil européen s’engageait « à tenir compte des objectifs de développement durable et de lutte contre la pauvreté dans la mise en œuvre des interventions réalisées au titre de la politique commune de la pêche qui sont susceptibles d’affecter les pays en développement ». Neuf ans plus tard son constat est le suivant  : « Le bilan sur le terrain demeure encore très en retrait par rapport aux intentions alors affichées et surtout aux résultats enregistrés  : surexploitation des stocks, déclin des industries locales de la pêche, baisse des revenus des pêcheurs, aggravation de la dépendance économique des pays d’Afrique à l’égard de l’Europe. » Sans commentaire !

Gérard Le Puil


 

Según%20la%20FAO%2030%20por%20ciento%20de%20africanos%20pasa%20hambre.



Edité par T 34 - 07 May 2010 à 19:30
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 May 2010 à 00:17

L’Union européenne cherche à acheter 
la libéralisation des pays d’Afrique de l’Ouest

Pour tenter de débloquer les négociations avec les pays d’Afrique de l’Ouest sur les accords de partenariat économique voulus par l’OMC, l’Europe brandit ses engagements en matière d’aide au développement.

Pour accélérer la libéralisation économique en Afrique de l’Ouest, l’Union européenne (UE) se dit prête à mettre la main à la poche. Dans un texte adopté ce 10 mai, à Bruxelles, les ministres européens des Affaires étrangères promettent 6,5 milliards d’euros pour hâter la conclusion des accords de partenariat économique (APE) avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), jusqu’ici retardée par le blocage des négociations avec les pays d’Afrique de l’Ouest. « Les fonds disponibles pour des activités liées au programme de développement de l’APE (Paped) au titre de l’ensemble de ses instruments financiers pour les cinq prochaines années s’élèvent à au moins 6,5 milliards d’euros », précise le document. Une tentative de réponse aux divergences affichées par les pays africains concernés. Lesquels rechignent à signer ces accords qui prévoient, sous pression de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une suppression généralisée des droits de douane assurément périlleuse pour l’agriculture et les fragiles économies de ces pays du Sud. Le 16 février dernier, à Abuja (Nigeria), les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) priaient l’Europe de faire « preuve de la flexibilité nécessaire sur le degré de libéralisation et la durée de la période transitoire » pour « permettre à la région d’adopter un programme de libéralisation qui ne compromette pas son développement ». Ils soulignaient en outre « l’aspect central de la dimension développement dans les négociations », insistant sur la nécessité d’un « engagement ferme et concret » de la partie européenne dans ce domaine comme « préalable » à la conclusion de ces accords de libre-échange.

L’offre de l’UE, qui espère boucler les négociations « dans les délais en 2010 », correspond en fait à une agrégation d’aides au développement déjà programmées. Surtout, elle ne change rien à la philosophie de ces APE, censés se substituer aux accords de Cotonou qui régissent depuis 2000 les relations commerciales entre l’UE et les pays ACP. Dans le régime actuel, l’UE importe sans droits de douane la plupart des produits en provenance de ces pays. Au contraire, les pays ACP peuvent taxer les produits européens à l’import pour protéger leurs productions locales. Si cette asymétrie tarifaire volait en éclats, la dépendance des pays ACP aux marchés mondiaux serait décuplée. Avec une aggravation désastreuse des déséquilibres déjà existants  : concurrence sur les produits agricoles, monoculture d’exportation au détriment de la sécurité alimentaire. Sans parler de la chute vertigineuse des recettes des États provenant des droits de douane… C’est ce que l’UE appelle « l’intégration harmonieuse dans 
le commerce mondial ».

Rosa Moussaoui

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Dec 2010 à 18:07

L’alternance du pouvoir en Afrique : l’ingérence continuelle de l’Occident

 

Chems Eddine CHITOUR
Il faut soutenir les dictateurs africains sinon ils ne feraient pas d’élections »
Jacques Chirac (confidence faite à Pierre Péan)

28 novembre 2010, après plus de cinq ans d’attente, les élections ont eu lieu en Côte d’Ivoire. Le socialiste, Laurent Gbagbo, après 10 ans de règne dont cinq ans sans élection, n’accepte pas le verdict des urnes, battu par Alassane Ouattara sur le score sans appel de 54%, proclamé par la commission indépendante constituée à nombre égal d’observateurs des deux camps, il se fait proclamer vainqueur par un proche, le président du Conseil constitutionnel. Dès l’annonce de son élection, l’ensemble des grands commandements des forces armées avec à leur tête le général Philippe Mangou, chef d’état-major de l’armée, ont fait allégeance au président Laurent Gbagbo. Le Conseil de sécurité des Nations unies reconnaît Ouattara comme vainqueur. Ban Ki-moon invite Gbagbo à favoriser une transition en douceur.

Une vieille règle toujours d’actualité

Une Vieille, règle africaine veut qu’« on n’accepte les élections que si l’on est sûr de les gagner ». C’est dans les faits, vrai dans la plupart des élections à l’africaine exception faite de l’Afrique du Sud. Est-ce à dire que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie et l’alternance ? Ou est-ce les intrigues et les soutiens occultes et les promesses aux parrains, notamment occidentaux, qui font que celui qui bafoue les élections a, d’une façon ou d’une autre protégé ses arrières. Pourtant, en l’occurrence Laurent Gbagbo a réussi le tour de force de se mettre à dos la « Communauté internationale », il faut entendre par là les pays occidentaux directement intéressés au premier rang desquels les Etats-Unis et en Europe la France qui ont des intérêts puissants que le président Gbagbo n’a pourtant pas perturbés. On parle aussi de nouvelles puissances, la Russie mais surtout la Chine qui se contentent « d’observer » pour le moment. Reste l’Union africaine et ses rodomontades plus pitoyables les unes que les autres. Où est-elle quand les Sahraouis se sont fait tabasser ? Quand Moubarek se concocte des élections législatives à sa pointure, quand enfin elle accepte que le Soudan sombre dans la partition et la Somalie qui n’est plus un Etat ?

Les sanctions n’ont pas tardé à tomber : le président sortant doit « reconnaître la volonté du peuple de Côte d’Ivoire et entamer une transition pacifique » a exhorté Philip Crowley, le porte-parole de la diplomatie américaine. Les Etats-Unis ont appelé, mardi 7 décembre, le président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo, à « entamer la transition pacifique » du pouvoir à Alassane Ouattara afin de sortir le pays de la crise. « Nous espérons que le président Gbagbo fera le bon choix dans les prochains jours », a exhorté Philip Crowley, le porte-parole de la diplomatie américaine. Le résultat du scrutin présidentiel du 28 novembre a été « clair », et le sortant doit « reconnaître la volonté du peuple de Côte d’Ivoire et entamer une transition pacifique », a-t-il continué. Le président américain Barack Obama a formellement mis en garde Laurent Gbagbo contre un « isolement accru » et dit qu’il subirait les « conséquences de ses actes injustes » s’il s’accrochait au pouvoir. (1)

L’Europe n’est pas en reste : les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont mis d’accord lundi 12 décembre sur l’imposition de sanctions pour certaines figures dominantes en Côte d’Ivoire, mettant la pression sur Laurent Gbagbo afin que celui-ci renonce au pouvoir suite à une élection présidentielle contestée. (...) « Nous appelons à une passation de pouvoir immédiate et pacifique », a dit Catherine Ashton, haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, aux journalistes. « Nous avons décidé d’adopter, sans délais, des mesures de restriction à l’encontre de ceux qui font obstruction à la paix et à la réconciliation. » Son refus de démissionner menace de compromettre un paquet d’aide internationale d’une valeur de 3 milliards de dollars (soit 2,2 milliards d’euros). Le Fonds monétaire international a déclaré qu’il ne participerait pas au programme d’aide si le gouvernement de la Côte d’Ivoire n’est pas reconnu par les Nations unies. (...) L’Union africaine a suspendu la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo a fait une ouverture en appelant à la « discussion » et rejeté l’idée d’un conflit armé avec les partisans de son rival. La tension actuelle fait pourtant craindre une confrontation armée dans le pays, théâtre d’une quasi-guerre civile après le coup d’Etat manqué de septembre 2002, qui l’a coupé en un Sud loyaliste et un Nord tenu par l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN). (2)

Pourquoi cet acharnent étrange à vouloir la démocratie à tout prix en Côte d’Ivoire et pas en Somalie ou en Egypte ? Une première explication nous est donnée par les richesses et les chasses gardées. L’étude suivante est édifiante. Nous lisons : « (..) La lettre du mouvement communiste n°15 dans sa parution de janvier 2005 fait l’état des lieux de la compétition capitaliste aiguë autour de la répartition de la rente issue de l’exploitation des ressources naturelles ivoiriennes. Plus de mille sociétés en Côte d’Ivoire appartiennent à la France. Le rôle de la France dans la guerre de septembre 2002 est identifié comme celui du traditionnel maître qui ne veut pas que l’esclave s’émancipe. (...)Troisième puissance économique de l’Afrique sub-saharienne, derrière l’Afrique du Sud et le Nigeria, la Côte d’Ivoire est un pôle économique d’importance au sein de l’Afrique de l’Ouest. Notamment l’Uemoa, marché commun regroupant le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. D’après l’Irin, agence de presse de l’Onu, le Burkina-Faso dépend de la Côte d’Ivoire pour 80% de ses exportations et pour 60 à 70% de ses importations. (...)Riche en ressources naturelles (minérales et agricoles), la Côte d’Ivoire possède une industrie de transformation relativement réduite mais » sans équivalent en Afrique centrale et occidentale « selon Mission économique de l’ambassade de France, principalement dans les secteurs du cacao, du pétrole et de la conserverie de thon. (..) » (3)

« L’Union européenne (UE) absorbe 52% de son commerce extérieur. Au sein de l’UE, la France se confirme être le premier client du pays avec 19% de ses exportations totales en 2003. La France est le premier pays fournisseur de la Côte d’Ivoire, avec près du quart des importations totales représentées, notamment par des produits alimentaires et des biens d’équipement. Ainsi, comme bon nombre de pays capitalistes périphériques, la Côte d’Ivoire est riche en forces productives (main d’oeuvre et ressources naturelles, aussi bien minérales qu’agricoles) mais pauvre en industrie développée (agriculture : 27,6% du PIB en 2003 ; industrie manufacturière : 12,5%). (...) A lui seul, en 2003, le cacao a représenté 43% des exportations de la Côte d’Ivoire (soit environ 20% de son PIB estimé par le FMI à 8000 milliards de francs CFA, correspondant à 12,2 milliards d’euros. Le coton et le café, les autres grandes ressources agricoles du pays, ne pèsent que 3% chacun dans les exportations totales. Les produits transformés du bois, 4%. La Côte d’Ivoire est aussi le premier exportateur africain de thon (2% de son commerce) et de caoutchouc (2%). Les gisements de pétrole sont rapidement montés en puissance parmi les marchandises d’exportation (+56,4% en volume en 2003). La production est encore en expansion, 32.970 barils/jour en juin 2004 » (3).

« (...) Comme dans le cacao, la concurrence des géants étrangers du secteur y est très vive. Les intérêts français et américains s’entrechoquent. La société Total garde une longueur d’avance, comptant pour un gros tiers du raffinage et de la distribution totale de pétrole ivoirien. Bouygues, via sa filiale Saur, et EDF interviennent en amont, du côté de la production. Cependant, plusieurs firmes américaines importantes (Pioneer Oil Company et Africa Petroleum dans l’extraction ; Exxon Mobil dans la distribution) disputent l’influence française dans ce secteur. La France apparaît comme le premier investisseur direct étranger en Côte d’Ivoire, si on s’en tient aux statistiques du Cepici. En tout, ce sont 147 filiales d’entreprises françaises qui, selon le ministère des Finances, sont présentes dans le pays, employant 36.000 salariés ivoiriens. D’après les Échos, environ 51% des recettes fiscales de l’État ivoirien en sont issus. Parmi les sociétés françaises, on note avant tout : • Bouygues dans le BTP, via sa filiale Saur qui détient 47% de la Sodeci (eau) et 25% de la CIE (électricité) ; les aéroports, dont les concessions ont été confiées à la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille et la Sofreavia. Le groupe Pinault dans la distribution de produits ; la BNP, le Crédit lyonnais, Axa et la Société générale dans le secteur financier ; France Télécom dans les télécommunications ; Castel dans le sucre et les boissons ; Accor dans l’hôtellerie. Air France, qui détient 51% d’Air Ivoire ; le groupe de négoce Touton (deuxième exportateur de fèves de cacao, avec 150.000 tonnes en 2003). D’autre part, plus de 1000 sociétés locales appartiennent à des ressortissants français. Pour les hydrocarbures : les intérêts américains sont représentés par les sociétés Foxtrot, Ranger Oil, Ocean Energy, et ceux des Canadiens par CNR International. Deux unités de blending (mélanges) opèrent en Côte d’Ivoire : la Sifal (détenue à 33% par Shell, 20% par Mobil) et la Texaco » (3).

Pour une alternance endogène

C’est à l’évidence, un pays qui ne s’appartient pas ! On comprend qu’il attise les convoitises.

Il y a cependant une autre explication qui fait que la configuration du pays rend difficile une réconciliation durable. Pour Ahmed Cheniki : « La présence d’une multitude de tribus et de langues empêche toute conciliation durable et tout compromis politique et géographique. La colonisation a dramatiquement aggravé les choses en instrumentalisant des conflits intertribaux et en multipliant les lieux de pouvoir marqués par une certaine allégeance à l’espace colonial. Le contact tragique avec la colonisation a engendré de nombreux conflits et des réalités syncrétiques mettant en avant les jeux claniques et tribaux associés à des formes européennes éparses. (...) Il n’est nullement possible de comprendre les enjeux actuels en Côte d’Ivoire si on n’interroge pas l’histoire de l’Afrique noire, ses contingences historiques et les relations avec la France. Les Accords de Marcoussis et d’Accra, d’ailleurs organisés par la France, ne pouvaient être que fragiles et circonstanciels. (...) L’Union africaine est inoffensive et trop peu opératoire dans ce type de situations. La mission africaine conduite par le président sud-africain est incapable de résoudre un problème qui remonte finalement à plusieurs décennies. C’est vrai que Houphouet Boigny, installé grâce aux Français, a tout fait pour bâtir son pouvoir sur des équilibres précaires tout en privilégiant les relations avec la France. Sa mort en 1993 a mis fin à des décennies de pouvoir marqué par un compromis intertribal et une forte répression visant les diverses oppositions politiques. Laurent Gbagbo se fait élire grâce au soutien du Parti socialiste français. La droite a toujours considéré ce dirigeant comme un trublion, un personnage trop peu crédible. La Côte d’Ivoire semble condamnée à des violences continues d’autant plus que les acteurs ne sont pas disposés à dialoguer sérieusement. (...) Les acteurs actuels, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, ont toujours connu des relations très conflictuelles. (...) Les choses n’ont donc pas changé dans ce territoire marqué par de profondes césures ethniques et religieuses. L’exclusion de la candidature de Ouattara, il y a quelques années, a engendré un vent de contestation dans le Nord musulman, représentant plus de 40% de la population alors que les chrétiens ne dépassent pas les 30%. (...) Aujourd’hui, Gbagbo sait qu’il est très fragile et que Sarkozy et l’UMP ne lui feront pas de cadeau. Dans le contexte actuel, le président français aimerait se débarrasser ainsi de l’actuel président, connu pour son hostilité à la droite française qu’il a toujours soupçonnée de vouloir déstabiliser son pouvoir. (...) Plus de soixante mille Français résident toujours dans ce pays. Il faut ajouter à cela le millier de soldats et de conseillers militaires installés depuis 1960, année de l’« indépendance ». Les choses n’ont pas changé depuis Foccart ». (4)

Pierre Beylou très optimiste écrit : « Deux présidents, deux gouvernements, une communauté internationale qui peine à faire reconnaître la légitimité de l’élection d’Alassane Ouattara, un pays au bord de l’explosion (...) Mais un vent nouveau se lève. Les populations en ont de plus en plus « assez des présidents fondateurs, des pères de la nation, des éclaireurs de pointe, des guides éclairés omniscients et omnipotents. » Ce constat est fait par Edem Kodjo dans un petit livre décapant (Lettre ouverte à l’Afrique cinquantenaire, Continents noirs, Gallimard). Cet ancien Premier ministre du Togo, ex-gouverneur du FMI et ancien secrétaire général de l’OUA, dresse un bilan sans complaisance du demi-siècle qui s’est écoulé depuis les indépendances dans les années soixante. « Nous, les fils aînés du monde, nous devenons les derniers de la classe », constate-t-il (...) ». (5)

Pour Pierre Haski, le PS peine à prendre position sur le coup de force de Laurent Gbagbo, qui dénonce l’ingérence occidentale en Côte d’Ivoire. Les embarras du PS avec le coup de force de Laurent Gbagbo pour se maintenir au pouvoir en Côte d’Ivoire ne sont qu’un héritage d’une relation jamais réellement clarifiée : celle des socialistes avec l’Afrique. (...) La crise ivoirienne est la première à rappeler aux socialistes qu’ils n’ont pas soldé les comptes du passé et pas encore défini leur politique sur un continent qui a beaucoup changé. (...) Ils ont la chance que Nicolas Sarkozy n’ait rien compris à l’Afrique et a raté le coche dès son « discours de Dakar », en 2007. (6)

Voilà donc un pays en coupe réglée qui ne crée pas de la richesse mais qui confie les richesses naturelles du pays aux multinationales occidentales qui, elles, ne transforment pas sur place, d’ailleurs le nombre d’emplois est très faible par rapport aux recettes engrangées. Par contre, le port d’Abidjan est l’un des plus importants de la région ! Les mêmes instances qui condamnent Gbagbo aujourd’hui, salueront demain la réélection en Egypte de Moubarak, C’est cela la vision démocratique de l’ultralibéralisme. A l’évidence, il n’y aura pas, du fait des interférences continuelles de l’Occident, d’alternance endogène. La boutade de Jacques Chirac est une fois de plus d’une brûlante actualité. Les heurts sanglants entre les deux rivaux risquant de déboucher sur une guerre civile, les Occidentaux qui ont armé les deux camps attendent de quel côté vont souffler les vents. On se dirigerait , vraisemblablement, vers une solution bancale, imposée, de partage du pouvoir à la kenyane avec le duo Kibaki-Lou Odinga ou à la Zimbabwe avec l’inoxydable Robert Mugabe et son adversaire devenu premier ministre Morgan Tsingaraye. « Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent » disait Jean Paul Sartre, en l’occurrence les dizaines de morts actuels en Côte d’Ivoire meurent pour des personnalités assoiffés de pouvoir et qui ne veulent pas passer la main. C’est là tout le drame de l’Afrique. Du fait des ingérences continuelles, les potentats au pouvoir se prennent pour des messies et à ce titre ils sont irremplaçables. Les successions sont généralement sanglantes et se règlent soit par l’émeute soit par le Darwinisme. A quand une Afrique où l’alternance sera inscrite dans le marbre ?

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique enp-edu.dz

2. Côte d’Ivoire : l’UE se met d’accord sur des sanctions EurActiv avec Reuters. 14.12.2010.

3. Sériba Koné http://news.abidjan.net/article/index.asp ?n=349363 Exploitation des ressources naturelles en Côte d’Ivoire : 9 décembre 2009.

4 .Ahmed Cheniki : Les Jeux troubles de la Côte d’Ivoire Le Soir d’Algérie 6/12/2010.

5 .Pierre Beylau : L’Afrique qui pleure, l’Afrique qui rit. LePoint.fr. 08/12/2010.

6. Pierre Haski : Le PS et Gbagbo : Rue89 13/12/2010.

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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Dec 2010 à 22:31
Puisqu'il a été parlé de l'ACTUS-PRPE dans le sujet "Côte d'Ivoire", quelques nouvelles de ce nouveau front de la Françafrique, face au Soudan chinafricain :

Communiqué de presse de ACTUS / prpe sur le bombardement de Birao par l’aviation tchadienne

TOL PRESSE DU 29/11/2010 à 04:30
Mobiliser pour Construire

ACTION TCHADIENNE POUR L’UNITÉ ET LE SOCIALISME / PARTI RÉVOLUTIONNAIRE POPULAIRE ET ÉCOLOGIQUE

Chadian Action for Unity and Socialism/Popular and Ecological Revolutionary Party( ACTUS/prpe ACTUS/prpe
E-mail : actus-prpe@club-internet.fr
N/Réf : 28.11/SG /10


Le Peuple frère centrafricain combat héroïquement les armes à la main l’une des féroces dictatures de l’impérialisme français, la Françafrique, celle du Général Président François Bozizé.
Les patriotes résistants de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) ont pris le contrôle de l’importante ville du Nord-Est, Birao selon la dépêche de l’AFP du 24 novembre. Cette même agence de presse du 28 novembre fait état de l’intervention de l’aviation tchadienne du dictateur Général Président Déby au secours du Général Président Bozizé en bombardant les positions des Patriotes résistants.
Une autre source proche du régime affirmerait qu’une colonne de 40 véhicules lourdement armés des Forces tchadiennes, ferait route en direction de la ville de Birao. L’escalade serait alors inévitable et incontrôlable.
Notre Parti, ACTUS/prpe condamne avec force cette n-ième intervention militaire du despote Déby en Centrafrique pour sauver son allié, le dictateur Général président Bozizé.
Nous exprimons notre solidarité militante aux Camarades résistants de la CPJP et au peuple frère de Centrafrique dans leur légitime lutte contre la tyrannie du Général Président Bozizé.
Le Peuple tchadien n’est pas en guerre contre le peuple frère centrafricain car nous luttons tous contre cet internationalisme de deux dictateurs de la Françafrique. Au demeurant, il conviendrait de rappeler que c’était l’expédition militaire tchadienne du tyran Déby à Bangui, qui avait évincé et intronisé le Général Bozizé au détriment du Président Ange-Félix Patassé, pourtant démocratiquement élu.
Le dictateur Déby a fait du Centrafrique un protectorat où il dicte sa volonté au pouvoir. Il a arrêté puis livré au Général Président Bozizé le Colonel Massi, Leader des Forces de résistance de la CPJP. Ce dernier fut alors assassiné. Afin de consolider son protégé, le despote tchadien n’hésite pas à déverser des bombes sur Birao, tuant des civils innocents. Notre Parti, ACTUS/prpe condamne cette agression et tient ici à exprimer nos condoléances aux familles durement éprouvées.
Nous demandons par ailleurs, à la communauté internationale de faire pression sur le despote Déby afin qu’il mette un terme à ses interventions militaires en Centrafrique. En effet, cette immixtion guerrière dans un conflit interne d’un état souverain, risquerait d’avoir des graves conséquences qui embraseraient la sous- région d’Afrique centrale.
Le 28 Novembre 2010

Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme / Parti Révolutionnaire Populaire et Écologique
Chadian Action for Unity and Socialism/Popular and Ecological Revolutionary Party
(ACTUS / prpe)


Le Secrétaire Général
General Secretary
Dr LEY- NGARDIGAL Djimadoum
Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme / Parti Révolutionnaire Populaire et Écologique ( ACTUS /prpe )


E-mail : actus-prpe@club-internet.fr

http://tchadonline.com/communique-de-presse-de-actus-prpe-sur-le-bombardement-de-birao-par-l%E2%80%99aviation-tchadienne/




Edité par Pedro - 27 Dec 2010 à 22:32
http://www.forum-unite-communiste.org/uploads/3/fuc_faceboock1.pdf
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