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En Suisse aussi des patrons voyous

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T 34 allez vers le bas
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: En Suisse aussi des patrons voyous
    Envoyé : 03 Jul 2010 à 21:36
 Le conflit du travail chez Karton Deisswil SA (Suisse) : Quelles leçons en tirer ?

AUTEUR:  Maurizio COPPOLA

Traduit par  Andrés Salazar, révisé par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice

 
Le 8 avril 2010 les médias bernois annonçaient que l’usine de carton de Deiswil allait fermer  et licencier du jour au lendemain ses 253 salariés.
Pour mémoire : Karton Deisswil SA est une entreprise fondée il y a 134 ans par une famille du cru et qui a été vendue en 1990 à la  multinationale autrichienne Mayr-Melnhof (MM), qui actuellement domine le marché  mondial du  carton.

La manière dont les travailleurs ont appris la nouvelle montre déjà l’arrogance de la direction : ils n’ont pas été directement informés du licenciement en masse par la direction mais ont appris la nouvelle par les journaux et la radio – et de surcroît pendant les vacances annuelles.

La raison de cette fermeture serait le triplement  de la taxe-carbone sur le fioul qui  passerait début  2010 de trois à neuf centimes par litre.

De ce fait, même de nouveaux investissements ne garantiraient pas la rentabilité à long terme de l’entreprise. Il s’agit là d’un mensonge pur et simple, car l’Office fédéral de l’environnement a déclaré le 9 avril 2010 que l’entreprise ne payait pas du tout de taxes-carbone. 


Photo Keystone

Il suffit de jeter un coup d’œil  au rapport de gestion de MM pour se rendre compte que la fermeture a très peu à voir avec l’augmentation de la taxe-carbone, mais beaucoup avec la question de la répartition des profits entre les  actionnaires et l'entreprise. En effet, le groupe gestionnaire souhaiterait aussi à long terme reverser un tiers des bénéfices aux actionnaires. Le taux de retour sur capitaux propres, c’est-à-dire les profits produits par les salariés pour l’entreprise par rapport au capital investi par l'entreprise elle-même (environ 1.37 Mrd. CHF) s’élève à 16,9 % en 2009, c’est à dire 231 millions de francs suisses.  De plus, les actions MM ont enregistré une hausse de 41,9% en 2009. Parallèlement, le remplacement de la chaudière à mazout de l’usine à Deisswil par un système au méthane pour la production d’énergie- nécessiterait un investissement  de 100 millions de francs. Les comptes sont vite faits : pour accroître les bénéfices, on licencie les salarié-e-s et on ferme les usines !

La fermeture de l'usine était  prévisible depuis longtemps déjà. Car depuis plusieurs années, on n’a pas investi un centime à Deisswil, alors que la production était toujours rentable. MM ne s’intéressait plus à la production, mais visait à mettre les machines à la ferraille et à spéculer sur l’immobilier – une preuve de plus que le système de production capitaliste, qui  ne vise qu'à la maximisation du profit, ignore complètement les  besoins sociaux et humains!

 Huit semaines de conflit et une vente-surprise

 Le 12 avril 2010 la direction de l’entreprise a convoqué une assemblée du personnel  où  elle a fait part de la fermeture de l’usine et des licenciements. L'ambiance lors de cette assemblée était partagée : d’une part résignation et impuissance ;  que faire contre une multinationale qui contrôle la production mondiale de carton ? D'autre part, une colère assez forte pour permettre d’engager la lutte contre le capital transnational: « Le capitalisme essaie seulement d’augmenter les bénéfices sans la moindre considération pour les êtres humains. Nous devons nous opposer à cela », dit un salarié travaillant à Deisswil depuis plus de 30 ans.
Comment conjuguer ces ardeurs et ces ressentiments en un combat collectif pour le maintien de l’emploi et quel rôle attendre du syndicat ? C’est ce que nous verrons dans la deuxième partie de ce texte.Il est intéressant, ici, de voir comment ce conflit de travail s’est terminé. Car huit semaines après la première assemblée, un voyage à Vienne au siège du MM et des négociations relatives au plan social, une surprenante nouvelle est  tombée : avant le deuxième tour des négociations du plan social, prévu pour le 1er  juin, MM a vendu tout le paquet d’actions de Deisswil à un groupe d’investisseurs bernois gravitant autour du banquier Hans-Ulrich Müller (Crédit Suisse) à la condition que Deisswil ne produise plus de carton !

Cette nouvelle a été accueillie positivement. Même les syndicats parlent d'un « investisseur sérieux » dans les médias. Mais qu'est-ce que distingue un capitaliste autrichien d'un capitaliste bernois? Rien ! Car les deux gagnent leur argent en exploitant la main d'œuvre et en spéculant. Deisswil n’est-il  qu’une nouvelle étape de la carrière de Müller?Les négociations entre le syndicat UNIA et le repreneur ont abouti aux résultats suivants, consultables sur la page www.unia.ch:

•    Les nouveaux propriétaires prolongent le contrat collectif de travail (CCT) jusqu’en 2014;
•    Il sera proposé un nouveau contrat de travail à tous les salariés aux mêmes conditions matérielles;
•    Si l’entreprise devait se séparer de ses salariés dans les deux années à venir, elle devrait fournir un plan social décent;
•    Les collaborateurs qui décideraient de quitter l’entreprise de leur propre gré recevront une aide.

Il est difficile de porter un jugement positif sur ces accords. Une usine qui durant toute son histoire a produit du carton en restant rentable a été effectivement fermée. Et à ce jour les repreneurs ne garantissent que 50 emplois environ (papier à recycler, entreposage  et réhabilitation des bâtiments). Les nouveaux contrats ont certes été établis sur la base des anciennes clauses, mais sans supplément pour le travail de nuit ou de week-end, ce qui entraîne une réduction massive des salaires et précarise les conditions de vie des salarié-e-s.  En ce moment, ils « déblaient »le site en vue de nouveaux projets. Mais ce travail se terminera bientôt. Et après? Quel plan social  pour ceux qui seront licenciés ? Est-ce qu’ils trouveront un emploi sur un marché du travail qui, selon les statistiques officielles, a vu le licenciement de 53 978 personnes en 2009, ce qui fait une moyenne de 148 salarié-e-s par jour ? Est-ce que l’assurance chômage couvrira les besoins des personnes concernées ? La réponse des dirigeants politiques a été la quatrième révision de la loi de l’assurance chômage (voir la dernière édition d’Angles d’Attac). La crise économique et sociale frappe donc aussi la Suisse de plein fouet!

Les défis politico-syndicaux

 Outre l’analyse des résultats des négociations, c’est surtout le travail syndical effectué lors de ce conflit qui, du point de vue d’attac, présente de l’intérêt.  Nous abordons ici trois problèmes essentiels, apparus de façon récurrente durant toute la période du conflit. Bien sûr il s’agit d’un point de vue personnel de l’auteur qui n'est pas exhaustif, mais qui peut servir de base de discussion.

1.    Toute possibilité de lutte doit être utilisée dès le début pour sauver les postes de travail : Quand, le 12 avril, au cours de la première assemblée, on a annoncé la fermeture de l’usine et le licenciement de tout le personnel, il y avait dans les entrepôts environ 8000 tonnes de carton d’une valeur avoisinant les 8 millions de francs. Bien que les travailleurs aient été mis à pied dès le 12 avril, ils devaient rester prêts à travailler si on faisait appel à eux. De fait, une vingtaine de personnes a continué à travailler à l’expédition du carton en envoyant celui-ci par camions dans toute l’Europe. Il y avait là une possibilité de faire «  mal »  à l’entreprise en refusant de travailler et en immobilisant les stocks. Les travailleurs ont plusieurs fois souligné cette possibilité. Mais la position officielle d’Unia était différente : « En arrêtant  les machines, les propriétaires autrichiens nous ont ôté l'arme de la grève, la seule arme véritable du syndicat contre l’arrogance de la direction » (Area n°7, 7 mai 2010), a déclaré Corrado Pardini, responsable du secteur industriel d’Unia, dans le journal syndical italophone. Mais des représentant-e-s du syndicat se trouvaient tous les jours à Deisswil, alors, pourquoi de tels propos ?

Une autre divergence  au sein d’Unia concerne l’objectif du conflit. Une grande partie du personnel a répété sans cesse au cours des assemblées du personnel qu’il s’agissait d’abord de sauver les emplois. Dans le « Work » (édition allemande du journal d’Unia, n°8)  du 1er  mai, Roland Herzog, responsable de la section Unia de Berne, écrivait : « Avec un investissement d’environ 100 millions de Francs, on pourrait produire du carton de manière rentable pendant les 20 à 40 ans à venir ». Deux jours plus tôt, le 29 avril, Corrado Pardini déclarait dans le journal gratuit 20 Minuten  : « Les salarié-e-s se cramponnent encore à l’espoir d’un nouvel investisseur qui remettrait l'usine en marche. Mais Corrado Pardini, du syndicat Unia, n'y croit pas vraiment. Il revendique « au moins, un bon plan social. » Cette déclaration est en complète opposition avec la décision des salarié-e-s de ne pas parler de plan social jusqu'à la fin du délai de consultation (3 mai). Ces propos contradictoires tenus à peu de jours d’intervalle ont désorienté le personnel. Pour eux, la stratégie du syndicat, autrement dit de ses représentants, n’était pas claire. Ou est-ce que le syndicat avait d’emblée admis que la fermeture de l'usine de carton était inéluctable et visé un plan social?

Une seule chose est claire, dès le début, il y avait  possibilité de cesser le travail et d’empêcher le départ du carton en stock. Cela aurait été – comme Pardini le dit lui-même – la seule arme contre l’arrogance de la direction.

2.    Création de structures démocratiques de base au service des salarié-e-s : La deuxième problématique découle directement de la première. Des discussions autour de  la stratégie des salarié-e-s dans la lutte pour le travail ont été menées conjointement par le syndicat Unia, la commission du personnel et la section syndicale d’entreprise d’Unia.  Ce groupe comptait environ  15 participants qui se rencontraient régulièrement. Toutefois l’ensemble du personnel a rarement été associé à ces discussions. La plupart des travailleurs n’a presque jamais pu faire entendre son avis. Dans un conflit du travail, comme d'autres exemples l'ont  bien montré, il est indispensable de tenir régulièrement des assemblées générales des salarié-e-s (par exemple tous les deux jours) afin que a/ le personnel soit au courant des derniers événements , b/ puisse prendre des décisions démocratiques émanant de la totalité du personnel et c/ raviver sans cesse le sentiment qu’on est  ensemble et solidaire.

Il ne faut pas à sous-estimer ce dernier point, car c’est à partir de là que l’on peut lancer de nouvelles actions qui renforceront l’unité du personnel  et permettront de sensibiliser la population. Les activités qui ont été organisées autour du conflit ont confirmé cette analyse (manifestation de solidarité le 17 avril, présentation du film „Giù le mani dall'officina“ le 19 avril, une exposition et des repas de midi pris en commun). Si de tels moments s’étaient répétés régulièrement, la discussion autour de l'arrêt du travail et de l’immobilisation du carton en stock aurait sans doute démarré plus tôt. Rien ne permet de dire que cela aurait vraiment été fait, mais au moins les conditions auraient été créées.

3.    Bureaucratie syndicale contre mouvement social syndical : Les expériences menées avec les personnes solidaires avec les travailleurs sont inégales : d’une part, celles-ci ont réussi  en quelques semaines à créer un climat de confiance avec les salarié-e-s, ce qui a permis d’organiser des actions communes. Outre les déjeuners communs et la projection du film, les salarié-e-s ont pu rédiger eux-mêmes un journal d’usine qui a été largement distribué (à Vienne, le 1er  mai, etc.). D'autre part, la coopération avec le syndicat a été plus difficile, surtout au début. Les personnes « extérieures » n’ont pas été informées des derniers événements et ont même été marginalisées. On a eu l’impression que le syndicat voulait « monopoliser » ce conflit.  Sur ce point aussi l’expérience a montré que la création d’un mouvement social syndical ne peut qu’être bénéfique aux conflits de travail. Car se mettre en réseau avec des soutiens extérieurs et avec d’autres travailleurs/ses en lutte transforme un combat isolé en une mise en question sociale  de notre société capitaliste, entraînant un débat sur les possibilités de la dépasser.

Une fois de plus, un conflit du travail a posé la question du rôle et du fonctionnement des syndicats dans notre société. Ce n’est pas la moindre des tâches de  mouvements populaires comme attac que de poser de telles questions, d’y confronter les  syndicats et de formuler des réponses permettant aux salarié-e-s de s'auto-organiser et de mener une lutte émancipatrice pour des conditions de travail et de vie sociales et humaines.


Source : attac Suisse-Der Arbeitskonflikt bei Karton Deisswil AG (Schweiz): Welche Lehren daraus ziehen?

Article original publié le 16/6/2010 

Patria socialismo o muerte

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  Citer Crépuscule Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Jul 2010 à 18:00
Encore du vice... Comme quoi cela confirme _encore une fois_ que l'argent a une odeur.
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  Citer Letué Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Jun 2013 à 14:41
Une usine, comme il y en a eu tant d'autres de fermées en France depuis quelques années. On en dénombre pas moins de 1.000 petites usines en deux-trois ans, c'est absolument énorme !
Et pendant ce temps là, on nous bombarde d'émissions, d'articles de journaux sur le mariage pour tous. Dans quel but ? Le but évident de nous faire changer de trajectoire, et de mettre un voile sur les licenciements abusifs et les fermetures d'usines par manque de productivité.
La solution ? A l'échelle française, il n'y en a presque pas, hormis construire des plans sociaux plus humains et mieux adaptée pour la reprise du travail.
Le principal problème reste une question de coûts : pourquoi les patrons capitalistes chercheraient ils à embaucher 100 ouvriers en France alors qu'ils peuvent en embaucher 250 au même prix en Asie, et qui travaillent plus longtemps ?
L'avenir en France passera par le secteur tertiaire, en gros les services. Mais on change complétement de secteur, et il faudrait des formations pour former toute ces personnes !
Comme elles sont au chômage, ce ne sont pas elles qui paieront, et encore moins l'Etat.
Comment faire travailler un homme qui a assemblé toute sa vie des cartons dans une administration ? Il faut un certain temps d'adaptation à un tout nouvel environnement, un cadre professionel bien différent. Et une entreprise ne voudra jamais payer des formations à des personnes de 40 ans alors que des jeunes sortent tout droit des lycées avec leurs diplômes et toutes les aptitudes requises en poche pour travailler.
Tout un monde à refaire. Mais ça va bientôt changer, du moins je l'espère fortement. En tout cas, plusieurs manifestations s'étendent dans la zone euro : en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Allemagne (actuellement à Franfort), en Turquie, même en Suède, un pays qu'on croyait épargné par ce type de violences.
Malheureusement encore, c'est à nouveau l'extrême droite qui prônent, avec leurs théories fallacieuses et dénués de tout sens en tête du cortège.
Camarades, il faut que les choses changent !
Bougez, réagissez, prenez part à des conférences, sortez dans la rue, informez, mais ne restez pas de marbre ! Une sortie de crise se fera obligatoirement avec une sortie du capitalisme. La sortie de la dernière crise s'est faite avec les pays émergeants, maintenant que eux aussi sont touchés, il va falloir mettre fin à ce système capitaliste minable !
Bien plus qu'une idélogie, beaucoup plus qu'un combat.
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Dominique allez vers le bas
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  Citer Dominique Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Aug 2013 à 12:52
Si je ne me trompe pas, il y avait 253 employés en 2010 quand ils furent licenciés. Un petit calcul. On a une usine rentable et le patron licencie. Au lieu de cela, on licencie le patron et son conseil d'administration, cela fait un licenciement. 231 millions de frances peuvent être gagnés en une année par l'entreprise. Moins les 100 millions d'investissement, il reste 131 millions, soit 517'786 francs et 56 centimes par employés. Même une fois déduit toute les charges sociales et les impôts, cela reste un salaire largement supérieur à la moyenne des salaires suisses.

Sans conseil d'administration, l'entreprise pourrait investir 100 millions par année dans son outil de production tout en payant ses salariés plus de 500 milles balles par an. Chercher l'arnaque.
« Je suis cette voie-là, suivez-moi et nous y arriverons ensemble. » Richard M. Stallman
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