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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Dec 2011 à 23:55

Un forum de la gauche africaine

Bamako, correspondance. Une cinquantaine de partis politiques socialistes, communistes et révolutionnaires de tout le continent se sont retrouvés à Bamako.

Les 25, 26 et 27 novembre 2011 s'est tenue à Bamako, au Mali, la troisième conférence de l'ALNEF (Forum du réseau de la gauche africaine). Accueillie par le parti SADI, seul parti de l’opposition parlementaire de ce pays d’Afrique de l'Ouest, cette édition avait pour objectif  de renforcer la structuration du réseau et de débattre des stratégies pour conquérir le pouvoir, lutter contre l'ingérence étrangère et favoriser l'intégration africaine.

Rassemblant une cinquantaine de partis politiques socialistes, communistes et révolutionnaires, de tout le continent (Afrique du sud, Soudan, Érythrée, Guinée, Sénégal, Bénin, Cameroun, Kenya, Tunisie, Rwanda, Burundi, Burkina Faso,  etc.), le réseau est une première. Il fait écho à celui créé en 1990 en Amérique latine pour organiser la résistance à l'offensive néolibérale. Ce continent fait d'ailleurs référence pour les participants qui insistent sur l'espoir qu'il a suscité en Afrique et les enseignements qu'il donne aux acteurs de la transformation sociale.

Mais alors que la gauche, au pouvoir dans un pays sur deux en Amérique du sud, a permis de reconquérir une souveraineté étatique et de répondre en partie aux préoccupations des classes populaires, celle qui se bat en Afrique est toujours dans l'opposition, à l'exception du Parti communiste sud-africain (SACP), membre  avec l'ANC et la COSATU, de la coalition au pouvoir.

Quelles stratégies, quelles actions concrètes peuvent mettre en œuvre des formations politiques aux moyens souvent très limités, dans des démocraties utilisées par les plus puissants, civils ou militaires, pour se perpétuer au pouvoir par la fraude, la répression, les réformes constitutionnelles ?

Aux vues des risques de basculement dans le chaos de nombreux pays à l'occasion d'élections redoutées, les participants ont exigé des régimes en place l'organisation de processus électoraux transparents garantissant l'expression libre des citoyens. Placée devant ses responsabilités, l'Union africaine doit aussi y veiller.      

Dans le contexte d'un regain des interventions militaires étrangères sur le continent, lutter contre l'impérialisme qui attaque à visage découvert, constitue la résolution de force du forum. L'ingérence étrangère doit être combattue par l'intégration du continent en s'inspirant des révolutionnaires africains qui se sont battus pour l'indépendance, comme Nkwamé Nkrumah, Patrice Lumumba, Modibo Keita, Sékou Touré, Felix Moumié, etc. 

« Les pays du Nord, puissances capitalistes et oligarchies financières qui dominent et exploitent sans état d'âme le monde, sont déstabilisés par une redoutable crise financière, une crise des dettes, conséquences de l'échec de l'idéologie néolibérale et du capital infernal", selon le président du SADI, Cheikh Oumar Cissokho. Après la Côte d’Ivoire, l'offensive de l'OTAN en Libye, emmenée par Nicolas Sarkozy,  a provoqué « une tragédie humaine en terre africaine cautionnée par les Nations unies au nom de la protection humanitaire, et dirigée par les idéologues du monde capitaliste », poursuit-il. Le ressentiment au Mali dont de nombreux ressortissants étaient installés en Libye, et où le régime de Kadhafi a investi dans l'immobilier et l'agriculture, est fort. La France assurerait en partie sa sortie de crise par un retour en Afrique de ses entreprises et de sa présence militaire. La probabilité d'une dévaluation du Franc CFA au premier janvier confirmerait cette stratégie dont tous les participants au forum sont profondément convaincus.

Les révolutions en Tunisie et en Egypte, après avoir redonné confiance aux militants africains dans leur lutte contre des régimes claniques, corrompus, à caractère souvent mafieux, soulèvent également de vives inquiétudes à l'heure où les forces de la contre-révolution incarnées par les islamo-conservateurs et les militaires pourraient sonnés le glas des espoirs populaires.

Dans cette période d'accélération des crises et d'un repositionnement des forces du capital en Afrique, l'échange, la formation, la solidarité et la coopération sont impératifs entre les partis dans les pays concernés, et en lien avec les diasporas en Europe, notamment. Le travail du Parti communiste français en ce sens a abouti à des résultats concrets comme la demande d'enquête déposée à l'Assemblée nationale sur la coopération policière et militaire de la France avec le régime de Paul Biya au Cameroun.

Les préoccupations africaines et européennes sont communes. La dette ne peut justifier le démantèlement des systèmes économiques et sociaux au détriment des populations. Le désastre humain des plans d'ajustement structurel dénoncés par Aminata Traoré, que le pouvoir malien se  réclamant pourtant de gauche, a mis en œuvre, précise-t-elle, interpelle l'Europe plongée dans l'austérité.

Enfin, le travail en direction des classes populaires avec les jeunes, les femmes et les mouvements sociaux constitue un axe fort des résolutions. Le changement  passe par les peuples qui se révoltent au nom de la dignité, de la justice sociale et de la démocratie. La gauche et les partis parviennent difficilement à saisir les opportunités historiques que ces crises ouvrent. « Le sectarisme, la division, l'opportunisme privent le peuple de savourer sa victoire », affirme Mohamed Jmour, du PTPD de Tunisie. La construction de l'unité à gauche et sa viabilité dépendent de cette relation au corps social.

Les participants ont pris l’engagement de se retrouver en Tunisie en 2012 pour une nouvelle étape dans le renforcement du réseau. L'ambition de créer les conditions de réelles alternances, après deux décennies de dérives d'une démocratie au service d'intérêts particuliers et étrangers, devra d'ici-là déboucher sur des actions concrètes pour des processus électoraux crédibles, et une solidarité réelle entre les partis.

Chrystel Le Moing

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Edité par T 34 - 07 Dec 2011 à 03:19
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 08 Dec 2011 à 21:56

Zone Rouge

 
Pierre BANZET

Il y a deux jours, je me trouvais sur un marché, au centre de Bamako en compagnie d’un camarade du parti SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance) également responsable du réseau de radios libres « réseau Kayira ». Il souhaitait acheter une paire de chaussures.. Alors qu’il s’arrête pour négocier le prix d’une paire de chaussure avec un commerçant, je m’arrête en face d’une échoppe à quelques pas. Sur le fronton de celle-ci, je peux voir et lire des affichettes à l’effigie de Mouammar Kadhafi. Très certainement des affichettes collées au passage d’un manifestation de protestation contre l’intervention en Libye. Un portrait du Colonel occupe la moitié supérieure du papier, en dessous du portrait, est écrit : « soutenons le guide de la révolution Kadhafi ». Le marchand qui vend des pièces de tissu est occupé avec un client et je m’adresse tout d’abord, aux quelques personnes assisses devant et à côté de l’échoppe pour leur demander qu’ils m’autorisent à faire une photo. Deux gamins, s’adressent tout d’abord à moi sur le registre du racket à touriste et réclament de l’argent alors que la question ne les concerne nullement. Comportement de gamins sans suite ni intérêt. Alors que Madou s’approche pour me rejoindre, le commerçant de la boutique voisine du commerçant de tissu m’interpelle pour me faire savoir que le marchand en a fini avec son client et que je peux m’adresser à lui directement pour savoir si oui ou si non je peux réaliser cette photo. Après avoir hésité un instant, le marchand me répond qu’il ne souhaite pas que je prenne cette photo.

Sans la moindre agressivité, il me répond : non. Tu es blanc et en plus, tu es français. Sarkozy a assassiné le Colonel Kadhafi. Pour moi comme pour la majorité du peuple Malien et de l’Afrique, il n’était pas un dictateur et il était l’un des rares à oser dire « non » à la France et aux Grandes puissances. Je ne peux pas accepter la recolonisation de l’Afrique par la France de Sarkozy. Tous les blancs ont soutenu Sarkozy, son intervention en Côte-d’Ivoire et la guerre en Libye et ils ont tous applaudi à son assassinat. Voilà pourquoi, je ne souhaite pas que tu prennes cette photo. Car pour moi cela signifie que tu glorifies cette victoire du colonialisme et cette photo serait un trophée.

Madou intervenant dans notre conversation explique brièvement les raisons ma présence au Mali. Encore une fois les références à radio Kayira et au parti SADI font miracle et Madou retourne la situation en expliquant aux quelques personnes qui s’intéressent à notre débat la position du parti et qu’on ne peut répondre avec une vision manichéenne blanc/noir. Ce serait conforter Sarkozy et les puissances occidentales dans leur stratégie d’intervention sur le Continent. Finalement, je reçois l’accord du commerçant pour faire la photo et nous nous quittons bons amis, moi reconnaissant que son analyse d’un point de vue africain est juste et lui reconnaisant qu’il ne fallait pas simplifier les sources de conflit entre blanc et noir. Il s’appelle par ailleurs Traoré c’est également le nom qui m’a été attribué par l’équipe de radio Kayira et nous nous quittons après une poignée de main amicale.

Cet épisode est très représentatif de l’opinion des africains et des Maliens notamment. J’ai bien souvent entendu ce point de vue de la part de Maliens que j’ai rencontrés qu’ils soient politisés ou non. L’intervention du tribunal de La Haye, n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu.

En France et, plus généralement dans l’ensemble des pays européens, il n’a été fait état que des sujets de conflits entre ces pays et le dirigeant Libyen, sans que, à aucun moment il n’ai été tenu compte du point de vue des peuples africains. Ces derniers n’ont que faire des griefs des occidentaux à l’égard du colonel Kadhafi. Ce qu’ils retiennent, c’est que personne en Libye ne mourait de fin, que les soins étaient gratuits ainsi que l’enseignement. Aucun de ces dirigeants des régimes pétroliers n’a voulu investir le moindre dollar pour aider les pays africains à sortir de la famine, du surendettement et acquérir une réelle indépendance à l’égard des nations impérialistes. C’est pour ces raisons parmi bien d’autres que les peuples africains ont été bouleversés par l’assassinat du leader Libyen.

Au cours de ce conflit, les dirigeants africains qui ont tenté une médiation pour une résolution pacifique du conflit ont été traités comme des moins que rien dont l’opinion était sans valeur. Très tôt, le colonel Kadhafi avait acepté toutes les conditions posées par le CNT. Alors que dans le même temps, le Qatar envoyait 5 000 hommes en Libye et que les services spéciaux français et britannique opéraient depuis la frontière du Niger.

Que ce soit par l’intervention des troupes franco-onusiennes en Côte-d’Ivoire, l’intervention des forces occidentales en Libye ou par le biais d’élections plus truquées les unes que les autres, la politique de la France et de ses associés est considérée comme la recolonisation du Continent. Le fossé entre classe politique dirigeante inféodée aux intérêts occidentaux et population est de plus en plus considérable et se révèle de plus en plus clairement dans son rapport de classes.

Alors oui, le président Sarkozy peut déclarer zone rouge les Etats subsahariens mais en réponse ce sont les peuples d’Afrique qui déclareront zone rouge aux intérêts occidentaux tout le Continent, d’Alger au Cap.

Pierre Banzet
Correspondant du réseau Kayira
Bamako, 4 décembre 2011


 


Edité par T 34 - 11 Dec 2011 à 07:51
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Dec 2011 à 01:58

Pretoria bientôt à la tête de l’UA ?

L’Afrique du Sud avance une candidature à la tête de la commission de l’Union africaine, contre le sortant gabonais, Jean Ping, jugé trop proche des Occidentaux.

Le Gabonais Jean Ping entendait briguer tranquillement, en février prochain, un second mandat à la tête de la commission de l’Union Africaine (UA). Mais les crises ivoirienne, soudanaise et surtout libyenne sont passées par là. Elles ont laissé des séquelles au sein de l’organisation continentale, marginalisée par l’interventionnisme occidental. D’où la décision des Sud-Africains d’avancer une candidature contre Jean Ping, jugé trop accommodant avec les Occidentaux. La ville de Pretoria fait donc campagne pour Nkosazana Dlamini-Zuma, soixante-deux ans, ex-épouse du président Jacob Zuma, militante contre l’apartheid, ancienne ministre des Affaires étrangères (1999-2009) et actuelle ministre de l’Intérieur de la nation arc-en-ciel.

 Faire contrepoids à l’interventionnisme

Puissance économique émergente, l’Afrique du Sud veut aussi s’affirmer sur la scène diplomatique régionale et mondiale. Avec la ferme conviction que les conflits africains doivent faire l’objet d’un traitement africain, et non d’interventions militaires des grandes puissances, fût-ce sous couvert de résolutions onusiennes.

Au plan international, Pretoria entend, pour faire contrepoids à l’interventionnisme européen et états-unien, arrimer l’Afrique à d’autres pôles émergents du Sud, Inde et Brésil en tête.

 Le sommet de l’UA, un ballet diplomatique

Avec ce duel annoncé, la préparation du sommet de l’UA donne lieu à un intense ballet diplomatique. Lundi, Jean Ping, accompagné du commissaire de l’UA à la paix et la sécurité, Ramtane Lamamra, était reçu par le président Bouteflika à Alger, première étape d’une tournée en Afrique du Nord. « Compte tenu de la situation prévalant actuellement dans le continent en général et en Afrique du Nord en particulier, il est bien de consulter l’Algérie et voir comment nous allons gérer la situation dans toute la sous-région », a -t-il indiqué à son arrivée dans la capitale algérienne. Assurée de l’appui de ses voisins d’Afrique australe, l’Afrique du Sud espère de son côté engranger d’autres soutiens parmi les pays anglophones. Jean Ping, lui, fait amende honorable en admettant que l’UA a été « mise sur la touche par la coalition » dans le dossier libyen. Et s’en va rappelant que l’Afrique du Sud a elle-même voté, avec le Gabon et le Nigeria, la résolution 1973 qui a instauré une zone d’exclusion aérienne ouvrant la voie aux bombardements de l’Otan. Verdict en février prochain.

Jacob Zuma dénonce l’ingérence des grandes puissances, cette « cicatrice » libyenne

Samedi dernier, à Abuja, le président sud-africain, Jacob Zuma, a qualifié « l’ingérence des grandes puissances » dans la crise libyenne de « cicatrice qui mettra plusieurs années à guérir ». « Le mois prochain, le sommet de l’Union africaine devra délibérer très sérieusement (…) de la façon d’éviter toute répétition de ce qui s’est passé 
en Libye, a-t-il plaidé. Les pays développés 
ont détourné une réelle aspiration démocratique du peuple libyen pour poursuivre leurs plans 
de changement de régime. (…) La situation libyenne est un rappel de la nécessité (…) 
de défendre la place et l’autorité de l’Afrique et de l’UA sur les questions touchant le continent. »

Rosa Moussaoui

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Dec 2011 à 04:43
L’Afrique est sans défense face à l’offensive militaire euro-américaine
 
Glen Ford
 

Tandis que les USA et leurs alliés de l’OTAN progressent vers le Sud pour renforcer leur emprise sur l’Afrique, après avoir pris possession de la Libye et de ses gigantesques champs pétrolifères, la plupart des dirigeants africains semblent approuver leur réinsertion dans l’Empire. L’AFRICOM se trouve déjà dans une position favorable, où les Africains eux-mêmes l’ont placée.

 
 
Les USA et leurs alliés ont entamé une offensive en Afrique et en Asie, une attaque par plusieurs côtés qui dans plusieurs régions rappelle une « blitzkrieg ». Cette agression enragée a débuté avec la transformation de l’OTAN en corps expéditionnaire pour renverser le régime libyen, et s’apprête maintenant à détruire l’ordre laïc syrien. Bien que depuis des années on se soit appuyé sur des plans visant à changer ouvertement ou discrètement les régimes de pays ciblés, en parfait accord avec l’impératif historique du capital mondialisé : soumettre à la matraque la planète entière pour en faire un marché docile aux ordres de Washington, Londres et Paris,  l’offensive actuelle s’est heurtée à une évolution imprévue : le cauchemar d’un réveil arabe.
 
La perspective d’un printemps arabe au début de l’année 2011 a déclenché une véritable hystérie dans les capitales impériales. Brutalement la rue arabe vous plaçait devant votre propre mort géopolitique. Washington comprend très bien que l’émergence de régimes arabes conformes à la volonté populaire conduirait rapidement, selon l’expression chère à Chomsky, à éjecter les USA de la région - sonnant le glas non seulement d’un Occident assoiffé de pétrole, mais aussi des filiales du capital international que constituent les autocraties putrides du Golfe persique.
 
Visant à des siècles de domination euro-américaine Washington, Londres et Paris se sont hâtés de faire de l’OTAN l’instrument d’une opération « Shock and Awe » contre leur cible préférée en Afrique du Nord : Mouammar Kadhafi. L’onde de choc de cette démonstration de force a jeté dans les rues de Damas les suppôts de l’impérialisme. Mais l’Afrique est la région la plus exposée sur le sentier de guerre des USA - un continent prêt à tomber dans leur escarcelle grâce aux innombrables liens que les classes politiques et militaires africaines entretiennent avec l’impérialisme. Les Etats-Unis et leurs alliés, les Français au premier rang, sont en position de « croquer » la plus grande partie de l’Afrique avec la collaboration de la plupart de ses gouvernements et surtout des militaires.
 
L’AFRICOM, créée en 2008 par l’administration Bush , et désormais la créature à part entière de la doctrine d’intervention « humanitaire » d’Obama, revendique la responsabilité militaire de tout le continent hors l’Egypte. Le commando militaire US a réuni un nombre impressionnant d’alliances avec des organisations régionales et des blocs de pays représentant tout le continent à quelques exceptions près -d’ailleurs déjà dans le collimateur. Les USA progressent brutalement vers le Sud après avoir conquis la Libye, mais ce sont les Africains eux-mêmes qui leur ont aplani la route.
 
La guerre menée par les USA en Somalie, qui s’est intensifiée de manière dramatique avec l’invasion éthiopienne soutenue par les USA, a maintenant été légitimée par l’IGAD (International Authority on Development in East Africa), qui inclut l’Éthiopie, le gouvernement somalien fantoche de Mogadiscio, le Kenya, l’Ouganda, Djibouti, protectorat français de facto et nominalement le Soudan.
 
L’opération - nominale - de l’ONU en Côte d’Ivoire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo, dirigée par la France, a été approuvée par l’ECOWAS, l’Union économique qui regroupe 16 États d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.
 
L’AFRICOM organise tous les ans de gigantesques manœuvres militaires du nom d’African Endeavor qui entraîne les armées africaines au maniement des « pratiques standard de communication». On leur enseigne les procédures de commando et de contrôle états-uniennes sur des équipements militaires US et sous la surveillance de conseillers états-uniens. En 2009, les armées de 29 pays africains avaient pris part à ces manœuvres. Cette année, 40 nations participaient à African Endeavor, soit la majorité des hommes portant les armes en Afrique.
 
Plus sournoise encore est la doctrine du «  soldat à soldat », qui encourage les gradés de même rang des armées états-unienne et africaines à établir des relations personnelles à tout niveau : général/général, colonel/colonel, major/major et même capitaine/capitaine. L’AFRICOM espère établir ainsi des relations personnelles durables avec les armées africaines, quels que soient les régimes en place.
 
Au Sahel l’AFRICOM entretient des relations étroites avec pratiquement tous les États qui bordent le Sud du Sahara, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Océan indien, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Il s’agit de la Mauritanie, du Mali, du Tchad et du Niger, plus le Nigeria et le Sénégal. Au Nord, l’AFRICOM maintient les mêmes liens avec les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) et jusqu’à cette année avec la Libye de Kadhafi.
 
C’est souvent l’AFRICOM qui est la véritable force derrière des interventions dites « africaines ». L’AMISOM, officiellement la prétendue « force de maintien de la paix » en Somalie, se compose en réalité de troupes ougandaises et burundaises, deux gouvernements fantoches au service des USA ; elles fonctionnent comme mercenaires de Washington et sont payées essentiellement par les Américains. 500 soldats venus de Djibouti doivent bientôt s’y joindre. Des années durant l’AMISOM a été la seule force qui a sauvé le régime fantoche de Mogadiscio de l’anéantissement par la résistance des Shabab. Aujourd’hui les combattants de l’Union africaine ont reçu des renforts et mènent, en commun avec les envahisseurs kenyans et éthiopiens, une offensive destiner à prendre en tenaille les Shabab et à les exterminer. La mort vient du ciel sous forme de drones états-uniens basés en Éthiopie et à Djibouti. Et donc une armée qui se dit le bras armé de l’Union africaine est un outil de guerre états-unien dans la Corne de l’Afrique - un conflit que les Etats-Unis ont allumé et qui est également soutenu par l’alliance régionale de coopération, l’IGAD.
 
L’invasion de l’Érythrée, adversaire de l’Éthiopie et l’un des rares pays à rester en-dehors de la nébuleuse de l’AFRICOM n’est plus qu’une question de temps. Sans nul doute ce sera l’œuvre des « forces armées africaines », soutenues par les USA et la France. L’Union africaine, mouillée jusqu’au cou, ne s’y opposera sûrement pas.
 
Dès que le dernier bastion loyal à Kadhafi a été tombé, les interventions « humanitaires » d’Obama se sont profondément enfoncées en Afrique centrale ; 100 hommes des unités spéciales ont été envoyés en Ouganda en vue de missions en République démocratique du Congo, dans la nouvelle nation du Sud-Soudan et en République Centrafricaine, un poste avancé du néocolonialisme français, où les Américains avaient expédié le Président haïtien Jean Bertrand Aristide après son enlèvement en 2004. Il est vraisemblable que les «  bérets verts » états-uniens viendront à bout des 2000 combattants (environ) de la Lord's Liberation Army - une force que les Ougandais auraient été à même d’anéantir à eux seuls, s’ils n’avaient été occupés à jouer les mercenaires des USA dans tout le continent. (Dans cette région, le second tueur loyal aux USA est le Rwanda, que l’ONU rend responsable de la mort de millions de Congolais).
 
L’agression contre la Libye était devenue inévitable dès lors que le Nigéria, l’Afrique du Sud et le Gabon s’étaient déshonorés en approuvant la zone d’exclusion aérienne proposée par le Conseil de sécurité de l’ONU. L’onde de choc de l’offensive euro-américaine s’étend vers les Sud et embrasera bientôt le continent entier. La Corne de l’Afrique n’est déjà plus qu’un champ de bataille où règnent le feu et la famine, œuvre des Américains, mais avec le soutien total des Africains et de leurs institutions régionales. En Occident, l’ECOWAS sert de légitimation à la politique impériale, pendant qu’au Sahel les Africains se battent pour trouver des objectifs appropriés aux Américains. Tous les ans les Américains réunissent les militaires du continent pour leur apprendre le commandement et le contrôle de leurs troupes, ce qui rend leurs armées incapables de résister au véritable ennemi : les USA et l’OTAN.
 
Trompée par une classe politico-militaire désireuse de s’intégrer à tout prix dans le système impérial, l’Afrique est sans défense face à l’agression euro-américaine.
 
Seuls les bidonvilles et le bush peuvent détourner cette catastrophe. S’ils veulent résister aux Américains et aux Européens, les Africains doivent en premier lieu lutter contre leurs propres gouvernements.
 
 
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Afrique. Les médias alternatifs, moyen de lutte contre le système capitaliste.

 
 
Bernard DODJI BOKODJIN

« Les capitalistes appellent « liberté de la presse » la liberté de corruption de la presse par les riches, la liberté d’utiliser la richesse pour fabriquer de toute pièce et falsifier la supposée « opinion publique ». Les défenseurs de la « démocratie pure » se manifestent aussi dans ce cas comme des défenseurs du plus immonde et vénal système de domination des riches sur les médias de masse, et en deviennent des menteurs qui trompent le peuple et qui, avec des phrases belles mais fausses jusqu’à la moelle, le détournent de la tâche historique concrète de libérer la presse de sa soumission au capital ».

Oscar Arias, président du Costa Rica.

Ces mots du président du Costa Rica, révèlent la place que les médias occupent dans le monde actuel pour que les « riches du monde » déploient tout leur arsenal financier pour les contrôler. Depuis quelques décennies, les Technologie de l’Information et de la Communication (TIC) ont pris une importance capitale dans le quotidien de toute la population mondiale. Toute initiative, projet ou action ne peut connaitre de réussite s’il n’y a pas une communication adéquate autour du sujet. Internet, télévision, presse écrite, radio… tous diffusent à longueur de journée des informations sur les divers sujets qui alimentent l’actualité du monde. Et la population, dans la plupart des cas, prend pour « vérité biblique » les informations véhiculées par les médias.

Or, la plupart des « grands médias » sont au service d’un système qui a pour principal objectif, la domination des pays du Sud pour une appropriation de leurs ressources minières, financières et humaines. Les médias qui voudraient montrer une résistance dans la mise en application du plan austère des capitalistes sont rapidement submergés par des dollars, et tombent dans le piège bien affiné des financiers du monde. En 1880 à New-York, le journaliste John Swinton confessait que « le travail des journalistes consiste à utiliser le mensonge pur et simple, pervertir, diffamer et adorer le « Mammon » (l’argent) à ses pieds, pour détruire la vérité, et pour vendre son pays et son humanité pour manger chaque jour. Cela, vous le savez et je le sais, mais quelle est cette illusion de célébrer une presse indépendante ? Nous sommes les instruments et les vassaux de ces riches qui se cachent dans les coulisses. Nous sommes des marionnettes pour ceux qui en tirent les ficelles, et nous dansons. Nos talents, nos potentiels et nos vies sont propriétés d’autres hommes. Nous sommes des prostitués intellectuels ».

Dans ce paysage hautement corrompu, quelques médias s’efforcent encore de ne pas succomber à la tentation et luttent pour une distribution équitable des ressources de la planète, l’avènement des États de droit et une véritable démocratie adaptée au contexte africain, avec une justice équitable. D’autres encore sont engagés pour la cause des dominés et arrivent à constituer un contre-pouvoir réel des dirigeants. Pambazuka news est l’un de ces médias qui, de part ses articles, son espace d’expression, éclaire les peuples africains et du monde entier sur le système de gouvernance en faveur de quelques dirigeants au pouvoir en Afrique. Il montre, par les analyses de ses correspondants partout dans le monde, les voies et moyens empruntés par les « riches » du monde pour imposer une domination accrue sur les « pauvres ».

Il est clair que les peuples ne sont pas assez informés, ou sont mal informés sur le système de fonctionnement érigé en loi par les néolibéraux et qui sont respectés à la lettre par des dirigeants africains à la solde de ce système. C’est là toute l’importance des médias libres ou alternatifs qui œuvrent pour une éducation dites « citoyenne » car le pouvoir véritable appartient au peuple. L’existence de ces médias constitue un problème pour « les mercenaires » africains car ils donnent des informations jugées sensibles par les pouvoirs en place.

Pambazuka news milite pour sortir l’Afrique du joug colonialiste et de la domination des mafias de la françafrique. Les articles en trois (03) langues différentes est une opportunité unique que seul, des médias « commerciaux » possèdent. Ceci est un atout considérable car des milliers de lecteurs à travers le continent africain arrivent à saisir le sens véritable des actions posées par leurs gouvernants. Il convient de préciser que le journal Pambazuka news donne la possibilité à des mouvements sociaux, ONG, associations, artistes militants et activistes des droits de l’Homme qui sont boycottés par les grands médias de vulgariser leurs différentes actions ou activités menées dans le sens du véritable développement de l’Afrique. Il constitue une tribune où tous les articles provenants des quatre coins du continent sont publiés sans distinction aucune. Quitte aux acteurs et militants du continent d’en profiter et de faire valoir notre droit et de demander des comptes aux avides du pouvoir.

La révolution au Maghreb et dans le monde arabe a montré que seul le peuple peut choisir son dirigeant ; et ce pouvoir est inaliénable. Mais, pour que ce peuple arrive à montrer sa détermination dans le choix de son dirigeant, il faut qu’il soit suffisamment informé, éduqué et formé pour revendiquer ses droits. Le grand défi est d’arriver à concurrencer les médias mainstream qui passent à longueur de journée des télénovelas pour endormir le peuple ou encore qui font la propagande des dirigeants mafieux. Ce défi peut être relevé avec beaucoup d’abnégation et de travail de la part de militants du monde. Heureusement, les médias alternatifs constituent un moyen de diffusion d’informations, riches et vraies, sans discrimination, ceci pour impulser le développement du continent noir. Les messages véhiculés par ces médias sont différents, voire s’opposent à ceux des médias mainstream. Cette tendance doit être maintenue car c’est là que réside la force des médias alternatifs. L’uruguayo-vénézuélien Aram Ahoronian, un des fondateurs de teleSUR, met en garde contre les dangers qui guettent les médias alternatifs en disant : « il ne sert à rien d’avoir de nouveaux médias, de nouvelles télés, si nous n’avons pas de nouveaux contenus, si nous continuons à copier les formes dominantes. Il ne sert à rien d’avoir de nouveaux médias si nous ne croyons pas à la nécessité de nous voir avec nos propres yeux. Parce que lancer des médias nouveaux pour répéter le message de l’ennemi, c’est être complice de l’ennemi ».

D’où la nécessité d’avoir un forum social mondial des médias libres pour vulgariser les actions et consolider les acquis de ces médias. L’importance de ce forum réside dans la mobilisation qui sera autour de l’évènement et à chaque édition suscitera le partage d’expériences et des échanges d’idées qui permettront à chaque structure d’agir localement et de développer d’autres initiatives d’information. Les informations données et les messages passés doivent être ceux correspondant à chaque milieu et qui doivent agir véritablement sur les actions des communautés concernées. Penser globalement et agir localement, tel doit être le leitmotiv des médias alternatifs. L’avenir de l’Afrique en dépend.

Bernard Dodji Bokodjin

Sociologue, membre d’Attac Togo / CADTM

http://www.cadtm.org/

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Dec 2011 à 22:33

"La France est le pays qui a le plus oeuvré contre l’unité continentale africaine."

 
 
Komla KPOGLI

« Révolutions arabes » : enjeux et répercussions sur le continent africain. L’Afrique entre guerres « humanitaires » et droits de l’homme avec une CPI clientéliste. L’Afrique entre ses paradoxes et son union « sabotée » avec à la clé une AFRICOM et ses visées stratégiques. Des questions complexes que la nouvelle république a abordées dans cet entretien avec Komla Kpogli, secrétaire général de la Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique (J.U.D.A.)

Un mot sur les « révolutions arabes ». Pour vous, ce sont des « révolutions inabouties et sous contrôle ». Pouvez-vous expliciter ?

Komla Kpogli : On ne peut dire que l’intention véritablement révolutionnaire soit totalement absente des rangs de ces marées humaines dans les rues des pays en question. Les régimes politiques kleptocrates soutenus dans ces pays sous le fallacieux prétexte qu’ils constituaient des remparts anti-islamistes avaient non seulement immobilisé le peuple par la répression mais surtout ils l’avaient immensément paupérisé au profit de deux entités absolument parasitaires : une « élite indigène » corrompue pour qui le patriotisme est le premier des péchés à commettre et des économies capitalistes prédatrices. Cette situation ne peut que conduire tôt ou tard à des insurrections populaires. La bonne foi révolutionnaire de beaucoup de manifestants est donc à présumer. Mais, laisser les choses se faire par le peuple équivaudrait à lui accorder la force de prendre sa destinée en main. Autrement dit, c’est amoindrir la mainmise occidentale sur les richesses de ces pays, c’est perdre le rôle géopolitique attribué à ces pays dans ce qui est dénommé la scène politique moyen-orientale, c’est donner la possibilité à ces peuples de désigner des interlocuteurs valables face au lieutenant de la région qu’est Israël. Dans ces conditions, les pays occidentaux, même si certains comme la France ont eu du retard à l’allumage, ont compris qu’il fallait prendre le contrôle de ces bouillonnements populaires et leur donner une direction. Canaliser ces révoltes voire les organiser pour qu’elles servent au mieux les intérêts jusque là défendus par les satrapes au bord du précipice. Pour obtenir ces changements dans la continuité, les parrains de ces tyrans vont les sommer de quitter le pouvoir et ils iront, pour certains, jusqu’à former des « jeunes révolutionnaires » à l’école des mouvements que la CIA via la National Endowment for Democracy (NED) avait actionnés dans les Balkans dans les années 2000. D’autres encore leur offriront des facilités médiatiques et communicationnelles au travers des réseaux sociaux. Ces « exigences » en apparence en conformité avec le vœu des masses révoltées résultent en réalité d’un calcul rigoureux. Demander et obtenir, avec la rue, le départ des tyrans pour pouvoir mieux maîtriser la suite des évènements et conserver leur système et leurs régimes. C’est ainsi qu’après le départ du pouvoir de Ben Ali et Hosni Moubarak, deux joyaux présentés pendant longtemps par leurs parrains comme « les meilleurs élèves de la région », le système n’a pas fondamentalement bougé. « Les rois étaient tombés, mais vive les rois ». C’est en cela que ces révolutions sont inabouties et maîtrisées. Mais visiblement, les peuples ont compris le jeu notamment en Egypte où ils n’ont jamais cessé de manifester en vue d’obtenir la fin d’un système et pas seulement le départ d’un homme et de son clan.

Certains pensent que la guerre de Libye est une guerre contre l’Afrique. Etes-vous de cet avis ?

Komla Kpogli : Bien évidemment elle l’est. Plusieurs projets et réalisations de la Jamahiriya arabe libyenne dans nombre de territoires africains confirment cette lecture. La Libye a investi dans beaucoup de ces territoires. Ces investissements mettaient directement en danger ceux des pays occidentaux qui considèrent ces espaces comme les leurs. Il en est ainsi du financement en partie du satellite Rascom 1. Le fait que ce soit la Jamahiriya qui parle le plus d’une Union Africaine tournée essentiellement vers les besoins africains, le fait que ce soit elle la première contributrice intérieure au budget de l’UA actuelle et qui par ce biais tentait de limiter la dépendance de l’Afrique entrent dans ce schéma. Il y a en outre les projets de création du dinar-or qui serait une monnaie africaine, d’une nouvelle politique de redistribution des recettes pétrolières et de la constitution d’un gouvernement fédéral africain avec des attributions énumérées par Kadhafi en 2009 avec tous les pays africains ou à défaut un nombre restreint selon ses propres termes l’ont exposé à la haine occidentale renforcée à la fois par des vérités que, côté africain, seuls Kadhafi et quelques rarissimes dirigeants puissent dire du haut de la tribune de l’ONU et par des investissements des fonds souverains libyens investis dans des pays occidentaux. Ces investissements notamment dans l’agro-alimentaire, dans le pétrole, les banques et assurances et dans l’immobilier rapportaient pas mal de profits à ce pays qui finançait ainsi son développement en toute autonomie. Ce qui l’avait mis aussi à l’abri du piège de la dette que recommandent le FMI et la Banque mondiale. En outre Kadhafi vient régulièrement en aide aux pays en indélicatesse avec les occidentaux, alias la communauté internationale. En assassinant un homme de cet acabit, il est évident que c’est toute l’Afrique qu’on vise. Au-delà de tout ceci, il faut dire que l’un des objectifs les plus importants de cette guerre c’est de priver les africains de modèle de gouvernement endogène. Les empêcher d’avoir des référents sur le plan local –nonobstant leurs imperfections ou erreurs- qui puissent les inspirer de sorte qu’ils aient toujours le regard tourné vers le modèle capitaliste occidental qui les pillent et les endettent tout en ayant un discours sur l’aide et la coopération en bandoulière.

Quelles seraient les répercussions de ces « révolutions arabes » sur le continent africain ?

Komla Kpogli : Leur effet sera d’une moindre importance aussi longtemps que les tyrans africains seront de « bons élèves » du FMI, de la Banque Mondiale…Au fond, la crise étant chronique en Afrique, il existe des contestations quotidiennes plus ou moins organisées contre les tyrans en place. Mais ces contestations noyées dans le bain des répressions sanglantes ne suscitent aucune attention si elles ne sont considérées que comme la manifestation patente des « conflits ethniques » qui seraient la mesure de toute chose en Afrique noire selon les spécialistes autoproclamés de l’Afrique. Toutefois, certains peuvent être tentés de s’inspirer des mouvements maghrébins suscités ou non. A notre avis, ces tentatives seront vaines. Car, il leur manquera le soutien des occidentaux comblés dans leurs multitudes attentes par l’état actuel de la gouvernance en Afrique noire. C’est ce que nous voyons actuellement avec le vol à main armée du suffrage populaire par joseph Kabila au Congo. Malgré les cris de détresse de Tshisekedi, vainqueur spolié de son dû, personne ne lui volera au secours. Mieux, toutes les déclarations que ce soit celles émanant du secrétariat général de l’ONU, des ONG et des chancelleries occidentales consistent à culpabiliser les victimes pour blanchir les coupables. C’est une vieille méthode que ces institutions ont inventé pour maintenir immobilisé de tout temps notre peuple, pour assassiner des millions d’africains, surtout des plus illustres et ainsi garder les intérêts coloniaux en l’état. Toutefois, pour éviter que cette perspective fasse dire à vos lecteurs que nous sommes d’un pessimisme sans égal, nous disons que les africains doivent faire leur révolution en s’inspirant d’eux-mêmes, c’est-à-dire en partant d’eux-mêmes pour revenir à eux-mêmes. L’histoire montrant que les noirs n’ayant pas d’alliés dans le monde, ils ne doivent que compter sur eux-mêmes en toute chose.

Les Occidentaux prétextent mener ces guerres au nom des droits de l’homme (guerre humanitaire), à considérer ce qui se passe en Palestine, au Bahreïn, au Yémen, en Afghanistan et sur les bases militaires de Guantanamo et d’Abou Ghraïb, peut-on encore parler de droits de l’homme ?

Komla Kpogli : Il n’y a pas de guerre humanitaire. C’est un mythe. Ces guerres sont du business. Non seulement la dépendance politique du pays agressé s’implante mais encore ses richesses sont drainées vers les pays agresseurs et leurs multinationales. Les « soldats humanitaires » de l’Occident accompagnés de quelques ravitailleurs locaux africains ou arabo-musulmans de pacotilles et de décor détruisent l’aviation et le matériel militaire, mais le gouvernement fantoche et obséquieux à venir devra acquérir de nouveaux matériels de guerre. Les « guerriers et les bombardiers humanitaires » détruisent les infrastructures dont s’est dotée le pays agressé au prix d’énormes sacrifices, mais les préfets locaux à venir devront en reconstruire. Et qui sont ceux qui vont avoir les contrats pour la prétendue reconstruction ? Les multinationales des pays envahisseurs. Comme en Irak et partout ailleurs. Ainsi, le profit sera double voire triple : détruire ce qu’on avait vendu, faire payer le reste de la facture si tout n’avait pas été réglé par l’ancien régime et « reconstruire » ce qu’on avait détruit. On a vu clairement ces pratiques aux lendemains immédiats de la chute de Tripoli. Après Sarkozy et Cameron, une bande dite d’hommes d’affaires conduite par le secrétaire d’Etat français au commerce extérieur, Pierre Lellouche a débarqué en Libye. Les déclarations faites par des membres de ce cortège et surtout celles de Pierre Lellouche étaient très décomplexées. Ils étaient venus, déclaraient-ils, prendre leur part, car il n’y avait qu’eux (les français) et les anglais à combattre aux côtés du fameux CNT.
En ce qui concerne les droits de l’homme, il serait grand temps de se demander, au vu de l’histoire et de la politique internationale, qui est cet homme qui a des droits, quels sont ces droits et pourquoi ce sont seulement les occidentaux et leurs officines ainsi que leurs ailes marchantes locales agréées et affublées du titre d’organisation de protection ou de défense des droits de l’homme qui en parlent en direction d’autres pays notamment ceux qui ne leur sont pas totalement soumis. Au demeurant, lorsque des pays qui se livrent à des actes inhumains ou les cautionnent dans des pays que vous venez de citer et qui malgré leur cv d’exterminateurs de peuples entiers aussi bien ailleurs qu’en Europe où ils ont tenté d’exterminer les juifs, d’esclavagistes, de colonialistes, de pillards, de voleurs récidivistes les armes au point, viennent vous parler des droits de l’homme, vous devez savoir qu’il y a escroquerie.

Vous considérez les droits de l’homme, la liberté et la démocratie venant de l’Occident, comme une arnaque que les africains ne comprennent pas pour le moment ; entendez-vous par là, les gouvernants ou les peuples ?

Komla Kpogli : C’est une arnaque pour deux raisons.

Tout d’abord, l’Occident intrinsèquement individualiste, conquérant et dominateur ne peut œuvrer pour le bien d’autres peuples. Il suffit de faire un bon dans l’histoire mondiale ancienne et contemporaine pour s’apercevoir que l’Occident ne s’est jamais soucié que de son propre bien-être. Les rares moments où il a eu à partager ses réussites avec les autres se sont déroulés dans un rapport de force qui lui est défavorable ou marqué par un équilibre. C’est le cas par exemple de ses relations avec la chine aujourd’hui.

Ensuite, en s’octroyant la paternité de ces concepts, l’Occident s’autorise le pouvoir de s’immiscer directement dans les affaires intérieures des pays qui ne lui sont pas soumis. De ce fait, les occidentaux s’accordent le monopole de l’exportation de ces notions par des injonctions, des pressions de toute sorte et des guerres. Ces concepts sont des outils que l’Occident puise dans de sa boîte à outils pour abattre des régimes insoumis. Dans cette boîte à outils, aux côtés de ces concepts, on trouve pêle-mêle : le droit international, le discours humaniste, l’aide humanitaire, les ONG, les médias, la justice internationale, l’ONU, les organisations militaires telles que l’OTAN...Les fameux réseaux sociaux à géométrie variable entrent également dans cette boîte à outils. Ces concepts dont nous parlions sont des alibis, des prétextes qui servent à l’occident de niveler le monde à sa mesure, de s’offrir de nouveaux marchés, de briser toute tentative d’émancipation qui ne veut pas s’inspirer du modèle occidental, de détruire toute réflexion autonome au sein d’un pays, d’étrangler toute idée de répartition juste et équitable des biens au sein d’un pays et de contraindre des sociétés à abandonner leur culture. Au nom de la liberté, des droits de l’homme et de la démocratie, l’occident tue la liberté, les droits et le choix des peuples. Tous ceux qui luttaient pour une Afrique autonome ont été chargés par la propagande occidentale d’être des communistes, ennemis de la « liberté » qui n’est que la liberté pour l’Occident de s’emparer des richesses de l’Afrique et donc des tyrans pour qui l’assassinat physique est l’issue. Dans les pays latino-américains, tous les régimes issus de la volonté populaire étaient et sont considérés comme des dictatures les plus féroces traquées et matraquées à longueur de journée par un occident pour qui le tyran est celui qui veut que les richesses de son pays servent prioritairement à répondre aux besoins de ses habitants. Le tyran qui viole les droits de l’homme, la liberté et la démocratie c’est celui qui veut renégocier les contrats miniers de son pays avec les multinationales, c’est celui qui essaie de limiter la casse du libéralisme orchestré par l’OMC, le FMI, la Banque mondiale... Lorsque le vote d’un peuple ne correspond pas au vœu de l’occident, il est antidémocratique ou alors c’est la fraude. Des exemples existent à profusion : Gaza avec le Hamas, l’Afrique avec des élections ici et là. Lorsque le vote est fraudé et entaché de violences les plus sanglantes en faveur du poulain de l’Occident, il est, selon la formule consacrée : « malgré quelques légers incidents qui n’entament pas son issue, libre, démocratique et transparente ». On « prend acte des résultats » au nom du principe de la souveraineté qu’on nie aux autres et les diplomates et autres commentateurs occidentaux disent « pourquoi voulez-vous qu’on intervienne dans leurs affaires intérieures ? » ou « si on intervient on critique l’interventionnisme occidental, si on n’intervient pas on nous accuse d’inaction » ou encore « on ne peut leur demander d’accomplir en quelques dizaines d’années ce que nous avons, nous occidentaux mis des siècles à construire ».
Dans leur sphère immédiate, les occidentaux refusent aux peuples ce qu’ils prétendent apporter à ceux qui sont à des milliers de kilomètres. On vient de le voir en Grèce où l’ex-premier ministre Papandreou a commis selon les deux premières puissances de l’Union Européenne le crime de vouloir demander l’avis de son peuple sur un accord qui prescrivait un traitement de choc à cette économie en faillite. De la même façon, les gouvernants qui livrent des guerres à d’autres pour soi-disant leur faire écouter la voix du peuple, étaient ceux-là mêmes qui avaient contourné la vox populi concernant l’adoption du traité de Maastricht. Donc, aussi bien par omission que par commission, aussi bien dans son espace qu’ailleurs, l’occident n’agite ces notions que pour répondre à ses intérêts et ceux de ses classes dirigeantes toutes tendances confondues. Partout où l’occident est intervenu au nom de ces notions, que les sceptiques ressassent l’histoire, le chaos total s’installe à l’intérieur avec un tyran qui organise parfaitement la canalisation des richesses du pays vers l’extérieur. Ce sont donc les peuples qui ne comprennent pas encore cet attrape-nigaud. C’est pour cela que des organisations dites de défense des droits de l’homme et de promotion de la démocratie fleurissent en Afrique avec le financement des Etats occidentaux, des multinationales, des fondations et des organisations dites internationales. Et en bénissant ces concepts que les occidentaux portent à la bouche, les peuples attirent le loup dans la bergerie africaine. Sans doute leur restera t-il la liberté et la démocratie ainsi que le droit de compter les cadavres. Lorsque les peuples auront compris, ils chercheront des solutions endogènes aux problèmes auxquels ils sont confrontés au lieu d’appeler les loups surnommés « la communauté internationale » au secours.

Récemment Laurent Gbagbo a été « déporté » devant la CPI, des organismes des droits de l’homme à l’instar d’Human Right Watch ont salué ce transfèrement ; or, si l’on comptabilise les crimes commis par les israéliens, les américains, les français, leurs leaders méritaient également de comparaître devant cette CPI. Pourquoi cette politique des deux poids deux mesures ?

Komla Kpogli : Cette situation s’explique par le fait la CPI est une institution politique au sens propre du terme. La propagande veut la faire passer pour une justice. Malheureusement, des africains toujours les premiers à être impressionnés par l’industrie du leurre occidental y croient vivement. Or, la CPI n’est une justice que de nom. Puisqu’elle est très sélective. Elle cible et pourchasse certains hommes qui, à l’observation de leur personnalité et de leur orientation idéologique, ne sont coupables de rien sauf à refuser de se soumettre au colonialisme et elle garantit l’impunité la plus absolue à de véritables criminels. La CPI distingue donc deux types de crimes : les mauvais crimes qui sont commis par ceux qui sont du mauvais côté, c’est-à-dire ceux qui s’opposent à l’occident et les bons crimes qui sont le fait de ceux qui sont du bon côté car ils sont occidentaux ou leurs alliés. En plus de cette distinction, la CPI fabrique des crimes contre d’autres personnes que l’Occident entend punir.
De par son origine, son financement et ses pratiques, la CPI montre bien qu’elle est une institution des pays que vous venez de citer. La quasi-totalité des ONG qui ont été créées ou activées pour lui donner un vernis citoyen parrainé par l’ONU sont fondées ou financées par l’Union Européenne, le gouvernement britannique, la NED, c’est-à-dire la CIA, Open Society la fondation de George Soros qui se décline en Afrique par OSIWA, OSF-SA, OSISA et OSIEA. L’inénarrable Luis Moreno Ocampo, le fameux procureur de la CPI qui a connu des accusations d’abus sexuels de la part d’un de ses collaborateurs, a été enseignant aux universités de Stanford et de Harvard, consultant à la Banque Mondiale et aux Nations Unies puis membre consultatif de Transparency international dont il a présidé la délégation Amérique latine. On comprend donc le canevas idéologique de cet homme qui n’a durant tout son mandat donné au crime contre l’humanité que le visage noir des africains soigneusement triés sur le volet.

A propos de l’Afrique, c’est le continent le plus riche de la planète, avec une profusion de ressources naturelles, mais aussi, 57% vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’1,25 $ par jour.

Komla Kpogli : Cette contradiction s’explique par le fait que l’Afrique continue d’être un continent colonisé dont les richesses nourrissent d’autres peuples. Il n’y a pas d’Etats en Afrique pour organiser l’économie et l’orienter vers la résolution des problèmes endogènes. Il existe dans chaque espace délimité, un semblant de territoire, une population, mais pas un pouvoir organisé. Ce dernier est institué et organisé pour drainer les ressources africaines vers d’autres cieux. L’Afrique est confronté à ce que vous décrivez car elle est un continent extraverti, son économie est une économie coloniale conduite à produire ce qu’on lui demande et non ce qui correspond aux besoins de son peuple, son système éducatif, une construction coloniale, produit une cargaison des cadres aliénés, des cadres encadrés dont les rêves les plus fous sont non pas de transformer l’Afrique à partir de ses valeurs intrinsèques, mais plutôt de maintenir et vulgariser la version falsifiée de l’histoire africaine, de violer le peuple noir, de lui imposer toute sorte de greffe ou de travailler dans institutions dites internationales qui ont toujours œuvrer contre l’Afrique à savoir l’ONU, l’UE, la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC…Bref, cette « élite indigène » désire ardemment s’emparer du costume de hauts fonctionnaires qui mystifient leur monde par ce qu’ils considèrent comme un brillant parcours ou une réussite extraordinaire. Pour monter les étages de ces proto-Etats et conserver ses petits privilèges, cette « élite indigène » fière de son statut immobilise tout le reste de la société. L’école africaine confirme cet état de chose. L’école africaine ne donne à l’africain ni les bases théoriques nécessaires à la compréhension de ses problèmes, encore moins les outils pour les résoudre. Elle déprogramme l’africain depuis le bas-âge, le reprogramme contre lui-même et cette reprogrammation est consolidée par le catholicisme colonial qui chemine avec un protestantisme acculturateur et un islam rabougri, perturbateur et qui, en terre africaine ne s’illustre que par la consommation effrénée du mouton et le cérémonial de la prière incessante. Ces religions importées à coups de canons, d’épée et de ruses de la « bonne nouvelle » et du « salut » sont concurrencées par un mouvement évangélique « born-again » financé par l’axe américano-israélien qui ajoute de la confusion à la confusion dans une ambiance de show américain avec des pratiques mystificatrices servant à racketter des populations médusées dont les pensées sont orientées vers un paradis dont l’accès est conditionné par la pauvreté sur terre. Tout ceci fait que les africains ne maîtrisent pas du tout leur espace dont ils ont perdu d’ailleurs la possession depuis des millénaires si nous remontons à l’Egypte pharaonique.

Que faudrait-il faire pour inverser la situation ?

Komla Kpogli : Lorsqu’on ne maîtrise pas son espace, on ne peut pas le transformer. La condition sine qua non pour remédier à ce drame c’est de comprendre que l’Afrique n’est pas africaine. Qu’elle n’est en rien indépendante et que les africains ne décident de rien du tout. Ils vivent sur des territoires qu’ils ne maîtrisent pas. Mais déjà ce premier constat est nié et combattu farouchement par quelques négro-africains trépanés dans les écoles et universités occidentales. Ceux-ci le font soit par naïveté, soit par intérêts et quels intérêts d’ailleurs ? Des Miettes qui tombent de la table des maîtres au travers du financement du business associatif ou des miettes du pouvoir colonial que ces négro-africains gèrent. Or sans ce diagnostic, les solutions à prescrire seront du cautère appliqué sur une jambe de bois. Du reste, c’est ce qui se passe. Donc, il faut poser clairement le diagnostic et aboutir à la conclusion que l’Afrique demeure sous colonisation. Pour preuve, elle produit toujours des matières premières contre des produits finis et dans les deux cas les prix ne sont pas fixés par elle. Elle subit des guerres coloniales, son système monétaire est contrôlé de l’extérieur…Une fois ces faits établis, il faut dire aux africains que le développement est impossible dans des cadres étatiques extravertis, cloisonnés et construits à la conférence de Berlin entre 1884-1885 pour résoudre les problèmes liés aux rivalités entre pays occidentaux impérialistes. Qu’en conséquence seule une insurrection générale qui démolira ces proto-Etats pour les reconstruire sur les valeurs négro-africaines passées à la loupe de notre douloureuse histoire, avec une idée fédérale comme principe et des outils de défense des plus robustes peut sortir l’Afrique de la misère imposée à elle. Mais pour y arriver, il faut former et informer les africains. Il faut les organiser efficacement. Il faudra, pour cela, commencer par faire admettre aux africains que sous un leadership éclairé et courageux, les peuples les plus médiocres ont pu faire des bonds dans l’histoire et qu’en conséquence l’attitude typiquement négro-africaine qui nous pousse à haïr, à détester et à isoler celles et ceux de nos enfants qui sont lucides et capables d’imprimer un rythme de marche relève de la folie qui conduit au suicide. C’est uniquement sous un leadership capable que nous relèveront la tête et dans ce cas, il faut dénoncer les mesquineries qui nous minent, braquer la torche sur les petits coups bas, éclairer les petits arrangements nocturnes pour isoler, détruire ou court-circuiter les gens les plus vaillants parmi nous et saboter les initiatives les plus audacieuses, ne plus confier aux plus incapables mais qui par la ruse et le torpillage des autres s’accaparent des tâches qu’ils se précipitent de couler dans l’immobilisme le plus paralysant. C’est dans cet ordre d’ailleurs que nous avons lancé depuis février 2005 l’idée d’un front africain contre le néocolonialisme (FAN) qui, au regard des évènements récents, est plus que nécessaire. Ce n’est que suite à un bouleversement de cet ordre immobile établi entrainant une maîtrise effective du sol africain que les africains pourront construire une économie conforme à leurs besoins et à leurs aspirations.

Pour vous, l’Union africaine telle qu’elle existe aujourd’hui, est le symbole palpable d’une Afrique sabotée. Par qui ?

komla Kpogli : Oui, l’Union Africaine dans sa forme actuelle est la forme la plus perfectionnée de la non-Afrique. Car, l’idée d’une unité continentale telle qu’elle a été envisagée par Nkrumah, Sekou Touré, Nasser, Modibo Keita, Olympio et bien d’autres était assassinée dès lors que le groupe de Monrovia s’était joint au groupe de Brazzaville. Ce dernier étant, par origine et par destination, un outil de la France, lorsqu’il a rejoint le groupe de Monrovia, a fait naître une organisation continentale tronquée, inefficace, absolument parasitaire et paralysante. Les idées du groupe de Casablanca, plus en conformité avec l’esprit des pères fondateurs du panafricanisme sont ainsi mises en minorité et tuées.

En clair, c’est la France qui a le plus ouvertement saboté l’unité continentale. Bien évidemment ce torpillage s’est élargi avec d’autres pays notamment les USA, la Grande-Bretagne, la Belgique, le Canada et le cadre appelé l’Union Européenne qui ne perçoivent pas l’Afrique dans un rôle autre que celui de fournisseur de sources d’approvisionnement en matières premières et de débouchés pour leurs industries. Mais, ces pays ont d’abord pris le soin de dresser ce que la France coloniale appelle une « élite indigène » dont la mission est de collaborer à l’exploitation de l’Afrique. C’est en faveur de cette élite qu’on a assassiné ou renversé Lumumba, Olympio, Nasser, Nkrumah, Sekou Touré, Modibo Keita et des millions d’autres anonymes. C’est en faveur de cette même élite que le président Laurent Gbagbo a été renversé et Mouammar Kadhafi assassiné froidement. Avec l’élimination de ces deux derniers dirigeants, la pensée anticoloniale au pouvoir et l’ambition d’une réelle unité africaine viennent de subir un rétrécissement géographique dont l’immensité sera difficile à combler, car actuellement, il ne reste en Afrique quasi-totalement que des contremaîtres qui veillent jalousement sur les intérêts du colonialisme. Jamais l’Afrique n’a connu une telle période dans son histoire, puisqu’aux temps mêmes les plus sombres des razzias négrières et du colonialisme direct, il y avait des gouvernants ouvertement hostiles au système et favorables à la dignité aussi bien individuelle que collective.

Quelles seraient d’après-vous les conséquences d’Africom pour le continent africain ?

komla Kpogli : Africom c’est le dispositif militaire que les européens qui occupent les terres indiennes d’Amérique ont conçu pour encadrer l’Afrique. Ce commandement militaire opère actuellement depuis Stuttgart en Allemagne. En dépit de toutes les explications des responsables d’Africom notamment celles de son premier commandant, un général noir – la précision vaut le coup – nommé William Ward qui est remplacé depuis mars 2011 par le général Carter Ham qui veulent le faire passer pour inoffensif et l’intérêt des africains, ce déploiement militaire a et aura trois conséquences majeures.

Il vise avant tout à renforcer la présence des européens occupant l’Amérique en Afrique et donc à agrandir leur sphère d’influence politique. Ce qui signifie qu’ils influenceront plus directement et plus lourdement la politique en faisant des coups d’état, des guerres et du contrôle direct des populations. Ils auront des troupes et leur commandement à portée de la main comme la France qui, avec ses bases militaires au Gabon, à Djibouti et au Sénégal ainsi qu’avec des opérations extérieures (opex) fait des guerres, opère des changements de régime, soutient les régimes qui défendent ses intérêts contre le peuple et contrôle les populations.

Ensuite, Africom vise à sécuriser les sources de matières premières nécessaires à l’économie des USA, en particulier le pétrole, dont l’importation aux États- Unis devrait, selon les termes mêmes de la CIA, supplanter en volume dans les dix prochaines années celles en provenance de l’Arabie saoudite. Ce qui veut dire que les ressources africaines vont échapper davantage aux africains qui contrôleront encore moins leur espace qui leur a déjà énormément échappé.

Enfin et ceci n’est pas la moindre des conséquences, ce commandement militaire visant à contenir l’influence chinoise sans cesse grandissante en Afrique, entraînera une rivalité qu’on peut qualifier de choc des titans et dont les victimes ne seront que des africains.

Propos recueillis par Chérif Abdedaïm
19 décembre 2011.
La Nouvelle République Algérie http://www.lnr-dz.com

L’interview en PDF ici http://www.lnr-dz.com/pdf/journal/journal_du_2011-12-19/lnr....



Edité par T 34 - 25 Dec 2011 à 16:12
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Jan 2012 à 13:39

Afrique : la photographie que 2011 a renvoyée aux Africains.

 
Komla KPOGLI

L’année 2011 a renvoyé aux africains une photographie d’eux-mêmes. Une image pendant longtemps ignorée ou réfutée mais qui, grâce à des évènements majeurs ou à cause d’eux, leur est revenue en pleine figure. La violence et la laideur de cette photographie poussent certains africains à tenter désespérément de rejeter sa conformité à la réalité. D’autres souhaitent tout simplement ne rien savoir sur l’existence de cette photographie. Ainsi, pense-t-on qu’il suffit de nier une réalité pour qu’elle cesse d’exister. Pourtant, il est trop tard pour faire l’impasse sur cette photographie de groupe que l’année 2011 nous a offerte de nous-mêmes.

Pour une Afrique protégée par ses enfants

L’année 2011 a renvoyé aux africains une photographie d’eux-mêmes. Une image pendant longtemps ignorée ou réfutée mais qui, grâce à des évènements majeurs ou à cause d’eux, leur est revenue en pleine figure. La violence et la laideur de cette photographie poussent certains africains à tenter désespérément de rejeter sa conformité à la réalité. D’autres souhaitent tout simplement ne rien savoir sur l’existence de cette photographie. Ainsi, pense-t-on qu’il suffit de nier une réalité pour qu’elle cesse d’exister. Pourtant, il est trop tard pour faire l’impasse sur cette photographie de groupe que l’année 2011 nous a offerte de nous-mêmes.

Cette image montre les africains dans leurs immenses faiblesses. Cette photographie affiche « l’homme africain » qui a prétendu être indépendant depuis 50 ans et qui a même fêté, il n’y a pas longtemps, le cinquantenaire de ses irréelles indépendances, plus que jamais dépendant et soumis. L’Afrique apparaît sur cette photographie, nue, sans défense et désorganisée de bas en haut. Elle est prenable par n’importe quel aventurier armé, car ses enfants sont trop démunis et dispersés. Cette photographie confirme la réalité des africains qui ne maîtrisent pas du tout leur espace. Jamais la menace d’un retour physique dans les fers n’a été proche.

Si 2011 a dessillé les yeux de quelques-uns de ces africains naïfs ayant toujours perçu le monde comme un temple où tous les peuples –frères en christ, dit-on ici- viennent s’embrasser, il reste encore beaucoup d’autres qui sont restés dans un sommeil comateux. Les coups violents que l’Afrique a reçus dans cette même année n’a pas suffit à les sortir de ce coma profond. Il en faut plus, certainement. Aussi continuent-ils de vouloir expliquer l’inexplicable ou de tituber dans un intellectualisme qui refuse de prendre position en se calfeutrant dans un « ni-nisme » neutralisant qui se présente lui-même comme le parangon de l’objectivité. Incapables de saisir le monde dans lequel ils vivent, incapables de s’organiser pour relever les défis auxquels ils font face depuis des millénaires, incapables de se rassembler, de se doter d’un leadership responsable, de se donner les outils de leur libération pour rebâtir l’Afrique sur des valeurs intrinsèquement authentiques, les africains, se satisfaisant de leurs identités coloniales, sont isolés les uns des autres. Malien n’a rien à avoir avec Ghanéen, Tanzanien n’a rien en commun avec Togolais, Guinéen n’a rien à cirer avec Djiboutien. Même le Congolais est indifférent de ce qui se passe dans l’autre Congo. Pire, Akan n’a rien en commun avec Bété, Zoulou n’a rien à avoir avec Xhosa et Dioula ne veut rien entendre de Agni, Kabyè et Ewé manipulés l’un contre l’autre se disent n’avoir rien en commun…Ainsi de suite ! Pourtant leurs ennemis les globalisent sous le vocable « les africains » ou « les noirs ». Quel triste spectacle ?! Dans cet isolement consécrateur de la fragilité collective, ceux qui de leurs dirigeants, de leurs espèces sont audacieux constituent des proies faciles pour des loups affamés chassant en meutes. L’année 2011 a montré aussi ces nombreux africains haineux qui, tapis dans l’ombre du combat virtuel sur internet, s’ingénient à griffer, à tacler, à lacérer la peau de ceux de leurs compatriotes qui essaient de rester debout. Naïfs et incapables de concevoir la notion de danger, beaucoup sont ces africains pour qui la menace n’existe pas. Ayant perdu la notion de l’instinct de survie, c’est avec joie et précipitation qu’ils gobent les innombrables attrape-nigauds drapés dans des termes lénifiants et des concepts dont les tenants et les aboutissants sont inconnus. Ainsi s’exposent-ils et exposent-ils leurs congénères à la mort. Ignorant qu’avec un leadership éclairé et courageux, les peuples les plus médiocres ont pu faire des bonds dans l’histoire, l’attitude typiquement négro-africaine qui nous pousse à haïr, à détester et à isoler celles et ceux de nos enfants qui sont lucides et capables d’imprimer un rythme de marche adapté a été confirmée par cette photographie. Convaincus que l’homme noir n’a pas d’ennemis, malgré les faits historiques évidents prouvant que les africains n’ont ni amis ni alliés dans le monde, beaucoup d’africains continuent de croire de toute leur force en les religions d’autrui et en un humanisme internationaliste qui combat les mêmes prédateurs à leurs côtés.

C’est un euphémisme que de dire que l’Afrique a connu de terribles régressions dans l’année qui vient de finir. C’est à se demander si les africains aussi sont-ils bel et bien en 2011. Car, au moment où d’autres peuples agressent d’autres, les pillent et installent leur ordre un peu partout soit par infiltrations diverses et variées soit par guerres qu’ils conduisent avec une technologie de plus en plus miniaturisée et perfectionnée, tout le continent africain n’a même pas une seule missile de longue portée. Le débat pour avoir de véritables armées pour défendre un continent aussi convoité que l’Afrique n’a même pas encore commencé. Ainsi si une guerre ouverte devrait opposer, si ce n’est pas déjà le cas, africains et d’autres peuples, les africains se battraient comme au temps des wisigoths et des Ostrogoths. Les fameuses armées africaines se comportant en milices au service des tyrans et des multinationales, elles sont là uniquement pour tuer les civils africains opposés à cet "ordre cannibale". D’ailleurs toute l’armée d’un pays comme la Côte d’Ivoire qui se définit comme un des pays les importants de la CEDEAO n’a pas pu opposer 30 jours de résistance aux troupes franco-onusiennes.

Jamais l’Afrique n’a été aussi uniformisée au sommet. Même aux pires moments des razzias négrières transatlantiques et arabo-berbères et aux temps les plus sombres de la colonisation directe, il y avait dans des territoires africains des dirigeants au pouvoir qui résistaient et qui, de ce fait, constituaient des motifs de fierté et donc des modèles. 2011 a emporté les deux derniers résistants certes dans leurs fragilité et contradictions, mais des résistants quand même : Laurent Gbagbo et Mouammar Kadhafi. 2011 a inauguré le printemps des cancres et des laquais à savoir les Gnassingbé, les Bongo, les Sassou, les Zuma, les Bozizé, les Guelleh, les Compaoré, les Rajoelina, les Jonathan...qui font la pluie et le beau-temps devant des populations qu’ils immobilisent.

Cependant même face à ce nivellement par le bas de tout un continent dont le sol et le sous-sol sont lorgnés depuis belle lurette, il y en a toujours qui voient dans la conservation dans nos territoires de ces voleurs aussi bien de deniers publics que de suffrage populaire, tripatouilleurs de constitutions, pilleurs, violents et irrévocablement extravertis, la meilleure opportunité pour le peuple noir d’avancer sur le chemin de la liberté et de la satisfaction de ses besoins. Autrement dit, le colonialisme est source de progrès pour ces esprits qui se prétendent lucides de tout point de vue. S’étonnerait-on de savoir donc qu’il y ait toujours des africains à vanter l’esclavage et la colonisation comme les meilleures choses qui soient arrivées aux africains accroupis, avant l’arrivée du bon samaritain européen, dans leurs cavernes sous des rois sanguinaires avec la complicité de leurs fétiches ? S’étonnerait-on qu’il y ait toujours une race d’africains qui continue d’acclamer les bourreaux de l’Afrique et de les élever contre leurs propres sœurs et frères au rang de libérateurs ? S’étonnerait-on de voir des africains pour qui la « coopération », « l’aide au développement », « la démocratie », « le modernisme », « le partenariat » provenant de l’Occident soient les seules voies possibles pour l’Afrique ?

L’année 2011 a montré par trois (03) évènements extraordinairement dramatiques – mais diversement appréciés comme c’est toujours le cas chez les africains qui ont une conception très relative de leurs intérêts- où en est l’Afrique et ce que les africains doivent faire s’ils espèrent reprendre le contrôle de leur espace qui leur a échappé depuis si longtemps.

Le premier de ces tragi-comédies, c’est la naissance du fameux 54ème Etat africain : le Sud Soudan ou Soudan du Sud, on ne sait pas exactement. Ce soi-disant nouvel Etat vient rajouter au désordre africain un élément malade supplémentaire. A l’extraversion globale de l’Afrique un pion de plus est ainsi édifié, c’est du morcellement apporté au morcellement tandis que d’autres parties du monde se regroupent dans de grands ensembles géographico-idéologiques pour pouvoir faire face aux défis fixés par les uns et aux difficultés suscitées par d’autres.

Les 53 proto-Etats, des constructions coloniales depuis les terres allemandes lors de la « conférence africaine de Berlin 1884-1885 », totalement extravertis ont pour mission de fournir aux industries des pays occidentaux auxquelles viennent s’ajouter celles des pays dits émergents des matières premières d’une part, et d’autre part de débouchés pour leurs produits finis. Le Sud Soudan ou le Soudan du Sud ne déroge pas à cette règle. Ceux qui sont à la base de sa création ont, pour obtenir le consentement des uns ou l’indifférence des autres, élevé au rang de génocide un conflit violent qu’ils ont pris le soin d’attiser au Soudan depuis son origine. Ces "créateurs d’Etat" ce sont les Etats-Unis d’Amérique et Israël avec leurs cousins européens qui n’ont cessé de voir en ce qui se passe au Soudan une guerre qui oppose les (gentils) chrétiens et les (méchants) musulmans. Ils ont mobilisé des ONG (oui les fameuses ONG !), des stars de cinéma, des artistes de la chanson, des sportifs et que savons-nous encore pour pouvoir atteindre l’objectif de la partition du Soudan, un Etat qui n’en était pas plus que les autres sur le continent africain. Les mêmes avaient mobilisé la machine politique qu’est la Cour Pénale Internationale (CPI) pour presser le président soudanais, Al Béchir afin de lui faire lâcher le morceau. Menacé par un mandat d’arrêt international, Béchir finit par conclure un accord avec toutes les parties sacrifiant ainsi le Soudan sur l’autel de son fauteuil tout en sauvegardant les intérêts pétroliers des deux lions qui se battent dans les champs pétrolifères soudanais à savoir la Chine et les USA/Occident.

Cette nouvelle satrapie dénommée Sud Soudan/Soudan du Sud ne va nulle part. Les populations qui ont été entraînées dans cette nouvelle aventure avec des pions qui soi-disant la conduisent s’apercevront, si ça n’est d’ailleurs pas le cas aujourd’hui, qu’on s’est servi d’eux pour des objectifs qui n’ont rien à avoir avec leur misère et leur fameuse vie de chrétiens pourchassés. Le Sud Soudan montre une telle soumission à ses créateurs que ceux qui soi-disant le dirigent ne jurent que par leurs noms. C’est ce que démontre le dernier voyage de Salva Kiir en Israël, l’un des tout premiers à le reconnaître, qui s’est dit prêt, après des années de soutien militaro-diplomatique et médiatico-financier à la guerre aux côtés de ces guerriers ayant troqué l’uniforme contre des costumes, à veiller sur les premiers pas de ce nouveau-né chrétien.

Dans un texte[1] dans lequel nous pointions en janvier 2010 les faiblesses que l’Afrique traîne et qui certainement conduiront les africains de nouveau dans les chaines, nous écrivions ceci : « ces énormes faiblesses, si elles ne sont pas vite prises en main, conduiront à coup sûr les autres à remettre notre peuple dans les fers. Que ce soit avec les anciens maîtres ou les nouvelles puissances, la tendance montrent déjà où ces faiblesses vont entraîner l’Afrique. Déjà, les proto-Etats africains, construits et partagés entre les puissances du moment à Berlin en 1885, n’ont rien pu faire face aux mêmes prédateurs qui viennent de créer un sous-Etat au Sud-Soudan à la suite de ce qu’ils nomment un « référendum d’autodétermination » avec une claire intention de mettre la main sur le pétrole de ce foutu 54ème « Etat » africain. La création ce pseudo Etat « chrétien » sud-soudanais en plein 21èmesiècle, dans une indifférence absolue des Africains, est la preuve que le moment venu, nous serons avalés tout rond, tant l’écart semble gigantesque entre nos prédateurs et nous. Raison de plus pour que notre peuple comprenne enfin où ses faiblesses le drainent, alors même que n’importe qui peut venir en Afrique et imposer sa loi comme bon lui semble. Aucun peuple ne tolère que son espace soit pénétré par les autres, sans qu’il maitrise la situation. Les Africains eux, n’ayant aucune prise sur leur espace, sont complètement contrôlés par des puissances externes qui, envahissant leur espace, deviennent ainsi les vrais maîtres de la situation. » En 2011 donc, on a réussi au Soudan ce qui avait, 30 ans plus tôt, échoué au Nigeria avec la tentative de sécession du Biafra qui fut délibérément plongé dans un conflit massivement meurtrier. On avait crié également au génocide avec les "french doctors" qui vendaient la nécessité d’offrir un Etat aux chrétiens du Nigeria poursuivis par les musulmans. La solution à ce "génocide" fut matérialisée par un accord sur le partage du pétrole du Nigeria le 12 janvier 1970 à l’hôtel Crillon, place de la Concorde à Paris[2] entre d’un côté les compagnies pétrolières anglo-hollando-américaines d’une part et les compagnies françaises d’autre part. Au Soudan, les africains n’ont vu que du feu : un "Etat" est créé.

Le deuxième événement qui a renvoyé aux africains leur faiblesse fut l’agression victorieuse contre la Côte d’Ivoire. Il n’est pas besoin de revenir sur les faits. Même si certains tentent de ne pas les comprendre, ils sont suffisamment fournis.

Le troisième événement dramatique a été la guerre de reconquête de la Libye. Cette guerre qui a fait des milliers de morts, des noirs africains y compris, a montré combien les africains ne saisissent pas les notions de géopolitique et de la géostratégie.

Ces deux guerres d’agression avaient montré aussi combien des territoires africains sont des prolongements des pays étrangers en Afrique au point de voter au Conseil de Sécurité de l’ONU construite et dominée par les occidentaux, des résolutions autorisant le bombardement de certains autres territoires. Les satrapies d’Afrique du Sud, du Gabon et du Nigeria cooptées en tant que membres non-permanents au sein du fameux Conseil de sécurité avaient joué pleinement ce rôle désastreux.

L’année 2012 va confirmer voire approfondir toutes ces faiblesses que l’Afrique traîne depuis que les noirs ont été chassés de leur plus brillante réussite que fut l’Egypte pharaonique. Il est donc logique d’affirmer que les agressions contre l’Afrique vont continuer dans le sillage des trois (3) évènements que nous venons de citer. Mais, ces agressions iront de pair avec d’autres mainmises et privations.

La ruée sur les terres africaines va continuer. Des millions d’hectares sont d’ores et déjà arrachés à l’Afrique par des « investisseurs » étrangers qui, par le truchement de certains africains dits hommes d’affaires et sous le prétexte de moderniser l’agriculture africaine et de lutter contre la faim en Afrique, s’offrent auprès des tyrans africains et des chefs traditionnels déviés pour des dizaines d’années, de vastes espaces qui leur servent à produire des agrocarburants ou de la nourriture pour des populations lointaines.

Un autre phénomène qui va continuer, c’est la pollution. Des territoires entiers sont aujourd’hui sous le poids de toute sorte de déchets. Des africains du Nigeria en souffrent terriblement depuis de nombreuses années déjà dans une indifférence totale (voir la vidéo ici http://lajuda.blogspot.com/2012/01/nigeria-une-pollution-ins...). La Somalie, paradis des déchets nucléaires est quasi-inexistant. Les populations sont quasi-totalement détruites et le coup de grâce est en train d’être asséné par le trio USA/Grande-Bretagne/France avec la complicité des satrapies du Kenya, d’Ethiopie, du Djibouti et d’Uganda qui y mènent actuellement une guerre sous le prétexte de lutter contre le terrorisme et particulièrement contre le « milices shebab ».

En 2011, l’Afrique a connu des agressions militaires pour soi-disant rétablir la démocratie et protéger les populations. Connaîtra-t-elle bientôt des guerres « humanitaires » pour y imposer l’homosexualité ? L’Occident pour qui l’Afrique est un terrain de jeu ne va pas s’interdire des agressions pro-homosexuelles le moment venu. Pour les plus optimistes, cela semblerait une exagération. C’est probable. Mais, il faut rappeler que déjà l’Occident par la voix de David Cameron a donné le ton. Le 4 décembre 2011, le premier ministre britannique avait clairement indiqué que son pays couperait son « aide » aux pays africains qui adopteraient des lois contre l’homosexualité. Ceci n’est donc que le début d’une invention d’un nouvel casus belli contre l’Afrique après celui des « droits de l’homme » et de « la démocratie ».

La Chine, avec la complicité des guignols abusivement appelés dirigeants africains, s’efforcera de renforcer sa présence en Afrique. Les observateurs avertis apprendront sans aucune surprise qu’elle ouvre très prochainement des bases militaires en Afrique pour sécuriser "ses terres", ses citoyens présents en Afrique et ses sources d’approvisionnement en matières premières face aux Occidentaux qui en font autant depuis belle lurette sous différentes bannières à savoir : des bases militaires françaises, des accords de coopération militaire, des opérations extérieures, des manoeuvres militaires communes et Africom que les Etats-unis d’Amérique installent aussi doucement que sûrement.

L’année 2011 a confirmé que l’Afrique est l’un des espaces les plus fragiles au monde. Elle a attesté une fois encore que l’Afrique demeure un continent contrôlé depuis l’extérieur. Son économie est maîtrisée et canalisée vers l’extérieur entre autres avec le Franc CFA qui est une propriété française. Elle a également confirmé que les richesses en terres africaines ne reviennent pas au peuple noir. Elle a démontré que l’Afrique reste, malgré toutes argumentations sophistiquées que beaucoup d’africains aiment porter pour bluffer leur auditoire, la terre où chacun peut venir dicter sa loi à condition de faire preuve d’un peu de témérité, un peu de propagande à l’appui. Majoritairement crédules et séduits, des africains abusés ou convaincus par la propagande, sont prêts à œuvrer contre eux-mêmes et contre l’avenir de leurs progénitures. Nombreux sont ces africains qui brûlent des chapitres entiers de leur personnalité et de leur histoire aussi bien familiale que collective en prétendant être nés de nouveau. En effet, sous le prétexte d’être « born-again », on brûle toutes les traces des anciens, on gomme nos noms, on efface les actes des prédécesseurs perçus comme fétichistes et sataniques. Au nom des religions importées à coups de canons et d’épées, on se pourchasse entre africains et la bible et le coran sont des références suprêmes. Bref, on s’arrache les racines pour devenir des êtres greffés dont les branches, attachées à des troncs étrangers, sont appelées à produire des fruits incolores, insipides, inodores et inconsommables pour la société locale. Jamais dans l’histoire de l’humanité aucun peuple n’est parvenu au niveau de déliquescence atteint par les africains qui adorent ce qui les empoisonne et les tue tout en détruisant ce qui les protège et les vivifie.

Mais comme face à tout challenge, les africains ont le choix entre arrêter l’écroulement ou mourir. Evidemment pour un peuple qui opte pour la vie, la première solution doit être retenue. Le point de saturation étant proche il faut arrêter l’aide que nous portons au projet de suicide élaboré à notre insu avant qu’il soit trop tard. Pour arriver à cela, il faut scruter cette photographie que l’année précédente nous a renvoyée et engager sa correction non pas par photoshop qui se limitera juste à gommer les aspérités virtuelles, mais par un travail de fond qui devra accoucher d’un africain de type nouveau qui s’aimera et aimera plus ses soeurs et frères que d’autres peuples, qui résistera de manière organisée et qui reprendra son espace pour le sanctuariser par une machine de défense militaire et idéologique et le transformer en faveur de son peuple. Un travail de prise de conscience de notre état réel de désorganisation et d’incapacité à résister collectivement s’impose. Ceci nécessite la formation des ressources humaines afin qu’elles saisissent ce qui se passe, qu’elles identifient les fils par lesquels l’Afrique est conservée dans l’esclavage et le colonialisme et qu’elles mesurent par la prise de conscience effective l’ampleur du désastre. Les écoles alternatives doivent fleurir et œuvrer dans la solidarité pour ériger un africain de type nouveau pour qui la résistance dans des cadres organisés doit être un devoir absolu. Dans ces écoles alternatives, l’africain ainsi formé et informé valablement connaîtra la vraie version de son histoire, combattra moins ses propres sœurs et frères qui oeuvrent pour le bien commun, trouvera un panier historique africain dans lequel il puisera les éléments de la renaissance socio-économique et culturelle de son peuple et enfin définira des stratégies gagnantes face à un système qui fonctionne froidement au lieu d’être là à convoquer désespérément des dieux qui ne le connaissent pas et à faire l’apologie des armes qu’il n’a manifestement pas. Car, lorsqu’un peuple en lutte commence par faire confiance tant à soi qu’aux outils se trouvant dans son environnement qu’il doit vaille que vaille chercher à maîtriser, la victoire n’est plus trop loin de sa portée. Et ne pas comprendre que la révolution populaire est le résultat d’une fermentation et d’un travail méthodique nécessitant, au besoin, l’attitude de ce renard qui fait le mort, c’est se jeter dans la gueule du loup voire déboucher sur des voies hasardeuses qui soulèvent des masses avant de les plonger dans la plus pénible des désillusions. Comme le montrent si bien les exemples des révolutions inabouties et totalement contrôlées de l’extérieur au Maghreb et principalement en Egypte.

Il faut espérer, en cette année nouvelle, que les africains se haïront moins, se détesteront moins et travailleront de manière beaucoup plus structurée dans des cadres organisés sous la houlette d’un leadership avisé et courageux pour arracher leur liberté et leur espace confisqués. Il faut aussi souhaiter qu’ils comprendront que la désorganisation permanente dans laquelle chacun se complaît ne peut que conduire à de chroniques défaites collectives. Il faut enfin espérer que les africains comprendront que seuls les peuples qui sont organisés et qui, suivant les circonstances, sont capables d’alterner la ruse et la force, survivent dans ce monde où le cimetière est le terminus des faibles et des affaiblis. De là, comprendront-ils, il faut le souhaiter vivement, que la ruse et la violence dont le système se sert pour faire triompher ses causes sur nos terres nécessitent des équivalents[3] construits en toute intelligence.

Komla KPOGLI

3 janvier 2012

Web : http://lajuda.blogspot.com

[1] http://lajuda.blogspot.com/2011/01/afrique-bientot-le-retour...

[2] http://lajuda.blogspot.com/2011/05/nigeria-comment-la-france...

[3] http://www.togocity.com/spip.php?article6972

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Jan 2012 à 00:48

Des personnes sont mortes en Afrique à cause du secours international tardif

Nairobi, 19 janvier (RHC-PL) – Une étude des organisations non gouvernementales Oxfam et  Save the Children, a révélé que la majorité des morts en Afrique, pendant la sécheresse ces dernières années, sont dues au  secours international tardif.

Elle a démontré que le manque prolongé d’eau a été la cause de la mort de presque 100 000 personnes entre avril et août 2011.

L’étude rappelle qu’en juillet 2010 le premier appel à l’aide a été lancé face à la crise qui frappait la Somalie, le Kenya et l’Ethiopie. L’appui humanitaire et sanitaire a été reçu seulement 6 mois après.

L’Afrique du Sud en campagne pour prendre la tête de l’UA

L’ancienne chef de la diplomatie sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma a officialisé, mercredi, sa candidature à la présidence de la Commission de l’Union africaine.

« Là où il y a encore des conflits, l’Afrique doit les résoudre avec ses propres solutions, son propre savoir. » Nkosazana Dlamini-Zuma a ainsi résumé, mercredi, lors d’une conférence de presse, sa feuille de route. La ministre sud-africaine de l’Intérieur, chef de la diplomatie de 1999 à 2009, ex-épouse du président Jacob Zuma, briguera, la semaine prochaine, à Addis-Abeba, la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA). Elle sera opposée au sortant, le Gabonais Jean Ping, critiqué pour sa gestion des crises ivoirienne, puis libyenne, qui se sont toutes deux conclues par des interventions militaires occidentales, sur fond de marginalisation de l’Union africaine.

Assurée du soutien de ses voisins d’Afrique australe, Pretoria croit aussi pouvoir compter sur l’appui de certains pays francophones. « Dans le travail que nous avons fait jusqu’à présent, après avoir parlé à certains dirigeants dans certains pays de l’Ouest africain, je peux dire qu’il y en a qui soutiennent notre candidate. C’est pourquoi, en décembre, au sommet des chefs d’État de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, 15 pays), qui devait discuter de la question, ils n’ont pas pu se mettre d’accord », fait valoir le ministre adjoint à la présidence sud-africaine, Oped Bapela. Jean Ping, lui, menait campagne, lundi, en Libye, où il s’est rendu pour la première fois depuis la chute de Muammar Kadhafi, longtemps figure centrale et fantasque de l’organisation continentale. Officiellement, il s’est entretenu de la « reconstruction » du pays avec les nouvelles autorités de Tripoli. « Le passé, c’est le passé, quoi qu’il ait pu se produire. Il faut tourner la page et regarder vers l’avenir », a-t-il plaidé.

À quelques jours de l’échéance, Nkosazana Dlamini-Zuma, elle, se dit « très, très confiante ».

Rosa Moussaoui

Source 

L’Afrique et le redéploiement militaire des USA.

 
Komla KPOGLI

Le 5 janvier dernier, le président des USA, Barack Hussein Obama présentait, dans un discours, la nouvelle stratégie militaire américaine. Tout en annonçant quelques coupes dans les dépenses militaires (487 milliards de dollar US sur 10 ans), Obama a prévenu la planète qu’elle ne doit pas voir là une perte de la suprématie américaine. Au contraire, les USA demeurent la "première puissance militaire du monde" a averti Obama qui a souligné que bien que soumis à un régime d’amaigrissement, les USA "vont maintenir leur supériorité militaire avec des forces armées qui seront agiles, flexibles et prêtes à réagir à l’ensemble des circonstances et des menaces" et seront capables malgré tout d’affronter plus d’un adversaire n’importe où dans le monde. Aussi, apprend-on, les USA se redéployent militairement dans le pacifique et privilégient l’arme navale et aérienne. Deux pays sont essentiellement visés par ce plan : l’Iran et la Chine. Cette dernière dont la puissance ne cesse de croître a besoin d’être contenue. La Chine n’étant pas dupe a déjà réagi et entend se donner des moyens militaires supplémentaires. "Nous renforcerons notre présence en Asie-Pacifique et les réductions budgétaires ne se feront pas aux dépens de cette région cruciale", a précisé Obama qui n’a pas évoqué l’Afrique dans cette nouvelle stratégie militaire.

Si Obama n’a pas évoqué l’Afrique dans son discours sur la "nouvelle" stratégie militaire des USA, n’allons pas croire que ceci est un manque d’intérêt et en conséquence que l’Afrique n’est pas concernée par ce redéploiement.

La vérité est qu’historiquement, tout d’abord, l’Occident essaie de toujours présenter l’Afrique comme un continent sans intérêt et hors du monde. Ainsi, dans les grandes questions internationales, l’Afrique est, au mieux, passée sous silence. Au pire, on la décrit comme n’apportant rien de positif au monde. Ceci est fondamentalement faux, car si un continent a autant suscité de convoitises et de conflits interétatiques c’est bien l’Afrique qui est non seulement par sa situation géographique un continent au coeur du monde mais encore elle est un gigantesque panier de ressources en matières premières pour les pays industrialisés.

Ensuite, en se redéployant en Asie Pacifique, les USA tentent de bloquer la Chine dans son élan, en la confinant dans les limites de ses frontières, avec en toile de fond l’Afrique où la Chine ne cesse d’acquérir des espaces (ces acquisitions restent à consolider par des outils militaires) qui sont jusqu’ici considérés par les occidentaux comme leur domaine réservé.

Aussi, en misant sur les forces aériennes et navales, les USA confirment leur volonté de garder leur main mise sur les airs et surtout les océans qui regorgent d’immenses ressources jusqu’ici peu exploitées, en même temps qu’ils servent de voies de transports. Là encore l’Afrique est en toile de fond, car de nombreux échanges dans le monde se font au travers des mers africaines. C’est le cas des échanges entre l’Occident et l’Orient qui passent par l’ensemble des mers africaines en toute liberté et quasi-gratuitement.

Enfin, pas besoin de citer clairement l’Afrique dans ce discours alors que le dispositif d’AFRICOM avance dans sa réalisation à grands pas.

Au total, l’Afrique est au coeur de ce redéploiement militaire. Mais étant donné qu’elle est totalement paralysée actuellement par une gouvernance coloniale pour qui n’a de conception militaire qu’un corps de milices armées qui terrorise les populations civiles contestataires, l’Afrique ne peut réagir. Ceci d’autant plus que ces fameuses armées africaines sont des constructions coloniales liées aux puissances diverses notamment occidentales par des accords militaires au nom desquels armes (désuètes mais elles suffisent pour contenir des populations africaines désarmées depuis dès les premiers jours de la colonisation), formation, assistance technique...sont distillées. Autant dire que ces fameuses armées africaines n’ont pas de vision du monde, leur seule raison d’existence étant de maintenir les populations africaines dans le cadre colonial.

Aussi, nous africains, nous-mêmes avons été conduits à avoir une vision fondamentalement pacifiste du monde. C’est dire combien il nous sera difficile de comprendre que c’est la loi des armes qui dirige le monde et les relations internationales. Toutefois, nous (combattants pour une autre Afrique) avons l’obligation, si nous voulons vivre et relever la tête, de travailler à doter l’Afrique d’armées véritables qui, avec des armes les plus puissantes possibles sous une gouvernance fondamentalement panafricaniste, protègeront aussi bien notre peuple que toutes ses richesses pour le moment accaparées par d’autres peuples qui en profitent pour résoudre leurs problèmes pendant que nous, africains, mourons de faim sur des mines d’or.

Komla KPOGLI

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Edité par T 34 - 27 Jan 2012 à 22:32
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Union africaine : l'Afrique du Sud met Jean-Ping et la France en échec

 Le 18e sommet de l'Union africaine (UA) s'est achèvé lundi 30 janvier 2012, à Addis-Abeba, sur un triste constat pour l'unité de ce continent. Ni le président sortant gabonais Jean Ping (69 ans) ni la Sudafricaine Nkosazana Dlamini-Zuma (63 ans) ne sont parvenus à s'imposer à la tête de l'organisation, de sorte que provisoirement le mandat du premier a été prolongé pour six mois.

L'issue du scrutin (32 voix pour Ping, 20 bulletins blancs à l'issue du quatrième tour) est négative pour l'image de l'unité africaine, mais elle marque surtout un revers pour le renouveau de la Françafrique et plus largement de l'impérialisme occidental, en Libye notamment.

Comme le souligne Thomas Yonkeu d'Afrik.com, "lors de la rébellion libyenne, l’Afrique du Sud a reproché officieusement à Jean Ping sa fébrilité et son manque de fermeté, de n’avoir pas su apaiser les tensions anti-khadafistes et plus encore, de n’avoir pas réussi à exprimer le plus clairement et fermement possible son opposition à l’intervention de l’Otan en Libye".

L'actuelle ministre sudafricaine de l’intérieur et ex-épouse du président Jacob Zuma, Nkosazana Dlamini-Zuma, quant à elle était perçue comme une partisane du fédéralisme africain, prête à renforcer la commission de l'UA comme un véritable Exécutif du continent. Outre l'Est africain anglophone (Rwanda, Tanzanie), elle semblait pouvoir aussi avant l'élection bénéficier de l'appui de l'Angola, du Congo-Kinshasa, de la Guinée équatoriale, de Sao Tome et du Cameroun. En revanche elle ne pouvait pas compter sur le Kenya ou le Rwanda. Sa candidature était indentifiée non seulement au mécontentement de l'Afrique du Sud devant la passivité de Jean Ping pendant l'agression libyenne, mais aussi au soutien de Pretoria à Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, soutien qui a, lui, mécontenté des pays anglophones comme le Nigéria (lequel a valorisé par ailleurs positivement l'action ou l'inaction de Jean Ping en Libye).

Certains journaux africains anglophones accusent Paris d'avoir téléguidé le vote des francophones au cours des trois premiers tours tandis que l'Afrique australe faisait bloc derrière Nkosazana Dlamini-Zuma. "Le sommet s'est terminé aux première heures d'hier [30 janvier] alors que la majorité des Etats francophones continuait d'empêcher tout progrès, tandi que des rapports indiquaient qu'ils prenaient leurs instructions en Europe, en particulier de la France", notait ainsi le quotidien zimbabwéen pro-Mugabe  The Herald.

Ainsi face aux pression de Paris, et malgré le retrait de Nkosazana Dlamini-Zuma au quatrième tour, l'échec final de Jean Ping à réunir les deux tiers des voix nécessaires à sa réelection peut être lu comme une victoire de Pretoria et de la vision qu'elle défendait du non-alignement africain sur les dossiers ivoirien et libyen. "Bien que leur candidate ait été deuxième et évincée de la course, les délégués de l'Afrique du Sud ont chanté et dansé quand le résultat a été annoncé, écrit le quotidien sud-africain The Daily News . Pourquoi ? Parce que, comme un d'entre eux l'a expliqué, l'objectif principal était de déloger Ping – que l'Afrique du Sud considérait comme un “pion de l'Ouest”, qui faisait acte de soumission, en particulier à la France, la vieille puissance coloniale de son pays natal".

Voilà donc que le mépris dans lequel l'ardeur interventionniste du président français a tenu les pays africains en 2011 se paye aujourd'hui d'une perte d'influence sensible de la France au sein de l'Union africaine (dont le nouveau siège à Addis Abeba a été financé gratuitement par la Chine) et le renforcement de l'Afrique du Sud comme champion de l'anti-néo-colonialisme, trois semaines après le début de la célébration du centenaire du Congrès national africain, au pouvoir à Pretoria, qui est le plus ancien mouvement de libération d'Afrique.

 


Edité par T 34 - 02 Feb 2012 à 04:12
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La "descente aux enfers" du Sahel Africain (Dissident Voice)

 
 
Sean FENLEY

Suite à "l’aide" des Etats-Unis et de l’OTAN, et des bouchers islamistes libyens à leurs ordres à la Libye, le Sahel africain se voit menacé d’une "descente aux enfers". La Libye est bien sûr confrontée aux conflits intérieurs qui en résultent mais ses voisins du Sahel ont énormément de problèmes aussi. Tout comme Kadhafi le faisait, de nombreux pays du Sahel luttent contre leurs propres éléments Al-Qaeda/Islamistes. Et beaucoup de gouvernements de cette région considèrent que le bouleversement/chaos en Libye a offert à Al-Qaeda au Maghreb islamique une opportunité en or pour se procurer des armes, des fusils ainsi que toutes sortes d’autres munitions meurtrières.

Des pays comme le Niger, le Mali et la Mauritanie, luttent contre l’afflux de combattants et de Djihadistes en provenance du théâtre militaire libyen où il y a toujours des combats spasmodiques. Bien que le Sahel ne soit pas tout à fait comme la Somalie, la sécurité y est menacée notamment par des attaques terroristes au Nigeria qui ont ravagé de nombreux secteurs de ce pays. Et par ailleurs, l’intervention militaire occidentale Etats-Unis/OTAN et la destruction concomitante de la Libye a fait disparaître un généreux donateur de la région et un pays qui offrait à des milliers d’habitants du Sahel du travail à un salaire convenable ; En effet le Sahel bénéficiait sur le plan économique de l’argent que ces travailleurs envoyaient à leurs familles. Tout cela avec en toile de fond la menace perpétuelle de la sécheresse dans une région immense, informe et aride, avec beaucoup de villages situés dans des coins éloignés et inaccessibles.

Les guerres en Libye et en Côte d’Ivoire ont forcé environ 200 000 émigrés à rentrer au Sahel —au lieu d’envoyer une partie de l’argent gagné dans leurs emplois à l’étranger à la maison. Selon David Gressly, le directeur régional d’UNICEF en Afrique Occidentale : "C’est une double catastrophe pour les familles parce qu’elles ont perdu l’aide qu’elles recevaient de leurs parents à l’étranger et elles ont maintenant plus de personnes à entretenir."

Il y a actuellement une crise alimentaire qui se profile à l’horizon dans la région du Sahel et menace environ dix millions de gens —au Niger (6 millions), au Mali (2,9 millions), en Mauritanie (environ 500 000), ainsi que des dizaines de milliers de personnes dans d’autres pays de la région.

Selon Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à la nourriture, la sécheresse et la famine ne sont pas des évènements inhabituels mais au contraire les conséquences prévisibles d’un système alimentaire mondial "basé sur l’inégalité et les déséquilibres, et, en fin de compte, défaillant." Le système de santé est défectueux -selon De Schutter- et cela signifie souvent que l’on attend que les gens meurent de faim avant de faire quelque chose. Le fait qu’il y ait des situations de famine endémique n’est pas actuellement pris en compte par le système et la crise actuelle au Sahel africain en est l’illustration. C’est une lacune du système alimentaire mondial parce que la famine dans cette région devrait être considérée comme la norme —et pas comme un événement rare, unique, extrême, imprévisible ou extraordinaire.

Il ne faut pourtant pas, à mon sens, négliger l’impact du triste destin de la Libye sur le mécontentement/appauvrissement du Sahel. Les puissances hégémoniques occidentales qui ne pensent qu’au pétrole ont profité de l’occasion pour faire tomber un homme qui ne voulait pas respecter leurs règles du jeu. Et les nations voisines et les endroits les plus pauvres récoltent les "bénéfices" de l’opportunisme myope, mesquin et avide des états occidentaux impérialistes, idéologiquement moribonds et aveuglés par la cupidité, l’orgueil et le pétrole !

Sean Fenley

Sean Fenley est un progressiste indépendant qui aimerait voir la fin du monopole dictatorial du soi-disant système de deux partis. Il aimerait aussi voir un peu de bon sens revenir dans les décisions politiques militaires, économiques, étrangères et intérieures étasuniennes.

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2012/02/african-sahel-facing-slide...

Traduction : Dominique Muselet


La Chine construit le siège de l’Union Africaine : applaudir ?

 
Komla KPOGLI

Lorsqu’un peuple perd confiance en lui-même, c’est la porte ouverte à toutes les drôleries. Il gobe avec un appétit vorace tous les prix de consolation. Il perçoit même dans les humiliations les plus basses, dans les escroqueries les plus choquantes, la réalisation de ses ardents désirs et la matérialisation de la justice. Dans ce registre, difficile de faire mieux que les africains actuellement. 2011 avait renvoyé aux africains, à travers la double agression occidentale contre les territoires de la côte d’Ivoire et de la Libye, une photographie des faiblesses qu’ils alignent depuis qu’ils avaient fuit l’Egypte pharaonique. Ces faiblesses font de l’Afrique, le berceau de l’histoire, une des terres les plus faciles à conquérir au monde. Et cette conquête se fait d’ailleurs avec la complicité de quelques africains qui trouvent là soit des miettes du pouvoir colonial, soit naïvement l’illusion d’une libération des griffes de "dictateurs" dont le seul tort est de s’opposer à l’exploitation outrancière du continent.

Après qu’on ait vu des africains danser, se rouler par terre de voir le président Laurent Gbagbo capturé et le Guide de la révolution libyenne, Muammar Kadhafi assassiné, voici que des noirs sautent et dansent parce que la Chine vient d’ériger en béton et en verre le siège de l’Union Africaine à Addis Ababa. Voici qu’on nous annonce l’avènement d’une bonne colonisation car douce et bâtisseuse. Il ne manquait plus que ça : ériger, à la satisfaction des "panafricanistes", en béton armé la médiocrité et le sabotage de panafricanisme. Nkrumah voulait-il de cette Union africaine là ? Marcus Garvey, Padmore, Touré, Lumumba, Olympio, Sankara...avaient-ils voulu que l’Union Africaine soit peuplée des Faure Gnassingbé, des Bongo, des Déby, des Sassou, des Ouattara, des Compoaré, des Biya, des Kabila, des Zuma... ? Les pères fondateurs avaient-ils rêvé que ce soit la Chine qui vienne construire ce qui devrait symboliser l’émancipation du continent ? Quand ils disaient que l’heure de nous-mêmes devrait sonner, disaient-ils par là que nous soyons incapables de construire l’Afrique ? Kwame Nkrumah, revient voir l’état dans lequel nous sommes !!! Peut-être Kwame Nkrumah, tu nous demanderas si nous sommes dignes de ton héritage.

Quelle est la fierté qu’on puisse tirer de ce que la Chine vienne élever l’extraversion et la domination africaine en palais en verre ? Quelle est cette grandeur vantée qu’on n’a pas construit soi-même ? L’affirmation de soi est-elle une oeuvre réalisée par l’extérieur sur son sol ou la maîtrise pleine et entière de son propre espace ? L’idée qu’il faut, entre deux colonisations, entre deux maux, préférer le moindre est généreuse, mais cette idée poussée à l’extrême frise l’inconscience, l’immaturité et débouche sur le ridicule sans commune mesure. Elle devient même suicidaire lorsqu’elle revient à préférer un poison lent sous le prétexte tranquillisant que la victime aura encore quelques heures à respirer avant de trépasser. Oui, nous travaillerons avec la Chine ! Oui, nous discuterons avec l’Occident ! Mais pas avant de nous relever et redresser l’Afrique. Une Afrique à genou ne peut rien gagner du fameux GAGNANT-GAGNANT qui est la nouvelle hymne dont un des couplets les plus chantés est la mondialisation que des africains aiment bien entonner dès qu’on leur dit de travailler pour eux-mêmes et de lutter pour reconquérir leur espace.

C’est la loi du plus fort qui gouverne les relations internationales. Le dominé ne gagne que des miettes, fussent-elles des palais en verre. Redressons-nous et nous verrons que nous défendrons mieux nos intérêts et nous aurons une Afrique plus bâtie que celle que l’illusion nous miroite au travers du fameux partenariat WIN-WIN vanté par des satrapes et qui ravi tant ces africains incapables de voir le monde dans sa réalité. Les africains n’ont donc rien retenu de l’histoire de la colonisation occidentale dont les éléments précurseurs avaient été emballés dans les fameuses oeuvres sociales que l’Europe réalisait en Afrique. La Chine, depuis quelques années vient faire la même chose en Afrique, mais la désespérance et la perte de confiance en soi résultant des siècles de destruction notamment par l’esclavage et le colonialisme euramércains poussent les africains à admirer cette autre colonisation. La Chine n’est pas plus morale que les autres pays. Elle n’a pas à l’être. Elle joue ses intérêts.

Nous sommes une fois encore à côté de la plaque. Nous sommes fatigants.

Komla KPOGLI Web. http://lajuda.blogspot.com 6 février 2012



Edité par T 34 - 06 Feb 2012 à 14:45
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L’art de la guerre
 

Task force de la Corne d’Afrique (Il Manifesto)

 
 
Manlio DINUCCI

Un avion militaire étasunien s’est écrasé à Djibouti : annonce de l’Africom, le Commandement Africa des Etats-Unis, qui précise que l’accident est survenu pendant un « vol de routine ». Reste à voir ce qu’on entend par « routine ». L’avion était un U-28, un turbo hélice de fabrication suisse, utilisé par les forces spéciales ; doté des systèmes électroniques les plus avancés, capable de décoller et atterrir sur des pistes herbeuses ou en terre battue, il est particulièrement adapté aux missions secrètes. A bord de celui qui s’est écrasé se trouvaient trois officiers de l’Escadre des opérations spéciales de Hurlburt (Floride) et un de la 25eme Escadre d’intelligence (renseignement… NdT). Ils opéraient depuis Camp Lemonnier, la principale base militaire de l’Africom sur le continent, siège de la Task force conjointe de la Corne d’Afrique. Située à Djibouti, dans une position géostratégique de première importance sur le détroit de Bab el Mandeb, où la côte africaine est distante d’une trentaine de kilomètres de celle de la péninsule arabique : passage obligé d’une des plus importantes voies maritimes, en particulier pour les pétroliers qui transitent à travers la Mer Rouge.

La Task force basée à Djibouti dispose d’environ 3.500 spécialistes des forces spéciales et des services secrets, y compris contractors de compagnies militaires privées, assistés pour les services logistiques d’environ 1.200 employés originaires de Djibouti ou d’autres pays. Sa mission officielle est de « contribuer à la sécurité et à la stabilité » dans une vaste « zone opérative », comprenant dix pays africains -parmi lesquels Somalie, Ethiopie, Erythrée, Kenya, Tanzanie, Ouganda, Burundi- et dans une « zone d’intérêt » dont font partie d’autres pays africains (parmi lesquels Madagascar, le Mozambique, le Tchad, l’Egypte, le Soudan et le Congo) ainsi que le Yémen bien qu’il se situe dans la péninsule arabique. Comment il oeuvre, on ne le sait pas, étant donné que ses opérations sont couvertes par le secret défense, mais on en voit les résultats. De plus en plus fréquentes sont les incursions surtout en Somalie et au Yémen, effectuées aussi avec des drones armés Predator, que la Cia a déployés à Camp Lemonnier. Un autre travail important de la Task force est l’entraînement de troupes africaines, qui sont employées dans les opérations de l’Africom. Dans ce cadre, avec un financement de 7 millions de dollars, a été formé et armé un nouveau bataillon motorisé djiboutien, comprenant 850 soldats, à employer en Somalie. C’est là, toujours sous la gestion de l’Africom qui a financé l’opération avec plus de 50 millions de dollars, que des milliers de soldats ont aussi été envoyés par l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda et le Burundi. Officiellement pour combattre, à la demande du « gouvernement » somalien, le groupe islamique al-Shabab, qui se dit lié à Al Qaeda (le mythique monstre tentaculaire, décrit comme encore extrêmement dangereux bien qu’il ait été décapité par l’élimination de Ben Laden).

C’est ainsi que la Task force de la Corne d’Afrique contribue à « décourager les conflits et protéger les intérêts étasuniens ». Et, à preuve des nobles motifs de sa mission, la Task force annonce que cette année la base de Lemonnier sera dotée des technologies « amies de l’environnement » les plus avancées. « Economiser de l’énergie sur le champ de bataille - assure le secrétaire à la défense Leon Panetta - signifie économiser de l’argent et des vies humaines ».

Manlio Dinucci

Edition de mardi 28 février 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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Le Sahel sous la menace de la famine

Après la Corne de l’Afrique, c’est au tour du Sahel d’être frappé par la famine.

Pendant ce temps les pays riches restent presque indifférents, absorbés par leur course aux armements. Il faut dire que certains d’entre eux sont occupés à intervenir dans des conflits dont ils essayent de tirer profit.

Dans les plaines du Sahel, recouvertes de sable et de roche, près de 12 millions de personnes sont en situation d’urgence alimentaire à cause de la sécheresse, l’une des nombreuses conséquences du réchauffement climatique.

Le Sahel, qui s’étend du désert du Sahara, en Afrique du Nord, jusqu’aux savanes du Soudan du Sud, a été ravagé par le manque de pluie, qui a détruit les récoltes d’une région déjà peu fertile en temps normal.

Le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, le Niger, la Mauritanie et le nord du Cameroun, du Nigeria et du Sénégal sont menacés par la famine.

Les experts sont particulièrement inquiets pour la Mauritanie, où la lutte contre la sécheresse est très difficile étant donné que ce pays compte les plus petites réserves d’eau potable au monde.

Mais le pire est sûrement encore à venir : la saison des pluies ne commencera que dans six mois, et d’ici là, des millions de personnes vont se retrouver en situation d’urgence.

Comme toujours, ce sont les enfants qui sont les plus vulnérables. Près de 60% de ceux  qui souffraient de malnutrition avant que la sécheresse n’ait atteint son point culminant risquent de mourir.

Dans la Corne de l’Afrique, des milliers de personnes sont mortes en raison du manque d’eau et des conséquences des conflits armés, et si une partie de l’argent est bien arrivée à destination, le montant nécessaire pour combattre la famine n’a jamais été reçu.

La même chose pourrait se produire au Sahel, car les appels lancés par les fonctionnaires de l’ONU et les organisations humanitaires ont tendance à rester lettre morte.

Les pays industrialisés, comme les Etats-Unis, le Canada, et certains pays européens, semblent davantage occupés à essayer de renverser les gouvernements qui n’obéissent pas aux ordres de l’Occident, comme en Libye où maintenant en Syrie.

De plus, les pays riches s’entêtent à continuer leur course à l’armement et dilapident des fonds qui pourraient être utilisés dans la lutte contre la pauvreté.

Les effectifs de l’armée étasunienne seront certes réduits de près de 6%, mais le budget 2013 atteindra 525 milliards de dollars, un montant inédit.

Plus au nord, le gouvernement canadien doit acheter six avions militaires sans pilote, des drones, vendus par le Pentagone : tandis qu’Ottawa dépense 30 millions de dollars pour chaque avion de guerre, le Sahel est parsemé des squelettes du bétail, mort de faim et de soif.

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La résistible ascension d’Alassane Ouattara

 


Comaguer

 
Ce titre est sciemment emprunté à Berthold Brecht puisque OUATTARA est un dirigeant politique imposé par des forces sociales qui l’ont choisi comme le plus à même de défendre leurs intérêts à la tête d’un pays et sans l’appui desquelles il n’aurait jamais accédé au pouvoir. Bien sûr, la Côte d’Ivoire des années 2000 est très différente de l’Allemagne des années 30 mais il reste que dans les deux cas l’accession au pouvoir du personnage central de la pièce tient plus à la puissance et à la permanence de ses soutiens qu’à ses mérites. Après le coup d’Etat militaire en sa faveur organisé à Abidjan le 11 Avril 2011 par la République Française, OUATTARA vient d’être imposé à la tête de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

  

Cette communauté de 15 Etats (en orange sur la carte) née en 1975, siège à Abuja, est pour l’heure la plus importante communauté économique africaine. Elle est issue de l’association régionale d’anciennes colonies françaises, britanniques et portugaises et constitue un point fort des politiques néocoloniales conduites par les impérialismes français et anglo-saxon (principalement étasunien), le premier s’appuyant sur la principale économie de sa zone d’influence : la Côté d’Ivoire, et le second sur celle du Nigéria.  

Le choix d’Alassane OUATTARA scelle l’alliance entre ces deux pays et entre les deux zones d’influence néocoloniale. Il succède à la tête de la CEDEAO au président nigérian Jonathan GOODLUCK. 

Il a été fortement appuyé dans la zone française d’influence par son compère burkinabé, CAMPAORE lequel  a été récompensé par la désignation de OUEDRAGO KADRE DESIRE ancien ministre des finances du Burkina au poste de président de la commission de la CEDEAO et les autres chefs d’Etat de la zone francophone ont suivi le mouvement. Dans la zone anglophone, le Nigeria exerce une domination sans partage : Etat le plus peuplé d’Afrique il représente à lui seul plus de la moitié de la population de toute la CEDEAO, il est le premier producteur pétrolier d’Afrique un Etat où les compagnies pétrolières anglo-saxonnes y tiennent depuis l’origine le haut du pavé et il est aujourd’hui un important fournisseur des Etats-Unis D’autre part, les sanctions contre l’Iran devraient conduire à un accroissement des achats français de pétrole nigérian. 

L’alliance Côte d’Ivoire-Nigeria est donc la concrétisation sur le terrain de l’alliance néocoloniale franco-anglo-saxonne. 

Dans la crise ivoirienne ayant débouché sur l’enlèvement de Laurent Gbagbo par l’armée française, le Nigeria a pesé de tout son poids pour entrainer la CEDEAO dans un soutien sans faille à OUATTARA, la politique de la France ayant  de son côté été très soutenue en particulier par la Burkina et le Sénégal. 

Pour les puissances néocoloniales la CEDEAO est un outil pour créer un bloc hostile à l’Union Africaine, une riposte à l’entrée de l’Afrique du Sud dans le BRICS et une zone de contre-attaque aux influences chinoise, indienne et brésilienne grandissantes sur le Continent.  

Laurent Gbagbo, favorable à l’Union Africaine, n’était pas l’homme de cette politique. 

L’alliance NIGERIA – COTE D’IVOIRE  a également des objectifs économiques en particulier dans le domaine pétrolier. A côté du n°1 africain, la Côte d’Ivoire n’est encore qu’un débutant prometteur mais le projet de faire participer des hommes d’affaires nigérians au développement pétrolier ivoirien commence à prendre corps et ouvre la voie à une intensification des relations financières entre les deux équipes dirigeantes.  

La réunion de la CEDEAO a été en effet  l’occasion de découvrir un de ces projets. La société pétrolière nigériane TALAVERAS s’est vue octroyer un permis de recherche en Côte d’Ivoire. La décision a de quoi surprendre. TALAVERAS n’est qu’une société de négoce pétrolier et n’a encore jamais foré un seul puits. Elle est cependant très prospère car elle importe au Nigéria les carburants que le premier producteur de pétrole d’Afrique est incapable de fabriquer chez lui  : raffineries mal entretenues, coulage, sabotage, piratage, corruption, marché noir, l’économie pétrolière nigériane fuit par tous ses tuyaux. Résultat : le Nigeria doit importer.  

Cette situation fait bien l’affaire de TALAVERAS et des généraux nigérians qui le laissent opérer et ne font rien pour assurer l’autosuffisance du pays en carburant. Le consommateur nigérian lui n’en est pas très satisfait puisqu’il doit payer à la pompe un prix très largement supérieur à tout ce qui se pratique dans les autres pays producteurs du monde. 

OUATTARA vient donc d’ouvrir à TALAVERAS l’accès à la production pétrolière et donc la possibilité de devenir un grand du pétrole, allant de la production à la distribution, sur le marché africain. Nul doute qu’une telle opportunité offerte à cette société suscitera sa reconnaissance envers la Présidence ivoirienne. Ainsi les amis de JONATHAN GOODLUCK (nota : le Nigeria est le pays d’Afrique qui compte le plus grand nombre de milliardaires)  sont en train de devenir les amis d’ALASSANE OUATTARA.  

Avec à sa tête un Président formé au FMI, dans le même temps où Christine Lagarde manifeste un intérêt soutenu pour le Nigeria où elle s’est rendue fin 2011, la CEDEAO ne peut qu’être de plus en plus appréciée à Washington. 

Source : Comaguer

 
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« L’art de la guerre »
 
 
Force opérationnelle interarmées combinée de la Corne de l’Afrique
par Manlio Dinucci

La Force opérationnelle interarmées combinée de la Corne de l’Afrique est l’un des deux « Commandement subalterne » de l’Africom, le nouveau commandement unifié des forces US en Afrique. Créé sur les préconisations du think-tank israelo-étatsunien Institute for Advanced Strategic and Political Studies, il est le centre de commandement des nouvelles ambitions africaines de l’Empire. Il s’est illustré récemment en mettant en œuvre la zone d’exclusion aérienne qui a assuré la conquête de la Libye, permettant aux États-Unis de mettre la main sur les ressources pétrolières du pays, et à Israël de se débarrasser de son plus sérieux rival sur le continent africain.

Réseau Voltaire | Rome (Italie)
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Un avion militaire étasunien s’est écrasé à Djibouti : annonce de l’Africom, le Commandement Africain des États-Unis, qui précise que l’accident est survenu pendant un « vol de routine ». Reste à voir ce qu’on entend par « routine » ?

L’avion était un U-28, un turbo hélice de fabrication suisse, utilisé par les Forces spéciales ; doté des systèmes électroniques les plus avancés, capable de décoller et atterrir sur des pistes herbeuses ou en terre battue, il est particulièrement adapté aux missions secrètes. A bord de celui qui s’est écrasé se trouvaient trois officiers de l’Escadron des opérations spéciales de Hurlburt (Floride) et un de la 25ème Escadron de renseignement.

Ils opéraient depuis Camp Lemonnier, la principale base militaire de l’Africom sur le continent, siège de la Force opérationnelle interarmées combinée de la Corne de l’Afrique (Combined Joint Task Force – Horn of Africa). Située à Djibouti, dans une position géostratégique de première importance sur le détroit de Bab el Mandeb, où la côte africaine est distante d’une trentaine de kilomètres de celle de la péninsule arabique : passage obligé d’une des plus importantes voies maritimes, en particulier pour les pétroliers qui transitent à travers la Mer Rouge.

La Force opérationnelle basée à Djibouti dispose d’environ 3.500 spécialistes des Forces spéciales et des services secrets, y compris des contractants de compagnies militaires privées, assistés pour les services logistiques d’environ 1.200 employés originaires de Djibouti ou d’autres pays. Sa mission officielle est de « contribuer à la sécurité et à la stabilité » dans une vaste « zone d’opération », comprenant dix pays africains -parmi lesquels Somalie, Éthiopie, Érythrée, Kenya, Tanzanie, Ouganda, Burundi- et dans une « zone d’intérêt » dont font partie d’autres pays africains (parmi lesquels Madagascar, le Mozambique, le Tchad, l’Égypte, le Soudan et le Congo) ainsi que le Yémen bien qu’il se situe dans la péninsule arabique.

On ne sait pas comment cette Force opérationnelle opère, étant donné que ses actions sont couvertes par le secret défense, mais on peut en observer les résultats. De plus en plus fréquentes sont les incursions, surtout en Somalie et au Yémen, effectuées aussi avec des drones armés Predator que la CIA a déployés à Camp Lemonnier.

Un autre travail important de la Force opérationnelle est l’entraînement de troupes africaines, qui sont employées dans les opérations de l’Africom. Dans ce cadre, avec un financement de 7 millions de dollars, a été formé et armé un nouveau bataillon motorisé djiboutien, comprenant 850 soldats, à employer en Somalie. C’est là, toujours sous la gestion de l’Africom qui a financé l’opération avec plus de 50 millions de dollars, que des milliers de soldats ont aussi été envoyés par l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda et le Burundi. Officiellement pour combattre, à la demande du « gouvernement » somalien, le groupe islamique al-Shabab, qui se dit lié à Al Qaeda (le mythique monstre tentaculaire, décrit comme encore extrêmement dangereux bien qu’il ait été décapité par l’élimination de Ben Laden).

C’est ainsi que la Force opérationnelle interarmées de la Corne de l’Afrique contribue à « décourager les conflits et protéger les intérêts étasuniens ». Et, à preuve des nobles motifs de sa mission, la Force opérationnelle annonce que cette année la base de Lemonnier sera dotée des technologies « écologiques » les plus avancées. « Économiser de l’énergie sur le champ de bataille -assure le secrétaire à la défense Leon Panetta- signifie économiser de l’argent et des vies humaines ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

 


Edité par T 34 - 09 Mar 2012 à 22:12
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À quoi est dû le coup d’État qui ébranle aujourd’hui le Mali 

Un produit français dérivé de l’opération libyenne…

Richard Labévière, Consultant international (1).

Selon l’ancien ministre de François
Mitterrand Hubert Védrine la résolution 1973 « pour intervenir en Libye (est) une réussite française, grâce à Alain Juppé, qui – à la fin – a remis notre diplomatie d’aplomb » (Le Journal du dimanche, 18 mars 2011). Rien de moins… Un jour, les historiens diront que, pour protéger 20 000 personnes insurgées en Cyrénaïque, la France a pris la lourde responsabilité d’engager une guerre dont le bilan est estimé, par plusieurs ONG, entre 50 000 et 100 000 victimes. Quant à « la diplomatie d’aplomb », c’est à voir…

Hormis le fait qu’il fallait effacer les facéties de Michèle Alliot-Marie en Tunisie et l’inertie de notre diplomatie en Égypte, l’expédition franco-britannique en Libye relayée par l’Otan aura trois conséquences politiques majeures : neutralisation de la feuille de route de l’Union africaine, installation d’un régime islamique à Tripoli et partition du pays. En outrepassant la résolution 1973 qui instaurait une zone d’exclusion aérienne et la « responsabilité de protéger » des populations, la guerre franco-britannique violait allègrement aussi la résolution 1970 fixant un embargo sur les armes à destination de la Libye. En parachutant des palettes de matériel militaire aux Berbères du djebel Néfoussa, commandés par un ancien djihadiste, la France a contribué à déséquilibrer durablement les rapports de forces de l’ensemble de la sous-région.

Le coup d’État survenu au Mali s’inscrit dans le cadre de ce brillant bilan : celui du dégel de l’irrédentisme touareg concernant non seulement le Mali mais aussi le Niger, l’Algérie et la Libye. Les Touareg du MNLA de la région de l’Azawad, dont certains avaient combattu pour le régime de Muammar Kadhafi, ont opéré une double jonction opérationnelle avec les kataëb d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique) et d’Ansar Dine, autre groupe islamiste contrôlant trois villes proches de la frontière algérienne : Tinzawaten, Tessalit et Aguelhok. Dans cette dernière localité, plusieurs dizaines de soldats maliens faits prisonniers avaient été abattus d’une balle dans la nuque ou égorgés à l’arme blanche.

Ainsi, les mutins ayant renversé le président malien Amadou Toumani Touré, qui avaient commencé par manifester dans la caserne de Kati (ville de garnison à une quinzaine de kilomètres de Bamako), réclamaient armes et équipements pour s’engager efficacement contre la rébellion touareg. Cette déstabilisation du Mali ne sera pas le seul produit dérivé de l’intervention de l’Otan en Libye. Au-delà de la jonction opérée entre les Touareg et les islamistes d’Aqmi et d’Ansar Dine, se profilent deux autres articulations : la première apporte un soutien logistique conséquent aux islamistes de Boko Haram du Nigeria. Aqmi, dont l’appellation n’a que peu à voir avec la mouvance Ben Laden, s’est spécialisée dans l’économie de la prise d’otages, devenue un secteur économique à part entière. Mariés à des femmes maliennes, les dirigeants algériens d’Aqmi sont en train de redéployer, sinon d’« africaniser » leurs activités en créant des joint-ventures avec les madrasa (écoles coraniques) de Kano, dans le nord du Nigeria et d’autres groupes armés de Boko Haram, eux-mêmes en liaison avec les shebab somaliens. Ces derniers sont dirigés par des cadres ayant fait leurs classes au Soudan et entretiennent des appuis en Érythrée à travers des ONG financées par le Qatar…

Quoi qu’il en soit, la guerre de la « famille occidentale » – comme disent les néoconservateurs américains et français – en Libye aura consolidé une segmentation terroriste et criminogène allant des côtes du Sénégal à la Corne de l’Afrique. Et plutôt qu’une menace fantasmatique d’al-Qaida au coin des rues de Toulouse et d’ailleurs, cette nouvelle segmentation de l’Atlantique à l’océan Indien constitue notre « nouvel Afghanistan de proximité », pour reprendre les termes d’un ancien patron de la DGSE. Cette véritable menace demande un vrai traitement, non seulement en matière de renseignement et de moyens de riposte, mais aussi sur le plan diplomatique. Cette dernière exigence passe notamment par une refondation « organique » de la relation bilatérale franco-algérienne et une meilleure coordination avec la Commission de l’Union africaine, dont Paris devrait davantage conforter les responsabilités régionales et continentales.

Comme l’écrivaient dernièrement les Amis d’Étienne Pellot (2), « ces questions rompent avec le politiquement correct dominant. Il faut cesser de se gargariser des grands discours ridicules sur notre “ diplomatie universelle ” et de nier béatement le déclin de la France dans le monde. Il est temps d’élaborer une doctrine de redressement, fondée sur des analyses géostratégiques tenant compte de la réalité, de nos moyens d’agir, de nos intérêts ainsi que de ceux de nos voisins européens, méditerranéens et africains ».

Apportant un certain démenti à l’optimisme d’Hubert Védrine, le coup d’État au Mali interpelle aussi les candidats à l’élection présidentielle dont les communicants estiment qu’on ne gagne pas par la politique étrangère. Véritable rouleau compresseur, la mondialisation néolibérale impose simultanément une conception de la France dans le monde et une politique étrangère à usage intérieur.

(1) Dernier ouvrage paru : Vérités et mythologies 
du 11 Septembre. Éditions Nouveau Monde, août 2011. (2) Étienne Pellot, dernier corsaire français connu. 
« Pour un changement de politique étrangère », 
dans Libération du 13 mars 2012.

Richard Labévière

 
Dans son livre, « Le Franc CFA et l'Euro contre l'Afrique », l'économiste ivoirien, le professeur Nicolas Agbohou, Docteur en économie politique et enseignant en France, est en véritable croisade pour démontre et faire comprendre que les 15 pays de la zone CFA sont encore très loin d'avoir leur indépendance monétaire. Nous proposons ici, un extrait d’une interview qu’il a accordée au magazine Afrik. Il réaffirme sa thèse, selon laquelle le Franc français et la nouvelle monnaie européenne, l'Euro ainsi que le Franc CFA contribuent à l'appauvrissement structurel de l'Afrique, du moins maintiennent l'Afrique dans une pauvreté structurelle. Pour lui donc, il faut que l'Afrique répudie, au plus vite, le Franc CFA et adopte une nouvelle monnaie communautaire si elle veut réellement sortir du colonialisme et en finir avec la pauvreté.

Afrik : Votre livre est un véritable réquisitoire contre l'Euro et le Franc CFA. Pourquoi ces deux monnaies seraient-elles contre l'Afrique ?

Nicolas Agbohou : Fondamentalement, les institutions financières qui gèrent le Franc CFA, les banques centrales, sont contre l'Afrique. Les conseils de l'administration de la BCEAO (Banque centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest), de la BEAC (Banque des Etats d'Afrique centrale) et de la Banque des Comores, sont dominés par les Français qui bénéficient d'un droit de veto. Les Comores ne maîtrisent pas leur économie car il y a quatre Français à la Banque centrale et quatre Comoriens. Comme les décisions doivent être prises à l'unanimité ou au moins par cinq personnes, il suffit qu'un Français soit contre le projet pour que tout tombe à l'eau. Et puis, il ne faut pas que les Africains oublient que le Franc CFA est une monnaie française.

Mais au-delà de cet aspect, pourquoi le Franc est-il contre l'Afrique ?

Les Africains sont des êtres humains au même titre que les autres. A ce titre, il est important que les Africains soient libres de mener une politique monétaire qui réponde à leurs attentes. Les 15 pays de la zone franc sont obligés de laisser en dépôt en France 65 % de leurs recettes d'exportation appelées " réserves de change ". Ceci constitue la condition sine qua non pour garantir la stabilité de leur monnaie. Un pays comme le Niger, qui n'arrive pas à payer ses fonctionnaires, s'il exporte des produits, par exemple, pour une valeur d'un milliard de dollars, doit automatiquement laisser en France un dépôt de 650 millions de dollars. C'est absurde ! Pendant ce temps-là, les Nigériens meurent de faim ! Il y a également des dispositifs techniques qui font du Franc CFA un outil d'appauvrissement et de colonisation permanents.

Quels sont ces dispositifs ?

Il faut rappeler que Franc CFA, à l'origine, s'appelait « Franc des Colonies françaises d'Afrique ». Comme son nom l'indique, c'est la France qui en tire le plus grand bénéfice. Les principes qui régissent cette monnaie sont la libre transférabilité, la libre convertibilité et la centralisation d'échanges. A ce propos, il faut savoir clairement et précisément que : premièrement, la libre transférabilité favorise la fuite des capitaux africains ; et, deuxièmement, quand un pays ne possède pas d'épargne, il se retrouve avec une dette extérieure qui l'étrangle.

Qui sont les personnes qui exportent leurs capitaux ?

Nicolas Agbohou : Certains dirigeants et ceux que j'appelle les néo-coloniaux. N'oubliez pas que la première décision que François Mitterrand avait prise, lors de son accession au pouvoir, a été d'interdire la fuite des capitaux. Là-dessus, l'Afrique est doublement pénalisée : non seulement, elle doit faire face à la fuite des capitaux ; mais en plus, elle est tenue de racheter sa propre monnaie. Plus clairement, les dirigeants africains arrivent à Paris avec des valises pleines de Francs CFA qu'ils échangent contre des francs ou des dollars. Mais, les Banques centrales africaines sont obligées de racheter ces Francs CFA que les dirigeants ont laissé en France et que la France ne veut pas conserver. Et, elles doivent le faire avec des devises fortes ! D'où les 65 % des recettes sur les exportations qui restent en dépôt, pour les opérations.

Pourquoi, selon vous, l'Euro est-il si contraire ou si opposés aux intérêts africains, du moins anti-africain ? En quoi est-il contre l’Afrique ?

Avant l'arrimage du Franc CFA à l'Euro, seule la France avait droit de regard sur nos économies. Maintenant c'est toute l'Europe ! Pis, les mesures draconiennes de Bruxelles sont incompatibles avec les besoins de nos économies. Voila pourquoi je persiste et signe qu’il faut, au plus vite, répudier le Franc CFA.

Que proposez-vous en échange ?

Aucun pays ne peut se développer sans indépendance monétaire. Nous avons besoin d'une nouvelle monnaie communautaire qui ne soit pas dirigée de l'extérieur. Il faut jeter à la poubelle les principes qui régissent le Franc CFA. L'Afrique a besoin d'une politique monétaire qui réponde à ses propres besoins et intérêts.

Interview réalisée par Mohamed Berkani.

Source : Dakar Actu



Edité par T 34 - 29 Mar 2012 à 23:18
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L’AFRICOM des Etats-Unis et la militarisation du continent africain : Le combat contre l’implantation économique chinoise

 
 
Nile BOWIE

Depuis l’époque de l’Empire Britannique et du manifeste de Cecil Rhodes, la chasse aux trésors de ce continent sacrifié a montré le peu de valeur qu’on attache à la vie humaine. Après des décennies d’indifférence de la part des consommateurs de matières premières, l’influence croissante de la propagande des médias sociaux a éveillé l’intérêt du public envers les problèmes sociaux longtemps ignorés de l’Afrique. Suite à des actions médiatiques de célébrités en faveur de l’intervention, l’opinion publique aux Etats-Unis est actuellement favorable à une plus grande présence militaire sur le continent africain. Après le déploiement d’une centaine de membres du personnel militaire de l’armée étasunienne en Ouganda en 2011, une nouvelle loi a été présentée au Congrès appelant à l’expansion des forces militaires régionales pour combattre l’Armée de Résistance du Seigneur, un groupe rebelle malingre soi-disant coupable de recruter des enfants soldats et de perpétrer des crimes contre l’humanité.

Bien que l’administration Obama affirme accueillir de bon coeur l’ascension pacifique de la Chine sur la scène mondiale, le récent tournant politique en faveur d’un Siècle Américain tourné vers le Pacifique (*) montre que les Etats-Unis veulent garder la capacité de contrôler militairement la puissance émergente. En plus du maintien d’une présence militaire permanente au nord de l’Australie, la construction d’une immense base militaire sur l’île coréenne de Jeju prouve leur antagonisme croissant contre Beijing. La base a la capacité d’accueillir 20 navires de guerre étasuniens et sud-coréens, y compris des sous-marins, des porte-avions, et des destroyers une fois qu’elle sera terminée en 2014 — en plus de la présence du bouclier anti-missiles Aegis. Les Chinois ont répondu en qualifiant la militarisation croissante de la région de provocation flagrante.

Sur le front de l’économie, la Chine a été exclue du Traité de Partenariat trans-Pacifique en élaboration ; c’est un accord commercial qui porte sur une réglementation du commerce international en Asie concoctée par les Etats-Unis au bénéfice des firmes étasuniennes. Comme de nouvelles divisions politiques fondamentales émergent suite aux veto chinois et russes contre l’intervention en Syrie au Conseil de Sécurité de l’ONU, l’administration Obama s’est mise à utiliser de nouveaux moyens de pression économique contre Beijing. Les Etats-Unis et le Japon ont demandé à l’Organisation du Commerce International de bloquer les projets d’extraction minière financés par Pékin aux Etats-Unis, une mesure qui s’ajoute au gel du financement des importants projets miniers chinois par la Banque Mondiale.

Afin de contrer l’ascension économique de la Chine, Washington a lancé une croisade contre les restrictions chinoises d’exportations de minéraux qui sont des composants essentiels de produits de consommation électroniques comme les écrans plats, les smart phones, les batteries d’ordinateurs portables et quantités d’autres produits. Dans un livre blanc de 2010, la Commission Européenne parle du besoin urgent de constituer des réserves de tantale, cobalt, niobium, et tungstène entre autres ; le livre blanc du département de l’Energie des Etats-Unis de 2010, "Stratégie pour les minéraux indispensables aux Etats-Unis", a aussi reconnu l’importance stratégique de ces composants clés. Comme par hasard, l’armée étasunienne essaie aujourd’hui d’augmenter sa présence dans le pays qui est considéré comme le plus riche en matières premières, la République Démocratique du Congo.

La RDC a énormément souffert au cours de son histoire du pillage étranger et de l’occupation coloniale ; elle a le deuxième plus bas revenu de PIB par personne malgré ses réserves de minéraux bruts estimées à 2400 milliards de dollars. Pendant les guerres du Congo de 1996 à 2003, les Etats-Unis ont fourni des armes et ont entraîné les milices du Rwanda et de l’Ouganda qui ont ensuite envahi les provinces orientales du Congo pour le compte des Etats-Unis. Les différentes multinationales n’ont pas été les seules à bénéficier du pillage, les régimes de Paul Kagamé au Rwanda et de Yoweri Museveni en Ouganda en ont tiré un immense profit ainsi que des guerres congolaises pour les minéraux comme le cassitérite, wolframite, coltan (dont le niobium et le tantale sont dérivés) et l’or. La RDC détient plus de 30% des réserves mondiales de diamants et 80% du coltan mondial dont la plus grande partie est exportée en Chine pour en faire des poudres et des fils de tantale pour la fabrication électronique.

La transformation économique sans précédent de la Chine ne repose pas seulement sur les marchés des Etats-Unis, de l’Australie et de l’Europe — mais aussi sur l’Afrique en tant que source d’une veste gamme de matières premières. Comme l’influence économique et culturelle chinoise s’étend exponentiellement avec la construction symbolique des nouveaux quartiers généraux de l’Union Africaine d’une valeur de 200 millions de dollars financés uniquement par Beijing, les Etats-Unis en perte de vitesse et ses dirigeants ont exprimé leur mécontentement de voir leur rôle dans la région diminuer. Au cours d’un déplacement diplomatique en Afrique en 2011, la secrétaire d’état étasunienne Hillary Clinton, elle-même, s’est laissée allée à insinuer que la Chine se rendait coupable d’un "nouveau colonialisme" rampant.

A un moment où la Chine détient 1500 milliards de dollars de dette étasunienne, le commentaire de Clinton a la résonance d’une dangereuse provocation. La Chine, qui possède les réserves de devises les plus élevées du monde, commence à proposer des prêts à ses homologues du BRIC en RMB (Renminbi ou Yuan) et l’éventualité d’une résistance des nations émergentes au Projet du Nouveau Siècle Américain (**) semble se préciser. Le succès de l’impérialisme anglo-saxon repose sur sa capacité militaire à soumettre les pays en ligne de mire, et les leaders africains d’aujourd’hui ne sont pas obligés de faire des affaires avec la Chine — bien qu’ils aient sûrement intérêt à le faire. La Chine investit annuellement environ 5,5 milliards de dollars en Afrique dont seulement 29% d’investissements directs dans le secteur minier en 2009 —et plus de la moitié dans les usines locales, la finance et la construction, ce qui est aussi très bénéfique aux Africains— en dépit de ce qu’on rapporte sur la maltraitance au travail.

De plus la Chine a consenti 10 milliards de prêts à des taux préférentiels à l’Afrique entre 2009 et 2012 et opéré des investissements significatifs dans les zones industrielles de pays pauvres en matières premières comme la Zambie et la Tanzanie. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique ; elle importe 1,5 million de tonneaux d’huile d’Afrique par jour, ce qui représente environ 30% du total de ses importations. Pendant les dernières décennies, 750 000 Chinois se sont installés en Afrique et des centre culturels financés par l’état chinois ont été créés dans les campagnes pour enseigner le Mandarin et le Cantonais. Selon les prévisions, la Chine sera la plus grande économie mondiale en 2016 et le récent projet de création d’une banque des BRIC pourrait restructurer la scène financière internationale et représenter une menace pour l’hégémonie du Fond Monétaire International sur les économies émergentes stratégiques d’Afrique.

L’implication économique de la Chine en Afrique s’accroît, et son rôle crucial dans le développement du secteur des minéraux, de l’industrie des télécommunications et des projets d’infrastructures indispensables, commence à susciter "beaucoup de nervosité" en Occident selon David Shinn, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Burkina Faso et en Ethiopie. Dans un livre blanc du Département de la Défense de 2011 intitulé "Les développements militaires et sécuritaires en relation avec le peuple de la république chinoise", les Etats-Unis reconnaissent que la technologie militaire et informatique chinoise est arrivée à maturité et qu’on peut s’attendre à ce que Beijing soit hostile à l’élargissement de l’alliance militaire des Etats-Unis avec Taiwan. Le document indique aussi que "L’ascension de la Chine sur la scène internationale sera un élément déterminant du paysage stratégique du début du 21ième siècle". De plus, le département de la Défense admet ne pas savoir comment la croissance de la Chine affectera la scène internationale.

Bien que la présence militaire des Etats-Unis en Afrique, (sous le prétexte de combattre le terrorisme et de protéger les Droits Humain) pour contrecarrer spécifiquement l’autorité économique de la Chine dans la région, ne soit pas à même de susciter les mêmes inquiétudes que la présence étasunienne en Corée du Nord ou à Taiwan, elle pourrait engendrer des tensions. La Chine a la plus grande armée du monde (2 285 000 personnes) et se prépare à défier l’hégémonie militaire sur la région du "Siècle Américain dans le Pacifique" avec ses capacités navales et conventionnelles, et en développant entre autres le premier missile balistique anti-navire. De plus la Chine a commencé à tester des systèmes de pointe anti-satellite (ASAT) et anti-missile balistique (ABM) afin d’amener la rivalité étasuno-chinoise sur le terrain de la Guerre Spatiale.

La raison invoquée par les Etats-Unis, à savoir désarmer l’Armée de Résistance du Seigneur (ARS), pour intervenir en République Démocratique du Congo, dans le Sud du Soudan, en République Centrafricaine et en Ouganda est une escroquerie. La ARS opère depuis plus de deux décennies mais demeure extrêmement faible et ne comporte que 400 soldats. Selon le site LRA Crisis Tracker (http://www.lracrisistracker.com/) lancé par le groupe des Enfants Invisibles pour documenter la crise sur le terrain, la ARS n’a pas fait une seule action en Ouganda depuis 2006. La vaste majorité des attaques répertoriées ont actuellement lieu dans la région de Bangadi au nord-est de la République Démocratique du Congo, au pied d’une bande de terre qui a trois frontières entre la République Centrafricaine et le Soudan du Sud.

L’existence de l’Armée de Résistance du Seigneur doit être sérieusement remise en cause car les cas d’activité de l’ARS rapportés par le groupe des Enfants Invisibles soutenu par le Département d’Etat étasunien reposent sur des témoignages non vérifiés — il s’agit plutôt de présomptions et de soupçons que de certitudes. Etant donné l’extrême instabilité qui règne au nord de la RDC après des décennies d’invasion étrangère et d’innombrables insurrections rebelles, le pays n’a pas les moyens de mener une enquête qui permettrait de confirmer la présence de l’ARS. Joseph Kony mérite peut-être d’être traité en scélérat mais on ne dira jamais assez que la menace que représente l’ARS a été complètement déformée dans les derniers textes de lois étasuniens en faveur de l’intervention. L’augmentation de la présence étasunienne dans la région a pour but de contrecarrer l’expansion de la présence économique de la Chine dans un des secteurs les plus riches en minéraux et autres ressources.

L’Armée de Résistance du Seigneur a été créée en 1987, au nord-ouest de l’Ouganda, par des membres du groupe ethnique Acholi autrefois exploité par les colons britanniques pour du travail forcé et marginalisé après l’indépendance par le groupe national dominant des Bantous. L’Armée de Résistance du Seigneur avait au départ pour but de renverser le gouvernement du Président Ougandais actuel, Yoweri Museveni - -à cause d’une campagne de génocide menée contre le peuple Acholi. Les groupes Acholi et Langi du nord de l’Ouganda ont été historiquement maltraités et ostracisés par les administrations successives soutenues par les Anglo-Américains. En 1971, les agences de renseignement israéliennes et britanniques ont fomenté un coup d’état contre le président socialiste Milton Obote, qui a conduit au désastreux régime de Idi Amin.

Avant de déposer Obote et de se déclarer chef de l’état, Amin était un membre du régiment colonial britannique chargé d’administrer des camps de concentration au Kenya pendant la révolte Mau Mau qui s’est déclenchée en 1952. Amin a massacré le peuple Acholi parce qu’il le soupçonnait d’être loyal à l’ancien président Obote qui est d’ailleurs revenu au pouvoir en 1979, après qu’Amin ait essayé d’annexer la province de Kagera de la Tanzanie voisine. Museveni a fondé le Front du Salut National qui a contribué à renverser Obote avec le soutien étasunien en 1986, en dépit du fait que son armée utilisait des enfants soldats. Museveni a d’abord pris le pouvoir puis il a été accusé de génocide parce qu’il avait enfermé le peuple Acholi dans des camps pour s’approprier la terre fertile du nord de l’Ouganda.

Le régime de Museveni a déplacé environ 1,5 million d’Acholis et tué au moins 300 000 personnes en prenant le pouvoir en 1986 selon la Croix Rouge. En plus d’être accusé d’utiliser le viol comme arme de guerre et d’avoir laissé mourir des milliers de personnes dans des camps d’internements insalubres, Museveni a été accusé de terrorisme d’état à l’encontre du peuple Acholi dans un rapport d’Amnisty International de 1992. Au cours d’une interview en 2006, Joseph Kony a nié avoir mutilé et torturé qui que ce soit et a, au contraire, accusé les forces de Museveni d’avoir commis de tels actes pour s’en servir comme propagande contre l’Armée de la Résistance du Seigneur.

Dans un rapport détaillé sur les atrocités commises par Museveni, l’écrivain ougandais, Herrn Edward Mulindwa écrit : "En 22 années de guerre, l’armée de Museveni a tué, estropié et mutilé des milliers de civils tout en accusant les rebelles de ces crimes. Dans le nord de l’Ouganda, au lieu de défendre et de protéger les civils contre les rebelles, les soldats de Museveni estropiaient, mutilaient et commettaient les pires atrocités en se faisant passer pour des rebelles, puis revenaient et prétendaient que les gens leur devaient leur salut." Malgré tant de preuves de brutalité, Museveni est un fidèle allié des Etats-Unis depuis l’administration Reagan et il a reçu 45 millions de dollars en aide militaire de la part de l’administration Obama pour la participation de l’Ouganda dans la guerre contre la milice somalienne al Shabaab. Depuis le terrible échec de l’intervention étasunienne de 1993 en Somalie, les Etats-Unis y défendent leurs intérêts par l’intermédiaire des armées du Rwanda, de l’Ouganda et de l’Ethiopie.

Depuis l’époque coloniale, l’Occident à l’habitude d’exploiter les différences ethniques d’Afrique pour faire avancer ses intérêts. Au Rwanda, l’administration coloniale belge a exacerbé les tensions entre les Hutus, réduits à une sorte de servage, et les Tutsis qui étaient considérés comme le prolongement du pouvoir belge. Dès le début de la guerre civile au Rwanda en 1990, les Etats-Unis ont essayé de renverser Juvénal Habyarimana, le président Hutu en place depuis 20 ans, pour mettre en place un gouvernement tutsi à leurs ordres au Rwanda, une région historiquement sous l’influence de la France et de la Belgique. A cette époque antérieure à la guerre civile rwandaise, le Front Patriotique des Tutsis du Rwanda (FPR) dirigé par l’actuel président du Rwanda, Paul Kagame, faisait partie des Forces de Défense du Peuple Uni de Museveni (FDPU).

L’armée ougandaise a envahi le Rwanda en 1990 sous prétexte de libérer les Tutsis malgré le fait que Museveni ait refusé d’accorder la nationalité aux réfugiés tutsis-rwandais qui vivaient en Ouganda à ce moment-là, une décision qui a contribué au déclenchement du génocide rwandais de 1994. Kagame lui-même avait été entraîné au U.S. Army Command and Staff College (CGSC) de Leavenworth au Kansas avant de revenir dans la région pour diriger l’invasion de 1990 du Rwanda comme commandant du FPR (l’armée d’opposition au gouvernement rwandais de Habyarimana ndt) qui était approvisionné à partir de bases militaires des FDPU (l’armée ougandaise ndt) financées par les Etats-Unis en Ouganda. L’invasion du Rwanda était soutenue sans réserve par les Etats-Unis et l’Angleterre, et les Forces Spéciales étasuniennes assuraient l’entraînement des soldats avec le concours de la firme de mercenaires étasunienne, Military Professional Resources Incorporated (MPRI).

Une étude publiée en 2000 par le Professeur canadien Michel Chossudovsky et l’économiste belge, Pierre Galand, montre que les institutions financières occidentales comme le FMI et la Banque Mondiale ont procuré des fonds aux deux camps de la guerre civile rwandaise grâce à un système de financement des dépenses militaires par la dette extérieure des régimes de Habyarimana et de Museveni. En Ouganda, la Banque Mondiale a imposé, dans l’intérêt de Washington, des mesures d’austérité seulement sur les dépenses civiles tout en veillant à ce que les revenus de l’état soient consacrés à l’armée ougandaise (FDPU). Au Rwanda, les nombreux prêts de développement consentis par des filiales de la Banque Mondiale comme l’Association de Développement International, le Fond de Développement Africain et le Fond de Développement Européen ont été détournés au profit de la milice Hutu extrémiste Interhamwe, principal acteur du génocide rwandais.

Plus troublant encore peut-être, la Banque Mondiale a supervisé d’énormes achats d’armes qui ont été enregistrés comme des dépenses gouvernementales bona fide en violation flagrante des accords signés entre le gouvernement rwandais et les institutions donatrices. Sous le contrôle de la Banque Mondiale le régime de Habyarimana a importé environ un million de machettes par l’intermédiaire de diverses organisations reliées à Interhamwe sous prétexte d’importer des marchandises civiles. Pour assurer leur règlement, un fond de placement multilatéral de 55,2 millions de dollars a été assigné aux efforts de la reconstruction d’après guerre mais l’argent, au lieu d’être envoyé au Rwanda, a été remis à la Banque Mondiale pour rembourser les dettes créées par le financement des massacres.

De plus, quand Paul Kagame est arrivé au pouvoir, Washington a fait pression sur lui pour qu’il reconnaisse comme légitime les dettes contractées par l’ancien régime génocidaire de Habyarimana. L’échange d’anciens prêts contre de nouvelles dettes (sous l’égide de la reconstruction d’après guerre) a été conditionné à l’acceptation d’une nouvelle vague de réformes dictées par le couple FMI/Banque Mondiale, et des fonds extérieurs ont été détournés de la même manière au profit des dépenses militaires qui ont précédé l’invasion du Congo (alors appelé Zaïre) dirigée par Kagame. Au moment où les législateurs actuels de Washington tentent d’intensifier la présence militaire étasunienne dans la RDC sous des prétextes humanitaires, le comportement ignoble -et amplement documenté- des services secrets et des paramilitaires occidentaux au Congo depuis son indépendance, prouve s’il en était besoin que le but de l’intervention occidentale est l’exploitation pure et simple et rien d’autre.

En 1961, Patrice Lumumba, le premier Premier Ministre du Congo à être élu légalement, a été assassiné avec l’appui des services secrets belges et de la CIA, pavant le chemin au règne de 32 ans de Mobutu Sese Seko. Pour essayer de purger le Congo de l’influence culturelle coloniale, Mobutu a renommé le pays Zaïre et a instauré un régime autoritaire étroitement allié à la France, la Belgique et les Etats-Unis. Mobutu était considéré comme un allié fidèle des Etats-Unis pendant la Guerre Froide à cause de son positionnement anti-communiste ; le régime a reçu des milliards d’aide internationale, notamment étasunienne. Sous son administration les infrastructures se sont détériorées et la kleptocratie zaïroise a détourné les aides et les prêts internationaux ; Mobutu lui-même aurait 4 milliards de dollars sur un compte suisse.

Les relations entre les Etats-Unis et le Zaïre se sont réchauffées à la fin de la Guerre Froide quand ils n’ont plus eu besoin de Mobutu comme allié ; Washington a plus tard utilisé le Rwanda et l’Ouganda pour envahir le Congo, renverser Mobutu et installer à sa place un régime complaisant. Suite au conflit du Rwanda, 1,2 millions de civils hutus (dont beaucoup avaient pris part au génocide) sont passés dans la province Kivu de l’est du Zaïre pour échapper aux poursuites de l’Armée Patriotique du Rwanda (APR) tutsi de Paul Kagame. Les forces spéciales étasuniennes ont entraîné les troupes rwandaises et ougandaises à Fort Bragg aux Etats-Unis et ont soutenu les rebelles congolais du futur président Laurent Kabila. Sous prétexte de sauvegarder la sécurité nationale au Rwanda contre la menace des milices hutus, des troupes du Rwanda, d’Ouganda et du Burundi ont envahi le Congo et se sont déchaînées dans les camps de réfugiés hutus, massacrant des milliers de civils hutus rwandais et congolais dont beaucoup de femmes et d’enfants.

Les rapports de brutalité et de meurtres de masse au Congo ont rarement été pris en compte par l’Occident parce que la communauté internationale appréciait Kagame et avait pitié des victimes tutsis rwandaises du génocide. Halliburton et Bechtel (des firmes militaires privées qui ont tiré un énorme profit de la guerre d’Irak) ont participé aux opérations d’entraînement et de reconnaissance destinées à renverser Mobutu et mettre Kabila à sa place. Après avoir déposé Mobutu et pris le contrôle de Kinshasa, Laurent Kabila a éradiqué toute opposition et est devenu un leader tout aussi despotique ; il s’est détourné de ses alliés rwandais et a appelé les civils congolais à purger par la violence la nation des Rwandais, en conséquence de quoi les forces rwandaises se sont regroupées à Goma pour tenter de conquérir les terres riches en ressources du Congo oriental.

Avant de devenir président en 1997, Kabila a envoyé des représentants à Toronto pour discuter de projets miniers avec American Mineral Fields (AMF) et la multinationale canadienne Barrick Gold Corporation ; il a octroyé à AMF, qui avait des liens directs avec le président étasunien Bill Clinton, un permis d’exploitation exclusif pour le zinc, le cobalt et le cuivre de la région. Les Guerres Congolaises menées par le Rwanda et l’Ouganda ont fait 6 millions de victimes, le plus grand génocide depuis l’holocauste juif. L’occident a soigneusement entretenu le conflit par de l’aide financière et militaire pour s’approprier les énormes ressources minières de l’est et du sud du Congo ; l’industrie de la Défense étasunienne a besoin d’alliages de métaux de haute qualité de cette région pour la construction de moteurs de jets de haute technicité.

En 1980 des documents de Pentagone signalaient le manque de cobalt, titane, chrome, tantale, béryllium et nickel ; c’est principalement pour s’en procurer que les Etats-Unis ont participé au conflit congolais. La seule loi que le président barak Obama a initiée quand il était sénateur est S.B. 2125, l’Acte sur la libération, la sécurité et la promotion démocratique de la République Démocratique du Congo, en 2006. Dans cet acte Obama dit que le Congo représente un intérêt à long terme pour les Etats-Unis et il fait référence à la menace des milices hutus comme le meilleur prétexte à l’ingérence continuelle dans la région ; La section 201(6) de l’acte appelle spécifiquement à la protection des ressources naturelles de la RDC orientale.

Le rapport "Cobalt : les options politiques pour la stratégie minérale" du Bureau du Budget du Congrès publié en 1982 indique que les alliages à base de cobalt sont absolument indispensables aux industries de l’armement et aérospatiales et que 64% des réserves de cobalt se trouvent dans la Copperbelt (ceinture de cuivre) katangaise, qui va du sud-est du Congo au Nord de la Zambie. Pour cette raison, l’avenir du complexe militaro-industriel étasunien dépend largement du contrôle des ressources stratégiques de la RDC orientale. En 2001, Laurent Kabila a été assassiné par un membre de la sécurité, et son fils Joseph Kabila a usurpé la présidence. La légitimité du jeune Kabila repose uniquement sur le soutien de chefs d’état étrangers et de la communauté d’affaires internationale en échange de sa complaisance à les laisser piller son pays.

Pendant les élections générales du Congo de novembre 2011, la communauté internationale et l’ONU n’ont évidemment pas fait état des irrégularités massives observées par le comité électoral. La Mission de l’ONU pour la stabilisation et l’organisation de la République Démocratique du Congo (MONUSCO) a été si tellement soupçonnée de corruption que le leader de l’opposition Étienne Tshisikedi lui a demandé d’arrêter de couvrir le système international de pillage et de nommer quelqu’un "de moins corrompu et de plus crédible" à la tête de la mission. MONUSCO a été salie par le fait que beaucoup de soldats de l’ONU faisaient la contrebande de minéraux comme la cassitérite et vendaient des armes aux groupes de miliciens.

Sous le jeune Joseph Kabila, les activités commerciales entre la Chine et la RDC ont augmenté de manière significative, non seulement dans le secteur minier mais aussi énormément dans le domaine des télécommunications. En 2000, la firme chinoise ZTE a finalisé un contrat de 12,6 millions de dollars avec le gouvernement congolais pour mettre en place la première entreprise de télécommunications sino-congolaise ; de plus, la RDC a exporté du cobalt pour une valeur de 1,4 milliards de dollars en 2007-2008. La plus grande partie des matières premières, comme le cobalt, le cuivre et différents bois durs, sont exportées en Chine pour y être traitées et 90% des usines de traitement du sud-est de la province Katanga appartiennent à des Chinois. En 2008, un consortium d’entreprises chinoises a obtenu des permis d’extraction minière dans la province Katanga en échange d’un investissement de 6 milliards de dollars pour la construction de deux hôpitaux, quatre universités et un projet d’énergie hydraulique.

Dans le cadre du contrat, 3 millions supplémentaires étaient alloués au développement de l’extraction du cobalt et du cuivre dans la province Katanga. En 2009, le FMI a exigé la renégociation du contrat sous prétexte que l’accord entre la Chine et la RDC violait la programme d’aide pour la dette étrangère des pays qualifiés de PPTE (pays pauvres très endettés). La vaste majorité des 11 milliards de dollars de la dette étrangère que la RDC doit au Club de Paris a été détournée par le précédent régime de Mobuto Sesi Seko. Le FMI a réussi à bloquer l’accord en mai 2009 et a demandé que soit réalisée une meilleure étude des concessions de minerais de la RDC.

les Etats-Unis sont en train de mobiliser l’opinion publique en faveur d’une plus grande présence étasunienne en Afrique, sous prétexte de capturer Joseph Kony, de mettre fin au terrorisme islamique et de régler des problèmes humanitaires anciens. Les campagnes émotionnelles des médias sociaux réussissent à convaincre les Américains qu’il faut empêcher ces atrocités mais peu d’entre eux se rendent compte du vrai rôle que jouent les Etats-Unis et les institutions financières occidentales dans le déclenchement des tragédies qu’ils prétendent maintenant solutionner. Beaucoup de personnes sincèrement inquiètes s’engagent naïvement dans des organisations qui militent pour la guerre, en oubliant que l’armée qui sera installée au coeur de l’Afrique utilisera des drones Predator et tirera des missiles qui, on le sait, font énormément de victimes civiles.

La consolidation de la présence étasunienne dans la région fait partie d’un programme plus large qui a pour but d’étendre le pouvoir d’AFRICOM, le commandement militaires des Etats-Unis pour l’Afrique, à travers un archipel de bases militaires dans la région. En 2007, le conseiller du Département d’Etat, J. Peter Pham, a défini ainsi l’objectif stratégique d’AFRICOM : "Protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques que l’Afrique possède en abondance, ce qui signifie d’une part protéger ces richesses naturelles fragiles et d’autre part s’assurer qu’aucune autre nation telle que la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie n’obtienne de monopole ou de traitement de faveur." De plus, pendant une conférence d’AFRICOM à Fort McNair le 18 février 2008, le vice-amiral Robert T. Moeller a ouvertement déclaré que le principe directeur d’AFRICOM était d’assurer "la libre circulation des ressources naturelles africaines sur le marché mondial" avant d’ajouter que la montée en puissance de la Chine représentait une menace majeure pour les intérêts étasuniens dans la région.

L’intensification de la présence étasunienne en Afrique centrale, n’est pas seulement destinée à s’assurer des monopoles sur les réserves de pétrole nouvellement découvertes en Ouganda ; la légitimité de Museveni repose sur le soutien de l’étranger et son aide militaire massive — les forces étasuniennes au sol n’ont pas pour mission d’obtenir de juteux contrats de pétrole de Kampala. La pénétration dans le coeur de l’Afrique a pour but de déstabiliser la République Démocratique du Congo et de mettre la main sur des réserves de cobalt, tantale, or et diamants. Plus précisément, les Etats-Unis se proposent d’utiliser la politique de la terre brûlée en créant une situation de guerre au Congo qui chassera tous les investisseurs chinois. A l’image du conflit libyen, où les Chinois, quand ils sont revenus après la chute de Kadhafi, ont trouvé un gouvernement fantoche qui ne voulait faire des affaires qu’avec les pays occidentaux qui les avaient portés au pouvoir.

D’une part les Etats-Unis usent de leur influence pour favoriser l’émergence d’états séparatistes comme le Soudan du Sud et d’autre part, les activités de al Shabaab en Somalie, de Boko Haram au Niger et de plus grands groupes de AQMI en Afrique du nord offrent aux Etats-Unis un bon prétexte pour s’ingérer davantage dans les affaires de la région. La mission dévolue au premier président noir des Etats-Unis est d’exporter ostensiblement la guerre théâtrale contre le terrorisme sur le continent africain pour exploiter les tensions tribales, ethniques et religieuses existantes. Comme les théoriciens de la politique étasunienne tels que Henry Kissinger le proclament volontiers, "La dépopulation du tiers-monde devrait être la priorité essentielle de la politique étrangère étasunienne" ; les vastes espaces de désert et de jungle du nord et du centre de l’Afrique serviront sans nul doute de scène de théâtre aux guerres pour les ressources naturelles de la prochaine décennie.

Nile Bowie

Nile Bowie est journaliste, photographe et écrivain indépendant. Il est basé à Kuala Lumpur en Malaysie.

Pour consulter l’original : http://nilebowie.blogspot.fr/2012/03/africom-report-combatin...

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Note :

* http://euro-synergies.hautetfort.com/tag/oc%C3%A9an%20pacifi...

** http://onegus.blogspot.fr/2007/07/pnac-mein-kempf-neoconserv...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Apr 2012 à 20:13

Grands lacs : la guerre pour les minerais contre la Chine se poursuit

Dans un article publié dans  Congo Libre aujourd'hui, le journaliste Nile Bowie, explique les enjeux de la nouvelle présence militaire américaine en Ouganda et les pressions sur l'Est du Congo.

Selon lui, le prétexte officiel à cette présence, la lutte contre l'Armée de Résistance du Seigneur ne résiste pas à l'examen des faits  : ce groupe fanatique dont l'ampleur des exactions pourrait bien être exagérée par la presse occidentale. Bowie rappelle d'ailleurs à juste titre d'où est née cette guérilla, au sein d'une ethnie, les Acholi, persécutée sous la dictature d'une ancien homme de main des britanniques Amin Dada, parce qu'elle avait sympathisé avec l'ancien président socialiste renversé en 1971 Milton Obote, puis par le régime pro-occidental de Museveni (qui a lui aussi contribué au renversement d'Obote). "Le régime de Museveni a déplacé environ 1,5 million d’Acholis et tué au moins 300 000 personnes en prenant le pouvoir en 1986 selon la Croix Rouge. En plus d’être accusé d’utiliser le viol comme arme de guerre et d’avoir laissé mourir des milliers de personnes dans des camps d’internements insalubres, Museveni a été accusé de terrorisme d’état à l’encontre du peuple Acholi dans un rapport d’Amnisty International de 1992. ", souligne Bowie.

Museveni, qui a été un allié de poids pour les Etats-Unis en portant au pouvoir Kagame au Rwanda, est aujourd'hui un atout important por que Washington puisse mener une nouvelle guerre : celle des minerais, qui est menée contre le Chine.

"Afin de contrer l’ascension économique de la Chine, explique Bowie, Washington a lancé une croisade contre les restrictions chinoises d’exportations de minéraux qui sont des composants essentiels de produits de consommation électroniques comme les écrans plats, les smart phones, les batteries d’ordinateurs portables et quantités d’autres produits. Dans un livre blanc de 2010, la Commission Européenne parle du besoin urgent de constituer des réserves de tantale, cobalt, niobium, et tungstène entre autres ; le livre blanc du département de l’Energie des Etats-Unis de 2010, "Stratégie pour les minéraux indispensables aux Etats-Unis", a aussi reconnu l’importance stratégique de ces composants clés. Comme par hasard, l’armée étasunienne essaie aujourd’hui d’augmenter sa présence dans le pays qui est considéré comme le plus riche en matières premières, la République Démocratique du Congo."  La RDC détient plus de 30% des réserves mondiales de diamants et 80% du coltan mondial dont la plus grande partie est exportée en Chine pour en faire des poudres et des fils de tantale pour la fabrication électronique.

Selon Bowie, "l'intensification de la présence étasunienne en Afrique centrale, n’est pas seulement destinée à s’assurer des monopoles sur les réserves de pétrole nouvellement découvertes en Ouganda ; la légitimité de Museveni repose sur le soutien de l’étranger et son aide militaire massive — les forces étasuniennes au sol n’ont pas pour mission d’obtenir de juteux contrats de pétrole de Kampala. La pénétration dans le coeur de l’Afrique a pour but de déstabiliser la République Démocratique du Congo et de mettre la main sur des réserves de cobalt, tantale, or et diamants. Plus précisément, les Etats-Unis se proposent d’utiliser la politique de la terre brûlée en créant une situation de guerre au Congo qui chassera tous les investisseurs chinois. A l’image du conflit libyen, où les Chinois, quand ils sont revenus après la chute de Kadhafi, ont trouvé un gouvernement fantoche qui ne voulait faire des affaires qu’avec les pays occidentaux qui les avaient portés au pouvoir.".

La thèse de Bowie sur la "surestimation" des crimes de l'Armée de résistance du seigneur (LRA) est à prendre avec précaution, mais il est clair que la propragande anti-LRA (autour d'une vidéo appelant à l'arrestation de son chef Joseph Kony pour enlèvement d'enfants) en ce moment est jugée très biaisée par les Acholis comme l'a révélé une dépêche d'agence occidentale il y a quinze jours. L'ONG Invisible Children qui sert de cheville ouvrière à cette campagne est largement subventionnée par les fondamentalistes chrétiens américains. Elle demande une implication militaire croissante de Washington jusqu'à l'arrestation de Kony, n'hésite pas à critiquer dans une lettre à Obama du 7 mars dernier le Congo qui minimise les exactions de la LRA, mais ne dit rien des autres armées de la région, notamment celles alliées des Etats-Unis, qui elles aussi emploient des enfants-soldats comme la LRA. Mais Invisible Children pourrait être un nouveau rideau de fumée humanitaire et moralisateur destiné à aveugler (volontairement et involontairement) l'opinion publique occidentale pendant que le Pentagone renforce sa présence militaire, et que les multinationales poursuivent leur guerre des minerais (sans oublier la nouvelle colonisation des terres africaines, en Ouganda comme ailleurs, pour les agrocarburants)...




Edité par T 34 - 21 Apr 2012 à 01:39
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 22 Apr 2012 à 18:12

Les éleveurs pasteurs du Sahel entre guerre et faim

La crise alimentaire s’abat sur le Sahel. Au Niger, où plus de 80 % de la population dépend de l’élevage, on redoute une résurgence des conflits liés à l’accès aux ressources.

On l’a vu charger sur le Sahel comme on observe un grain fondre sur Brest depuis l’horizon. Annoncée dès le mois d’août, la crise de la faim est en train de s’abattre sur le Grand Ouest africain. En février, les instances onusiennes évaluaient encore à 12 millions le nombre de personnes menacées par l’insécurité alimentaire et la malnutrition. On parle aujourd’hui de 16 millions de personnes – 15,6 millions pour être précis. « L’alerte est dépassée », note Gaëlle Bausson, porte-parole de l’ONG Oxfam pour le Niger, basée à Niamey. « Nous sommes d’ores et déjà en situation de crise. » Dans le pays, où l’on estime que 6,4 millions de personnes sont vulnérables à l’insécurité alimentaire, environ 3 millions ne disposent déjà plus de réserves. La sécheresse de l’été dernier a réduit la production céréalière du Sahel de 26 % par rapport à 2010, relève la FAO. Bien plus que la rareté des denrées, c’est leur prix élevé qui les rend inaccessibles.

Au Niger, où 59 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour, les flambées successives des prix du pétrole et des céréales sur les marchés mondiaux se sont répercutées violemment. Les céréales s’y achètent 34 % plus cher que l’an dernier à la même époque (1). Leur prix y est au plus haut depuis cinq ans, crises de 2008 et de 2010 comprises. « Un tiers de la population est encore endetté par celle de 2010, reprend Gaëlle Bausson. Beaucoup n’ont plus ni bijoux ni cheptel à vendre pour faire face. » Et l’on parle, déjà, de villages qui auraient entamé leur stock de semences, mettant en péril la prochaine récolte.

L’élevage, dont dépend partiellement ou totalement 80 % de la population du Niger, est singulièrement affecté. « Le prix des animaux et du lait est dangereusement déprécié par rapport à celui des céréales », explique Hassane Baka, administrateur de la base régionale de Maradi de l’Association pour la redynamisation de l’élevage du Niger (Aren), qui craint une décapitalisation accrue des ménages. « Pour nourrir sa famille, un pasteur est obligé de vendre deux fois plus… » Au risque d’y laisser son cheptel.

Les conflits armés qui ont éclaté au Mali depuis 2011 s’imposent, enfin, comme facteur ô combien aggravant. « Ils ont entraîné un mouvement massif des éleveurs pasteurs vers le sud du pays et les pays limitrophes comme la Mauritanie, le Niger et le Burkina-Faso, eux-mêmes confrontés à une crise alimentaire », note le Réseau Billital Maroobé des organisations d’éleveurs et pasteurs de l’Afrique, qui, dans un plaidoyer adressé à la communauté internationale, redoute une résurgence des conflits liés à l’accès aux ressources. Le bouleversement des itinéraires de transhumance habituels « en direction de régions dans lesquelles les éleveurs n’ont pas développé de relations sociales avec les communautés locales (…) devient un facteur aggravant de l’insécurité ».

Sur les 200 000 Maliens qui ont fui les combats, 35 000 environ se seraient dirigés vers le Niger. « Le manque d’accès à l’eau ou au fourrage couplé à la prolifération d’armes légères, liée aux conflits malien et libyen, risque d’opposer violemment les éleveurs entre eux », reprend Hassane Baka. « Ces derniers risquent en outre d’être chassés par les agriculteurs quand arrivera la prochaine saison des semences. » L’Aren en appel aux autorités pour organiser l’équité d’accès aux ressources pour les uns et autres. « Sans quoi, nous nous acheminons vers de nouveaux conflits d’ici le début du mois de mai. »

(1) Taux relevé en février.

Marie-Noëlle Bertrand

Source

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« L’Algérie est dans la ligne de mire des prédateurs occidentaux »

 
 
Ley-Ngardigal Djimadoum

Décidément, à chaque nouvelle déstabilisation d’un pays, l’Occident fait appel à ses éclaireurs médiatiques. Une grande campagne de désinformation est orchestrée contre le Mali. Pourquoi ? Après le retour à l’ordre constitutionnel auquel plusieurs parties ont appelé, cela se conçoit, que se cache-t-il derrière ce double jeu d’un Occident qui ne lâche pas prise ? L’encouragement des Touaregs à constituer un « Etat » indépendant ne serait-il pas conçu dans cette logique de balkanisation de la région ? On est tenté d’y croire si l’on se réfère aux richesses dont regorge le nord du Mali. Dans cette perspective prédatrice, l’Occident ne s’embarrasse pas d’appliquer sa politique du « deux poids, deux mesures ». Y aurait-il de bons et de mauvais putschistes ? Dans cette nouvelle escalade à nos frontières, quels seraient les enjeux et le rôle de l’Algérie ? Questions que nous avons abordées avec le Dr Ley-Ngardigal Djimadoum, secrétaire général d’ACTUS/PRPE (Action tchadienne pour l’unité et le socialisme/ Parti révolutionnaire populaire et écologique) et d’ALAC (African Libyan Action Committees).

La Nouvelle République : Au vu des informations véhiculées par les médias occidentaux, c’est l’apocalypse au Mali. Comment peut-on décrire la situation qui prévaut actuellement ?

Ley-Ngardigal Djimadoum : Après les guerres impérialistes d’occupation en Irak, Libye et Côte d’Ivoire, aucun esprit rationnel et objectif peu soit-il ne pourrait encore croire aux médias mensonges occidentaux sur le Mali. A cet effet, un bref rappel historique des trois croisades occidentales de cette dernière décennie, serait nécessaire pour rejeter les intoxications médiatiques impérialistes sur le Mali. La désinformation médiatique est une redoutable arme utilisée systématiquement à satiété par les prétendues « puissances démocratiques » et impérialistes occidentales afin de recoloniser les pays du Sud. Ces mensonges érigés en mode de gouvernance universelle, remplacent dorénavant les lois internationales. Depuis la guerre contre le Président Saddam Hussein et le peuple irakien le 20 mars 2003, la désinformation ou les mensonges éhontés ont permis la recolonisation de ce pays et de la Libye par les puissances impérialistes USA, Grande-Bretagne et France. Au palmarès de cette prédation coloniale il faudrait ajouter la Côte d’Ivoire où la France s’était illustrée toute seule par une expédition militaire coloniale punitive en bombardant le palais présidentiel puis kidnappé et déporté le président légitime insoumis, Laurent Gbagbo. Elle a ensuite intronisé son nervi Alassane Ouattara. La démocratie à la canonnière jette de l’opprobre sur la France qui se dit défenseur des valeurs démocratiques universelles.

Souvenez-vous encore du petit tube à essai de laboratoire, exhibé par le secrétaire d’Etat américain Colin Powell, lors d’une conférence de presse. Ce mensonge ubuesque voudrait démontrer la présence d’armes de destruction massive (ADM) que détiendrait le président Saddam Hussein. Le résultat, nous le connaissons : les USA et leur allié britannique ont occupé le pays après des mois d’intenses bombardements. Ce fut un véritable crime contre l’humanité, le président Saddam fut assassiné, plus d’un million d’Irakiens morts, le pays détruit est occupé par les armées US et britannique, le pillage du pétrole continue. Paradoxalement, à ce jour, aucune ADM n’a été découverte !

Ce bref rappel historique, me semble-t-il, est nécessaire pour comprendre les cyniques objectifs de la campagne médiatique orchestrée par les médias mensonges occidentaux contre la prise de pouvoir par les jeunes officiers du Comité national de redressement de la démocratie et de la restauration de l’Etat (CNRDRE) dirigé par le Capitaine Amadou Haya Sanogo.

Cette aile de l’armée malienne ne serait pas inféodée à la Françafrique. En effet, si ces militaires et leur coup d’Etat avaient reçu l’aval de l’impérialisme français, il n’y aurait pas eu cette avalanche de campagnes de désinformation médiatique et de condamnation de la part des autorités françaises. Il n’y a jamais eu d’apocalypse au Mali, causée par les militaires comme le pérorent les médiamensonges occidentaux.

Où sont les images des manifestations de masse en faveur du régime du président déchu Amadou Toumani Touré (ATT) à Bamako ? En revanche, ces médiamensonges ont occulté les manifestations monstres organisées par le Mouvement populaire du 22-Mars (MP 22) en soutien au CNRDRE. Une telle campagne de haine des impérialistes occidentaux est un prélude à une guerre contre le peuple frère malien. Les exemples de l’Irak, de la Libye et de la Côte d’Ivoire sont présents pour nous rappeler la logique de guerre de recolonisation et de rapine de ces puissances prédatrices occidentales. A ce sujet, l’écrivain et activiste malien Mountaga Fané Kantéka qui a vécu en direct les événements de Bamako, confiait dans un entretien réalisé par le journaliste Chérif Abdedaïm du quotidien algérien La Nouvelle République du 11 avril 2012, le constat suivant : « Comme je l’avais mentionné dans un article, il y a eu toute une campagne de désinformation autour des putschistes sur le web et sur des médias occidentaux comme RFI, France 24 ou La voix de l’Amérique, faisant croire que c’était l’apocalypse au Mali, alors que dans la réalité, ce n’était guère le cas ».

Dans son blog l’écrivain ajoutait : « Sur les antennes des mêmes médias spécialisés dans la désinformation, j’ai entendu aussi qu’il y aurait eu ce lundi 26 mars 2012 un « millier » de manifestants (selon RFI et France 24) et « deux mille » selon la Voix de l’Amérique, dans les rues de Bamako, pour protester contre le coup d’Etat. Sauf s’il n’est pas vrai que je vis à Bamako, je n’ai eu aucun écho de ces protestations.

Pourtant, je me suis promené en ville et me suis rendu jusqu’à Kati, fief des putschistes ».

Quelles seraient d’après vous les motivations profondes de ces putschistes ?

Un certain nombre de faits sociaux gravissimes égrenés par le CNRDRE dans sa première déclaration du 22 mars 2012, justifient l’éviction du président ATT. La paupérisation exponentielle des masses populaires maliennes est inversement proportionnelle à l’accaparement des richesses nationales par une poignée de personnalités, le gouvernement est corrompu et incompétent, l’armée nationale délaissée et sous-équipée est confrontée à la rébellion dans le nord du pays. Elle a perdu de nombreux hommes de troupe.

Les motivations profondes du CNRDRE seraient incontestablement le sursaut patriotique afin de résoudre les cruciaux problèmes sociaux et politiques.

Sa conférence de presse du 13 avril 2012, le Capitaine Sanogo a réitéré les raisons de l’éviction d’ATT : « Nous étions face à une situation chaotique, l’impasse politique, la corruption généralisée, et j’en passe. Notre ambition, c’est le Mali, le Mali en premier lieu, c’està- dire l’intérêt supérieur de la nation.

Nous poserons des actes concrets au profit du peuple malien »[Le Prétoire du 13 avril 2012]

Les jeunes officiers du CNRDRE appartiennent à l’aile patriotique de l’Armée selon la déclaration du MP22, qui sont animés par un élan nationaliste afin de stopper la descente aux enfers dans laquelle ATT, sa poignée de corrompus, les narcotrafiquants et autres petits bourgeois compradores, conduisent le Mali.

Pourquoi devrions-nous douter de la bonne volonté de ces jeunes officiers qui de surcroît ont subi dès les premières heures de leur action salvatrice les hostilités de l’impérialisme français ?

Le CNRDRE serait par conséquent une organisation autonome, indépendante de l’impérialisme français qui serait par ailleurs pris de court, malgré son contrôle par ses agents de renseignement qui essaiment les pays de son pré-carré africain.

Ce coup d’Etat pourrait-il constituer un alibi pour une intervention militaire étrangère ?

Sous le fallacieux prétexte de rétablissement de l’ordre constitutionnel, en réalité la défense de l’ordre colonial établi et des intérêts hexagonaux, les impérialistes, notamment la France, interviendraient militairement à l’instar de la Côte d’Ivoire. Pour cette dernière, la Françafrique doit être préservée par tous les moyens économiques, politiques, y compris militaires.

L’ultimatum de 72 heures lancé par la Cédéao au CNRDRE pour céder le pouvoir en rétablissant l’ordre constitutionnel, a été martelé dès les premières heures par la France.

L’ordre colonial français a été donné à la Cédéao d’intervenir militairement au Mali. Cette organisation sous-régionale, présidée par Ouattara, s’affirme au grand jour comme le bras armé des impérialistes, notamment de la France. Rappelons que le coup d’Etat militaire du 11 avril 2011 de l’armée française contre le président légitime Laurent Gbagbo, a permis d’introniser M. Ouattara. Ce dernier qui doit tout à son maître, le Président Sarkozy, fera du zèle en commettant des massacres s’il le faut.

D’après vous, les militaires qui ont pris le pouvoir ont-ils les moyens de contrôler la situation sécuritaire sans subir d’influence de récupération par l’Occident ?

Le régime d’ATT était responsable de l’affaiblissement matériel et moral de l’Armée nationale. Il serait difficile au CNRDRE de contenir dans un premier temps très court l’insécurité insidieusement et cyniquement programmée par les puissances impérialistes au Mali et dans cette sousrégion africaine saharo-sahélienne.

Le Mali affaibli militairement, non seulement verrait se renforcer l’influence occidentale mais l’impérialisme français récupérerait puis atomiserait l’esprit patriotique qui a conduit à la création du CNRDRE. Sous prétexte de réorganiser l’armée malienne et de l’aider à combattre les groupes rebelles au nord du pays, la France exigerait en retour l’installation d’une base militaire.

Au demeurant, rappelons que l’Hexagone a toujours souhaité installer une base à Mopti. Cependant le régime socialiste de Modibo Keita s’était opposé.

Les régimes successifs étaient contraints de répondre par la négative ou hésitaient car l’opinion malienne en général est farouchement opposée à une présence militaire française sur le sol national. Vous voyez pourquoi la France a aussi contribué à l’affaiblissement militaire du Mali en permettant au Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) de rentrer au Mali suréquipé depuis la Libye. Des milliers de Maliens ont perdu la vie.

Le cynisme des impérialistes occidentaux à l’égard de l’Afrique est sans limite lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts.

Ont-ils les moyens nécessaires pour contenir la révolte des Touareg et éviter le démembrement du Mali ?

La proclamation de l’indépendance de l’Azawad le vendredi 06 avril 2012 n’est pas une surprise pour les observateurs, peu avertis soient-ils. En effet, les moyens matériels de l’armée malienne sont évidemment insuffisants en qualité et en quantité face à l’armada des groupuscules armés (Aqmi, Ansar Dine) et le MNLA, surarmés grâce aux arsenaux libyens. Dans sa déclaration du 20 mars, le CNRDRE a accusé le régime d’ATT d’avoir été responsable de l’affaiblissement matériel de l’Armée nationale. Cette dernière ne serait pas en mesure de contenir les assauts des groupuscules armés dans un premier temps car une guerre ne saurait être définitivement gagnée ou perdue que si la victoire ou l’échec s’inscrit dans la durée.

La farouche volonté commune de rétablir l’intégrité territoriale du Mali et son unité d’avant la proclamation d’indépendance de l’Azawad a été maintes fois affirmée par tous les partis, associations et société civile. Cette unanimité ne vaincrait-elle pas le démembrement du pays ?

Peut-on imposer à un peuple uni, jaloux de son indépendance et de l’intégrité territoriale du pays, la désintégration de sa patrie ? Le Président de transition du Mali Dioncounda Traoré a haussé le ton contre les rebelles sécessionnistes du MNLA :

« Nous n’hésiterons pas à mener une guerre totale et implacable pour recouvrer notre intégrité territoriale, pour bouter hors de nos frontières tous ces envahisseurs porteurs de désolation et de misère que sont Aqmi et tous ces trafiquants de drogue qui opèrent depuis trop longtemps dans le nord de notre pays (…) Nous préférons la paix, mais si la guerre est la seule issue, nous la ferons », a-t-il promis. » [Le Nouvel observateur du 12 avril 2012]. Le capitaine Sanogo, président du CNRDRE, a aussi résumé cette volonté unanime relative à l’intégrité du Mali en ces termes : « Il y a d’abord le dialogue, et l’armée est la dernière solution. Et si l’on devait passer par cette option, on s’est donné comme mission de défendre l’intégrité territoriale.

Nous sommes en train de voir dans quelle mesure on pourra outiller l’armée. Le reste on verra bien. » [Le Républicain du 16 avril 2012]

Estimez-vous que la « révolte » des Touareg contre l’exrégime malien est légitime ou serait-elle dictée par ceux qui veulent instaurer une nouvelle configuration géopolitique dans la région du Sahel ?

Il conviendrait de souligner que les révoltes des Touareg dans le nord du Mali et dans d’autres pays de la Françafrique sont récurrentes et à caractère social. Leurs causes sont d’origine exogène et/ou endogène.

Dans tous les pays du précarré français d’Afrique, y compris le Mali, l’héritage des antagonismes sociaux créés par le colonisateur entre les peuples demeure conflictuel. Par exemple, au Mali, l’administration coloniale avait institué les premières discriminations entre nomades « blancs » et sédentaires « noirs » . Dans les années 1950, les actuelles régions du Nord, peuplées de plusieurs centaines de milliers d’habitants pour une superficie de 822.000 km2, disposaient seulement de 4 cercles, 10 écoles dont 4 dites régionales (primaires au niveau des chefslieux de cercle), 10 dispensaires et infirmeries. Voici le vrai visage de l’impérialisme français qui refuse tout véritable développement social économique des colonies. Le MNLA et les Touareg auraient effacé de leur mémoire ce fait colonial accablant pour s’allier aujourd’hui à leur bourreau d’hier afin de dépecer leur pays, le Mali ? Depuis l’« indépendance », les gouvernements nationaux ont accompli des efforts substantiels en matière de structures de santé et d’éducation par rapport à l’administration coloniale française qui avait délaissé sciemment cette région du Nord, une sorte de bombe à retardement dans sa stratégie de recoloniser l’Afrique.

La question touarègue est, par conséquent, l’une des survivances des problèmes des nationalités (d’origine sociale) léguées par la puissance coloniale française au jeune Etat malien à son accession à l’indépendance nominale de 1960. La stratégie impérialiste de « diviser pour régner » trouve ici au Mali, comme dans tous les autres pays du précarré français, sa concrétisation.

Les antagonismes ethniques, régionaux (nordistes contre sudistes), religieux (chrétiens contre musulmans)… ont été exacerbés par la France afin de fragiliser puis de soumettre à sa domination totale les Etats. L’impérialisme occulte ainsi sa responsabilité historique dans le pillage des ressources naturelles et l’exploitation des peuples, lesquels ont conduit à leur paupérisation.

C’est dans ce contexte de revendications sociales légitimes contre les affres du système d’exploitation capitaliste que des populations entières africaines se sont soulevées contre les dictateurs imposés par la France. Les légitimes révoltes sociales contre les régimes dictatoriaux imposés par la France sont légions. Ces dernières devraient-elles nécessairement conduire à la proclamation unilatérale d’indépendance le 06 avril 2012 d’un Etat touareg (Azawad) ? Les injustices sociales institutionnalisées par les dictateurs « gouverneurs-délégués » de la France en Afrique touchent tout autant les autres peuples et les régions maliennes, à l’exception d’une ultraminorité de nouveaux riches prédateurs, pro-impérialistes, constituée des dirigeants politiques, de leurs familles élargies et de clans. La révolution populaire de 1991 contre la dictature de Moussa Traoré au Mali, à laquelle les Touareg ont participé, est un exemple qui transcende tous les clivages régionalistes jadis semés par la puissance coloniale.

Les revendications sociales des Touareg et celles des autres populations face aux affres du régime étaient convergentes et nationales. L’intégrité territoriale et l’unité nationale ont été préservées. Ce constat reste encore valable aujourd’hui, et le MNLA se doit de le reconnaître.

Il ne doit pas se laisser manipuler par les criminels desseins de l’impérialisme français contre le peuple malien auquel il fait partie intégrante. La balkanisation de l’Afrique la transformera en proie encore plus facile pour les puissances impérialistes occidentales prédatrices. Dans ces conditions d’injustices généralisées au niveau national, ne serait-il pas plus judicieux de fédérer toutes les révoltes sociales en luttes révolutionnaires nationales démocratiques populaires et antiimpérialistes afin de renforcer

l’unité nationale ? A cet effet, le MP22, qui regroupe 126 partis, organisations, associations et personnalités, a fait un pas décisif dans l’unité d’action en soutenant le CNRDRE, tombeur du régime d’ATT.

Que pensez-vous de l’indépendance autoproclamée de l’Azawad par le MNLA ? Quel rôle aurait joué la France ?

La France, qui bombardait à l’époque la Libye, dispose toujours de bases militaires au Tchad et contrôle le Niger. Elle pourrait, si elle le voulait, intercepter les colonnes des Touareg lourdement armées partant de Libye vers le nord du Mali. L’impérialisme français concocterait déjà son plan de la partition du pays. Un deal aurait été conclu entre le MNLA et la France pour la proclamation de l’indépendance de l’Azawad le 06 avril 2012. Nous y reviendrons plus tard. Mieux encore, si la France était tant attachée à l’intégrité territoriale du Mali, pourquoi n’a-t-elle pas aidé en armes l’Armée malienne ? Pourquoi n’a-telle pas convoqué le Conseil de sécurité de l’ONU pour une question territoriale aussi importante ? Elle sait pourtant bien ameuter les instances onusiennes quant il s’agit d’aller bombarder les régimes insoumis.

Le deal conclu entre la France et le MNLA fait de ce mouvement son protégé. En effet, la France n’a pas mobilisé l’opinion internationale sur les crimes contre l’humanité commis par le MNLA dans les territoires qu’il occupe dans le Nord du Mali. Les intérêts de l’impérialisme français sont plus importants que les vies humaines et les droits de l’homme au Mali.

Des actes gravissimes ont été commis par le MNLA sur les populations : viols de femmes, assassinats de civils, pillages, traitements humiliants et dégradants, exécutions sommaires des militaires faits prisonniers…

La ville d’Aguehoc, dans le nord du pays, fut le théâtre de la barbarie du MNLA et de son allié AQMI. L’Indépendant du 13 février 2012 rapporte les propos du président déchu ATT sur ces massacres d’Aguehoc : « Lorsque le MNLA a quitté les lieux, nous avons découvert une tragédie : soixante-dix de nos jeunes étaient alignés sur le sol, les Noirs avaient les poignets ligotés dans le dos et ont été abattus par des balles tirées à bout portant dans la tête. Ceux qui avaient la peau blanche, les Arabes et les Touareg, ont été égorgés et souvent éventrés. » Selon le même journal, à la mi-février, de retour d’une mission au Mali, le ministre français de la Coopération Henri de Raincourt avait avancé un bilan de 82 morts et fait état de « méthodes barbares et expéditives dans l’exécution des victimes ». Le quotidien malien L’Essor du 17 février 2012 écrit : « Du 18 au 24 janvier dernier, la localité d’Aguelhoc, dans le nord du pays, a été brutalement attaquée par des éléments se réclamant du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Des dizaines de militaires des forces armées et de sécurité ont été faits prisonniers avant d’être froidement exécutés, les mains ligotées dans le dos, avaient témoigné deux jours plus tard les élèves de l’Institut de formation des maîtres, qui ont pu s’échapper de cet enfer ». Les déclarations du gouvernement français, « désapprouvant » cette indépendance mais ne la condamnant pas fermement, ne sont qu’une imposture.

Le président Sarkozy a déclaré : « Il faut travailler avec les Touareg pour voir comment ils peuvent avoir un minimum d’autonomie. » [Le Monde du 13 avril 2012] Pourquoi ignore-t-il les accords de paix entre le gouvernement malien et le MNLA signés à Tamanrasset sous l’égide du gouvernement algérien le 6 janvier 1991 ? N’y aurait-il pas là une certaine volonté manifeste de torpiller la médiation algérienne afin de réaffirmer sans complexe la suprématie coloniale de la France dans son précarré ? S’agissant de l’autonomie des 6e et 7e régions du Nord du Mali, le procès-verbal de cet accord stipule : « Les deux parties ont convenu que les populations des trois régions du Nord du Mali géreront librement leurs affaires régionales et locales par le biais de leurs représentants dans des Assemblées élues, selon un statut particulier consacré par la loi. » De quelle « autonomie » nouvelle qu’évoquait subtilement le président si ce n’est l’indépendance autoproclamée de l’Azawad dont la France est la cheville ouvrière ?

A l’heure où les impérialistes occidentaux, malgré leurs rivalités internes inhérentes au système capitaliste, s’associent militairement pour recoloniser l’Afrique, ne serait-il pas suicidaire pour notre continent de favoriser sa balkanisation en aidant à la réalisation de leur doctrine qui est : diviser pour régner ? Le MNLA, cantonné dans l’Azawad Land, serait une proie encore plus vulnérable pour les prédateurs occidentaux qui le dépèceront davantage en Azawad occidental, oriental, centre, nord, sud… au gré de leur boulimie d’exploitation en appliquant la même stratégie d’indépendance programmée. Ils inciteront plus tard d’autres populations (Songhaï, Maures, Bambara, Peuls, Dialonke, Mossi, Bambara...) qui vivent dans cette région septentrionale du Mali à proclamer aussi unilatéralement leurs indépendances.

L’exploitation capitaliste des peuples africains se traduit par le bonheur et le bien-être croissant des prédateurs.

Le MNLA serait piégé dans des accords de dupes avec les puissances impérialistes qui l’auraient encouragé et soutenu dans sa proclamation unilatérale d’indépendance de l’Azawad le 6 avril 2012. Les Touareg déchanteront et leur réveil sera brutal.

Les peuples africains se doivent d’intégrer dans leurs actions la dimension panafricaine de notre riche continent qui est devenu aujourd’hui au XXIe siècle l’enjeu majeur de géostratégie pour les puissances impérialistes occidentales.

Les puissances impérialistes, notamment la France et les Etats-Unis, sont en rivalité entre elles d’une et d’autre part avec les puissances émergeantes, notamment la Chine, pour l’exploitation des gigantesques ressources minières (pétrole, gaz, uranium, or, phosphate bauxite, manganèse…) du Sahara.

La position géostratégique de la région saharo-sahélienne attise aussi les convoitises de ces deux puissances occidentales. A cet effet, depuis 2002, les Etats- Unis ont élaboré le Pan Sahel Initiative (PSI) qui deviendra en 2004 Trans-Sahara Counter Terrorisme Initiative (TSCI), dont l’objectif officiel est d’aider les forces de sécurité des pays riverains et limitrophes du Sahara (Niger, Mali, Algérie, Tchad, Maroc, Tunisie, Mauritanie, Sénégal, Ghana) à contrôler les frontières et à lutter contre les activités illégales et le terrorisme incarné par AQMI [Source : globalsecurity. org du 26 mars 2012]. Des manoeuvres et entraînements militaires ont eu lieu entre les unités de ces armées africaines et les troupes états-uniennes sur notre continent.

La France, quant à elle, dispose de bases en Afrique (Tchad, Djibouti, Gabon, Côte d’Ivoire, Sénégal et Centrafrique) et des accords de coopération ou de défense avec un certain nombre de pays de la Françafrique. Ces structures lui permettent de maintenir sa domination, voire de bombarder le palais présidentiel au cas où le dirigeant africain manifesterait des velléités d’indépendance, d’insoumission comme le fut le président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire.

Certains évoquent la reprise du célèbre plan d’Alain Peyrefitte sur la création d’un Etat pour les Touareg chevauchant sur quatre pays : le Nord du Niger et du Mali, le Sud de l’Algérie, le Sud et l’Ouest de la Libye. Partagez-vous cet avis ?

Je partage cette analyse. En effet, l’activisme militaire de la France autour du Sahara l’atteste. La question du Sahara a toujours été l’une des préoccupations majeures de l’impérialisme français suite à la guerre de Libération nationale du FLN. L’intérêt de la France pour cette région africaine est d’autant plus aigu avec la montée en puissance de la Chine dans le domaine économique sur le continent. Cette « intrusion » chinoise dans le pré carré a affaibli considérablement la suprématie impériale de la France. Son sursaut impérialiste se traduit par un activisme guerrier dans cette région africaine (Libye, Mali, Tchad, Niger, Mauritanie).

La France s’attellerait à concrétiser son vieux projet de 1957 de créer l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS). Cette structure consistait à rassembler les régions sahariennes d’Algérie, du Mali, de Mauritanie, du Niger et du Tchad dans un ensemble unique sous contrôle de l’ancienne puissance coloniale. Les troubles qui affectent cette région ces dernières années, comme par exemple dans le Nord-Mali frontalier avec le Sahara algérien, impliquerait la France.

Selon le docteur Assadek Aboubacrine, un universitaire malien, un deal a été conclu entre la France et le MNLA en ces termes : Le deal convient que la France s’engage à soutenir financièrement, diplomatiquement et stratégiquement les séparatistes jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils atteignent leur objectif. En contrepartie, les séparatistes devront s’engager à éradiquer AQMI du Nord du Mali et aussi à confier aux sociétés françaises l’exploitation du pétrole du Nord [sites : Blog regardscroises du 7.4.2012, RFI du 10.4.2012 et Médiapart du 18.4.2012]. La question du Sahara était déjà, à la veille des indépendances des colonies africaines, une des préoccupations majeures de la France.

En effet, elle voudrait amputer l’Algérie de son Sud (Sahara algérien), provoquant ainsi l’échec des premières négociations franco-algériennes d’Evian entre le 20 mai et le 13 juin 1961 et les pourparlers de Lugrin du 20-28 juillet 1961. Le Front de libération nationale (FLN) a organisé des manifestations populaires dans tout le pays.

On suspecte notamment la main des services de renseignements français dans cette nouvelle crise malienne ? Etes-vous de cet avis ?

Les guerres de l’ombre ou secrètes que mènent les services secrets occidentaux pour recoloniser l’Afrique sont une réalité. En Libye, comme en Côte d’Ivoire, les agents de la DGSE étaient en action. Il en est de même pour le Mali aujourd’hui. Au Mali, le deal conclu entre la France et le MNLA évoqué précédemment se trouve renforcé par la croisade guerrière dirigée par la France contre la Libye, son rôle dans les prises d’otages au Niger et Mali, ses implications militaires au Niger, en Mauritanie et au Tchad dans les affaires d’otages. Cette cartographie qui épouse les contours du Sahara et qui cerne l’Algérie confirme si besoin est les interventions des services de renseignements français. Cette guerre de l’ombre est un prélude à la vraie bataille ouverte contre l’Algérie et pour cause. Dans cette région, la République algérienne démocratique et populaire (RADP) est incontestablement la plus puissante et importante. Elle est aussi indépendante, insoumise depuis la victoire du FLN en 1962 sur l’impérialisme français. La RADP empêche de facto la réalisation du projet de 1957 d’Alain Peyrefitte de la création d’un Etat saharien touareg, le contrôle de la bande saharo-sahélienne (riches en richesses minières stratégiques) par les puissances occidentales.

En conclusion, la RADP doit être déstabilisée voire détruite afin de voir se réaliser les projets des impérialistes. Le quotidien algérien Le Temps d’Algérie du 11 septembre 2011 écrit : « Les services de renseignements français qui organisent le trafic de missiles libyens, un lot de 20 000 Sam 7 russes et Stringer américains passés aujourd’hui aux mains d’Al Qaïda au Maghreb (AQMI), avaient planifié au début des années 1990 la révolte des Touareg dans le Nord du Mali. Une rumeur sur la prétendue arrestation d’Akhamoukh, véhiculée par ces services secrets au moment de l’affaire Hadj Batou avait été exploitée pour élargir l’insurrection dans l’Azaouad à la région de Tamanrasset ». D’autres sources affirment par ailleurs que parmi les 7 otages occidentaux détenus au Sahara par AQMI, l’un d’entre eux serait un agent des services secrets français, la DGSE. Cette guerre secrète que mène la France sous prétexte d’infiltrer les réseaux terroristes afin de les combattre ou de libérer les otages n’aurait- elle pas aussi d’autres objectifs que ceux invoqués ?

L’Algérie a connu des années noires, elle a su faire face courageusement toute seule et vaincre les terroristes. A qui profiterait une nouvelle déstabilisation de ce pays africain ? Curieuse coïncidence ou pur hasard, on observe les accointances entre les impérialistes occidentaux et Al-Qaïda ces derniers temps : En Libye, Abdelhakim Belhaj, l’un des chefs militaires rebelles, aujourd’hui gouverneur militaire de Tripoli, un djihadiste bien connu des services secrets américains et son groupe, ont été aidés par Sarkozy-Obama-Cameron et les bombes de l’OTAN pour prendre le pouvoir à Tripoli au sein du CNT. A propos de cet homme, le quotidien français le Monde du 26.08.2011 écrit : « Plus connu de la CIA sous le nom d’Abou Abdallah Al-Sadek, il est l’un des fondateurs et même l’émir du Groupe islamique combattant (GIC) libyen, une petite formation ultra radicale qui, dans les années précédant le 11 septembre, possédait au moins deux camps d’entraînement secrets en Afghanistan ».

Une configuration similaire de cette alliance contre nature est en cours en Syrie contre le président Bachar Al Assad. L’Algérie et son juteux Sahara échapperaient-ils à ce plan diabolique des impérialistes ? Il est de notoriété publique que le prétexte de « lutte » contre AQMI et autres groupuscules terroristes au Sahara, invoqué par les prédateurs occidentaux, masque en réalité leur farouche volonté de s’incruster et d’installer leurs bases militaires. Ils pourraient ainsi garantir le pillage à ciel ouvert et à haut débit des immenses richesses minières de la région saharosahélienne au détriment de l’Afrique.

Le schéma classique de la nouvelle stratégie des impérialistes pour recoloniser l’Afrique et les autres pays du Sud dirigés par des Présidents insoumis repose sur les actions déstabilisatrices des services secrets. Voici par exemples quelques pays qui sont dans la ligne de mire, en cours de déstabilisation ou ceux déjà victimes : l’Algérie de Bouteflika, la Libye de Kadhafi, la Côte d’Ivoire de Gbagbo, le Zimbabwe de Mugabe, la Corée du Nord de Kim Jong Un, l’Iran d’Ahmadinejad, le Venezuela de Chavez, Cuba de Castro, la Bolivie de Morales, la Syrie de Bachar Al Assad… Les puissances impérialistes envoient leurs agents sur le terrain fomenter des troubles, infiltrer et dévier les mouvements normaux de revendications sociales existants de leurs objectifs initiaux, livrer une guerre médiatique en relatant généralement les prétendus massacres des populations civiles par les régimes... La suite, vous la connaissez.

Les puissances impérialistes encore appelées « communauté internationale » imposent alors une résolution au Conseil de sécurité permettant ainsi de légitimer les bombardements des pays, de capturer ou d’assassiner les dirigeants wanted et, enfin, de recoloniser légalement les pays et pratiquer le pillage à haut débit et à ciel ouvert avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU.

Hier, les pays tels que Haïti, l’Irak, la Côte d’Ivoire, la Libye étaient victimes de cette guerre de l’ombre. Au Mali, cette guerre est en cours. A qui demain le tour ? L’Afrique doit réagir énergiquement et collectivement contre cette guerre de recolonisation qui nous est imposée.

C’est une question de survie de notre continent et des peuples.

Selon l’agence chinoise Xinhua du 26 mars 2012, « le ministère français des Affaires étrangères a réitéré le 26 mars son exigence du "retour à l’ordre constitutionnel" au Mali ». Pour vous, c’est une déclaration de guerre. Pourquoi ?

L’impérialisme français a toujours eu un mépris atavique à l’égard des Etats subsahariens. Ce constat est insupportable, humiliant et dégradant pour l’Afrique. Les indépendances nominales de 1960 n’ont rien changé dans l’attitude de la France, car elle détient tous les leviers qui lui permettent d’asservir nos Etats. Les déclarations du ministère français des Affaires étrangères sur le ‘’retour à l’ordre constitutionnel’’ est effectivement une déclaration de guerre contre le peuple malien qui a osé lever la tête. Cette déclaration est aussi un ordre qui traduit cette réalité du rapport « maître-esclave » que la France voudrait maintenir pour l’éternité contre la volonté d’émancipation des peuples du pré carré français d’Afrique. Il serait utile de rappeler les trois principaux leviers qui permettent à la France de tenir en laisse les Etats du pré carré français d’Afrique :

- La monnaie : Parmi les premières mesures de rétorsion imposées par la France contre le CNRDRE et les organisations affiliées, la plus importante est le blocage des avoirs dans les banques des pays membres de la CEDEAO.

Le Mali appartient à la zone monétaire du FCFA que dirige la France. Une asphyxie monétaire et économique du pays aurait des effets immédiats.

Rappelons pourquoi cette monnaie est contraire au développement de l’Afrique. Créé le 26 décembre 1945 par la France, le FCFA (franc des colonies françaises d’Afrique » est appelé à partir de 1958 franc de la communauté française d’Afrique. Il est utilisé par 15 anciennes colonies françaises d’Afrique. Le FCFA étant lié à l’ancien franc français (FF) se retrouve aujourd’hui sans l’avis des Africains avec une dévaluation sans précédent dans la zone euro (1 euro = 655,957 CFA). Une telle parité monétaire permet aux puissances impérialistes, notamment à la France de piller nos ressources naturelles et non de les acheter à leur juste prix. De plus, ce sont les multinationales occidentales qui spéculent en Bourse sur les cours des matières premières. Afin de garantir la stabilité du FCFA avec un taux de change fixe arrêté par la France, cette dernière a imposé aux 15 pays africains de placer 65% de leurs recettes d’exportation encore appelées réserves de change en devises étrangères sur un compte du Trésor français. Une domination et un vol qui ne permettront jamais un développement de nos Etats et le bien-être des masses populaires africaines . Prenons un exemple : si le Tchad vend du pétrole pour la valeur d’un milliard de dollars, il a l’obligation de laisser un dépôt de 650 millions de dollars sur son compte domicilié au Trésor français à Paris. Cet argent enrichit de toute évidence la France. La Banque de France dispose ainsi et gratuitement d’importantes réserves en devises étrangères et de liquidités permettant à l’Etat français de faire face aux dépenses courantes, alors que les travailleurs africains cumulent des retards de paiement de plusieurs mois parfois par manque de liquidités. Cette servitude coloniale monétaire est aussi caractérisée par l’absence d’une politique monétaire indépendante conforme au développement et aux intérêts des peuples, car la France dispose du droit de veto au sein des conseils d’administration des Banques centrales africaines (BEAC et BCEAO).

- La Défense et la Sécurité : les accords militaires et de sécurité conclus avec les Etats africains, la présence des bases militaires françaises sur le continent, permettent à la France de tout surveiller et d’exercer des pressions militaires sur les gouvernements.

- La Diplomatie : elle dépend des deux premières. Les Etats de la Françafrique, non seulement sont pillés économiquement, mais ils constituent un socle sur lequel la France s’appuie pour pouvoir avoir encore le statut de puissance moyenne à l’ONU en faisant entendre sa voix. Au demeurant, rappelons que les dirigeants (gouverneurs-délégués) de la France en Afrique, imposés aux peuples et soutenus par Paris, votent comme un seul homme à l’ONU. Ces harkis de l’impérialisme français sont aussi coupables de la tragédie ivoirienne, libyenne et de la recolonisation de ces deux pays. Au niveau de la crise malienne, nous avons assisté à l’exécution servile des oukases de la France contre le Mali par les harkis de la CEDEAO dirigés par Ouattara. Ce dernier, furieux par la manifestation de soutien au CNRDRE organisée par le MP22, brûlait d’impatience d’envoyer 3 000 hommes grâce à la logistique de l’armée française d’occupation en Côte d’Ivoire pour massacrer les Maliens et rétablir l’ordre colonial. Quelle humiliation pour notre continent !

Vous considérez la crise malienne comme une recrudescence des agressions impérialistes occidentales contre l’Afrique, afin de la recoloniser. Pouvez-vous expliciter ?

En l’espace d’une année, deux guerres de rapine et de recolonisation ont été livrées contre l’Afrique. La Côte d’Ivoire et la Libye sont aujourd’hui sous occupation impérialiste occidentale. La crise malienne est une extension de la croisade guerrière contre la Libye. Cette guerre embrasera incontestablement toute la région saharo-sahélienne. Mais cette fois-ci, la stratégie de l’impérialisme est d’abord de déstabiliser, d’affaiblir puis d’occuper toute la région saharo-sahélienne qui renferme de gigantesques ressources stratégiques (pétrole, gaz, uranium, wolfram, or) mais aussi pour sa position géostratégique. Le vieux projet d’Alain Peyrefitte de 1957 de création d’un Etat saharien touareg est sorti des tiroirs de la Françafrique.

La proclamation unilatérale de l’indépendance de l’Azawad le 6 avril 2012 au nord du Mali par le MLNA n’est pas fortuite. Elle concrétise le dessein de la France. Si le Mali a été choisi en premier pour ce projet saharien, c’est pour la proximité immédiate de l’Azawad avec le Sud algérien, où se trouve la ville la plus importante de tout le Sahara : Tamanrasset. Ceci d’une part. D’autre part, le MNLA a conclu un deal avec la France.

La présence de la République algérienne démocratique et populaire (RADP) indépendante et insoumise dans cette région du Sahara empêche incontestablement la concrétisation du grand projet impérialiste pour le Sahara. Par conséquent, cet Etat africain est dans la ligne de mire des prédateurs occidentaux qui rêvent de le plonger dans le chaos, le dépecer à l’instar de la Libye. L’impérialisme impose à l’Afrique des guerres de recolonisation. Nous avons le devoir et le droit de nous défendre.

Cette « gangrène » qui a touché la Libye (actuellement en proie à une guerre civile généralisée), la Côte d’Ivoire et maintenant le Mali va-telle s’étendre à d’autres pays africains ou s’arrêter à ce niveau ?

La crise monétaire et économique du système capitaliste qui frappe les puissances impérialistes depuis 2008, la montée en force des pays émergeants : Brésil, Russie, Chine, Afrique du Sud (BRICS) notamment la Chine, se traduit par le déclin irréversible des anciennes puissances occidentales. Dans l’espoir de pouvoir maintenir leur rang politique sur la scène internationale, leur haut niveau de vie par le pillage des ressources des pays du Sud, les puissances impérialistes se sont fixé pour objectif la recolonisation de l’Afrique, cet « espace vital ». Elles déclenchent sans complexe des guerres meurtrières de rapine certifiées par les résolutions scélérates du Conseil de sécurité de l’ONU. Hier, c’étaient la Côte d’Ivoire et la Libye. Aujourd’hui, c’est au tour du Mali qui est en déliquescence programmée par les impérialistes. A qui demain le tour si l’Afrique ne s’organise pas collectivement pour se défendre ? Le Mali subirait le même sort suivant la stratégie française éprouvée en Côte d’Ivoire où un nervi de la Françafrique a été imposé et certifié par l’ONU et la France. Rappelons que la France a sanctuarisé la région Nord de Côte d’Ivoire où s’étaient retranchés les rebelles Ouattara et Soro, permettant ainsi à ces derniers de se renforcer militairement avant de les introniser suite au coup d’Etat de l’armée française le 11 avril 2011 contre le président légitime et insoumis Laurent Gbagbo. Cette offensive de recolonisation de « l’espace vital » par les prédateurs occidentaux s’étendra à toute l’Afrique si nous laissons faire. Stoppons par tous les moyens cette boulimie de reconquête occidentale de l’Afrique. Nous devons nous organiser collectivement à l’échelle continentale pour vaincre cette guerre qui nous est imposée. C’est de la légitime défense. Il y va de l’existence de notre continent et des Africains.

Malgré la situation actuelle, vous êtes de ceux qui semblent confiants quant au sursaut d’orgueil des enfants de l’Afrique. Dans quelle mesure cela pourrait-il déjouer les complots tramés par les Occidentaux afin d’accaparer les richesses africaines ?

Les deux événements majeurs du début de ce XXIe siècle, qui marqueront à jamais les consciences des masses populaires africaines sont :

- les bombardements du palais présidentiel de Côte d’Ivoire par l’armée française, causant la mort de plusieurs centaines d’Ivoiriens, la capture et la déportation à La Haye du président légitime Laurent Gbagbo pour y être jugé par la CPI, un tribunal raciste antiafricain

- la croisade contre la Libye par le trio criminel Sarkozy-Obama- Cameron, dirigée par le président Sarkozy. Les bombardements des forces de l’OTAN ont causé la mort de plus de 100 000 Libyens et enfin l’assassinat du Guide Kadhafi par ces mêmes impérialistes et leurs supplétifs harkis du CNT de Benghazi. Le pays jadis développé est aujourd’hui transformé en un champ de ruines.

Une conscience militante de lutte anti-impérialiste chez des jeunes prend de l’ampleur. Ils affirment leur attachement au panafricanisme et à la création des Etats- Unis d’Afrique (EUA), un sublime projet initié par le héros africain, le Guide Kadhafi et pour lequel il fut assassiné par les prédateurs occidentaux. La balkanisation de l’Afrique programmée par les impérialistes, sera mise en échec par cette jeunesse conscientisée qui sera le futur de notre continent.

Les EUA permettront la survie des peuples africains. Si l’Afrique subit encore cette domination occidentale, c’est que certains intellectuels africains, assoiffés de pouvoir personnel, sont devenus des harkis des impérialistes occidentaux. Ils oeuvrent en faveur des intérêts de leurs maîtres occidentaux contre ceux de l’Afrique. Le comportement de traître, indigne, abject et criminel de ces « intellectuels harkis », associé à celui de certains leaders politiques et chefs d’Etats africains (gouverneurs délégués) de la France en Afrique a encouragé les impérialistes occidentaux à commettre des crimes contre l’humanité et à infliger des humiliations à toute l’Afrique en 2011.

Ces « harkis-intellectuels » qui ont applaudi les crimes impérialistes contre l’humanité en Côte d’Ivoire et en Libye, ces « gouverneurs-délégués » qui ont voté les résolutions scélérates du Conseil de sécurité contre leur mère-patrie, l’Afrique, commencent à sentir la montée en puissance du sursaut patriotique anti-impérialiste de la jeunesse. Ils seront contraints de se soumettre à cette volonté populaire . C’est aussi cela la vraie démocratie et non celle qui a servi de prétexte aux puissances prédatrices pour recoloniser l’Afrique. La « défense de la démocratie » et la « protection des populations civiles » sont les raisons toujours invoquées par les puissances occidentales pour intervenir militairement et recoloniser l’Afrique. Cependant, force est de constater aujourd’hui que le masque est désormais tombé.

En effet, les pays sous occupation (Côte d’Ivoire et Libye) ne sont ni démocratiques, ni pacifiés. L’arbitraire et le désordre sont institutionnalisés et règnent. Face à cette imposture démocratique et à la recolonisation de l’Afrique, la résistance anti-impérialiste s’organisera et triomphera.

Je reste optimiste pour l’avenir de l’Afrique, car le sentiment de révolte qui tonne chez les jeunes et la paupérisation exponentielle des masses populaires se transformeront en une révolution, qui comme un tsunami brisera sur son passage les chaînes de l’esclavage. Un sursaut patriotique est encore possible car notre continent doit exister et devenir la superpuissance du prochain siècle. L’Afrique, vaste continent, dispose en effet, des colossales ressources humaines, naturelles minières… indispensables à son envol vers cet objectif. L’absence manifeste de volonté politique chez certains dirigeants inféodés aux impérialistes et dont la mission est de torpiller le projet des EUA résisterait- elle encore longtemps à la volonté des peuples tant humiliés, exploités et méprisés par les puissances impérialistes occidentales et leurs valets ?

Les peuples algériens et vietnamiens conscientisés, déterminés ont vaincu les puissantes armées impérialistes françaises et étasuniennes. Un tel objectif à l’échelle des EUA serait d’autant plus facile que le niveau global de notre développement s’est largement amélioré en comparaison avec celui de la période des luttes de libération nationale.

Affaiblir le Mali pour le soumettre ? Quels sont les enjeux que représente le Mali dans cette nouvelle crise ? Serait-il une étape pour de nouvelles escalades déstabilisatrices dans la région ?

En permettant aux Touareg de s’équiper en armements depuis les arsenaux libyens, en les laissant transiter librement par le Niger (qui est sous son contrôle) pour rejoindre au final le nord du Mali, frontalier avec le Sahara algérien (Tamanrasset), l’impérialisme français vise 4 objectifs :

- affaiblir le Mali afin de le contraindre à accepter l’installation de la base militaire française à Mopti car l’opinion publique en général est très hostile à la présence des forces étrangères dans le pays.

- permettre aux entreprises françaises de participer à l’exploitation de l’or (confiée aux canadiennes), à l’exploration du pétrole et d’autres minerais. La France n’a pas digéré que son pré carré accueille d’autres partenaires économiques. Toute velléité d’insoumission est sanctionnée par la déstabilisation programmée du pays.

- affaiblir les relations entre l’Algérie et le Mali, surtout après les accords de paix de Tamanrasset du 6 janvier 1991, signés entre le gouvernement malien et le MNLA, sous l’égide de la République algérienne démocratique et populaire (RADP).

- contrôler la région saharo-sahélienne pour sa position géostratégique et ses immenses richesses minières stratégiques.

A cet effet, l’impérialisme voudrait à tout prix déstabiliser la RADP, voire l’amputer de sa partie saharienne si besoin est, afin de ressusciter le projet de 1957 d’une région française au Sahara. Le choix du Mali pour cette criminelle opération tient à sa proximité directe avec Tamanrasset.

La proclamation unilatérale de l’Azawad par le MLNA concourt à ce projet de l’impérialisme français malgré ses déclarations hypocrites sur le respect de l’intégrité du Mali. Son deal avec le MNLA cité plus haut montre son vrai visage.

Avec l’instabilité en Libye et au Mali, comment voyez-vous le rôle et la place de l’Algérie au milieu de ce brasier, si l’on peut le qualifier ainsi ?

La République algérienne démocratique et populaire (RADP), je préfère l’appeler littéralement car cela évoque dans l’esprit de tous les patriotes africains révolutionnaires l’épopée glorieuse de la lutte de libération de ce pays, héroïquement menée par le Front de libération nationale (FLN) contre l’impérialisme français. Ce même impérialisme français a repris aujourd’hui le haut du pavé en déclenchant des guerres de rapine et de recolonisation de l’Afrique, par exemple en Côte d’Ivoire, en Libye et en cours de réalisation au Mali. Ce brasier allumé à dessein par les impérialistes en Afrique pour la balkaniser selon leur principe de « diviser pour régner ». Ces guerres de recolonisation nous incitent à relire l’histoire des luttes de libération de notre continent. L’exemple de la RADP reste une source d’inspiration et, à ce titre, nous estimons qu’elle a un rôle historique important à jouer dans la lutte anti-impérialiste et contre la recolonisation de l’Afrique.

Nous avons dans des déclarations de notre parti, ACTUS/PRPE, relatives aux situations en Côte d’Ivoire, en Libye et au Mali, fustigé les guerres impérialistes de la France en Afrique. Nous avons exprimé notre solidarité avec le peuple algérien, qui en 1962 a infligé une cuisante défaite aux troupes coloniales françaises, arrachant son indépendance. Cette humiliation infligée à la France par les vaillants moudjahidine ou « fellaga » de l’Armée de libération nationale (ALN), bras armé du FLN, resterait encore tenace dans la mémoire de la puissance coloniale, qui voudrait à tout pris prendre sa revanche afin de piller le pétrole et le gaz dont elle en est dépourvue.

Après l’exécution de son plan criminel en Libye, au Mali, deux Etats frontaliers de la RADP, l’impérialisme français ne s’arrêterait pas en si bon chemin. La déstabilisation de la RADP prendrait son envol par l’activation des antagonismes régionaux (Berbères, Kabyles, Arabes, Touareg…) ou des réseaux confessionnels islamistes (AQMI, GIA, GSPC)… Cependant, nous souhaitons et espérons que l’esprit révolutionnaire et nationaliste du FLN d’antan resurgisse afin d’infliger un second échec à toute velléité de balkanisation et de reconquête de la RADP. Cette dernière est dans la ligne de mire des prédateurs occidentaux notamment de la France qui rêve encore de réaliser son projet du Sahara français de 1957. Après l’indépendance du pays, la RADP a aidé de nombreux mouvements de libération des pays du Sud. Aujourd’hui, plus que jamais, ce devoir internationaliste prend tout son sens et son importance en Afrique face à la recolonisation occidentale rampante de notre continent.

La RADP devrait perpétrer cette noble tradition révolutionnaire, car l’impérialisme n’a guerre changé. Il a muté sous la forme de la « communauté internationale » constituée en réalité des USA, de la France et de la Grande-Bretagne.

C’est ce trio qui impose au Conseil de sécurité sa volonté impériale par des résolutions scélérates et criminelles en Côte d’Ivoire et en Libye.

La RADP indépendante et insoumise ne serait-elle pas la prochaine cible de ces puissances prédatrices ? Ces dernières ne se seraient-elles pas alliées à AQMICNT en Libye pour assassiner le Guide Kadhafi, tuer 100 000 libyens par de bombardements afin d’occuper le pays ?

La défense de la RADP commencerait aussi par son aide à tout pays africain visé par les actions multiformes de recolonisation impérialiste.

C’est à ce niveau que la patrie du FLN devrait jouer un rôle important décomplexé et ce, d’autant plus que la sous-région saharo-sahélienne est convoitée par les puissances occidentales assoiffées de ressources minières stratégiques et d’installation des bases militaires. Nous pensons que si la RADP s’était impliquée davantage aux côtés de la Libye, elle aurait incontestablement imposé et entraîné l’Union africaine (UA) à résister ensemble contre les impérialistes.

Entretien réalisé par Chérif Abdedaim

http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=12681

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 May 2012 à 23:20

L’ONU lance une mise en garde sur la pauvreté, la faim et les disparités en Afrique

ONU, 25 mai (RHC-PL)- L’ ONU a réitéré sa mise en garde sur la pauvreté, la faim et les disparités en matière de santé, d’éducation et de participation sociale qui empêche la pleine réalisation du potentiel existant sur le continent africain.

Dans un message diffusé à l’occasion de la célébration de la journée de l’Afrique, le secrétaire général de l’ONU,     Ban Ki-moon, dénonce les changements inconstitutionnels  de pouvoir  dans ce continent  et déclare que l’ONU  continuera de travailler dans la région pour promouvoir le respect des droits de l’homme fondamentaux.

Ban Ki-moon appelle les responsables africains à mettre en pratique un agenda pour   mener le continent sur le chemin d’un avenir de développement durable, dynamique et équitable dont tout le monde bénéficie.

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