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Sport et mercantilisme

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Jul 2012 à 00:53

Mittal porteur de la flamme olympique : « une véritable insulte » pour les métallos belges

Plusieurs syndicats belges de la métallurgie ont fait part mardi de leur "écoeurement" au Comité International Olympique (CIO) face au choix de l'homme d'affaires indien Lakshmi Mittal, patron d'ArcelorMittal, pour porter la flamme olympique jeudi à Londres.

Alors que le groupe a décidé la fermeture de ses hauts-fourneaux à Liège, "il s'agit d'une véritable insulte" pour les près de 3.000 familles qui en dépendent, écrivent ces syndicats dans une lettre adressée à Jacques Rogge, le patron du CIO. "Depuis que M. Mittal est devenu le numéro un de l'acier, il a congédié directement près de 70.000 travailleurs" dans le monde, accusent les syndicats.

"M. Mittal est immensément riche", relèvent les syndicats. "Pour accroître encore sa fortune, il a décidé d'acheter à tour de bras des mines de fer, une activité extrêmement rentable aujourd'hui" et qu'il finance, selon les syndicats, en liquidant les hauts-fourneaux dont il dispose en Europe et notamment à Liège, "des outils qui sont bénéficiaires, mais pas assez toutefois à ses yeux".

L’olympisme récompense « ceux qui broient des vies »

Relevant que la charte olympique fait référence aux notions de "responsabilité sociale" et de "respect des principes éthiques fondamentaux universels", les syndicats disent ne pas comprendre "que l'Olympisme puisse récompenser ceux qui broient des vies". "Croyez, M. le président, en notre plus profond écoeurement", concluent-ils dans leur lettre à M. Rogge.

ArcelorMittal a mis à l'arrêt, à titre temporaire, plusieurs sites industriels en Europe, expliquant que la demande d'acier en Europe n'avait pas retrouvé ses niveaux d'avant la crise de 2008 : les hauts-fourneaux de Florange en Lorraine (nord-est de la France) sont à l'arrêt depuis l'automne 2011. Ailleurs en Europe, ArcelorMittal a décidé récemment la fermeture définitive de hauts-fourneaux à Madrid. Au Luxembourg, les hauts-fourneaux de Schifflange sont également à l'arrêt pour une durée indéterminée et la production du site de Rodange a été mise au ralenti.

Mittal est le sponsor d’une tour du Parc Olympique

Selon le site officiel des JO-2012, M. Mittal et son fils Aditya, 36 ans, doivent porter la flamme jeudi dans les quartiers londoniens de Kensington et Chelsea. "Quand je pense aux parallèles entre moi-même et un athlète olympique, je crois que le monde des affaires est marqué par des principes très similaires de persévérance et de dur labeur", confie Lakshmi Mittal cité par le site des Jeux Olympiques 2012. Il est aussi le sponsor d'une tour en métal du Parc Olympique, baptisée "The Orbit".

Théo Maneval - avec AFP

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La CGT juge "indécent" l'honneur fait à Mittal aux JO de Londres

Alors que plusieurs syndicats belges de la métallurgie avaient fait part, hier, de leur "écœurement" au CIO qui a permis à Lakshmi Mittal et son fils de porter la flamme olympique, la CGT de l'aciérie de Florange (Moselle) accuse ArcelorMittal de chercher à "redorer son blason" avec une "opération marketing" en finançant à hauteur de 18 millions d'euros la tour "Orbit", symbole des jeux Olympiques de Londres.

"Avec cette tour (...) Mittal s'achète le droit de redorer son image personnelle écornée par les conflits de Florange et de Liège (Belgique)", affirme le syndicat dans un communiqué. Il estime "indécent" le montant payé par le numéro 1 mondial de la sidérurgie "alors que des outils de production sont à l'arrêt ou au ralenti sur notre site et en Europe". Le groupe a décidé la fermeture de ses hauts fourneaux à Liège alors que ceux de Florange sont à l'arrêt depuis l'automne 2011.

Erigée pour les JO dans le quartier de Stratford, à l'est de Londres, la tour baptisée "The ArcelorMittal Orbit" s'élève sur 115 mètres entre le stade et la piscine olympiques. Cette étonnante construction en torsion, composée de 1 400 tonnes d'acier tubulaire et imaginée par le plasticien britannique Anish Kapoor, a coûté 21 millions d'euros, financés à hauteur de 18 millions par ArcelorMittal et par la mairie de Londres pour les 3 millions restants. "Alors que le groupe effectue des coupes sombres sur les outils industriels d'un bout à l'autre de l'Europe, de l'Espagne à la Tchéquie, détruisant des milliers d'emplois (...) cette réalisation offre à la famille Mittal la possibilité de porter la flamme olympique", poursuit la CGT.

Selon le site officiel des JO-2012, Lakshmi Mittal, le patron d'ArcelorMittal, et son fils Aditya doivent porter la flamme jeudi dans les quartiers londoniens de Kensington et Chelsea, à la veille de l'ouverture des Jeux. La CGT a par ailleurs indiqué qu'une flamme olympique symbolique serait portée jeudi par des enfants sur les quelques kilomètres séparant l'aciérie de Florange des deux hauts fourneaux de Hayange.

Mardi, plusieurs syndicats belges de la métallurgie avaient fait part de leur "écoeurement" au Comité international olympique (CIO) qui a permis à M. Mittal de porter la flamme olympique. "Depuis que Lakshmi Mittal est devenu le numéro un de l'acier, il a congédié directement près de 70 000 travailleurs" dans le monde, ont écrit les syndicats dans une lettre adressée à Jacques Rogge, le patron du CIO.


Londres : très chers Jeux Olympiques

Alors que le coût de l’organisation des J.O. a quadruplé depuis leur attribution à la capitale anglaise en 2005, les analyses diffèrent quant à l’ampleur de leur apport économique pour le pays. Les sommes liées au sponsoring ou à la retransmission des épreuves sont énormes mais elles n’écartent pas la question d’une éventuelle ardoise pour les jeux londoniens, ce qui serait loin d’être une première.

9,3 milliards de livres (11,6 milliards d’euros) : c’est le coût officiel de l’organisation des Jeux Olympiques de Londres qui s’ouvrent vendredi. Un montant près de quatre fois supérieur aux 2,4 milliards de livres prévus lors de leur attribution à la capitale anglaise en 2005, et qui pourrait même en réalité dépasser les 10 milliards. Le coût de l’organisation avait dû être revu à la hausse dès le mois de février 2006 (3,4 milliards de livres), puis à nouveau neuf mois plus tard (4,3 milliards en novembre), pour finalement atteindre 9,3 milliards début 2007… sans compter les centaines de millions de livres liées à l’achat du parc olympique et plusieurs projets annexes. Les budgets couvrant la sécurité des cérémonies d’ouverture et de clôture ont finalement doublé, et la Chambre des Communes évalue l’addition finale, dans un rapport publié en février dernier, aux alentours de 11 milliards de livres.

Bataille de chiffres sur les recettes

Le Premier Ministre anglais David Cameron se montre pourtant confiant sur la capacité de l’Angleterre à rentrer dans ses frais : il a fait part d’estimations selon lesquelles les jeux rapporteraient 13 milliards de livres au pays sur les quatre prochaines années. Un rapport rendu conjointement par Lloyds Bank et le cabinet de conseil Oxford Economics évalue même à 16.5 milliards de livres l’apport des J.O. sur la période 2005-2012. Mais ces bons chiffres ne font pas l’unanimité : dans un rapport de 2005 commandé par le Ministère britannique en charge des sports, le professeur Adam Blake avait pour sa part estimé à moins de deux milliards de livres les gains lié aux J.O. sur la période 2005-2016. Il pointait aussi les problèmes de méthodologie des précédentes études s’intéressant à l’impact des jeux, soulevant leur manque d’indépendance et leur tendance à surévaluer les effets positifs et à sous-évaluer les incidences négatives.

4,5 milliards de dollars de recettes directes pour Pékin en 2008

La manne générée par le sponsoring et les droits de retransmission des épreuves, par ailleurs très importante, pourrait donc ne pas suffire à couvrir le différentiel risquant de se faire jour entre des gains situés entre 2 et 13 milliards de livres au total, et un coût estimé à 11 milliards. Un porte-parole de l’organisation londonienne des jeux déclare que « quelque 700 millions de livres » ont été levés « auprès des sponsors », et les recettes directement perçues par le mouvement olympique à l’occasion des jeux de Pékin (droits de retransmission, sponsors, billets et produits dérivés rassemblés) s’élevaient à 4,5 milliards de dollars, ce qui équivaudrait pour Londres à 3 milliards de livres.  

Londres en « faillite » ?

Alors que le mot « faillite » avait un temps été lâché à Londres en 2009, la capitale anglaise pourrait rejoindre d’autres villes olympiques ayant laissé d’importantes ardoises lors des olympiades précédentes. Selon le Centre d’études internationales olympiques de l’Université de l’Ouest de l’Ontario, la ville de Montréal (qui a accueilli les jeux d’été en 1976) n’a par exemple fini de payer ses dettes équivalant à 942 millions d’euros qu’en 2009, alors que Barcelone a laissé en 1992 une ardoise équivalant à 800 millions d’euros et que Sydney a battu des records en 2000, avec une dette équivalant à 1,5 milliard d’euros.

  • À lire aussi :

Jeux Olympiques : business et excès de zèle autour du logo

Des féministes contre le voile aux Jeux Olympiques

Londres 2012, les sales petits jeux des sponsors...

Théo Maneval

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Edité par T 34 - 25 Jul 2012 à 23:14
Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 28 Jul 2012 à 20:51

L’attentat de la cérémonie d’ouverture des JO de Londres 2012

 
 
Ariane WALTER

Le seul attentat auquel on aura assisté, lors de la cérémonie d’ouverture des JO 2012 de Londres, aura été un attentat contre le bon sens.
Quoi ? Voilà une Europe exsangue, une planète sous la menace d’une irradiation atomique mortelle, il suffirait d’un autre tremblement de terre pour que la piscine du 4 de Fukushima s’effondre, un monde à la veille d’un conflit généralisé et sous nos yeux un divertissement comme si de rien n’était, comme si tout le monde s’aimait et se respectait ? Comme si l’argent coulait à flot, comme si les esprits étaient sereins ? Munich 2 ?

Ouverture des jeux olympiques au pays des Bisounours.

Il m’a été impossible, regardant ce spectacle concocté par le cinéaste Danny Boyle, de faire abstraction de la situation actuelle. Impossible. Impossible de m’émerveiller, par exemple, comme lors des Jo d’Athènes.

Vous vous souvenez de ces fameux Jo d’Athènes où rien n’était prêt et où, pourtant, ce pays de « glandos » nous avait sorti une cérémonie d’ouverture splendide. Tellement chère, oui. Une ruine pour le pays. Ils ne s’en sont pas encore remis. Pour dire à quel point c’était raisonnable. Quel malheur attendait ces pauvres Grecs ! Si on avait dit, cette année-là, que bientôt les Grecs seraient à la rue, pris à la gorge, rongés, troués par les mites modernes, qui l’aurait cru ? Les anciens dieux saignés par les banques parasites…

Je n’ai pas eu l’émerveillement de l’ouverture des jeux de Pékin. On les boudait d’avance ces jeux de Pékin, dans ce pays à la population esclave qui tue notre population de chômeurs, avec leur tyrannie, leurs violences contre le Tibet, et le bouquet, si l’on peut dire, disons la dernière épine, leur façon de changer le climat pour éviter la pluie ! Avouant ainsi que, oui, le climat se manipule. Mais l’ouverture de Pékin, menée par Zhang Yimou, avait été d’une beauté à couper le souffle. Enracinée dans cette longue et immense civilisation dont nous ne connaissons rien. Les mille tambours et les tableaux prodigieux qui avaient suivi avaient arraché à la foule des cris incessants d’admiration. Rien de plus ordonné, de plus maîtrisé que cette cérémonie d’ouverture des Jo de Pékin. La voix de la Chine éternelle. La pauvre, la défunte...

Mais à Londres face à un joli, gentil spectacle, un peu bordélique, pour enfants qui ignorent ce que font leurs parents mafieux, il m’était impossible d’oublier. Ou bien ai-je grandi. ?

Ou bien le malheur a grandi ?

Le moment le plus terrible a été ce défilé de toutes les nations participantes. Avec tant de nations martyrs qui déboulaient, radieuses, comme si leur pays, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, toute la vieille Europe qui se fait vampiriser n’était composée que de gens joyeux et heureux. L’Espagne, la vive, la colorée, qui, chez elle, gonfle les rues de sa colère, la Grèce, la malheureuse, aussi blanche et bleue que ses îles de vacances. La Palestine, gaillarde, pour prouver qu’elle a encore des habitants avec des bras et des jambes qui peuvent faire du sport , même si leur pays , bientôt, ne sera pas plus grand qu’un terrain de foot. Et l’Irak, l’Afghanistan, le Qatar, l’Arabie saoudite, les acteurs, maîtres et esclaves de ce monde terrible, les Etats-Unis et leur délégation écrasante, témoins d’un monde qui nous absorbe, autrefois libérateur, à présent assassin.

Il y a des gens en France qui craignent l’islamisation de notre société. Et l’américanisation qui nous a bouffés, vous ne la voyez pas ? Ce n’est pas demain l’américanisation. C’est fait. La musique, la culture des champs et des esprits, l’abandon aux puissances de l’argent, les centres commerciaux, les Mac do, cette vie explosée qui rend indispensable nos voitures, ce bi-partisme de la vie politique, notre pays servant leurs guerres. Qu’allez-vous nous parler d’une islamisation, invisible pour qui parcourt nos campagnes, alors que l’américanisation et son esprit de droite sont déjà notre cancer depuis longtemps. Et là, ils veulent mettre l’estocade. Ils ont déjà les medias, la parole vulgaire et mensongère de ce temps.

Mais le spectacle me direz-vous ?

Les commentaires positifs que vous pourrez lire seront justes car il y avait de beaux délires techniques, de belles idées, des débauches de lumière. Il s’agissait, partant des débuts bucoliques de l’Angleterre, de célébrer son entrée dans le monde moderne de l’ère industrielle. Boyle n’a pas triché. Il a bien montré que c’étaient des esclaves qui enrichissaient un petit groupe de vampires en haut de forme. Mais pourquoi avoir placé cet épisode uniquement au 19 ème siècle ? L’histoire, pour Boyle, s’arrête aux Beatles et autres chanteurs pops. Il transforme le stade en vaste boîte de nuit, met la musique a donf, imagine une histoire d’amour fadasse et le tour est joué ! Avant cela, tout un tableau, avec des lits d’hôpitaux, rappelait que c’est en Angleterre qu’il y a ce fameux service hospitalier, si social, qui soigne tous les enfants…à condition qu’ils attendent six mois ou trois ans avant d’être admis !!!

Il a fallu supporter ça ! La gloire du service public anglais en un temps où il se vend au privé !

Il y a eu pire aussi. L’interview d’un sportif de Libye, disant qu’il était tellement heureux de montrer que la Libye ce n’était pas que Kadhafi, mais tout un peuple désormais fraternel et uni. Combien de gens, pendant le temps où il parlait, étaient des Libyens égorgés par des Libyens avec les armes que l’Otan a laissé traîner en partant, pour que tous ces braves s’amusent et leur foutent la paix, pendant qu’ils pompent leur pétrole…

C’était tout de même un spectacle longuet et mal construit. Mené par 70 000 bénévoles. Ces jeux olympiques vont coûter 11 milliards d’euros. La cérémonie a coûté 31 millions d’euros mais il n’y avait pas assez d’argent pour payer ceux qui se produisaient. Certes le bénévolat est un merveilleux engagement et ces acteurs d’un soir n’auraient donné leur place pour rien au monde. Mais quand on peut mettre une telle somme sur un spectacle, n’est-ce pas la moindre des choses de payer les acteurs ? On n’est pas au Puy-du-Fou, là !

Le soir même il restait des places à 2000 euros. (Que grâce soit rendue à Sébastien Coë qui a permis à 60 000 personnes, pour 27 euros, de voir le spectacle lors de la répétition finale .)

Mais c’est bien, dans le fond, que les choses soient ainsi. Car le monde idéal, pour certains, c’est ça : ceux qui peuvent payer 300 euros la place pour se distraire et ceux qui les distraient gratuitement.

On le sait, les JO ruinent les Etats et enrichissent les grosses boîtes, les Bouygues et consort, les Mittal, qui dit-on, avait obtenu de porter la flamme sur une portion du parcours.

Londres, le temple de la City, accueillant l’esprit des jeux olympiques ! Il y a de quoi mourir de rire.

A propos de rire, le meilleur moment de ce spectacle a été celui où Mister Bean a joué au piano, membre d’un illustre orchestre, l’air célèbre des « chariots de feu ». J’admire celui, cela n’a rien coûté, qui a eu cette idée fabuleuse, entendant cette note longuement répétée, d’imaginer Bean la jouant et composant toute une saynète. Parfaitement drôle, parfaitement réussie. Parfaitement simple.

Il y a eu aussi l’arrivée de la reine, la vraie, comme en hélicoptère, acceptant de jouer le jeu en s’envoyant en l’air avec Daniel Craig.

Je suis sûre que la reine n’avait pas la moindre envie de se livrer à cette fantaisie décadente.

Mais qu’elle a dû recevoir un envoyé de la City qui lui a dit :

- Oh ! Mamie, il faut que le peuple vous aime pour qu’il en avale encore plus ! Alors vous allez être moderne, un peu. Et faire le clown !

- No, never, no !

- Tu sais combien tu nous coûtes ? On te dit de faire ça, tu le fais !

Et elle l’a fait. Et c’était un très bon moment parce qu’inattendu. En France, ils auraient jeté Hollande dans les airs avec Treiweiller et ils se seraient envoyé des tweets en essayant de se couper les cordes du parachute. On sait être marrants nous aussi.

Ces jeux seront-ils révolutionnaires ? Parmi les athlètes des peuples martyrs y en aura-t-il qui porteront la parole de leur peuple ? Y aura-t-il de nouveaux Tommie Smith et Juan Carlos qui, aux JO de Mexico, sympathisants black panthers, levèrent leur poing ganté de cuir pour protester contre la condition des noirs aux Etats-Unis ? http://www.youtube.com/watch?v=0biCuBy4yVg

Bon. Je veux finir sur ce qui a été le plus beau et de loin :

Les beaux visages des femmes. Oui, que les femmes sont belles ! Tellement plus belles, toutes ces athlètes, naturelles, que toutes les Miss tarabiscotées. Certaines étaient à couper le souffle.

Il y avait aussi ces visages radieux, tellement heureux de participer à la seule fête universelle où chacun veut croire à la paix, à l’union, à la fraternité. C’est quand même une idée sublime ces jeux Olympiques. On a tellement envie, comme tous ces athlètes, emportés sous l’ovation d’un peuple universel, de croire à l’amour, au respect d’une humanité qui est si belle, qui a tant œuvré à travers les âges, mais qui doit à présent mener un immense combat contre l’ubris et son dérèglement mortel. Est-il possible que quelques fous détruisent cette longue histoire ? Sont-ils à l’œuvre dans l’ombre ? Quelles armes faudra-t-il leur opposer ?

Non, à aucun moment Boyle n’a réussi à effleurer la cheville de la sublime ouverture de Pékin, la sienne étant plus confuse, moins bien construite, moins classique, se terminant sur une flamme olympique qui laissait sur sa faim car on attendait « un dernier homme » et il y eut tout une équipe, symbole, bien sûr, et non pas une flamme mais un brasier, très beau, mais moins beau que cet homme qui courait dans l’air à Pékin, porteur de cette flamme unique puisqu’en ce monde nous avons besoin d’un courage unique pour détruire ce qui nous détruit.

Et je me disais en regardant les officiels du CIO : qui sont-ils ? Quels pots de vin peuvent les acheter ? Quels lobbys sont leurs maîtres ? Et Madame Obama, si belle, épouse d’une marionnette sanglante, et Monaco et sa princesse triste, paradis fiscal à nos portes, et les représentants de tous ces pays muselés qui, là, faisaient semblant de rien.

On attend la grande scène de « Festen » quand les vérités se disent, impossibles à retenir.

Vous allez me dire : c’est la trêve olympique.

Et la trêve de la pauvreté, de la guerre fracassante ou sourde, des mensonges d’Etat, c’est pour quand ?

Ariane Walter


Ici Londres 2012 : le sanglot long des Jeux

Londres, envoyé spécial. La capitale britannique va payer cher le fait d’entrer dans l’histoire: plus de 30 milliards d’euros, en comptant le budget olympique et le reste des infrastructures. Le format de l’événement sportif est devenu trop gigantesque pour rester une vraie fête. 

En sortant du métro à la station Stratford, il faut, comme indiqué, suivre le panneau « Parc Olympique ». Mais arrivé à l’air libre, l’œil n’accroche même pas un bout du pourtant volumineux (80 000 personnes) et coûteux (plus de 500 millions d’euros) stade olympique. Non, ce sont des magasins qui obstruent le champ de vision. Des magasins à gauche, à droite, devant, en hauteur, qui se dressent comme des cathédrales du consumérisme. Personne n’y échappera : le passage est obligatoire. Il faudra traverser le « mall » Westfield Stratford City et ses 175 000 mètres carrés de surfaces commerciales (300 boutiques et 70 restaurants), que les plus grandes marques mondialisées ont goulûment investi, alléchées par le passage de millions de supporters et de spectateurs.

Ce n’est certes pas nouveau : le rêve de Pierre de Coubertin a viré à la foire commerciale autant, si ce n’est plus, qu’à la fête des athlètes. Mais cette dérive n’aura jamais été autant matérialisée physiquement et symboliquement que par ce passage contraint chez les « marchands du temple » avant d’accéder aux « dieux du stade ».

L’œuvre ArcelorMittal Orbit : emblème de ces JO !

Une fois entré dans le « parc olympique », un autre symbole – aussi puissant – frappera les esprits et les rétines : l’œuvre censée 
incarner ces Jeux londoniens s’appelle ArcelorMittal Orbit. 120 mètres de haut, 1 400 tonnes d’acier tubulaire et 18 millions d’euros (sur les 22 du coût total) de la poche du milliardaire Lakshmi Mittal. La CGT de l’aciérie de Florange (Moselle) ne digère pas l’« opération marketing ». « Avec cette tour (...) Mittal s’achète le droit de redorer son image personnelle, écornée par les conflits de Florange et de Liège (Belgique) », affirme le syndicat qui estime « indécent » le montant payé par le numéro un mondial de la sidérurgie, « alors que des outils de production sont à l’arrêt ou au ralenti sur notre site et en Europe ».

« Indécent » : le mot convient bien au spectacle du même Mittal portant hier, dans les rues de Londres, la flamme olympique. Dès mardi, plusieurs syndicats belges de la métallurgie avaient fait part de leur « écœurement » au 
Comité international olympique (CIO). « Depuis que M. Mittal est devenu le numéro un de l’acier, il a congédié directement près de 70 000 travailleurs » dans le monde, ont-ils rappelé à Jacques Rogge, le patron du CIO. Ce dernier avait été élu, en 2001, sur une promesse : mettre fin à la course au gigantisme. Quel bilan, alors qu’il s’apprête à passer le relais en 2013 ? Il a réussi à plafonner le nombre de sports représentés (26), d’épreuves (302) et d’athlètes présents (10 500), mais il a échoué à juguler l’inflation financière et commerciale. Le gigantisme des JO, c’est un peu comme le réchauffement climatique : un « coup parti » contre lequel une volonté politique de fer s’impose si l’on prétend le faire reculer un tant soit peu.

Les 3es JO de l’époque « modernes » Pour Londres

Première ville de l’époque dite « moderne » à organiser pour la troisième fois les jeux Olympiques, Londres 2012, du fond de son expérience, dit ceci : trop gigantesque. Si l’organisation du plus grand événement sportif relève du casse-tête et du puits financier sans fond pour l’une des plus riches mégapoles du monde, il y a en effet un problème. Tout est « too big » : le coût, les infrastructures, la sécurité, les transports. Londres va payer cher le fait d’entrer dans l’histoire. Le budget du comité d’organisation est passé de 4 milliards d’euros à 14 milliards. Dérive en cours. Le gouvernement a dû, en plus, débourser des dizaines d’autres milliards en infrastructures pour une facture totale de plus de 30 milliards d’euros, dont 95 % proviennent de fonds publics. Dans l’urgence, il s’est également trouvé dans l’obligation de pallier les carences du privé en matière de sécurité : l’armée a été envoyée en renfort sur les sites olympiques !

À part ça ? L’Angleterre est officiellement entrée, mercredi, dans la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale et les Londoniens qui le peuvent ont quitté la ville, effrayés par le barnum annoncé. La fête Olympique peut commencer.

L’antidopage frappe treize fois. Treize sportifs n’auront pas même l’honneur de fouler le sol olympique. Onze athlètes – trois Russes, deux Ukrainiennes, 
une Bulgare, une Turque, deux Grecs, un Marocain, un Hongrois – ont été pris par les brigades antidopage. À cette équipe, il convient d’ajouter deux haltérophiles turcs. Le président de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Lamine Diack, y voit 
« la récompense de la lutte sans relâche contre le dopage » que mène l’IAAF, promettant « d’éradiquer le dopage » dans son sport.

Tous nos articles consacrés aux jeux olympiques de Londres 2012

Christophe Deroubaix

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Edité par T 34 - 29 Jul 2012 à 02:11
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Jul 2012 à 22:45

Londres 2012: les habitants de Clays Lane chassés par le "cirque olympique"

Londres, envoyé spécial. Un lotissement de logements sociaux, à l’est 
de Londres, était géré par une coopérative. Il a été rasé pour permettre au site des jeux Olympiques 
de voir le jour. Depuis, un ancien résident, 
Julian Cheyne, résiste contre vents et marées.

Vous ne risquez pas de rencontrer Julian Cheyne sur le site olympique de Stratford. Il en a été exclu depuis longtemps, bien avant que le village des athlètes ne prenne forme ou que la tour Orbit d’ArcelorMittal ne soit érigée. Son domaine, le lotissement de logements sociaux de Clays Lane, dans l’arrondissement de Newham dans l’est de Londres, a été rasé. Comme 450 autres résidents, il a été expulsé des lieux en 2007, pour permettre « au cirque olympique » de s’installer. Un peu plus au nord, ce sont 500 gens du voyage qui ont dû déguerpir, contraints et forcés.

Processus brutal exercé par un mastodonte

Depuis que Londres s’est lancé dans la compétition des JO en 2003, Julian Cheyne, la soixantaine, reconnaissable à sa barbe blanche et à son éternel chapeau de toile, est entré en résistance, avec d’autres résidents, contre un processus « brutal exercé par un mastodonte » piloté par l’agence de développement de Londres (LDA). À l’époque, la LDA avait réuni les locataires pour leur annoncer : « Nous avons des plans pour ce domaine et nous allons le démolir, quoi qu’il arrive. » L’épreuve de force a fait de Julian, c’est écrit sur son tee-shirt, un « contestataire officiel des jeux Olympiques de Londres 2012 », un titre que le comité organisateur des JO, pourra difficilement lui contester.

Il raconte. « J’étais là depuis 1991. À Clays, les logements étaient gérés par une coopérative. Il y avait toutes sortes de gens, des communautés différentes, à l’image de l’Angleterre, des jeunes en réinsertion, des personnes vulnérables. On pouvait se rendre visite, on buvait un café ensemble, il y a avait des centres sociaux. Ce n’était certes pas le paradis, mais il y avait une vraie sociabilité, on se rassemblait, on parlait. Et puis, il y avait ces espaces verts, ces petits jardins et ces canaux qu’on appréciait. Nous avons été brisés. » Rien n’y a fait. Les médias sont restés silencieux, la machine judiciaire a entériné la procédure d’expulsion, et les responsables politiques sont restés quasiment muets. Personne ne s’est excusé. « Je ne sais pas pourquoi tous étaient obnubilés par les JO, ne juraient que par eux. On a dénigré notre communauté parce qu’elle se trouvait en travers de leur chemin. On a fait front mais ça n’a pas suffi. Et les gens ont fini par lâcher. »

Les relogements ne sont pas allés de soi, ce n’était pas même une priorité absolue pour l’administration, alors que les locataires étaient priés de s’en aller sans mot dire. Julian a vécu dans un logement temporaire, avec des trous dans les murs, pendant plusieurs mois. « Nous avons eu 8 500 livres de dédommagement mais la plupart ont dépensé la moitié de la somme pour retaper leur appartement. À Clays, le chauffage était collectif, de sorte que les factures étaient très faibles. La plupart des coûts ont grimpé de 50 à 60 livres. Une rallonge d’environ 1 500 livres pour amortir les hausses a été vite engloutie. »

Les anciens résidents de Clays Lane ont été disséminés dans le Grand Londres ; Julian Cheyne, malgré tout, par le biais de la mairie, a pu obtenir d’une association de logements une petite maison à Tower Hamlets, d’où il peut voir avec un pincement au cœur le site olympique maudit. Il ne se plaint pas, mais regrette son ancien voisinage, qu’il retrouve pour certains, une fois l’an. Au fil du temps, Julian s’est découvert un devoir, celui de témoigner de l’injustice vécue par tous ceux de Clays Lane et d’expliquer cette « stupidité » que sont les JO, dont « les coûts sont opaques et le resteront ». De réunion en réunion, et devenu contributeur au site de veille citoyenne Games Monitor, il pétitionne à tout-va et tire la sonnette d’alarme. Pour lui, il n’y a aucun doute, si le business va prospérer alentour, les londoniens de l’Est, eux, vont continuer à galérer.

  • A consulter:

Le site Games Monitor, "dégonfler le mythe olympique"

Bernard Duraud

Source

 
Londres 2012: "Los juegos del pueblo"
Fuera del estadio


Edité par T 34 - 30 Jul 2012 à 02:29
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 30 Jul 2012 à 19:17

Comment la propriété intellectuelle a transformé les Jeux olympiques en cauchemar cyberpunk

 

A première vue, il y a assez peu de rapports entre les Jeux olympiques de Londres et les univers dystopiques du cyberpunk, tel qu’ils ont été imaginés à partir des années 80 dans les romans de William Gibson ou de Bruce Sterling, à partir des premières intuitions de Philip K. Dick ou de John Brunner.

 

A bien y réfléchir cependant, le dopage – dont le spectre rôde sans surprise toujours sur ces jeux 2012 – est déjà un élément qui fait penser au cyberpunk, où les humains cherchent à s’améliorer artificiellement par le biais d’implants bioniques ou l’absorption de substances chimiques.

Mais c’est plutôt à travers la gestion des droits de propriété intellectuelle par le CIO que l’analogie avec le cyberpunk me semble la plus pertinente et à mesure que se dévoile l’arsenal effrayant mis en place pour protéger les copyrights et les marques liés à ces jeux olympiques, on commence à entrevoir jusqu’où pourrait nous entraîner les dérives les plus graves de la propriété intellectuelle.

Une des caractéristiques moins connues des univers cyberpunk est en effet la place que prennent les grandes corporations privées dans la vie des individus. L’article de Wikipédia explicite ainsi ce trait particulier :

Multinationales devenues plus puissantes que des États, elles ont leurs propres lois, possèdent des territoires, et contrôlent la vie de leurs employés de la naissance à la mort. Leurs dirigeants sont le plus souvent dénués de tout sens moral. La compétition pour s’élever dans la hiérarchie est un jeu mortel.

Les personnages des romans cyberpunk sont insignifiants comparativement au pouvoir quasi-divin que possèdent les méga-corporations : ils sont face à elles les grains de sable dans l’engrenage.

Dans les univers cyberpunk, les firmes privées les plus puissantes ont fini par absorber certaines des prérogatives qui dans notre monde sont encore l’apanage des Etats, comme le maintien de l’ordre par la police ou les armées. Les corporations cyberpunk contrôlent des territoires et les employés qui travaillent pour elles deviennent en quelque sorte l’équivalent de “citoyens” de ces firmes, dont les droits sont liés au fait d’appartenir à une société puissante ou non.

Pour les JO de Londres, le CIO est parvenu à se faire transférer certains droits régaliens par l’Etat anglais, mais les romanciers de la vague cyberpunk n’avaient pas prévu que c’est par le biais de la propriété intellectuelle que s’opérerait ce transfert de puissance publique.

Des opposants aux Jeux qui détournent le logo officiel de l’évènement. Vous allez voir que ce n’est pas sans risque sur le plan juridique…

Pour défendre ses marques et ses droits d’auteur, mais aussi être en mesure de garantir de réelles exclusivités à ses généreux sponsors comme Coca-Cola, Mac Donald’s, Adidas, BP Oil ou Samsung, le CIO a obtenu du Parlement anglais le vote en 2006 d’un Olympics Game Act, qui lui confère des pouvoirs exorbitants. L’Olympics Delivery Authority dispose ainsi d’une armada de 280 agents pour faire appliquer la réglementation en matière de commerce autour des 28 sites où se dérouleront les épreuves et le LOCOG (London Organizing Committee) dispose de son côté d’une escouade de protection des marques, qui arpentera les rues de Londres revêtue de casquettes violettes pour s’assurer du respect de l’Olympics Brand Policy. Ils auront le pouvoir d’entrer dans les commerces, mais aussi dans les “locaux privés”, et de saisir la justice par le biais de procédures d’exception accélérées pour faire appliquer des amendes allant jusqu’à 31 000 livres…

L’Olympics Game Act met en place une véritable police du langage, qui va peser de tout son poids sur la liberté d’expression pendant la durée des jeux. Il est par exemple interdit d’employer dans une même phrase deux des mots “jeux”, “2012″, Twenty Twelve”, “gold”, “bronze” ou “medal”. Pas question également d’utiliser, modifier, détourner, connoter ou créer un néologisme à partir des termes appartenant au champ lexical des Jeux. Plusieurs commerces comme l’Olympic Kebab, l’Olymic Bar ou le London Olympus Hotel ont été sommés de changer de noms sous peine d’amendes.

 

L’usage des symboles des jeux, comme les anneaux olympiques, est strictement réglementé. Un boulanger a été obligé d’enlever de sa vitrine des pains qu’il avait réalisés en forme d’anneaux ; une fleuriste a subi la même mésaventure pour des bouquets reprenant ce symbole et une grand-mère a même été inquiétée parce qu’elle avait tricoté pour une poupée un pull aux couleurs olympiques, destiné à être vendu pour une action de charité !

Cette règle s’applique aussi strictement aux médias, qui doivent avoir acheté les droits pour pouvoir employer les symboles et les termes liées aux Jeux. N’ayant pas versé cette obole, la chaîne BFM en a été ainsi réduite à devoir parler de “jeux d’été” pour ne pas dire “olympiques”. Une dérogation légale existe cependant au nom du droit à l’information pour que les journalistes puissent rendre compte de ces évènements publics. Mais l’application de cette exception est délicate à manier et le magazine The Spectator a été inquiété pour avoir détourné les anneaux olympiques sur une couverture afin d’évoquer les risques de censure découlant de cet usage du droit des marques. Cet article effrayant indique de son côté que plusieurs firmes anglaises préfèrent à titre préventif s’autocensurer et dire “The O-word” plutôt que de se risquer à employer le terme “Olympics“. On n’est pas loin de Lord Voldemort dans Harry Potter, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Dire-Le-Nom !

Des affiches protestant contre les restrictions imposées par le CIO sur le fondement du droit des marques.

Le dérapage vers la censure, le CIO l’a sans doute déjà allègrement franchi. Le blog anglais Free Speech rapporte que les comptes Twitter d’activistes protestant contre la tenue des jeux à Londres ont été suspendus suite à des demandes adressées à Twiter, parce qu’ils contenaient dans leur nom les termes JO 2012. Des moyens exceptionnels de police ont aussi été mis en place pour disperser les manifestations et patrouiller dans plus de 90 zones d’exclusion. Plus caricatural encore, il n’est permis de faire un lien hypertexte vers le site des JO 2012 que si l’on dit des choses positives à leurs propos ! Même Barack Obama et Mitt Romney ont été affectés par la police du langage du CIO, qui a exigé pour violation du copyright que des vidéos de campagne faisant allusion aux JO soient retirées…

Pour les spectateurs qui se rendront dans les stades, le contrôle sera plus drastique encore et ils seront liés par des clauses contractuelles extrêmement précises, détaillées sur les billets d’entrée. Ces mesures interdisent par exemple de rediffuser des vidéos ou des photos sur les réseaux sociaux, afin de protéger les exclusivités accordées aux médias et là encore, des cellules de surveillance ont été mises en place pour épier des sites comme Twitter, Facebook, Youtube, Facebook ou Instagram.

No photography, please. We are british.

Les règles des jeux dicteront également aux spectateurs jusqu’à ce qu’ils doivent manger. Impossible par exemple d’échapper aux frites de Mac Donald’s dans les lieux où se dérouleront les épreuves, ce dernier ayant obtenu une exclusivité sur ce plat, sauf comme accompagnement du plat national des fish’n chips pour lequel une exception a été accordée ! La propriété intellectuelle dictera également la manière de s’habiller, les autorités olympiques ayant indiqué qu’on pouvait tolérer que les spectateurs portent des Nikes alors qu’Adidas est sponsor officiel, mais pas qu’ils revêtent des T-Shirts Pepsi, dans la mesure où c’est Coca-Cola qui a payé pour être à l’affiche ! Pas le droit non plus d’apporter des routeurs 3G ou wifi sous peine de confiscation : British Telecom a décroché une exclusivité sur l’accès wifi et les spectateurs devront payer (mais uniquement par carte Visa, sponsor oblige !).

On pourrait encore multiplier ce genre d’exemples digne de Kafka, mais la démonstration me semble suffisamment éloquente. Ces Jeux de Londres nous font pleinement entrer dans l’âge cyberpunk. Un formidable transfert de puissance publique vers des firmes privées a été réalisé, en utilisant comme levier des droits de propriété intellectuelle. On mesure alors toute la force des “droits exclusifs” attachés aux marques et au copyright, dès lors qu’ils s’exercent ainsi de manière débridée, dans un environnement saturé de signes et de logos. Le Tumblr OpenOlymPICS documente la manière dont la ville de Londres s’est transformée avec l’évènement et comment les lieux se sont couverts d’allusion aux JO : ce sont autant de “marques” qui donne prise au pouvoir du CIO sur l’espace.

Cette propriété privé aboutit en fait bien à “priver” les citoyens de leurs libertés publiques pour les soumettre à la loi des corporations. Grâce à ces droits, ce sont des biens publics essentiels comme les mots du langage, l’information, l’espace urbain, les transports en commun, la gastronomie, les codes vestimentaires qui sont “privatisés”.

Le déclic qui m’a le plus fortement fait penser à l’univers cyberpunk, je l’ai eu lorsque nous avons appris qu’un athlète avait décidé de louer son épaule pour faire de la publicité sauvage pour des marques n’ayant pas versé de droits aux CIO par le biais d’un tatouage. Ce coureur a mis son propre bras aux enchères sur eBay et il s’est ainsi offert à une agence de pub’ pour 11 100 dollars. On est bien ici dans la soumission d’un individu à une corporation et elle passe comme dans les romans cyberpunk par des modifications corporelles qui inscrivent cette vassalité dans la chair !

Tatouage cyberpunk, mais l’athlète avec la marque d’une firme sur le bras n’est pas encore plus représentatif de ce courant de la Science Fiction ?

 

Ces dérives sont extrêmement graves et elles dessinent sans doute les contours d’un avenir noir pour nos sociétés. Au cours de la lute contre ACTA, SOPA ou PIPA, l’un des points qui a attiré le plus de critiques de la part des collectifs de lutte pour la défense des libertés était précisément le fait que ces textes transféraient à des opérateurs privés (FAI ou titulaires de droits) des pouvoirs de police pour faire appliquer les droits de propriété intellectuelle. C’est exactement ce que la Quadrature du net par exemple reprochait au traité ACTA, dans cette vidéo Robocopyright ACTA, qui détournait d’ailleurs un des films emblématiques de la culture cyberpunk.

Ce que le CIO a obtenu du gouvernement britannique dépasse très largement tout ce qui figurait dans ACTA ou SOPA en termes de délégation de puissance publique. J’ai encore du mal à le croire, mais dans cet article, on apprend même que le Ministre de la défense britannique prévoyait, à la demande des autorités olympiques, d’installer des batteries de missiles sur des toits d’immeubles d’habitation pour protéger des sites olympiques d’éventuelles attaques terroristes. Si ça, c’est pas cyberpunk !

Olympics 2012 London Missile Protest. Par OpenDemocraty. CC-BY-SA. Source : Flickr

Dans un article paru sur le site du Monde, Patrick Clastre, un historien spécialisé dans l’histoire des jeux indique que le degré de contrôle n’a jamais été aussi fort que pour ces jeux à Londres, bien plus en fait qu’il ne le fut à Pékin en 2008. Il ajoute que pour imposer ce type de règles, le CIO a besoin “d’une dictature ou d’un pays ultralibéral“.

Cette phrase est glaçante.

Imaginez un instant qu’un parti politique par exemple ait la possibilité de contrôler les médias, de mettre en oeuvre une censure, de lever une police privée, de faire fermer des commerces, d’imposer à la population des règles concernant la nourriture et l’habillement, etc. Ne crierait-on pas à la dérive fascisante et n’aurait-on pas raison de le faire ? Le niveau de censure et de contrôle exercé en ce moment à Londres est-il si différent de celui qui pesait sur les populations arabes avant leurs révolutions ?

Doit-on faire deux poids, deux mesures parce que des firmes et des marques sont en jeu plutôt qu’un parti ? En ce sens, je vois un certain parallèle entre ces jeux de Londres de 2012 et les funestes jeux de Berlin de 1936. On dira peut-être que je marque un point Godwin, mais en termes d’atteinte aux libertés publiques, est-on vraiment si éloigné de ce qui se passait en Allemagne durant l’entre-deux-guerres ?

La semaine dernière, Jérémie Nestel du collectif Libre Accès a écrit un billet extrêmement fort, intitulé “la disparition des biens communs cognitifs annonce une société totalitaire“. J’étais globalement d’accord avec son propos, même si je trouvais l’emploi du terme “totalitaire” contestable. Mais cet article comporte les passages suivants, qui font directement écho aux dérapages juridiques des Jeux Olympiques :

La volonté des multinationales de privatiser les biens communs cognitifs est une atteinte à la sphère publique. La sphère publique, jusqu’à présent désignée comme un espace ouvert accessible à tous, au sein duquel on peut librement circuler, peut s’étendre aux espaces cognitifs. [...]

Empêcher la transformation d’une œuvre, et crèer artificiellement une frontière au sein « des espace communs de la connaissance » est un acte propre à une société totalitaire.

Les règles mises en place par le CIO pour protéger ses droits de propriété intellectuelle porte gravement atteinte à la sphère publique et elles aboutissent à la destruction de biens communs essentiels. Hannah Arendt explique très bien que le totalitarisme opère en détruisant la distinction entre la sphère publique et la sphère privée. Dans le cas des fascismes d’entre-deux-guerres ou du stalinisme, c’est la sphère publique qui a débordé de son lit et qui a englouti la sphère privée jusqu’à la dévorer entièrement.

Les dérives de la propriété intellectuelle que l’on constate lors de ces jeux olympiques fonctionnent en sens inverse. C’est cette fois la sphère privée qui submerge l’espace public et le détruit pour le soumettre à sa logique exclusive. L’effet désastreux sur les libertés individuelles est sensiblement identique et c’est précisément ce processus de corruption qu’avaient anticipé les auteurs du Cyberpunk, avec leurs corporations souveraines.

A la différence près qu’ils n’avaient pas imaginé que ce serait la propriété intellectuelle qui serait la cause de l’avènement de ce cauchemar…

Ne croyons pas en France être à l’abri de telles dérives. Tout est déjà inscrit en filigranne dans nos textes de lois. Le Code du Sport prévoit déjà que les photographies prises lors d’une compétition appartiennent automatiquement aux fédérations sportives, ce qui ouvre la porte à une forme d’appropriation du réel. A l’issue de l’arrivée du Tour de France, des vidéos amateurs ont ainsi été retirées de Youtube à la demande de la société organisatrice du Tour, avec l’accord du CSA, qui dispose en vertu d’une autre loi du pouvoir de fixer les conditions de diffusion de ce type d’images. Et les compétences de cette autorité s’étendent aux manifestations sportives, mais plus largement “aux évènements de toute nature qui présentent un intérêt pour le public“…

Réagissons avant qu’il ne soit trop tard et refusons ces monstruosités juridiques !

PS : une chose qui me fait rire quand même, c’est que visiblement le CIO rencontre quelques problèmes avec le logo des jeux de Londres 2012, qu’un artiste l’accuse d’avoir plagié à partir d’une de ses oeuvres…



Edité par T 34 - 30 Jul 2012 à 19:18
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 30 Jul 2012 à 23:38

Bourdes et maladresses : médaille d’or pour les J.O. de Londres

Les erreurs et les accrocs se succèdent pour les organisateurs des Jeux Olympiques dans la capitale anglaise. Du plus visible (intruse lors de la cérémonie d’ouverture, tribunes vides) au plus risible (la perte des clés du stade de Wembley par des policiers) en passant par des affaires plus souterraines (revente au marché noir de billets par des agents officiels), voici un petit florilège des impairs qui ont émaillé le début des olympiades.

  • Une agence de sécurité en déficit d’hommes

Avant même le début des jeux, le premier accroc est survenu lorsque la société privée britannique G4S a dû faire part de son incapacité à fournir assez d’hommes pour assurer la sécurité sur les sites olympiques. Le groupe, qui avait remporté le contrat auprès des organisateurs, a penaudement reconnu avoir « sous-estimé la tâche de fournir du personnel pour les J.O. » et affirme avoir rencontré « quelques difficultés en matière de recrutement de personnel ». À deux semaines de la cérémonie d’ouverture, l’armée a donc été obligée de déployer en urgence 3.500 hommes supplémentaires… au frais de G4S qui encourt également une amende de 10 à 20 millions de livres pour non respect de son contrat.

  • Une inconnue dans le défilé

Lors de la cérémonie d’ouverture, une jeune femme attire l’œil en tête de la délégation indienne. Sa chemise rouge vif et son pantalon bleu-vert détonnent par rapport aux saris jaunes et vestes bleues des athlètes, et pour cause : elle ne fait pas partie du contingent de sportifs envoyé par l’Inde. Cette volontaire, « trop enthousiaste » et « légèrement excitée » selon les organisateurs, est en fait l’une des 7.500 figurants qui ont participé à la cérémonie d’ouverture. Son intrusion a attiré sur Londres les foudres de la mission olympique indienne qui a demandé des excuses, obligeant le président du comité organisateur, Sebastian Coe, à donner une conférence de presse pour tenter d’apaiser le climat.

  • Les clés de Wembley « égarées »

Les policiers en charge de la surveillance du stade de Wembley, où se déroulent notamment le tournoi olympique de football, ont avoué ce lundi en avoir perdu les clés lors d’une visite de sécurité précédant le début des jeux. Scotland Yard a été saisie de l’incident et a conclu qu’aucun acte de malveillance n’en était à l’origine, mais les serrures des portes intérieures ont dû être changées pour garantir la sécurité du site. Cette erreur a coûté cher : les clés en question, similaires à celles utilisées dans les prisons, utilisent les dernières technologies laser et ne peuvent pas être copiées. Le prix à payer pour les remplacer dépasserait les 51.000 euros.

  • Agression au stand de tir

La police a annoncé hier dimanche avoir arrêté un homme de 25 ans « soupçonné d’avoir commis une agression » sur le site abritant les épreuves de tir, les Royal Artillery Barracks. Ni l’identité du suspect ni le détail de l’incident n’ont été communiqués, mais après la défaillance de G4S, l’intrusion lors de la cérémonie d’ouverture et la perte des clés de Wembley, cet incident constitue la quatrième alerte quant à la fiabilité du dispositif de sécurité des J.O. londoniens alors que les excès de zèle autour de la protection du logo olympique avaient semblé présager d’une rigueur hors-normes.


  • Des tribunes vides

Les organisateurs ont décidé de remettre petit à petit en vente des billets pour les épreuves, en commercialisant 3.000 nouveaux billets dimanche soir, suite au scandale provoqué par les rangées de tribunes vides lors des premières épreuves (notamment à Wimbledon) alors que Sebastian Coe assurait que les sites olympiques étaient « pleins à craquer ». De nouvelles ventes sont prévues « au jour le jour » selon un porte parole de l’organisation, qui a du faire face à la colère des spectateurs ayant dû batailler ferme pour se procurer des places à des montants souvent élevés, voire rentrer bredouilles à cause du système décrié d’attribution par tirage au sort.

  • Extinction de la vasque olympique, désormais seulement visible à l’intérieur d’un stade

Alors que la vasque, symbole des Jeux Olympiques, brûle habituellement sans discontinuer de la cérémonie d’ouverture à celle de clôture, les organisateurs londoniens ont choisi de l’éteindre dans la nuit de dimanche à lundi pour la déplacer dans un virage du Stade Olympique de Londres. Une manœuvre décriée puisque la torche n’est désormais plus visible que depuis l’intérieur de ce stade et non plus du Parc Olympique comme c’est le cas traditionnellement. Les spectateurs et les athlètes dont les épreuves n’ont pas lieu dans l’arène dédiée à l’athlétisme ne verront donc pas la flamme symbolique…

  • Bourdes diplomatiques :

Mercredi dernier, lors de la présentation de l’équipe féminine Nord-Coréenne avant son premier match dans le tournoi olympique, c’est le drapeau de Corée du Sud qui a été projeté par la régie sur l’écran géant du stade, provoquant l’ire de la délégation de Pyongyang. Le lendemain, les organisateurs ont dû faire une seconde série d’excuses pour un sacrilège en terre britannique : ils avaient attribué la nationalité anglaise à un joueur gallois de l'équipe de Grande-Bretagne dans le programme officiel du match l’opposant au Sénégal (les J.O. sont la seule grande compétition internationale où la Grande-Bretagne aligne une équipe composée de joueurs anglais et gallois). 

  • Flop dans l’arbitrage des épreuves de judo

Le quart de finale des -66 kg opposant le Japonais Masashi Ebinuma et le Sud-Coréen Cho Jun-ho s’est transformé en farce olympique lorsqu’à l’issue du combat, dont le score était resté nul et vierge entre les deux judokas, la décision est revenue comme le veut la règle aux trois arbitres. Ces derniers ont unanimement attribué la victoire au Sud-Coréen sous les huées du public qui voyait le Japonais vainqueur sans conteste. Le responsable de la commission des arbitres de la Fédération Internationale de Judo (IJF), puis son président, Marius Vizer en personne, sont alors intervenus pour contester cette décision. Les juges sont finalement revenus sur leur verdict, s’attirant une nouvelle volée de sifflets nourris pour ce retournement de situation.

  • Revente de places au marché noir… par des agents officiels

Enfin, et c’est le Sunday Times qui l’annonçait hier dimanche, des responsables des Jeux Olympiques ainsi que trois agents officiels ont « été filmés secrètement en train de vendre des milliers de billets biens placés jusqu’à dix fois leur valeur ». Après avoir visionné plus de 20h de vidéos fournies par le journal, la police britannique a lancé une enquête baptisée Opération Podium, qui soupçonnerait d’actes de corruption des officiels et des agents de plus de 54 pays. 16 personnes ont été arrêtées vendredi et samedi, notamment pour revente frauduleuse de billets.

Théo Maneval

Source


Les anti-Jeux sont aussi de la fête à Tower Hamlets

Londres, correspondance. Quelques centaines de personnes se sont rassemblées, samedi, dans un quartier défavorisé tout près du site olympique, pour dénoncer les dérives du sport business, entièrement aux mains des multinationales.

Les anti-Jeux sont aussi de la fête. Et veulent du sport, et non du fric. Plusieurs centaines d’entre eux, des Londoniens, se sont rassemblés samedi à Tower Hamlets, le quartier historique et trop souvent oublié de l’est de la capitale britannique, devenu pour quelques semaines le centre sportif le plus recherché au monde. La manifestation « contre les JO du business » était organisée, à la lumière des projecteurs, par le réseau Counter Olympics Network, une alliance de mouvements locaux qui voit les Jeux différemment que le prêt-à-penser des organisations officielles. De la station de métro de Mile End, tout ce petit monde a parcouru dans la bonne humeur les rues de ce district pauvre, terre d’accueil et d’immigration.

Pour les uns, il s’agissait de protester contre « les deux millions de billets gratuits accordés aux riches ». Des cadeaux offerts aux sponsors ont encore fait un joli ramdam, ce week-end. Selon le réseau, les entreprises et les résidants de la localité, loin d’être des bénéficiaires des Jeux, ont été au contraire « mis sur la touche ». Counter Olympics ajoute ne pas accepter « l’austérité, les privilèges et les profits », et rejeter « les Jeux corporatistes de Cameron et de Coe » (lord Sebastian Coe est président de Locog, la société privée qui organise les jeux Olympiques et les jeux Paralympiques de Londres – NDLR).

Kate Morris, supporter du mouvement Occupy London, dont les campements devant la cathédrale Saint-Paul ont duré tout l’hiver, a repris son bâton de pèlerin pour l’occasion. « Les jeux Olympiques doivent célébrer l’effort humain, a-t-elle dit. Pourtant, ces “Jeux du peuple” à Londres sont assujettis aux caprices des corporations et des institutions financières globales. Celles-ci cherchent des façons “légales” d’éviter des impôts et de saturer le sport avec leurs campagnes de marketing, dans le but d’assainir leur réputation, sans parler de limiter la disponibilité des billets et d’obtenir des chemins VIP pour leurs voitures. »

D’autres, comme Chris Nineham, ne voulaient pas que des missiles soient installés par l’armée sur les toits des HLM donnant sur le village olympique. « Les gens d’ici sont d’avis que mettre des bombes dans des sites résidentiels est totalement irresponsable et stupide. »

Le scandale des sièges non remplis dans bien des stades a fait la une des journaux dominicaux – tout comme la déception de l’échec des cyclistes britanniques, dont Mark Cavendish (l’homme le plus rapide au monde), dans leur course à la médaille d’or. Il y avait 500 sièges non occupés pour la natation, 1 000 sièges pour la gymnastique et plus de 3 000 pour le volley-ball. Et pourtant, beaucoup de gens voulant assister aux Jeux ont été informés qu’il n’y avait plus de sièges disponibles.

Sebastian Coe, ancien député conservateur, embarrassé par les remous de sa générosité envers ses copains dans le monde des affaires, a promis une enquête. Il menace même de dévoiler les noms de sociétés qui n’ont pas eu la délicatesse d’utiliser leurs cadeaux. « C’est affreux, surtout quand il y a tant de gens à la recherche de billets », a dit Sharon Beers, venue à Londres de Portsmouth pour s’en mettre plein les yeux. « On aurait dû donner moins de billets à des officiels. »

Et pourtant, les Britanniques ont une certaine réputation de ne jamais être trop contrariés par des situations embêtantes. Et ils aiment les occasions de se retrouver ensemble : samedi, il y avait ainsi un million de personnes sur les bords des routes pour le vélo masculin. Là, il n’y avait pas de privilèges. Dommage que Cavendish ait échoué.

Peter Avis

Source

Les JO, « c’est Davos avec du beach-volley »

Londres, envoyé spécial. À quoi ressemble une ville qui accueille le plus grand événement sportif de 
la planète ? 
À une grande fête populaire ? À un happening VIP ? Réponse 
en quelques images 
et itinéraires. 

Les jeux Olympiques redessinent les lignes sociologiques de Londres. Il y a les « exilés », les « Olympiens » et les « assignés ». La composition relève du pâté d’alouette : les proportions ne sont pas franchement égales.

Les « exilés » de l’été olympique

Ceux qui sont partis représentent une portion certes non quantifiable mais manifestement pas négligeable. « On a constaté dès le début de la semaine dernière qu’il y avait incontestablement moins de monde dans la ville », rapporte l’un des 320 000 Français qui y vivent. Un Londonien pur jus a expliqué dans la presse qu’il prenait la tangente. Évidemment, pour que les journaux lui ouvrent leurs colonnes, il ne s’agissait pas d’un quidam, mais de Boy George, le chanteur du mythique groupe des années 1980 Culture Club, parti à Ibiza pour échapper au « cauchemar ». Bon, tout le monde n’ayant pas les moyens des délires estivaux de l’île des Baléares, la côte et la campagne anglaises sont devenues les lieux de refuge préférés des exilés d’un été olympique.

À l’autre bout de l’échelle de la vibration, il y a ceux qui veulent vivre à plein l’événement olympique, dont un petit nombre d’« happy few » a pu assister à la grandiose cérémonie d’ouverture. On trouve dans ce groupe de passionnés quelques « locaux » et beaucoup de touristes-visiteurs-supporters. Le contraste était même audible, samedi après-midi, entre Hyde Park et Oxford Street. Le célèbre parc, où a été posé un immense parc de festivités, avait des airs de Babel, tandis qu’au fur et à mesure de la remontée de la grande artère commerçante, le rythme syncopé de la langue de Shakespeare reprenait ses droits. Vouloir en être ne signifie pourtant pas toujours pouvoir en être. Un premier accroc est intervenu au très strict Lord’s Cricket Ground, pour les qualifications du tir à l’arc : des supporters n’ont pas franchi la porte d’entrée. « Sur le site officiel des Jeux, il était écrit “unticketed” (sans ticket). On a donc compris que l’entrée était libre. En fait, pas de ticket signifiait à huis clos », se désolait un père de famille. Un tireur à l’arc amateur avait beau supplier les volontaires à l’entrée de lui « faire une toute petite place ». Vaine supplique. Au Centre aquatique ou à Wimbledon, ce fut l’inverse : des tickets vendus mais personne pour occuper les places. Le comité d’organisation n’en comprend pas les raisons et va enquêter.

Le très strict Lord’s Cricket Ground

Il y a, enfin, ceux qui restent : assignés à Londres 2012 par contraintes professionnelle ou financière. Et là : embrouille. Forcément, des dizaines de milliers d’officiels, de journalistes et de visiteurs à transporter, cela se ressent rapidement dans une ville déjà sujette au syndrome moderne du bouchon permanent. D’autant qu’un couloir a été réservé pour les bus et voitures dûment accréditées « JO ». Les Londoniens les ont baptisées « Zil lanes », du nom des voitures de luxe transportant les dignitaires soviétiques. « C’est Davos avec du beach-volley », titrait hier matin le très sérieux Sunday Times, tant les Jeux sont aussi un événement pour VIP (Very Important People).

«Les affaires marchent comme d’habitude »

À Hackney, il n’y a que des ordinary people. Le quartier a vu se poser, face à lui, un ovni baptisé parc olympique, mais ce dernier relève du monde à part, qui n’a rien à voir avec celui de l’East Side, fief de la classe ouvrière et de son accent cockney, terre d’immigration. Ce dimanche matin s’écoule comme tous les autres repos dominicaux. Un air de reggae s’échappe d’une des petites maisons en briques rouges. À côté, une mamie à la mise en plis soignée taille ses beaux petits rosiers.

La frontière avec le monde olympique est matérialisée par un bras de rivière. Les habitants dont les maisons, toutes fleuries, font face au stade olympique n’ont enregistré qu’un changement à leur quotidien : trois bobbies patrouillent en permanence sur leur quai. Dans l’épicerie du quartier, à côté de la gare RER, « les affaires marchent comme d’habitude, témoigne la jeune fille d’origine pakistanaise affairée à la préparation du kebab du midi. Ni plus ni moins ».

Christophe Deroubaix



Edité par T 34 - 31 Jul 2012 à 02:05
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Le drapeau olympique aux mains des militaires (Il Manifesto)

 
Manlio DINUCCI

Puissent les Olympiades être "un moment d’amitié renouvelée dans laquelle forger la paix" : ainsi l’archevêque de Westminster a-t-il salué les athlètes venus à Londres du monde entier. C’est justement pour représenter cet esprit que dans la cérémonie d’ouverture le gouvernement de Sa Majesté britannique a fait hisser le drapeau olympique aux cinq anneaux, symbole de paix, par un escadron de 16 militaires britanniques, choisis parmi ceux qui se sont le plus distingués dans les dernières guerres.

A la tête de cet escadron, comprenant des militaires des trois armes, Tal Lambert, responsable des communications des bases aériennes de Lyneham et Brize Norton, engagées l’an dernier dans la guerre en Libye. Parmi les autres membres de la RAF (Armée de l’Air britannique - NdR), le sergent Raval, qui s’est distingué dans les guerres des Balkans et d’Irak.

Parmi ceux de la marine et des marines, l’officier Hiscock, décoré de la Queen’s Gallantry Medal pour ses actions dans l’invasion de l’Irak. Parmi ceux de l’armée de terre, le sergent Reains distingué dans les combats en Irak puis en Afghanistan où il a été blessé, et le caporal Rainey, qui a deux dangereuses missions à son actif.

Faire hisser par des militaires non seulement la drapeau britannique mais aussi la bannière olympique a été un geste hautement symbolique : la réaffirmation que les forces armées du Royaume Uni et des autres pays de l’Otan ne font pas des guerres d’agression mais des opérations de paix dans l’intérêt de toute l’humanité. Grave est le fait que le Comité Olympique international ait autorisé un tel choix, qui devrait être interdit dans tout pays où se déroulent les Olympiades. Tout aussi grave qu’il ait été ignoré par la presse internationale, présente à Londres avec des milliers de journalistes. Engagés à décrire la chapeau de Sa Majesté, au moment où le drapeau olympique a été hissé par les militaires qui rénovent les gloires de l’empire britannique.

Manlio Dinucci

Edition de dimanche 29 juillet 2012 de il manifesto

Traduit de l’italien parMarie-Ange Patrizio

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Stratford côté rue, l’envers du décor des olympiades

Londres, (envoyé spécial). Cette ville où a été installée le site olympique est l’une 
des zones les plus pauvres à l’est 
de Londres. Malgré quelques travaux de rénovation les habitants craignent d’être oubliés.

Stratford Station, tout le monde descend ! En tournant le dos au méga-mall Westfield et au site olympique : la gare ultramoderne, sa vaste esplanade et sa noria de bus rouge. Puis à quelques minutes de marche, le centre-ville de Stratford, si près des olympiades et si éloigné de ses lumières. L’artère principale, où flottent des odeurs de friture et d’épices, est parsemée de modestes commerces, certains sont fermés, et de petites échoppes. On croise l’église, l’hôtel de ville néogothique et le palais de justice, vestiges d’un passé que l’on imagine plus florissant. Les conditions de vie à Stratford sont désastreuses.

« Environ 65 % des habitants ont aujourd’hui un job, les jeunes sont pour la plupart sans qualification. Ce n’est pas un phénomène nouveau. L’est de Londres a toujours été un quartier pauvre, avec une forte population immigrée », souligne Mike Wells, se présentant comme un « farouche opposant aux JO » pour l’affairisme qu’ils génèrent. D’origine africaine, caribéenne, indienne, pakistanaise, bangladaise, cette population, pauvre parmi les pauvres, s’est diversifiée avec l’arrivée de migrants venus d’Europe de l’Est.

Tanneires et fumeries de saumon

Dans le dédale des rues, on trouve des immeubles insalubres, des entrepôts délabrés, de vieilles usines en brique rouge, l’une fabriquait des clous, l’autre des pièces mécaniques. Le quartier a longtemps été caractérisé par ses ruelles sombres et encrassées. Michael Pitt, un retraité, habite Stratford depuis toujours, il en connaît les vicissitudes. Cet ancien ouvrier de la compagnie Gas Light se souvient ainsi des tanneries et des fumeurs de saumon, du terminal ferroviaire de marchandises qui approvisionnait la ville. « Il y avait beaucoup de travail, des petites entreprises en lien avec l’industrie. Au moment des expropriations on s’est rendu compte que des milliers d’emplois avaient aussi disparu. On a également brisé une identité en chassant des gens comme ceux de Clays Lane. »

Quand le maire conservateur de Londres, Boris Johnson, a promis ici « la création d’un nouveau quartier urbain », chacun y a vu une opportunité à saisir. Selon un porte-parole du conseil de Newham, arrondissement auquel est rattaché Stratford, 475 000 livres de subventions ont été affectées à des travaux de rénovation. « Ils ont bien repeint quelques façades, remplacé les néons des boutiques et changé leurs volets intérieurs, posé des bancs et des lampadaires flambant neufs, nettoyé rues et trottoirs, mais c’est tout », nous dit 
Derek qui tient un atelier de mobilier à Hackney Wick tout proche.

15.000 âmes perdues dans l'oubli

Les améliorations sont cosmétiques, sans lien avec les difficultés réelles des habitants comme le logement alors que les prix flambent. « Les gens qui viennent de l’extérieur n’entreront pas dans Stratford », assure Derek. Derrière le comptoir de son étroite épicerie, Uday Patel enchaîne les jours de travail et pour lui, loin des distractions du moment, « rien ne va changer ».

Pourtant les habitants craignent que leur ville, 15 000 âmes, au-delà des rails et des rocades, ne se perde dans l’oubli. Car la « régénération » de l’est de Londres a déjà produit ses premiers effets. En descendant la High Street, les promoteurs n’ont pas attendu que la flamme olympique soit allumée. De nombreux terrains et entrepôts ont été rachetés et des tours de standing ont été construites pour les classes plus aisées, de façon quasi anarchique, sans aucun plan d’urbanisme. Le prix du mètre carré y est de 7 000 euros. Le logement social pousse de terre au compte-gouttes. En fait il est quasiment inexistant depuis Thatcher, si bien que des milliers de demandes de logement sont aujourd’hui empilées sur les bureaux du conseil de Newham.

Bernard Duraud

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Jeux olympiques 2012 : les dessous de Londres

JO de Londres : Les déplorables conditions de vie des agents d’entretien

Envoyé spécial. Les nettoyeurs et les femmes de ménage du site olympique, le plus souvent venus de l’étranger, ont été installés sur un terrain vague, dans des baraquements que leurs occupants comparent à 
des taudis. 

Les athlètes du monde entier ont maintenant pris possession du village olympique. Malgré les petits désagréments quotidiens de la circulation à Londres, voire la nourriture ou des lits trop petits, ils bénéficient du confort et de toutes sortes de facilités pour concourir au plus haut niveau. Cependant, les jeux Olympiques ont leur part d’ombre crasse. Un événement d’une telle dimension mobilise en effet des milliers de travailleurs temporaires et, parmi eux, les agents d’entretien, le plus souvent des femmes, les « cleaners ». Leur camp a été posé sur un terrain laissé à l’abandon de l’est de Londres à proximité du village olympique. Entre canal et rocades, il est difficile d’accès, soigneusement gardé, à l’abri du regard du public. Une brève 
incursion y est carrément impossible. Pourtant, on peut voir une centaine de préfabriqués alignés et serrés les uns contre les autres. Ils accueillent une dizaine de personnes chacun.

Les conditions de vie imposées aux nettoyeurs et aux femmes d’entretien y sont déplorables. Telle est la bombe lâchée par le Daily Mail quelques jours avant l’ouverture des JO, suscitant indignation et vague mea culpa. Jugez plutôt. Il y a une cabine de toilette pour 25 personnes et une douche pour 75 ! La pluie qui ne manque pas de tomber sur Londres provoque des inondations dans une partie des baraquements et rend le terrain boueux. Les occupants de ces cabines métalliques, ils sont des centaines la plupart venus de l’étranger pour travailler, doivent acquitter à la société de nettoyage qui les a embauchés 18 livres par jour à titre de loyer, soit 550 livres par mois (700 euros). Un vrai racket.

« Je ne pouvais pas le croire quand j’ai vu l’endroit où les gens dormaient, explique ainsi Andrea Munoz, un étudiant venu de 
Madrid. Quand j’ai vu aussi les portes en métal et la grande tour au milieu, ça m’a fait penser à une prison. C’est horrible. » Il estimait pouvoir obtenir là un petit job, mais aussitôt, il a préféré faire demi-tour. Ses deux copains sont restés, mais il se dit persuadé qu’ils vont le regretter. Un jeune Hongrois de vingt-quatre ans a également témoigné des « très mauvaises conditions » régnant dans ce camp, le comparant à un taudis, sale et avec peu d’espace. Plusieurs jeunes femmes auraient déjà quitté les lieux, parce qu’elles ne supportaient pas l’idée de devoir dormir dans une chambre avec des hommes.

Le Locog, le Comité d’organisation des Jeux, avait obtenu l’agrément du conseil de Newham, quartier où est situé le campement, malgré les réticences des autorités sanitaires. Toutefois, leurs mises en garde n’ont pas été jugées suffisantes pour empêcher l’occupation du site parce qu’elle était temporaire, et l’accord a été finalement donné.

Dans le collimateur également, Spotless International Services. Cette société en charge du camp a prétendu que le nombre de toilettes et de douches dépassait les exigences légales, et comble du bien-être, qu’une connexion à Internet avait été prévue. « Ce n’est pas une prison. On ne force personne à rester. Beaucoup de nos employés viennent de régions où le chômage est très élevé et sont très contents de travailler lors des jeux Olympiques. Il y aura toujours des mécontents sur le site, mais c’est une honte qu’ils ne soient pas venus en discuter avec nous parce qu’il y a des procédures en place pour résoudre ces problèmes », a déclaré furieux le patron, Craig Lovett. L’un de ces protocoles consiste à enfermer les secrets à double tour. Les travailleurs ont dû signer un contrat comportant une clause de confidentialité et de silence avec la société afin de ne pas parler à la presse, et ils sont interdits de visites familiales pour des « raisons de sécurité ». Mais trop tard, Andrea Munoz et quelques autres ont déjà parlé.

Tous nos articles consacrés aux dessous de Londres

Bernard Duraud

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JO de Londres. Femmes, Jeux vous aiment

 
Londres, envoyé spécial. Pour la première fois dans l’histoire 
de l’olympisme, le « deuxième sexe » 
est présent dans toutes les délégations 
et dans tous les sports. Une avancée qui 
ne masque pas un « sexisme » persistant.

Demain matin, caméras et micros traqueront autant Teddy Riner, extraterrestre du judo, ultrafavori de sa catégorie, qu’une obscure concurrente dont la Portoricaine Melissa Mojica ne devrait faire qu’une bouchée. Pourtant, défaite sans gloire ou pas, cette athlète restera dans les annales de l’olympisme : Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani sera la première femme d’Arabie saoudite à participer aux JO. Sa présence, incertaine, a été confirmée mardi soir après un accord conclu entre toutes les parties concernées. En question : le port du voile. Pour le père de la jeune fille de seize ans née à La Mecque, visiblement dépassée par cet enjeu, il était hors de question qu’elle n’en portât point. Un compromis a été trouvé : la jeune fille est autorisée à « couvrir sa tête de quelque chose qui ne compromettra pas sa sécurité ». Sans être un voile, au sens strict du terme, ce couvre-chef adapté est « utilisé dans les compétitions en Asie », sans que personne ne sache vraiment de quoi il s’agit. L’enjeu était d’importance pour le CIO qui ne voulait pas gâcher cette « première ». Du côté des autorités saoudiennes, on préférait voir Wodjan Shahrkhani entrer dans les manuels d’histoire plutôt que la deuxième femme de la délégation, Sarah Attar, alignée en athlétisme sur 800 m la semaine prochaine, américano-saoudienne née et élevée en Californie.

Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani sera la première femme d’Arabie saoudite à participer aux JO

Le cas de la judoka saoudienne résume à lui seul les contradictions du mouvement de progrès vers la mixité et l’égalité. Les Jeux londoniens marquent incontestablement une avancée pour les femmes : tous les sports (y compris la boxe, désormais) comportent des épreuves féminines. Surtout, aucune délégation n’exclut le « deuxième sexe ». Historique. Les monarchies du Golfe ont été les dernières à rendre les armes, annonçant, dans la dernière ligne droite, la participation de délégations non ségréguées. « C’est là une nouvelle très positive », avait apprécié Jacques Rogge, président du CIO, organisme qui s’enorgueillit souvent de « faire l’histoire ».

Une évolution de fond

« C’est un pas en avant important », reconnaît également, à propos de la présence d’athlètes saoudiennes, l’ONG Human Rights Watch, qui pose pourtant un puissant bémol : « Mais il n’aborde pas les obstacles fondamentaux qui empêchent les femmes de participer aux sports dans le royaume. » En Arabie saoudite, les compétitions sportives publiques pour femmes sont interdites. D’autres voies féministes s’insurgent contre l’autorisation faite à certaines athlètes de porter le voile. « La charte olympique est la seule règle qui s’applique pendant les Jeux dans les stades et tous les sites olympiques, argue, par exemple, la Ligue du droit international des femmes. La règle 50 de la charte interdit d’arborer des signes religieux ou politiques. » Pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), l’autorisation donnée à Wodjan Shahrkhani de participer tête couverte constitue « un mauvais signe » et « un pas de plus vers l’obscurantisme ».

>>> À lire sur Humanite.fr : Des féministes contre le voile aux Jeux Olympiques

Il serait pourtant paradoxal que les polémiques autour du port du voile par quelques athlètes masquent une évolution de fond. Celles et ceux qui avaient lancé, l’année dernière un appel pour que les Jeux de Londres se déroulent « dans l’égalité et l’équité » (lire ci-dessous) ne peuvent que se réjouir de voir cet objectif atteint. Si l’on prend les trois olympiades londoniennes comme marqueurs, on constate ceci : 1,8 % d’athlètes féminines en 1908, 9,5 % en 1948 et 44,38 % en 2012. À Londres, un nombre record de délégations (50 sur 204) comportent plus ou autant de femmes que d’hommes.

« Paritaire » ne signifie pas forcément « égalitaire », comme l’a notamment rappelé Lizzie Armitstead. La cycliste anglaise de vingt-trois ans a profité de la tribune offerte par sa médaille d’argent pour rappeler « le sexisme » qu’elle avait dû affronter durant toute sa carrière. Les footballeuses japonaises et les basketteuses australiennes ne la démentiront pas : elles ont fait le voyage en classe économique tandis que leurs collègues masculins avaient droit au standing de la classe affaires ! L’égalité, c’est la première classe pour tout le monde !

En 2011, l’appel de Marie-George Buffet.  Début 2011, Marie-George Buffet avait relancé son combat pour 
la mixité dans le sport avec un appel pour que les jeux Olympiques 
de Londres 2012 aient « lieu dans l’égalité et l’équité ». En tant que présidente de l’association Afghanes, Afghans, après Athènes 2004 (AAAA2004), la députée et ex-ministre des Sports souhaita que 
« toutes les délégations soient mixtes à Londres » et « que toutes 
les sportives puissent pratiquer leur discipline dans des tenues n’entravant 
pas leur pratique ». Soutenue dans son combat par la championne 
olympique du 1 500 mètres des JO de Barcelone en 1992, l’Algérienne Hassiba Boulmerka, présente ce jour-là à ses côtés, Marie-George Buffet réclamait un « amendement à la charte olympique qui permettrait 
de ne pas accréditer aux jeux Olympiques une délégation qui ne serait pas mixte ». Cette revendication reste d’actualité afin de ne pas laisser 
la mixité au bon vouloir des pays.

Lire aussi :

Tous nos articles consacrés aux jeux Olympiques de Londres 2012

Christophe Deroubaix

Les transports cahin-caha, les chauffeurs de bus tip-top

Les transports publics de Londres, malgré leur modernisation, peinent à sortir 
de leur vétusté. 
Face au surcroît de travail lors des JO, 
les chauffeurs de bus ont mené une longue lutte victorieuse.

Envoyé spécial. Une inconnue de taille continue de hanter tout un pays : comment se transporter. « C’est même la discipline reine des jeux Olympiques », s’amuse un passager du métro à Algarve East, où les attentes sont interminables. Chaque jour apporte son lot de mauvaises surprises : des lignes à l’arrêt, des stations fermées, des pannes et des retards. Véhicules s’abstenir, hormis la poignée de privilégiés et les membres du tout-puissant Comité olympique, ils ne pourront pas emprunter les 160 km de voies spéciales VIP ou « ZIL Lane » (en référence aux couloirs réservés aux limousines ZIL de la nomenklatura soviétique).

Le maire de Londres, Boris Johnson, reconnaît que les transports publics, qui ont été soumis à très rude traitement lors du jubilé royal, vont avoir du mal à répondre aux besoins des JO et de la vie quotidienne. Les Londoniens sont donc officiellement encouragés à pratiquer la marche à pied, le télétravail et à éviter les heures de pointe. Quitte à rallonger leurs séjours au pub, le temps de boire deux à trois pintes de bière… Même dans ces conditions, les déplacements s’effectuent péniblement. Le temps du voyage jusqu’au stade olympique peut durer deux heures, plus si se présente un imprévu, sans compter les mesures de contrôle et de sécurité mises en place !

En coulisses, les salariés des transports publics de Londres sont sur les dents et doivent composer en permanence avec les aléas du trafic. Le métro peine à sortir de décennies de sous-investissements malgré les milliards de livres injectés à l’occasion des JO pour moderniser les infrastructures et, en surface, les chaussées londoniennes sont congestionnées en permanence. Bus et « tube » ont été l’objet d’un intense bras de fer entre employés et pouvoirs publics, menace de grève à la clé à partir du D Day olympique. Chaque jour, 12 millions de voyageurs transitent par les transports publics de Londres. Pendant la durée des JO, on compte trois millions de passagers supplémentaires. « C’est pour ce surcroît d’activité que les chauffeurs de bus ont réclamé une prime de 500 livres (630 euros) en compensation de leur travail », nous a expliqué Peter Kavanagh, responsable régional du syndicat Unite, représentant plus de 20  000 employés d’autobus à Londres. C’est également pour cette raison qu’ils ont cessé le travail à plusieurs reprises, ces deux derniers mois…

Or, le 16 juillet, il y avait le feu, le conflit n’était pas réglé, des chauffeurs sont restés assis devant leur bus. « Les JO allaient tout droit vers leur première épreuve », raconte avec humour Fraser John Patterson, un Écossais d’une quarantaine d’années, au dépôt des fameux bus rouges à Hackney Central. Ici, les salaires oscillent entre 600 et 700 euros par semaine pour 60 heures de travail. « Nous n’avons fait que défendre le droit de protester », dit-il, en phase avec les propos de fermeté de leur leader Len McCluskey, qui, au nom de l’intérêt général, jugeait impensable « que le monde entier débarque à Londres pour ces merveilleux jeux Olympiques comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ».

Les chauffeurs de bus appartiennent à 17 entreprises privées. Face à elles, ils ont tenu bon et arraché, après d’âpres négociations, leur prime JO de 736 euros, comme des milliers de salariés du métro qui avaient déjà obtenu à titre exceptionnel 1 000 euros. Ce matin-là, un étrange conciliabule se tient à Hackney Central, entre bus drivers. Faut-il accepter les modalités de l’offre sous forme d’un bonus de 35 euros à chaque fois qu’une tâche est accomplie pendant les 29 jours des jeux Olympiques et Paralympiques ? Malgré quelques hésitations, ils ont dit oui, « sans euphorie », mais soulagés de cette reconnaissance de leur surcharge de travail.

Bernard Duraud

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Edité par T 34 - 03 Aug 2012 à 01:54
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Les jeux du capital

Londres : Etat de siège, nettoyage social et réalité de l’ « esprit olympique ».

 
Vivian PETIT

Quarante mille soldats mobilisés dans la ville, des tireurs d’élite aux endroits stratégiques, des navires de guerres dans la Tamise pour « assurer une sécurité optimale », des lances-milles sur le toit des immeubles, des avions de combats, des hélicoptères d’attaques ... Selon David Cameron, « une mobilisation d’ampleur sans précédent en temps de paix ».

Puisqu’il faut une menace pour légitimer l’état de siège, le risque terroriste est évoqué jusqu’à plus soif. Les affects seront d’autant mieux gérés que la population aura tremblé au souvenir des attentats de 2005, et la télévision s’emploie à nous les rappeler. L’antiterrorisme comme les nouvelles politiques sécuritaires ont ceci de particulier qu’ils définissent la gravité des crimes par la peur et le choc qu’ils suscitent.

Afin de s’octroyer tous les droits, c’est de manière préventive que toutes les intentions potentiellement criminelles doivent être neutralisées par la police. Puisque comme le dit l’un des slogans de la police, il s’agit de lutter « ensemble pour un Londres plus sûr », il n’est plus question de parler de liberté quand on pacifie la ville. C’est dans cet esprit qu’un rapport du Ministère de l’Intérieur divulgué en 2009 suggérait de prendre exemple sur les systèmes de contrôle chinois et israéliens, y compris par la mise en place d’écoutes généralisées.

Pour justifier un pareil arsenal, la menace doit être à différents endroits, et les pouvoirs qui règnent en appelant à la lutte contre l’étranger se mobilisent aussi contre les menaces intérieures. Un an après les émeutes, le quartier populaire de Brixton est « en cours de domestication » selon le Guardian. Comment ne pas comprendre que c’est maintenant en Europe que les méthodes et les discours coloniaux sont réinvestis ? Ainsi, avant qu’elle ne se désiste faute de personnel et ne soit remplacée par l’armée, le quadrillage de la ville avait été initialement confié à l’entreprise G4S, connue pour son activité en Palestine et dans les prisons israéliennes.

Un réagencement de la ville est bien sûr au cœur de cette entreprise sécuritaire, guidé par un pouvoir politique qui, par la voix du maire de Londres, nous rappelle toutes les cinq minutes que des retards sont à prévoir dans les transports. Pour faire tolérer la réorganisation de la ville, le mythe de la responsabilité individuelle est fréquemment évoqué : sur une affiche du métro, des centaines de sujets s’entassent du côté ascendant de l’escalator, quand, de l’autre, un homme seul descend tranquillement. Un mensonge accompagne l’illustration : « Prendre un autre chemin peut vous faire gagner du temps. » En réalité, ceux qui n’ont pas les moyens de payer les cent vingt livres (environ cent cinquante euros) exigées pour circuler sur les voies routières décorées des anneaux olympiques n’y peuvent pas grand chose.

En plus de cette entreprise sécuritaire, ou du coût pharamineux de l’évènement (douze milliards de dépenses), beaucoup de signes nous permettent de déceler la main très visible du néo-libéralisme dans l’esprit des Jeux Olympiques. De nombreuses associations ont notamment dénoncé le choix des sponsors, tous plus immoraux les uns que les autres. Nous pouvons par exemple mentionner Dow Chemicals, fournisseur d’agent orange et de napalm aux Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam, et responsable de l’accident de l’usine de Bhopal en Inde en 1984, ou encore British Petroleum, responsable de la marée noire du Golfe du Mexique et impliqué dans l’exploitation de schistes bitumineux en Alaska. Aussi, le fait que la flamme fut portée jeudi dans les quartiers bourgeois de Kensington et Chelsea par Lakshmi Mittal, responsable de soixante-dix mille licenciements en tant que PDG d’Arcelormittal (et financeur d’une tour en métal présentée comme le symbole des J.O ...), en a édifié plus d’un quant au type de réussite prôné par le Comité Internationale Olympique.

L’événement est ainsi l’occasion d’une véritable offensive contre les classes populaires. A Clays Lane. c’est un quartier qui a été rasé pour laisser la place au village olympique. Les quatre cent cinquante habitants, en majorité des personnes pauvres partageant des maisons ou vivant dans des bungalows, n’ont reçu que huit mille cinq cent livres (moins de onze mille euros) de dédommagements en contrepartie de la destruction de leur logement et de l’expulsion de leur lieu de vie. A l’est de Londres, ce sont des habitants de la Fred Wigg Tower, s’opposant à ce que l’on installe des missiles sur le toit de leur immeuble qui ont été déboutés par la Haute Cour de Londres.

Depuis l’ouverture des Jeux, les média ont évoqué le cas de plusieurs dizaines de personnes ayant déjà subi l’activité de la « police totale », comme le Ministère de l’Intérieur désigne sa politique d’arrestations préventives et autre appels à la délation. D’abord, les services municipaux ont redoublé d’efforts pour effacer les tags des murs de la ville, et par conséquent la possibilité d’expression d’une partie de la population. Ensuite, une famille s’est vue refuser l’entrée à son domicile situé près du site olympique de Stratford, et la police a arrêté l’un des résidents qui avait tenté de rentrer chez lui malgré l’interdiction. Enfin, la gestion de population s’effectue par les enfermements et interdictions d’approcher les endroits où se tiennent les épreuves : Ce vendredi, pendant la cérémonie d’ouverture, près de cent cinquante cyclistes tentant de reconquérir la ville ont été arrêtés et placés en garde à vue pour avoir occupé … des pistes cyclables, récemment devenues les « voies olympiques » précédemment mentionnées. Pour justifier cette opération, la police a expliqué à l’agence de presse Reuters qu’elle « pensait que des personnes non contrôlées pourraient se joindre à la manifestation. » Près de deux cent personnes ont jusqu’alors été interdites de s’approcher des épreuves. Quant à elles, les femmes de ménage doivent payer sept cent euros pour être entassées dans un enclos, avec un dortoir pour dix personnes, un WC pour vingt-cinq, et une douche pour soixante-quinze.

Pour ce qui est des supposées valeurs éthiques du C.I.O, que certains commentateurs s’évertuent à opposer à l’Olympisme réellement existant, rappelons qu’en dépit des mythes, la charte olympique ne mentionne vaguement que le but « de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine. », … alors qu’elle établit au centimètre carré près la place octroyée aux sponsors. Pierre de Coubertin lui même expliquait avoir mis en place les Jeux Olympiques pour inculquer le culte de l’effort à une jeunesse qui risquerait de soutenir le Socialisme. Le baron maintes fois célébré pour son sens du fair play et du « progrès humain » se définissait par ailleurs comme un « colonialiste fanatique » et affirmait croire en l’inégalité des « races » et des sexes. Il est alors parfaitement logique qu’environ mille personnes, qui se retrouvent généralement dans les luttes contre le racisme et pour l’égalité, aient marché ce samedi dans les rues de Londres contre les Jeux Olympiques, en affirmant qu’ils sont tout sauf la fête populaire présentée par les média dominants.

Vivian Petit


Tony Blair, les marchés Olympiques et un aperçu d’une autre Grande-Bretagne

 
 
John PILGER

Voici l’histoire de deux lettres et de deux Grande-Bretagne. La première lettre fut rédigée par Sebastien Coe, ancien athlète qui siège au Comité Organisateur des Jeux Olympiques de Londres. On l’appelle Lord Coe à présent. Dans le quotidien The New Statesman du 21 juin, j’ai répercuté un appel urgent adressé à Coe par l’Union des Femmes du Vietnam lui demandant à lui et ses collègues du Comité de reconsidérer leur approbation de la candidature comme sponsor de Dow Chemical, une des entreprises qui fabriquaient la dioxine, un poison employé contre la population du Vietnam. Du nom de code « Produit Orange », cette arme de destruction massive fut « déversée » sur le Vietnam, selon un rapport du Sénat US de 1970, lors d’une opération appelée « Operation Hades ». Selon une estimation, il y a aujourd’hui 4,8 millions de victimes de l’Agent Orange, dont de nombreux enfants déformés de manière épouvantable.

Dans sa réponse, Coe décrit l’Agent Orange comme « un sujet extrêmement sensible » dont le développement et l’utilisation « par le gouvernement US (qui) a procédé à juste titre à l’examen des nombreux problèmes qui en ont résulté ». Il fait référence à un « dialogue constructif » entre les gouvernements US et Vietnamien « pour résoudre les problèmes ». Ils sont « les mieux placés pour aboutir à une réconciliation entre les deux pays. » Lorsque j’ai lu ça, je me suis souvenu des lettres de faux-cul dont le Foreign Office (Ministère des Relations Extérieures) à Londres s’est fait la spécialité en niant les crimes d’état et le pouvoir des entreprises, comme l’exportation lucrative de terribles armes. L’ancien chargé des affaires irakiennes, Mark Higson, a qualifié cet art du sophisme de « culture du mensonge ».

J’ai envoyé la lettre de Coe à un certain nombre d’autorités sur l’Agent Orange. Les réactions furent sans appel. « Il n’y a eu aucune initiative du gouvernement US concernant les effets sur la santé et l’économie des Vietnamiens touchés par la dioxine, » a écrit l’honorable avocat Constantine Kokkoris, qui a dirigé une action en justice contre Dow Chemical. Il a souligné que « des fabricants tels que Dow étaient conscients de la présence et de la dangerosité de la dioxine dans leur produit mais n’ont pas informé le gouvernement afin d’échapper à une réglementation. » Selon la War Legacies League, aucun des problèmes de santé, écologiques ou économiques provoqués par la guerre chimique la plus longue au monde n’a été traité par les Etats-Unis. Des agences non-gouvernementales n’ont aidé « qu’un petit nombre de ceux qui en avaient besoin ». Le « nettoyage » d’un « lieu hautement contaminé par la dioxine  » dans la ville de Da Nang, auquel Coe fait référence, n’est qu’une escroquerie ; aucun des fonds alloués par le Congrès US n’est parvenu directement aux Vietnamiens ou aux plus gravement atteints par les cancers provoqués par l’Agent Orange.

Pour cette raison, la mention par Coe d’une « réconciliation » est une insulte, comme s’il pouvait y avoir une équivalence entre une superpuissance envahisseur et ses victimes. Sa lettre est l’expression même des JO de Londres, un état totalitaire au sein d’un état, entouré de barbelés et alimenté par l’argent et des opérations de communication, où on entre – on n’aurait pas pu l’inventer – par un méga centre commercial. Comment osez-vous vous plaindre des missiles sur les toits de vos appartements, a lancé un élu à 86 habitants du quartier East End de Londres. Comment osez-vous protester contre les « couloirs de circulation privilégiés » qui rappellent Moscou de l’époque de l’Union Soviétique, réservés aux apparatchiks et les gars de chez Dow et Coke. Avec les médias chargés de toute l’excitation autour des JO, comme lors de l’opération « choc et effroi » en Irak en 2003, voici que surgit l’homme qui a joué un rôle clé dans les deux spectacles.

Le 11 juillet, une soi-disant soirée Olympique - « un rassemblement de la tribu Travailliste », a déclaré le dirigeant du Parti Travailliste Ed Milliband – a célébré son « invité vedette », Tony Blair, et son « cadeau » des JO en 2005 et «  a fourni l’occasion parfaite pour le retour de Blair sur l’avant-scène politique, » a écrit The Guardian. L’organisateur de la sauterie était Alistair Campbell, chef de la propagande autour du bain de sang que lui et Blair ont offert au peuple irakien. Et tout comme les victimes de Dow Chemical ne présentent aucun intérêt aux yeux des élites des JO, la criminalité incommensurable de l’invité d’honneur du Parti Travailliste fut passée sous silence.

La source de la sécurité chaotique des JO est elle aussi passée sous silence. Des études sérieuses en Grande-Bretagne ont depuis longtemps admis que ce sont les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak et tout le reste de la « guerre contre le terrorisme » qui ont alimenté le recrutement des djihadistes et encouragé d’autres formes de résistance qui ont directement abouti aux attentats du 7/7 à Londres. Ces bombes étaient celles de Blair. Dans le cadre de sa réhabilitation en cours, offerte par son « cadeau » des JO, il y a encore cet autre mensonge selon lequel l’énorme fortune accumulée par Blair depuis son départ du gouvernement serait consacrée à des œuvres de charité.

La deuxième lettre que j’ai mentionnée me fut envoyée par Josh Richards qui vit à Bristol. En mars 2003, Josh et quatre autres sont partis saboter un bombardier américain B-52 sur la base aérienne britannique de Fairford, Gloucestershire, pour l’empêcher de bombarder l’Irak. Quatre autres l’ont accompagné. C’était une action non-violente fidèle aux principes de Nuremberg selon lesquels une guerre d’agression constitue« le crime des crimes ». Josh fut arrêté est accusé d’avoir tenté de poser des bombes. « C’est le résultat de cette idée ridicule, » écrit-il, « qu’un pot de beurre de cacahuète que j’avais sur moi était en réalité le composant d’une bombe. L’accusation fut ensuite abandonnée après que le Ministère de la Défense ait effectué des tests exhaustifs sur mon beurre de cacahuètes croustillant de la marque Tesco. »

Après deux procès où les jurés n’ont pu se départager, Josh a finalement été acquitté. Ce fut un procès historique où il a parlé en plein tribunal de l’embargo génocidaire imposé à l’Irak par les gouvernements US et britannique avant leur invasion et les justifications mensongères de la « guerre contre le terrorisme ». Son acquittement signifia qu’il avait agit au nom de la loi et que son intention avait été de sauver des vies.

La lettre que Josh m’a écrite était accompagnée d’un exemplaire de mon livre, « The New Rulers of the World », dans lequel, a-t-il souligné, il avait trouvé les arguments pour sa défense. Avec ses pages cornées et des passages soulignés avec soin, le livre avait accompagné Josh au cours de son voyage de trois ans à travers les tribunaux et les prisons. De toutes les lettres que j’ai reçues, celle de Josh est un summum de pudeur, de modestie et de détermination au service d’une éthique qui représente une autre Grande-Bretagne et une antidote aux empoisonneurs sponsors des JO et aux réhabilitations des va-t-en guerre. Dans cette époque extraordinaire, un tel exemple devrait encourager et inspirer d’autres à reconquérir cette démocratie en recul.

John Pilger

http://johnpilger.com/articles/blair-olympic-deals-and-the-g...

Traduction "rien de tel que du pain et des jeux" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles



Edité par T 34 - 05 Aug 2012 à 16:08
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Économie touristique : des jeux mais pas de pain

Londres, envoyé spécial. Contrairement à ce qu’annonçait le premier ministre David Cameron, l’événement ne génère pas ou peu de recettes supplémentaires par rapport à un été normal.

Seize milliards d’euros de retombées économiques dont près de trois grâce à l’augmentation du tourisme : la promesse inconsidérée du premier ministre britannique, David Cameron, n’aura fait illusion que quelques jours. Les premiers chiffres le démontrent : l’affluence touristique n’est pas au rendez-vous. « Pour l’instant, le nombre de visiteurs est considérablement plus bas qu’il y a un an », a annoncé à l’AFP Tom Jenkins, directeur général de l’Association des voyagistes européens. « Londres compte habituellement environ 300 000 visiteurs étrangers et 800 000 Britanniques par jour en août. Cette fois-ci, on a implicitement demandé à ces gens de se tenir à l’écart et c’est ce qu’ils ont fait », a-t-il encore expliqué. Nous l’avions décrit en début de semaine : nombre de Londoniens ont bouclé leurs valises pour chercher la tranquillité à la campagne ou sur la côte. Il s’avère, de plus, que nombre de touristes étrangers potentiels ont préféré ne pas visiter la capitale anglaise au moment des Jeux. Le flux entrant des « olympiens » (500 000 détenteurs de billets pour les épreuves olympiques, dont une partie habite Londres) ne compense pas totalement les flux sortants et manquants.

Le train en hausse, l'avionn en baisse

Les grandes chaînes hôtelières, qui accueillent les délégations, ne s’en sortent pas trop mal mais sans plus. « En fait, nous constatons des réservations conformes à un bon été à Londres », a indiqué à l’AFP la direction du groupe InterContinental Hôtels. L’Eurostar affiche une hausse significative de son trafic (+15 %) mais l’aérien accuse un recul. Quant aux commerces, il suffit de poser la question à la volée dans quelques échoppes d’un quartier central de Londres pour s’attirer une moue dubitative ou une réponse en deux mots : so, so (couci-couça).

Promesses

Les organisateurs continuent de promettre des effets bénéfiques à long terme mais leurs espoirs semblent déjà douchés par cette prédiction de la banque Goldman Sachs: « Londres est déjà une ville renommée pour le tourisme et les investissements, donc les bénéfices à attendre de cette publicité pourraient bien être plus limités. » Une étude publiée la semaine dernière dans l’hebdomadaire The Observer montrait que la croissance du PIB des villes organisatrices s’affaissait durant les trimestres suivant l’organisation de l’événement par rapport aux trimestres précédents. Déjà en pleine récession, Londres a donc mangé son pain blanc olympique…

Tous nos articles conscarés aux jeux Olympiques  de Londres et aux dessous de Londres

Christophe Deroubaix

Source


J.O : oui, c’est « hénaurme » !

 
Bernard Gensane ironise sur les commentateurs sportifs (http://www.legrandsoir.info/du-francais-avance.html) :

« C’est énorme ! La victoire de Yannick Agniel est énorme ».

Et notre contributeur de supputer : « Le 200 mètres eût été remporté par un nageur étatsunien, nous aurions eu droit à « belle », « très belle victoire » de Smith ».

Eh bien vous le croirez si vous voulez, j’ai vu à la télé, un champion français qui venait (« énorme, génial », dément ! ») de remporter une médaille de bronze.

Classé troisième (excusez du peu !) dans une compétition in-ter-na-tio-na-le. Je n’ai pas su qui étaient les deux autres du trio qui s’apprêtait à monter sur le podium. La séquence s’est arrêtée là. L’essentiel avait sans doute été dit à un autre moment ; pas la peine de ressasser.

Et ça me rappelle la blague du jeune Toto disputant une course cycliste comptant deux coureurs. L’autre est Marius, du même bled que lui. Toto se fait battre. De retour chez ses parents, il dit :

- J’ai fini deuxième.

- Bravo ! Et Marius ?

- Oh, Marius, avant-dernier !

C’est hénaurme !

Théophraste R. (Chef du service : « Blagues de Toto » au GS).



Edité par T 34 - 07 Aug 2012 à 20:12
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Les enfants de la crise ont tenu leurs Jeux de l’austérité

Des jeunes ont organisé, avant 
les JO, leurs propres olympiades à Hackney Marshes, dans l’est de Londres, pour montrer non sans humour les difficultés quotidiennes auxquelles ils sont confrontés.

Envoyé spécial. Ce sont assurément les Jeux les plus improbables que le CIO ne reproduira jamais. En ce lundi préolympique ensoleillé, une centaine de jeunes Britanniques se sont affrontés lors des « Jeux de l’austérité », sur une belle pelouse d’Hackney Marshes, dans l’est de Londres. Ici point de comité olympique, mais quelques membres dévoués de Youth fight for jobs (La jeunesse en lutte pour le travail), et parmi les participants, des étudiants, des chômeurs, des syndicalistes, des militants de gauche. La foule est clairsemée mais acquise à la joyeuse ambiance. Pour Paul Callanan, responsable national de Youth fight for jobs, il s’agissait d’attirer l’attention « sur les difficultés rencontrées par les jeunes en cette période de crise, qui contraste avec le coût exorbitant des JO de Londres ». Au loin, un duo de policiers débonnaires surveillait l’événement, dont le Conseil d’Hackney avait interdit l’organisation.

Il était très amusant de voir les efforts de ces athlètes d’un jour, certes pas aussi rapides qu’Usain Bolt, et pour qui, pour certains, la pratique du sport s’était arrêtée à l’école. Dix épreuves leur étaient proposées, comme la « course vers le bas », « le parcours d’obstacles de la pauvreté », le « lever de poids de la dette », le « saut en longueur du chômage et de l’emploi » ou le « saut en hauteur de l’immobilier ». Si quelques-uns ont atteint la barre des revenus nécessaires pour louer un logement potable, d’autres ont bénéficié d’une échelle pour la franchir quand un ultime concurrent l’a enlevée pour accomplir son « jump » et l’a reposée délicatement après.

Steffan Bateman, dix-huit ans, étudiant en histoire dans un collège de Cardiff, en rit à gorge déployée. Lui est contraint de vivre chez sa mère, institutrice, depuis que le gouvernement du conservateur David Cameron a sabré les allocations d’aide à l’éducation (EMA). Son inscription à l’université lui en coûte 13 000 livres par an. « C’est de plus en plus difficile de vivre avec toutes ces coupes et tous ces frais. Le salaire de ma mère, fonctionnaire, est gelé. Je suis obligé de faire des extras dans des petits boulots, en ce moment dans un coffee shop. » Bien que la plupart des concurrents aient réussi à atteindre la distance du workfare (l’aide sociale) et quelques-uns à atteindre le niveau d’apprentissage, aucun n’a pu faire un saut assez loin pour trouver un emploi décent à leur sortie du système éducatif. Transposé au réel, c’est le cas de Jaime Davies, vingt-deux ans, originaire de Bristol, qui a dû quitter l’université parce que « c’est trop cher ». Ce fils d’ouvrier travaille actuellement à temps partiel dans un supermarché pour 6 livres de l’heure, le salaire minimum. « Je préfère avoir un job. Je ne fais pas de folies. Je réintégrerai l’université si je le peux plus tard », confie-t-il.

La dernière épreuve consistait à avaler une série de haies, un vrai parcours du combattant, où il fallait tout surmonter, les coupes dans les aides à la jeunesse, les 9 000 livres de frais universitaires, le logement inabordable et le chômage… Le vainqueur incontestable, qui a suscité l’hilarité générale, a été celui qui a sprinté tout droit en faisant tomber tous les obstacles. « Ce système est injuste, nous dit Jed Fewtrell, seize ans, de Tower Hamlets, bientôt étudiant en sciences politiques. Ma génération ne connaît que la crise. Tout est trop cher. La frontière est réelle entre riches et pauvres, entre la City qui est deux pas d’ici et l’est de Londres où nous sommes. »

Il y a eu quelques discussions pour l’attribution des médailles, notamment à l’issue de la course vers le bas : fallait-il remettre le métal en toc au premier ou au dernier ? Mais comme pour toutes les autres épreuves, chaque gagnant a eu droit, sur un podium improvisé à son or, son argent ou son bronze, de pacotille, et à des mots de réconfort et de lutte pour un avenir que tous souhaitent meilleur.

Bernard Duraud

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L’art de la guerre
 

Impérialisme olympien (Il Manifesto)

 
 
Manlio DINUCCI

Parmi les équipes présentes aux Jeux Olympiques de Londres, il y en a une, multinationale, formée de journalistes qui, entraînés par des coach politiques, excellent dans toutes les disciplines de la falsification. La médaille d’or revient aux Britanniques, premiers dans la discréditation des athlètes chinois, décrits comme des « embrouilleurs, farces de la nature, robots ».

Une seconde après que la nageuse Ye Shiwen a gagné, la BBC a insinué le doute du dopage. Le Mirror parle de « brutales fabriques d’entraînement », dans lesquelles les athlètes chinois sont « construits comme des automates » avec des techniques « aux limites de la torture », et d’ « athlètes génétiquement modifiés ». La médaille d’argent va au Sole 24 Ore [1] qui, par son envoyée Colledani, décrit ainsi les athlètes chinois : «  La même tête carrée, la même concentration militaire, photocopie les uns des autres, machines sans sourire, automates sans héroïsme », créés par une chaîne de montage qui « produit des gosses comme des boulons », en les obligeant au choix : « plutôt que la faim et la pauvreté, mieux vaut la discipline et le sport ».

Il y a à Londres une nostalgie des belles années d’antan, quand au 19ème siècle les Chinois étaient « scientifiquement » décrits comme « patients, mais paresseux et fripouilles » ; quand les impérialistes britanniques inondaient la Chine de leur opium, en la saignant à blanc et en l’asservissant ; quand, après que les autorités chinoises en avaient interdit l’usage, la Chine fut contrainte par la guerre à céder aux puissances étrangères (dont l’Italie) des parties de son propre territoire, définies comme « concessions » ; quand à l’entrée du parc Huangpu, dans la « concession » britannique à Shanghai, se trouvait le panneau « Entrée interdite aux chiens et aux chinois ».

Quand elle se fût libérée, en 1949, la nouvelle Chine, n’étant pas reconnue par les Usa et leurs alliés, fût de fait exclue des Jeux Olympiques auxquels elle ne pût participer qu’en 1984. Depuis lors ses succès sportifs sont allés crescendo. Ce n’est cependant pas cela qui préoccupe les puissances occidentales, mais le fait que la Chine est en train d’émerger comme puissance capable de défier la prédominance de l’Occident à l’échelle globale. Il est emblématique que même les uniformes de l’équipe étasunienne aux J.O. soient made in China. A partir de 2014 ne seront utilisés que ceux made in America, a promis le Comité olympique étasunien, organisation « no profit » financée par les multinationales. Qui, avec les miettes de ce qu’elles retirent de l’exploitation des ressources humaines et matérielles d’Asie, Afrique et Amérique Latine, financent le recrutement d’athlètes de ces régions pour les faire concourir sous la bannière étoilée. La Chine au contraire considère « le sport comme une guerre sans usage d’armes », accuse le Mirror. Ignorant que le drapeau olympique a été hissé par des militaires britanniques, qui ont utilisé leurs armes dans des guerres d’agression. La Chine est la dernière à avoir des « athlètes d’Etat », accuse Il Sole 24 Ore. Ignorant que, sur les 290 olympiens italiens, 183 sont des employés de l’état en habit de membres des forces armées, car celles-là seulement (par un choix politique précis) leur permettent de se consacrer à plein temps au sport. Une militarisation du sport, que le ministre Di Paola appelle «  binôme sport-vie militaire, fondé sur une éthique partagée, caractéristique de l’appartenance à un corps militaire comme à un groupe sportif ».

Alors ce n’est pas une guerre qui a eu lieu contre la Libye, mais un entraînement pour les Jeux Olympiques.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 7 août 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120807/manip2pg/14/manip2pz/326939/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Je n’ai pas retenu les noms des journalistes qui, ici, avec une rapidité olympienne, ont repris l’accusation de dopage contre la jeune nageuse chinoise alors qu’elle était encore sur le podium ; les media français se classent très bien aussi dans la course aux médailles de la falsification et du ragot les plus minables.

Mais du coup les jeunes athlètes chinois, qui classent leur pays en tête du palmarès général, échappent à la question redoutable de nos grands journalistes après chaque victoire française : ’Pouvez-vous nous décrire votre émotion ?’ : ’voilà’, ’génial’, ’que du bonheur’ ’j’ai tout donné’ et gratitude, lourdement suggérée par le journaliste, envers leurs parents, tellement peu discrets dans les gradins qu’il est impossible, de toutes façons, de les oublier.

On peut s’attendre au pire -de la part de nos media- si un athlète syrien monte sur un podium ; pourtant ’Ce serait formidable d’entendre l’hymne national syrien résonner à Londres, a raconté (sic) à l’AFP Ghofrane Mohammed, qui, à 23 ans, participe pour la première fois à des Jeux. Le monde entier saura que nous avons pu nous entraîner et participer malgré la crise’ (suite de l’article, modèle du genre, sur http://www.france24.com/fr/20120726-athletes-syriens-porte-drapeaux-regime-CIO-politique )

Sous réserve de confirmation, on verra sur http://www.ism-france.org/temoignages/Les-athletes-de-Palestine-aux-Jeux-Olympiques-2012-a-Londres-et-le-debut-des-effets-boycott-pour-ceux-de-l-entite-sioniste-article-17231 de quelle façon subtile se place le Qatar pour se classer avantageusement (et devant le Hamas) en Palestine occupée : ’Maher Abu Rmeileh (judo), Baha Alfarra (400m), Woroud Sawalha (800m), Sabine Hazboun (50m nage libre), et Ahmed Gebrel (50m nage libre) participent cette année au JO de Londres, après s’être entraînés à l’extérieur de leur pays occupé, dans des centres sportifs mis en place pour eux par le Comité olympique palestinien, répartis entre l’Espagne, le Qatar et l’Ouzbékistan’...

Sans commentaire.

m-a

[1] Organe de presse de Cofindustria, l’organisation du patronat italien, NdT.




Edité par T 34 - 13 Aug 2012 à 17:39
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Ça ce n'est pas du sport capitaliste !
 
 


Edité par T 34 - 19 Aug 2012 à 20:36
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 Aug 2012 à 18:52

Ce lundi dans l'Humanité : Les jeux au défi de l'esprit olympique

L’héritage olympique ? "Propagande d’État". Ni boom touristique ni "boost" économique. Pire : les lumières du stade olympique à peine éteintes, David Cameron envisage de réduire les moyens et d’enlever l’éducation physique du programme des élèves. De notre envoyé spécial.

Les Jeux de Londres sont terminés, les Londoniens peuvent revenir en ville. Ils n’ont pas entendu Jacques Rogge, président du CIO, dire qu’il s’agissait là de « très bons jeux Olympiques » mais ils le verront sur leurs feuilles d’impôts pendant quelques années. Si cette édition 2012 n’a pas souffert d’accrocs, il a fallu pour cela mobiliser 30 milliards d’euros (16 d’investissements en infrastructures et 14 pour le budget propre du comité d’organisation), dont 90 % relèvent des fonds publics. Un seul mot a servi à justifier auprès des citoyens l’accueil des JO par Londres pour la troisième fois en un siècle : « héritage » (« legacy », en anglais). C’est la nouvelle marotte du CIO depuis une quinzaine d’années. « Cela vous coûte des sommes folles mais l’événement vous laissera plein de choses… »

Simon Jenkins, chroniqueur à l’« Evening Standard », n’est pas acheteur : « L’héritage des Jeux, ça n’existe pas. C’est une fiction de l’imagination de ceux qui tentent désespérément de justifier le coût de l’accueil des Jeux. Il n’y a même pas matière à débat. Parler d’un héritage économique, “d’un stimulant publicitaire pour le tourisme” ou “de plus de contrats pour le business britannique” relève de la simple propagande d’État. » De toute façon, comme le souligne une étude de Goldman Sachs, déjà citée dans ces colonnes, « Londres est déjà une ville renommée pour le tourisme et les investissements, donc les bénéfices à attendre de cette publicité pourraient bien être plus limités ».

Même l’héritage sportif, le seul qui puisse sembler légitime, est menacé. Terminé le moment d’exposition « Londres 2012 », le gouvernement Cameron envisage de ratiboiser les moyens et de supprimer l’éducation physique à l’école. Dans une tribune publiée, vendredi dans le Times, Matthew Pinsent, quadruple champion olympique d’aviron, a mis garde : « Si nous nous y prenons bien, c’est le début de quelque chose. Sinon… », écrit-il, conseillant à ses compatriotes de regarder l’exemple du sport australien (58 médailles, dont 16 d’or à Sydney, 35, dont 7 d’or à Londres). Après la grande fête de Sydney, les fonds pour le sport ont été réduits. Selon l’Insee australien, loin du mythe d’une « grande nation de sportifs », 40 % des écoliers ne pratiquent aucun sport en dehors de l’école.

Plus direct, Fuzz Ahmed, entraîneur d’athlétisme, a fulminé : « Les sommes en jeu n’ont rien à voir avec celles d’un sous-marin. Vous préférez quoi : un sous-marin ou Chris Hoy (pistard, 6 médailles d’or olympique – NDLR) ? »

Source


Le retour allemand des sportifs olympiques français

 
 
Nos médaillés olympiques ont donc paradé sur les Champs-Élysées aux frais de leur sponsor (en bon français : parrain) Adidas. Les journalistes de nos chaînes de service public ont bien pris garde de ne jamais prononcer le nom d’Adidas alors que la marque s’étalait partout et tout le temps à l’écran.

Adidas n’a pas toujours appartenu à Bernard Tapie. La société fut fondée par deux frères, membres du parti nazi. Selon Wikipédia, les frères Adolf et Rudolf Dassler étaient propriétaires, chacun pour moitié, de l’entreprise Schuhfabrik Gebrueder Dassler (fabrique de chaussures des frères Dassler) à Herzogenaurach près de Nuremberg. Adolf (sic) créait les chaussures et organisait leur fabrication ; Rudolf les vendait dans tout le pays. Leur entreprise était florissante. Quand Hitler arrive au pouvoir, ils rejoignent le parti Nazi. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les frères Dassler furent mobilisés et obligés de s’éloigner de leur entreprise. Adi fournit les bottes de la Wehrmacht et Rudi fut soupçonné au moment où il fut fait prisonnier par les alliés, les Américains d’être un SS.

Sur les bus transportant les sportifs français, on pouvait lire le slogan d’Adidas : « Adidas is all in », qu’on peut traduire par « Adidas donne tout », ou encore « Adidas à fond la caisse ». Et en très grosses lettres, en étasunien globish immonde : « All bleus ».

Porté par l’ambiance, le jeune journaliste de France 2 évoqua « le retour des héros ». Des héros, moi je veux bien. Mais avaient-ils été plus ou moins héroïques que le groupe Manouchian ?

Théophraste R.
qui, décidément, dénigre tout.



Edité par T 34 - 15 Aug 2012 à 19:36
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Aug 2012 à 22:36

Quand France 2 relaie une opération de communication d’Adidas

 
 
SNJ-CGT

Le retour des athlètes français de Londres n’est pas passé inaperçu sur France 2. La chaine publique a été mobilisée toute la journée du lundi 13 août pour une opération inédite, avec envoyés spéciaux à la gare de Saint-Pancras à Londres, à la gare du Nord à Paris, sur les Champs-Elysées et, surtout, devant et dans la boutique d’un équipementier.

Non contente d’avoir, pendant 17 jours, distillé les commentaires les plus chauvins et, souvent, d’une grande vacuité, elle s’est prêtée à une vaste opération de communication d’Adidas : des bus à impériale aux couleurs de la marque, une descente des Champs-Elysées pour atteindre la boutique, une journaliste installée au milieu des rayons de la marque, des prises d’empreinte pour les médaillés (seulement eux) laissant apercevoir ostensiblement le nom de cette marque, le tout pendant une durée d’une heure.

Adidas peut dire merci à France 2. A moins que l’opération n’ait été rémunérée à la hauteur du temps qui lui était consacré.

Le SNJ-CGT condamne cette opération de communication déguisée pour la circonstance en opération d’hommage aux sportifs présents aux Jeux olympiques (et qui, médaillés ou pas, méritent des éloges appuyés dans le contexte de détérioration de la pratique du sport en France et de l’état de marchandisation du sport de haut niveau, aspects jamais évoqués au cours de l’édition spéciale du journal de 20 heures !).

La direction de la chaine et le directeur de l’information portent une lourde responsabilité dans ce glissement vers une télévision se détournant de sa stricte mission d’information pour aller de plus en plus vers une télévision de révérence, vis-à-vis de certains politiques et des puissances économiques.

Le SNJ-CGT attend avec impatience les réactions du CSA et du gouvernement, rappelant, pour une fois, le nécessaire respect des missions de service public à France Télévisions.

SNJ-CGT, Montreuil, le 16 août 2012

Patria socialismo o muerte

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Sous les Jeux la vérité d’une époque

 
Yann FIEVET
 
Autre époque : JO Mexico, 1968. Tommie Smith et John Carlos lèvent le poing...

Les Jeux de Londres sont morts, vivent les Jeux de Rio. À en croire la ferveur populaire mondialisée, il semble possible de continuer à considérer les Jeux Olympiques comme un grand moment de vérité pour le sport planétaire. Tous les quatre ans, inéluctablement l’on se retrouve sur un petit coin du globe afin de se mesurer, d’être le meilleur, d’établir un nouveau record. Plus loin, plus haut, plus fort proclamait la devise du père fondateur des Jeux de l’ère moderne, baron de son état. Pourtant, ici comme en maintes activités humaines dignes d’intérêt, derrière la scène fourmillent les coulisses, dissimulées au public ébahi par la fête et où s’épanouissent d’autres valeurs que la dérisoire beauté du sport. Le contexte d’une époque fournit le prétexte rarement avoué : hier le racisme, le colonialisme, le fascisme ou l’eugénisme ; aujourd’hui le Marché totalitaire et ses outrances politico-économiques. Et demain ?

Le citoyen avisé ne saurait se contenter à trop bon compte de la seule vérité du sport, vérité du reste passablement écornée ces temps derniers par les formes modernes de la stimulation des corps. Ainsi, il se demande, le citoyen pourvu d’un cerveau qui pense droit, comment ses congénères s’y sont pris pour faire du sinistre baron un humaniste auquel l’on fait religieusement la révérence tous les quatre ans. Alors, il creuse le citoyen amoureux tout à la fois de l’effort physique et de la vérité historique. Et il trouve de bien vilaines choses. Il trouve d’abord que Pierre de Coubertin était Président d’honneur du Comité international olympique quand celui-ci attribua à la République de Weimar le soin d’organiser les Jeux de 1936 à Berlin. Il découvre ensuite que c’est un dignitaire nazi, Karl Diem, qui inventa l’idée de la flamme parcourant la distance entre Olympie et le siège des joutes. Drôle d’héritage ! C’est aussi Pierre de Coubertin qui, lors de la cérémonie de clôture de ces « Jeux de la honte », déclara solennellement : « Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir. » Le culte que le baron voue à la force physique a des racines profondes bien moins anodines que « la glorieuse incertitude du sport ». Coubertin considérait le sport comme le meilleur moyen de préparer la jeunesse à la guerre : « Le jeune sportsman se sent évidemment mieux préparé à ‘partir’ (à la guerre) que ne le furent ses aînés. Et quand on est préparé à quelque chose, on le fait plus volontiers. »

Pis, Coubertin participa à la « philosophie de l’Homme nouveau » et des théories raciales de son époque. Ami du Docteur Alexis Carrel, fervent promoteur de l’eugénisme scientifique –également nommé viriculture en ces temps-là – et disciple de Francis Galton, cousin de Darwin, pour qui le modèle de l’élevage sélectif des animaux devait être appliqué à l’espèce humaine, Coubertin vit dans le sport un très utile moyen de soumission tout autant que d’embrigadement, un instrument efficace au service de l’ordre et de la discipline, à l’égard des indigènes. Ainsi son « projet de colonisation sportive »est on ne peut plus explicite : « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance. »

Il affirma au sommet de son ambition eugéniste : « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée, et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh ! bien, c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts. » L’humanisme de Coubertin est donc un mythe. Et le mythe devint mystification savamment entretenue d’olympiade en olympiade. Le 27 juillet 2012, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres l’actuel Président du CIO , Jacques Rogge, salua encore l’esprit de fraternité, de liberté et de tolérance de l’ambassadeur éminent de la « culture de la virilité ».

Aujourd’hui, les Jeux se déroulent dans un tout autre contexte, contexte offrant néanmoins de nouveaux prétextes à des pratiques très étrangères à la pratique du sport, fut-il de compétition. Le contexte est désormais celui de l’économie mondialisée où les acteurs dominants du Marché font la loi bien au-delà même des frontières d’une activité commerciale déjà outrancière. Les Jeux de Londres furent à cet égard un must. Pour pouvoir organiser les Jeux Olympiques, la Grande-Bretagne a cédé aux volontés exorbitantes du CIO. Pour défendre ses marques et ses droits d’auteur, mais aussi être en mesure de garantir de réelles exclusivités à ses généreux sponsors comme Coca-Cola, Mac Donald’s, Adidas, BP Oil ou Samsung, le CIO a obtenu du Parlement anglais le vote en 2006 d’un Olympics Game Act qui lui confère des pouvoirs immenses. L’Olympics Delivery Authority disposa ainsi d’une armada de 280 agents pour faire appliquer la réglementation en matière de commerce autour des 28 sites où se déroulèrent les épreuves. L’Olympics Game Act a mis en place une étonnante police du langage qui a pesé de tout son poids sur la liberté d’expression pendant la durée des Jeux. Ainsi, il fut interdit d’utiliser, modifier, détourner, connoter ou créer un néologisme à partir des termes appartenant au champ lexical des Jeux. Plusieurs commerces comme l’Olympic Kebab, l’Olymic Bar ou le London Olympus Hotel ont été sommés de changer de noms sous peine d’amendes. Il est difficile d’imaginer plus forte instrumentalisation d’une compétition sportive à des fins purement mercantiles. Comment les milliers de compétiteurs assument-ils un tel dévoiement de leur rôle ?

Il paraît que François Hollande souhaite poser la candidature de la France pour l’organisation des Jeux de 2024. Devra-t-il lui aussi pour l’emporter saluer la mémoire de l’abject Coubertin ? Cédera-t-il au CIO certains pouvoirs régaliens de l’État comme l’a fait la Grande-Bretagne ? À quelles nouvelles exigences du CIO donnera-t-il satisfaction ? Un homme de Gauche n’a-t-il pas mieux à faire pour défendre les valeurs auxquelles il prétend croire encore ? Faites vos jeux !

Yann Fiévet


Les petites mains du systeme

 
 
Robert GIL

L’événement sportif de l’été c’était les jeux olympiques. Londres a vécu au rythme des exploits sportifs des athlètes du monde entier et toutes les personnalités sont venues se faire voir dans la capitale anglaise qui pour l’occasion était sécurisée et policée à l’extrême : une caméra pour 16 personnes, un agent de sécurité pour 4 athlètes, 40.000 militaires et policiers, la défense aérienne et maritime sur le pied de guerre avec un navire de guerre ancré sur la Tamise et des hélicoptères de combat prêts à intervenir, sans oublier bien sur des milices olympiques qui veillent au respect des droits labellisés JO, biseness is biseness !

Londres a aussi offert une image clean, comme virtuelle et pour cela, comme pour tous les grands événements, on a nettoyé la ville de ses pauvres, de ses SDF, de ses mendiants, rien ne doit venir ternir la fête ! Mais il y a une catégorie dont ce genre d’événement ne peut pas se passer : les bénévoles. Pour réussir cette mascarade ils étaient 70 000 et rien que pour la cérémonie d’ouverture, qui a couté 38 millions d’euros, il en a fallu 10 000 ! De l’argent il y en a, mais comme d’habitude il n’est pas pour tout le monde !

Les JO sont-ils l’aboutissement de la pensée capitaliste ? Le budget initial a été multiplié par cinq, et ce sont les contribuables du Royaume-Uni qui vont payer la note. Les économistes savent que ces JO ne rapporteront rien et ne produiront aucune richesse pour la société. Au final l’argent dépensé aurait permis de fournir des emplois dignes de ce nom pour 4 millions de personnes. Pendant que les multinationales faisaient leur pub et négociaient des contrats, que l’on discutait cachets et commissions et que l’opulence des cérémonies et des réceptions VIP comblait une petite classe, des dizaines de milliers de bénévoles s’activaient dans l’ombre. Pouvoir faire tourner le système, avec des petites mains que l’on n’a pas à payer, faire travailler les gens gratuitement, c’est le stade final du capitalisme. Peut-être que dans un proche avenir il faudra même payer pour être bénévole, on n’arrête pas le progrès, le capitalisme peut toujours s’améliorer !

Dans le monde sportif, artistique ou industriel il faut des petites mains pour faire tourner « la machine », ces petites mains sont indispensables, sans elles rien ne serait possible, et pourtant on les cache, on les minimalise, on les dévalorise et souvent on les méprise. Il ne faut surtout pas qu’elles se rendent compte qu’elles sont la base du système. Bien, l’on va me dire qu’il faut aussi des athlètes, des artistes ou des « patrons », bien sûr bien sûr, mais il est plus facile de trouver parmi les « petites mains » des gens qui tapent dans un ballon, courent, jouent la comédie ou managent une entreprise que de voir un professionnel du sport, du cinéma ou un PDG du CAC40 travailler sur un chantier, nettoyer des bureaux ou vider des poubelles ! Alors, oui, l’on a besoin de tout le monde, mais chacun est interdépendant des autres, et rien ne justifie les écarts de revenus auquel on assiste, des variations de 1 à 3 ou 1 à 5 ne seraient-elles pas amplement suffisantes ?

Enfin quant à la « propreté des jeux », Jacques Soppelsa, professeur de géopolitique à la Sorbonne, écrit dans un article publié dans « Le Monde » que ces jeux de Londres sont ceux du crime organisé autour des paris truqués, de la vente de billets et de produits dopants et de tractations frauduleuses entre partenaires de l’olympisme. Les Jeux sont un eldorado pour le capitalisme prédateur, mais aussi pour les mafias. Le CIO est parfaitement au courant de ces pratiques. En ce sens, il y participe.

Bref, ces Jeux démontrent que le sport est en collusion directe avec le capital transnational, dont la seule ambition est le profit, et ne pas sous estimer le message délivré par un représentant du gouvernement anglais : « les jeunes aiment le bénévolat, les JO sont une réussite et démontrent que pour y arriver, il faut travailler dur ». Amen, la messe est dite !


Sur Conscience Citoyenne Responsable


http://2ccr.unblog.fr/2012/09/04/les-petites-mains-du-system...



Edité par T 34 - 05 Sep 2012 à 17:37
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Dopage : Lance Amstrong radié à vie du cyclisme professionnel

L'Usada, l'agence américaine antidopage a décidé de retirer à Lance Amstrong, cycliste emblématique de toute une génération, ses sept titres du Tour de France et de l'exclure à vie des compétitions professionnelles. Le cycliste américain a décidé de ne pas faire appel de cette décision.

Sportif hors normes, symbole du perfectionnisme, du volontarisme et de l'exigence, Lance Amstrong a finalement perdu son combat contre L'Usada. L'agence américaine contre le dopage a finalement choisi de retirer au sportif tous ses résultats  depuis le 1er août 1998, ce qui inclus sept titres du Tour de France, et de le radier à vie du cyclisme professionnel. Le directeur général de l'Usada, Travis Tygart, a déclaré jeudi soir : "C'est un triste jour pour tous ceux d'entre nous qui aimons le sport et nos athlètes". Pour M. Tygart "il s'agit d'un exemple poignant de la manière dont la culture du gagner-à-tout-prix peut, si elle n'est pas contrôlée, submerger la compétition juste, sûre et honnête, mais pour les athlètes sains, c'est un rappel rassurant qu'il y a un espoir pour les générations futures de concourir sans l'usage de drogues qui améliorent les performances".

Le sportif mis en cause a déclaré sur son compte twitter qu'il renonçait à sa lutte contre l'Usada par lassitude et parce qu'il voulait se consacrer pleinement à sa Fondation, la "Lance Amstrong Fondation", qui accompagne et aide les personnes touchées par le cancer. Le président de l'Agence mondiale antidopage (AMA), John Fahey, a déploré que le sportif ne s'explique pas publiquement sur sa décision d'abandonner le combat :"J'aurais aimé que les accusations, les insinuations, les rumeurs qui courent depuis des années soient examinées par un tribunal en audience publique dans le cadre d'une procédure juste, quelle qu'en soit l'issue, pour que le monde entier connaisse les faits".

"Je suis surtout désolé pour le Tour de France, le cyclisme, notre sport"

Laurent Jalabert, sélectionneur de l'équipe de France de cyclisme, a déclaré aux micros de RTL sa déception pour le cyclisme professionnel " c'est un sport qui en prend plein la figure depuis longtemps et forcément c'est de la tristesse, c'est de la colère aussi, parce qu'on aurait aimé que ça n'arrive pas. Mais bon, on se dit que quelque part la justice existe, ma foi, si Armstrong est suspendu de ses titres, c'est probablement qu'il y a des raisons pour cela (...) Je suis désolé, oui forcément, on peut lui en vouloir quand même, ce n'est pas une bonne nouvelle ". Malgré tout, l'ancien cycliste professionnel rend un hommage appuyé à Lance Amstrong " Je suis persuadé que c'est un immense champion. Il a rendu ce sport populaire au-delà de l'Europe. Il a eu beaucoup de succès, beaucoup de talent et aussi une façon de pratiquer son sport qui n'a pas plu à tout le monde. Il y avait ceux qui l'adoraient et ceux qui le détestaient parce qu'il était arrogant, parce qu'il aimait gagner en écrasant ses adversaires et du coup je pense que cette nouvelle fera plaisir à certains, moi je suis un peu partagé."

Bernard Thévenet, ancien vainqueur du Tour de France en 1977 et 1975, a déclaré sur la même antenne : "C'est une très mauvaise nouvelle pour le cyclisme, c'est encore une fois un problème de ces fameuses années fin 90-début 2000, moi cela dit, si Armstrong a triché, c'est tout à fait normal qu'il soit sanctionné. C'est un message qui est très fort, on a pensé pendant très longtemps que c'était un personnage avec des avocats très puissants autour de lui (...) C'est sûr que si l'UCI suit l'USADA c'est vraiment un message très fort envers les cyclistes et ceux qui les entourent et qui seraient tentés de tricher. Pour ceux qui n'auraient pas encore compris que la répression est sévère et va être encore plus sévère c'est que vraiment ils ne lisent pas les journaux."

Lance Amstrong, ancien champion du monde en 1993 à Oslo, avait marqué de son empreinte le Tour de France en remportant sept victoires finales entre 1999 et 2005.

Á noter : Il reste une question en suspens quant à la possibilité pour l'Usada de retirer les titres obtenus à l'étranger par Lance Amstrong. Théoriquement, L' Union Cycliste Internationale (UCI) est la seule organisation qui détient le pouvoir juridique d'appliquer ces sanctions. Osera-t-elle désavouer l'Usada ? Autre élément, en cas de sanction avérée de lance Amstrong, le palmarés devra être modifié. Problème, les prétendants aux titres pour les différents Tour de France de 1999 à 2005 sont tous de près ou de loin, touchés par des affaires de dopage.

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Cyclisme et dopage : le système Ferrari mis à jour

La Gazzetta Dello Sport vient de révéler les rouages du système mis en place par le docteur italien Michele Ferrari. Un vaste système de comptes bancaires en Suisse, de faux contrats et d'évasion fiscale pour financer le dopage... Par Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l'Humanité.

L'Espagne avait l'affaire Puerto, une vaste organisation de dopage autour du tristement célèbre docteur Fuentes. L'Italie découvre (sans vraiment le découvrir d'ailleurs) le système Ferrari. Déjà abondamment cité dans le rapport de l'USADA sur Lance Armstrong, le médecin italien de 59 ans a pendant des années régné sur un réseau à grande échelle de dopage: voilà ce que vient de révéler la Gazzetta dello Sport, jeudi 18 octobre, en s'appuyant sur l'enquête judiciaire de Padoue mené depuis 2 ans. Les juges ont carrément démasqué une entreprise qui pesait "un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros", impliquant, tenez-vous bien, vingt équipes professionnelles entre 2008 et 2011... Michele Ferrari est ainsi poursuivi pour "association pour contrebande", "vente et administration de produits dopants", "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale". N'en jetez plus!

Ce n'est pas tout. Les enquêteurs ont également retrouvé des comptes bancaires ouverts avec les noms des cyclistes suivants: Michele Scarponi (vainqueur du Tour d'Italie 2011 suite au déclassement d'Alberto Contador), Denis Menchov, Alexander Kolobnev, Vladimir Gusev, Vladimir Karpets, Mikhail Ignatiev, Eugeni Petrov et Alberto Ongarato. Si l'on en croit la Gazetta, Michele Ferrari offrait à ses clients sportifs "un service complet (...) avec l'assistance pour les contrats, la préparation physique et médicale, l'assistance juridique" en cas de contrôle positif ou de procédure disciplinaire. En fait, des faux contrats d'image permettaient notamment l'évasion fiscale et la dissimulation des sommes utilisées pour le dopage. Le quotidien sportif italien explique: «Avec l'aide de son fils Stefano et Scimone (agent sportif), il poussait les coureurs à acheter des produits interdits (dont l'EPO) et à adopter des procédés interdits pour influencer leur rendement sportif.»

Mais voici donc l'information la plus effarante de toutes peut-être: sur quatre saisons (entre 2008 et 2011), vingt équipes professionnelles (vous avez bien lu, vingt!) auraient utilisé le système des faux contrats d'image et profiter des possibilités d'évasion fiscale. La liste fait froid dans le dos: Liquigas, Lampre, Colnago, Geox, Androni, Katusha, Quick Step, Farnese Vini, Acqua-Sapone, Astana, RadioShack, Vacansoleil, ISD, CSF, LPR, Diquigiovanni, Tinkoff, Rabobank, Gerolsteiner et Milram. Autrement dit, l'essentiel du peloton professionnel, à l'exception de quelques rares formations étrangères et bien sûr de toutes les équipes françaises, ce qui ne nous étonne pas. Remarquons au passage que les années citées par la Gazetta, 2008-2011, ne concernent absolument pas la période la plus terrible en matière de dopage, que l'on situera entre 1996 et 2006.
Le coup de tonnerre est considérable. Et le constat pour le moins accablant... Dans la foulée de "l'affaire Armstrong", ces nouvelles révélations sonnent le glas du cyclisme tel qu'il est, n'en doutons pas.

Première conséquence de taille: ce vendredi 19 octobre, la banque néerlandaise Rabobank, l'un des plus gros sponsors du cyclisme professionnel (présent depuis 1996), a annoncé officiellement qu'elle décidait de quitter prochainement le peloton. Les explications de Bert Bruggink laisse peu de place au doute: "Nous ne sommes plus convaincus que le cyclisme professionnel international est en mesure de faire du cyclisme un sport propre et juste", a déclaré le directeur financier de la banque. Sans commentaire.

Qu'ils se rassurent, les coureurs concernés, du moins ceux qui ne seront pas d'ici là rattrapés par la patrouille ou la justice sportive et pénale, ne seront pas lâchés dans la nature au 31 décembre prochain. En 2010, le groupe de banque et d'assurance néerlandais avait prolongé son contrat jusqu'en 2016. Il n'ira pas jusque-là, mais payera encore son dû en 2013. Ainsi, la formation World Tour s'alignera avec des maillots blancs, puisque Skoda, le co-sponsor, stoppe lui aussi son partenariat.

Des maillots blancs pour un cyclisme plus blanc? Franchement, doit-on se permettre de rêver encore...

Jean-Emmanuel Ducoin

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Enfin, la roue tourne, l'éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin

Célébré par Bush et Sarkozy, Armstrong fut le symbole du catéchisme marchand.

«Armstrong n’a aucune place dans le cyclisme. Il mérite d’être oublié. » En entendant ces mots, hier, dans la bouche du président de l’Union cycliste internationale, Pat McQuaid, il nous fallut un long moment d’introspection pour mesurer à sa juste valeur le poids des années endurées comme l’ampleur du cataclysme annoncé. Comprendre ne va jamais sans tremblements, surtout quand il s’agit du plus grand scandale du sport moderne. Depuis la lecture du rapport de l’agence antidopage américaine (Usada) et ce qu’elle appelle « une conspiration du dopage le plus sophistiqué jamais révélé dans l’histoire », il ne pouvait en être autrement. Exit l’ex-idole de juillet. Enfin !

Acteur cynique d’une époque née de la métamorphose des corps par le sang et la génétique, Lance Armstrong avait mis en place « un système mafieux » pour « assurer le secret » sur une organisation gigantesque, au service d’une icône incomparable et inégalée. Souvenons-nous. Armstrong n’était qu’un revenant de la maladie et cette particularité, rare dans un sport aussi impitoyable avec les organismes, lui offrait du crédit et de la compassion. Le caractère de l’homme importait plus que ses capacités. « Chaque jour qui passe est un jour gagné sur la vie », disait-il aux cancéreux. Et aux spécialistes du vélo, il confessait : « Ma course contre le temps m’a fait comprendre qu’on ne peut pas gagner le Tour tant qu’on n’est pas un homme. » Nous étions sommés de le croire. Et pour cause. Aux lisières du mystère de la fabrication des performances, déjà elles-mêmes aux extrémités de ce qui est moralement acceptable d’entreprendre, Armstrong n’avait rien d’autre à perdre « que la vie ». Sujet délicat s’il en est. Car suspecter un individu sauvé d’un cancer si grave que beaucoup l’avaient condamné avant l’heure relevait alors de l’impossible. Il avait vaincu la maladie. Que ne pouvait-il vaincre ? Sauf à oublier qu’entre-temps un mutant de la biochimie avait pris la place d’un « simple » sportif, qu’il avait laissé sous lui un corps sans vie, duquel il se vengeait. Le roman était en place. Un roman noir.

Avec la « globalisation Armstrong », un décalage a fini par se creuser entre les coureurs, mutés en figurines de jeux vidéo, et le public, fidèle à l’heure de célébrer sur le bord de la route la mémoire de sa propre histoire. Le Tour de France s’est défait de son caractère onirique pour se convertir en machine à spectacle où l’on peut lire l’essence générale du sport : un modèle réduit de l’ultralibéralisme. Célébré par Bush et Sarkozy, par CNN et les télévangélistes, par Nike et Drucker, Armstrong fut le symbole du catéchisme marchand. Non seulement il a triché avec un mépris sans bornes, mais il a versé le mythe du maillot jaune dans celui de l’american way of life revisité pour les besoins de l’époque, la gloire, le fric, le consumérisme, le pouvoir. L’exigence de crédibilité du modèle Armstrong n’était qu’une condition subjective de la confiance commerciale qui reposait sur ses épaules.

Comment ne pas croire que quelque chose nous a trahis, dont le dopage sous toutes ses formes ne serait qu’un des avatars ? En danger de mort, le cyclisme vit la crise la plus sérieuse de son histoire. Mais il ne s’en sortira pas sans un moratoire global sur toutes ses activités, sans des états généraux débouchant sur une vélorution et, surtout, sans éliminer tous ceux qui, de près ou de loin, à l’UCI, dans les équipes et ailleurs, ont collaboré aux années de plomb. Deux écueils nous guettent : croire que l’on peut tout changer et croire que l’on ne peut rien faire. Le cyclisme reste une belle métaphore. À condition de ne pas sombrer dans la désespérance.

par Jean-Emmanuel Ducoin

Source


Armstrong, la chute d'un Parrain

Le coureur cycliste, accusé d'avoir pris la tête d'un programme de dopage ultra-sophistiqué, a été déchu de ses sept victoires dans le Tour de France. La décision de l'Union Cycliste Internationale ouvre une période d'incertitudes dans le vélo. D'autant qu'après l’Affaire, les affaires continuent. Procès Puerto en Espagne, scandale de Padoue en Italie, le vélo s’attend au pire.

Avec le dénouement de l’affaire Armstrong, beaucoup aimeraient que l’on ne pense dorénavant qu’à l’avenir, tel Javier Guillen, l’organisateur du Tour d’Espagne : « Cette affaire appartient déjà au cyclisme du passé. » Mais voilà, l’avenir passe aussi par d’autres affaires actuelles, tout aussi graves. Notamment celle de dopage sanguin Puerto, qui livrera son verdict au début de l’année 2013 devant la justice espagnole, mais aussi et surtout les toutes récentes révélations de la justice italienne sur le système (de dopage, blanchiment d’argent et autres fraudes fiscales) mis au point par le très sulfureux docteur italien Michele Ferrari, et qui concerne une vingtaine d’équipe professionnelles. « Une étape a été franchie, mais le ménage ne doit pas s’arrêter, sinon dans dix ans, on se retrouvera dans la même situation », juge ainsi Marc Madiot, le manager de l’équipe Fdj.com. 

L’agence antidopage américaine (Usada), tout en se félicitant de la décision de l’UCI, réclame, quant à elle, la création d’une commission indépendante sur le dopage, faisant peu de cas du rôle de l’Agence mondiale antidopage : « Il est important de se souvenir que si aujourd’hui est un jour historique pour le sport propre, cela ne garantit pas que le sport le sera à l’avenir. Seule une commission vérité et réconciliation indépendante pourrait guider le cyclisme vers de réelles réformes. » Quant à l’avenir d’Armstrong, il va rapidement passer par un volet juridique et financier important. Le Texan, qui perd ses sponsors les uns après les autres – les lunettes Oakley, hier –, va devoir faire face à des demandes de remboursement diverses et variées. L’idole déchue pourrait ainsi rembourser les 7,5 millions de dollars (5,8 millions d’euros) gagnés en 2006 après un long bras de fer judiciaire avec l’assureur SCA Promotions, auprès duquel il avait misé sur ses victoires dans le Tour. Bref, sa chute sportive achevée, la dégringolade financière ne fait que commencer. Elle est globalement chiffrée à plus d’une centaine de millions d’euros.

Eric serres

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33 vainqueurs du Tour de France et le dopage

 
 
En illustration : Ferdi Kübler, plutôt mal en point (trop dopé ou pas assez).

Les lecteurs du Grand Soir ont enfin un point commun avec l’ami de George Bush Lance Armstrong : ils n’ont pas gagné le Tour de France. À l’occasion de la sanction sans précédent infligée au coureur étatsunien, Le Grand Soir reprend une note de lecture publiée récemment par Bernard Gensane sur son blog, consacrée au livre de Jean-Pierre Mondenard : Tour de France, 33 vainqueurs face au dopage entre 1947 et 2010. Paris : Hugo et Compagnie, 2011.

LGS

À juste titre, Mondenard part du principe que le dopage est un phénomène culturel. Il s’est en effet passé quelque chose d’assez étrange durant la seconde moitié du XIXe siècle : lorsque les Britanniques (principalement) ont entrepris de réglementer les principaux sports, ils les ont humanisés. Ainsi, le football serait pratiqué sur des terrains de 100 mètres de long et non plus dans telle ou telle pâture longue de 2 miles. Les matchs dureraient 90 minutes et pas tout l’après-midi. Les boxeurs combattraient avec des gants dans 15 épisodes de 3 minutes et non pas à poings nus jusqu’à ce que l’un des deux protagonistes s’écroule à moitié mort. Concernant le cyclisme, la démarche fut exactement l’inverse. Sur piste, on inventa des courses de six jours quasiment sans interruption, et sur route, on concocta, avant même l’apparition du Tour de France, des épreuves de 1000 kilomètres sans étapes pour des bougres qui roulaient à 25 km/h de moyenne. Il était impossible à ces sportifs d’accomplir ces exploits sans se doper. On achevait bien les chevaux, mais pas ces malheureux qui se bourraient d’alcool, de quinine, de strychnine et qui souffraient d’hallucinations plus graves que celles des consommateurs de LSD. Pour aider ces « forcenés » (http://www.legrandsoir.info/Philippe-Bordas-Forcenes-Paris-F...) à aller toujours plus vite sans se tuer, une catégorie de personnages douteux se rendit indispensable aux abords des pelotons : les soigneurs. Ces faiseurs de miracles n’avaient aucune connaissance en médecine, mais ils prétendaient posséder des dons de sorcier. Bernard Vallet (équipier de Bernard Hinault) eu recours à un professeur de carrosserie, Sean Kelly à un représentant en vins, Richard Virenque à un chauffeur d’autocar, Hinault à un pâtissier et Anquetil (http://bernard-gensane.over-blog.com/article-note-de-lecture...) à un chauffeur de direction.

Les coureurs, explique l’auteur, sont à la fois conscients et inconscients des dangers qu’ils encourent : « Le mot santé est un mot qui n’apparaît pas dans le dictionnaire d’un adulte de 25 ans, notamment s’il est sportif. […] À 25 ans, et face à un podium du Tour de France, la mort ne veut rien dire, la plupart du temps, le sportif ne l’a pas encore rentrée autour de lui, il s’imagine éternel. […] la santé est un mot creux. Avec des contrats de plusieurs millions d’euros à la clé, la mort ne signifie rien. »

Alors entre 1966 (date des premiers contrôles systématiques) et 2010, 76% des trois premiers au classement du Tour de France furent impliqués dans des cas de dopage, au cours du Tour ou dans d’autres épreuves. Le dopage est, en l’état des choses, une nécessité. On ne peut accomplir 30 000 kilomètres par an pendant dix ans au meilleur niveau sans “ aide ”. Mais le dopage ne bouleverse pas les classements. Si Armstrong ne s’était jamais dopé, il n’aurait pas gagné sept Tours de France mais il aurait néanmoins figuré parmi les meilleurs. En 1957, Anquetil posa fort bien le problème : «  le dopage aux amphétamines change un cheval de labour en pur-sang d’un jour. » D’un jour, seulement. Dopé, un coureur moyen pourra faire illusion une fois ou deux dans l’année, mais il n’écrasera pas les autres, d’autant que ces mêmes autres (76% au moins) se dopent eux aussi. Cela dit, les produits dopants ont une réelle incidence sur les performances. Au début des années soixante, Anquetil et Ercole Baldini, qui étaient à l’époque les deux meilleurs coureurs contre la montre (Roger Rivière avait chuté dans la descente d’un col parce que, fortement dopé, il avait perdu une bonne partie de ses réflexes ; il était donc perdu pour le cyclisme), décidèrent, pour voir, de courir le Grand Prix de Forli sans se “ charger ”. Ils remportèrent les deux premières place d’extrême justesse à une moyenne inférieure de trois kilomètres par rapport à leurs performances des années précédentes, ce qui n’était pas négligeable pour un parcours de 80 kilomètres.

En 1966, 52% des premiers contrôlés du Tour de France sont dopés. En 1997 (un an avant le scandale Festina), 80% sont positifs aux corticoïdes. En 1947, Jean Robic, le vainqueur, se dope au Byrrh, au Calvados et à diverses solutions camphrées. Le grand Bartali, qui aurait gagné 10 Tours sans la guerre, dit s’être dopé une fois « pour essayer ». Il était tellement pieux qu’on peut le croire. Coppi, le champion des champions, carburait aux amphétamines, ce qu’il appelait ses « fortifiants ». Son cœur battait à 40 pulsations à la minute, sa capacité respiratoire était de 7 litres, il avait des fémurs anormalement longs, il avait un sens de la course exceptionnel : même sans dopage, il eût été le meilleur.

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Ferdi Kübler, plutôt mal en point (trop dopé ou pas assez)

Le Suisse Ferdi Kübler, mort à 92 ans (un âge rare dans le milieu) était allé au bout du dopage : « Ferdi trop chargé, Ferdi va exploser !  » On a une photo de lui les ailes du nez pincées, une écume blanchâtre aux lèvres, les pupilles dilatées cachées par d’épaisses lunettes noires. Il avait dû souffrir, le malheureux. Son compatriote, le “ pédaleur de charme ” Huko Koblet avoua avoir perdu dix années de carrière à cause de ses pratiques de dopage. Il mourut dans un accident de voiture à l’âge de 39 ans. La route était droite. Il s’est peut-être suicidé.

Louison Bobet : appliqué, très consciencieux, très courageux. Bobet et son petit bidon magique à base de quiquina et de cola. Bobet et son “ ozoniseur ” qui lui irritait les voies respiratoires. Bobet qui mangeait trop de viande, ce qui lui donnait des furoncles mal placés qui le faisaient atrocement souffrir. Bobet qui mourut d’un cancer à 58 ans.

Jacques Anquetil. Le spécialiste du refus des contrôles qui ne furent systématisés qu’après sa dernière victoire dans le Tour. Il ingurgita quantités d’amphétamines. De Gaulle le décora de la Légion d’honneur, tout en sachant qu’il était dopé. En 1967, son record de l’heure ne fut pas homologué. Il mourut à 54 ans de deux cancers, après avoir horriblement souffert (« chaque jour, je monte deux Puy-de-Dôme », avait-il confessé à Poulidor peu de temps avant de mourir).

Charly Gaul fut peut-être le meilleur grimpeur du XXe siècle. Il adorait le temps froid et détestait la chaleur. Forcément : les amphétamines provoquent de l’hyperthermie. Plusieurs coureurs, dont Tom Simpson moururent en course par temps chaud, chargés comme des mules. Mais bien qu’amphétaminé, Gaul restait un humain. Dans les cols, il roulait à 65 tours de pédale par minute. Indurain atteindra 90, tout comme Armstrong. Gaul finit sa vie en ermite dans une forêt du Luxembourg.

Gastone Nencini mourut à 50 ans. Il fumait comme un pompier et était morphinomane. C’est lui, également, qui introduisit les perfusions d’hormones mâles dans le peloton. Un vrai cobaye. Avec lui, on ne posa plus la question « où commence le dopage ? » mais « où finira le dopage ? »

Jan Janssen gagna le Tour en 1968. Dans la dernière étape. Un contre la montre, une discipline où il était plus que moyen. Honni soit qui mal y pensa.

Eddie Merckx. Le plus grand. 600 victoires sur 1 800 courses. Il fut exclu du Tour d’Italie pour dopage. Incrimina son médecin. Fut soupçonné d’avoir pris du Stimul, une amphétamine qui constituait le sujet de thèse de médecine de son frère ! Son grand rival, Luis Ocaña, carbura lui aussi aux amphétamines. Atteint d’un cancer du foie, il se suicida par arme à feu à 48 ans. Son contemporain Bernard Thévenet avoua s’être dopé à la cortisone pendant trois ans. Lorsqu’il gagna le Tour avec l’équipe Peugeot, lui et ses équipiers ingurgitaient 30 cachets divers et variés par jour !

En 1980, Bernard Hinault, véritable surhomme des pelotons (34 pulsations minute, 7,5 litres de capacité pulmonaire), se fit infiltrer de la cortisone à cause d’une tendinite. Ce qui, à terme, l’affaiblit.

Joop Zoetemelk fut, semble-t-il le seul vainqueur du Tour unanimement défendu par ses pairs. Il fut victime en 1977 d’un bidon d’anabolisants ingurgité à l’insu de son plein gré. Laurent Fignon fut déclaré positif aux amphétamines en juin 1986. Son entraîneur Cyrille Guimard parla d’une « machination ». En 1981, Greg Le Mond refusa de rejoindre l’équipe Peugeot, à ses yeux trop laxiste en matière de dopage. Le Mond, qui n’eut pas recours au dopage, eut tout d’abord un discours assez ambigu par rapport à la pratique (« le cyclisme est aussi propre que possible »), avant de se déchaîner contre Armstrong et Contador. Quant à Stephen Roche, il fut l’un des premiers à bénéficier des bienfaits de l’EPO, cette substance miracle qui peut augmenter les capacités d’un coureur de 10%, et dont l’usage sera généralisé à partir de 1993. En 1988, Pedro Delgado conserva sa victoire dans le Tour grâce à une argutie juridique qui ne trompa personne. Tout comme son compatriote Indurain, qui aimait autant la Ventoline que la paella et qui reçut la Légion d’honneur des mains de François Mitterrand. Convaincu de dopage, Bjarne Riis rendit le maillot jaune de sa victoire en 1996. Il avait fait profil bas car il souhaitait exercer les fonctions de directeur sportif. À mon humble niveau, j’avais eu des doutes concernant ce coureur sympathique quand je l’avais vu monter l’Izoard sur le grand plateau. Les commentateurs du service public, qui avait été témoins de la chose, ne s’étaient point émus.

Jan Ullrich s’en sortit grâce à une disposition du droit allemand qui prévoit qu’en échange d’aveux et du paiement d’une forte amende, les poursuites peuvent être abandonnées. Ce qui signifie que le champion n’est plus coupable de rien. Tout comme le chancelier Kohl, dans l’affaire des caisses noires de son parti politique. On n’oubliera cependant pas que l’équipe Deutsch Telekom fut l’une des plus chargées de l’histoire du cyclisme.

Marco Pantani, le « divin chauve  », fit l’objet de nombreuses affaires de dopage parfaitement avérées. Il mourut dans des conditions pathétiques, seul dans une chambre d’hôtel de Rimini.

Un mot sur Armstrong. Il géra sa carrière comme un patron du CAC 40, en écrasant toute forme d’adversité. Il fut malgré tout un champion hors norme. Après Armstrong, le Tour fut remporté, à cinq reprises, par des Espagnols : Pereiro, Sastre, Contador. Simple coïncidence ?

Pour l’anecdote, le cyclisme compte de nombreux coureurs qui ont épousé des femmes médecins ou infirmières, et ils comptent également beaucoup de coureurs qui ont été quittés par leur femme qui ne supportaient plus que l’EPO côtoie les yaourts et les concombres dans le réfrigérateur.

Bernard Gensane

PS : Christophe Bassons, l’un des rares coureurs vraiment propre dans les années 90, viré du Tour de France par Armstrong sans que son directeur sportif Marc Madiot ne bouge le petit doigt, dit qu’aujourd’hui les corticoïdes sont tolérés et que la plupart des coureurs en usent (http://www.lemonde.fr/sport/article/2012/08/27/christophe-ba...).

http://bernard-gensane.over-blog.com/


Sport et argent: le rejet des Français (sondage exclusif Ifop-L'Humanité)

Le sondage exclusif de l’Ifop pour l’Humanité sur «les Français et l’argent dans le sport» traduit pour la première fois le malaise, que l’on pressentait, de la population face aux dérives du sport business et permet de se rendre compte à quel point le besoin de réglementation, d’encadrement devient urgent, tant le sport ne peut être considéré comme étant un secteur économique comme les autres.

  • Les principaux enseignements:

Les chiffres sont éloquents et l’homogénéité des réponses transcende les clivages habituels d’ordre politique ou générationnel. Une écrasante majorité de Français (86 %) pensent en effet que la place de l’argent dans le sport est trop importante. Pas étonnant qu’ils soient ensuite 79 % à dire que le mot business correspond « bien » à l’image du sport professionnel en général, voire 54 % « très bien »… À l’opposé, les valeurs d’éthique sont reléguées loin, très loin derrière : 60 % des Français pensent en effet que l’éthique correspond mal au sport professionnel en général…

Et comme on pouvait s’en douter, c’est le football qui cristallise toutes les critiques. Les transferts de joueurs d’un club à un autre sont montrés du doigt en premier, avec 96 % des personnes interrogées qui pensent que cette source de revenu est trop importante pour les clubs, devant les contrats publicitaires des joueurs (94 %).

Source

Ils ont osé le dire

Hasan Arat, président du comité de candidature d’Istanbul pour les jeux Olympiques de 2020 :

« La semaine dernière, 
la Bourse d’Istanbul 
a battu tous ses records. 
La Turquie possède 
un marché intérieur énorme… »

Si la santé de la Bourse devient aussi un argument pour décrocher les Jeux…

Source

Tour de France, Nature et Business : Une pétition pour sauver Sarenne

 
Matthieu Stelvio

A l’Alpe d’Huez, on continue à bétonner la montagne. Le tracé du prochain Tour de France prévoit le goudronnage d’une route qui, comme c’est bien fait, répond parfaitement aux besoins des investisseurs qui veulent étendre le domaine skiable dans ce secteur en construisant une nouvelle station de ski. Sport, business, bétonnage, bienvenue dans l’univers impitoyable de la montagne !

Clavans et l’Alpe d’Huez sont séparés de seize kilomètres par une route pastorale franchissant le Col de Sarenne. Une petite route oubliée, menacée par des éboulements, qui devient progressivement un chemin pour randonneurs et cyclistes. Le GR54, le Tour des Ecrins, se confond même avec la route sur de nombreux kms.

2005, Clavans : un projet de station de ski qui manque de transparence

En 2005, l’ adjoint au maire de Clavans tombe de haut en découvrant par hasard « un document établi par le maire dont il ne [lui] avait jamais parlé ! » Il s’agissait ni plus ni moins d’un projet de téléphérique reliant Clavans au Col de Sarenne. Projet qui fut exposé, par la suite, au conseil municipal du village : vaste programme immobilier (3000 lits) assorti de l’aménagement en domaine skiable des pentes de Sarenne.

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Quelques temps plus tard, Isère Nature s’était procuré un document « confidentiel » circulant entre les mains des investisseurs : on y apprenait que derrière l’implantation immobilière à Clavans, beaucoup avaient des idées derrière la tête. En effet, Clavans est un point stratégique qui permettrait à l’Alpe d’Huez d’étendre de façon considérable son domaine skiable pour le relier une station de la vallée de l’Arves, située à l’autre extrémité du massif des Grandes Rousses : Saint Sorlin. De la sorte, l’Alpe d’Huez ne serait plus une simple station, mais une station-massif.

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Beaucoup de clavanchots ont exprimé leur désaccord, et l’affaire s’est calmée. Mais des investisseurs ont « acheté des terrains au-dessus le Clavans-le-Haut » en espérant obtenir un jour la majorité au conseil municipal de la petite commune.

2013 : une route pastorale refaite pour le Tour de France

Lors de la présentation du 100ème édition du Tour de France, C. Prudhomme frappe fort, il veut déplacer les montagnes : en 2013, l’Alpe d’Huez ne sera pas grimpée une fois, mais deux ! Pour permettre aux coureurs de grimper l’Alpe d’Huez deux fois, la solution est assez simple : utiliser la route de Sarenne.

Est-il raisonnable de faire passer le Tour de France par cette route sinueuse et étroite, menacée par de nombreux éboulements ? Aucun souci pour le maire de l’Alpe d’Huez, il suffit simplement de lancer « une petite tranche de travaux pour fignoler un peu ». En outre, il explique à la presse que des travaux sont nécessaires, car « les passages de ruisseaux ne permettaient pas de passer en voiture et encore moins à vélo. » Ce qui est notoirement faux.

Pour n’effrayer personne sur l’ampleur des travaux, les trois conférenciers font preuve d’une éloquence minimaliste, mais certaines expressions ont de la résonance : ainsi, pour faire en sorte que « les cailloux qui sont instables tombent », « [ils] purger[ont] un peu le secteur ». Et toujours concernant la « petite tranche de travaux », le maire de l’Alpe d’Huez a aussi fait référence à la « mise en sécurité de la route, qui sera importante » et à des « virages [qui] nécessitent que l’on mette des protections ». En somme, une route pastorale va être « goudronnée », significativement refaite et aménagée pour une demi-journée de télévision.

Sarenne : Nature contre Business

Dans ce vaste et magnifique espace sauvage, au-delà des chamois, marmottes et autres niverolles, précisons des espèces rares et fragiles, « menacées d’extinction » vivent sur les pentes de Sarenne : des lagopèdes et des tétras lyre. Manifestement, la protection environnementale n’est pas le souci du directeur de l’Office du Tourisme de l’Alpe d’Huez qui, en utilisant Sarenne, veut faire de l’Alpe d’Huez, la « capitale mondiale du vélo », et souhaite insister sur les retombées économiques de l’événement : « Si on calcule que chaque personne consomme 10 euros… 10 euros, c’est quoi ? (…) [Si] on a un million de personnes, ça fait 10 millions de retombées économiques. » Ensuite, cet adroit comptable explique qu’ils essaieront de faire le maximum pour caser tous les spectateurs ; même si ce sera difficile « parce que, à un moment, on n’arrive plus à les mettre… sur trois, quatre, cinq rangs. » Bien heureusement, la capacité d’accueil de l’Alpe est accrue, puisque ces spectateurs en excès, ils « pourr[ont] les mettre sur la montée » de Sarenne au milieu des tétras lyre, des lagopèdes, des chamois et des marmottes.

Sarenne : menace sur le dernier bastion de l’Oisans sauvage

En aparté, C. Prudhomme déclare que cette double ascension de l’Alpe d’Huez est « rendue possible par les travaux qui ont été et qui seront encore faits sur la route qui va du Col de Sarenne au Lac du Chambon. » Notez que la route dont il parle inclue la portion de route à laquelle fait allusion le dossier présenté au Conseil Municipal de Clavans en 2006. A cette époque, des investisseurs immobiliers voulaient refaire la partie basse de la route en question pour mettre au bout une soi-disant petite station de ski qui, en réalité, était destinée à relier l’Alpe d’Huez, extrémité Sud des Grandes Rousses, à Saint Sorlin, extrémité Nord des Grandes Rousses, pour en faire une station-massif. Après la tentative infructueuse de ces investisseurs qui, aux alentours de 2006, « ont acheté des terrains au-dessus le Clavans-le-Haut », le Col de Sarenne ne serait-il pas aujourd’hui assailli par son autre versant ?

En somme, il y a deux options :
-  1) Soit la route de Sarenne est refaite pour une demi-journée de télévision.
-  2) Soit la route de Sarenne est refaite pour aller dans le sens des investisseurs.

N’oublions pas qu’en 2006, la Frapna dénonçait un manque de transparence. Est-il si irrationnel de penser que certains ont des idées derrière la tête en lançant des travaux dans un "au milieu de nulle part" aussi stratégique, soi-disant pour une journée de vélo ? Le maire de l’Alpe d’Huez n’est-il pas assez clair, lorsqu’il déclare que ce premier passage du Tour de France à Sarenne, qui est rendu possible par des travaux qui vont dans le sens des investisseurs immobiliers, "offre beaucoup de possibilités pour le futur" ?

Une pétition

Les prochains travaux (goudronnage, purge, mise en sécurité) ne pourront avoir lieu avant la fonte des neiges, et vous pouvez dire « Non au passage du prochain Tour de France sur la route pastorale de Sarenne » en signant cette pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/Non_au_passage_du_Tour_de_France_2013_au_Col_de_Sarenne/

Soulignons que pour ce passage du Tour de France, une alternative est possible (cf. lien).

Pour approfondir : http://atla.over-blog.com/article-sarenne-le-tour-de-france-ouvre-t-il-la-porte-aux-investisseurs-113078822.html

Matthieu Stelvio



Edité par T 34 - 09 Dec 2012 à 23:28
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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