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Burkina Faso / Thomas Sankara

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Oct 2011 à 18:39

Thomas Sankara : le Che africain meurt le 15 octobre 1987

 

Lode Vanoost

 
Thomas Sankara, président du Burkina Faso, est assassiné le 15 octobre 1987, sept jours après son dernier discours public en hommage à Che Guevara. Il n'a jamais joui de la célébrité de son illustre modèle. A tort. Sankara reste le héros de nombreux Africains. Il est le Che africain.

Il persiste un mythe lancinant qui ne veut pas s'effacer : l'Afrique ne serait pas apte à porter des dirigeants responsables. Vraiment ? Aucun pays africain n'a connu la démocratie après la décolonisation. Sans exception, les leaders africains se sont avérés être des autocrates, des hommes corrompus ou des tyrans sanguinaires. Ils ne souhaitaient qu'une seule chose : être le plus riche possible, le plus vite possible. Voilà ce qu'est l'Afrique. Du moins, c'est ce que veulent faire croire les médias de masse des anciennes puissances coloniales.


 
Les vieux kleenex

Les exemples sont nombreux : Mobutu a fui le Zaïre (Congo) avec une fortune équivalente à la moitié de la dette du pays, le grotesque Bokassa en Centrafrique, l'horrible Idi Amin en Ouganda, Siad Barre en Somalie, Houphouët-Boigny en Côte d'Ivoire et Blaise Compaoré au Burkina Faso. Et j'en passe.
Ces hommes (il ne s'agit en effet que d' « hommes ») présentaient des similitudes : ils sont arrivés au pouvoir par la violence, forts d'un soutien total et illimité des forces militaires de leurs anciens colonisateurs, de larges fonds mis à disposition par le FMI et la Banque mondiale, la répression et l'exploitation de leur propre peuple. Et tous ont été largués par ces mêmes alliés comme des vieux kleenex une fois qu'ils arrêtèrent de servir les intérêts occidentaux.
L'un des criminels cités ci-dessus s'accroche toujours au pouvoir : Blaise Compaoré au Burkina Faso. Il a accédé au pouvoir par un coup d'Etat il y a 24 ans, le 15 octobre 1987. Ce jour-là, il tue son prédécesseur Thomas Sankara qui avait à peine 38 ans. Sankara était devenu président en 1983 de la Haute Volta après un coup d'Etat militaire contre un dictateur militaire. Ce coup d'Etat avait cependant profité d'un large soutien au sein de la population. L'on en comprendra très vite la raison.
 
Renault R5
Sankara est celui qui abandonne le nom colonial de Haute Volta et le remplace par Burkina Faso (littéralement : Pays des Hommes Droits = des gens justes). Il ne sera resté que quatre an au pouvoir mais ce furent quatre années incroyables pour le peuple du Burkina Faso. En à peine trois ans, il réussit à rendre le pays autosuffisant pour son alimentation. Le pays était jusqu'alors complètement tributaire de l'aide alimentaire pour combattre les famines qui s'abattait en permanence sur le pays.
Il était le premier dirigeant africain à nommer des femmes ministres (et pas pour les portefeuilles « Affaires féminines » ou « Planning familial »). Il fait interdire la polygamie et approuve des lois contre la violence conjugale. Il partage les terres abandonnées par les chefs tribaux féodaux entre les fermiers.
Il était aussi le premier leader africain à reconnaître le fléau du Sida ouvertement, à mettre en place un projet d'envergure visant l'amélioration des infrastructures publiques (routes, écoles, hôpitaux) et à refuser les prêts de capitaux étrangers. Il condamna ouvertement le FMI et la Banque mondiale d'être des instruments néocoloniaux (à raison).
La petite élite fortunée pro-française devait également y passer. Les salaires des hauts fonctionnaires furent drastiquement revus à la baisse. Il vendit la flotte complète de véhicules Mercedes des autorités publiques, diminua son propre salaire pour l'établir à 450 dollars par mois et roulait lui-même dans une petite Renault R5.
Il abolit cette habitude africaine de placarder partout des portraits du président. En outre, il mit un terme aux voyages en Business-class des hauts fonctionnaires et initia une campagne d'anti-corruption. Il n'hésita pas non plus à critiquer ouvertement ses homologues à travers l'Afrique.

Cela ne plut pas à Houphouët-Boigny, dictateur de la Côte d'Ivoire limitrophe. Il avait en effet été accusé par Sankara d'être un dictateur sanguinaire mais aussi d'avoir un intérêt économique direct à maintenir la pauvreté du pays voisin, le Burkina Faso. En effet, le commerce florissant du cacao en Côte d’Ivoire dépendait en grande partie de la main-d'œuvre bradée des pauvres immigrants du Burkina Faso.
Grâce au soutien logistique de la France, Houphouët-Boigny put convaincre le successeur de Sankara, Blaise Compaoré, d'organiser un coup d'Etat. Aujourd'hui, Compaoré est encore et toujours le meilleur allié de la France en Afrique de l'Ouest. Il est d'ailleurs l'un des Africains les plus riches alors que le Burkina Faso est redevenu un des pays les plus pauvres d'Afrique, croulant sous une montagne de dettes envers le FMI et la Banque mondiale.
Sankara serait-il resté le leader prometteur qu'il fut durant quatre ans ? Nous ne le saurons jamais. Tout comme nous ne saurons jamais si Patrice Lumumba, premier ministre du Congo indépendant, aurait tenu ses promesses.
Une chose est néanmoins sûre : aucun de ces deux hommes n'ont eu l'occasion de le prouver. Une seule raison à cela : le riche Occident n'appréciait pas le programme soutenu par Sankara et consorts. Il ne servait pas les intérêts des anciens colons.
C'est un mythe d'affirmer qu'il n'existe pas de leadership africain responsable. C'est par contre une réalité d'affirmer que l'Occident a nui au leadership africain.

Sankara, Lumumba, Amilcar Cabral et beaucoup d'autres étaient de vrais dirigeants africains. Si nous, l'Europe, avions un jour envisagé de « développer » l'Afrique, ce sont ces leaders que nous aurions soutenu.

Lode Vanoost
Lode Vanoost a été député (1995-2003) et est depuis conseiller pour les institutions internationales des Balkans (Kosovo, Monténégro, Albanie, Macédoine et Serbie), du Caucase (Arménie), d'Asie (Timor oriental) et d'Afrique (Niger, Bénin, Congo-Kinshasa et Burundi).


Edité par T 34 - 16 Oct 2012 à 17:25
Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Oct 2012 à 17:29

Il y a 25 ans, Thomas Sankara était assassiné : Ses visions sont vivantes comme jamais !

 
Communiqué de presse d’Africavenir
 

Berlin le 9 août 2012

Il y a 25 ans, la communauté internationale soutenait le meurtre brutal de Thomas Sankara, président du Burkina Faso, de manière active ou du moins en le passant sous silence. Par cet acte, une chose a définitivement été démontré : la « communauté internationale » n’a pas interêt au développement indépendent de l’Afrique. Blaise Compaoré, qui est au pouvoir depuis la mort de Sankara, est l’homme présumé avoir tiré les ficelles de l’assassinat – vraisemblablement, il a été appuyé par la France, la Côte d’Ivoire et la Libye. Aujourd’hui, Compaoré est internationalement courtisé comme pacificateur. Le régime de l’aide « humanitaire » et de l’aide « au développement » - pour Sankara la continuation des dépendances coloniales – semble avoir triomphé. Mais les visions socio-politiques de Sankara sont vivantes comme jamais, surtout parmis les jeunes de l’Afrique et de sa diaspora. Sankara, comme aucune autre personne, a démontré qu’un développement autocentré de l’Afrique par ses propres forces est possible. A l’occasion du 25ème anniversaire de sa mort, AfricAvenir appelle à célébrer l’œuvre de Sankara également en Allemagne. À l’occasion du 25ème anniversaire de la mort de Thomas Sankara le 15 octobre 2012, AfricAvenir organise en coopération avec le Cercle d’études Panafricanisme Munich (Arbeitskreis Panafrikanismus München), l’Association Sénégalaise au land Hessen (Senegalesische Vereinigung im Land Hessen) et l’Associoation Stoffwechsel à Karlsruhe une série d’activités et une campagne de publicité sur l’impact politique, économique et social de l’œuvre de Sankara. Tous les organismes et groupes sont appelés de se joindre à cette commémoration.

Pendant son bref mandat comme président du Burkina Faso (1984-1987), Thomas Sankara a déclanché nombreuses réformes, qui étaient toutes guidées par la volonté rigoreuse de l’amélioration de la condition de vie des Burkinabè. À la plus grande surprise de la « communauté internationale », ces réformes ont très rapidement aboutis et ont eu un impact énormes, par exemple dans la mise en œuvre d’une gouvernance responsable, l’amélioration de l’éducation et de la santé public ou la promotion des circuits économiques locaux et régionaux.

L’autosuffisance du Burkina Faso était une priorité essentielle pour Thomas Sankara. Sa politique ciblait non seulement la sécurité alimentaire, mais le principe beaucoup plus ambitieuxl de souveraineté alimentaire. Il considérait l’aide (au développement) comme la continuation des dépendences coloniales : « Nous devons mettre de côté ces aides par notre grande production. Il faut réussir à produire plus […] parce que il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte également ses volontés. » (1986)

En encourageant et en développant les structures de la petite paysannerie Sankara parvint à rendre ce pays climatiquement défavorisé qu’est le Burkina Faso indépendant de toute importation alimentaire. Plus que ça : le pays commencait même à exporter des denrées dans la région (!) – à peine imaginable aujourd’hui que le pays dépend est totalement dépendant de ces importations d’aliments et souffre actuellement de nouveau d’une crise alimentaire. Sankara ciblait aussi le développement et la promotion des chaînes et des réseaux de valeur ajoutée locales et nationales ainsi que des circuits économiques locaux et régionaux. Le Burkina devait produire au niveau local/national ce qu’il consommait et consommer ce qui était produit au niveau local/national – une motivation à renforcer la production du pays – afin d’acquérir une certaine indépendance économique et politique. Des entreprises publiques étaient redressés et assainies, ce qui était salué par la Banque Mondiale.

Pendant le mandat de Sankara, les dépenses de l’état (entre autres pour les véhicules couteux du gouvernement et les billets d’avion 1ère classe) étaient drastiquement réduites, et les moyens libérés étaient investis dans des projets au profit de la population. Les fonctionnaires devaient faire l’exemple de l’homme d’Etat incorruptible et honnête ; aussi en référence au nouveau nom du pays : Burkina Faso, le « Pays des hommes intègres ».

Dans le domaine de l’égalité des sexes, Sankara était non seulement d’un visionnaire, mais un précurseur réaliste et efficace. Il s’engagait de manière crédible avec des programmes concrets renforcants l’égalité de la femme et la suppression des structures patriarcales obsolètes. Il responsabilisait les femmes par exemple en nommant plusieures femmes compétentes à des postes des ministres – presque une nouveauté mondiale à l’époque ! « Si nous perdons le combat pour la libération de la femme, nous aurons perdu tout droit d’espérer une transformation positive supérieure de la société. » (1987)

Au niveau international, Sankara dénoncait la politique injuste de la dette, obstacle au développement des peuples – un sujet de grande actualité dans le contexte de la crise de l’Euro. Des concepts comme la viabilité et la légitimité de la dette qui entreront seulement beaucoup plus tard dans le discours politique de développement, Sankara les défendait déjà en son temps avec assurance et fermeté. « La dette sous sa forme actuelle, est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. » (1987)

Il revendiquait une communication d’égal à égal avec les anciens colonisateurs, le FMI et la Banque Mondiale, mais échoua entre les fronts de la Guerre Froide et surtout face à la politique néocoloniale de la France. Le 15 octobre 1987, Sankara était assassiné dans un coup d’Etat militaire sous le commandement présumé de son ami et suppôt Blaise Compaoré – qui ce jour là pris le pouvoir et l’exerce jusqu’aujourd’hui (!).

Le fait que Sankara ait réalisé tant de réformes dans cette courte période démontre ce qui est possible en Afrique et renforce ceux qui cherchent des voies de développement alternatives au-delà des exportations de matières premières, du libre-échange et de la pérennisation des importations alimentaires. Didier Awadi, la star incontestée du hip-hop ouest-africain, l’exprime avec ces mots : « Sankara c’est mon idole, mon maître à penser. La trajectoire de sa vie m’inspire. C’est pourquoi j’essaie chaque jour d’en apprendre un peu plus sur lui et au fur et à mesure que j’avance tout me pousse à dire que c’est un bon modèle.Oui voilà, c’est le bon modèle ! » (2011)

Plus d’informations sur : www.africavenir.org

Contact Presse : AfricAvenir International e.V.

Eric van Grasdorff 0177-7545788

e.vangrasdorff at africavenir.org



Sankara, la révolution et l’émancipation des femmes
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Oct 2012 à 17:10

La patrie ou la mort

 
Gerd Schumann
 

L’histoire nous rappelle que Thomas Sankara, le père du Burkina Faso libre, a été assassiné il y a 25 ans. Mais ses idées restent incontournables pour la libération de l’Afrique.

"Soyez fiers d’être Noirs"

(Thomas Sankara, 1949- 1987)

 On demandait un jour à Thomas Sankara, alors Président du Burkina Faso (entre 1983 et 1987), quels livres il emporterait sur une île déserte. Celui-ci répondit : «  ‘L’État et la révolution’  de Lénine, évidemment. » Il pourrait « en donner différentes interprétations, selon son état d’esprit du moment. » Il prendrait également La Bible et le Coran. Concernant leur interprétation, il expliquait plus loin : « Riches et pauvres ne peuvent avoir de morale commune. La Bible et le Coran ne peuvent pas être dans la même mesure au service des exploiteurs et à celui du peuple exploité. Il doit donc y avoir deux versions. »
 
Non, les pays pauvres n’étaient plus à même de rembourser leurs dettes supposées envers les pays riches, des intérêts usuraires et des conditions draconiennes les enfonçaient toujours plus profondément dans la misère. Logiquement Sankara a donc incité les chefs d’État du continent, réunis à Addis-Abeba pour un congrès de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à s’opposer aux bailleurs de fonds occidentaux. Il fallait former un front commun panafricain et solidaire.
 
Avec son insolence coutumière et un sourire, disons-le, matois, il déclenche les rires de l’assemblée : « Qui ne souhaite pas qu’on lui remette ses dettes ? Celui qui ne le souhaite pas peut quitter la salle immédiatement, monter dans un avion et aller s’acquitter auprès de la Banque mondiale ! Nous le souhaitons tous ! » Mais ce grand bonhomme - deux mètres de haut ! - mince, alors âgé de 37 ans, se trompait. Il avait ajouté :«Si le Burkina Faso est le seul à dire non, je n’assisterai pas à la prochaine conférence. » C’était en juillet 1987 - trois mois avant son assassinat.

Après avoir assassiné Sankara, on s’est débarrassé de son corps

C’est le jeudi 15 octobre 1987  vers 16 heures qu’a été mis un point final aux quatre années d’histoire du Burkina Faso indépendant. Un groupe de soldats d’élite de la garde personnelle de Blaise Compaoré, le deuxième personnage de l’État et soi-disant ami de Sankara, prend d’assaut le siège du Conseil national de la révolution dans la capitale, Ouagadougou. Ils abattent le Président et au moins douze de ses compagnons - certaines sources font état d’une centaine de morts. Les restes du corps lacéré de Sankara sont transportés de nuit à l’Est de la ville, à Dagnoin, une localité sauvage, très à l’écart. Selon le journaliste Joseph Barth de l’hebdomadaire autrichien Nachrichtenmagazin profil, « l’homme politique peut-être le plus doué de toute l’Afrique a été enterré dans un cimetière abandonné et couvert de lambeaux de plastique, qui ressemble plutôt à une décharge qu’à un jardin du souvenir. »
 
Rien ne doit subsister - ce sont les ordres de Compaoré. Cela s’appelle refouler l’histoire. La famille de Sankara est persécutée, sa femme Mariam doit s’exiler. Des dossiers disparaissent. On répand des calomnies. Le signe distinctif de Sankara, son inébranlable intégrité, doit être mis en pièces et avec lui le succès d’une libération du joug colonial. Les sbires de Compaoré mettent sens dessus-dessous la maisonnette d’argile du Président, racontent partout qu’il s’était enrichi. Mais ils ne trouvent rien qui puisse ternir la réputation du leader de la révolution. Sankara était mort comme il avait vécu : les poches vides.
 
Lieu du crime : la Haute-Volta, jusqu’à ce 4 août 1984, où le gouvernement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution, l’a rebaptisé Burkina Faso (Pays des hommes intègres) et en même temps lui a donné un autre drapeau et d’autres armes : étoile rouge sur fond jaune, un livre ouvert et une kalachnikov croisée avec une houe - le symbole, en contradiction avec l’air du temps, d’une évasion hors d’une pseudo-indépendance, accordée en 1960 par la France à sa colonie, en s’assurant de pouvoir continuer à la piller sans aucune interruption. Une politique pratiquée dans une grande partie de l’Afrique occidentale et - bien - nommée jusqu’à nos jours « la Françafrique. »
 
En octobre 1983, le Président Thomas Sankara avait ainsi dépeint le statut de son pays au cours d’une conférence de presse tenue en marge d’un sommet franco-africain à Vittel : « La politique africaine de la France est très française, c’est à dire qu’elle ressemble à la politique passée de la France. Auparavant la France était présente dans divers pays africains, afin d’y maintenir en place un chef d’État, dirigeant ou roitelet à sa botte ou bien de le remplacer par un nouveau. Et cela n’a pas changé. »
 
Les produits alimentaires étaient importés d’Europe, et c’est la France qui dictait sa politique à Ouagadougou. « Aujourd’hui encore l’ambassade de France est juste à côté du palais présidentiel. En Côte-d’Ivoire, un tunnel reliait même l’ambassade au siège du gouvernement du Président Houphouët-Boigny», rapporte en 2008 Fidèle Kientega, ex-conseiller de Sankara et plus tard député au Parlement burkinabé, dans une conversation avec le journaliste Karl Rössel. La misère était ainsi programmée pour tourner en boucle.
 
En Haute-Volta, un pays de 16 millions d’habitants sur une surface comparable à celle de l’Italie, de l’Équateur ou de la Nouvelle-Zélande, le taux d’analphabétisme est supérieur à 90% , l’espérance de vie se situe autour de 40 ans, la mortalité infantile est élevée, on compte un médecin pour 50 000 habitants. C’est à juste titre que le pays passe pour l’un des plus misérables d’un continent constamment violenté au cours de l’histoire. Pas d’accès à la mer, au Nord le désert, une agriculture antédiluvienne. La principale source de revenus provient des fonds qu’envoient les migrants qui par millions vont se vendre à bas prix dans les plantations des grands propriétaires de la Côte d’Ivoire voisine, le grenier à blé de la façade atlantique africaine.

Un homme impatient

 Sankara, né en 1949 dans une famille catholique comptant au total dix enfants, avait eu de la chance : non seulement son père l’avait envoyé à l’école où il avait fait de bonnes études, mais il avait eu ensuite la possibilité d’acquérir une qualification supplémentaire à l’étranger - une chance réservée à quelques centaines seulement de Voltaïques. Dans le cadre de sa formation d’officier, il a fréquenté des académies militaires à Madagascar, en France et au Maroc. Il aurait également été auditeur libre au Centre culturel soviétique d’Ouagadougou. Et « très tôt », selon les archives de renseignement Munzinger, il aurait passé pour quelqu’un « d’extrême-gauche .» Selon Jerry Rawlings, l'un de ses très proches et futur Président du Ghana (de 1981 à 2001), « c’était un homme très impatient. On ne peut pas se permettre d’être patient face à une telle misère. Les gens n’ont pas d’eau potable, ils ont faim - dans ce cas, tout le monde a le droit d’être impatient. »
 
Une inquiétude bien compréhensible s’empara de Paris lorsque Sankara se mit à faire de plus en plus parler de lui en Haute-Volta. Apprécié pour ses talents musicaux - il était guitariste dans le jazz-band Tout à coup Jazz - ainsi que pour ses activités de footballeur et ses folles équipées à moto sur les pistes de sable rouge de la ville, mais aussi et surtout pour ses brillantes capacités d’orateur, qui lui permettaient de populariser ses positions clairement anti-impérialistes, le jeune homme était depuis longtemps populaire dans tout le pays. Lorsque le jeune capitaine de paras finit, après deux putschs militaires (en 1980 et 1982) par devenir Premier Ministre en 1983, le Président de la République, François Mitterrand, inquiet, envoie à Ouagadougou Guy Penne, son conseiller politique pour l’Afrique. Le 16 mai il a des conversations, le 17 Sankara et ses deux compagnons connus pour être « de gauche » sont arrêtés.   Des quatre hommes qu’on nommera plus tard « les chefs historiques de la révolution », seul est épargné Blaise Compaoré.

À Harlem

Avant d’être libéré en août 1983 de sa prison à Ouagadougou par un vaste mouvement de révolte populaire qui marquait le début d’une révolution largement non-violente, Sankara écrit à Maurice Bishop. Il connaissait personnellement celui-ci, Premier ministre entre 1979 et 1983 de La Grenade, une petite île de la Caraïbe, et avait discuté avec lui une nuit entière des moyens de se libérer ensemble de l’étreinte impérialiste. Mais Bishop ne recevra jamais la lettre. Le 19 octobre 1983 il a été exécuté par des « conspirateurs maoïstes », a-t-on dit. Les USA envoyèrent immédiatement des marines en Grenade et mirent fin aux relations amicales qui liaient l’île à Cuba et au Nicaragua. Et La Grenade réintégra le pré carré du Big Brother anglo-US.
 
Sankara ne put qu’évoquer le souvenir de Bishop à une manifestation organisée la veille d’une Assemblée générale des Nations Unies à Harlem, le cœur afro-américain de New-York et des USA. Il sort alors son pistolet de sa ceinture et le lève. Il est chargé, dit-il. Il déchaîne les ovations en déclarant « Balle pour balle ! » et en ajoutant « Je veux vous montrer que je suis prêt pour le combat contre l’impérialisme. » et que « ‘le Harlem Noir’  était pour lui la véritable Maison Blanche. » Il invite des représentants du quartier à un festival à Ouagadougou. « Là où se retrouvent tous les peuples africains, Harlem est aussi à sa place. Soyez fiers d’être noirs.»
 
Le lendemain, à l’Assemblée générale de l’ONU, Sankara déclare : « Je parle au nom de ces millions de gens qui vivent dans des ghettos simplement parce que leur peau est noire. Nous nous considérons comme les héritiers de toutes les révolutions du monde.» Il se rend à la Havane, conclut plusieurs accords bilatéraux, Cuba envoie des spécialistes de l’agriculture et de la santé en Afrique de l’Ouest, de jeunes Burkinabés vont faire leurs études à Cuba. Sankara se montre solidaire des sandinistes au Nicaragua. Alors «l’ambassadeur US s’est présenté pour lui demander de ne pas se mêler des affaires des USA», raconte Fidèle Kientega. Sankara envoie promener le représentant de Washington et le met à la porte. « Thomas traitait tout le monde avec respect, mais ne mâchait jamais ses mots », selon Kientega.
 
Au cours d’une conférence de presse avec Mitterrand, une journaliste du quotidien catholique La Croix essaie de mettre Sankara en difficulté en évoquant ses contacts avec les pays socialistes, qui « poseraient problème. » Ce dernier s’en tient aux faits:  « Je me suis rendu à Moscou, à Cuba et ailleurs. Mais plus encore. Nous entretenons d’excellentes relations avec ces pays et leurs dirigeants.» Le Président français jette de biais un regard assassin à Sankara, puis se détourne. «  Nous avons des projets de développement importants et nous cherchons des partenaires. Si un pays plus proche du nôtre veut nous épargner d’aller courir à Moscou, nous n’y voyons aucun inconvénient. Jamais je n’ai refusé une aide qu’on m’a offerte. Ce qui me manque, c’est une collaboration que d’autres sont de toute évidence prêts à financer. » Cette fois, Mitterrand ne peut s’empêcher de sourire, ce qu’il cherche à cacher en mettant la main devant sa bouche.
 
Sankara portait désormais tout l’espoir du Sud - il était devenu, dit Munzinger, « une sorte de star politique internationale ». Il avait réalisé l’impensable dans l’Afrique d’alors. Le continent semblait terrassé, dompté et enchaîné. Les États qui avaient accédé à l’indépendance dans les années soixante avaient perdu leurs leaders anticolonialistes, Lumumba au premier chef; les mouvements de libération populaires victorieux dans les années 70 - en Angola, au Mozambique - étaient attaqués par des bandits armés sponsorisés par les USA, d’autres pays minés par la faim, le pillage et la gabegie, l’apartheid et l’injustice, et le bloc du « socialisme réel » était déjà largement paralysé par son propre déclin économique. Le Burkina Faso échappe à la tendance générale.

Les débuts de la révolution

 Première étape: la lutte contre la corruption. Sankara, le chef de la révolution, roule en R5. Adieu l’écurie Mercedes haut de gamme des précédents gouvernements: on la remplace par des Renault petit modèle. On supprime les vols en classe de luxe pour les représentants de l’État, on abolit tous les privilèges, les indemnités sont adaptées au (bas) salaire moyen du pays. Kientega déclare : « Ce sont cette sincérité et cette abnégation qui m’ont le plus impressionné, et aussi la fierté des succès acquis que ressentaient bien des gens de notre pays, jusque-là comptés pour moins que rien. » Deuxième étape : on vaccine gratuitement deux millions et demi d’enfants, dont beaucoup venaient de la Côte d’Ivoire voisine, réputée plus riche. En peu de temps, la mortalité infantile est divisée par deux. L'impôt de capitation sur les paysans est supprimé. La domination féodale de chefs de clan est mise en question, une réforme agraire entreprise. Enfin une révolution culturelle doit aboutir à assurer à tous l’accès au savoir et à instaurer l’égalité pour les femmes.
 
« Les enfants étaient considérés comme l’espoir de la révolution », dit Jonas Sawadogo dans un documentaire télévisé (à recommander) de Robin Shuffield : « Thomas Sankara - le Che Guevara africain » (l’original français, Thomas Sankara, l’homme intègre est visible sur Youtube). Tous les enfants faisaient partie des pionniers, quelle que soit leur origine, avaient les mêmes droits, portaient les mêmes vêtements, recevaient une éducation « contre la cupidité, l’égoïsme et l’égocentrisme. » Comme on demandait à Sankara pendant une réunion scolaire comment il se situait par rapport à l’émancipation des femmes, il répondit : « L’éducation féodale nous enseigne que les filles sont inférieures aux garçons. Quand une fille est enceinte, on la met à la porte de l’école. Personne ne demande si le partenaire sexuel qui lui a fait l’enfant est dans la même classe qu’elle. Et même dans ce cas, il ne serait pas inquiété. »
 
Le Burkina Faso exerce alors un leadership mondial dans la lutte contre les cruautés féodales et religieuses: on interdit l’excision et la polygamie. On distribue des moyens contraceptifs, des bataillons de femmes sont créés. Le machisme traditionnel est mis en question. Des femmes scandent : « À bas les maris qui nous battent ! » Le 8 mars, pour la Journée internationale des femmes, les hommes sont pour la première fois tenus d’aller au marché à la place de leurs femmes et de s’acquitter ensuite des tâches domestiques. Sankara estime que « toutes les femmes doivent avoir la possibilité de gagner leur vie de manière honnête et digne. » Il déteste la prostitution et les humiliations.

Une véritable indépendance

Cet homme grand et sec, vêtu en général d’un treillis et coiffé d’une toque rouge, expose de manière imagée les voies d’une indépendance effective pour le Burkina Faso : « Certains demandent: Où est l’impérialisme? Dans vos assiettes. Importer du maïs, du riz, des pois chiches, c’est cela l’impérialisme !» Il sait que « la main qui me nourrit a tout pouvoir sur moi. Après le retrait formel de la France, en 1960, l’élite citadine s’est fait entretenir par le capital étranger, s’est enrichie de la  prétendue « aide au développement », tandis que la population rurale, prisonnière de structures dépendantes, s’enfonçait dans la misère. »
 
Maintenant le Président déclare: «  Notre pays produit suffisamment pour nous nourrir. (...) Les produits alimentaires qu’on nous fournit nous paralysent. Ils nous enfoncent dans le crâne l'idée que nous sommes des quémandeurs ou des mendiants. Il faut nous en libérer en produisant nous-mêmes en grand. Nous devons accroître notre production. » Cultiver, transformer et consommer nous-mêmes, tel est son credo. On emploie des engrais et des matériels modernes, la réforme agraire porte ses fruits. En quelques années, le Burkina Faso, non content de parvenir à l’autosuffisance alimentaire, commence à exporter dans la région.
 
Lorsque l’aide promise par la France pour la construction d’une voie ferrée se fait attendre, le Conseil de la révolution appelle la population au travail volontaire. Le « soubbotnik » (travail volontaire du samedi en URSS, NdlT) en Afrique. Des milliers et de milliers de gens posent des traverses et des rails à mains nues. Pour prévenir la désertification croissante, on plante des millions d’arbres. Le Burkina Faso fleurit et fait fureur en Afrique.

Une rupture fatale

Mitterrand vient en visite à Ouagadougou. Peu auparavant il avait reçu à Paris avec tous les honneurs Pieter Willem Botha, le président de l’Afrique du Sud sous apartheid. Sankara n’a peur de rien, il dit ce qu’il pense de l’Afrique noire, traite Botha « d’assassin » et s’en prend à Mitterrand: ceux qui ont «laissé commettre des actes de cruauté en sont responsables, ici et partout, aujourd’hui et pour toujours.» Le Premier magistrat de France, visiblement piqué au vif, se montre jovial, parle de « la passion impétueuse de la jeunesse », estime que Sankara parle parfois «un peu plus que nécessaire » et, dans un geste paternaliste, lui pose brièvement la main sur l’épaule.
 
Le Président du Burkina Faso était désormais un trouble-fête dangereux et imprévisible qui menaçait l’ordre néocolonial dans toute l’Afrique. Le Président francophone réactionnaire de la  Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny (1960–1993), commence à intriguer. Non seulement il présente à Compaoré sa future épouse, la Franco-Ivoirienne Chantal Terrasson de Fougères, mais il tente de le gagner à ses positions. Compaoré contestera par la suite avoir également touché des fonds visant à le corrompre. Il devient l’agent de liaison entre son pays et la Côte d’Ivoire. Jean Ziegler, spécialiste du développement, dira à la radio nationale allemande: « Si Compaoré et devenu un meurtrier, si quelqu’un a dirigé sa main, c’étaient à coup sûr les services secrets français. » Sankara a tenté la rupture. Mais se brouiller avec Paris « c’est prendre un risque pour sa vie.»
 
Des problèmes politiques intérieurs servent la conspiration internationale. Des enseignants mécontents font grève - 1200 à 1400 sont révoqués d’un seul coup et remplacés par des hommes et femmes formés en accéléré. Était-ce une faute que d’interdire les syndicats ? «En période révolutionnaire, le droit de grève est proscrit», déclare Jonas Sawadogo. « Il y a eu des assemblées populaires et bien d’autres instances où tous et toutes ont pu exprimer leur point de vue. Mais celui qui faisait grève était automatiquement un contre-révolutionnaire et mis dehors. C’était parfaitement normal.» Les membres des Comités pour la défense de la révolution (CDR), tous armés de mitraillettes AK47, font çà et là le contraire de ce qu’ils devraient faire : de jeunes cadres mal formés agissent de manière arbitraire, des excès sont commis.
 
Sankara tente de maintenir l’unité du mouvement révolutionnaire, mais les rivalités, les divergences politiques, les conflits et les intérêts personnels créent une atmosphère de méfiance entre son camp et celui de Compaoré. Jusqu’à la fin, le Président a misé sur la négociation, alors que ses adversaires avaient clairement choisi la violence. Rawlings offre alors à Sankara de se mettre en sûreté au Ghana, au moins pour quelque temps. Ce dernier refuse. Il ne croit pas à la trahison de ses camarades. Abandonner n’est pas son affaire.
 
Après l’assassinat, Compaoré déclare qu’il voulait seulement « remettre la révolution sur ses rails. » Il rouvre immédiatement aux néocolonialistes français cet accès au pays que Sankara leur avait fermé. Le Burkina Faso conserve son nom, mais connaît un recul historique et retourne à l’ère de la Haute-Volta. Il devient une plaque tournante des ventes d’armes françaises. Et Compaoré arme Charles Taylor, chef d’État du Libéria, pour sa guerre du diamant. L’ONU se tait.

La chute de Gbagbo

Au début de notre millénaire, c’est à partir du Burkina Faso que sera préparée l’attaque militaire contre Laurent Gbagbo, alors Président de Côte d’Ivoire. Le Sud du Burkina a servi de base d’entraînement et de départ aux auteurs du coup d’État de 2002 contre le socialiste (au sens français actuel du terme, toutefois, Ndlt) Gbagbo, mal vu de Paris. En avril 2011, il est fait prisonnier par des rebelles soutenus par des légionnaires français et des Casques bleus de l’ONU, maltraité et humilié. À l’heure actuelle, il doit être jugé par la Cour de justice internationale de La Haye.
 
L’ancienne AOF (Afrique occidentale français) est largement rétablie (avec une pénétration des USA cependant, notamment en Côte d’Ivoire, NdlT), même si à l’heure actuelle des mouvements de rébellion créent des troubles au Nord du Mali et que le Sud du pays est ébranlé par des turbulences politiques. Dans ce pays Compaoré travaille comme agent de liaison de la communauté économique ouest-africaine ECOWAS, tout en maintenant chez lui son ordre personnel, au moyen de manipulations électorales et en employant la violence. Le pays reste inclus dans la zone du franc CFA, ce qui permet à la Banque de France de lui dicter des dévaluations brutales, décrétant par ce moyen des expropriations forcées de la population de 14 pays françafricains.
 
Là où Thomas Sankara faisait jadis reboiser un territoire menacé de désertification, Compaoré laisse aujourd’hui les mains libres à la firme US Monsanto, jadis fabricant de « l’agent orange », pour effectuer des essais en plein champ de semences OGM. Depuis 25 ans que Sankara est mort, le Burkina Faso s’est fermement maintenu dans les dix derniers pays les moins développés selon le classement onusien. Il n’y a plus de « Boulevard de la Révolution » à Ouagadougou. Sur une partie, il a été rebaptisé «  Charles de Gaulle.» M Le Président Compaoré et sa « belle épouse Chantal, couverte de diamants » - dixit la Deutschlandfunk (radio nationale allemande, NdlT) - paradent dans les soirées de gala et reçoivent la visite du Ministre allemand « du développement », Dirk Niebel. 

Le « Che » africain

Jean Ziegler se souvient de sa dernière rencontre avec Thomas Sankara, début octobre 1987 et d’une longue conversation au sujet d’Ernesto Che Guevara. « Je lui ai dit: le 8 octobre prochain marquera le 20ème anniversaire de la mort de Che Guevara. (...) Tout à coup - il me semble que c’était hier - il m’a regardé et m’a dit : Il est mort à 39 ans. Est-ce que, comme lui, j’arriverai à 39 ans? » Ziegler y voit une sorte de prémonition de sa mort. À la différence de Che Guevara et de Maurice Bishop, Sankara, né en 1949 à Yako en Haute-Volta n’a pas atteint ses 39 ans. Le tournant souhaité par les puissances impériales a été préparé dans l'espace de la Tricontinentale [Asie, Afrique, Amérique latine, NdT].
 
Une semaine avant sa mort, Sankara avait cité dans un de ses discours le révolutionnaire cubano-argentin : « On peut tuer des révolutions et des individus, mais les idées, elles, sont immortelles. » Et de fait le rêve de Sankara - une Afrique unifiée - n’est pas mort. Comme toujours depuis 25 ans, durant la nuit du 14 au 15 octobre, des jeunes gens viendront de toute l’Afrique en pèlerinage au cimetière de Dagnoin, à l’écart de la capitale. Ils allumeront des bougies, réciteront les discours de Sankara et scanderont : «  La patrie ou la mort – nous vaincrons! »
 
 
 

Lire le discours du président Thomas Sankara du 4 août 1985, « Susciter l’homme de la liberté contre l’homme du destin »

À l’occasion, du 25ème anniversaire de la mort de Thomas Sankara AfricAvenir, association d'Africains en Allemagne organise une série d'événements ainsi qu’une campagne de posters et de cartes postales en direction de l’opinion publique (programme ici). Le dimanche 14 octobre à 15 heures a été projeté à Berlin en première allemande le documentaire en deux parties Sur les traces de Thomas Sankara au cinéma « Hackesche Höfe »,  en présence des réalisateurs, du collectif Baraka (France).

Pour la France, consulter l'agenda des événements programmés, notamment à Toulouse, Montpellier et Ajaccio ici.

Source: http://www.jungewelt.de/2012/10-12/001.php
Date de parution de l'article original: 12/10/2012
Traduit par  Michèle Mialane
 

Vingt-cinq ans après la mort de Thomas Sankara : « on peut tuer un homme mais pas ses idées »

 
 

« On peut tuer un homme mais pas ses idées », avait l’habitude de dire Thomas Sankara, le « président du Faso », comme l’appellent encore les Burkinabés.

Sankara a été tué il y a vingt-cinq ans, le 15 octobre 1987, mais ses idées, ses valeurs, ses enseignements sont plus vivants que jamais. Le jour de ce sinistre anniversaire, nous devons nous rappeler qui était Thomas Sankara, le Che Guevara de l’Afrique. Son histoire révolutionnaire commence en Haute-Volta le 4 août 1983 lorsque, capitaine de l’armée voltaïque, il prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’État sans effusion de sang. Le pays, ancienne colonie française, abandonne bientôt son nom colonial et devient officiellement le Burkina Faso, qui signifie « terre des hommes intègres ».

Et c’est cette intégrité qui poussa Sankara à changer les choses. « Nous ne pouvons pas faire partie d’une riche classe dirigeante alors que nous sommes dans un pays pauvre », disait-il. Les actes valant souvent mieux que les paroles, il fit très rapidement remplacer les très confortables voitures bleues des hauts fonctionnaires du gouvernement par des voitures plus « utilitaires ». « Il est inacceptable qu’il y ait des hommes propriétaires d’une quinzaine de villas à cinq kilomètres de Ouagadougou quand les gens n’ont même pas assez d’argent pour acheter de la nivaquine », disait le Président du Faso qui continuait de vivre dans un foyer modeste. Á lire sa déclaration de revenus de 1987, on estime qu’il possédait à l’époque une vieille Renault 5, des livres, une moto, quatre vélos, deux guitares, des meubles et un appartement d’une chambre avec un prêt hypothécaire. Afin de relancer l’économie du pays dont la terre n’a jamais été fertile, il décida de compter sur ses propres forces, de « vivre à l’africaine ».

« Il n’y aura pas de salut pour notre peuple si nous ne tournons pas résolument le dos aux modèles que des charlatans ont essayé de nous vendre à tous crins pendant des années ».

« Nous consommons Burkina Faso », pouvait-on lire sur les murs de Ouagadougou, tandis que, pour encourager l’industrie textile locale, les ministres étaient obligés de revêtir le faso dan fani, le vêtement traditionnel de coton, tout comme Gandhi l’a fait en Inde avec le khādī. Sankara a utilisé les ressources de l’État pour lutter contre l’analphabétisme, les maladies telles que la fièvre jaune, le choléra ou la rougeole, et fournir au moins dix litres d’eau et deux repas par jour à chaque Burkinabé, tout en faisant en sorte que l’eau ne tombe dans l’escarcelle des multinationales étasuniennes et françaises.

En très peu de temps, le président du Burkina a acquis le rang de célébrité en Afrique, ce qui soulève l’inquiétude des grandes puissances et des multinationales. Et ses grands combats - le problème de la dette en Afrique, la lutte contre la corruption, l’émancipation de la femme, les problèmes des zones rurales, l’éducation - ont été très vite considérés comme des exemples à suivre. Mais sa renommée et sa détermination ont fini par lui coûter cher. C’est à l’occasion de l’assemblée de l’Organisation de l’unité africaine réunie le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba, en Éthiopie, que Sankara signa son arrêt de mort en annonçant son intention de ne pas payer la dette : « Nous sommes étrangers à la création de cette dette et nous n’avons donc pas à payer pour cela. (...) La dette sous sa forme actuelle est une reconquête coloniale organisée avec soin. (...) Si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas, soyons-en sûrs ; par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir, soyons-en sûrs également ».

En outre, dans son discours à Addis-Abeba, Sankara a déclaré, en présence de dirigeants africains : « Nous devons dans la lancée de la résolution de la question de la dette trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais monsieur le Président, je voudrais que nous désarmions. Parce que je ne possède qu’une unique arme, alors que d’autres ont camouflé les leurs. Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pouvons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l’Afrique parce que notre sol et notre sous-sol sont riches ».

Quelques mois après ce discours, le président Sankara a été assassiné avec ses camarades lors du coup d’État orchestré par son meilleur ami Blaise Compaoré, avec le soutien de la France, des États-Unis et de la Côte d ’Ivoire. Sur le certificat de décès du président assassiné, la mention « mort naturelle » apparaissait encore en 2008, date à partir de laquelle l’ONU a contraint les autorités du Burkina Faso à supprimer le mot « naturel ». Son corps a été jeté dans une fosse commune à Ouagadougou, situé à un jet de pierre d’une décharge à ciel ouvert. Vingt-cinq années plus tard, la justice n’a toujours pas été rendue et la plupart des protagonistes de sa mort, parmi lesquels figure en bonne place l’actuel président Blaise Compaoré, sont encore au pouvoir. Mais le mythe de Sankara est plus vivant que jamais ...

Capitaine Martin

Résistance http://www.resistance-politique.fr/article-vingt-ans-apres-l...


 
 
 


Edité par T 34 - 29 Mar 2013 à 01:34
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Oct 2014 à 18:57
Burkina Faso : Blaise Compaoré a rendu sa démission
 
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C’est ce vendredi 31 octobre 2014, au lendemain du soulèvement populaire contre le projet de loi modifiant la constitution que Blaise Compaoré a décidé de rendre sa démission, conformément à l’article 43 de la Constitution. Quelques minutes avant la diffusion de cette information, des rumeurs (non encore vérifiées) faisaient état de la présence de Blaise Compaoré dans un convoi fortement armé qui a pris la direction de la ville de Pô, à la frontière du Ghana. Nous vous proposons l’intégralité de sa déclaration qui a été lue sur une télé privée.

 
 
ce président là - samsklejah
 
 
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  Citer Résistance Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Nov 2014 à 23:19
Burkina Faso : le changement dans la continuité





Vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, loin de l’opulence des pays riches, la diplomatie occidentale continue de frayer avec les dictateurs qu’elle paye grassement pour engager des guerres par procuration. En clair, pour lutter contre ses propres ennemis. Le dernier exemple en date est celui de l’ex-Président du Burkina Faso Blaise Compaoré, déposé à la faveur d’un soulèvement populaire.

Le curriculum vitae de l’ex-dictateur retrace l’une des périodes les plus sombres de l’Afrique contemporaine. Le Burkina Faso s’appelait la Haute-Volta et était encore une colonie française lorsque naquit dans une petite ville au nord de Ouagadougou Blaise Compaoré, en 1951. Fils d’un ancien tirailleur, il s’engage dans l’armée de son pays après être passé par des écoles militaires, au Cameroun, au Maroc puis à l’École d’infanterie située à l’époque à Montpellier. Le beau Blaise comme on l’appelait à cette époque en raison de son physique avantageux est affecté en 1981 à la tête du centre national d’entraînement commando où il succède à un certain Thomas Sankara. Celui-ci est son aîné de deux ans. Les deux hommes s’étaient liés d’amitié lors d’un stage d’instructeur parachutiste à Rabat, en 1978. Au sein de l’armée voltaïque, le duo fonde avec d’autres camarades de promotion le Regroupement des officiers communistes.

La Haute-Volta est alors en proie à des coups d’État militaires à répétition depuis son accession à l’indépendance, le 5 août 1960. Cette instabilité chronique profite aux courants progressistes, dont l’idéologie influence la génération montante des officiers subalternes à laquelle appartiennent Thomas Sankara et Blaise Compaoré, principaux acteurs de la Révolution de 1983.

Le premier nommé parvient finalement au pouvoir le 4 août 1983 et préside par la même occasion le Conseil national de la Révolution. Thomas Sankara fait rapidement changer le nom de la Haute-Volta, nom issu de la colonisation, en un nom issu de la tradition africain, le Burkina Faso, ce qui signifie le pays des hommes intègres. Il définit son programme comme anti-impérialiste, notamment dans son discours d’orientation politique. Ce dernier, comme son nom l’indique, est la référence théorique de la révolution. Blaise Compaoré est ministre dans ce gouvernement qui entend privilégier les éléments les plus fragiles de la société.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné dans un énième coup d’État. Accusé d’être le cerveau derrière la disparition tragique de son ami et prédécesseur, Blaise Compaoré nie toute implication. Vingt-sept ans après les faits, le mystère de cette disparition reste entier. Le gouvernement français de l’époque, un gouvernement de cohabitation avec Jacques Chirac Premier ministre et François Mitterrand président de la République, ainsi que plusieurs gouvernements africains proches de la France, sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans les événements qui ont précipité la fin de Thomas Sankara et de treize de ses compagnons.

Le comité des droits de l’homme des Nations Unies a condamné en 2006 le Burkina Faso pour « refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de l’ancien chef d’État ». Blaise Compaoré n’en a pas moins continué son parcours en entretenant des relations très étroites avec Paris, ce qui lui permet de promouvoir les intérêts de l’ex-puissance coloniale en Afrique. Son clan a en parallèle soutenu activement les milices de Charles Taylor au Liberia et en Sierra Leone, participé à des trafics de diamants au profit du mouvement rebelle angolais de l’UNITA pour finalement jouer un rôle trouble vis-à-vis de certains groupes armés qui ont occupé le nord du Mali à partir de début 2012.

Compaoré est aussi devenu un courtier politique au profit des États-Unis. Ces derniers disposent depuis 2007 d’une base dans la capitale burkinabé. Cette base constitue un réseau d’espionnage dans la région avec des avions espions survolant la Mauritanie, le Mali et le Sahara. Par ailleurs, l’Oncle Sam a offert en début d’année des équipements militaires d’une valeur totale de 1,8 million de dollars comme « matériel de soutien pour les forces de maintien de la paix burkinabé » (sic). Ce n’est pas pour rien que le quotidien Le Monde titrait le 26 avril 2010 son article consacré à la présidentielle gagnée par le président burkinabé avec près de 81 % des voix : « Blaise Compaoré, ex-putschiste devenu artisan de la stabilité en Afrique ».

Alors que le président déchu a été exfiltré par les forces spéciales françaises en Côte d’Ivoire, le nouvel homme fort du pays semble être le lieutenant-colonel Isaac Zida. Adoubé par l’armée, il a affirmé lundi 3 novembre vouloir ouvrir la porte à un régime de transition dirigé par un civil. Paris et Washington ne semblent pas inquiets de la tournure des événements. Le nom du futur dirigeant importe finalement peu, du moment que l’armée, équipée et entraînée par l’Occident, soit en mesure de mettre fin à toute situation instable.

Nous assistons en quelque sorte à une valse des dictateurs, comme si finalement personne n’était descendu dans la rue pour les destituer. Rien ne serait pire pour les puissances occidentales qu’un régime islamique, nous dit-on. Ces basses manœuvres seraient donc organisées pour conjurer la fièvre islamiste. Soit. Mais est-il possible que personne ne se rende compte que cette politique, basée sur l’ingérence et le mépris des peuples, ne fait qu’alimenter la popularité des groupes djihadistes, perçus comme la seule alternative anti-impérialiste et révolutionnaire dans ces régions ?

Bruno Delahaye, ex-responsable de la cellule africaine de l’Élysée, affirmait dans un entretien publié par le Figaro le 12 janvier 1998 qu’il avait dû recevoir dans son bureau quatre cents assassins et deux mille trafiquants de drogue. « On ne peut pas ne pas se salir les mains avec l’Afrique », ajouta-t-il. Tout n’est pourtant qu’une question de volonté. Il semble néanmoins qu’on s’achemine vers un changement dans la continuité. Dommage que les Africains soient les derniers à en profiter. Le continent noir est sous pression. Les troubles qui ne manqueront pas d’éclater à terme auront au moins le mérite de clore cette partie de l’histoire que d’aucuns ont appelée à tort la décolonisation.


Capitaine Martin

http://www.resistance-politique.fr/article-burkina-faso-le-changement-dans-la-continuite-124969121.html
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