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Côte d'Ivoire

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T 34 allez vers le bas
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Jun 2012 à 17:43
 
Novembre 2010. Au terme du second tour des élections présidentielles qui opposait Laurent Gabgbo à Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire plonge dans le chaos. Avec l’aide la France et des Nations unies, c’est finalement l’opposant au président sortant qui prend les rennes du pays. Faut-il toutefois parler d’élections ou de coup d’Etat ? La paix est-elle revenue en Côte d’Ivoire maintenant que le pays n’est plus dans l’œil du cyclone médiatique ? Gbagbo pourrait-il être jugé devant la CPI ? Quel rapport entre la crise ivoirienne, la guerre en Libye et la partition du Mali ? Nous avons posé ces questions à Grégory Protche, spécialiste de la Côte d’Ivoire et auteur d’un livre salutaire : « On a gagné les élections mais on a perdu la guerre ». Dans son célèbre discours à Cotonou, Sarkozy avait promis de bâtir une relation nouvelle avec l’Afrique et de ne pas collaborer avec les gouvernements corrompus. Paris tenu ?

Avec l'aide de Nicolas Sarkozy, Alassane Ouattara a pris la présidence ivoirienne

 
D’après la version officielle, Gbagbo, en bon dictateur et en mauvais perdant, a refusé de reconnaitre sa défaite aux élections. Finalement, grâce à un petit coup de pouce de la France, la démocratie a pu triompher en Côte d’Ivoire et Ouattara est devenu président. Mais vous contestez la légitimité de ces élections. Pourquoi ?
 
Tout d’abord, parce que l’élection de Ouattara ne s’est pas imposée au terme d’un processus démocratique mais par la force. En Côte d’Ivoire, la crise électorale n’a pas pu être résolue par un procédé très courant et employé il y a peu en Haïti et en 2000 aux USA : le recompte des voix. Ce recompte, Laurent Gbagbo l’avait proposé à plusieurs reprises dès décembre 2010. Mais le camp Ouattara s’y est opposé à chaque fois. Et le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a eu une réaction étonnante en déclarant que recompter les voix serait une injustice. Cette rigidité de l’ONU, inqualifiable et inexplicable, est responsable en grande partie de milliers de morts.
 
 
Vous dites aussi que ce scrutin a été forcé. Pourquoi Laurent Gbagbo ne voulait-il pas organiser les élections alors que son mandat avait officiellement pris fin en 2005 ?
 
Depuis 2002, Laurent Gbagbo et l’Etat ivoirien ne contrôlaient plus que 40% du territoire national. Le reste du pays était aux mains d’une rébellion sponsorisée par la France et le Burkina Faso, le petit Etat africain servant en quelque sorte de courroie de transmission. Petit État africain qu'on retrouve, étonnamment présent, aux premières loges de la crise malienne aujourd'hui...
 
Or, pour organiser les élections, il fallait que les rebelles soient désarmés. Cette condition avait été fixée dans les accords d’Accra et de Ouagadougou entre les rebelles et Laurent Gbagbo. Les soldats rebelles devaient réintégrer l’armée régulière ivoirienne ou la société civile. Ca n’a jamais été fait, en dépit des engagements pris par la France et la Nations unies.
 
 
Cette situation a perturbé la bonne tenue des élections en 2010 ?
 
En effet. Sur 60% du territoire au moins, le scrutin ne s’est pas déroulé dans des conditions normales et transparentes. On a ainsi pu voir des observateurs de l’Union européenne quitter en catastrophe des bureaux de vote dans le nord. Ils ont fui dans des avions privés alors qu’ils étaient poursuivis. La télé ivoirienne a également diffusé les images d’une femme violée dans un bureau de vote. Enfin, on a constaté d’énormes aberrations parmi les premiers répertoires électoraux qui sont sortis. A Bouaké par exemple, dans le Centre-nord du pays, on a recensé 250.000 votants alors qu’il n’y avait que 159.000 inscrits !
 
Bref, il y a eu toute une série de problèmes rendus possibles par le fait que l’Etat ivoirien n’a jamais pu restaurer son autorité sur tout le pays. C’est la raison pour laquelle Laurent Gbagbo, dont le mandat était arrivé à terme en 2005, avait reporté l’organisation des élections depuis. Mais il était mis sous pressions par la France et une certaine communauté internationale.
 
 
Les élections seraient-elles un objectif à atteindre, quelque soit le contexte ?
C’est l’idée. En 1990, François Mitterrand prononçait le célèbre discours de la Baule lors de la 16ème conférence des chefs d’État d’Afrique et de France. Depuis ce discours, l’aide au développement est conditionnée à la bonne gouvernance en Afrique. Il faut donc absolument organiser des élections, même si elles doivent se résumer à un jeu de dupes. En Côte d’Ivoire particulièrement, le contexte ne se prêtait pas à une expression démocratique normale.
 
 
En 1990, François Mitterand conditionne "officiellement" l'aide à l'Afrique à la bonne gouvernance.
 
 
Voilà pour les conditions de déroulement du scrutin. Vous contestez aussi la probabilité du résultat qui a donné Ouattara vainqueur à 54 %. Pourquoi ?
 
Il y a tout d’abord un problème avec le taux de participation. Lors du premier tour, ce taux était de 83%. Le dimanche 28 novembre 2010, au soir du second tour, c’était la déception : le taux n’était plus que de 70%. Le lendemain, ce taux en baisse a été confirmé par la presse ivoirienne, toutes tendances confondues. Mais aussi par Young-jin Choi, le représentant du Secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire, ainsi que par Gérard Latortue, chef de la mission d’observation de la Francophonie.
 
Or, il faut comprendre que ce taux de participation en baisse ne pouvait affecter mécaniquement qu’Alassane Ouattara. En effet, le FPI de Laurent Gbagbo est un parti très organisé, qui milite depuis de nombreuses années et qui peut compter sur un électorat fidèle. Il n’y a pas eu de problèmes de reports de voix observés entre les deux tours pour le FPI. Il n’y a pas eu d’électeurs qui auraient voté Gbagbo au premier tour avant de brusquement virer pro-Ouattara lors du second.
 
 
Quels électeurs ont manqué à l’appel du second tour alors ?
 
Ce sont principalement ceux du PDCI d’Henri Konan Bédié. Bédié est arrivé troisième au premier tour. Après sa défaite, il s’est rallié à Ouattara. Mais tous ses électeurs n’ont pas suivi, ce qui explique la chute importante du taux de participation entre les deux tours.
 
Or, toutes les projections allaient dans le même sens : pour gagner, Ouattara devaient bénéficier d’un report de 80% des voix du PDCI de Bédié. Si le taux de participation tombe à 70% pour le second tour, il est impossible d’atteindre ces 80% de voix reportées. C’est mathématique, la victoire de Ouattara ne colle pas.
 
 
C’est pourtant lui le président de la Côte d’Ivoire aujourd’hui…
 
Il y a eu un tour de passe-passe. Alors que tout le monde reconnaissait un taux de participation de 70% le 29 novembre 2010, on a soudainement annoncé un taux de 83% le 03 décembre ! Il y avait une différence de 439.000 voix qui permettaient de donner Ouattara vainqueur à 54%.
 
 
D’où sortaient ces 439.000 voix ?
 
Il faut comprendre qu’il y a un véritable business autour la logistique électorale en Côte d’Ivoire. Ce pays compte une population immigrée très importante. Cette particularité a donné lieu à toutes sortes de trafics sur les identités et les cartes d’électeurs durant toute la dernière décennie. Et c’est malheureusement inquantifiable. Pour les élections de 2010, on s’était entendu sur un fichier de 6 millions d’électeurs, ce qui est très peu au regard de la vingtaine de millions d’habitants.
 
Il faut ensuite comprendre toutes les controverses qui ont entouré les actions de la Commission électorale indépendante (CEI) d’une part et du Conseil constitutionnel (CC) d’autre part.
 
 
Ces deux organes avaient chacun proclamé un résultat différent, si bien que le pays s’est trouvé avec deux présidents !
 
Oui. Suite aux accords d’Accra et de Ouagadougou entre le président Gbagbo et les rebelles, la CEI a été créée pour contrebalancer le pouvoir supposé du CC. En effet, le président du CC est nommé par le président de la république. On a donc considéré que le CC était pro-Gbagbo alors que vous avez la même institution avec la même configuration en France !
 
Soi-disant pour rééquilibrer les rapports de force, on a donc créé la CEI composée à 80% de Ouattaristes. Ce rééquilibrage a été opéré sous la houlette de la France. Il fallait impérativement procéder à l’union nationale entre Gbagbo et les rebelles. En cas de crise politique, l’union nationale est toujours prônée comme la solution politique ultime. En réalité, même si ça semble agréable à l'œil démocratique occidental, je pense que l’union nationale est un mythe. La démocratie est sanctionnée par la victoire d’un camp sur l’autre. Pourquoi faudrait-il rééquilibrer les rapports de force en faveur du perdant ? Concrètement, l’union nationale entraîne une paralysie politique absolue et marque les premiers pas d’un pays vers sa mise sous tutelle par les puissances internationales. C’est ce qui arrive en Afrique et ailleurs chaque fois que l’union nationale est prônée.
 
 
Et c’est ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire donc ? On a vu les élections bloquées à cause des contradictions entre la CEI et le CC. Et la communauté internationale s’est octroyé la compétence de valider les résultats des élections.
 
Tout à fait. Officiellement, la CEI valide le bon déroulement du scrutin tandis que le CC proclame les résultats définitifs. En outre, la CEI doit certifier le processus électoral sur base du consensus entre ses membres. Ce qui était difficilement imaginable puisque Gbagbo dénonçait des irrégularités dans sept régions au moins et que la CEI comptait quelques membres du camp Gbagbo dans ses rangs.
 
 
 
Qui entrave le processus démocratique ?
 
 
Cette impossibilité d’obtenir le consensus a offert une scène qui a fait le tour du monde. On a pu voir un membre pro-Gbagbo de la CEI arracher des feuilles des mains du vice-président de la commission qui tentait d’annoncer les résultats.
 
On a donné à ces images le sens qu’on voulait leur donner : le camp Gbagbo ne reconnait pas sa défaite et refuse que la démocratie s’exprime en Côte d’Ivoire. Comme toujours, il y a la séquence d'avant et la séquence d'après qui manquent ! En réalité, si Damana Pickass a arraché les feuilles des mains de Bamba Yacouba, c’est justement parce que le processus démocratique n’était pas respecté. Le même Bamba Yacouba, la veille, avait tenté exactement le même passage en force, en avait été empêché et s'en était même excusé devant ses collègues ! Cette CEI voulait certifier la validité du processus démocratique et annoncer ses résultats alors que le consensus n’était pas atteint et que le camp Gbagbo dénonçait des irrégularités.
Mais ce n’est pas la seule scène surréaliste que la CEI nous a offerte. Cette commission avait jusqu’au 2 décembre pour annoncer les résultats partiels. Mais le mercredi 1er décembre, à 23h45, son président Youssouf Bakayoko était incapable de donner ces résultats en conférence de presse. « Votre mandat se termine dans quinze minutes, vous serez hors-délais » lui lançaient les journalistes ivoiriens. « Il n’est pas encore minuit » répétait inlassablement Bakayoko. Finalement, la CEI a effectivement rendu ses résultats en retard. Le lendemain, Youssouf Bakayoko a été emmené par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis pour prononcer les résultats depuis le siège de l’ONUCI. Voulant sans doute préserver son image de pseudo-neutralité, le représentant Choi les a remballés. On a donc emmené Bakayoko à l’hôtel du Golfe, le quartier-général de campagne d’Alassane Ouattara. Je ne sais pas si vous imaginez : la Commission électorale « indépendante » a proclamé les résultats depuis le QG d’un des deux candidats ! En l'absence des médias nationaux et en présence de ceux de l'Audiovisuel extérieur français (France 24) ! Et, bien évidemment, ces résultats n’ont pas eu l’aval nécessaire du Conseil constitutionnel. Quelques jours plus tard, Bakayoko déclarera sur RFI qu’il ignorait que l’hôtel du Golfe était le QG de Ouattara !
 
Il faut ajouter que début 2010, cette CEI a été confondue suite à une enquête pour tricherie : elle essayait de faire entrer de force 450.000 noms dans le fichier électoral. Son président avait alors été remplacé. A-t-on jamais entendu un journaliste français rappeler ce fait, parmi combien d'autres ?
 
 
Donc la CEI a un passé trouble. Elle n’a pas obtenu le consensus comme c’était prévu. Elle n’a pas respecté les délais. Elle n’est pas habilitée à donner les résultats définitifs des élections. Et c’est pourtant sur son travail que la France et les Nations unies se sont appuyées pour déclarer Ouattara vainqueur !
 
Sur le média interne des Nations unies, le représentant Choi a reconnu qu’il y avait eu des irrégularités mais qu’elles ne remettaient pas en cause les résultats. Ce qui, moralement, pose un problème politique réel : un candidat convaincu de tricheries peut-il gagner une élection ?
 
De son côté, le Conseil constitutionnel, l’unique institution habilitée à le faire, a proclamé Laurent Gbagbo vainqueur des élections. Voilà comment nous avons débouché sur une crise où le pays s’est trouvé avec deux présidents. Sur base de tous les éléments que je viens de mentionner, je peux difficilement concevoir que Ouattara a gagné les élections.
 
 
En tout cas, il a gagné la guerre ! Ce conflit est le point d’orgue d’une crise plus profonde que vous faites débuter en 1990 dans votre livre. Pouvez-vous replacer les événements dans ce contexte historique pour nous aider à mieux comprendre ?
 
En 1990, Félix Houphouët-Boigny qui régnait sur la Cote d’Ivoire depuis l’indépendance, accepte d’organiser des élections. Suite au discours de la Baule de Mitterrand et parce qu'une opposition, incarnée par le FPI et Laurent Gbagbo, n'a de cesse de réclamer le multipartisme. C’est l’occasion pour Laurent Gbagbo de revenir de son exil français. Après avoir été emprisonné par Houphouët-Boigny dans les années 70, Gbagbo avait dû fuir la répression politique.
 
Houphouët-Boigny gagne ces élections avec un score de 84%. Laurent Gbagbo et son FPI se font tout de même remarquer mais ils refusent d'entrer au gouvernement malgré l’offre proposée. Gbagbo rompt ainsi avec cette pratique habituelle qui consiste à intégrer les opposants et à les salarier.
 
 
Ouattara par contre devient Premier ministre à cette époque.
 
Il le devient après un passage généralement peu évoqué. Ouattara est passé en Haïti auparavant. Il travaillait pour le compte du FMI mais n’est pas resté longtemps car la famille Duvalier, qui dirigeait l’île des Caraïbes, lui reprochait de trop s’immiscer dans les affaires du pays.
 
Toujours pour le compte du FMI, Ouattara retourne donc en Afrique où il prépare, entre autres, la dévaluation du franc CFA de 1994 et les ajustements structurels qui le porteront à la primature ivoirienne. En tant que Premier ministre, Ouattara procède à une libéralisation outrancière de l’économie : il applique les recettes du FMI faisant la part belle à la monoculture, il vend les actifs nationaux à des multinationales étrangères, souvent pour une bouchée de pain, il multiplie les contrats nationaux sans appel d’offres… Du véritable gangstérisme d’Etat ! Les rapports parlementaires de l'opposition de l'époque, il faut les relire, sont accablants.
Ces recettes du FMI ont été appliquées partout en Afrique avec les résultats désastreux que l’on connait. Maintenant, c’est au tour de la Grèce : elle pourra sans doute bientôt intégrer l’Union africaine !
 
 
En 1991, peu de temps après l’élection d’Houphouët-Boigny, des mouvements sociaux éclatent. Comment expliquez-vous cette crise ?
 
C’est d’abord une crise des ressources. Durant les années précédentes, on a beaucoup parlé du "miracle ivoirien". Le pays suivait les recettes du FMI et ses indicateurs économiques rendaient les experts néolibéraux enthousiastes. C’était en réalité un miracle artificiel qui reposait sur la monoculture cacao-café. Mais au début des années 90, le cours de ces matières premières a commencé à baisser, provoquant une crise que la Côte d’Ivoire, "structurellement ajustée", ne pouvait affronter. Encore aujourd’hui, le pays pourrait difficilement sortir de cette crise car il n’y a toujours pas eu d’industrialisation ni une grande diversification des cultures. Rendez-vous compte : la Côte d’Ivoire est le premier producteur de cacao mais vous n’y trouverez pas une seule chocolaterie !
 
En 1991 donc, les gens descendent dans la rue pour manifester leur mécontentement. Le FPI est très actif à ce moment-là et la répression est très forte. Gbagbo et d’autres fondateurs du FPI, dont Simone Gbagbo, sont jetés en prison. Les manifestations sont pourtant pacifiques, le FPI étant réputé pour combattre à mains nues.
 
 
 
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d'Ivoire ne compte pas une seule chocolaterie.
 
 
Deux ans plus tard, Houphouët-Boigny s’éteint. Il y a alors une lutte pour la succession…
 
Ouattara cherche à prendre le pouvoir en force mais bute sur le dauphin de l’ancien président : Henri Konan Bédié. Comme Houphouët-Boigny, Bédié était originaire de l’ethnie Baoulé. La grille ethnique ne suffit pas à comprendre la situation en Côte d’Ivoire mais elle a une certaine importance à l’époque. En effet, pour écarter Ouattara, Bédié va pervertir un concept qui était d’abord culturel : l’ivoirité. Le dauphin va en faire un argument racial contre son concurrent. Il va prétendre que Ouattara n’est pas ivoirien et ne peut donc pas se présenter aux élections.
 
 
On a souvent accusé Gbagbo de xénophobie à l’encontre de Ouattara mais il semble que c’est Bédié le champion dans ce domaine !
 
Tout à fait. Non seulement Gbagbo va boycotter les élections par solidarité, mais c’est aussi lui qui va rendre son éligibilité à Ouattara en 2005.
 
 
En 1995 donc, Bédié a la voie libre pour devenir président.
 
Il le devient mais son bilan est nul. C’est un personnage assez vide, très obéissant, qui n’a pas réalisé grand-chose. Quatre ans plus tard, un coup d’Etat le renverse. Il est organisé par des rebelles et des soldats qu’on retrouvera ensuite parfois aux côté de Ouattara. Bédié est donc déposé et fuit par un petit tunnel qui relie la résidence présidentielle à l’ambassade de France.
 
 
Comment réagit la France à ce coup d’Etat ?
 
Elle n’intervient pas pour soutenir Bédié qui est pourtant un grand ami de Chirac. Il faut se rappeler qu’à l’époque, c’est la cohabitation en France : Chirac est à l’Elysée tandis que Jospin occupe Matignon. Peut-être que Jospin était moins interventionniste et qu’il a pu neutraliser Chirac.
 
En tout cas, la France laisse faire les événements et ne s’oppose pas non plus à l’élection de Gbagbo. En effet, lorsque Bédié est renversé en 1999, les putschistes mettent au pouvoir le général Guéï. Et celui accepte assez rapidement d’organiser des élections que Gbagbo remporte. Mais Guéï ne reconnait pas sa défaite. Le FPI met alors la foule dans la rue. Des centaines de milliers de personnes descendent pour protester. Très vite, les soldats ivoiriens refusent de s’opposer aux manifestants. Et même les médias français reconnaissent la victoire populaire de Gbagbo. Ils vont pourtant s’acharner, durant les dix années suivantes, à prouver que le président n’est pas populaire.
 
 
Comment se passe l’arrivée au pouvoir de Gbagbo ?
 
Il n’est pas pleinement satisfait de sa victoire car il juge que les conditions sont calamiteuses. Ouattara n’a pas pu se présenter, Guéï n’a pas reconnu sa défaite et des combats ont éclaté à Abidjan. Ces combats sont d’ailleurs le point de départ de la mauvaise réputation internationale de Laurent Gbagbo puisque les Ouattaristes ont fabriqué une histoire de charnier à Yopougon. Cette histoire circule encore aujourd’hui. Pourtant, le président Gbagbo a laissé la Fédération Internationale des droits de l’homme (FIDH) et Reporters sans Frontières (RSF) enquêter librement sur le soi-disant charnier de Yopougon. Ces deux organisations, qu’on peut difficilement soupçonner de « gbagbisme aïgu », ont conclu qu’il était impossible d’établir qu’il y avait effectivement eu un charnier à Yopougon : il y avait moins de corps que ce qu’on avait dit, les morts n’étaient pas tous de la même ethnie, ils n’avaient pas été tués de la même manière et pas au même moment. Certains cadavres avaient même été déplacés d’une dizaine de kilomètres !
 
Cette histoire - et quelques autres, sur-interprétées, comme le meurtre de Jean Helène de RFI en 2003, ou la disparition de Guy-André Kieffer (qui avait en réalité mis à jour la participation du clan Ouattara aux spéculations sur le cacao) - a médiatiquement terni les premières années du mandat de Gbagbo. Son équipe n’a pas été capable de fournir un tir de barrage médiatique, elle a trop négligé la communication sur le plan international.
 
 
De son côté, Ouattara est écarté du jeu politique depuis 1995. Que fait-il pendant tout ce temps ?
 
Il passe beaucoup de temps à Paris. Dans son livre sur le coup d’Etat de 2010, le journaliste Charles Onana rapporte un document de l’ambassadeur français qui a rencontré Ouattara à cette époque. Le diplomate est stupéfait par la « neurasthénie du personnage » et son « peu d’appétence pour la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens ». Il ajoute que Ouattara semble être plus porté sur le whisky que sur l’islam, ce qui ne manque pas de piquant. En effet, suite aux attaques de Bédié sur le concept d’ivoirité, Ouattara va se poser comme l’ardent défenseur des Dioulas et des musulmans qui seraient persécutés en Côte d’Ivoire. Mais ça tient plus de la manœuvre tactique que de la réelle vocation : Ouattara est musulman quand ça l’arrange, surtout quand des caméras bienveillantes trainent dans les parages. En réalité, sa religion est plus celle du FMI.
 
Quand le général Guéï tombe en 2000, Ouattara retourne à Abidjan même s’il n’est toujours pas éligible. On sait qu’il est alors lié avec les jeunes rebelles du nord, c’est un fait établi. Il y a notamment ce commandant de zone, Koné Zaccharia, qui a déclaré en 2004 que c’est Ouattara qui les nourrit, qui leur donne de l’argent et qui les chapeaute. De retour en Côte d’Ivoire, Ouattara commence donc à mettre en place des réseaux dans le nord du pays et au Burkina Faso qui servira de base-arrière pour les rebelles.
 
 
Qui sont ces rebelles ? Comment sont-ils apparus ?
 
Ils viennent du nord du pays mais présentent une certaine diversité sur les plans ethnique et religieux. Au départ, ils ont des revendications qui peuvent sembler légitimes : ils s’estiment lésés socialement et économiquement par le pouvoir politique. En conséquence de quoi ils ont participé au coup d’Etat contre Bédié en 1999. Si leurs revendications sont audibles, la prise des armes est plus problématique. Dès 2000, il va y avoir des assassinats politiques. Les tentatives de coup d’Etat se multiplient et elles sont accompagnées d’actions très violentes. Surtout en 2002, lorsque les rebelles tentent de prendre le pouvoir alors que Laurent Gbagbo est en voyage diplomatique en Italie. Notez que Chirac vient d’être réélu avec un score de dictateur africain et qu’il n’y a plus de Jospin à Matignon. Je pense que ce contexte était favorable aux rebelles qui avaient ainsi les mains libres.
 
Ces rebelles tentent donc de renverser le pouvoir. Beaucoup de dirigeants politiques sont abattus dont Emile Boga Doudou, le ministre de l’Intérieur proche de Gbagbo. Ce dernier rentre précipitamment et, toute proportion gardée, il se passe alors quelque chose de semblable à ce qui s’était produit quelques mois plus tôt au Venezuela : c’est la foule qui descend dans la rue pour soutenir son président et empêcher le coup d’Etat. Finalement, les rebelles sont repoussés d’Abidjan et leur état-major s’installe à Bouaké. Guillaume Soro prend alors la tête du commandement de la rebellion.
 
 
Quelle est l’attitude de la France durant cette crise ?
 
Elle joue un drôle de jeu. En vertu des accords de coopération qui date du pacte colonial de 1961, le gouvernement ivoirien sollicite l’aide de la France pour stopper les putschistes. Mais le gouvernement français refuse d’intervenir, il est redevenu « neutre ».
 
Les rebelles prennent donc leur position dans le nord, une zone tampon est instaurée dans le centre du pays et la Côte d’Ivoire se retrouve de fait coupée en deux. A partir de là, une grande partie de l’Etat ivoirien plonge dans la terreur. Pour subvenir à leurs besoins, les rebelles imposent une fiscalité parallèle, rackettent, commettent des délits et des actions violentes, terrorisent les populations, s'emparent et revendent à leur profit une partie de la production de cacao…
 
De plus, si la France était une mauvaise camarade de Gbagbo en 2002, elle en devient une franche adversaire en 2004. Cette année-là, le gouvernement ivoirien procède à l’opération Dignité. Il pense avoir soutiré des informations importantes aux renseignements français : des rebelles se trouveraient dans un camp français de Bouaké pour y tenir une réunion secrète et le gouvernement ivoirien aurait carte blanche pour les bombarder.
 
La Côte d'Ivoire se retrouve de fait divisée en deux. En rouge, les zones sous contrôle des rebelles.
 
 
Le problème, c’est qu’il n’y avait pas de rebelles dans ce camp mais des soldats français !
 
Je pense que les renseignements français ont enfumé les Ivoiriens et que les neuf soldats tués n’avaient rien à faire là. Les Ivoiriens pensaient bombarder une réunion de rebelles se déroulant dans un local, un foyer, du campement de l'armée française de Bouaké. Pas des soldats français. Je signale que l'avocat des familles des soldats français tués à Bouaké est à peu près convaincu de l'innocence de Laurent Gbagbo dans cette tragique affaire.
 
Pour les Ivoiriens, c'est presque religieux : on ne tire pas sur les Français.
 
(C'est d'ailleurs aussi pour cette raison qu'en 2011, l'Afrique du Sud n'a pas "plus" soutenu militairement la Côte d'Ivoire : Zuma savait que Gbagbo empêcherait, comme il l'a toujours fait, l'armée ivoirienne de tirer sur les Français, de s'en prendre aux Français. Non pas que Zuma ait particulièrement souhaité se battre avec les Français, mais comment imaginer gagner une guerre qu'on ne veut militairement pas faire ?).
 
J'ai souvent entendu dire et lu qu'au fond, Chirac n'était pas nécessairement au courant des détails techniques de l'opération barbouzarde d'intoxication des Ivoiriens pour les pousser à la faute. Qu'il vaudrait sûrement mieux enquêter du côté de Villepin… un Villepin qui prétend quasiment ne plus se souvenir de rien ! Un Villepin que l'écrivain Claude Ribbe a publiquement et plusieurs fois accusé d'avoir œuvré, avec la complicité de Régis Debray, son BHL, à l'arrestation et à la déportation du président d'Haïti Aristide à la même époque.
 
 
Vous expliquez aussi que le gouvernement français n’était pas très fier de ce qui est arrivé à ses soldats.
 
Les soldats français tués à Bouaké ont été enterrés sans autopsie et sans le minimum d’égard pour leur dépouille. En effet, la mère d’un des défunts a obtenu de faire exhumer le corps de son fils. On s’est alors rendu compte que ce n’était pas le bon ! Les neufs corps ont bien été enterrés là mais n’importe comment : on s’est mélangé dans les tombes, les cadavres portent encore leur treillis déchiré, ils n’ont pas reçu de soins, ils sont encore tachés de sang… Personne ne semble très fier de cette histoire.
 
De plus, les deux pilotes qui ont bombardé le camp français de Bouaké ne sont pas poursuivis alors qu’on en a les moyens. Ce sont deux Biélorusses qui travaillaient pour l’armée ivoirienne. Après l’opération, ils sont retournés à la base. Les soldats français les ont filmés, retenus quelques heures puis relâchés sans même, semble-t-il, les interroger. Les deux pilotes ont alors rejoint le Togo où ils ont tranquillement séjourné pendant trois semaines. C’est inédit dans l’histoire de l’armée française : on savait où étaient ces personnes qui avaient tué des soldats français, mais on ne les a pas appréhendés. Un ministre togolais s’est même ému auprès du gouvernement français de la présence de ces gens dans son pays. Mais Paris n’a pas bougé. Finalement, les deux Biélorusses ont disparu dans la nature. On m’a dit qu’ils étaient morts mais personne n’a pu me confirmer.
 
En représailles à l’opération Dignité, les troupes françaises détruisent l’aviation militaire ivoirienne. Des affrontements éclatent à Abidjan entre les supporters de Gbagbo et les soldats français qui, finalement, se retirent.
 
 
Sous ses faux airs de neutralité, il apparaît que la France avait clairement choisi son camp dans la crise ivoirienne. Une position qui se confirmera avec les élections de 2010. Quel intérêt avait Paris à remplacer Gbagbo ?
 
Objectivement, aucun. Et c’est le plus troublant dans cette affaire. Gbagbo est un vieux briscard. Je ne le dis pas au sens péjoratif du terme, c’est un malin, un roublard. Ces adversaires rebelles les plus violents disent eux-mêmes qu’il vaut mieux ne pas s’asseoir à côté de Gbagbo au risque de se mettre à discuter et de perdre inévitablement.
 
 
Le boulanger !
 
Oui, c’est le surnom qu’on lui a donné pour ses aptitudes à rouler ses adversaires dans farine. Gbagbo est donc une bête politique, mais ce n’est pas un révolutionnaire enragé, un utopiste radical ou même un indépendantiste frénétique. Si bien que lorsque son mandat a officiellement pris fin en 2005, il a veillé à ménager certains intérêts français en Côte d’Ivoire. Il a soigné Bolloré et il n’a pas remis en question les affaires de Bouygues ou d’Orange. Il aurait sans doute progressivement cherché à commercer davantage avec d’autres puissances internationales. Mais il n’était pas assez fou pour faire table rase du passé et éjecter les Français de Côte d’Ivoire.
 
 
Pourquoi Sarkozy a-t-il donc été si violent avec un président qui, d’une certaine façon, défendait les intérêts de la France en Côte d’Ivoire ?
 
On a dit que Sarkozy était un très bon ami de Ouattara. C’est vrai mais c’est un peu court pour expliquer ce qui s’est passé. En réalité, il faut voir le problème d’un point de vue régional. Après le coup d’Etat en Côte d’Ivoire, il y a eu la guerre en Libye. Et maintenant la partition du Mali. Ouattara, qui dirige à présent la Communauté Economique Des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), est l’homme de la situation. C’est un pion parfaitement à sa place pour servir les intérêts occidentaux. En quand je dis les intérêts occidentaux, ce sont plus ceux des Etats-Unis que ceux de la France. La position de Sarkozy sur la crise électorale en Côte d’Ivoire a été critiquée jusque dans les rangs de l’UMP par quelques vieux briscards gaullistes.
 
 
 
Côte d'Ivoire, Libye, Mali... Des crises liées à aborder d'un point de vue régional.
 
 
Il semble en effet que Washington manifeste un intérêt croissant pour l’Afrique en général et l’Afrique occidentale en particulier.
 
Dans le cas de la Côte d’Ivoire, il y a une raison très prosaïque mais néanmoins importante : le cacao. La multinationale anglo-saxonne Armajaro a la mainmise sur cette ressource. Le beau-fils de Ouattara travaille d’ailleurs pour la filiale ivoirienne. En 2002 et 2010, Armajaro a spéculé à hauteur de 400.000 tonnes de cacao qui ont été achetées avant les crises politiques. Elle les a ensuite revendues lorsque les cours du cacao ont explosé suite aux événements.
 
N'oublions pas que qui contrôle la Côte d'Ivoire contrôle quasiment le Golfe de Guinée, réputé pétrolifère...
 
Par ailleurs, on constate de manière générale un émiettement du pré carré français dont les Etats-Unis semblent être les marionnettistes. L’objectif peut être de contrer les Chinois ou, au minimum, de s’accaparer les ressources. La Côte d’Ivoire est très riche et destinée à l’être plus encore grâce à sa capacité de développement.
 
Enfin, les crises ivoirienne, libyenne et malienne étant liées, elles vont à nouveau poser la question de l’Africom : ce centre de commandement militaire US pour l’Afrique qu’aucun pays du continent n’a accepté d’accueillir est actuellement basé à Stuttgart. Maintenant qu’il y a l’AQMI, menace réelle ou supposée, la crise malienne va devenir une question étasunienne. Et avec Ouattara à la tête de la CEDEAO, l’installation d’Africom dans la zone du Mali ne devrait pas poser problème.
 
 
Que se passe-t-il maintenant en Côte d’Ivoire ? On imagine que tout va bien puisque les médias n’en parlent plus…
 
Pas vraiment, non. Sur l’éducation, le bilan est cinglant : des universités ont été fermées deux années de suite : les étudiants sont globalement perçus comme potentiellement pro-Gbagbo. Par ailleurs, on a rouvert quelques écoles dans le nord.
 
Dans les divers gouvernements qui se sont succédé sous la présidence de Ouattara, on constate un phénomène que le chef d’Etat qualifie lui-même de rattrapage ethnique. On ne choisit donc plus le personnel politique en fonction de ses compétences mais en fonction de ses origines. C’est justement ce qu’on reprochait à Gbagbo. Ca donne des scènes cocasses. L’actuelle ministre de l’Education, la nordiste Candia Kamara, n’est sans doute pas la plus qualifiée pour cette fonction. Elle invente régulièrement des néologismes comme « capturation » ou « recrutation » !
 
 
Et les violences ont-elles cessé ?
 
Pas du tout. La ville d’Abidjan a été divisée entre tous les commandants des zones rebelles qui étaient fidèles à Ouattara depuis 2002. Ces commandants mènent la belle vie car ils bénéficient des largesses du régime. Mais pour les petits soldats, c’est le racket, les exactions, etc.
 
Sur l’ensemble du pays aussi il y a encore beaucoup de violence. On recense chaque semaine des meurtres ethniques ou politiques. Si bien que plusieurs centaines de milliers de réfugiés ivoiriens ont quitté le pays pour rejoindre le Ghana, le Bénin ou le Togo. D’autres ont bougé à l’intérieur-même du pays. On constate que beaucoup d’habitants de l’ouest, là où on cultive le cacao, ont été dépossédés de leurs terres au profit de paysans burkinabés. Ca permet d’assurer un meilleur contrôle sur l’exploitation du cacao.
 
Tous ces réfugiés posent aussi le problème de l’élite de la nation. On a coutume d’évoquer la fuite des cerveaux en Afrique. En Côte d’Ivoire, cette fuite est manifestement orchestrée. Parmi les réfugiés que j’ai rencontrés au Ghana, il y avait beaucoup de cadres, d’ingénieurs, de responsables politiques, d’enseignants, etc.
 
 
Tout cela, les médias français n’en disent pas un mot. La presse ivoirienne couvre-t-elle mieux les événements ?
 
La liberté de la presse est bafouée quotidiennement. Chaque semaine ou presque, un ou deux titres sont suspendus. De nombreux journalistes ont été jetés en prison. Herman Aboa y est resté plus de trois mois.
Vous avez sans doute vu la photo du couple Gbagbo malmené par des rebelles dans une chambre d’hôtel. En Côte d’Ivoire, les journaux n’ont pas le droit de publier cette photo.
 
Autre exemple : le Nouveau Courrier a reçu un blâme pour avoir rapporté les propos du politologue français Michel Galy qui, à propos des élections de 2010, parlait de « coup d’Etat franco-onusien ».
 
 
 
Le couple Gbagbo appréhendé (laissé aux mains ?) des rebelles.

 
Justement, la victime de ce coup d’Etat a été arrêtée et doit passer devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Pensez-vous que Laurent Gbagbo pourrait être jugé pour les crimes qu’on lui reproche ?
 
Luis Moreno Ocampo, le procureur de la CPI, est quand-même un des personnages les plus troubles de notre époque. Dans le dossier qu’il a monté contre Gbagbo, il y a des charges assez grotesques. Par exemple, dans un discours de campagne, Gbagbo avait déclaré : « On gagne ou on gagne ». Il avait ainsi repris, certes un peu de façon démagogique, les paroles d’une chanson populaire ivoirienne. Mais pour Ocampo, cela constitue une preuve que Gbagbo est un dictateur ! On trouve des éléments aussi ridicules que celui-là dans le dossier du procureur.
 
Si on s’en tient aux charges crédibles, le problème est qu’une seule peut suffire à fonder le procès. Sans manquer de respect aux nombreuses personnes qui sont mortes, on peut espérer que le niveau de l’instruction va s’élever pour poser les vraies questions.
 
 
Quelles sont ces vraies questions ?
 
Il y a deux façons de présenter l’enjeu de ce procès. La première, celle que semble avoir choisi l’avocat de Laurent Gbagbo, dénonce l’incompétence de la CPI à juger le président ivoirien. En effet, depuis 2003, cette juridiction est autorisée à enquêter en Côte d’Ivoire. C’est Laurent Gbagbo lui-même qui l’avait autorisé pour mettre un terme aux fausses accusations sur les charniers. Cependant, si la CPI a le droit d’enquêter, sa juridiction n’est pas reconnue par la Côte d’Ivoire.
 
La deuxième façon d’aborder l’enjeu du procès est plus politique mais se défend juridiquement. Du 28 novembre 2010 au 11 avril 2011, on peut considérer que Laurent Gbagbo n’a jamais cessé d’être président de la Côte d’Ivoire. Il avait en effet été nommé par le président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’Dré. C’est ce même président du CC qui a ensuite nommé Ouattara en mai 2011. Si on reconnait à Paul Yao N’Dré la légitimité de nommer Ouattara président en mai 2011, c’est qu’il avait aussi la légitimité de nommer Gbagbo en novembre 2010.
 
De plus, au moment des faits, le président Gabgbo était suivi par l’ensemble de son administration. Toutes les entités, corps constitués et administrations sur lesquelles il avait autorité le reconnaissaient comme président. Par conséquent, si Gbagbo était bien le président de la Côte d’Ivoire au moment des faits qui lui sont reprochés, toutes les accusations de la CPI tombent d’elles-mêmes. Voilà les deux questions importantes à trancher : la CPI est-elle compétente et Gbagbo était-il président ?
 
 
On vient d’apprendre ce 12 juin que l’audience de confirmation des charges prévue le 18 juin était reportée au 13 août.
 
La Présidente de la cour a désavoué Ocampo qui prétendait s'opposer à cette demande de report. Ocampo avait, délibérément, remis très tardivement un dossier énorme, accumulation de "preuves" que la défense de Gbagbo ne pouvait techniquement pas étudier dans le délai imparti. Pour la première fois depuis le début de la crise post-électorale, on a écouté Laurent Gbagbo. Ce qui m'inspire une question : la CPI aurait-elle été aussi diligente si Nicolas Sarkozy était encore aux affaires à Paris ? En outre, en marge du report la défense de Laurent Gbagbo a formulé une demande de mise en liberté provisoire.
 
 
Finalement, cette crise électorale ne montre-t-elle pas que l’Occident n’est pas prêt à laisser le jeu démocratique s’exprimer librement et sans ingérence en Afrique ? Le temps des colonies ne semble pas fini…
 
À l'ingérence humanitaire ont succédé l'ingérence politique, l'ingérence économique, l'ingérence judiciaire, l'ingérence militaire… La communauté internationale a pris pour argent comptant les résultats de la Commission électorale indépendante tout en écartant ceux du Conseil constitutionnel. Alors que c’est la deuxième institution qui est habilitée à nommer le président. Ca témoigne d’un certain mépris pour les institutions ivoiriennes.
 
De plus, j’ai eu l’occasion de discuter avec des personnalités politiques en France, dont Alain Bauer, proche conseiller de Sarkozy. Pour ces personnes, le fait que Gbagbo ait porté plainte pour tricheries au second tour et que Ouattara ne l’ait pas fait n’est pas important : « Vous savez, la justice là-bas… », « L'État, là-bas... », etc.
 
On voit donc que tout ce qui touche à la démocratie, à la Constitution, aux institutions républicaines, bref, tout ce qui est sacré ici, ne l’est pas dans leur esprit là-bas. C’est sans doute un bel héritage de la mentalité coloniale.
 
 
Source : Investig'Action
 
 
Grégory Protche est rédacteur en chef du Gri-Gri International et auteur du livre « On a gagné les élections mais on a perdu la guerre. 5 raisons de ne pas marcher à la victoire d’Alassane Ouattara »
Les éditions du Gri-Gri publient le 18 juin "J'accuse Ouattara", livre de Théophile Kouamouo.
 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Jun 2012 à 21:04

Prétendue opération de sécurisation de l’Ouest ivoirien : ce qui se passe vraiment

 

Frank Toti

 
Depuis plus d’une année déjà, la région de l’ouest du pays est confrontée à une insécurité chronique plus intense que le reste de la Côte d’Ivoire. Mais il aura fallu l’assassinat de sept casques bleus, début juin, pour voir le régime Ouattara lancer d’urgence une opération dite de sécurisation de la région, où il ne fait pas bon vivre.

Depuis plusieurs jours, les Frci ont investi l’ouest du pays, particulièrement la région de Taï, où plusieurs attaques ayant entrainé morts d’hommes, ont été perpétrées par des hommes armés non identifiés ces derniers temps. Officiellement, selon l’Etat-major des Frci, il s’agit d’une opération de sécurisation de la zone frontalière avec le Liberia. Mais sur le terrain, le constat est tout autre. En fait d’opération de sécurisation, c’est plutôt une opération de persécution des populations, notamment des autochtones Oubis, qu’il est donné de constater sur le terrain. Des éléments des Frci, particulièrement déchainés contre les autochtones, accusés à tort de servir de bras séculiers à des prétendus « assaillants miliciens ». 

Ce qu’il est convenu d’appeler le « ratissage » des Frci dans cette région de Taï n’est rien d’autre que la traque d’autochtones stigmatisés comme étant des miliciens. Leur seul tort (comme toute la région de l’ouest d’ailleurs), c’est d’avoir massivement voté le président Laurent Gbagbo aux deux tours de l’élection présidentielle de 2010 qui a servi de prétexte à la guerre. Selon les informations en notre possession, la plupart des autochtones ont déserté les villages pour trouver refuge dans la ville de Taï et ses environs pour certains, et au-delà de la frontière libérienne pour d’autres. Parce qu’excédés de vivre le martyre du fait du harcèlement dont ils sont victimes de la part des Frci, des dozos et des milices burkinabè pro-Ouattara qui pullulent dans la région. Le groupe le plus connu pour ses hauts faits étant la milice d’Amadé Ouérémi, qui tient aujourd’hui toute la zone du mont Péko. 

Contrairement aux informations données ça et là, les Frci ne sont pas en pleine bataille guerrière contre un quelconque embryon de « rébellion » dans la région comme on tente insidieusement de le faire croire au peuple. L’impressionnant renfort des Frci ne vise qu’à dissuader d’éventuelles attaques d’« assaillants ». Les éléments des Frci ont été pour cela prédisposés dans différents villages et à Taï. Malheureusement, cette présence surmédiatisée des Frci ne rassure guère les populations qui rechignent à regagner leurs lieux d’habitation. Alors que tout le monde est unanime pour dire que les « assaillants » proviennent de la forêt de Taï, personne au niveau des forces militaires mobilisées n’ose franchir le cap pour une fouille et un ratissage en bonne et due forme de cette immense forêt jugée « dangereuse ». Les prétendues offensives des Frci dont on parle depuis plusieurs jours ne le sont en réalité que sur papier. Et cela ne rassure guère les populations. Jusqu’à ce jour, le commandement des Frci n’a pas pris la décision de mener des expéditions dans la forêt de Taï. Comme on le voit, le régime qui a pourtant promis de dénicher les assaillants taxés sans preuve de pro-Gbagbo continue de mentir aux Ivoiriens.

 

Source : Nouveau Courrier

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Jul 2012 à 00:54

Soro, l’ex-chef de guerre, reçu par Claude Bartolone

Le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, et ex-seigneur de guerre, Guillaume Soro, a été reçu en audience, hier, par Claude Bartolone, le tout nouveau président de l’Assemblée nationale française. Pour autant la visite n’est pas passée inaperçue. Et pour cause, Soro est dans le collimateur de la justice internationale pour les exactions commises par son ex-armée, les Forces nouvelles (FN) puis les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, nées des FN), et aussi pour l’enrôlement d’enfants-soldats. Soro est, de surcroît, arrivé à Paris sous le coup d’une plainte déposée par Michel Gbagbo, fils de l’ancien président ivoirien, « pour enlèvement, séquestration, traitements inhumains 
et dégradants ». Sa mère avait exhorté Bartolone « à ne pas recevoir le geôlier d’un ressortissant français qui demeure détenu du seul fait de son patronyme ».

Source

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Climat de violence à Abidjan

Des hommes en armes ont pris d’assaut, hier matin, la poudrière d’Akouédo. La veille, six militaires étaient tués dans l’attaque d’un commissariat et d’un poste de contrôle à Yopougon, une banlieue de la capitale économique.

Les assurances du gouvernement ivoirien sur le « recul de l’insécurité » dans le pays prennent une étrange résonance après les épisodes de violence survenus à Abidjan ces derniers jours. Hier, sept hommes, dont six militaires, ont péri dans l’attaque du camp militaire d’Akouédo, dans le quartier de la Riviera Palmeraie, à Cocody. Un groupe armé « non identifié » a pris d’assaut le camp, théâtre d’échanges de tirs nourris entre 3 et 6 heures du matin. Les assaillants ont ensuite pris la fuite, emportant des armes et des munitions.

La veille, cinq militaires ivoiriens avaient été tués lors de l’attaque d’un commissariat et d’un poste de contrôle à Yopougon, une banlieue populaire d’Abidjan. Selon le même scénario, celui du surgissement d’hommes armés, vêtus de treillis et « non identifiés ». Interrogé dimanche par l’AFP, le ministre chargé de la Défense, Paul Koffi Koffi, avait évoqué la piste du « banditisme », sans exclure toutefois l’implication de « militaires » ou de « membres des forces de l’ordre ». Et c’est bien là tout le problème : des éléments des FRCI, anciens rebelles du nord qui avaient participé, en avril 2011, à l’offensive militaire pour installer Alassane Ouattara dans le fauteuil présidentiel au terme d’une longue crise post-électorale, sont régulièrement impliqués dans des actes de violence meurtrière. Le 20 juillet, des militaires et des chasseurs traditionnels dozos, enrôlés comme supplétifs à leurs côtés, ont pris part à l’attaque d’un camp de déplacés à Nahibly, près de Duékoué. Bilan : une douzaine de morts et des dizaines de blessés, dans une région déjà meurtrie par les massacres perpétrés lors de l’offensive pro-Ouattara d’avril 2011.

Du côté du gouvernement, les promesses de « réforme » pour mettre de l’ordre dans les rangs des FRCI, désarmer les supplétifs, limiter la circulation d’armes et mettre au pas les seigneurs de guerre devenus encombrants se succèdent. Sans effet. Au point que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), membre de la coalition au pouvoir, s’alarme, dans un communiqué, de cette « situation de violences endémiques ». « Les auteurs de ces agressions meurtrières sont généralement issus non seulement des rangs des milices » pro-Gbagbo « mais également des dozos, des supplétifs démobilisés non indemnisés et de certains éléments incontrôlés des FRCI », explique la formation de l’ancien président Henri Konan Bédié. Le chef d’état-major des FRCI, le général Soumaïla Bakayoko, lui-même ancien seigneur de guerre, réfute ce constat. « La discipline est bel et bien revenue au sein de l’armée », assurait-il sans ciller, le 31 juillet, dans les colonnes du quotidien gouvernemental Fraternité Matin.

Audience reportée À la CPI Initialement prévue le 13 août, l’audience de confirmation des charges contre l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a été reportée à une date ultérieure, non fixée encore, dans l’attente d’une « évaluation médicale » demandée par la défense, a annoncé vendredi la CPI. Soupçonné d’être le « coauteur indirect » de crimes contre l’humanité perpétrés pendant la crise post-électorale, Laurent Gbagbo aurait été « torturé » pendant sa détention à Korhogo, dans le nord ivoirien, assurent ses avocats.

Rosa Moussaoui

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L’Ouest ivoirien secoué par une nouvelle vague de violences

Un poste des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) a été attaqué lundi par 
des hommes en armes non identifiés à Pekambly, près de la frontière avec le Liberia.

Les épisodes de violence armée se succèdent en Côte d’Ivoire. Au point de susciter l’inquiétude des chefs d’états-majors de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui ont abordé le sujet, lundi, à Bamako, lors d’une réunion consacrée à la crise malienne. Le même jour, l’armée ivoirienne subissait une nouvelle attaque dans l’ouest du pays. Un poste des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) a été attaqué par des hommes en armes à Pekambly, dans le département de Toulépleu, près de la frontière avec le Liberia.

Ces dernières semaines, une série d’attaques similaires, visant des postes de contrôle et des camps militaires, à Abidjan et dans l’intérieur du pays, ont fait au moins 11 morts dans les rangs des FRCI. Du côté du gouvernement, on impute ces attaques à des « miliciens » pro-Gbagbo accusés de vouloir « semer le trouble » alors que « la confiance revient » dans le pays, traumatisé par la longue crise postélectorale de 2010-2011. Mais le 5 août, au lendemain de l’attaque d’un commissariat et d’un poste de contrôle à Abidjan, le ministre chargé de la Défense, Paul Koffi Koffi, n’avait pas exclu la piste de « membres des forces de l’ordre » ou de « militaires » ayant combattu lors de l’offensive pro-Ouattara d’avril 2011, aujourd’hui mécontents de leur sort. Dans le camp des pro-Gbagbo, on réfute toute mise en cause. Le FPI de l’ex-président ivoirien a condamné « avec la plus grande énergie cette vague de violences meurtrières » qui « ajoutent au climat d’insécurité généralisée ».

Dans l’Ouest, les populations soupçonnées de sympathies pro-Gbagbo redoutent, elles, des représailles des FRCI. Le massacre du 20 juillet, dans le camp de déplacés de Nahibly, près de Duékoué, est encore dans toutes les têtes. Ce jour-là, l’attaque du camp par de jeunes assaillants, aidés par des éléments des FRCI et leurs supplétifs, des chasseurs traditionnels Dozo, avait fait douze morts et des dizaines de blessés.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Aug 2012 à 19:05

Nouvelle attaque près d’Abidjan

Des hommes non identifiés ont de nouveau ouvert le feu, dans la nuit de mercredi à jeudi, sur un poste FRCI, une gendarmerie et une prison, à Dabou, à 50 kilomètres d’Abidjan.

C’est encore et toujours le même scénario. Comme à Yopougon et au camp militaire d’Akouedo, les 5 et 6 août, comme à Toulepleu, lundi, des hommes en armes, non identifiés, ont attaqué, dans la nuit de mercredi à jeudi, un poste des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) à Dabou, à une cinquantaine de kilomètres d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. « Nos positions ont été attaquées à Dabou, au niveau du corridor, à l’entrée de la ville. Mais la situation est sous contrôle, nos hommes ont pu repousser l’attaque. Le ratissage est en cours », a confirmé à l’AFP une source militaire. La gendarmerie et la prison de la ville auraient également été prises pour cible. Terrés chez eux, des habitants, joints par l’AFP, ont fait état de tirs nourris aux abords de sites tenus par les forces de sécurité.

Cette série d’attaques nourrit de vives inquiétudes dans la population. « Le gouvernement impute ces violences à des éléments proches de l’ancien régime (de Laurent Gbagbo – NDLR). Ce qui est sûr, c’est qu’elles installent dans le pays un lourd climat de peur et d’insécurité », témoigne Solange Koné, une militante de la société civile. Ces violences mettent aussi en lumière les profondes failles d’une armée en partie composée d’anciens rebelles du Nord ayant participé à l’offensive pro-Ouattara d’avril 2011. Jusqu’ici, les promesses de « réforme » de l’appareil sécuritaire (mise au pas des seigneurs de guerre et autres supplétifs, désarmement, démobilisation d’une partie des ex-rebelles) sont restées lettre morte. Dans l’affaire de l’attaque du camp d’Akouedo, le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, a même admis l’existence de « complicités au sein du camp ». Sur le plan politique, cette crise offre à Guillaume Soro l’opportunité d’un retour en force. L’ancien chef rebelle devenu premier ministre, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale, a reçu, mardi, les chefs militaires pour « faire le point de la situation sécuritaire ».

Rosa Moussaoui

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Côte d’Ivoire : le siège d’un journal d’opposition attaqué

Le siège du groupe éditant le journal ivoirien le Temps, proche de l’ex-président Laurent Gbagbo, a été attaqué par des inconnus dans la nuit de samedi à dimanche à Abidjan. Une grille a été forcée, une salle au rez-de-chaussée incendiée, et les assaillants ont tenté sans succès de mettre le feu à deux autres bureaux, a constaté un photographe de l’AFP. Du matériel informatique a aussi été dérobé. Ces violences font suite à une autre attaque, il y a quelques jours, contre le siège même du FPI, le parti de l’ex-président.

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Edité par T 34 - 22 Aug 2012 à 00:28
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Aug 2012 à 00:55

L’opposition ivoirienne dans le collimateur du régime Ouattara

Les attaques armées de ces dernières semaines en Côte d’Ivoire sont à ce jour invoquées par les tenants du pouvoir pour justifier des représailles envers les opposants.

Le pouvoir ivoirien se livre-t-il à une chasse aux sorcières ? C’est ce que laisse entendre un article mis en ligne sur le blog du président de l’Assemblée nationale, l’ancien chef rebelle Guillaume Soro. Intitulée « Le FPI : une organisation terroriste ivoirienne à éradiquer », cette chronique, rédigée par l’un de ses conseillers, revendique explicitement la répression contre les membres du parti du président déchu, Laurent Gbagbo.

Les attaques armées de ces dernières semaines, pourtant condamnées par le FPI, sont aujourd’hui invoquées par les tenants du pouvoir pour justifier des représailles envers les opposants. Ainsi, l’ancien ministre Alphonse Douati, proche de Gbagbo, a été inculpé mardi d’« atteinte à la sûreté de l’État » et incarcéré avec… sa fille. Samedi et dimanche, le siège du FPI, ainsi que celui d’un quotidien pro-Gbagbo, le Temps, ont été attaqués et incendiés.

La mise en accusation des partisans de l’ex-président ne suffit pourtant pas à éclairer les causes du climat d’insécurité. Si la responsabilité de milices liées à l’ancien régime dans les récentes violences visant les forces de sécurité ne fait pas de doutes, on admet, jusque dans les cercles officiels, l’implication d’ex-combattants pro-Ouattara, voire d’éléments des FRCI, cette nouvelle armée ivoirienne intégrant les seigneurs de guerre du nord.

Au-delà de la question du désarmement, c’est bien celle des violations continues des droits humains qui est aujourd’hui posée au régime d’Alassane Ouattara. Des dizaines de partisans de Gbagbo, capturés en avril 2011, sont toujours détenus sans être passés devant la justice, dans des conditions révoltantes. C’est par exemple le cas de l’universitaire franco-ivoirien Michel Gbagbo, pourtant peu impliqué en politique, rendu suspect par sa seule filiation. C’est le cas, aussi, du dirigeant syndical Basile Mahan Gahé, dont la détention arbitraire est dénoncée par la Confédération syndicale internationale. On est décidément bien loin de la « réconciliation nationale » tant promise par Alassane Ouattara.

Rosa Moussaoui

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Aug 2012 à 15:15

Regain de tension en Côte d’Ivoire

L’armée essuie une vague d’attaques meurtrières et poursuit la traque des pro-Gbagbo en retour.

Le spectre de la guerre civile ressurgit en Côte d’Ivoire. Samedi, un soldat, deux assaillants non identifiés et trois civils ont été tués dans la région de Grand-Lahou, à 140 kilomètres d’Abidjan. Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ont pris en chasse des hommes roulant dans un véhicule volé jusqu’au poste de contrôle d’Irobo, selon le ministère ivoirien de la Défense. Les suspects, dont l’identité n’est toujours pas connue, ont alors échangé des tirs avec les militaires ; deux occupants du pick-up sont toujours en fuite malgré la longue battue opérée par les forces de sécurité. Cette attaque a renforcé le climat de tension : « On a demandé à tout le monde de rentrer. Nous sommes terrés dans nos maisons, la peur au ventre », raconte un habitant de Grand-Lahou cité par l’AFP. Depuis le début du mois, l’armée essuie une vague d’attaques meurtrières dont les miliciens et militaires fidèles à Laurent Gbagbo seraient à l’origine.

En représailles, l’armée poursuit la traque des partisans de l’ancien président. Samedi, une source militaire indiquait avoir arrêté plusieurs dizaines de militants à Yopougon, l’un des bastions pro-Gbagbo, où des violences éclatent régulièrement. À Alépé, à 45 kilomètres au nord-est de la capitale économique, les partisans du président déchu dénoncent les « séances interminables d’humiliations, de violences physiques de menaces de mort » par les FRCI contre la population, vidéos à l’appui. Sur ces images, on peut voir des hommes à terre contraints d’entonner des slogans anti-Gbagbo ou un soldat, arme à la main, assurer : « On va les mater très dur (...), même les enfants n’oublieront jamais. » Parallèlement, Justin Koné Katinan, porte-parole en exil de Laurent Gbagbo, accusé d’être impliqué dans une tentative de coup d’État, a été arrêté vendredi au Ghana. On ignore encore s’il risque l’extradition vers la Côte d’Ivoire.

L. S.

Un opposant ivoirien arrêté

Le secrétaire général 
par intérim du FPI, Laurent Akoun, a été interpellé.

Le durcissement du régime ivoirien, sur fond de 
regain de violences dans le pays, se confirme. Après que Justin Koné Katinan, le porte-parole en exil de M. Gbagbo, eut été arrêté au Ghana, sur demande d’Abidjan, on a appris dimanche l’arrestation de Laurent Akoun, secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de 
l’ex-président. Le responsable politique a été interpellé par la gendarmerie lors d’une réunion publique à Adzopé, à une centaine de kilomètres au nord d’Abidjan. Aucune explication n’était disponible hier après-midi sur les motifs officiels de cette arrestation. Le pouvoir ivoirien tire en fait argument de l’implication présumée de responsables du FPI dans les récentes attaques contre l’armée ivoirienne, que l’opposition a pourtant explicitement condamnées. Le Patriote, quotidien proche du pouvoir, tente de justifier cette arrestation en évoquant des « appels incessants à la sédition ».

R. M.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 28 Sep 2012 à 00:42

Scandale du Probo-Koala : la lumière est faite

Amnesty International et Greenpeace ont publié un rapport hier sur le déversement de déchets toxiques autour d’Abidjan en 2006. Les deux ONG réclament un procès pénal pour établir les responsabilités.

Le 20 août 2006, le cauchemar s’empare d’Abidjan, victime d’affairistes qui cherchent à se défaire de leurs déchets toxiques. « On avait des problèmes de respiration. L’odeur nous étouffait d’abord et on n’arrivait pas à respirer », témoigne Jérôme Agoua, président de l’association des victimes de déchets toxiques du quartier d’Abobo Plaque 1, dans un rapport publié hier par Amnesty International et Greenpeace. Des dizaines de milliers de personnes tombent malades : maux de tête, éruption cutanées, problèmes respiratoires. Entre août et octobre, plus d’une centaine de milliers de personnes se rendent dans les centres médicaux ; 15 à 17 d’entre elles seraient décédées.

La raison de ce désastre ? Le 19 août, des camions déversent dans 18 lieux autour de la capitale de Côte d’Ivoire des déchets toxiques. « Fin 2005, une entreprise multinationale de négoce, appelée Trafigura, avait décidé d’acheter de grandes quantité, de naphta de cokéfaction, un hydrocarbure non raffiné », dans le but de « fabriquer du carburant », décrit le rapport. Or, le raffinage produit des déchets. Pour s’en débarrasser, en juin 2006, Trafigura contacte Amsterdam Port Service, entreprise spécialisée dans ce travail. Le 2 juillet, cette dernière débarque les déchets sur ses barges, constate qu’ils sont plus contaminés que prévu et augmente le prix du traitement en conséquence. Trafigura refuse et fait recharger les déchets sur son navire, le Probo-Koala, qui prendra ensuite la route de l’Estonie, du Nigeria, puis de la Côte d’Ivoire.

Le rapport pointe les responsabilités. Les Pays-Bas, qui ont laissé le navire s’en aller, en prennent leur part. En vertu de plusieurs conventions internationales, le bateau n’aurait pas dû quitter Amsterdam et aurait dû indiquer aux autorités sa destination finale. « Il existait des éléments permettant aux autorités de soupçonner que l’élimination des produits dangereux dans de bonne conditions et en toute sécurité n’était pas garantie », pointe le rapport qui rappelle que « Trafigura refusait de payer les frais associés à l’élimination écologiquement rationnelle (des déchets) aux Pays-Bas ».

D’ailleurs, en décembre  2011, la compagnie a été condamnée, par un tribunal néerlandais, pour exportation illégale de déchets toxiques, au paiement d’une amende d’un million d’euros. C’est, à ce jour, la seule condamnation dans cette affaire. Trafigura a acheté la paix avec le gouvernement ivoirien en février 2007, en lui versant 145 millions d’euros.

Le rapport est particulièrement sévère avec cette société immatriculée au Royaume-Uni. Cette dernière connaissait le danger que représentaient ses produits, assurent les deux ONG. Si l’entreprise se retranche derrière le fait d’avoir confié à une société ivoirienne, Tommy, le soin de s’occuper de ses déchets, le rapport rappelle que « la loi britannique (...) dispose que l’entité qui produit des déchets a le devoir de se soucier de leur devenir ». D’où la demande d’ouverture, par des deux ONG d’une enquête pénale au Royaume-Uni. Invitée par celles-ci à commenter le rapport, Trafigura estime qu’il « contient de nombreuses inexactitudes ». Sans préciser lesquelles.

Gaël De Santis

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  Citer blackfighter Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 08 Oct 2012 à 04:30
Un documentaire de la chaîne de télé italienne RAI qui raconte le drame qu'a vécue la Côte d'ivoire en ces 10 années. Sous titrage français. Un documentaire à voir et à partager.

http://youtu.be/eSumHaxLh4U

Edité par blackfighter - 08 Oct 2012 à 05:01
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Nov 2012 à 17:30

la cote d'ivoire toujours dans l'incertitude !

 
 
jimmy dalleedoo

Le Samedi 03 novembre dernier, a paris, a eu lieu une manifestation devant le siège de l’AFP (agence France presse) et de reporters sans frontières.
Les quelques dizaines de manifestants présent sur les lieux étaient des partisans de l’ancien président de la république de la cote d’ivoire, Laurent Gbagbo.
ces partisans ont dénoncé la censure médiatique, concernant la situation très préoccupante de ce pays.
Les manifestants ont mêmes distribués des tracts qui présenter des « camps de concentration » existant en Côte-D’ivoire.
Ils ont dénoncé aussi un massacre commis le 20 juillet 2012 a duékoué.
Ce même 20 juillet 2012, un « camp de déplacer » se situant à nahibly( ouest du pays) Province pro Gbagbo, a été attaquer en faisant six mort, selon l’ONU.
La fidh (fédération internationale des ligues des droits de l’hommes),auraient dénoncé l’existence de ces « camps de détentions » illégaux.
Dans ces « camps de détentions » les droits de l’homme seraient violer plus d’une fois !
ceci s’ajoute a des conditions d’existences catastrophiques :
- Les hôpitaux ne fonctionnent quasiment pas, les enfants sont dé scolarisés, la faim tue les ivoiriens.
- Les femmes enceintes n’ont aucun suivie médical, car il faut d’abord payer, pour être suivie médicalement.
Par manque de matérielle ou par manque de compétence professionnelle, ces pauvres femmes voient leurs bébé mourir.
Bébé mort né, mort pendant la grossesse de sous-alimentation, par manque d’hygiène etc.…
Pour les « chanceuses » qui voient leur bébé naître prématurément, elles ont pour obligation d’avoir quelques franc C FA dans leurs poches !
Car elles doivent payer d’abord pour que leurs bébé puissent partir en couveuse.
Sinon, on laisse leurs bébé mourir !
- Pour manger, ceux qui détiennent quelques franc C FA, peuvent mettre en application la « mort subite ».
Ce système, dite de « mort subite » vise les personnes pouvant manger qu’une fois par jour.
C’est-à-dire qu’ils prennent leurs unique repas le soir, pour se coucher ensuite le ventre plein.
- Beaucoup d’enfants sous-alimenter, voient leurs parents décéder relativement jeune, les laissant sans aucun espoir.
Si un membre de la famille a pu rejoindre l’occident, ces enfants auront la « chances » de percevoir un peu d’argent via des mandats (western union etc.…).
Évidemment les systèmes d’accueil et éducatif pour ces enfants n’existe pas.
- Des maladies comme le paludisme, la tuberculose, le sida déciment la cote d’ivoire.
Le plus inquiétant, c’est l’annonce faite par le directeur exécutif du fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, monsieur kazatchine.
Sur ce contexte très difficile, il prend la décision de geler jusqu’a « nouvel ordre » les aides financières injecter pour lutter contre ces maladies.
Ceci en raison de « l’instabilité du pays ».
Alors que des milliers d’ivoiriens meurt du sida un embargo financier est donc mise en place.
Evidemment, dans le même temps les multinationales implanter dans ce pays, se « gavent » de profit.
Sous le régime de Laurent Gbagbo, les conditions matérielles rester insuffisantes, mais il y avait un « service minimum ».
Revenons sur ce qui s’est passé en avril 2011.
Le 08 décembre 2010, Laurent Gbagbo est proclamer vainqueur des élections présidentielles.
Il est ensuite investi par le conseil constitutionnel.
L’Angola et l’Afrique du sud soutiennent ces résultats.
Le 16 décembre 2010 va éclater un conflit post électoral entre les partisans pro-Ouattara et les partisans pro-Gbagbo.
Car après l’investiture de Laurent Gbagbo, les résultats des élections sont remise en cause, Alassane Ouattara et alors proclamer a son tour président de la république de la cote d’ivoire.
L’investiture de Ouattara, ancien dirigeant du F Mi et ami de Nicolas Sarkozy, sera soutenu par les pays impérialistes, et notamment la France.
Après une semaine de pilonnages sur la résidence de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011 les forces de l’impérialisme français arrêtèrent Mr Gbagbo.
Actuellement, des milices armées sont toujours présentes dans certaines villes de cote d’ivoire.
Il est déconseillé de se revendiquer pro-Gbagbo sous peine de déportation, de torture…..ou la mort.
Laurent Gbagbo est dans l’attente de son jugement par la cpi ( cour pénale internationale).
Notons que la cote d’ivoire est riche en matière première, café, cacao, coton, or.
les trusts peuvent compter sur le soutiens d’un nouveaux président, économiste de formation.

jimmy dalleedoo

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 14 Nov 2012 à 17:24

Ouattara dissout le gouvernement en Côte d’Ivoire

Le président ivoirien Alassane Ouattara a dissous le gouvernement formé en mars et chargé de relever le pays après la crise meurtrière de 2010-2011. Une décision prise alors que la situation est très tendue dans le pays et les exactions nombreuses.

"Le président a annoncé ce (mercredi) matin en conseil des ministres la dissolution du gouvernement". La présidence ivoirienne n’a toutefois pas précisé les raisons de cette dissolution inattendue ni quand serait formé le nouveau cabinet. Formé le 13 mars, le précédent gouvernement était dirigé par le Premier ministre Jeannot Kouadio Ahoussou, également ministre de la Justice et membre du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), le grand allié du chef de l'Etat. Dans cette équipe, le président s'était attribué le ministère de la Défense pour marquer sa volonté de mener à bien le chantier de la réforme de l'armée, tâche urgente et délicate depuis la fin de la crise.

Cependant, la situation politique et sécuritaire reste très fragile. D’autant plus qu’une vague d'attaques armées contre les forces de sécurité et des sites sensibles a fait monter la tension ces dernières semaines. Au moins 11 attaques violentes attribuées par le pouvoir à des partisans de l'ex-président Laurent Gbagbo ont été dénombrées. Des cas de disparitions forcées, des arrestations arbitraires contre des demandes de rançon ou encore des cas de torture ont fait leur réapparition depuis plus de trois mois. Des ONG comme la FIDH disent que ces attaques sont le fait d’ « hommes en tenues et en armes mais non-immatriculés. »  Des milices ou des anciens combattants du conflit de 2010-2011 non encore démobilisés.

Les ONG dénoncent également les pressions exercées par le pouvoir contre opposition démocratique, particulièrement le Front populaire ivoirien, qui a vu ses journaux interdit, ses dirigeants harcelés en justice et même les locaux du parti attaqués. Selon le FPI, plusieurs de ses militants ont même été emprisonnés et même victimes de disparition forcée et d'actes de torture.

Source


Ouattara dissout le gouvernement ivoirien

Signe d’une crise politique profonde, le président a remercié, mercredi, le cabinet formé en mars autour de Jeannot Kouadio Ahoussou.

Les ministres congédiés ont appris la nouvelle… en Conseil des ministres. Mercredi, le président ivoirien, Alassane Ouattara, prononçait la dissolution du gouvernement dirigé, depuis mars, par Jeannot Kouadio Ahoussou. Officiellement, c’est un houleux débat parlementaire sur un projet de loi sur le mariage, jugé trop favorable aux femmes par une frange de la majorité, qui aurait provoqué cette crise au sein de la coalition au pouvoir.

En réalité, cet épisode traduit la fébrilité du pouvoir et ses difficultés à tenir les promesses de « stabilité » et de « réconciliation nationale » de l’ancien directeur Afrique du FMI. Sur le plan sécuritaire, la vague d’attaques armées qui ont visé, ces dernières semaines, des forces de sécurité ou des sites stratégiques, témoigne d’un climat délétère. Et si le pouvoir met ces attaques sur le compte d’un « complot » des partisans de Gbagbo, ces derniers renvoient Alassane Ouattara à son incapacité à rétablir l’ordre et l’État de droit dans un pays toujours profondément divisé. Sans parler des combattants ­pro-Ouattara ayant participé à l’offensive militaire d’avril 2011 qui, s’estimant mal récompensés, ont rejoint l’insaisissable armée des fauteurs de troubles en tout genre. « Partout, des miliciens tuent, agressent. Les Ivoiriens ont peur des attaques, des enlèvements. Comme le pouvoir se montre incapable de rétablir la sécurité, il accuse le FPI (le parti du président déchu Laurent Gbagbo – NDLR), un bouc émissaire tout trouvé. Mais nous excluons toute violence de notre stratégie politique », fait valoir le président du FPI, Sylvain Miaka Ouretto, actuellement en visite à Paris.

Autre dossier sensible, celui du sort réservé aux pro-­Gbagbo. « Plus de 200 personnes, dont des membres du FPI, (…) ont été arbitrairement détenues et torturées et beaucoup croupissent toujours derrière les barreaux », sans jugement, rappelait Amnesty International, le 26 octobre dernier. L’ONG faisait aussi état de violations flagrantes des droits de l’homme : disparitions, mauvais traitements, exécutions extrajudiciaires, remises en liberté de détenus, suite à des rançons versées à des membres de l’armée. Aucune poursuite, en revanche, n’a été engagée contre les pro-Ouattara coupables de crimes de guerre.

Cette « justice des vainqueurs », plus inspirée d’une volonté de vengeance que de la « réconciliation » tant promise, contribue à entretenir de dangereuses divisions. Des divisions qui gagnent, aujourd’hui, le cœur même du pouvoir.

Rosa Moussaoui



Edité par T 34 - 19 Nov 2012 à 02:07
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Dec 2012 à 22:23

L’encombrant « ami » Ouattara

Paris semble prendre ses distances avec le président ivoirien, épinglé par plusieurs ONG pour son attitude envers l’opposition.

« Nous sommes disposés à discuter avec Ouattara pour sortir de l’impasse. » Mercredi, lors d’une conférence de presse à Paris, Sylvain Miaka Ouretto, président du FPI, le parti de Laurent Gbagbo, a voulu donner des gages de « responsabilité » face à ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » du nouveau régime ivoirien. Signe d’un changement d’attitude des autorités françaises après l’alternance de mai dernier, l’opposant conduisait une délégation qui a été reçue au Quai d’Orsay, ainsi qu’à l’Élysée, où elle s’est entretenue avec la conseillère Afrique de François Hollande, Hélène Le Gall. Autre signal d’une certaine prise de distance avec « l’ami » Ouattara, les propos tenus le 27 novembre dernier à Abidjan par Bertrand Delanoë, en marge du congrès de l’association des maires francophones. « Les dirigeants de Côte d’Ivoire ont le devoir de rassembler. (...) La Côte d’Ivoire sort du traumatisme d’une guerre civile, il y a eu des morts. (...) Dans un État de droit, il faut une justice indépendante qui ait le courage, sans esprit de vengeance, de sanctionner ceux qui ont commis des fautes, d’où qu’elles viennent », a lancé le maire de Paris. Une allusion nette à la « justice des vainqueurs » dénoncée par l’opposition ivoirienne. Dans un rapport publié le 26 novembre, l’ONG International Crisis Group (ICG) conforte ces accusations, tout en remarquant que « l’aile modérée » du FPI « n’arrive pas à se démarquer d’une branche dure en exil qui nourrit l’espoir d’une reconquête militaire du pouvoir ». « Pas un seul élément des FRCI n’a été inculpé, ni pour les crimes commis durant la crise postélectorale ni pour ceux perpétrés depuis lors. Des arrestations arbitraires ont lieu dans les milieux pro-Gbagbo, notamment effectuées par la toute-puissante direction de la surveillance du territoire et la police militaire », alerte l’ONG. Processus de réconciliation introuvable, détentions sans jugements, impunité de combattants pro-Ouattara jamais désarmés… « Une chape de plomb s’est abattue sur notre pays », résume Sylvain Miaka Ouretto. Tout en assurant opter pour la « voie pacifique d’accès à la démocratie ».

Plainte contre Alliot-Marie Des familles de militaires victimes du bombardement de Bouaké, en Côte d’Ivoire, ont déposé plainte, mercredi, auprès de la Cour de justice de la République pour complicité d’assassinats contre Michèle Alliot-Marie. Celle-ci était ministre de la Défense lorsque, le 6 novembre 2004, deux avions des forces loyalistes ivoiriennes bombardaient un camp de l’armée française à Bouaké, tuant 
9 militaires français et un civil américain, et blessant 38 soldats.

Rosa Moussaoui

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Feb 2013 à 17:17

Il n’y a ni criminels, ni seigneurs de guerre, dans le camp franco-ouattariste.

 
 
Komla KPOGLI

Pour comprendre le jeu de Poker entre chefs d’Etats africains, la France, les multinationales, seigneurs de guerre et barbouzes qui se passe en Côte d’Ivoire, Lynx.info s’est retourné vers l’analyste togolais Komla Kpogli, Secrétaire Général du Mouvement pour la Libération Totale et la Reconstruction de l’Afrique (Moltra). Dans cette interview, il nous décrit la Côte d’Ivoire sous Alassane Ouattara, nous peint le gugusse Guillaume Soro et s’offusque contre Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (FIDH) qui peut dire qui doit aller à la CPI et ou non ! Un condensé de tout le drame ivoirien dans une interview. Lecture !

Interview réalisée par Camus Ali Lynx.info
LUNDI, 18 FÉVRIER 2013

Lynx.info : France, multinationales, Alassane Ouattara, Blaise Compaoré, Guillaume Soro. Vous avez une idée de celui ou de ceux qui dirigent la Côte d’Ivoire ?

Kpogli Komla : Chacune de ces entités tire ce qu’elle veut de la situation actuelle dans ce territoire. La Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, à l’instar de la quasi-totalité des territoires africains, est un chaos méthodiquement organisé. Ce territoire est revenu pleinement dans le circuit colonial après l’accidentelle parenthèse Laurent Gbagbo. Ce désordre intérieur facilite la canalisation de toutes les ressources vers l’extérieur. Les laquais placés au pouvoir dans ce territoire disant à voix basse que leur heure ayant sonné, mettent en pièce tout ce qui leur tombe sous la main. Ainsi, chacun vole ce qu’il peut et laisse les multinationales occidentales et, dans une certaine mesure, les multinationales des pays dits émergents faire main basse sur l’ensemble de l’économie. Les dividendes de cette rapine reviennent à Ouattara et à ses seigneurs de guerre. Mais au-delà, il y a d’autres acteurs qui bien que moins visibles, sont non moins redoutables dans ce joyeux pillage : ce sont les Israéliens, les Libanais, les Syriens, et quelques autres groupes installés depuis des siècles en Afrique. Donc, Ouattara et ses seigneurs de guerre assurent la police locale contre des miettes largement suffisantes à eux distillées par leurs mentors et soutiens d’horizons divers qui contrôlent tout l’appareil productif exclusivement confiné aux matières premières minières, agricoles et minéralières. Il n’y a pas très longtemps, on a entendu dire un peu partout que la Côte d’Ivoire est de retour sur la scène internationale. Et pourquoi donc ? Parce que les Occidentaux étaient partis là-bas tenir une conférence sur le cacao et la banane, une poignée d’euros en main. C’est dire combien, les Africains sont moqués. Quelle fierté y-a-t-il à être des « puissances » de cacao, de café, de banane, de coton, d’arachide…pour alimenter les autres ? Même aux temps du président Laurent Gbagbo, les africains de Côte d’Ivoire ne cessaient de se vanter d’être le premier producteur mondial de cacao. On va où avec ça ? Et Alassane Ouattara se paie de mots avec cet état de choses en répétant inlassablement qu’il fera de la Côte d’Ivoire un pays émergent (rires). On ne devient pas un pays émergent en accrochant les peuples qu’on régente illégitimement d’ailleurs à une économie cacaoyère, caféière, bananière, arachidière et rentière le tout solidement vissé à un Franc CFA détenu par la France et l’Europe. Un pays émergent quand on danse sur tous les toits d’être un PPTE (Pays Pauvre Très Endetté) ?! Il n’y a qu’en Afrique qu’un bouffon puisse soumettre un peuple à de pareilles plaisanteries. Il n’y a qu’ici qu’on clame que compétir pour être « élu » par les maîtres de l’ordre mondial pays très « appauvri » et très endetté après s’être soumis aux mesures d’ajustements structurels renommées savamment Initiative Pays Pauvres et Très Endettés est la manifestation même d’un progrès économique. Le peuple noir a donc du boulot face à de telles moqueries. Il lui faut commencer sérieusement par réfléchir, s’organiser puis aller vers la douloureuse reconquête de son espace pour le reconstruire et pour le sanctuariser définitivement avec un dispositif militaire puissant continental au sommet duquel doit trôner l’arme nucléaire.

Lynx.info : Grèves tout azimut, pauvreté ambiante, pays divisé… Des analystes disent que la gestion d’Alassane Ouattara comme président rappelle étrangement à sa gestion comme premier ministre. C’est ça ?

Il ne peut en être autrement. Les Etats qui dominent l’histoire du monde depuis six siècles maintenant et ceux qui les rejoignent maintenant dans ce rôle directeur du monde sont à la recherche d’individus capables de jouer leur jeu dans des territoires qu’ils entendent conquérir ou garder sous leur tutelle. Alassane Ouattara et ses seigneurs de guerre rentrent parfaitement dans cette case. Donc, tous les maux que vous décrivez dans ne sont que le résultat de l’état du monde dans ce territoire.

Lynx.info : Pour le Pr Mamadou Koulibaly les promesses des amis de Ouattara quand il était au Golf Hôtel n’ont pas été honorées. Comment vous l’expliquez ?

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. De surcroît, ces gens n’ont aucun compte à rendre aux africains du territoire de Côte d’Ivoire qui ne les ont pas mis au pouvoir. Si ces gens-là sont au pouvoir aujourd’hui, c’est à la France, aux Etats-Unis d’Amérique, à la Banque Mondiale, au FMI, à des tyrans africains qu’ils le doivent. Dans une certaine mesure, ils le doivent aussi à la Russie et à la Chine. Ces deux pays, pourtant adulés par certains africains « fâchés » avec l’Occident, avaient, comme très souvent sur l’Afrique, laissé les choses se faire ou les avaient même cautionnées par leur vote au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Voilà donc les entités envers lesquelles les satrapes de Côte d’Ivoire ont des engagements. Et, ils doivent les tenir. A défaut, ils seront virés.

Lynx.info : La Côte d’Ivoire pour beaucoup, n’appartient plus aux Ivoiriens. Le jeu de Poker qui se joue dans ce pays entre puissances Occidentales en est la vraie raison ?

Cela fait des années que nous disons publiquement que l’Afrique n’est pas le fait des africains. L’Afrique est toujours, contrairement aux dires de beaucoup, dans la colonisation. Il va de soi dans ces conditions que le territoire de Côte d’Ivoire n’appartienne pas aux africains qui y vivent. Au-delà des Occidentaux, d’autres pays en pleine ascension vers la grandeur historique s’activent et s’ancrent en Afrique. Aucun territoire africain n’échappe à cette guerre. L’Afrique demeure l’unique continent susceptible en ce 21è siècle d’être coupé, redécoupé et repartagé, car elle est non seulement désorganisée de bas en haut et de haut en bas, mais surtout elle ne dispose d’aucun Etat en son sein pourvu de la puissance de feu dissuasif. On peut même prévoir, vu l’évolution de la situation, une sorte de Conférence de Berlin nouvelle version pour voir les acteurs définir des règles évitant que cette concurrence débouche sur des chocs frontaux. A cette nouvelle conférence de Berlin, les Etats-Unis d’Amérique et la Chine pourraient jouer le rôle assumé par l’Allemagne de Bismarck au Congrès de 1884-1885, avec l’Europe, Israël, le Canada, l’Inde, la Russie, le Brésil, les monarchies du Golfe et la Turquie comme invités.

Lynx.info : Mr Komla Kpogli, vous connaissez bien la Côte d’Ivoire. Comment expliquez-vous le « coup politique » du PDCI et de Bédié qui ont préféré le Rdr qui avait mis fin à leur pouvoir contre le FPI de Laurent Gbagbo ?

Le PDCI a tout simplement joué pour éliminer un adversaire de taille. En s’alliant au RDR, plus précisément à Alassane Ouattara et à ses éléments armés, le PDCI a contribué activement à ruiner le FPI du président Laurent Gbagbo. Mais, le PDCI se dit qu’Alassane Ouattara quoiqu’il fasse sera toujours considéré par bien d’Africains de Côte d’Ivoire comme celui qui est arrivé sur le trône dans les chars et autres bombardiers français accompagnés de voyous et de criminels de guerre recrutés dans les parages et dirigés par Guillaume Soro. Ces faits font qu’aux yeux du PDCI, Ouattara ne sera jamais en mesure de maîtriser totalement la situation de sorte à garantir la sécurité des « affaires » aux investisseurs-pilleurs de divers horizons. C’est pourquoi le PDCI fait tout ce qu’il peut actuellement pour prouver à la France et à tous les autres détenteurs du vrai pouvoir dans ce territoire qu’il ferait mieux à la place d’Alassane Ouattara et ses miliciens à la présidence. Espérant convaincre ces parrains mafieux qui font et défont les régimes en Afrique, le PDCI brandit son expérience du pouvoir et son joker Houphouët-Boigny. Dans une moindre proportion, il brandit également l’ère Bédié qui ne fut pas si mal pour les parrains. Périodes au cours desquelles non seulement les français furent chez eux dans le territoire de Côte d’Ivoire, mais aussi leurs affaires connurent une prospérité foudroyante. Même si la France a fait son grand retour triomphal dans ce territoire sous Ouattara, les dirigeants du PDCI estiment qu’ils feraient mieux eux à la présidence. Et ces gens là déploient, dans cette offensive de charme, une diplomatie nocturne et silencieuse depuis un moment en direction de l’Elysée principalement.

Lynx.info : Vous voyez un retournement de situation avec la coalition FPI-PDCI- pour mettre fin à la dictature cruelle du Rdr lors des prochaines élections ?

A l’heure où nous parlons, aucun scénario n’est à exclure définitivement. « En politique, il ne faut jamais dire jamais », dixit le président Gbagbo. Lorsqu’on sait que le PDCI a été capable de s’allier à Alassane Ouattara qu’il a pourtant écarté hier sous prétexte qu’il n’est pas « ivoirien né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens » ; lorsque le PDCI a montré qu’il peut se réclamer de Houphouët-Boigny présentée par la propagande comme l’Apôtre par excellence de la Paix et s’allier, dans le même temps, à des seigneurs de guerre conduits par Guillaume Soro, on ne peut rien écarter. Tant l’opportunisme et la propension d’être avec les vainqueurs du moment sont immenses de ce côté-là. Toutefois, il est peu probable de voir une alliance FPI-PDCI. Car, ce que le PDCI recherche depuis qu’il a perdu le pouvoir en décembre 1999 c’est la confiance de la France, véritable détentrice du pouvoir de dévolution du pouvoir dans sa « sphère d’influence ». C’est pourquoi le PDCI a coopéré dans la fermeture sanglante de la parenthèse accidentelle Laurent Gbagbo.

Lynx.info : A quelques jours des confirmations de charges contre Laurent Gbagbo, aucun seigneur de guerre de Ouattara n’a été inquiété. Comment expliquez-vous ce silence de la CPI, de la FIDH, de Human-Right et de l’Onu ?

Qui arrêtera ces seigneurs de guerre ? Alassane Ouattara qui est leur parrain local et qui normalement, dans l’ordre des comparutions devrait être le premier à être jugé ? Alassane Ouattara qu’ils ont porté au pouvoir et qui en retour leur attribue des postes ? Il ne faut pas rigoler ! Ou bien, ces seigneurs de guerre vont-ils s’arrêter eux-mêmes ou vont-ils se présenter devant, on ne sait qui d’ailleurs, pour proclamer qu’ils désirent être jugés pour crimes de guerre, meurtres de masse et pillage économique ?
Pour ce qui est de la CPI, de l’ONU et de leur cohorte d’ailes marchantes appelées organisations de défense des droits de l’homme, tant pis pour ceux qui croient toujours qu’elles sont là pour LA justice. Tout ceci fait partie des instruments de la boîte à outils dont les Occidentaux se servent pour punir des régimes politiques ou des acteurs socio-économiques qui ont le tort de menacer l’ordre mondial tel qu’il est dessiné depuis six siècles maintenant en voulant montrer le bon exemple aux peuples dominés. Pour le reste, rappelons à celles et ceux qui veulent y croire malgré tout que le 05 décembre 2011 sur France 24, Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme (FIDH) avait fixé à “3 au minimum et au maximum à 7” le nombre des personnes à comparaître devant les tribunaux pour crime de guerre, notamment devant la CPI qui, il faut le rappeler, n’est pas une cour de justice mais un tribunal politique puisqu’elle passé son temps à sélectionner soigneusement ses inculpés et elle n’a cessé de distinguer les bons crimes commis par les Occidentaux et leurs divers sous-traitants des mauvais crimes commis par ceux qui osent les combattre. Florent Geel avait précisé que toutes ces personnes sont, selon ses propres termes « du camp Gbagbo ». Pour le reste, pris de bégaiements, le Monsieur Afrique du FIDH avait énoncé que les crimes commis par la France, l’ONU et leurs protégés locaux dirigés par le couple Ouattara-Soro « ne sont pas de même nature ». On peut donc conclure qu’en raison des critères énoncés par Florent Geel, il n’y a ni criminels, ni seigneurs de guerre, dans le camp franco-ouattariste.

Lynx.info : Selon vous, Ouattara ne « peut pas » ou ne « veut pas » envoyer ces criminels de guerre devant les tribunaux ?

Alassane Ouattara devrait être un des tout premiers à être envoyé devant les tribunaux, s’ils en existent réellement. La vérité de l’histoire c’est que ce sont les vainqueurs qui détiennent toutes les clés. Donc, ceux qui tiennent aujourd’hui le rôle prescripteur dans le territoire de Côte d’Ivoire n’iront pas s’automutiler pour faire plaisir à on ne sait quel peuple. Si les africains d’une manière générale, et ceux de Côte d’Ivoire en particulier veulent qu’il en soit autrement, ils doivent se battre et devenir vainqueurs. A ce moment là, ils pourront édicter de nouvelles normes afin de sanctionner les criminels. Mais tant que ce sont les criminels qui, forts de leur victoire, dirigent, nous n’aurons nos yeux que pour pleurer nos morts et que des mots pour décrire notre misère.

Lynx.info : Comment voyez-vous l’avenir de Guillaume Soro en Côte d’Ivoire ?

Des gugusses comme Soro Guillaume iront le plus loin possible tant que l’ordre colonial sera en vigueur dans les territoires africains. Car, il est le genre même de ce que les colonisateurs appellent « l’élite indigène » appelée à collaborer dans l’exploitation de l’Afrique. Donc, Soro Guillaume est appelé à monter encore plus haut. On le voit d’ailleurs être régulièrement accueilli en France et dans d’autres capitales occidentales comme un héros. Ce qu’il est effectivement. Un héros colonial ! Les Occidentaux adorent des types comme ça, car ils sont essentiels dans le dispositif colonial. En conséquence, seuls deux phénomènes pourront bloquer son ascension : soit, un coup de son propre camp qui aura décidé de l’évincer pour une raison ou une autre, et dans ce cas, c’est qu’on lui aura trouvé un successeur plus sûr et plus pervers, soit le peuple africain de Côte d’Ivoire en fusion avec des compatriotes africains d’autres territoires, dans un élan révolutionnaire, renverse l’ordre cannibale établi en Afrique, avec pour conséquence la destruction de tous les satrapes qui l’immobilisent dont Soro Guillaume.

Lynx.info : Nous ne pouvons terminer cet entretien sans évoquer l’arrestation de Charles Blé-Goudé. Dites-moi, arrêter Charles Blé-Goudé aura été un jeu d’enfants. Comment expliquez-vous que Ouattara sans beaucoup d’efforts parvient à mettre la main sur tous ses ennemis en fuite ?

Jamais l’Afrique n’a été autant uniformisée au sommet. Même aux pires moments des razzias négrières transatlantiques et arabo-berbères, même aux temps les plus sombres de la colonisation directe, il y avait dans des territoires africains des dirigeants au pouvoir qui résistaient et qui, de ce fait, constituaient des motifs de fierté et donc des modèles. 2011 a emporté les deux derniers résistants Laurent Gbagbo et Mouammar Kadhafi certes avec leur fragilité et leurs contradictions, mais des résistants quand meme. Ceux-là avaient de l’envergure et un discours assez audacieux dans cet ocean africain rempli de piranhas obséquieux envers leurs maîtres mais royalement sanguinaires envers notre peuple. 2011 a inauguré le printemps des cancres et des laquais à savoir les Gnassingbé, les Bongo, les Sassou, les Zuma, les Bozizé, les Guelleh, les Compaoré, les Rajoelina, les Jonathan...qui font la pluie et le beau-temps devant des populations qu’ils immobilisent. Etant dans le meme bateau, ces gens-là constituent une sorte de syndicat qui vole au secours de tout membre en difficulté. Ils ont un même ennemi à savoir tout Africain qui incarne une autre vision. On a vu la même débauche d’énergie lorsqu’il s’était agi de renverser le président Laurent Gbagbo. N’a-t-on pas vu les pires tyrans qui s’accrochent aux miettes du pouvoir colonial depuis des décennies à coups de massacres, de hold-up électoraux et de corruption ainsi que les petits bouffons qui ont succédé à leur père dans le sang et les larmes dans certains territoires avaient mobilisé leurs fameuses armées pour aller donner une bonne leçon de démocratie à ce “dictateur” de Gbagbo ? Ils ont tous coopéré pour porter Alassane Ouattara et ses gangs au pouvoir. Il est de leur devoir de les aider à traquer et à capturer tous leurs “ennemis” que sont les résistants. Mais au-delà de tout ceci, la capture de Blé Goudé pose plus la question d’une base-arrière à partir de laquelle les résistants africains pourront se déployer. Il faut y réfléchir sérieusement.

Lynx.info : Beaucoup vont jusqu’à dire qu’il y a bien une main française et surtout la main de l’Onuci derrière tout ceci….

L’hymne national que le régime Franco-Gnassingbé Eyadéma avait fait chanter aux africains du Togo durant 30 ans disait « écartons tout mauvais esprit qui gêne l’unité nationale, écartons-le tout comme l’impérialisme. Les règlements de compte, la haine et l’anarchie ne font que freiner la révolution. Si nous sommes divisés, l’ennemi s’infiltre dans nos rangs pour nous exploiter. A l’Union, l’Union, l’Union, Oh, Togolais ! Nos ancêtres nous appellent. La Paix, la Paix, la Paix,Oh, Togolais ! Nos aïeux nous l’ordonnent. ». Ce couplet qu’on chantait à tue-tête cachait mal la réalité de la tyrannie. On est exactement dans ce schéma en Côte d’Ivoire aujourd’hui. Il faut écarter, sous-entendu, détruire, tuer « tout mauvais esprit » qui étant libre dans la nature peut constituer une gêne à l’ordre établi en Afrique depuis cinq siècles maintenant. Il faut traquer et liquider « tout mauvais esprit » qui puisse troubler par sa seule existence hors de contrôle la bonne marche des affaires. La main française et le bras onusien, c’est-à-dire le bras européo-étatsunien ont toujours frappé les africains. Au-delà des chiens renifleurs que sont les tyrans africains, ces gens-là espionnent eux-mêmes directement les africains allègrement en écoutant facilement toutes les communications, ils interceptent facilement les messages, ils contrôlent l’espace africain qu’ils observent librement et ils disposent à présent des bases de lancement de drones au Mali, en Ethiopie, à Djibouti en Ouganda aux côtés des flottes aériennes de surveillance basées au Burkina Faso, en Mauritanie et au Soudan du Sud. Les drones ont commencé par agir déjà. Bientôt, ils vont cibler des opposants, rebaptisés « dangereux terroristes » dans le jargon d’Obama et de ses lieutenants. C’est dire la facilité avec laquelle ils peuvent écarter « tout mauvais esprit ». C’est dire aussi l’immensité des batailles qui attendent les Africains s’ils tiennent à reconquérir leur espace.

Lynx.info : Komla Kpogli merci.

C’est à nous de vous remercier.

http://www.lynxtogo.info/interviews/interviews/3633-komla-kp...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Apr 2013 à 20:28

Le massacre des autochtones Wé dans le camp de l’ONU à Nahibly en Côte d’ivoire

 
 

Ou comment l’ONU favorise l’impunité et l’épuration ethnique en les cachant sous le tapis.

Depuis le début du conflit en Cote d’ivoire, environ 30.000 personnes autochtones d’ethnie Wé ont été tuées par les forces favorables au Président actuel, selon Comité de sauvegarde du patrimoine foncier Wé. Cette source évalue à 230 tués l’attaque du camps de déplacés de l’ONU de Nahibly par les milices ethniques FRCI et dozos le 20 juillet 2012.

Ce massacre fait suite à ceux de Douékoué carrefour (2011) et Guitrozon (2005) qui avait également ciblé les Wé et qui avaient également eu lieu en présence des forces de l’ONU. Par suite de l’épuration ethnique et de la colonisation de l’ouest ivoirien par des populations originaires des pays au Nord de la Côte d’ivoire, la population étrangère serait passé de 37% lors du recensement de 1998 à 75% selon ce comité. Une partie de la population Wé a fuit au Libéria où se trouvait déjà les descendants de ceux qui avaient fuit la colonisation française. Une autre partie se trouvait dans des camps de déplacés à l’intérieur de leur propre région. L’ONU les encourageait à rentrer dans leurs villages incendiés en réduisant leurs allocations de nourriture mais le rythme des départs était insuffisant du fait de l’insécurité régnant dans les campagnes "sécurisées par les bandes dozos du boucher de Duékoué-carrefour, Amédée Ouéremi.

La FIDH et Amnesty International viennent de publier chacune un rapport qui permet de confirmer les informations données par les sources Wé sur les circonstances du massacre de Nahibly.

Un massacre prévisible

Nul ne pouvait ignorer que les autorités et les milices étaient décidées à fermer les camps puisque le préfet de la ville avait fait des déclarations en ce sens en mars 2012. Le chef militaire de Douékoué, le lieutenant Koné Daouda dit Konda avait abondé dans le même sens : « Nous n’allons pas rester les bras croisés pendant longtemps. Il faut que le site soit fermé pour éviter qu’il ne devienne le nid de malfaiteurs », a-t-il dit. Ces déclarations ont été suivi par l’apparition de problèmes à l’intérieur du camp : « A partir du mois de mars 2012, il y avait eu 14 attaques contre les travailleurs humanitaires dans le camp et, au mois de mai, le HCR a envoyé une lettre aux autorités relevant ces incidents en les informant que la distribution de vivres serait suspendue. Le 22 mai, des acteurs humanitaires ont été menacés par des individus au sein du camp » a déclaré le patron de l`Onuci, Bert Koenders.

Une mission de l’ONU préconise en mai 2012 de renforcer la clôture pour " rendre plus difficile l’accès au camp par un autre lieu que le portail principal." Heureusement, cette mesure n’a pas été mis en œuvre sans quoi nul n’aurait pu s’échapper lors de l’attaque du camp. La mission est arrivée à la conclusion que "le camp de Nahibly connaissait une situation sécuritaire dégradée par la présence très vraisemblable d’éléments perturbateurs de type bande armée, sans doute composée d’anciens miliciens ou militants gbagboistes de l’ethnie Guéré, dont certains ont été nommément identifiés." . Plutôt que de chasser les perturbateurs probables nommément identifiés, la mission préconise l’ouverture d’un poste de police ivoirien à l’intérieur du camp, en plus de celui de l’ONU. Cette réponse ne sera pas mise en œuvre par les autorités ivoiriennes selon l’ONU, peut être parce que ces autorités n’ont pas confiance dans la police qui a été partout désarmée.

Selon Amnesty, l’attaque contre le camp " est intervenue dans un contexte de stigmatisation croissante des personnes déplacées de la part aussi bien des autorités politiques et militaires locales que de certaines franges de la population. (...) Un ancien résident du camp a dit à Amnesty International : « Les Dozos et des habitants des villages environnants ne cessaient de nous dire : “C’est à cause de Gbagbo que vous êtes là, on va vous tuer” ».
Plusieurs sources ont également indiqué à Amnesty International que, dans les semaines qui ont précédé l’attaque, il était devenu très courant d’entendre parler de la nécessité de faire « disparaître » le camp de Nahibly.
"

Une organisation méthodique

"Le 19 juillet 2012, la veille de l’attaque du camp, se serait tenue à l’hôtel Monhessia (un hôtel désaffecté de Duékoué occupé à l’époque par les FRCI) une réunion entre le Lieutenant Konda, des Dozos et des représentants des jeunes Malinke de la ville. Le même jour, une réunion similaire de Dozos se serait déroulée à Guiglo au maquis Ketin. Ces Dozos de Guiglo « ont été amenés et ramenés ensuite après l’attaque du camp », selon un témoin" rapport FIDH.

Officiellement, c’est un événement fortuit qui a déclenché l’attaque du camp. Un braquage aurait fait 5 morts dans la nuit du 19 au 20 juillet au quartier Kokoman. Les jeunes malinké (allochtones) auraient suivi des traces de sang menant jusqu’au camps pourtant fort éloigné. Ils prirent alors d’assaut le camp à 8 heures devant les caméras et en présence du préfet Benjamin Effoli et du Lieutenant Daouda Koné.

Les 22 militaires et policiers de l’ONU qui gardaient le camp ne tenteront pas grand chose pour les en empêcher.

« Il était évident que nous n’étions pas capables de contrôler cette foule sans leur tirer dessus. Cela aurait presque certainement conduit à une explosion de violence et beaucoup de gens auraient été tués. Bien sûr, c’est ce qui s’est passé à la fin tout de même ». Témoignage d’un officier onusien recueilli par Amnesty International.

L’ONU déclarera plus tard que "La foule de "500 à 1.000" personnes qui est descendue sur le camp était un groupe "organisé" , (...), que "l`identité des assaillants faisait toujours l`objet d`une enquête" et que ces événements soulignait la nécessité de la restauration de l`autorité de l`État à travers le pays (AFP 27 juillet 2012). Mais cet événement n’est-il pas une excellente illustration de l’autorité de l’État et de l’immense talent des enquêteurs bredouilles de l’ONU ?

Les militaires et les milices ethniques malinké "dozos" ont procédé aux exécutions dans le camp, aux alentours et plus tard en brousse. "Dans ce chaos, les hommes, qui sont particulièrement ciblés, tentent de fuir. Certains par l’arrière du camp, d’autres par l’entrée principale. Ceux qui tentent de fuir par l’arrière du camp semblent avoir été abattus par les Dozos et peut-être des FRCI qui encerclaient le camp. Un témoin atteste qu’au moins 7 personnes auraient été tuées dans les taillis à l’arrière du camp. L’UNPOL et l’ONUCI ont bien tenté de ratisser la zone après les faits, mais « ils ont essuyé des tirs à ce moment, et n’ont pas pu accéder à la zone pendant les 7 jours qui ont suivi » affirme une source interne. Lorsqu’ils ont pu enfin se rendre à l’arrière du camp, « plus aucun corps n’était présent », déclare, amère, ce témoin des événements.

Pendant ce temps, le sort des hommes qui tentaient de fuir par l’entrée principale du camp n’est pas meilleur : bastonnés et poursuivis, certains sont arrêtés par des éléments des FRCI " FIDH.

Les personnes arrêtés disparaîtront définitivement pour la plus part et une femme subira un viol collectif par les FRCI. De nombreux témoignages font état de cadavres emportés, ce qui enlève tout caractère spontané à l’événement.

Un témoin permettra la découverte d’une dizaine de puits contenant les corps de victimes des massacres. Un seul sera fouillé, il contenait 6 corps. Les autres seront laissé en l’état "pour préserver les preuves".

La complicité de l’ONU

Lors du massacre de 2011 dans la même ville de Douékoué, les soldats de l’ONU avaient enterrés eux même plus de 800 corps mais compté seulement 150 victimes. Une fois encore à Nahibly, l’ONU a cherché à étouffer la polémique en donnant une estimation ridiculement faible du nombre de victimes. Bien qu’un bataillon de l’ONU stationne dans la ville, la zone du camp avait été "sécurisée" par les FRCI qui venaient de le détruire, empêchant les ONG d’y accéder pour compter les corps. Les lieux de détention n’ont pas été visités, ce qui aurait probablement permis de sauver les personnes arrêtées. Ainsi, Bert Kondoers a pu annoncer 11 morts en tout dont 5 victimes du braquage "déclencheur" du massacre. Les 6 corps trouvés dans le camps étaient des corps difficilement transportables, notamment 3 vieillards brûlés vifs. L’ONU, qui avait identifié les 4000 habitants du camp, n’a pas cherché à répertorier les survivants, les morts et les disparus et le bilan n’a jamais été réévalué. Les déplacés ont été promptement rapatriés dans leurs villages d’origines où leur sécurité n’est pas assurée, sans parler de leurs éventuels témoignages. Selon la FIDH "La disparition à l’issue de l’attaque du camp de Nahibly de plusieurs dizaines de personnes déplacées, ainsi que la confirmation de cas d’exécutions sommaires et extra-judiciaires, laissent donc entrevoir un bilan beaucoup plus lourd que les chiffres officiels." Les "pro-Gbagbo" évoquent 47 corps identifiés, 213 Wê tués et plus de 1000 disparus lors de l’attaque de Nahibly (Notre Voie 5 août 2012). Sans souscrire à leur évaluation que personne ne semble avoir voulu discuter, il faut reconnaître que le bilan onusien est très éloigné de la réalité et que cet aveuglement est volontaire.

Il y a comme une contradiction interne dans la déclaration de Bert Koenders, responsable de l’ONU en Côte d’ivoire lors de la conférence sur l’impunité de fevrier 2013 lorsqu’il dit "C’est en brisant le cercle vicieux de l’impunité et en promouvant une justice équitable que l’on aboutira à rompre le cercle vicieux de la violence. Je voudrais à cet égard saluer l’engagement de son Excellence Alassane Ouattara, le Président de la République, et de son Gouvernement, et noter l’ensemble des mesures prises et structures mises en place pour lutter contre l’impunité des crimes d’un passé récent." Car le massacre de Nahibly a été commis avec la participation des autorités ivoiriennes et rien n’a été fait pour en identifier les responsables. En saluant l’action du chef de l’État, Koenders montre qu’il accepte son inaction pour ne pas l’embarrasser. Tout le reste n’est que souhaits pieux et promesses de faire des ronds "vertueux" dans l’eau.

Vacuité du droit

Selon Haut Commissaire aux droits de l’homme, les peuples autochtones, ou peuples indigènes, sont « les descendants de ceux qui habitaient dans un pays ou une région géographique à l’époque où des groupes de population de cultures ou d’origines ethniques différentes y sont arrivés et sont devenus par la suite prédominants, par la conquête, l’occupation, la colonisation ou d’autres moyens ».

Maintenant qu’il est minoritaire sur sa propre terre, le peuple Wé devrait donc bénéficier de toutes les garanties offertes par la "Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones", notamment en matière de droit à la terre. Mais c’est une foutaise parce que les autochtones réfugiés dans des camps sont massacrés sous les yeux de l’ONU. Ceux qui ne vendent pas leurs terres à n’importe quel prix, c’est qu’ils n’ont plus la volonté de vivre. Dans ces conditions, lorsque Koenders appelle le gouvernement ivoirien a résoudre les conflits fonciers en votant une loi à ce sujet, il ne fait que l’inciter à donner une légalité à la spoliation.



Edité par T 34 - 06 Apr 2013 à 20:28
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 Apr 2013 à 17:05

Cour pénale internationale : bête et disciplinée

 
 

Le droit international est une énorme tromperie. Dépourvus de la moindre impartialité et entièrement au service des pays occidentaux, les jugements prononcés en son nom sont la négation de la justice. Le temple de ce grand leurre, c’est évidemment la Cour pénale internationale, la fameuse CPI.

Human Rights Watch (HRW) vient de se rendre compte que cette Cour agit sur la base du principe de deux poids, deux mesures. Du moins, dans le cas de la Côte d’Ivoire. Il est rare que les organisations connues pour s’occuper des droits de l’Homme dans un sens unique fassent état de contradictions dans le système mis en place par les pays occidentaux qui ont réussi à faire main basse sur les institutions internationales.

Mais quand les faits sont trop criants, elles sont bien obligées de se démarquer des mascarades juridiques. Non par remords, mais pour conserver la crédibilité dont elles ont besoin pour poursuivre la mission qui leur a été assignée par leurs maîtres. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, l’injustice est flagrante. « Sur plus de 150 personnes qui ont été inculpées pour des crimes perpétrés lors des violences postélectorales, aucun des inculpés ne provient des forces pro-Ouattara », constate HRW.

En déférant Laurent Gbagbo devant la CPI, les pays occidentaux ont donné un signal fort à Ouattara qui l’a compris comme étant un encouragement à ses partisans à commettre leurs exactions sans risque de sanction « internationale ». L’impunité pour l’un, la condamnation pour l’autre en fonction de ce qui se décide dans les cercles occidentaux.

C’est ce que suggère HRW qui n’ira pas, toutefois, jusqu’à admettre que beaucoup de dirigeants aux États-Unis, les premiers à violer les principes du droit international, méritent de passer devant la CPI. Les motifs ne manquent pas. Exemple : le vendredi 5 avril, la Haut Commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies, Mme Navi Pillay, parlant de Guantanamo, a déclaré que le maintien en détention indéfinie d’un aussi grand nombre de détenus équivaut à de la « détention arbitraire » et « viole les lois internationales ». Sans plus.

Kamel Moulfi

http://www.algeriepatriotique.com/content/cpi-bete-et-discip...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 21 Apr 2013 à 15:20
En Côte d’Ivoire, des élections locales sans l’opposition 
 
Les Ivoiriens sont appelés, dimanche, à se rendre 
aux urnes pour des élections régionales et municipales en forme de test pour le régime d’Alassane Ouattara, avant la présidentielle de 2015. Comme les législatives de fin 2011, ce scrutin se déroulera sans le Front populaire ivoirien de l’ex-président Laurent Gbagbo, qui dénonce une « mascarade ». Ces « appels à la violence verbale et physique » font planer le « spectre des violences électorales » de 2010, s’alarme le Mouvement ivoirien des droits humains.
 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 May 2013 à 16:42

Wikileaks révèle comment la France a organisé la rébellion ivoirienne

 
 

Le 4 février 2003, les Français réussissent à obtenir une résolution, par le biais du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les autorisant à conduire les opérations pour le maintien de la paix en Côte d’Ivoire, aux côtés des troupes qui devaient être envoyées par la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

L’expression « Opération pour le maintien de la paix » est particulièrement ironique puisqu’elle est utilisée pour masquer le fait que le soulèvement des civils qui a abouti à la crise, était un coup monté et perpétré par l’intervention de la France qui s’est rangée du côté des rebelles.

Le gouvernement de Laurent Gbagbo s’était aperçu qu’il devait libérer l’économie ivoirienne en faisant fi de la domination française. Cela aurait permis à la Côte d’Ivoire de s’ouvrir à tous ceux qui souhaitent lui tendre la main pour relever son économie, et de susciter la libre compétition pour l’achat du cacao qui demeure la principale culture d’exportation du pays.

La France a perçu ce signal d’ouverture comme une menace pour ses intérêts. Elle a préféré à Laurent Gbagbo son adversaire, le général Guéi, qui avait perdu les élections et capitulé lorsque le peuple a réclamé les vrais résultats qu’il tentait de confisquer.

En septembre 2002, quand la rébellion a éclaté, il y avait à peu près 650 rebelles qui avaient occupé la seconde grande ville, Bouaké. Ces rebelles étaient les recrues de Guéi qui n’avaient pas été retenues dans l’armée. Ils avaient peu d’équipements et peu de munitions, car ils s’attendaient à un conflit qui durerait moins de cinq jours. Le président Gbagbo était à Rome pour rencontrer le Pape, et les rebelles, profitant de l’occasion, étaient sûrs qu’ils pouvaient réussir le coup en l’absence du Président. Mais quand l’attaque a été déclenchée, les troupes loyalistes ont répliqué. Elles avaient même réussi à encercler les rebelles en les piégeant dans toute la ville et avaient tué à peu près 320 d’entre eux. Elles s’apprêtaient à lancer l’assaut final sur les 320 rebelles restants quand elles ont été brusquement freinées dans leur élan par le commandant français qui dirigeait les troupes françaises stationnées en Côte d’Ivoire. Ce dernier a demandé 48 heures de cessez-le-feu afin d’évacuer les ressortissants français et les quelques fonctionnaires des Etats-Unis de la ville.

Les troupes loyalistes ont demandé d’attendre qu’elles reprennent d’abord Bouaké des mains des rebelles, mais les Français ont fermement insisté et obtenu le délai de 48 heures. Durant tout ce temps, des soldats français descendaient sur Bouaké à l’aide de parachutes pour prêter main forte aux rebelles. Il était alors devenu impossible pour les loyalistes d’éviter l’affrontement avec les troupes françaises s’ils devaient lancer l’assaut sur les rebelles.

Profitant de ces 48 heures, l’armée française avait commandé trois avions Antonov-12 affrétés qui se trouvaient à Franceville au Gabon. Ceux-ci contenaient tout le nécessaire militaire fourni par la France à partir de l’Afrique Centrale. Des chargements supplémentaires ont été acquis à Durban. Les avions affrétés survolaient la région du Nimba, au Liberia (vers la frontière ivoirienne) et aussi les zones assiégées par les rebelles en Côte d’Ivoire (Bouaké et Korhogo) où ils donnaient un coup de main aux rebelles. Des camions de transport de marchandises déversaient des combattants civils rebelles en provenance du Burkina Faso à destination de Korhogo. Une fois à destination, ces combattants recevaient les équipements que les français avaient fait venir d’Afrique centrale et d’Ukraine.

A partir de ce moment, il y eut 2500 soldats armés du côté des rebelles essentiellement des mercenaires venus du Liberia et de la Sierra Léone, qui étaient aussi embarqués dans les mêmes avions. Ils étaient armés de kalachnikovs et autres armements qui n’avaient jamais fait partie de l’arsenal militaire ivoirien. Par la suite, la France leur a fourni un équipement de communication très sophistiqué. Les officiers ivoiriens savaient que les rebelles étaient toujours informés de leurs actions parce que les Français et les rebelles possèdent les mêmes équipements en communication et écoutent à travers les ondes de fréquences de l’armée ivoirienne.

Une fois les rebelles réarmés et équipés, les Français se sont graduellement retirés, laissant le contrôle des opérations entre les mains de mercenaires recrutés en Europe de l’Est et qui travaillent en coordination avec les Français repliés sur Yamoussoukro. Quand les Français ont fini de positionner les rebelles, ils ont actionné les Nations Unies pour obtenir la résolution les désignant comme chargés de maintien de la paix. La paix n’était pas facile à obtenir d’autant plus que les rebelles armés ouvraient plusieurs fronts et occupaient de grands espaces du pays. Les troupes de la CEDEAO mettaient du temps pour venir et ce n’est que (…) lorsque les troupes ghanéennes ont pris les commandes qu’elles sont arrivées, pratiquement composées de troupes africaines francophones formées, équipées et supervisées par des officiers français.

De nouveaux rapports des services d’information internationaux, cette fin de semaine, citant le commandant des forces françaises pour le maintien de la paix, disaient que les troupes françaises en Côte d’Ivoire avaient découvert des corps et des cas de violence graves sur des civils quand elles sont arrivées dans une ville déserte qui a été attaquée un dimanche par des Libériens armés. Les traces des violences à Bangolo étaient très visibles, y compris les corps. « C’est clair, la violence a affecté beaucoup de gens », disait le colonel Philippe Perret à Abidjan. Il a refusé de dire comment plusieurs corps ont pu être vus alors que l’hélicoptère transportant un détachement de troupes françaises a atterri dans une zone occupée par les rebelles, le samedi soir, à Bangolo, situé au nord-ouest, à 600 km d’Abidjan.

Ousmane Coulibaly, l’un des rebelles, disait qu’il avait demandé à l’hélico français de chercher à voir de près la scène. « J’ai demandé aux Français de venir voir les morts. C’est tout un quartier qui été décimé. Toutes les habitations sont remplies de corps. Seul l’Imam est sorti vivant. Il y avait plus de 200 corps, peut-être 300. Et il y a plusieurs corps dans la brousse ».

La partie ouest de la Côte d’Ivoire est sous le contrôle de deux groupes rivaux de rebelles travaillant séparément. Ces combattants sont respectivement des ethnies Krahn et Gio, des tribus qui ont été spoliées de leurs terres vers la frontière ivoiro-libérienne. Ces soldats irréguliers sont issus du régime barbare et brutal du sergent Samuel Doe du Liberia aux côtés duquel ils ont combattu dans la guerre civile libérienne. Ensuite ils ont déniché leurs suiveurs démoniaques en Sierra Léone là où ils ont combattu aux côtés du RUF. Ils sont réputés dans la mutilation de leurs victimes auxquelles ils coupent les bras, les jambes ; dans le viol et le pillage, la brutalité sur des générations de la jeunesse ouest-africaine qu’ils ont utilisée comme soldats et comme esclaves exploités à des fins sexuelles. Ils forcent ces jeunes à commettre des actes de barbarie sur leurs propres familles et sont nourris au cocktail d’alcool, de drogue et à la poudre de fusil qui les met dans un état second pour pouvoir jouer leur rôle. Ces mêmes soldats irréguliers sont ceux qui ont envahi la Côte d’Ivoire et se font appeler rebelles. La plupart d’entre eux parlent anglais…

Le commandant français a blâmé ce massacre des Libériens fantômes qui sont supposés appartenir à l’armée régulière de la Côte d’Ivoire. Ceci est totalement faux et fortement démenti par le président Gbagbo et les chefs de son armée. Des sources libériennes, sierra-léonaises et ivoiriennes (civiles, militaires, ONG) indiquent que c’est un mensonge grossier que les rebelles ont raconté aux Français qui, à leur tour, le propagent. Raconter ces mensonges, aux yeux du gouvernement ivoirien, n’est pas la meilleure façon de préserver la paix. C’est plutôt un plateau « de maintien de trouble ».

Nombreux sont les réfugiés des zones rurales qui ont déjà afflué vers la capitale, Yamoussoukro. Plusieurs rapports insistent que les brutalités commises par les rebelles sont cautionnées par les forces françaises. Et, au bas mot, les civils tués sont estimés à des dizaines, des milliers. « Ils sont arrivés et ont décimé ma famille pendant que ces soldats les regardaient et riaient », raconte une jeune fille de 12 ans qui a refusé de décliner son identité par crainte de subir des représailles. « Ma mère a plaidé pour que les combattants ne tuent pas mon père, mais ils lui ont donné un coup de pied », ajouta-t-elle. Les journalistes de l’agence Reuters avaient essayé d’aller vérifier le nombre de tués, mais les Français leur ont strictement interdit l’accès aux sites où les atrocités ont été commises. Il semblerait que plus de mille villageois ont péri dans les mains des Français qui supportaient les rebelles dans un village proche du département de Vavoua.

« Nous ne sommes plus une colonie française et demandons à la France de mettre fin à ses aspirations impériales à l’endroit de la Côte d’Ivoire », disait le Premier ministre, Ministre de la Planification du développement, Pascal Affi N’Guessan, qui a ajouté : « Ils veulent absolument contrôler le commerce du cacao et du café qui sont très lucratifs. Combien vont-ils tuer pour satisfaire leur gourmandise ? » La Côte d’Ivoire est le plus grand producteur de cacao dans le monde.

Le mandat accordé aux Français par les Nations Unies expire le 2 juillet 2003. C’est sûrement avec beaucoup d’intérêt que chacun constatera que le mandat des Nations Unies n’est pas renouvelé. Si les États-Unis et le Royaume-Uni veulent vraiment gagner la confiance et l’estime des nations francophones (exemple, la Guinée et le Cameroun) pour leurs politiques, ils doivent montrer qu’ils ont la volonté de les soutenir en s’opposant aux intrigues françaises. Refuser à la France une seconde résolution serait une étape positive.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 May 2013 à 01:00

Malheur aux vaincus ivoiriens

Par Jean Luc Mélenchon
 
Le service après-vente des interventions militaires de nos présidents successifs est un devoir qui dépasse les temporalités médiatiques. Quand la guerre a lieu, l’armée transporte les journalistes et les installe dans des points d’observations choisis par elle. Pendant quelques jours les « reporters » filment librement ce qu’il est prévu de les voir filmer et commentent librement en direct « sur place, depuis le terrain » leurs collègues en plateau à Paris qui leur lisent les dépêches de l’armée et du gouvernement. Jusque-là tout va très bien. En effet il ne saurait être question de laisser de tels énergumènes pourrir une guerre avec leurs inévitables otages ou leurs morts mis en exergue chaque jour au journal de vingt heures. Surtout que sur ces plateaux tournent avec suavité deux ou trois experts directement liés à nos Etats-Majors, revues et colloques savants, qui commentent des cartes du meilleur effet. De cette façon tout se déroule, avec une magnifique précision d’horloge, selon le plan prévu. Premier temps on intervient au nom des droits de l’homme comme le prouvent des images « tournées en caméras cachées au péril de notre vie ». Deuxième temps on commente les droits de l’homme bafoués avant notre glorieuse présence vu qu’il n’y a plus rien à montrer en image car les zones de combat sont interdites d’accès. Troisième temps la guerre est finie, les droits de l’homme sont rétablis, la population sort les drapeaux français tout neufs qu’elle cousait en cachette depuis des semaines. Les télés rentrent à la maison, les commentaires s’interrompent car le sujet est vite épuisé (surtout dans le désert où il n’y a vraiment personne). Depuis peu il y a une nouvelle séquence imposée : la visite sur place du président très bon très grand qui vient écumer la joie du peuple libéré. « Merci la France » « Sarkozy ! Sarkozy ! » à Benghazi. « Merci papa Hollande » à Tombouctou. Les sceptiques reçoivent le coup de grâce. Quoi qu’il en soit, quatrième temps, la guerre continue. Peu importe qu’elle continue. Le cirque est parti, le spectacle a lieu ailleurs. Les droits de l’homme retournent donc au présentoir de la bonne conscience, entre la tête de buffle empaillé et le portrait du Dalaï Lama. A partir de cet instant on ne peut revenir sur la scène de ces exploits guerriers qu’avec un masque et des gants, car il s’agira de fouiller dans la charogne.

En Côte d’Ivoire, comme hier au Kosovo, comme à présent en Lybie et très bientôt, c’est certain, au Mali et en Syrie, nos chers alliés politiques « amis des droits de l’homme » que nous sommes venus secourir s’avèrent être « à la longue », c’est-à-dire hors de la quinzaine pendant laquelle les médias montrent quelque chose, d’odieux pourris et parfois même des criminels notoires. Voyez comment les prétendus « combattants de la liberté » du Kosovo trafiquaient les organes des prisonniers serbes qu’ils prélevaient pour les revendre. Motus. Le serbe était le méchant du film. Puis ils menacèrent de mort la présidente du Tribunal Pénal International. Silence : aucun d’entre eux ne sera donc jugé. En Lybie et en Syrie aujourd’hui les « insurgés » combattent un despote avec des méthodes aussi répugnantes que les siennes et parfois même pire. C’est ce que vient de montrer le recours aux armes chimiques par les « rebelles » en Syrie. Etrange : la femme qui le révèle pour l’ONU est celle qui a été menacée déjà pour le Kosovo. Encore elle ! Heureusement, les nord-américains sont là pour révéler qu’ils disposent de preuves solides montrant que le despote a usé de ces armes chimiques. Et patati et patata. La vie, quoi. Je ne crois pas surprendre beaucoup de mes lecteurs en écrivant tout cela. Je les invite pourtant à suivre avec attention ce qui leur est dit sur ces sujets quand ils en entendent parler. Car il nous faut tous tirer parti de chacun de ces épisodes. C’est nécessaire pour améliorer notre compréhension du monde et pour éduquer nos réflexes face à la machine de propagande quand elle se met en mouvement. Sinon comment assumer notre dignité de citoyens ? Nous devons exercer en esprit libre nos pouvoirs de discernement. Il est essentiel, là encore de prendre d’abord conscience du rôle d’illusionnistes (souvent distrayants, j’en conviens) des médias officialistes.

En Côte d’Ivoire, des criminels de toutes sortes, massacreurs de civils, tortureurs de prisonniers civils, bourreurs d’urnes patentés, occupent dorénavant les postes clefs du régime « ami des droits de l’homme » que Nicolas Sarkozy a installé au pouvoir. Un rapport de l’ONU, non commenté aux journaux de 20 heures français pourtant tellement actifs dans le service de vente directe de la belle guerre de Côte d’Ivoire note : « D'anciens commandants de zone ayant à leur actif un nombre notable de violations du droit international humanitaire ont rejoint les rangs ordinaires des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire. Des individus comme Martin Kouakou Fofié (qui est sous le coup de sanctions de l'ONU depuis 2006), Ouattara Issiaka (alias ì Wattao), Hervé Touré (alias ì Vetcho ), Koné Zakaria et Chérif Ousmane ont tous été promus à des postes stratégiques de commandement. Ils ont également des contingents sous leurs ordres et d'importantes quantités d'armes (et de matériel connexe) entre leurs mains. » Ces gens sont impliqués dans des crimes dont le récit vous fait dresser les cheveux sur la tête. Qui cela va-t-il empêcher de dormir ici, au pays des droits de l’homme qui n’hésite pas à s’engager militairement pour défendre nos principes ? Personne ! Et sûrement pas François Hollande. Il a confirmé la marionnette présidentielle Alassane Ouattara qui est venue lui faire acte d’allégeance à domicile. J’ai alors demandé si ce noble guerrier se souvenait de notre compatriote Michel Gbagbo détenu dans des conditions infra humaines par les vainqueurs qui l’ont d’abord copieusement tabassé. Michel Gbagbo est citoyen français. Il a été détenu sans jugement ni même inculpation pendant des mois. Puis il a été détenu dans des conditions qui l’ont amené aux portes de la mort. Il ne faisait pas de politique. J’ai interpellé le gouvernement. Personne ne m’a répondu. Il faut quand même dire, sans doute, que s’appeler Gbagbo et être le fils de son père, même si on n’a pas d’activité politique n’est pas bien malin. Fabius qui a eu ses petites entrées auprès de Laurent Gbagbo du temps où il était puissant devrait pouvoir s’en émouvoir. Non. Dans la mesure où l’ennemi est vaincu, les vainqueurs ont tous les droits. Notamment celui de martyriser les vaincus. Bien sûr cela se fait en toute bonne conscience au nom des droits de l’homme qui ont été méprisés par les vaincus, cela va de soi.

« Vae victis » dit l’adage des romains, malheur aux vaincus. Tout est alors permis contre eux. Je ne veux pas gâcher vos rêves avec des cauchemars venus de Côte d’Ivoire. Mais le sort réservé aux six cent soixante dix membres du Front Populaire Ivoirien détenus par les officiels actuels pourraient vous faire très peur. Passons sur celui réservé à madame Simone Gbagbo qui vient d’être enlevée de l’hôpital où il avait bien fallu la conduire. Battue en public sous les yeux des caméras par des soudards, elle est pourtant réclamée par le tribunal pénal international. Sa défense ne sait rien d’elle. Elle est vivante et martyrisée. Qui s’en soucie à Paris parmi ceux qui dînaient avec elle du temps où elle était la « première dame » ? Moi, je n’ai jamais dîné avec les Gbagbo du temps où ils étaient puissants. Ils ne m’ont ni reçu, ni invité. J’étais à la gauche du PS et de l’Internationale socialiste. Mais je sentais le souffre pour eux. Ils recevaient Henri Emmanuelli, et d’autres beaucoup moins à gauche. Au bureau national du PS des gens comme le renégat Eric Besson réclamaient des sanctions contre les Gbagbo sans beaucoup de succès car nombreux étaient ceux qui regardaient la pointe de leurs chaussures. Ils ont fini par applaudir l’intervention militaire de Nicolas Sarkozy. Tous sont devenus muets depuis. Défendre leurs droits humains aujourd’hui ajoute aux croix qu’il me faut porter devant la meute. Mais pourtant je le fais. Quand je vois un « ministre de la justice et des droits de l’homme » refuser l’accès de tout avocat auprès de mon compatriote Michel Gbagbo, je me souviens que lui et son ministère ne seraient rien ni personne sans l’accord de François Hollande. Quand Simone Gbagbo est enlevée de son hôpital à la faveur d’une anesthésie générale et interdite de contact avec ses conseils, je suis juste soulevé de dégoût par la lâcheté de ceux qui autorisent ces exactions à Paris. Et je ne voudrais pas que les ivoiriens croient que « c’est ça la France ». Et je ne voudrais pas qu’ils montrent mon pays du doigt. Exactement comme moi, je ne crois pas que Alassane Ouattara, ce soit la Côte d’Ivoire et je ne montre pas le pays du doigt à cause des bourreaux des milices nordistes.    

Il y a eu des élections municipales il y a trois semaines en Côte d’Ivoire. Evidemment, vu la situation, le Front Populaire Ivoirien et ses alliées ont appelé au boycott. Selon eux, la participation a été de 15%. Le président « élu », Alassane Ouattara dit qu’elle a été de… 30%. Pas de quoi pavoiser ! Mais selon les observateurs internationaux ce serait 20%. Rien qui évoque la joie et la mobilisation d’un pays « libéré ». Cette très faible participation, due au boycott et à la lassitude générale de la population, montre au contraire un pays prostré et abusé. Et dans ce naufrage, le parti d’Alassane Ouattara a subi une sévère débâcle. A peine 20% des nouveaux maires sont issus de ses rangs et ils viennent des régions déjà sous contrôle de ses milices partisanes sécessionnistes sous l’ère légale de Laurent Gbagbo. La moitié des nouveaux maires sont des « indépendants ». 30% environ sont issus du très ancien parti présidentiel des lendemains de la décolonisation, le PDCI ! Sur le terrain de nombreux incidents ont eu lieu entre les deux partis. Là encore pas de trace du « pays libéré », juste une exaspération généralisée et une tension rappelant à tous les conditions politiques qui prévalaient à la veille de l’intervention militaire française.

Monsieur Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, a officiellement invité François Hollande à se rendre dans son pays. Peut-être qu’il ira. Je ne sais pas. Mais je sais qu’il est temps pour notre pays d’exiger la libération sans condition de notre compatriote Michel Gbagbo. Juste parce que c’est notre compatriote et que nous ne devons pas accepter que son nom soit un motif de persécution. C’est pourquoi je prends le temps d’écrire ces lignes pour rappeler que le retour à un état de droit qui avait été promis passe nécessairement par le respect des droits attachés à la personne de tous les prisonniers politiques ! Et enfin j’affirme que le renvoi devant les tribunaux des personnes proches de Monsieur Ouattara suspectées d’avoir commis de graves crimes contre l’humanité en Côte d’Ivoire est une urgence centrale dans un contexte où nos armes sont intervenues sous le prétexte de la restauration des droits de l’homme. Je sais très bien que ce n’était pas vraiment le sujet. Mais ce pourrait être une opportunité. Même après coup.

Je ne veux pas finir ce chapitre sans revenir aux questions de couverture médiatique de nos guerres. Tout le monde ne se contente pas d’occuper avec sérieux son rôle de marionnette. Quelques courageux vont pourtant plus loin, sans la laisse ni la gamelle fournie par le service de communication des armées en campagne. Mais le temps qu’ils arrivent là où les choses se passent, le temps qu’ils recoupent leurs informations, bref le temps qu’ils fassent le travail de journaliste, la guerre officielle est finie. Ils n’accèdent donc plus à l’antenne. Ou alors seulement pour le magazine spécialisé qui diffusent leur travail entre deux reportages voyeuristes sur la prostitution aux îles Boudijis et le trafic des escargots en voie de disparition en république centre Afroucha. Ceux-là se font tuer aussi parfois. Leur mort, n’est pas filmée. Mais elle sert de prétexte à d’émouvantes auto-célébrations de la corporation par des hommes et des femmes troncs qui ne quittent jamais leurs studios bien chauffés. Leurs images, leurs lignes sont tout ce qu’il nous reste de la part de vérité qu’ils ont pu capter. Mais comme ce sont des parts de vérité, il faut pour en disposer aller les chercher soi-même. Mais peut-être est-ce un devoir à leur égard aussi.

Soutien et liberté Solidarité avec les détenus politiques de Côte d'Ivoire


Edité par T 34 - 16 May 2013 à 03:27
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Jun 2013 à 21:53

Procès en cascade à Abidjan

Dans un climat politique tendu, Justin Koua, le chef de la jeunesse pro-Gbagbo arrêté le 7 juin, est inculpé de « complot » et d’« atteinte à la défense nationale ».

Offense au chef de l’État, atteinte à la défense nationale, complot contre l’autorité et participation à une bande armée. Les chefs d’inculpation qui pèsent contre Justin Koua, le responsable de la jeunesse du Front populaire ivoirien (FPI), arrêté et incarcéré depuis le 7 juin à Abidjan, sont lourds et inquiètent la communauté internationale. Doudou Diène, l’expert indépendant de l’ONU sur la situation en Côte d’Ivoire, y a vu un « message négatif, qui n’est pas de nature à favoriser le dialogue ». Il dénonce aussi les conditions de l’interpellation du chef de la jeunesse pro-Gbagbo, sans mandat d’arrêt et au siège du FPI, et l’absence de son avocat pendant les interrogatoires. L’arrestation de Justin Koua intervient en effet alors que tout dialogue est interrompu entre le gouvernement du président Alassane Ouattara et l’opposition depuis plusieurs mois. Celle-ci ayant définitivement mis fin aux discussions en avril, en refusant de participer à des élections locales « pas assez transparentes ». Doudou Diène craint une « fragmentation politique profonde » et une « fragilisation sécuritaire ».

Les ONG, de leur côté, s’inquiètent désormais d’une recrudescence de la « justice des vainqueurs ». Human Rights Watch recensait, en mai, avant l’arrestation de Koua, 150 procédures judiciaires en cours contre des pro-Gbagbo, sans que les partisans du président élu, hormis deux soldats des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), n’aient encore eu à répondre de leurs exactions pendant la crise post-électorale de 2010-2011.

« On ne peut vouloir des négociations et se conduire de la sorte », a réagi Richard Kodjo, le secrétaire général du FPI, en référence à la reprise prochaine du dialogue annoncée par Alassane Ouattara. Alors qu’un procès contre son prédécesseur n’a toujours pas encore été décidé par les juges de la Cour pénale internationale (CPI), qui estiment ne pas avoir de preuves suffisantes, le président ivoirien s’est justifié : « La CPI fait son travail, je fais le mien pour mes compatriotes. »

Le refus de Laurent 
Gbagbo de reconnaître la victoire de Ouattara à l’élection présidentielle de 2010 avait provoqué des affrontements entre les partisans des deux candidats, qui avaient fait plus de 3 000 morts. L’ancien président ivoirien, détenu à La Haye, est suspecté de quatre chefs de crimes contre l’humanité. Les juges s’occupant du dossier ont estimé, début juin, que les charges apportées par le procureur n’étaient pas encore suffisantes pour entamer un procès.

Julien Giry

Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur le 5 juin, le ministre ivoirien du Commerce, de l'Artisanat et de la Promotion des PME, Jean-Louis Billan, dénonce les conditions d'attribution du deuxième terminal à conteneurs au groupement franco-suisse Bolloré-APM Terminal-Bouygue. Le premier avait été cédé à Bolloré par Gbagbo gratuitement (seul un avenant au contrat a permis d'obtenir le versement d'une compensation de 30 millions d'euros en 2012), et selon M. Billon (qui est le frère du dirigeant de la société Movis concurrente de Bolloré en alliance avec associé les groupes français CMA CGM et Necotrans ainsi que le philippin ICTSI) à cause du monopole de Bolloré sur le premier terminal, la manutention portuaire y est parmi les plus chères de la sous-région, de 20 à 30% en plus selon certaines estimations. Ce manque de compétitivité engendrerait des coûts qui se répercutent directement sur le consommateur ivoirien.

Le président Alassane Ouattara avait été soutenu par le groupe Bolloré à partir de 2011 ainsi que par Nicolas Sarkozy, ami du groupe, qui avait organisé une opération militaire pour l'installer à la présidence de la République en lieu et place de Laurent Gbagbo. L'épouse d'Alassane Ouattara, Dominique Folloroux, femme d'affaire et ancienne intermédiaire du président Houphouët-Boigny, est de longue date proche de Bouygue et de Bolloré, dont la présidente des filiales en Côte d'Ivoire avait assisté au mariage des Ouattara en 1991 à Paris.

 


Edité par T 34 - 18 Jun 2013 à 16:56
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