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Nietzsche, philosophe réactionnaire? - Date évènementielle: 12 May 2010

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Waldec allez vers le bas
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  Citer Waldec Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Calendrier évènementiel: Nietzsche, philosophe réactionnaire?
    Envoyé : 12 May 2010 à 15:18
Nietzsche est-il un philosophe réactionnaire? Si oui pourquoi?

Vu que la question est orienté? Est-il un philosophe révolutionnaire?
Le temps n'attend pas.
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maarnaden allez vers le bas
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  Citer maarnaden Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 May 2010 à 18:09
Un bouquin de Domenico Losurdo porte ce titre et montre que Nietzsche est bel et bien un philosophe réactionnaire.

Je dirais que c'est l'irrationalisme, la tendance à tout poétiser, la haine du socialisme et de l'humanité en général (sur un mode hyper-romantique), la fascination pour un passé lointain et l'espoir que les aristocrates commandent et les esclaves obéissent qui rangent ce mec carrément pas net dans le camp de la réaction...

C'est de toute façon l'idole de tous les petits bourgeois à cheveux qui se sentent incompris et pensent qu'on peut vivre en-dehors de la société en méprisant tout le monde autour d'eux...

Je sais, c'est peut-être pas "subtil" ou "intelligent" mais moi, je fous tout ça directement à la poubelle... dans le compartiment "ennemis du peuple"...
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Besuchbarsuk allez vers le bas
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  Citer Besuchbarsuk Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 May 2010 à 19:52
Ce n'est pas subtil mais c'est sûrement intelligent !

On est des militants (je parle pour maarnaden, moi et les personnes autour de moi) et à l'heure actuelle il est tout à fait inutile (donc contre-productif) de s'emmerder à prendre des pincettes avec ces trucs là.
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Miracle allez vers le bas
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  Citer Miracle Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 May 2010 à 19:52
Nietzsche ne reconnait pas la vérité comme critère. Pour moi, en tant que marxiste, c'est le premier défaut que je lui reconnait. Après évidemment, j'ai vraiment un immense plaisir à le lire, mais c'est comme Platon: génial mais abstrait ("coupé" du monde)
"La Negation de la Negation est le renouveau de l'Ancien à son stade supérieur"
F. Engels
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Waldec allez vers le bas
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  Citer Waldec Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 May 2010 à 00:27
Le plaisir de lire???

"L'éternel retour"
"La volonté de puissance"
"Dieu est mort"
"l'espèce est tout, seul n'est jamais rien!"
"On doit aimer la vie, donc!"
"Dieu mourut, à présent nous voulons, nous, - que vive le surhomme".

C'est vraiment plaisant à lire mais il est difficilement classable. Est ce réellement un philosophe ou un type qui rêvasse?
Le temps n'attend pas.
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Emile allez vers le bas
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  Citer Emile Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 May 2010 à 10:13
C'est un philosophe sans aucun doute; comme il l'écrivait lui-même, il faisait de la philosophie à coups de marteaux. Et c'est ce que certains apprécient chez lui, qu'il ne soit pas systémique justement ; il peut se contredire d'un bouquin à l'autre. Enfin après je connais très mal Nietzsche, j'ai juste lu La Naissance de la tragédie, et dedans il glorifie le dionysiaque de Sophocle et Eschyle contre l'apollonien d'Euripide : cela en fait-il un réactionnaire ?
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Miracle allez vers le bas
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  Citer Miracle Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 13 May 2010 à 12:31
Ah oui c'est sans nul doute un philosophe, un grand philosophe même, qui a pensé beaucuoup oeuvré pour la critique mais qui n'est nullement une philosophie de la praxis
"La Negation de la Negation est le renouveau de l'Ancien à son stade supérieur"
F. Engels
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  Citer Besuchbarsuk Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 14 May 2010 à 13:46
Question de néophyte : comment une philosophie peut-elle ne pas être une philosophie de la praxis ?

Si je comprend bien "philosophie de la praxis" ça veut dire philosophie tournée vers l'action.
Mais le but de la philo c'est bien d'apporter une analyse sur le monde (réel), non ?
Et donc d'être un guide pour l'action.
Comme toute connaissance quoi...

Je ne vois pas comment une philosophie peut être détachée de cela.
Enfin si, je vois bien l'intérêt pour les capitalistes de promouvoir de telles philosophies mais bon du point de vue de l'honnête réflexion, c'est de la merde non ?

Enfin je cherche à comprendre...
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Vladimir allez vers le bas
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  Citer Vladimir Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 14 May 2010 à 22:16

Je pense qu'il ne faut pas prendre le terme "praxis" comme signifiant "action", contrairement à ce qu'on dit souvent, mais plutôt comme "transformation révolutionnaire". Ainsi lorsque Gramsci, par exemple, dit que le marxisme est une "philosophie de la praxis", il veut bien parler d'une philosophie de la révolution. Or avant Marx, très peu de philosophies impliquaient une approche de l'évolution historique, et des moyens de transformer le monde. J'en citerais deux selon moi : celle de Mozi et celle de Machiavel.

Pour ce qui est de Nietzsche, vous avez soulevé des points importants : son refus de reconnaître le critère de vérité, son manque de systémisme. Il passait son temps à salir Rousseau et se complaisait dans un vitalisme anti-démocratique, ce qui suffit à en faire un auteur proto-fasciste. Lukacs l'explique bien dans La destruction de la raison (réédité en français récemment):


Il n'est pas utile, pensons-nous, d'aller plus loin dans les détails de l'épistémologie nietzschéenne et de son application. Comme nous pouvons déjà le constater, Nietzsche créa de fait pour toute la période impérialiste un 'modèle' méthodologique de l'apologétique indirecte du capitalisme, montrant simplement à quel point une symbolique du mythe impérialiste, fascinante et colorée, pouvait être être développée à partir d'une épistémologie extrêmement agnostique, une théorie du plus extrême nihilisme. Nous avons évité de rester -- délibérément donc -- sur les contradictions criantes de ses structures mythiques. Si nous devions étudier les propos de Nietzsche sur la question d'un point de vue logico-philosophique, nous serions confrontés au chaos vertigineux des affirmations les plus scabreuses, arbitrairement et violemment incompatibles. Cependant, nous ne croyons pas que cette observation contredise l'idée que nous avons développée au début, selon laquelle Nietzsche avait un système logique. Le facteur commun ou systématique repose dans le contenu social de sa pensée, dans la lutte contre le socialisme. Vu sous cet angle, les mythes savamment panachés et mutuellement irréconciliables de Nietzsche retrouveront leur unité idéelle, leur cohérence objective : ce sont des mythes impérialistes bourgeois servant à mobiliser l'ensemble des forces impérialistes contre l'adversaire principal.[...]  Et le côté 'positif' des mythes nietzschéens n'est rien de plus qu'une mobilisation de tous les instincts décadents et barbares chez les hommes corrompus par le capitalisme dans l'objectif de sauver par la force ce paradis parasitant ; Là encore, la philosophie nietzschéenne est le mythe impérialiste façonné pour contrer l'humanisme socialiste.






Edité par Vladimir - 14 May 2010 à 22:26
Ce n'est pas bien de lire le profil des autres ! Pas bien du tout !! C'est mieux de créer un autre forum dissident comme un hypocrite.
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  Citer Emile Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Jun 2010 à 00:40
En parlant de Lukacs et de Nietzsche, c'est Aymeric Monville (l'un des auteurs de l'Idéologie européenne aux éditions Aden) qui l'a récemment retraduit et il signe également cet ouvrage : http://www.aden.be/index.php?aden=misere-du-nietzscheisme-de-gauche

PS: J'avais pas vu mais ils ont édité, dans la petite bibliothèque d'Aden, un ouvrage avec trois textes phares de Lénine. Y aussi des ouvrages d'Engels et du Che. Ils sont un peu coûteux surtout qu'on les trouve sur internet, mais je le signale vu que c'est rare de les trouver sous format papier, excepté dans les brocantes ! :)
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Mistra allez vers le bas
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  Citer Mistra Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jul 2010 à 13:26
Je voudrais apporter ma modeste contribution à cette discussion, en tant que lecteur de Nietzsche sans pour autant être nietzschéen.

Message posté par maarnaden

Un bouquin de Domenico Losurdo porte ce titre et montre que Nietzsche est bel et bien un philosophe réactionnaire.

Je dirais que c'est l'irrationalisme, la tendance à tout poétiser, la haine du socialisme et de l'humanité en général (sur un mode hyper-romantique), la fascination pour un passé lointain et l'espoir que les aristocrates commandent et les esclaves obéissent qui rangent ce mec carrément pas net dans le camp de la réaction...

C'est de toute façon l'idole de tous les petits bourgeois à cheveux qui se sentent incompris et pensent qu'on peut vivre en-dehors de la société en méprisant tout le monde autour d'eux...

Je sais, c'est peut-être pas "subtil" ou "intelligent" mais moi, je fous tout ça directement à la poubelle... dans le compartiment "ennemis du peuple"...


1. le livre de Domenico Losurdo a un avantage et un inconvénient : l'avantage d'apporter un éclairage historique sur Nietzsche, le désavantage de ne pas faire attention à ses concepts. ce livre est d'ailleurs essentiellement centré sur la période du 1er Nietzsche, celle de la Naissance de la tragédie. on ne peut pas considérer que les analyses de Losurdo sont valides pour la partie suivante de l'oeuvre nietzschéenne.

2. Ce que tu dis concerne en effet le premier Nietzsche. Mais il faut émettre une réserve : la Naissance de la tragédie est un ouvrage qui traite de questions d'esthétique, non de politique. A partir de là on ne peut pas dire que Nietzsche se range directement dans la réaction. Ensuite, il faut voir de plus près ce qui se passe : en effet le jeune Nietzsche est plutôt romantique, poétisant, voire irrationaliste (disons plutôt qu'il prend acte du constat kantien et schopenhauérien des limites de la Raison, limites qu'il veut dépasser par la force de l'intuition artistique). Et j'ajouterai même, ayant lu deux fois la Naissance de la tragédie, qu'il y a deux passages pas nets : un où il est question de civilisation aryenne et de civilisation sémitique (certes pas au sens que leur donnera Hitler plus tard, mais on ne peut que voir une anticipation dans ces propos), et un autre passage où il est question de renaissance de l'art grec dans l'art germanique, et de destruction de la civilisation romane (or le nazisme s'est construit précisément comme une revalorisation des mythes nordiques contre la politique d'origine romaine). Encore une autre réserve cependant : si le romantisme a pu préparer le terrain du nazisme en parlant de mythes nordiques, de retour à la terre, de culte des ancêtres et de la patrie, rappelons aussi qu'il a existé un romantisme progressiste d'origine rousseauiste, représenté par exemple par Schiller en Allemagne et George Sand en France.

3. Je pense que tu as raison de dire que Nietzsche devient une idole petite-bourgeoise. Cela est illustré par un fait simple : il est le philosophe ayant le plus de fans sur Facebook (bon, il faut rappeler aussi que Marx est deuxième). Nietzsche est un peu une idole adolescente qui réapparaît dans un monde où les valeurs traditionnelles s'écroulent massivement. Il est comme un échappatoire apolitique face aux options que sont la révolution socialiste, le conservatisme religieux, le capitalisme cynique ou encore le fascisme.

4. Nietzsche adresse un certain nombre de critiques au socialisme (surtout dans sa dernière période, pas concernée par l'ouvrage de Losurdo donc) qui sont intéressantes à lire, quoiqu'évidemment je ne les partage pas. On peut en retour faire une critique marxiste très pertinente des écrits nietzschéens. Je ne développe pas ce point car il serait long. En résumé, Nietzsche reproche au socialisme de croire en des idéaux chimériques et de martyriser la réalité au nom de ces idéaux. Il reproche également aux socialistes de vouloir simplement remplacer une domination par une autre.

5. Nietzsche n'a jamais souhaité que des aristocrates commandent et des esclaves dirigent. Là encore je résume car c'est long : Nietzsche dit que si vous êtes un suiveur, que vous ne pensez pas par vous-mêmes, etc., vous êtes un esclave. Si au contraire vous pensez par vous-même, indépendamment des dogmes religieux et économiques, si vous êtes créateur et si vous savez vous sculpter vous-même (le précepte de Pindare "deviens ce que tu es"), alors vous êtes un "aristocrate" (mais le mot est impropre).

6. Un petit post-scriptum mais très important, sur la Naissance de la tragédie : Nietzsche en a écrit une autocritique, qu'il a mise en préface, bien des années après. Et cette autocritique est réellement irréprochable : Nietzsche critique toutes ses illusions de jeunesse sur l'art et la germanité. Par ailleurs, à cette même époque (la dernière de sa vie), Nietzsche critique avec virulence les antisémites et les nationalistes. Il critique aussi le conservatisme social, l'électoralisme et le culte de l'Etat.

Message posté par Miracle

Nietzsche ne reconnait pas la vérité comme critère. Pour moi, en tant que marxiste, c'est le premier défaut que je lui reconnait. Après évidemment, j'ai vraiment un immense plaisir à le lire, mais c'est comme Platon: génial mais abstrait ("coupé" du monde)


Rappelons quand même que Marx non plus n'admet pas la vérité, ou du moins pas la vérité au sens traditionnel (adaequatio intellectus et rei, adéquation entre l'intellect et la chose), qui est un sens "idéaliste". Ce qui est pris pour "vérité" n'est qu'un moment social-historique, pour parler le langage de Castoriadis ; c'est uniquement l'expression idéologique des rapports de production. En revanche Marx remplace en effet cette définition traditionnelle de la "vérité" par une définition novatrice, à savoir le processus social-historique qui déjoue les idéologies et notamment l'idéologie bourgeoise. Mais la vérité est toujours politique, sociale et historique ; elle n'est pas désintéressée, intellectuelle et sans attaches.

Message posté par Waldec

Le plaisir de lire???

"L'éternel retour"
"La volonté de puissance"
"Dieu est mort"
"l'espèce est tout, seul n'est jamais rien!"
"On doit aimer la vie, donc!"
"Dieu mourut, à présent nous voulons, nous, - que vive le surhomme".

C'est vraiment plaisant à lire mais il est difficilement classable. Est ce réellement un philosophe ou un type qui rêvasse?


Nietzsche se faisait un principe de dénoncer tous les philosophes qui "rêvassent". Après, en effet il est légitime de douter du fait qu'il n'a pas rêvé lui-même. Là c'est affaire d'interprétation.

Message posté par Emile

C'est un philosophe sans aucun doute; comme il l'écrivait lui-même, il faisait de la philosophie à coups de marteaux. Et c'est ce que certains apprécient chez lui, qu'il ne soit pas systémique justement ; il peut se contredire d'un bouquin à l'autre. Enfin après je connais très mal Nietzsche, j'ai juste lu La Naissance de la tragédie, et dedans il glorifie le dionysiaque de Sophocle et Eschyle contre l'apollonien d'Euripide : cela en fait-il un réactionnaire ?


Nietzsche ne se contredit pas, il change simplement d'avis. On découpe généralement son oeuvre et sa vie en trois périodes, et l'Antéchrist (dernière période) est en effet contradictoire de la Naissance de la tragédie (première période). Voir ce que j'ai écrit plus haut.
Le dionysiaque et l'apollinien ne sont pas des notions politiques mais esthétiques. Le dionysiaque, dans son versant positif (grec), désigne la création spontanée, la vivacité du désir, l'explosion des sens. Dans son versant négatif (pessimiste, bouddhique, romantique), il désigne la destruction, la haine, la mort. L'apollinien, dans son versant positif, désigne la contemplation de la beauté, la fixation éternelle des passions divines. Dans son versant négatif, il désigne la stagnation, la mort par dégénerescence, la pétrification.
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Feb 2011 à 16:51

Emile fait référence à l’ouvrage d’Aymeric Monville, lui-même nous indique les lectures suivantes sur le « cas » Nietzsche :

 

Nietzche, critique intempestif de la morale, par Yvon QUiniou,

Eau de vie et christianisme, article sur le Nietzche de Losurdo, non traduit

Un extrait de Nietzsche, le rebelle aristocrate de Domenico Losurdo

 

Et enfin la réponse d’Aymeric à l’agression de Michel Surya,

 

« Nietzschéisme de gauche » et « idée du communisme » :

deux idéologies pour une même liquidation

 

Réponse d’Aymeric Monville à Michel Surya suite au dossier Nietzsche des Lettres françaises

 

J’ai commis, voici du temps, un court pamphlet intitulé Misère du nietzschéisme de gauche (Aden, 2007). Le choix du genre investi excluait d’emblée celui de l’étude critique du « dossier » Nietzsche. C’est plutôt aux auteurs que j’ai publiés depuis aux Editions Delga, Lukács, Wolfgang Harich ou Domenico Losurdo, qui se collette depuis plus de quarante ans avec le solitaire de Sils-Maria, que je préfère confier cette « patience du concept ». Mon opuscule, plus modestement, visait de fait la falsification et les amalgames opérés par l’idéologie contre-révolutionnaire pour permettre aux vainqueurs de la guerre froide d’occuper tout l’échiquier politique et de s’afficher désormais à gauche, malgré tous les crimes du camp atlantiste, dès l’instant que l’esclavagiste-eugéniste Nietzsche était lui-même « bienvenu au club ». Certes, cela n’épuise pas la question Nietzsche et il s’agit notamment d’expliquer pourquoi, contrairement à d’autres penseurs réactionnaires, c’est ce penseur qui a eu une telle influence jusqu’à nos jours. Pour ce faire, je ne pense pas qu’on puisse faire abstraction des lectures marxistes du « dossier » Nietzsche que je suis l’un des seuls [1] à publier actuellement, mais cela n’est pas directement mon propos.

 

La question qui me préoccupe au premier chef et me paraît d’actualité, c’est le rôle du « nietzschéisme de gauche » aujourd’hui, en tant qu’idéologie de masse, idéologie dominante de la société libérale-libertaire. Cette nouvelle société, dont le penseur marxiste Michel Clouscard a forgé le concept et donné l’analyse la plus exhaustive, se met en place à la faveur du plan Marshall et triomphe après le reflux des forces de la Résistance après Mai 68. De Giscard à Sarkozy en passant par le plat de résistance mitterrandien, l’on assistera ainsi à une patiente éradication des acquis de la Libération. Cette nouvelle phase du capitalisme se présente ainsi comme de plus en plus répressive envers le producteur mais de plus en plus permissive pour le consommateur. C’est une société où, pour reprendre les termes de Clouscard, tout est permis (comme on disait en 68), mais où plus rien n’est possible [2]. A partir des années 60-70, il fallait donc au plan idéologique un auteur suffisamment attrape-tout pour présider à la conjugaison, qu’on croyait à jamais compromise, de la droite anti-gaulliste et de la gauche anti-communiste, suffisamment « branché » pour entériner la permissivité nécessaire aux nouveaux marchés du plan Marshall mais aussi suffisamment « fantasque » pour lutter contre le prétendu esprit de système qu’on prête aux hégéliens, aux marxistes, aux léninistes et donc mieux continuer le combat anticommuniste. Il y a bien d’autres phénomènes idéologiques clefs durant cette période : l’heideggérisme de gauche, un certain « mouvementisme » à la Deleuze-Negri, le marxisme délesté de l’héritage hégélien (dialectique, aliénation), le postmodernisme etc. Au cours de cette restauration et de ces si longues années de plomb, dont la crise actuelle du capitalisme laisse peut-être entrevoir la fin, il est symptomatique que la circulation éditoriale dominante ait vu Aragon s’y effacer au profit de Céline, Hegel supplanté par Heidegger, Marx par Nietzsche, Bachelard par Althusser, Rousseau par Deleuze et Descartes par Foucault ; la dialectique évacuée par l’ontologie, l’enjeu social par les papotages sur les différences (ontologiquement) sociétales, et – le fond musical de tout cela est révélateur – les émancipations jazzistiques ou schönbergiennes par la loi d’airain de la métrique « barock » (l’isométrie rock ou baroque).

 

Mais c’est le « nietzschéisme de gauche » (dont le terme n’a été popularisé par Michel Onfray que récemment) qui va acquérir un statut d’idéologie de masse et devenir un prêt-à-porter idéologique. Jouer Nietzsche contre Marx – puisque c’est l’objectif numéro un du nietzschéisme de gauche – va permettre de saper, entre autres « acquis » des Lumières et du mouvement ouvrier, les fondamentaux suivants : la confiance dans l’action collective, le principe d’égalité et de fraternité entre les hommes, l’idée de progrès fondée sur la raison. Le retour de Nietzsche par la « gauche » banalise également les réflexes suivants : · Dépréciation de l-entendement et de la raison, primat de l-émotionnel et de l-intuitif sur le rationnel, lutte contre la pensée causale et systématique (jugée « plate » ou « répressive »).

· Différentialisme et interprétation des phénomènes sociaux au travers de prétendues « essences ethniques » (notamment en géopolitique)

· Abandon de la connaissance des rapports réels, recours au mythe

· Fuite dans la subjectivité « sublime, forcément sublime », agenouillement systématique devant les références littéraires (goût de _ l-écriture en « fragments » que l-on cite comme arguments d-autorité)

· Réduction de la connaissance à la seule utilité technique (pragmatisme).

 

Certes, aucun nietzschéen de gauche ne reprendrait à son compte tous ces thèmes à la fois, mais chacun joue sa partition dans le concert et parfois en toute bonne foi. C’est ainsi qu’on peut, comme Michel Surya, mon contradicteur dans le numéro précédent, se sentir tout aussi bien nietzschéen, subjectivement de gauche et même défendre « l’idée du communisme » ! Cela paraît sympathique de loin. Mais dans les détails, l’on comprend que cette belle idée hypothétique du communisme ou bien cette hypothèse idéique du communisme ne contient qu’une seule chose de concret, c’est qu’en son nom, l’on demande aux communistes, poliment et en toute candeur, d’abandonner la forme-parti, bref de se saborder. C’était la teneur d’une récente interview dans L’Humanité [3], mais le propos était déjà explicite et formulé moins galamment dans un célèbre pamphlet publié par Michel Surya et où, sous le prétexte d’une « union sacrée » anti-sarko, A. Badiou réglait ses vieux comptes avec le PCF et la CGT. Comme par hasard, l’obsolescence de la forme-parti est un discours qu’on tient plutôt aux communistes qu’aux trotskystes ou aux sociaux-démocrates. Bref, on prétend jeter en pâture aux communistes les signifiants « gauche » ou « communisme » pour mieux faire admettre l’abandon du marxisme comme pensée vivante (dans le cas du nietzschéisme de gauche) ou l’abandon de la forme-parti (dans le cas de « l’idée du communisme »).

 

Tout cela est fort cohérent. La dernière étape de destruction des acquis sociaux, c’est la destruction finale du Parti qui les a rendus possibles. Il est également dans l’ordre des choses que des revenants du gauchisme soixante-huitard se sentent une vocation pour cette ultime besogne. Tant que l’on n’aura pas établi la connexion intime entre ce néo-gauchisme et la réaction dans ses attributs les plus inquiétants, on ne pourra pas s’opposer efficacement à cette casse sociale généralisée.

 

26 Janvier 2011

 

[1] Il faut saluer également les travaux d’Y. Quiniou, dont Les Lettres françaises ont rendu compte.

[2] Michel Clouscard, « Les trente honteuses », in L’Humanité, 30 avril 2002

[3] Cf. A. Badiou dans L’Humanité du 20 janvier 2011.

 

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  Citer zée Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Feb 2011 à 22:07
Je crois que Nietzsche nous a concocté une philosophie de l'indifférence face aux malheurs des Hommes. Cette recherche de la neutralité fait qu'il n'est partisan de rien, ce qui est sa définition de libre penseur. En ce sens, il n'est ni réactionnaire, ni révolutionnaire.
Cependant, vu qu'il n'a pas été à la recherche de la fraternité, Je pense que Nietzsche est de droite (la droite philosophique).    

Edité par zée - 18 Feb 2011 à 22:29
Et Dieu dans tout ça ?
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  Citer DOXA Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Feb 2011 à 11:22
Il faut lire le bouquin de Domenico Losurdo " Nietzsche philosophe réactionnaire", en plus il est court !
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  Citer zée Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Feb 2011 à 15:31
ou sinon il faut lire Nietzsche...
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  Citer DOXA Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Feb 2011 à 13:53
vaut mieux etre déja immunisé avant !
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  Citer zée Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Feb 2011 à 14:39
"« Les hommes méchants n’ont point de chants. » D’où vient que les Russes aient des chants ?"
Crépuscule des idoles, Nietzsche

J'ai du mal à voir si Nietzsche sous entend que les russes ne devraient pas chanter puisque étant des "méchants" ou si il sous entend que les russes sont des bons.

C'est tout le problème du cas Nietzsche, c'est qu'il pratique l'auto-suggestion ce qui est sujet à interprétation et controverse...


Edité par zée - 20 Feb 2011 à 15:02
Et Dieu dans tout ça ?
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  Citer DOXA Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Feb 2011 à 14:43
fantastique
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  Citer Waldec Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 14 Apr 2011 à 10:37
Reprenons le débat. Pensez vous que la philosophie Nietzschéenne populaire dans les années 30 parmi les intellectuels sert surtout et avant tout à lutter contre la pensez marxiste grandissante pour revenir à la pensée individualiste et ethnocentrée tout en ayant une certaine radicalité. La Pensée marxiste qui retrouve une résurgence avec la révolution russe en 1917.    

Il est intéressant de voir d'un point de vue historique que face au Marxisme, la pensée des années 30 est irriguée par des penseur comme Nietzsche, Sorel, Kierkegaard, Bergson, Simmel,...

Ce qui est intéressant actuellement est de voir que les philosophes marxistes sont très attaqués. Verrons-nous un résurgence de la pensée vitaliste sous une autre forme réapparaître si une forte poussée sociale, voir un processus révolutionnaire en Europe voit poindre son nez .
Le temps n'attend pas.
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Johann allez vers le bas
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  Citer Johann Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Sep 2012 à 20:48
Bien sûr, l'idéologie de Nietzsche est totalement réactionnaire. Contrairement à la propagande d'Onfray, il est bien un précurseur de l'hitlérisme. Onfray ment continuellement sur l'idéologie de Nietzsche. Il masque tout ce qui pourrait aller contre sa propagande, et cela en fait des kilomètres de lecture purement et simplement... oubliés.

Nietzsche n'est ni de gauche, ni de droite (ici Onfray a raison, mais il dissimule soigneusement la suite), mais d'extrême droite, militariste et impérialiste, anti-démocratique, anti-égalitaire et esclavagiste, anti-humanitaire et anti-humaniste, colonialiste et anti-révolutionnaire, anit-hédoniste et anti-eudémoniste, eugéniste et totalement misogyne, bref un salopard. Ou plutôt un malade mental, l'un n'empêchant pas l'autre. Les vénérateurs de Nietzsche font croire qu'il a sombré dans la folie en janvier 1889 pour mieux escamoter le fait qu'il était dérangé du cerveau depuis son adolescence: maniaco-dépressif, mais le diagnostic est incomplet: trouble obsessionnel compulsif, mégalomanie. A partir de 1889, il n'est plus psychotique, car son cerveau est en partie détruit.

Les vénérateurs construisent patiemment une légende. Ils veulent veut faire croire qu'il a eu la syphilis (cause externe, l'honneur est sauf, l'idéologie aussi par conséquent!), lui qui entrant dans un bordel par accident à Cologne, n'a trouvé qu'un piano pour cacher son embarras et fuir la place dans les plus brefs délais. Mensonges donc à tous les étages sur la vie de Nietzsche, qu'il s'agit d'embellir alors que le personnage n'a cessé de mentir, de délirer et de se conduire en parfait hypocrite. Lui qui éructe, vocifère contre la pitié, dans ses lettres et ses textes il ne cesse de se plaindre de ses "souffrances" sans doute réelles, mais manifestement fortement exagérées, et bien utiles pour se soustraire constamment à ses obligations. Souffrances qu'il s'inflige à lui-même par superstition. Aussi une idéologie sous influence: il change d'avis comme d'amis ou comme de livres après lecture. Quand il est avec Wagner, il est antisémite et disciple de Schopenhauer, quand il est avec Rée, il est pour les Lumières, et quand il est seul, il revient à ses premières amours totalement réactionnaires et exige l'esclavage pour le bétail humain, l'esclavage qui est l'essence de la civilisation. Et l'oisiveté pour les "génies" dans son genre. Message reçu 5 sur 5 par un certain Hitler, qui contrairement à un prétendu philosophe, lisait Nietzsche dans le texte et pas dans des traductions gommant parfois la violence des propos.

Les héros de Nietzsche: Alcibiade, Alexandre le Grand, Jules César, Mahomet, César Borgia, Napoléon. Les deux derniers des modèles du surhomme.

Sources:
Le syndrome de Nietzsche
Nietzsche, il rebelle aristocratico
La destruction de la raison
Regards sur Nietzsche

A propos d'Onfray encore deux remarques.
- dans les conférences diffusées cet été sur France Culture, Onfray a dit à deux reprises que Marx n'aimait pas la Commune (la seconde fois même qu'il la détestait). Amusant comme mensonge, non? Qui en dit plus sur Onfray que sur Marx. D'autant plus amusant que notre amuseur médiatique en bon disciple de Nietzsche (en passant: encore un mensonge éhonté quand il nous fait croire que Nietzsche ne voulait pas de disciples...) nous cache que son mentor avait la Commune en abomination, de même que la Révolution française, comme Charlotte Corday. l'héroïne d'0nfray;
- Onfray parle de microfascisme à propos de ceux qui ne mettent pas en pratique leurs idées d'égalité dans la vie de tous les jours, notamment pour la gestion du ménage. Quand on regarde la manière dont se comporte Onfray avec Miller...
Il faut vivre commme on pense, sinon on finit par penser comme on a vécu.
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