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Avec Marx, contre le travail

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  Citer KGB Shpion Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 12:39
Quelques citations du Capital :
"En étudiant le procès de travail sous son aspect le plus simple, commun à toutes ses formes historiques, comme acte qui se passe entre l'homme et la nature, nous avons vu, que « si l'on considère l'ensemble de ce mouvement au point de vue de son résultat, du produit, moyen et objet de travail se présentent tous les deux, comme moyens de production, et le travail lui-même comme travail productif ». L'homme crée un produit en appro­priant un objet externe à ses besoins, et dans cette opération le travail manuel et le travail intellectuel sont unis par des liens indissolubles, de même que dans le système de la nature le bras et la tête ne vont pas l'un sans l'autre."
Section V, Chapitre XVI

"Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l’homme et la nature L'homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d’une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s'assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu'il agit par ce mouvement, sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n'a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ, c’est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l’homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c’est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce n’est pas qu’il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles; il y réalise du même coup son propre but, dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté. Et cette subordination n'est pas momentanée. L’œuvre exige pendant toute sa durée, outre l'effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle-même résulter que d'une tension constante de la volonté. Elle l'exige d'autant plus que par son objet et son mode d'exécution, le travail entraîne moins le travailleur, qu'il se fait moins sentir à lui, comme le libre jeu de ses forces corporelles et intellectuelles; en un mot, qu'il est moins attrayant."
Section III, Chapitre VII

"Le capital n'a point inventé le surtravail. Partout où une partie de la société possède le monopole des moyens de production, le travailleur, libre ou non, est forcé d'ajouter au temps de travail nécessaire à son propre entretien un surplus destiné à produire la subsistance du possesseur des moyens de production. Que ce propriétaire soit caloz cagaqoz athénien, théocrate étrusque, citoyen romain, baron normand, maître d'esclaves américain, boyard valaque, seigneur foncier ou capitaliste moderne, peu importe! Avant d'aller plus loin, constatons d'abord un fait. Quand la forme d'une société est telle, au point de vue économique, que ce n'est point la valeur d'échange mais la valeur d'usage qui y prédomine, le surtravail est plus ou moins circonscrit par le cercle de besoins déterminés; mais le caractère de la production elle-même n'en fait point naître un appétit dévorant."
Section III, Chapitre X

Oh! mince! Le travail c'est une invention capitaliste et Marx l'a toujours dit... Ah non! On constate que vous êtes juste des charlatans.


Edité par KGB Shpion - 06 Feb 2010 à 12:46
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 13:25
Charlatans, ça veut dire quoi ? Vérité contre Vérité ? C'est un peu binaire et strictement dogmatique, non ?
Message posté par skum



Je ne sais pas, le travail reste pour moi une énigme.

Je me pose des questions, donc. Je vais tenter de retrouver un texte avec un point de vue disons anthropologique...

En attendant, comme vous faites dans la citation marxiste :


Le " travail " est par nature l’activité asservie, inhumaine, asociale, déterminée par la propriété privée et créatrice de la propriété privée. Par conséquent l’abolition de la propriété privée ne devient une réalité que si on la conçoit comme abolition du " travail ". (Karl Marx, À propos de Friedrich List, le Système national de l’économie politique, 1845)

Le travail lui-même est nuisible et funeste, non seulement dans les conditions présentes, mais en général dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse ; voilà ce que démontrent les économistes, sans en être conscients. (Karl Marx, Manuscrits de 1844)

L’ouvrier se sent auprès de soi-même seulement en dehors du travail ; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui-même quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas dans son propre élément. Son travail n’est pas volontaire, mais contraint, travail forcé. Il n’est donc pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. (Karl Marx, Manuscrits de 1844)

Le capital est une contradiction en procès : d’une part, il pousse à la réduction du temps de travail à un minimum, et d’autre part, il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse [...] D’une part, il éveille toutes les forces de la science et de la nature ainsi que celles de la coopération et de la circulation sociales, afin de rendre la création de la richesse indépendante (relativement) du temps de travail. D’autre part, il prétend mesurer les gigantesques forces sociales ainsi créées d’après l’étalon du temps de travail, et les enserrer dans des limites étroites, nécessaires au maintien, en tant que valeur, de la valeur déjà produite. (Karl Marx, Grundrisse, 1857-58)

Dès que le travail, sous sa forme immédiate, a cessé d’être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d’être sa mesure, et la valeur d’échange cesse donc aussi d’être la mesure de la valeur d’usage. [...] La production basée sur la valeur d’échange s’effondre de ce fait, et le procès de production matériel immédiat se voit lui-même dépouillé de sa forme mesquine et contradictoire. (Karl Marx, Grundrisse, 1857-58)

http://infokiosques.net/spip.php?article=27


Edité par skum - 06 Feb 2010 à 13:25
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 13:43
Un extrait de L'invention du travail dans l'imaginaire social par Serge Latouche

Il y a des appels de notes, des mots en italique, mais bon, la volonté de paresse d'Alexandre le Bienheureux m'appelle.

I. LE NON-TRAVAIL DES SOCIÉTES PRÉCAPITALISTES

     L’idéologie économique dans laquelle nous sommes littéralement immergés nous a habitués à croire très fermement que toutes les sociétés connaissent une vie économique et recourent à la réalité du travail pour survivre. Cette naturalisation de l’économie ne résiste pas à un examen anthropologique et historique sérieux. A moins d’admettre que les animaux, sous prétexte de connaître aussi la nécessité de la survie, aient une vie économique et une activité laborieuse, il faut reconnaître que l’économie et le travail sont des inventions humaines, donc historiques. Or, s’il existe bien des tendances récurrentes chez les économistes à franchir « la barrière des espèces » pour mieux asseoir leur naturalisme, ces tendances, jusqu’à présent, sont restées ultra-minoritaires. Un examen social-historique amène à conclure que très rares sont les sociétés humaines qui ont éprouvé la nécessité d’inventer le travail. Le matériel empirique disponible sur ce point est considérable. Nous nous limiterons à quelques rappels sur les sociétés non occidentales d’une part, et sur l’Occident d’avant la modernité d’autre part.

1. Les sociétés non occidentales

     Les témoignages des principaux anthropologues de l’économie, Bronislaw Malinowski, Karl Polanyi, Marshall Sahlins, Marcel Mauss, Louis Dumont, sont convergents et concluants. Déjà, pour les pionniers de l’ethnologie, Durkheim, Lévy-Bruhl, Frazer, tout est magique ou sacré dans les sociétés primitives. Par conséquent, le travail, activité profane par excellence visant la satisfaction de besoins terre à terre et qui profane la nature, c’est-à-dire les divinités, ne peut avoir ni sens ni place dans la vision animiste. L’agir qui procure la survie participe du rituel. « Dans une formule sommaire, remarque justement Mircéa Eliade, on pourrait dire que le monde archaïque ignore les activités ‘profanes’ : toute action qui a un sens précis – chasse, pêche, agriculture, jeux, conflit, sexualité, etc. – participe en quelque sorte au sacré. […] Ainsi on peut dire que toute activité responsable et qui poursuit un but bien défini est, pour le monde archaïque, un rituel . » Les sociétés primitives et la plupart des sociétés non occidentales n’ont pas de notion de l’économie. Elles ne possèdent pas le concept d’une distinction dans leurs pratiques entre une sphère qui serait « l’économique » et d’autres sphères qui seraient, par exemple, religieuse, politique, militaire, familiale, ludique … Les activités qui assurent la survie biologique n’ont aucune autonomie. Leur appréhension rétrospective comme économique peut être intéressante du point de vue heuristique, mais sous peine de virer à l’ethnocentrisme, il ne faut pas tomber dans une substantialisation/essentialisation des catégories. Dans ces sociétés, les diverses activités sont totalement mêlées et souvent indissociables. Qu’il s’agisse de ce que nous appelons la magie, de la cueillette, de la guerre, de l’initiation, de la sexualité ou du jeu, toutes participent à la survie, à la reproduction sociale du groupe et à la construction de ses membres à la fois comme autonomes et interdépendants. Ainsi, la culture des ignames dans les jardinets des indigènes des Trobriands est présentée par Malinowski comme une forme de magie . La fabrication artisanale est le plus souvent rituelle. En particulier les forgerons, maîtres du feu, sont des personnages dotés de pouvoirs redoutables. La chasse est ludique, mais elle suppose des négociations avec les esprits propriétaires des animaux et le plus souvent implique sacrifices et purifications. Ces sociétés nous sont décrites comme « totalement dominées par leurs croyances » : les tabous, les interdits, les obligations rituelles sont omniprésents . Sont-elles si différentes des nôtres sur ce point ? On peut en douter. On y trouve également des esprits sceptiques et des individus frondeurs… Il nous faut bien reconnaître, sous peine d’occidentalocentrisme, que nos sociétés aussi sont « totalement dominées par leurs croyances ». La principale différence tient peut-être au fait que nous croyons à la religion de la science, du progrès, de la technique, de l’économie et du sens de l’histoire, que nous sommes possédés de la magie du travail, alors que dans les sociétés primitives, l’économique et la rationalité ne sont pas dominants. Les us et coutumes de ces sociétés nous semblent étranges, surtout parce que antirationnels comme le potlatch [don] de destruction des Kwakults de Colombie-Britannique, anti-économique comme la kula [échange symbolique, cérémoniel de ‘bijoux’] des Mélanésiens, voire antinaturels comme la thanatomanie [thanatos : ‘pulsion de mort’ selon Freud] des Polynésiens ou l’amok [‘pulsion homicide’] des Indonésiens.

2. L’Occident pré-Renaissance

     Que le mot « travail » dans l’acceptation actuelle soit d’invention récente, personne ne le contestera. Il n’en va évidemment pas de même de la chose, puisqu’on a tenté d’assimiler l’animal laborans des Temps modernes à l’homo habilis ou faber de toujours. Faire comprendre que le travail s’invente dans la société moderne, c’est tenter de montrer que les sociétés grecque, latine et médiévale que nous avons l’habitude de voir comme la matrice de notre monde contemporain se trouvent en fait, de ce point de vue, beaucoup plus près des sociétés primitives que des nôtres. Une telle démarche, influencée par l’ethnologie et supposant un décentrement cognitif, est relativement récente. Elle a été entreprise par quelques historiens comme Moses Finley, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, entre autres, qui ont « revisité » le monde antique.
     Par des contresens involontaires, nous attribuons souvent aux Grecs, et même aux Latins, notre imaginaire économique avec ses dimensions progressistes. L’existence d’une pensée technique chez les Anciens ne doit pas faire illusion. C’est la praxis, c’est-à-dire l’usage social des choses et non la poièsis (la fabrication) qui est l’expérience décisive de vie pour les citoyens. Si les ingénieurs grecs et latins inventent des machines (les automata : choses qui se meuvent d’elles-mêmes), « à aucun moment, selon Jean-Pierre Vernant, l’idée n’apparaît que par l’intermédiaire de ces sortes de machines, l’homme peut commander aux forces de la nature, la transformer, s’en rendre maître et possesseur   ».
     En dépit de l’existence de certaines catégories marchandes et même de l’existence d’une vie économique, certes limitée mais incontestable, l’idée que l’homme, que tout homme, est condamné par le destin à une activité pénible, contraignante, de transformation de la nature, non seulement ne s’impose pas aux Anciens, mais est totalement étrangère à leur imaginaire. Les esclaves sont là (de fait ou de droit naturel) pour satisfaire à nos principaux besoins. L’idée qu’il existe des activités pénibles et nécessaires n’est pas étrangère à la mentalité grecque, même si ces activités-là (au premier chef, la guerre) ne se limitent pas à la transformation de la « nature », comme l’agriculture ou l’artisanat, exercées aussi par des hommes libres (citoyens ou métèques) .
     Toutefois, si la réalité d’activités nécessaires et pénibles (ponos) s’impose, ces activités que nous appelons productives ne sont pas valorisées quand elles ne sont pas méprisées. L’occupation normale du citoyen est classée dans la scolia ou l’otium, c’est-à-dire le « loisir ». L’a-scholia, le nec-otium dont nous avons fait le négoce, le commerce, est une activité sans nom, inavouable et méprisable. L’usure et le commerce sont exercés par les affranchis et les métèques. Le citoyen, quand il ne peut faire autrement que s’y livrer ou que la cupidité l’y pousse, le fait de façon honteuse, en se servant généralement d’une prête-nom.
     La plupart des activités artisanales, en particulier celles des forgerons, ont été à l’origine des activités magiques, dotées d’un certain prestige, en tout cas entourées d’une « aura » incontestable. Elles participent de la tekhné [savoir faire artisanal et artistique]. Au fur et à mesure qu’elles se banalisent à partir de l’époque classique (Ve siècle avant J.-C.), elles deviennent méprisables.
     Le citoyen idéal occupe son « loisir » en participant à la vie politique de la cité. C’est la praxis, l’action par excellence : participation aux assemblées, flânerie et discussion sur l’agora ou le forum, exercice de fonctions judiciaires, charges administratives, services militaires de commandement ou d’exécution, charges religieuses, participation cultuelle ou culturelle. Certaines de ces activités peuvent êtres rémunérées en nature ou en espèces : solde du militaire, distribution de blé en certaines occasions. Cependant, cette rémunération n’est pas la contrepartie d’une activité productive, au mieux s’agit-il d’un « revenu de citoyenneté » pour permettre au citoyen de dégager le loisir nécessaire à son devoir civique. La pratique tardive du paiement d’un miston (salaire), jetons de présence pour la participation aux assemblées, proposée par des politiciens démagogues, est mal vue. Les philosophes, le plus souvent partisans de l’aristocratie, en sont choqués. Petit à petit, ces récompenses, prix, indemnités diverses en viennent à devenir un « salaire ». L’argent commence à faire ses ravages. L’avidité, la cupidité et l’égoïsme ne sont pas absents de ces activités lucratives. Les mêmes philosophes, Socrate en tête, sont scandalisés que les sophistes et les rhéteurs fassent payer leurs leçons au lieu d’attendre des cadeaux éventuels de la reconnaissance de leurs clients . Cet économisme réel mais limité n’est pas pleinement reconnu.
     Reste le cas de l’agriculture, activité noble ou tout au moins célébrée par les poètes (Hésiode et Virgile), reconnue et analysée dans de nombreux traités : les De re rustica de Varron, Caton, Columelle, Palladius. Leur composition remonte à la Grèce préclassique dans le cas d’Hésiode (Les Travaux et les Jours) ou à la Rome républicaine. En réalité, l’idée d’une noblesse du labeur champêtre repose sur un malentendu. Ce n’est pas le maniement de la bêche qui est valorisé. Celui-ci deviendra vite une besogne servile ; c’est la gestion du domaine, base de la société antique. Comme le dit crûment Paul Veyne, l’éloge antique de l’agriculture est en fait l’éloge de la propriété foncière, et tout particulièrement de la grande propriété foncière (le latifundium).
     De toute façon, cette activité louable du pater familias [littéralement ‘père de la famille’] reste une annexe de l’activité politique à laquelle elle n’est pas proprement étrangère. Il s’agit autant d’un devoir civique que d’une nécessité « économique ». C’est dans ce contexte que prend sens l’oikosnomos, la loi de la gestion domestique. Les économiques des Anciens (inspirés d’originaux carthaginois…) sont des traités de « bonne gouvernance » du domaine. Comme le dit fort bien le même Paul Veyne, le notable romain occupait ses loisirs en choisissant parfois une profession « qui l’absorbait peut-être autant qu’un travailleur, mais sans être du travail   ». Ainsi était-il rhéteur, philosophe, poète, médecin, voire avocat, juriste ou même athlète, mais pas salarié ou artisan. Aristote résume bien l’idéologie des Anciens : « On ne peut s’adonner à la pratique de la vertu, écrit-il, si l’on mène une vie d’ouvrier et de manœuvre . » Le pain gratuit ou à tarif réduit, ainsi d’ailleurs que la satisfaction des principaux besoins de base de la société de bien-être latine, les bains, le théâtre, les jeux du cirque, l’équipement des trirèmes étaient offerts aux citoyens (et parfois même aux autres) grâce à la « générosité » (les « liturgies » et l’évergétisme) plus ou moins obligée des grands. L’idée qu’il aurait fallu exercer une « activité finalisée » pour avoir droit à ces jouissances était largement étrangère à la mentalité romaine. Elle le sera aussi d’une autre façon, nous le verrons, aux Barbares qui prendront la suite.
     L’idéologie du non-travail, du loisir, de la dépense festive, du don, restera en vigueur jusqu’à l’ère industrielle. Certes, les choses changent au cours du Moyen Age. Il existe des contraintes nouvelles et des devoirs rigoureux dans le monde médiéval, mais si le mot « travail » apparaît pour les désigner, il s’agit de travaux d’un genre bien particulier. La malédiction divine s’exprime, en effet, sous l’espèce unique du « travail ». Les auteurs des chansons de geste qui manifestent bien la vision chevaleresque du monde parleront du « travail de la guerre ». Les misères de la guerre sont une des formes du travail des hommes tandis que la gésine de l’accouchement est la forme par excellence de celui des femmes. Toutefois, l’affaire se complique du fait du caractère hiérarchique de la société chrétienne. Celle-ci repose sur l’existence de trois ordres dont chacun est nécessaire à la reproduction et à la survie de l’ensemble : les oratores (ceux qui prient), les bellatores (ceux qui combattent) et les laboratores (ceux qui peinent). Adalbéron de Reims, auteur de cette classification, avait hésité, d’après Duby, à propos de la désignation du troisième ordre entre dolor [douleur] et labor . La souffrance est, en effet, le lot des serfs. « Il se ravise, dit Duby, il dicte au scribe de raturer le terme, de le remplacer par labor dont le sens est double, qui lui paraît pour cela meilleur. » Le mépris de l’activité productive, y compris, voire surtout, cette fois, du travail de la terre, reste très vif dans l’idéologie des nobles. On peut y voir, avec Jacques Le Goff, une persistance de l’attitude des guerriers germains telle que la rapporte déjà Tacite. « On ne les persuade pas aussi facilement de cultiver la terre et d’attendre la moisson que de provoquer l’ennemi et de gagner des blessures. Bien mieux, c’est pour eux de la paresse (pigrum) et de l’inertie que d’acquérir à la sueur de leur front ce que l’on peut se procurer dans le sang . » Même pour les clercs, le travail est une réalité et une valeur ambiguë. Si le travail est recommandé aux moines, comme dans la règle de saint Benoît, c’est moins pour ses vertus positives que pour combattre les dangers de l’oisiveté et en particulier l’acedia, la mélancolie considérée comme un péché capital. Il s’agit d’une sorte de complément technique de la prière. « Sur le mot ‘travail’, écrit Arlette Jouanna, plane encore l’ombre de son origine : tripaliare, torturer avec le tripalium, la machine à trois pieux. Il évoque la gêne, l’accablement, la souffrance et même l’humiliation […]. Il est significatif que le mot ‘mécanique’ employé pour désigner ceux qui font un travail manuel et pour qualifier leur activité, signifie aussi, selon le dictionnaire de la langue française du XVIe siècle de E. Huget : avide, avare, pauvre, mesquin, grossier, vil. Toutes qualités caractéristiques de l’artisan . »
     Toutefois, dès le XIIe siècle, artisans et commerçants, bourgeois des villes émancipés de la situation infra-humaine du servage rustique et de la dépendance rurale, érigent leur activité en condition universelle. Leur vie besogneuse et laborieuse, matérielle et monétaire, devient la vie tout court. Ils n’auront aucun mal à convaincre les paysans, vilains ou serfs, de se placer sous la bannière de ce paradigme nouveau. Les clercs, toujours en conflit avec l’ordre féodal et dont, jusqu’à la Réforme, le statut n’est pas sérieusement menacé, sympathisent souvent avec la bourgeoisie des villes. Néanmoins, comme on sait, il faudra encore quelques siècles pour que la bourgeoisie réussisse à faire triompher ses prétentions à son profit, tant sur le plan idéologique que sur le plan pratique.

in http://www.sitartmag.com/latouche.htm

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  Citer KGB Shpion Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 14:18
Charlatans, ça veut dire que vous prétendez que vos arguments viennent de la doctrine de Karl Marx alors que les passages cités prouvent le contraire. Donc, vous êtes des charlatans ou alors vous avouez carrément ne pas être du tout marxistes et si ce mot vous fait mal aux oreilles alors on va dire : "avouez que Marx n'était pas d'accord avec votre théorie".


Edité par KGB Shpion - 06 Feb 2010 à 14:19
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 14:28
Bon, ok, je suis un charlatan, un vilain juste bon à piquer et à jeter hors de la ruche. Si il y bien quelque chose qui me chiffonne légèrement c'est le concept de doctrine. C'est aussi une des raisons pour lesquelles je reste vigilant sur les termes qui finissent en isme, désignant généralement une idéologie, un doctrine, un dogme...

Alors oui, si je fais référence à votre conception de la doctrine marxiste, effectivement je ne suis pas marxiste, comme je ne suis pas catholique, ni bourgeois, ni anarchiste, ni belge, ni fasciste, ni nationaliste, ni européen, ni hédoniste, ni démocrate - la liste est longue -, à part peut-être farnientologien ascendant nihiliste, j'existe, je suis, point.
Edit / Bien que issu de l'anarchie : ni dieu ni maître. N'étant convaincu de presque rien (ce doit être une des seules convictions que j'ai), impossible que j'adhère à une doctrine. Si je considère par bien des aspects l'analyse que fait Marx des structures fondamentales du monde moderne, par bien des aspects les stratégies antiautoritaires des anars et leur vision(s) du monde "sans Principe", par bien des aspects le "souffle de vie" des situs en passant par Nietzsche, les Cyniques, etc., c'est pour leur potentiel subver ou/et substructif. Adhérer au sens fort, m'abonner à une doctrine, un parti, un syndicat, une fédération..., est pour ma part inconcevable. Je dois être un bâtard.

Les situationnistes, qui abhorraient les dogmes et les « ismes », déclaraient qu’ils étaient marxistes « bien autant que Marx disant "Je ne suis pas marxiste" » (Internationale situationniste, n° 9, p. 26).


in http://palim-psao.over-blog.fr/article--anselm-jappe-avec-guy-debord-le-concept-de-spectacle-et-la-critique-de-la-valeur-article-wikipedia--42860343.html

Edité par skum - 06 Feb 2010 à 14:58
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  Citer KGB Shpion Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 15:01
T'as pas l'air de saisir non plus que les communistes détestent le travail et qu'ils militent pour sa réduction en durée (mais son augmentation en productivité d'autre part).
EDIT : Bien entendu, tout ceci dans la société socialiste. Quoiqu'ils militent aussi pour sa réduction en durée dans la société capitaliste.


Edité par KGB Shpion - 06 Feb 2010 à 15:11
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 15:11
Où ai-je dis ça ? Il y a certainement des points avec lesquels je ne suis pas d'accord avec les gens qui se sentent, se disent communistes (comme le PTB ici en Belgique), d'autres avec lesquels je suis en accord (maudire le taff, abolition du salariat, etc.), mais j'ai seulement dis que les gens qui militent avec les gros lards bornés de syndigaleux au nom de l'Idole Travail sont plus éloignés de "ma" vision de l'existence que mon gros orteil l'est de mon oeil. Le pouvoir d'achat c'est choisir ses chaînes.



Edité par skum - 06 Feb 2010 à 15:12
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 15:18
Je pense franchement qu'on a atteint des niveaux de productivité assez élevés que pour avoir une vie décente. Combien de mégatonnes d'objets "toujours plus pauvres" sont-ils jetés, combien de mégatonnes de nourriture merdique sont-elles jetées, combien de bagnoles ou de téléphones portables "l'an" ou la vie ? ... Le "modèle occidental", on le sait plus ou moins sur le plan biosphérique, n'est pas mondialisable, je pense qu'il faut rester vigilant sur ce point de vue "productivité toujours plus". Enfin bon, ya des livres qui en parlent bien mieux que moi.

Edité par skum - 06 Feb 2010 à 15:19
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  Citer KGB Shpion Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 15:36
C'est vrai, il faudrait revenir en arrière et vivre plus simplement, c'est ça? Autant te dire que personne ne suivra.
Je vois pas pourquoi vous avez toujours la sale manie d'opposer productivité et écologie.
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 16:20
A mon avis ce n'est pas revenir en arrière mais (re)trouver un ou des modes où l'homme vit plus en accord avec ses "valeurs essentielles", modes moins aliénants, faisant probablement écho à son unidimensionalité - ce n'est pas un décret mais une possibilité théorique pour qui pense, veut se retrouver dedans. Ceux qui ne veulent pas, libre à eux, je ne vais pas les y forcer, autorité ne fait plus partie de mon vocabulaire, sauf pour la déconstruire.

En ce qui concerne l'écologie, je trouve dommage de voir des pans entiers de forêts, sites naturels, etc. rasés au nom de la monnaie, de la productivité, du Travail. Là encore, je ne crois pas vraiment que progrès technologique, qu'un niveau de productivité ou niveau de vie supérieur à celui d'aujourd'hui soit systématiquement synonyme de qualité de vie, de progrès social. Je parle bien sûr du niveau de vie disons occidental, je ne parle pas des pays où l'irrigation de l'eau (par exemple) est à peine envisageable...

A titre personnel, comme j'ai déjà dit, ma "nature", mon "essence" est plutôt synonyme de contemplation, de "végétatisme". Le monde moderne ne me laisse vraiment y parvenir, au contraire la "fracture" s'élargit davantage - plutôt L'An 01 que Les Temps Modernes. Déjà que la bombe matinale artisanale me mettait de mauvais poil, je ne peux que conspuer davantage cette bombe à roulettes :



Je suis tellement mieux dans mon lit

Edité par skum - 06 Feb 2010 à 16:24
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  Citer KGB Shpion Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 18:02
La productivité sous le capitalisme s'accompagne forcément de toutes ces saloperies contre les travailleurs et la nature, mais pas forcément sous le socialisme. C'est stupide d'augmenter la productivité pour se faire moins chier à travailler (et donc mieux profiter de la vie) et en même temps de s'auto-détruire donc de se gâcher la vie.
Voilà comment on entend la productivité.
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  Citer Vladimir Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Feb 2010 à 22:15
Il y a quand même des situations où il faut travailler, pour faire avancer l'humanité ! Ne confondons pas la fin avec les moyens. 
Ce n'est pas bien de lire le profil des autres ! Pas bien du tout !! C'est mieux de créer un autre forum dissident comme un hypocrite.
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 May 2010 à 14:19
Des extraits du livre de Moishe Postone (TTDS) sont disponibles en ligne :

" Travail abstrait et médiation sociale ", par Moishe Postone.
http://palim-psao.over-blog.fr/article-travail-abstrait-et-mediation-sociale-par-moishe-postone-48896118.html

« Travail abstrait et fétiche », par Moishe Postone.http://palim-psao.over-blog.fr/article-travail-abstrait-et-fetiche-par-moishe-postone-47940446.html

Un texte de Viven Murthy discutant la lecture de Marx proposée par Moishe Postone : Reconfigurer le temps historique. L'interprétation de Marx par Moishe Postone
http://palim-psao.over-blog.fr/article-reconfigurer-le-temps-historique-l-interpretation-de-marx-par-moishe-postone-par-viren-murthy-46334304.html

Diverses recensions de TTDS :

L'actualité de la théorie de la valeur de Marx. A propos de Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale par Antoine Artous
http://www.contretemps.eu/lectures/lactualite-theorie-valeur-marx-propos-moishe-postone-temps-travail-domination-sociale

[PDF] Moishe Postone, une lecture de Marx (enfin) débarrassée du productivisme ? par Fabrice Flipo
http://fabrice.flipo.free.fr/Publications/2009/Flipo%20Mouvements%20Postone.pdf

[PDF] Ambivalence et dialectique du travail par Jean-Marie Harribey
http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/valeur/travail-postone.pdf

Et, évidemment : AVEC MARX, CONTRE LE TRAVAIL par Anselm Jappe

http://palim-psao.over-blog.fr/article-avec-marx-contre-le-travail-38186520.html

EDIT : [Critique de la critique de la valeur] Travail abstrait et/ou monnaie par Tran Hai Hac
http://arbeitmachtnichtfrei.skynetblogs.be/post/7772800/critique-de-la-critique-de-la-valeur-travail-

Edité par skum - 09 May 2010 à 16:32
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  Citer guillaume Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 May 2010 à 19:24
Les anarchistes jouent trés souvent sur la duplicité du concept de travail pour appuyer des slogans débiles du genre "ne perd pas ta vie à la gagner" (près de chez moi, tag face à une usine délocalisée où tout le monde se retrouve sur le carreau par exemple).
Le travail dans son rapport au capital au sein de notre société est effectivement une aliénation de laquelle il faut se libérer.
Par contre il est évident que c'est bien le travail qui distingue l'homme de l'animal (et qui rapproche l'anarchiste de l'animal du même coup!!).
Le mépris du peuple chez les anars permet aussi de vomir sur les ouvriers qui sont attachés à leur travail, aux moyens de production, etc. Délire bobo des colinne serreau et autres pierre carles, des "décroissants" de tout poils, qui servent la soupe à la bourgeoisie quand il s'agit d'empêcher les pays du sud de s'industrialiser.

Les communistes veulent baisser le temps de travail et annuler sa pénibilité, pas le supprimer évidemment. Dans la mesure où l'humanité se définit justement par son travail collectif.
Les trotskistes? Nous avons pris des mesures contre ces gens qui ne représentent rien (...) et continuent sur des positions d'extrême gauche à gêner le développement de notre Révolution - Che Guevara
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 14 May 2010 à 23:55
Ne pas perdre sa vie à la gagner c'est refuser la marchandisation de la vie, et que celle-ci soit compétitive, tout simplement - Edit : "Gagner sa vie. Ce temps perdu en pognon gagné" dixit l'autre gaulliste.
Le travail "au sein de lui-même" est aliénant, il faut s'en libérer. Aliénant plus encore certes au sein du capital (si travail considéré comme "activité productive matérielle transhistorique"), dont il faut se libérer et, pas sûr (plutôt l'envoyer en Enfer ! Ah ah ah !), qu'il faut libérer.
A supposer que l'on transgresse les espèces d'une pichenette, peut-être est-ce bien ce qui différencie l'homme de l'animal, cette fleur charognarde de la création au terreau merdique du cloporte ; je pensais aussi à ""l'instinct du langage", mais soit.
Le mépris du "peuple", c'est trop généreux : le mépris de la bornitude humaine (l'Histoire de l'Art bourgeoise - 'scusez moi - n'illustre quasi que cela), de "l'éthique protestante (du travail)", de la "morale d'esclave", de l'incoporation/banalisation des contraintes... est plus juste. A considérer l'industrialisation comme moyen technique neutre de production (ce qui selon Postone -entre autres- se révèle faux), j'espère que les pays du Sud ne vont pas s'industrialiser de la même manière (cela ne veut pas dire non-industrialisation) que ses esclavagistes industriels (l'Occident, j'ai son numéro, je le connais !); ça serait très con de faire les mêmes erreurs que "nous".

Pour supprimer le travail, il faudrait peut-être déjà penser à le définir, largement/étroitement. Mais je suis trop bon à rien pour envisager cet acte sisyphéen : le définir dans l'absolu. Cela dit, j'ai la chance actuellement de ne plus me faire exploiter : devrais-je avoir honte de vomir sur le travail (et sur les travailleurs qui y sont tant attaché) puisque rien ne me dégoute plus que le travail (enfin presque) ?

Edit : "[Mettre] fin à la fragmentation des points de vue, en remontant à la logique de fonctionnement du capital" disait JM Vincent.

Comme ça causait Lafargue plus haut : Le catéchisme des travailleurs
http://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1886/02/religion2.htm

Edité par skum - 16 May 2010 à 20:11
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  Citer Emile Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 May 2010 à 23:03
Je viens de commencer à lire l'Essai de Roubine. Très intéressant.
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  Citer Miracle Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 May 2010 à 23:55
J'ai pensé a un truc l'autre jour par rapport a ça: parler d'un Marx contre le travail n'a pas de sens puisque ça nie la conception même de l'humanité pour marx exposée dans l'idéologie allemande: l'homme est homme de par son travail, ce qui le différencie de l'animal.
"La Negation de la Negation est le renouveau de l'Ancien à son stade supérieur"
F. Engels
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 May 2010 à 21:41
Emile : si ça intéresse, sur le site de l'Infréquentable, on peut consulter un article "d'anthologie" de Hans Georg Backhaus : Dialectique de la forme valeur


Miracle : dissocier humanité/animalité, on peut vite accepter la logique du bouc-émissaire. Et puis, rien de tel que d'observer un paresseux...

Ceci dit, c'est une lecture parmi les contradictions et autocritiques de Marx, celle des Manuscrits de 1844 ou de l'Idéologie allemande, faisant du travail l'essence de l'homme, aliéné par le capital (propriété, salariat...). Cependant, Marx a critiqué les sociaux-démocratouilleux du mouvement ouvrier faisant du travail une valeur morale, sociale... (éthique protestante incorporée?) - cf. Critique du programme de Gotha. Dans les Grundrisse et le Capital (entre autres), il fait du travail abstrait un rapport social (médiation dixit Postone), ou seulement le "travail" serait un peu plus libéré si les moyens de productions étaient socialisés, etc. - Antoine Artous, bien que son trotskisme rejaillit par moments, développe relativement bien cette approche dans son livre Travail et émancipation sociale.Marx et le travail. (lire en ligne L'utopie de la transformation du travail en activité libre)Mais, cette vision du "travail aliéné" (pur pléonasme à mon sens) défend l'idée d'un travail qui ne l'est pas, "artisanal" - on est plus proche de Proudhon et des libéraux qui les ont précédé. Pur pléonasme simplement parce que :

"Le travail de notre corps et l'oeuvre de nos mains" (2).

La distinction que je propose entre le travail et l'oeuvre n'est pas habituelle. Les preuves phénoménales en sa faveur sont trop évidentes pour passer inaperçues. Mais historiquement, c'est un fait qu'à part quelques remarques ça et là, jamais développée d'ailleurs même dans les théories de leurs auteurs, on ne trouve à peu près rien pour l'appuyer, ni dans la tradition politique pré-moderne ni dans le vaste corpus des théories modernes du travail. En face de cette rareté des documents historiques il y a cependant un témoignage obstiné très clair : le simple fait que toutes les langues européennes, anciennes et modernes, possèdent deux mots étymologiquement séparés (3) pour désigner ce que nous considérons aujourd’hui comme une seule et même activité, et conservent ces mots bien qu’on les emploie constamment comme synonymes.

NOTES

(2) Locke, Second Tratise of Civil Governement, sec. 26
(3) Aisni le grec distingue ponein et ergazesthai, le latin laborare et facere ou fabricari (même racine), l’anglais labor et work, l’allemand arbeiten et werken. Dans tous ces cas, seuls les équivalents de « travail » signifient sans équivoque peine et malheur. L’allemand Arbeit ne s’appliquait d’abord qu’aux travaux des champs exécutés par les serfs et non à l’œuvre de l’artisan, appelée Werk. En français, travailler qui a remplacé labourer vient tripalium, sorte d’instrument de torture (cf. Grimm, Wöterbuch, pp. 1854 sq. ; et Lucien Fèbre, « Travail : évolution d’un mot et d’une idée », Journal de Psychologie normale et pathologique, 1948, vol. XLI, n°1).

in Condition de l'homme moderne (Arendt)


Ce mot « travail », qui n’est pas du latin classique mais qui est apparu au Moyen Âge, ne signale pas encore l’activité en tant que telle, utile aux productifs, et encore moins l’épanouissement ou la réalisation de soi, mais indique déjà comment quelque chose de pénible est obtenu par la force, et quelque chose qui n’a pas un contenu précis. Il en est de même pour le mot latin « labor », qui désigne à l’origine un poids sous lequel on trébuche et indique tout genre de peine ou de fatigue, y compris la douleur de la femme qui accouche, et non pas une activité utile.
En allemand, « Arbeit » désigne l’activité de l’orphelin, celui dont personne ne prend soin, astreint qu’il est aux activités les plus pénibles pour survivre. J’ai appris hier que le mot basque qui traduit l’idée de travail évoque également la fatigue, la peine. Il ne s’agit pas là d’une excursion gratuite dans l’étymologie (déjà significative), mais cela démontre que la notion de travail, comme nous le concevons aujourd’hui, est relativement récente. Il en découle que le travail en tant que catégorie sociale, concept d’activité dans la société, n’est pas quelque chose de si naturel, de si évident, de si consubstantiel à l’être humain, mais plutôt une invention sociale.
Dans la société pré-capitaliste industrielle, les activités n’étaient qu’une réponse à un besoin : certaines pouvaient être absurdes, comme celle du pharaon qui faisait construire des pyramides. On déterminait les besoins, puis on mettait en œuvre les activités nécessaires pour y répondre : les activités existaient comme moyen pour combler ces besoins. Ce qui intéressait la société, ce n’était pas l’activité, c’était le résultat : ce n’était pas le fait de bêcher la terre, mais c’était le blé qu’on voulait recueillir. Et c’est aussi la raison pour laquelle on cherchait plutôt à faire exécuter les activités les plus pénibles par des esclaves ou des serfs. Et on ne faisait pas travailler ces derniers pour « travailler », mais parce que les maîtres voulaient avoir la jouissance des biens de ce monde.

in Pourquoi critiquer radicalement le travail (Jappe)
http://gimenologues.org/spip.php?article343


Il y a, dans le langage, des mots et des expressions que nous devons supprimer, car ils désignent des concepts qui forment le contenu désastreux et corrupteur du système capitaliste.

D’abord, le mot « travailler » (werken) et tous les concepts en rapport avec ce mot – travailleur ou ouvrier (werkman of werker) – temps de travail (werktijd) – salaire (werkloon) – grève (werkstaking) – chômeur (werkloos) – désoeuvré (werkeloos).

Le travail est le plus grand affront et la plus grande humiliation que l’humanité ait commis contre elle-même.

in Le Travail est un crime (Schuurman)
Brochure PDF http://www.editionsantisociales.com/lteuc.php


[« Selon Littré, l’indécence du mot travail, c’est aussi veiller à ne pas se soucier de sa propre ambition » dixit Céline Flécheux lors du Colloque « Debord et la société du spectacle » organisé par Le Parlement des Philosophes, en téléchargement libre sur http://www.parlement-des-philosophes.org]


De leur côté, les prolétaires ont pris très au sérieux cette construction idéologique. Ils l'ont retournée avec un certain succès contre la bourgeoisie elle-même, reprenant à leur compte le message : « à chacun son travail ! », précisant bien que ce sont eux les « vrais » travailleurs. Cela a permis aux bureaucrates de l'Union soviétique d'instaurer leur pouvoir, Staline faisant même inscrire dans la Constitution de 1936 la formule de saint Paul ! Comme le dit Raoul Vaneigem : « La bourgeoisie, affranchie du mépris dont l'accablait la prétendue noblesse, auréola le travail d'une gloire que le prolétariat - ou du moins ses représentants - s'empressa de revendiquer alors qu'il en était la plus infortunée des victimes. Un tel malentendu fut sans doute moins étranger qu'on ne le croit à la longue résignation des travailleurs [4]. »
[...]


L’idéologie du non-travail, du loisir, de la dépense festive, du don, restera en vigueur jusqu’à l’ère industrielle. Certes, les choses changent au cours du Moyen Age. Il existe des contraintes nouvelles et des devoirs rigoureux dans le monde médiéval, mais si le mot « travail » apparaît pour les désigner, il s’agit de travaux d’un genre bien particulier. La malédiction divine s’exprime, en effet, sous l’espèce unique du « travail ». Les auteurs des chansons de geste qui manifestent bien la vision chevaleresque du monde parleront du « travail de la guerre ». Les misères de la guerre sont une des formes du travail des hommes tandis que la gésine de l’accouchement est la forme par excellence de celui des femmes. Toutefois, l’affaire se complique du fait du caractère hiérarchique de la société chrétienne. Celle-ci repose sur l’existence de trois ordres dont chacun est nécessaire à la reproduction et à la survie de l’ensemble : les oratores (ceux qui prient), les bellatores (ceux qui combattent) et les laboratores (ceux qui peinent). Adalbéron de Reims, auteur de cette classification, avait hésité, d’après Duby, à propos de la désignation du troisième ordre entre dolor [douleur] et labor [18]. La souffrance est, en effet, le lot des serfs. « Il se ravise, dit Duby, il dicte au scribe de raturer le terme, de le remplacer par labor dont le sens est double, qui lui paraît pour cela meilleur. » Le mépris de l’activité productive, y compris, voire surtout, cette fois, du travail de la terre, reste très vif dans l’idéologie des nobles.
[...]
« Sur le mot ‘travail’, écrit Arlette Jouanna, plane encore l’ombre de son origine : tripaliare, torturer avec le tripalium, la machine à trois pieux. Il évoque la gêne, l’accablement, la souffrance et même l’humiliation […]. Il est significatif que le mot ‘mécanique’ employé pour désigner ceux qui font un travail manuel et pour qualifier leur activité, signifie aussi, selon le dictionnaire de la langue française du XVIe siècle de E. Huget : avide, avare, pauvre, mesquin, grossier, vil. Toutes qualités caractéristiques de l’artisan [20]. »

NOTES

4 R. Vaneigem, Nous qui désirons sans fin, Paris, Le Cherche-Midi, 1996.
18 G. Duby, Les Trois Ordres de l’imaginaire du féodalisme, Gallimard, 1978, p. 198.
20 A. Jouanna, Ordre social, mythes et hiérarchie dans la France du XVIe siècle, Hachette, 1977.

in L’invention du travail dans l’imaginaire social (Latouche)
En PDF http://arbeitmachtnichtfrei.skynetblogs.be/post/7747331/linvention-du-travail-dans-limaginaire-social


Ce n’est pas d’aujourd’hui que "travail" est un mot empreint de malheur. "Arbeit" est probablement formé sur un verbe germanique disparu qui avait pour sens "être orphelin, être un enfant utilisé pour une tâche corporelle rude", verbe lui-même issu de l’Indo-Européen "Orbhos", orphelin. Jusqu’au Haut-Allemand moderne, "Arbeit" signifiait "peine, tourment, activité indigne" (dans ce sens, Chômeur Heureux est donc un pléonasme). Dans les langues romanes, la chose est encore plus claire, puisque "travail", "trabajo" etc. vient du latin "tripalium" un instrument de torture à trois piques qui était utilisé contre les esclaves. C’est Luther qui le premier a promu le mot "Arbeit" comme valeur spirituelle, prédes-tination de l’homme dans le monde. Citation : "L’homme est né pour travailler comme l’oiseau pour voler" On pourrait nous répondre que cette querelle de mots est sans importance. Mais le fait de confondre "boisson" avec "coca-cola", "culture" avec "Bernard Henry Gluckskraut" ou "activité" avec "travail" ne saurait rester sans conséquences graves.

in LE MANIFESTE DES CHÔMEURS HEUREUX
http://cequilfautdetruire.ouvaton.org/imprimersans.php3?id_article=402&nom_site=CQFD,%20journal%20de%20critique%20sociale&url_site=%3Ca%20href=



Edité par skum - 24 May 2010 à 21:45
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  Citer skum Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Aug 2010 à 22:38
Un texte de Jean-Marie Vincent sur la valeur comme forme totalisante (publié en 1995) : "La légende du travail"

Une conférence audio de Franck Fischbach intitulée " Marx et le travail : libérer le travail ou se libérer du travail ? ", dans laquelle il fait référence à Moishe Postone. Fischbach part des "Manuscrits de 44" où le travail est considéré comme caractère propre à l'espèce humaine, passe par "L'idéologie allemande" cosnsidérant le travail comme médiation "non consciente", pour terminer par les "Grundrisse" et le "Livre I du Capital" où le travail est considéré comme médiation sociale dominante. La conférence est téléchargeable librement sur la page du colloque "Le travaiL ou L’experience de La nécessité" (Univesité de Nantes) : http://www.univ-nantes.fr/1255505116582/0/fiche___document/&RH=MULTIMEDIA. Fischbach est notamment l'auteur d'un livre passionnant : Sans Objet. Capitalisme, subjectivité et aliénation.

Et "Le travail(leur) est-il nazi ?" (titre original "Arbeit macht nicht frei. Libre commentaire sur des vues de Günter Anders sur le travail" par Franz Schandl, extrait)

Edité par skum - 10 Aug 2010 à 22:48
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  Citer Vladimir Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 Aug 2010 à 14:19
Je trouve que la comparaison entre le travail et le nazisme est pertinente, car effectivement Auschwitz ne fut rien d'autre qu'une méga-usine capitaliste. Mais il aurait fallu préciser qu'il s'agit du travail capitaliste, inconscient, et pas du travail socialiste conscient et nécessaire, dirigé contre le travail lui-même.
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