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Ali Aarrass

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    Envoyé : 11 Dec 2010 à 22:39

Ali Aarrass : l’Espagne bafoue les droits d’un ressortissant belge, Bruxelles se tait

 


Abdellah Boudami

Une triste affaire qui dure depuis plusieurs années inquiète les observateurs des droits de l’homme et de l’égalité entre les citoyens : celle d’un homme de 47 ans, Ali Aarrass, reconnu innocent mais toujours enfermé dans une prison espagnole. Il est aujourd’hui menacé d’être extradé vers un pays qu’il ne connaît pas et où l’on pratique la torture. En 2010, ce qui ne devrait pas se passer se passe, au vu et au su de tous…

 

Ali Aarrass est un citoyen détenant la double nationalité belgo-marocaine. Né en territoire espagnol, il a vécu vingt-huit années en Belgique, gérant notamment une librairie bruxelloise. Il y a par ailleurs effectué son service militaire, et, de l’avis de toutes les personnes qui l’ont côtoyé de près ou de loin, était connu pour son intégrité et une honnêteté remarquables. Après ces longues années passées en Belgique, Ali Aarrass a décidé de rejoindre son père à Melilla, la petite enclave espagnole au nord du Maroc, et d’y vivre avec sa femme et sa fille adoptive.

 

 

Comment un citoyen ordinaire apparemment destiné à une vie tranquille a-t-il pu se trouver plongé au cœur d’un drame qui le frappe lui, mais également sa famille et ses proches, depuis plusieurs années maintenant ?

La réponse est à chercher dans la psychose anti-terroriste qui agite l’Europe. On y ferme désormais les yeux devant les exactions des Etats autoritaires. Retraçons brièvement les faits de cette hallucinante succession de hontes pour la justice et pour les droits de l’homme.

En 2008 éclate l’affaire Belliraj, du nom d’un présumé terroriste arrêté par les autorités marocaines. Ces dernières auraient usé de la torture pour arracher à Belliraj des « informations » qui, au hasard des noms glanés, conduiront à des mandats d’arrêts internationaux. Les faits imputés font mention de trafic d’armes, de terrorisme, d’implication dans l’attentat de Casablanca en 2003, etc. Onze personnes sont arrêtées en Belgique et font l’objet d’une enquête mais personne n’est extradé. En effet, il apparaît clairement aux autorités belges et à leurs services de renseignement que le Maroc tente d’obtenir des prisonniers pour des motifs politiques. En Espagne, deux personnes sont arrêtées : Mohamed el Bay et Ali Aarrass.

Nous sommes en avril 2008 et depuis, Ali Aarrass n’est plus un homme libre jouissant de ses droits élémentaires et inaliénables…

Pourtant, et c’est ce qui cause l’étonnement et l’indignation de ses proches et des organisations luttant pour les droits de l’homme, le célèbre juge d’instruction Baltazar Garzon prononce un non-lieu dans le dossier Aarrass : rien, absolument rien, ne peut être reproché à ce citoyen sans histoires. Le Maroc décide alors de réclamer l’extradition d’Ali Aarrass mais les autorités espagnoles ne donnent pas leur accord et depuis deux ans maintenant, postposent leur décision sur l’extradition. Depuis deux ans maintenant, et bien qu’il ait été innocenté, Ali Aarrass croupit dans les geôles espagnoles. Le prisonnier a même été transféré plus vers le sud, plus près du Maroc, de l’arbitraire et de la torture, plongeant sa famille et ses proches dans le désespoir et une cruelle anxiété de chaque instant …

Le scandale réside donc dans cette succession d’injustices : Ali Aarrass est maintenu dans une prison alors qu’il a été blanchi ; en outre il est gardé dans des conditions inhumaines, en isolation la majeure partie du temps ; ensuite, il ne bénéficie pas du droit élémentaire à ne pas être jugé deux fois pour les mêmes charges ; s’ajoute à cela le fait qu’il risque d’être extradé vers un pays que l’usage de la torture et les mauvais traitements a rendu tristement célèbre, diverses organisations indépendantes en faisant état dans leurs rapports de manière incontestable ; enfin, et pour rendre les choses encore plus difficiles à justifier, on apprend la libération très récente de Mohamed el Bay, de nationalité espagnole, qui avait été inculpé et blanchi des mêmes charges qu’ Ali Aarrass.

Mais, comme si cela n’était pas suffisant, l’incompréhensible s’ajoute à l’injustifiable : les autorités belges restent muettes dans une affaire qui concerne un de leur ressortissant. Ces mêmes autorités avaient pourtant bien refusé d’extrader les onze prisonniers arrêtés sur son sol dans l’affaire Belliraj, se méfiant des motivations du Maroc dans ce dossier !

C’est dans ce contexte déjà difficile, inexpliqué et inexplicable, que l’Espagne décide de donner son accord à l’extradition de Ali Aarrass le 19 novembre 2010. Stupeurs et incompréhension frappent les proches et les amis du détenu, tout comme les militants pour l’égalité et les droits de l’homme. De lourds soupçons pèsent néanmoins sur les motivations espagnoles. La décision tombe peu de temps après un scandale qui avait entamé les relations entre l’Espagne et le Maroc : quelques jours plutôt, la presse ibérique avait en effet détourné des photos d’enfants palestiniens pour dénoncer les incursions de la police marocaines dans des camps de réfugiés du Sahara occidental. L’extradition de Ali Aarrass servirait-elle à réchauffer les relations entre Madrid et Rabat ?

L’annonce de l’extradition a suscité diverses réactions. Des rassemblements ont eu lieu devant l’ambassade d’Espagne en Belgique, sans que l’ambassadeur ne daigne toutefois recevoir quiconque. Par ailleurs, un recours à la Cour européenne des Droits de l’Homme a été déposé. Ladite cour a cependant rejeté le recours sous prétexte qu’il n’y aurait pas de preuves de l’usage de la torture au Maroc, ce que démentent de nombreux rapports d’organisations internationales. Enfin, une question parlementaire a été posée par une élue écologiste belge, mais écartée d’un revers de main par le Ministre des Affaires étrangères. Ce dernier affirme ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires espagnoles. A chaque tentative de comprendre, d’engager le dialogue et de clamer l’innocence d’un homme affaibli par l’isolement et les grèves de la faim, les autorités et la si mal nommée Justice opposent un silence épouvantable.

En Espagne également, citoyens, proches et hommes politiques même, se mobilisent pour faire entendre la voix de la justice aux oreilles sourdes des dirigeants. La décision du conseil des ministres espagnol d’extrader Ali Aarrass a entraîné plusieurs réactions : d’une part, un communiqué d’Amnesty International qui met en garde contre une extradition synonyme de risque de torture. D’autre part, un appel signé par de prestigieux parlementaires, avocats et juristes britanniques, affirmant qu’ils agissent « sur base de notre propre connaissance de la pratique de la torture par le régime marocain. Et par souci d'éviter à l'Espagne le déshonneur que notre propre gouvernement a subi dans sa complicité avec ces pratiques ». Finalement, le 1er décembre, le directeur des Traités du Haut Commissariat aux droits de l’Homme de l’Onu à Genève, annonçait suspendre temporairement l’extradition d’Ali Aarrass vers le Maroc. Deux mois de sursis. Mais cela sera-t-il suffisant ?

Car au-delà du cas de Ali Aarrass, cette affaire pose une question : comment les gouvernements occidentaux traitent-ils leurs citoyens et leurs ressortissants lorsque ceux-ci portent un nom à consonance étrangère, surtout dans le cas de musulmans ? Ali Aarrass, Oussama Atar, et bien d’autres encore, partagent ce sort de l’oubli et du racisme institutionnels. Du fond de sa cellule espagnole, Ali Aarrass nous adresse ce message :

« Aujourd’hui vendredi 26 novembre 2010, après que ma femme me raconte tout ce que vous faites pour m’aider, j’ai immédiatement décidé de reprendre une grève de la faim, c’est la troisième. J’ai pris cette décision afin de ne pas vous laisser faire seuls. C’est la seule chose que je puisse faire pour mener cette lutte à vos cotés. M’affamer ! Même si après les deux grèves précédentes on n’a pas vraiment accordé d’importance à cette forme de protestation.

Une chose me parait plus évidente que jamais, quand on s’appelle Ali, quoi qu’on fasse pour clamer son innocence, le sceau de la culpabilité parait ancré dans les esprits de ceux qui nous gouvernent, par le simple biais de ce prénom. »

Les autorités ne respectent pas les droits fondamentaux d’un citoyen européen enfermé injustement depuis plus de deux ans et demi. La plupart des médias ne relaient pas d’informations sur le sujet et restent muets devant les abus des dirigeants. Il revient donc au citoyen de faire entendre sa voix et d’exercer des pressions sur chaque instance et chaque niveau de pouvoir lié à ce scandale judiciaire.

Plus d’informations disponibles sur Ali Aarras et les évolutions de cette affaire, et sur les actions menées pour rétablir justice et vérité, sur le site créé à cette occasion : http://www.freeali.eu/

Abdellah Boudami est co-auteur de Israël, parlons-en ! de Michel Collon

Source : www.michelcollon.info

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Dec 2010 à 17:04

Extradition par l’Espagne du Belge Ali Aarrass au Maroc : Guantanamo est parmi nous

 

Luk VERVAET

Le Belge Ali Aarrass a été extradé de l’Espagne vers le Maroc, le mardi 14 décembre, pas même un mois après que le Conseil des ministres espagnol avait approuvé son extradition.

Depuis le 19 novembre, date de la décision d’extradition par le gouvernement socialiste, la famille et les avocats d’Ali en Espagne et en Belgique, les organisations des droits de l’homme et Amnesty International, des militants et des sympathisants à Melilla, à Londres et Bruxelles ont redoublé d’efforts pour empêcher son extradition. Pendant trois semaines, ils ont ré-informé la justice, les médias, les partis politiques et les gouvernements de toutes les preuves indéniables de torture systématique, de traitements inhumains et dégradants auxquels sont soumis les accusés dans les dossiers de terrorisme au Maroc. En particulier dans le procès Belliraj, pour lequel l’extradition d’Ali Aarrass a été demandée. Ni l’Espagne, ni la Belgique n’ont voulu tenir compte des preuves accablantes apportées. Ils se sont ainsi rendus coupables de non-assistance à personne en danger, voire de collaboration et de complicité dans la pratique de la torture.

L’extradition elle-même, perpétrée le 14 décembre, s’assimile plus à un enlèvement, à une « illégal rendition » (extradition extrajudiciaire), qui fait la réputation de la CIA, qu’à une procédure judiciaire légale et respectueuse des droits de l’homme.

Personne n’a été mis au courant. Et une semaine après sa disparition, il n’y a toujours personne qui sache où Ali se trouve ni comment il va. Tout ce que ces avocats ont appris depuis, c’est que des responsables d’Interpol seraient venus chercher Ali Aarrass à la prison de Valdemoro, à Madrid, où il avait été transféré de la prison d’Algeciras, une semaine auparavant. Ils pensent qu’il a été transféré à Casablanca le jour-même.

Pour protester contre son éventuelle extradition, Ali Aarrass observait une grève de la faim depuis une vingtaine de jours. Ali avait avait écrit à ses proches : « Aujourd’hui, vendredi 26 novembre 2010, après que ma femme me raconte tout ce que vous faites pour m’aider, j’ai immédiatement décidé de reprendre une grève de la faim, c’est la troisième. J’ai pris cette décision afin de ne pas vous laisser faire seuls. C’est la seule chose que je puisse faire pour mener cette lutte à vos côtés. M’affamer ! » Ce qui n’a pas empêché l’Espagne d’extrader un homme complètement affaibli.

Saisi par les avocats d’Ali Aarrass, le Haut Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies à Genève avait pris une mesure provisoire le 26 novembre 2010 et demandé à l’Espagne de ne pas extrader Ali Aarrass avant que le Haut Commissiariat ait entendu et donné son avis sur les arguments des deux parties. L’Espagne a feint d’abord de s’aligner sur cette demande, comme la plupart des pays qui respectent les obligations internationales. L’Espagne avait d’ailleurs déjà été rappelée à l’ordre par le Comité contre la torture de l’ONU dans son rapport de novembre 2009 sur ses extraditions illégales. Dans son rapport, le Comité exigeait de l’Espagne de l’informer sur « ...la situation des personnes suivantes : Basel Ghalyoun, citoyen syrien renvoyé de force en République arabe syrienne le 22 juillet 2008 et sur M. S., citoyen algérien transféré de force du Centre de rétention des migrants de Madrid le 21 novembre 2008 et dont on ne sait ce qu’il est advenu.. » Le Comité contre la torture rappelait à l’Espagne que « tous les accords bilatéraux d’extradition conclus par l’Espagne comprennent une obligation expresse d’interdire l’extradition d’individus s’ils risquent d’être soumis à la torture ou à un traitement cruel, inhumain ou dégradant ». Il y avait donc un espoir que cette fois-ci les choses allaient se passer autrement.

Le 7 décembre, le représentant de l’Espagne à Genève envoie une lettre avec l’argumentation de l’Espagne argumentant pour l’extradition d’Ali Aarrass. Le 10 décembre, le directeur du Haut Commissariat transmet cette lettre espagnole aux avocats en leur demandant de formuler une réponse dans un délai de deux mois. Et quatre jours plus tard... l’Espagne extrade Ali Aarrass !

Pendant 2, 5 ans, le consul belge en Espagne a toujours refusé de rendre visite à Ali Aarrass. Ce qui avait été confirmé et justifié le 29 novembre par le ministre Vanackere à la Chambre en réponse à une interpellation de la députée Zoe Genot : « Pour ce qui concerne votre question relative à une visite du consul, l’assistance aux Belges détenus à l’étranger ne prévoit pas l’organisation de visites consulaires dans les pays de l’Union européenne ». A la surprise générale, le consul belge s’était finalement décidé à aller rendre visite à Ali et à demander une visite consulaire à la prison pour... le 16 décembre 2010. Soit deux jours après qu’Ali Aarrass allait être extradé ! Et le consul avait donc été informé par la prison que sa visite ne pourrait avoir lieu, puisqu’Ali Aarrass était déjà extradé. Soit l’Espagne a empêché consciemment la visite d’un consul belge à son ressortissant, soit la Belgique était au courant et a voulu sauver la face, feignant avoir fait les efforts diplomatiques nécessaires. Le consul belge n’a pas pris la peine de contacter les avocats d’Ali ou sa famille sur son extradition. C’est par la presse que cette extradition a été portée à la connaissance des proches d’Ali Aarrass !

La Belgique a fait savoir à maintes reprises qu’elle « n’évoquerait pas ce dossier ni avec l’Espagne, ni avec le Maroc ». Dans sa réponse à Zoe Genot, le 29 novembre, le ministre se défend de ne pas avoir pris contact avec l’Espagne pour s’opposer à une événtuelle extradition d’un Belge : « je n’ai pas évoqué le dossier d’extradition avec mon collègue espagnol car il n’est pas d’usage que la Belgique intervienne dans une procédure d’extradition entre pays tiers même lorsque cette dernière concerne un ressortissant national. De plus, j’ai entière confiance dans les garanties que le système judiciaire espagnol offre au niveau des procédures d’extradition et du respect des droits de l’homme. Il prévoit, en effet, des possibilités d’appel et ce, jusqu’au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme en cas de non-respect de la Convention européenne des droits de l’homme. Vu ce qui précède, je n’entreprendrai pas de démarche qui pourrait être interprétée par mon collègue espagnol comme une ingérence dans des affaires internes et surtout comme un manque de confiance dans le système judiciaire espagnol »

Et après la demande de bien vouloir au moins s’informer auprès des autorités marocaines sur la situation d’Ali Aarrass après son extradition, pour savoir où il se trouve, la Belgique sort un nouvel argument. Après son extradition, Ali Aarrass n’est plus belge : « Comme votre frère est considéré comme de nationalité marocaine par les autorités marocaines, nos services ne les contacteront donc pas pour votre frère » (Message du 20 décembre du ministère des Affaires étrangères à Farida Aarrass) .

Non seulement ceci est un message clair à tous les Belges de double nationalité, que même quand ils sont nés et qu’ils vivent dans notre pays, n’ont aucun lien avec leur deuxième pays, la Belgique les abandonnera dès qu’ils ont un problème dans ce pays. Et pas seulement là, mais partout hors de Belgique, comme l’ont vécu le Belge Moussa Zemmouri à Guantanamo ou le Belge Oussama Atar en Irak.

Vu l’existence des rapport des organisations de défense de droits de l’homme, lus – on peut l’espérer ! - par les sevices comptétents et les dipomates belges en place, la Belgique est parfaitement au courant de ce qui se passe au Maroc. Le document de l’ambassade américaine à Rabat du 14 août 2010, révélé par Wikileaks, et qui cite deux diplomates belges, l’a encore confirmé. Mais la Belgique préfère se cacher derrière des formules diplomatiques pour justifier sa non-intervention.

Après 9 ans d’existence de la prison de Guantanamo, l’heure est venue d’interroger la responsabilité et la complicité des Etats européens dans la pratique de torture. Un procès qui a déjà commencé en Grande Bretagne, où la Cour suprême britannique a condamné le rôle de la Grande Bretagne dans la torture de Binyam Mohamed au Maroc, avant son transfert vers Guanantanmo. Comme disait l’avocate britannique Gareth Peirce : les excuses des Etats pour non-intervention contre la torture ne doivent plus être acceptées. Ni au nom de la sécurité, ni parce que qu’il ne s’agit que de ’terroristes’, ni parce qu’il s’agit de personnes qui n’ont pas la bonne nationalité. Elle écrit : « La torture est le fait d’infliger délibérément de la douleur par un état aux personnes en captivité. La torture est interdite, ainsi que l’utilisation de ses résultats. La Convention des Nations Unies contre la torture ou traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants met l’accent sur le fait qu’il n’y a pas de circonstances exceptionnelles pouvant justifier son utilisation, ni l’état de guerre, ni une menace de guerre, ni aucune autre urgence publique. Aucunes de ces raisons peuvent être invoquées comme une justification. Que les ordres venaient d’en haut est explicitement exclu comme moyen de défense. La Convention exige que chaque fois qu’il y a torture et quelle que soit la nationalité de la victime ou du bourreau, il faut que les auteurs doivent être poursuivis ou être extradés vers un pays qui est prêt à les poursuivre ».(Gareth Peirce, Dispatches from the dark, on torture and the death of justice, Verso 2010).

Pour notre pays, il n’est pas encore trop tard pour intervenir dans le dossier Ali Aarrass. Mais le temps presse.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Feb 2011 à 02:24

Où en est-on dans l’affaire Ali Aarrass ?

 

Luk VERVAET

Un mois et demi après l’extradition d’Ali Aarrass de l’Espagne vers le Maroc, sa famille ne sait toujours rien. 50 jours après son extradition, aucun membre de la famille Aarrass n’a eu droit, ne fût- ce qu’une seule fois, à une nouvelle, un contact, un coup de téléphone, une petite phrase… de la part des autorités marocaines, espagnoles ou belges. Ali, qui donnait régulièrement des nouvelles à sa famille quand il était en prison en Espagne, n’a plus donné signe de vie depuis son extradition. Tout contact avec le monde extérieur lui est interdit.

D’après des sources marocaines, Ali Aarrass aurait été maintenu en garde à vue pendant 15 jours. Il aurait été interrogé par la BNPJ, la Brigade nationale de la police judicaire, une police d’investigation et d’enquête, qui dépend de la Direction générale de la sûreté nationale ( DGSN). Elle ne s’occupe que des ‘grandes affaires’ ayant une importance nationale. Selon le journal marocain Assabah, Ali a été emmené, cagoulé, dans différentes villes du Maroc, comme le Nador, à la recherche des armes et que RIEN n’a été trouvé.

Ensuite, Ali aurait été transféré devant le procureur du Roi le 24 décembre 2010. D’après des sources judiciaires, pendant toute cette période, comparution devant le procureur incluse, Ali n’a pas eu droit à un avocat. Les rapports de l’instruction ont eux aussi été rédigés sans la présence d’un avocat. D’après ces mêmes sources, ce dernier n’a pu consulter le dossier d’Ali Aarrass que le 18 janvier 2011, jour de la comparution d’Ali devant le juge d’instruction auprès de la Cour d’appel de Rabat en charge des affaires de terrorisme, Monsieur Abdelkader Chentouf. Ce super-juge est appelé par la presse du régime marocain ‘le célèbre juge antiterroriste marocain’, (La Gazette du Maroc du 12 décembre 2005) ou ‘la sommité juridique de la lutte antiterroriste’ (Le journal Aujourd’hui Le Maroc du 7 octobre 2010). C’est aussi lui qui s’est occupé du dossier et du procès Belliraj.

Mais le plus inquiétant jusqu’à présent, ce sont les pratiques de la BNPJ.

Sur les pratiques de cette Brigade, Amnesty International commente l’arrestation et l’interrogation de sept personnes à Fès, le 28 juin dernier. Mohamed Sleimani, Abdalla Balla, Bouali Mnaouar, Hicham el Hawari, Izaddine Sleimani, Hicham Sabbahet Tarek Mahla ont été arrêtés pour « association non autorisée », « formation d’association de malfaiteurs », « enlèvement et détention d’une personne » et « torture ». Le 21 juillet 2010, Amnesty écrit : « Ces sept hommes ont été arrêtés par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Ils ont été conduits au centre de détention de la BNPJ à Casablanca et placés dans des cellules séparées pendant 72 heures. Durant cette période, ils affirment avoir été laissés nus, menottés et les yeux bandés, sans nourriture et avec très peu d’eau. Tous disent avoir été torturés, et notamment – pour au moins cinq d’entre eux – violés à l’aide de stylos et d’autres objets introduits de force dans leur anus. Selon leurs dires, ils ont été contraints à signer des déclarations qu’on ne les a pas laissés lire, sous la menace d’être jetés par une fenêtre s’ils refusaient… ».

N’y a-t-il pas des raisons de s’inquiéter sur le sort d’Ali ? Les organisations belges, espagnoles ou marocaines des droits de l’homme ne devraient-elles pas se lancer dans une campagne pour en savoir plus sur la situation d’Ali ?

La semaine passée, la Cour européenne des droits de l’Homme a, à juste titre, condamné la Belgique pour l’expulsion d’un Afghan vers la Grèce, estimant que « les droits élémentaires du demandeur d’asile ne peuvent pas être respectés dans ce pays » et que « les conditions d’accueil y sont déplorables ». Après ce verdict, le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Melchior Wathelet, a décidé de suspendre tous les transferts vers la Grèce. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Norvège et l’Allemagne ont pris la même décision. Dès lors, comment comprendre que l’Europe continue à extrader impunément des suspects ou des condamnés pour terrorisme vers le Maroc ? Ne connait-elle donc pas les « les conditions d’accueil » « déplorables » pour les personnes extradées ? Nous ne pouvons comprendre cette « ignorance » que dans le cadre de la Sainte Alliance entre l’Europe et les régimes pro-occidentaux arabes contre la menace terroriste. Au nom de celle-ci, les pires pratiques de violations des droits élémentaires des détenus ont été approuvées et mêmes encouragées par l’Europe. Comme semble le confirmer la récente décision d’extrader Ali Aarrass.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Feb 2011 à 01:48

Le belgo-marocain Ali AARRASS a été torturé au Maroc après son extradition par l’Espagne

 

COMMUNIQUE DE PRESSE du CABINET D’AVOCATS JUS COGENS – Me Christophe MARCHAND (GSM : 32.486.32.22.88) et Me Dounia ALAMAT (GSM:32.472.40.58.02)...

Affaire Ali AARRASS 8 février 2011 : Après l’extradition par l’Espagne d’Ali AARRASS, malgré la demande expresse du Comité des Droits de l’Homme des Nations-Unies de suspendre cette mesure, ce belgo-marocain a été torturé au Maroc

Ali AARRASS est belgo-marocain. Il n’est marocain qu’en raison du fait qu’il a dû obtenir, pour voyager, un titre d’identité. Ali AARASS est né dans l’enclave espagnole de Melilla. Il n’a jamais vécu au Maroc et n’a aucun lien effectif avec ce pays.

Ali AARRASS a vécu 28 ans en Belgique, y a fait son service militaire, y a développé un commerce de proximité et des attaches profondes.

Ali AARRASS a un casier judiciaire vierge tant en Belgique qu’en Espagne, où il était retourné vivre près de son père en 2005. Il a fait l’objet de deux enquêtes en Espagne pour vérifier qu’il n’entretenait pas de liens avec des groupes terroristes. Il a été totalement blanchi après une instruction de près de trois ans, menée par le juge Baltasar GARZON.

Ali AARRASS était détenu en Espagne depuis avril 2008 suite à une demande d’extradition formulée par le Maroc. Il est soupçonné par cet Etat d’appartenir à la « cellule terroriste Belliraj ».

Il est de renommée commune que le Maroc torture de manière systématique les individus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, motif invoqué par cet Etat pour museler toute opposition politique pacifique. Il est également de renommée commune que le « procès Belliraj », mené au Maroc, a été une véritable mascarade, une parodie de justice. Les inculpés ont été torturés pour ensuite être condamnés sur base de leurs propres « aveux », obtenus sous la torture.

Sur cette problématique, les critiques des organisations internationales de défense des droits de l’homme sont aussi virulentes que celles faites à l’encontre d’autres pays du Maghreb, aujourd’hui en pleine révolte.

Ali AARRASS s’opposait dès lors fermement à son extradition. Il a fait trois grèves de la faim pour l’éviter.

Interpellée par la famille AARRASS depuis l’incarcération d’Ali, le Ministre des affaires étrangères belge a refusé de prendre contact avec l’Espagne afin de faire part ne fut-ce que de la préoccupation des autorités belges à l’égard de leur ressortissant. Le Ministre invoquait « la confiance mutuelle » qui prévaut entre les différents Etats européens, alors même que cette confiance était mal placée.

Le 19 novembre 2010, le Conseil des ministres espagnol a approuvé l’extradition d’Ali AARRASS. Par contre, l’Espagne a refusé d’extrader Monsieur EL BAY, détenu dans la même affaire mais de nationalité hispano-marocaine. Cet homme a, à juste titre, été libéré.

Le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies a alors été saisi d’une requête en extrême urgence afin d’empêcher la remise d’Ali AARRASS au Maroc.

Au grand soulagement de toute sa famille, le Comité des droits de l’Homme a pris une mesure provisoire et a demandé l’Espagne à ne pas l’extrader, dès le 26 novembre 2010.

Les proches d’Ali AARRASS pensaient alors que l’injustice qu’il subissait depuis des années prendrait bientôt fin.

Malheureusement, le 14 décembre 2010, le consul belge, qui avait finalement reçu instruction de visiter Monsieur AARRASS, a été informé que cette visite ne pouvait avoir lieu : Ali AARRASS avait été extradé.

Ce consul n’a même pas pris la peine de contacter les avocats d’Ali AARRASS ou sa famille. C’est par la presse que cette extradition a été portée à la connaissance de ses proches.

En extradant Ali AARRASS malgré la mesure provisoire adoptée par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Espagne a manifestement violé ses obligations internationales . C’est d’autant plus choquant que, s’adressant au Comité des Droits de l’Homme, cet Etat avait sollicité, le 7 décembre 2010, la levée de la mesure provisoire, ce qui ne lui avait pas été accordée.

Après cette extradition illégale, le Ministère des Affaires Etrangères belge a, à nouveau, été contacté. Le Ministère s’est cette fois retranché derrière la double nationalité d’Ali AARRASS pour refuser toute intervention en sa faveur. Ce refus paraît inacceptable. Le Maroc pourrait éventuellement refuser de faire droit aux demandes des autorités consulaires belges mais le Belgique ne peut se dédouaner ainsi de ses obligations diplomatiques, d’autant qu’une pression internationale est en soi de nature à protéger Ali AARRASS.

De très nombreuses démarches ont été effectuées, dès le 16 décembre 2010, afin de localiser Monsieur AARRASS et de le soutenir. Le Ministre de la Justice marocain a notamment été avisé de l’état de santé très précaire d’Ali AARRASS, qui était en grève de la faim depuis près d’un mois. Le Rapporteur spécial contre la torture des Nations-Unies a également été alerté, compte tenu des craintes de mauvais traitements.

Malheureusement, la procédure marocaine autorise le maintien en garde-à-vue pendant douze jours en cas d’application de la législation antiterroriste. Durant ce délai, les personnes sont maintenues au secret et ne peuvent pas communiquer avec l’extérieur ou bénéficier de l’assistance d’un avocat. Dans son rapport du 1er décembre 2004, le Comité des Droits de l’Homme avait déjà indiqué : « Le Comité considère comme excessive la période de garde à vue – 48 heures (renouvelables une fois) pour les crimes ordinaires et 96 heures (renouvelables deux fois) pour les crimes liés au terrorisme –, période pendant laquelle un suspect peut être détenu sans être présenté devant un juge. L’État partie devrait revoir sa législation sur la garde à vue et la mettre en conformité avec les dispositions de l’article 9 ainsi que de toutes les autres dispositions du Pacte. L’État partie devrait modifier sa législation et sa pratique pour permettre à la personne arrêtée d’avoir un accès à un avocat dès le début de sa garde à vue (articles 6, 7, 9, 10 et 14 du Pacte) » .

C’est au cours de ce délai illégal de garde-à-vue que Monsieur AARRASS a été torturé. Il a été privé de sommeil pendant de nombreux jours et soumis à des interrogatoires incessants. Au cours de ceux-ci, il aurait fait l’objet d’injections de produits chimiques, de chocs électriques dans les parties génitales, du supplice de la bouteille (viol) et de nombreux autres sévices inqualifiables.

Il semble que, lorsqu’il a été présenté pour la première fois devant un juge d’instruction, Monsieur AARRASS se trouvait dans un tel état qu’il a été impossible de l’auditionner. Lors de sa seconde présentation, l’avocat de Monsieur AARRASS a pu l’accompagner mais le juge d’instruction a refusé d’acter les allégations de torture de Monsieur AARRASS.

Pourtant, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984, impose :

« Tout Etat partie assure à toute personne qui prétend avoir été soumise à la torture sur tout territoire sous sa juridiction le droit de porter plainte devant les autorités compétentes dudit Etat qui procéderont immédiatement et impartialement à l’examen de sa cause. Des mesures seront prises pour assurer la protection du plaignant et des témoins contre tout mauvais traitement ou toute intimidation en raison de la plainte déposée ou de toute déposition faite ».

« Tout Etat partie veille à ce que toute déclaration dont il est établi qu’elle a été obtenue par la torture ne puisse être invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, si ce n’est contre la personne accusée de torture pour établir qu’une déclaration a été faite » .

Dans ces circonstances, les proches d’Ali AARRASS sont extrêmement inquiets. Ils ont peur qu’Ali soit condamné sur base d’aveux obtenus sous la torture, les siens et ceux de Monsieur BELLIRAJ. Le dossier répressif marocain ne contient en effet aucun élément objectif relatif à l’implication de Monsieur AARRASS dans un quelconque groupe terroriste.

Les proches de Monsieur AARRASS appellent les gouvernements espagnols et belges à se préoccuper de celui qu’ils ont livré à ses tortionnaires. Ils exigent qu’une enquête impartiale soit réalisée quant à ces allégations de torture. Ils appellent toutes les bonnes volontés à faire pression afin qu’Ali puisse bénéficier d’un procès équitable. Ils implorent les juridictions marocaines à ne pas avaliser l’usage de la torture et à rendre une justice qui puisse honorer le peuple marocain.

SOURCE : http://www.freeali.eu/?p=535

EN COMPLEMENT :

Mères acharnées pour Belges oubliés.http://www.legrandsoir.info/Meres-a...

L’appel du 3 avril 2010 pour la libération d’Ali Aarrass http://www.legrandsoir.info/L-appel...

Où en est-on dans l’affaire Ali Aarrass ? http://www.legrandsoir.info/Ou-en-e...

Extradition par l’Espagne du Belge Ali Aarrass au Maroc : Guantanamo est parmi nous http://www.legrandsoir.info/Extradi...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jul 2011 à 16:19

Ali Aarrass : sept mois déjà...

 
 
 
Luk VERVAET

Sept mois après son extradition vers le Maroc, le Belgo-marocain Ali Aarrass, incarcéré à la prison de Salé, près de Rabat, attend toujours le début de son procès.

Son extradition par l’Espagne, le 14 décembre 2010, était contraire à toute règle élémentaire du droit international : le 26 novembre 2010, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU avait demandé a l’Espagne de ne pas procéder à l’extradition d’Ali Aarrass. Pendant sa détention espagnole et après enquête minutieuse, l’Espagne l’avait complètement innocenté de toute implication dans une entreprise terroriste. L’Espagne a donc hésité pendant deux ans et demi d’accepter la demande d’extradition de la part du Maroc. Mais, alors que le conflit diplomatique et médiatique entre l’Espagne et le Maroc sur le Sahara occidental était à son comble, l’Espagne a quand même livré ce « Belge-accusé-de-terrorisme », disponible dans ses prisons, pour calmer les esprits. Ce faisant, l’État espagnol savait pertinemment qu’il livrait Ali Aarrass aux bourreaux (anti)terroristes de la BNPJ marocaine.

Et la Belgique ?

Malgré les demandes répétées de la famille et des amis d’Ali Aarrass, la Belgique, dont Ali Aarrass est citoyen à part entière, a refusé d’intervenir en faisant valoir sa nationalité belge. A la commission des Affaires étrangères et par lettre, le ministre Van Ackere a déclaré à maintes reprises que la Belgique n’interviendrait pas pour défendre l’intégrité physique et morale de son citoyen, ni auprès de l’Espagne, ni auprès du Maroc. Depuis le mois de décembre 2010, le consulat belge au Maroc n’a pas rendu une seule fois une visite à Ali pour vérifier son état de santé. Il sait pourtant très bien qu’Ali a déposé, le 2 mai 2011, une plainte officielle pour torture pendant ses interrogatoires en garde à vue, alors qu’il était sans avocat et sans contact avec le monde extérieur. Il n’a pas non plus envoyé de fonctionnaire pour suivre les audiences du procès. Tout cela est d’autant plus stupéfiant que la Belgique envoie ses troupes dans le monde entier, de l’Afghanistan jusqu’en Libye, en passant par les côtes de la Somalie, pour faire respecter les droits de l’homme par la force !

Les audiences du procès d’Ali ont commencé le 21 avril. Depuis, il y a eu les audiences du 2 juin, puis du 9 juin et enfin du 16 juin. A chaque fois, le procès n’a même pas commencé. Pour une raison simple : le tribunal antiterroriste par excellence du Maroc n’est pas capable de trouver un seul traducteur juré de l’arabe vers le français ! Ou faut-il dire « ne veut pas trouver un traducteur » ? Car il s’agit là d’une question fondamentale dans ce procès. Un traducteur lui avait en effet été accordé et promis le 2 juin, sans que la défense ait dû trop insister. Mais le tribunal n’a apparemment réalisé que plus tard les conséquences d’une telle promesse. Bien sûr, les problèmes techniques posés par la grève du personnel des tribunaux ont compliqué les choses. Mais assigner un traducteur juré signifie surtout la reconnaissance par le tribunal que tout ce qui s’est passé pendant ces sept mois de détention au Maroc (les interrogatoires et les déclarations qui les ont suivis) n’a aucune valeur. Puisqu’Ali ne maîtrise pas l’arabe, il ne peut pas avoir compris, ni les questions, ni les déclarations à signer...

La question du traducteur nous plonge dans des scènes dignes d’un film de série B, qui ridiculisent totalement tout ce « combat anti-terroriste ». Et oui, à la dernière audience, le 21 juin, le tribunal avait convoqué un traducteur juré. Mais voilà qu’à l’ouverture de l’audience, le traducteur en question n’était pas là. Raison : le monsieur convoqué était pensionné et ne travaillait donc plus. Audience reportée jusqu’au 4 août !

En absence d’un soutien quelconque des États européens, la tâche de défendre Ali a été reprise par le mouvement de solidarité international à Mellila, au Maroc, à Bruxelles et à Londres, qui exige sa libération immédiate. Sa protection pendant toute sa détention a été prise en main par une soixantaine d’avocats internationaux et par sept organisations de défense des droits de l’homme.

On peut se demander si l’affaire du traducteur n’est pas aussi une manière d’épuiser, moralement physiquement et financièrement, la défense et cette solidarité internationale.

Malgré cela, le 16 juin, une quatrième délégation internationale s’était à nouveau rendue à Salé. Elle était composée de quatre avocats belges : Dounia Alamat, une de ses avocats belges, Fréderic Ureel, le secrétaire général des Avocats européens démocrates, Delphine Pacci et Hanan Talbi, respectivement présidente et vice- présidente de l’Observatoire International des Prisons-Belgique. Cette délégation s’est jointe à l’équipe de la défense marocaine, sous la direction des maîtres Dadsi et Louski.

La prochaine audience est fixée au jeudi 4 août. Si vous désirez participer à cette audience, prenez contact avec nous à l’adresse suivante : ali.aarrass@gmail.com.
Entretemps, envoyez à Ali une carte de l’endroit où vous passez vos vacances, à l’adresse suivante :

M. Ali Aarrass, Prison de Salé II, Ville de Salé, Maroc. Et écrivez tout simplement : « On ne t’oublie pas ! ».

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Nov 2011 à 15:23

Entre Zakaria Moumni et l’attentat de Marrakech : un nouveau report de l’affaire Ali Aarrass

 
Luk VERVAET

La neuvième audience aura lieu le 24 novembre 2011.

Ils avaient pourtant tout préparé jusque dans les moindres détails.

Pour cette huitième audience du 27 octobre, les avocats marocains et belges d’Ali Aarrass avaient prévu de plaider pour la dernière fois. Pour cette audience importante, un avocat belge allait renforcer l’équipe de défense marocaine : Maitre Nicolas Cohen du bureau d’avocats Juscogens de Bruxelles, qui par son appartenance au barreau de Paris, a obtenu la permission de plaider dans le procès d’Ali. Avec Maitre Dadsi, il avait déjà rendu visite à Ali Aarrass à la prison de Salé II, le jour avant l’audience. Pour Ali, c’était un signe fort que la campagne de solidarité ne s’affaiblit pas mais au contraire se renforce.

Mais, manque de planning, trop d’affaires à juger, une justice d’épuisement ou preuve d’une justice qui veut prendre les choses au sérieux..., qui le dira, l’affaire Ali Aarrass risquait de passer de manière presque inaperçue et à la va-vite entre différentes audiences d’autres procès. L’affaire Ali Aarrass était en effet coincée entre le procès du champion du monde boxe thaï Zakaria Moumni, l’affaire d’un assassinat par un groupe de jeunes inculpés et le procès très médiatisé de l’attentat de Marrakech du 28 avril dernier. Sur ce, les juges, le procureur et la défense dans le procès d’Ali Aarrass se sont mis d’accord pour reporter l’audience au 24 novembre. Ce jour là, la journée sera réservée uniquement au cas d’Ali. Le jour précédant les élections au Maroc, le procureur pour l’accusation et Maitres Dadsi, Louski, Jallal et Cohen pour la défense, plaideront une dernière fois.

Torture, torture et encore torture...

Le 5 octobre dernier, lors de l’entretien avec la délégation du CLEA, qui sollicitait une intervention humanitaire de la part de la Belgique pour son citoyen Ali Aarrass, les représentants de notre Ministère des Affaires étrangères ont déclaré de « n’avoir jamais reçu une seule plainte sur l’utilisation de la torture au Maroc ». Ils n’étaient donc pas au courant non plus de l’existence de détenus politiques au Maroc ou d’inculpés pour terrorisme, les catégories auxquelles on applique justement ce genre de supplices.

Au moment où les autorités belges prononçaient ces mots, la plainte d’Ali Aarrass contre sa torture datait déjà de six mois. La déposition et le contenu de cette plainte avaient rendus publics par des articles d’une page dans les journaux Le Soir et De Morgen et par l’émission « Indices » de RTL- Tvi. L’entièreté de la plainte a été publiée sur le site www.freeali.eu (1 )

Vu que ces messieurs ne lisent pas les rapports des organisations de droits de l’homme, ne lisent pas les journaux, ne regardent pas la télévision et ne lisent même pas les rapports des services amis américains sur le Maroc (2), je voudrais les inviter à passer un seul jour devant le tribunal antiterroriste de Rabat/Salé. Le 27 octobre par exemple aurait pu s’avérer très instructif pour la formation de notre personnel, qui gagne sa vie en s’occupant de la politique étrangère belge.

Ce jour là, j’ai entendu la voix du champion de boxe marocain Zakaria Moumni (31) se casser, lorsqu’il décrivait devant les juges son traitement par la police sécrète marocaine à Temara. J’ai vu ses larmes. Je l’ai vu sortir de son banc d’accusé, voulant montrer aux juges les traces des tortures - datant d’il y a un an -, sur ses jambes. Les juges n’ont pas voulu qu’il aille plus loin et ont fait signe qu’il devait se calmer. « J’ai été kidnappé par la DST (Direction de la surveillance du territoire) à l’aéroport de Casablanca. Ils m’ont emmené à Temara où ils m’ont torturé pendant quatre jours, jusqu’à ce que je signe des aveux. Ils m’ont dit : ici c’est l’abattoir des hommes, on peut te sortir d’ici dans une boite de conserves ». Zakaria Moumni se retrouve en prison depuis un an. Selon l’acte d’accusation du 30 septembre 2010, qu’il dit avoir signé sous la torture, il a avoué avoir soutiré 1.200 euros à deux Marocains, en échange de la promesse de leur trouver du travail en Europe (3).

Condamné en octobre 2010 à trois ans de prison ferme, Zakaria, qui résidait en France avant son arrestation et qui est marié à une Française, a vu sa peine en janvier 2011 réduite à deux ans et demi en appel. Son avocat, Maitre Jamaï, a demandé la mise en libération conditionnelle de son client en attendant une confrontation, qu’il demande depuis le début de cette affaire, à ses deux accusateurs, qu’il ne connaît pas. La demande de libération conditionnelle a été rejetée par le tribunal à la demande du procureur et la confrontation avec les deux accusateurs aura lieu le 15 décembre.

L’après-midi, c’était au tour des neuf accusés dans le procès de l’attentat de Marrakech.

Disons d’abord deux choses sur ce procès.

Le jour après cet attentat meurtrier, qui a coûté la vie à 17 personnes, Mohamed Fadil Redouane, spécialiste de l’islamisme au Maroc, doctorant à l’École Pratique des Hautes Études (Paris-Sorbonne) a accordé une interview au Monde des religions. (4) Il y formulait son opinion sur cet attentat, opinion largement partagée au Maroc : « De nombreuses questions restent pour l’instant sans réponse.., mais des centres de pouvoir internes sont, selon moi, un commanditaire tout aussi crédible que la piste islamiste. Il faut replacer ces événements dans le contexte actuel marocain.. Des centres de pouvoir internes ont clairement été accusés d’être derrière ces attentats de Marrakech. Cette hypothèse, si elle est pour l’instant invérifiable, est plausible, parce qu’elle permettrait à une partie du pouvoir de reprendre la main, de décrédibiliser les islamistes et de maintenir une certaine pression sécuritaire sur le peuple marocain tout en le détournant de ses velléités démocratiques auxquels il semblait jusqu’à présent farouchement accroché ».

Or, à ce jour, cette piste « crédible » n’a jamais été suivie et les « centres de pouvoir internes » n’ont jamais été inquiétés.

Deuxièmement, en ce qui concerne les neuf accusés, une question s’impose. Si les accusés sont vraiment capables, par conviction religieuse extrémiste, de commettre une telle atrocité, pourquoi ils ne revendiquent pas leur acte ? Comme par exemple Breivik en Norvège, qui en toute logique, est fier de ses actes Pourquoi Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui ne se gêne pas pour revendiquer n’importe quel attentat, a nié toute implication ? Pourquoi les neuf sans exception nient-ils toute implication en bloc ?

Comme beaucoup d’attentats terroristes, celui de Marrakech aussi, restera un énigme.

Ce qui est sûr c’est que dans le procès lui-même, là aussi, une même accusation revient : la torture.

Le 27 octobre, les familles de 6 des 9 inculpés qui se sont associées dans un comité de défense se rassemblaient sur les marches du tribunal (voir photos). Ils dénonçaient tous la torture dont leurs proches ont été victimes. Le 28 octobre, le tribunal rend son verdict : l’inculpé principal est condamné à la peine capitale, le deuxième accusé à la perpétuité. Quatre accusés ont été condamnés à quatre ans de prison ferme et les trois restants à deux ans.

Le procureur est allé en appel contre les peines légères. Par contre, sur la torture, tant le procureur que les juges restent muets et imperturbables. Or, la loi pénale marocaine les oblige à examiner les plaintes. Mais pour le tribunal antiterroriste de Salé, les plaintes des torturés, qu’elles viennent d’Ali, de Zakaria ou des neuf de Marrakech sont simplement des tactiques de la défense pour échapper à la justice. La vérité est que les tribunaux n’osent pas toucher aux tortionnaires. Et que la torture est devenue l’arme facile pour remplacer l’enquête et les preuves par des aveux extraits sous la torture. Le jour viendra où, comme en Argentine, les responsables de ces pratiques, leurs complices et tous ceux qui ne sont pas intervenus contre la torture, se retrouveront sur le banc des accusés. Tant au Maroc qu’en Espagne et en Belgique.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 30 Apr 2012 à 15:01

Mensonges et double jeu dans l’affaire Ali Aarrass : combien de temps encore ?

 
 
Luk VERVAET
Photo : Jeremy Corbyn avec une délégation belge devant l’ambassade marocaine à Londres

Le 7 mai prochain, Ali Aarrass comparaîtra à nouveau devant la Cour d’Appel de Rabat, section terrorisme.

Cette audience du 7 mai a un enjeu particulier. La Cour d’Appel aura-t-elle le courage de mettre fin, une fois pour toutes, aux mensonges et au double jeu de la part (d’une partie ?) de l’appareil de l’État marocain ?

Le calvaire d’un innocent

Arrêté par la police espagnole le 1er avril 2008 à la demande du Maroc, Ali Aarrass a été détenu en Espagne pendant près de trois ans dans des conditions extrêmement pénibles et inhumaines, liées à l’isolement total, réservé aux personnes accusées de terrorisme. Pendant tout ce temps, Ali Aarrass ne fait que clamer son innocence. Il entame trois grèves de la faim consécutives pour exiger justice. Pendant sa détention et après enquête minutieuse, la justice espagnole lui donne raison. Elle innocente Ali Aarrass de toute implication dans une entreprise terroriste et déclare qu’il n’y a pas matière pour poursuivre Ali Aarrass. Ce jugement espagnol ne va rien changer à la demande d’extradition de la part du Maroc. Le 14 décembre 2010, L’Espagne extrade le Belgo-Marocain Ali Aarrass au Maroc, tandis qu’elle refuse l’extradition d’un Espagnol-Marocain, pour qui le Maroc exigeait l’extradition sur base des mêmes accusations. L’extradition d’Ali Aarrass fut une violation de toute règle élémentaire du droit international. Un mois auparavant, le 26 novembre 2010, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU avait demandé à l’Espagne de ne pas procéder à l’extradition d’Ali Aarrass. L’Espagne s’en fiche.

Une fois arrivé au Maroc, Ali Aarrass disparaît dans les bureaux de la BNPJ (le Brigade nationale de la Police judiciaire). Après douze jours en garde à vue, un homme brisé physiquement et psychologiquement fait sa réapparition. En main, un papier en arabe qu’il ne sait ni comprendre, ni lire, mais signé par lui. Ce sont ses prétendus aveux, dans lesquels il se déclare coupable de toutes les accusations contre lui. Ce ne sera qu’un bref moment de victoire pour ses bourreaux. Une fois qu’il a repris des forces, Ali répètera ce qu’il a répété pendant trois ans en Espagne : « Je suis innocent ». Et, le 2 mai 2011, avec ses avocats, dans un document détaillé, il dépose plainte pour torture.

Les autorités marocaines : « La plainte d’Ali Aarrass est classée sans suite ».

Sans surprise, cette plainte contre la torture va être balayée et classée sans suite par les autorités marocaines en septembre 2011. Deux mois plus tard, le 24 novembre 2011, Ali Aarrass est condamné à quinze ans de prison, uniquement sur base de ses aveux. Mais Ali Aarrass et ses avocats ne lâchent pas. Le 3 octobre 2011, ils s’adressent au Comité contre la Torture des Nations Unies, demandant l’intervention du Comité auprès du Maroc pour la torture subie, pour l’absence de recherche sérieuse de ses auteurs et pour une condamnation sur base d’aveux extorqués par la force. Quand ce Comité s’adresse au Maroc, les autorités marocaines paniquent. Il faut savoir que le Maroc est signataire de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants depuis le 18 janvier 1986 et qu’il l’a ratifiée le 21 juin 1993. Le Maroc va essayer de se préserver d’une mise en examen et d’une condamnation internationale. Dans une lettre du 10 décembre 2011, les autorités marocaines s’opposent à toute intervention du Comité contre la Torture.

Les autorités marocaines : « Une enquête est en cours sur la plainte d’Ali Aarrass »

Le Maroc va refuser une intervention du Comité contre la Torture pour les raisons suivantes : «  Les recours internes ne sont pas épuisés et une enquête sur cette affaire est en cours sur l’ordre du Procureur général de Rabat, suite à la plainte pour torture introduite par M. Ali Aarrass le 2 mai 2011 ».

C’est une bonne nouvelle ! Et en effet, Ali reçoit la visite d’agents qui l’interrogent et il doit passer un examen médical. Mais, ni Ali ni ses avocats ne seront mis au courant des résultats de ces examens.

Les autorités marocaines : « Il n’y a pas d’enquête en cours sur la plainte d’Ali Aarrass »

Consternation le 9 avril 2012, lors de la première audience du procès en appel. Les avocats de la défense, Maîtres Cohen et Dadsi, demandent au tribunal d’attendre le résultat de l’enquête en cours, annoncée par le Maroc dans sa lettre du 10 décembre, avant de poursuivre le procès. Dans leur communiqué du 12 avril, les avocats de Juscogens justifient cette demande ainsi : « Il est en effet indispensable de connaître le résultat de ces investigations pour pouvoir juger Ali Aarrass. À défaut, il serait condamné sur base d’éléments de preuve entachés d’une illégalité dirimante : il est interdit d’utiliser en justice des preuves obtenues par la force  ».

La demande est à peine formulée par la défense que le procureur au procès se déchaîne. Il crie haut et fort que cette lettre adressée au Comité contre la Torture sur une enquête en cours n’est qu’une invention de la défense. Qu’il n’est pas au courant et qu’une telle chose n’existe pas. Maître Cohen, qui plaide aussi bien en Belgique qu’en France, doit en passant encaisser quelques insultes de la part du tribunal, quand un juge lui lance en arabe que « ce ne sont pas les étrangers qui viendront nous donner des leçons ».

Mais Maîtres Cohen et Dadsi montrent aux juges la lettre sur l’enquête en cours, signée par les autorités marocaines. Le tribunal est clairement dans un embarras total. Il est obligé de reporter l’audience, en attendant de la défense « des preuves qu’il y a bien une enquête en cours  » (sic).

Le deuxième cas de consternation est pour Jeremy Corbyn.

Ce député socialiste anglais se mobilise depuis plus d’un an pour Ali Aarrass avec dix-huit de ses collègues parlementaires de différents partis. Le 2 avril 2012, Jeremy Corbyn s’adresse à l’ambassadrice marocaine à Londres, Madame Laila Joumala Alaoui, et demande une réponse à sa lettre du 16 décembre 2011. Dans cette dernière, il avait demandé des explications sur le sort d’Ali Aarrass, sa torture éventuelle et son procès inéquitable. Jeremy Corbyn insiste sur l’urgence vu que le procès en appel aura lieu le 9 avril. Deux jours après, le 4 avril, l’ambassade marocaine à Londres envoie un accusé de réception. Et le 10 avril, la réponse des autorités marocaines, arrive, signée par Monsieur Othmane Bahnini, « deputy head of Mission » de l’ambassade du Maroc à Londres. Sa réponse est absolument hallucinante. Monsieur Othmane Bahnini écrit que l’Ambassade a demandé des explications sur l’affaire Ali Aarrass au Maroc et qu’ils ont reçu « un rapport détaillé  » sur cette affaire. Voici la traduction. « Ali Aarrass a été interrogé et jugé selon tous les règles et normes légales. Il a toujours disposé d’un avocat et il n’a jamais demandé un examen médical, il ne s’est plaint ni de torture ni de mauvais traitements. Pendant le procès, l’avocat n’a jamais mis en cause la légalité de ce procès et il n’a pas dit non plus que les aveux d’Ali Aarrass avaient été obtenus par une forme de pression ou de violence. La première fois qu’on a commencé à en parler, ce n’est qu’après sa condamnation à 15 ans de prison, basée sur des preuves de constitution d’une association criminelle en vue de préparer et de commettre des actes terroristes. L’avocat de Monsieur Aarrass a fait appel de ce jugement et a présenté une demande formelle à la Cour afin qu’elle examine les accusations de torture. La Cour d’appel a récemment reporté le jugement final au 7 mai 2012, en réponse à la demande de la défense d’Ali Aarrass de faire une expertise médicale et d’examiner les accusations de torture et de maltraitance. Ces éléments montrent bien que Monsieur Aarrass bénéficie d’un procès équitable et que ses droits sont garantis, comme prévus par le système judiciaire marocain. »

Voilà, Monsieur Corbyn, il n’y a aucune raison de vous inquiéter, tout se déroule comme dans le meilleur des mondes.

Il ne faut pas avoir assisté aux onze audiences de ce procès pour savoir que tout cela est faux du début à la fin. Il suffit de taper le nom Ali Aarrass dans Google pour savoir que la plainte contre la torture date du 2 mai 2012, c’est-à-dire sept mois avant sa condamnation. Il suffit de lire les communiqués de presse du bureau d’avocats Juscogens pour savoir que depuis plus d’un an les avocats d’Ali Aarrass exigent un examen sur la question de la torture sans jamais recevoir de réponse. Il suffit de lire les nombreuses pétitions signées par des dizaines de personnalités belges adressées au ministre belge des Affaires étrangères pour demander son intervention sur la question de la torture d’un citoyen belge. Et quant aux merveilleuses garanties que donne le système judiciaire marocain, celles-ci ne vont apparemment pas plus loin que les murs des prisons. Ali Aarrass ne reçoit toujours pas le courrier qui lui est envoyé, il ne peut pas s’entretenir seul avec son avocat, il lui est interdit de signer un papier destiné à l’extérieur. Depuis deux mois, il ne sort plus du tout de sa cellule, après une attaque violente de la part d’un codétenu pendant le préau. Opération orchestrée ou tolérée par certains fonctionnaires ? La question se pose. Quoi qu’il en soit, nous demandons des mesures pour protéger l’intégrité physique de notre concitoyen.

La lettre de Jeremy Corbyn nous montre aussi qu’il faut continuer à écrire aux autorités marocaines et belges et à demander des explications. Cette pression internationale est un désaveu permanent pour les bourreaux et un encouragement pour tous ceux qui, aussi au sein de l’appareil d’État marocain, veulent que les pratiques de torture et la mascarade de la justice antiterroriste prennent fin, une fois pour toutes.

Luk Vervaet

http://lukvervaet.blogspot.fr/2012/04/mensonges-et-double-je...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 May 2012 à 18:40

Ali Aarrass et le cauchemar carcéral

 
Luk VERVAET

Ce lundi 7 mai 2012, vers midi, une onde de choc passe sur l’audience du tribunal d’appel de Salé. Ali Aarrass entre dans la salle. Tous les regards se tournent vers lui. Il est pieds nus dans ses pantoufles. Il tient à peine debout. Il ne nous regarde pas, il ne nous salue pas, comme il le fait d’habitude, gentiment. Il tient une bouteille d’eau à la main. De l’autre, il tient un mouchoir devant sa bouche. Un masque vert avec un élastique pend autour de son cou. Il s’installe très vite à la première place libre sur un des bancs, dans le box en verre transparent pour les accusés, qui les sépare du public. Il semble pâle, il n’est pas rasé, son regard fixe le lointain. Après quelques minutes, il met ses lunettes pour regarder qui est dans le public et faire un geste de reconnaissance à ses proches et à ses amis.

L’audience du 7 mai n’aura pas lieu.

Même les juges, qui l’appellent à la barre, constatent que cela ne va pas. Ali se présente avec difficulté devant les juges, où en principe il doit rester debout. Le traducteur et l’avocat lui trouvent une chaise sur laquelle il s’assied, lui, tenant toujours son mouchoir et sa bouteille d’eau. Les juges lui demandent par deux fois s’il est capable d’assurer sa défense. Par deux fois, il répond : «  Non, je n’en ai pas la force, pas même pour parler ». Le président s’adresse alors au procureur responsable pour les détenus : « Il nous faut un certificat médical du détenu s’il est malade. Maintenant qu’on n’en a pas, pouvez-vous faire un constat vous-même pendant cette audience et me dire ce que vous constatez de vos propres yeux ? ». Le procureur refuse : « Ce n’est pas mon travail, c’est le travail d’un médecin expert ». Sur ce, les juges décident de reporter l’audience pour raisons médicales au 21 mai. Quand Ali quitte l’audience, entouré par ses gardes, quelqu’un parmi nous crie : « Libérez Ali Aarrass ! ». Ce cri est repris, spontanément, par tout le monde, tellement la vue d’Ali nous a marqués. Des slogans en arabe, en espagnol et en français, clamant l’innocence d’Ali font trembler la salle. Aucun militaire ou policier n’ose intervenir. Ils savent que ce qu’on a vu pendant cette douzième audience est la goutte qui fait déborder le vase.

L’après-midi, nous accompagnons Farida Aarrass et sa fille jusqu’à la prison de Salé II, où elles rendent visite à Ali. A leur retour, elles nous expliquent l’état de santé d’Ali. Il souffre d’asthme et d’allergies, d’une fatigue et d’un affaiblissement extrêmes. Depuis le mercredi, lui qui a déjà fait trois grèves de la faim en Espagne, est à nouveau en grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Seul moyen, dit-il, d’être entendu. "Ne vous en faites pas pour moi, a-t-il dit à sa famille, non seulement je suis patient mais en plus je suis innocent. La justice finira par vaincre".

S’il y a bien des explications médicales pour l’état dans lequel nous avons vu Ali, ce n’est pourtant pas sa maladie, sa fatigue ou son extrême faiblesse qui doivent nous préoccuper. Avec des soins adéquats, son état de santé se remettrait assez vite. Ce qui doit nous préoccuper, ce sont les conditions carcérales extrêmes qui provoquent les maladies. L’état dans lequel se trouve Ali est avant tout l’aboutissement d’une détention de plus de quatre ans dans des conditions extrêmes. Celles-ci doivent nécessairement abimer et même détruire un être humain au niveau physique et psychologique. Ce que nous avons vu, c’est un homme à bout, fatigué et las de la prison, qui nous lance un cri d’alarme sur ce qu’est la prison. A ce sujet, je veux signaler quatre points concernant Ali.

Les effets néfastes de la prison sur un détenu purgeant une longue peine.

Depuis des décennies, les études scientifiques des spécialistes des prisons formulent le même jugement sur les conséquences néfastes, physiques et psychiques, pour tout détenu se trouvant en détention de longue durée. Ce n’est pas que ces détenus deviennent fous. Il s’agit des effets sur l’être humain suite à son adaptation au milieu carcéral malsain. Cette adaptation crée un état «  anormal », comparé à celui qui existe à l’extérieur des murs (1). Des effets traumatiques apparaissent chez les personnes qui purgent « une longe peine ». Ce que signifie « une longue peine » varie selon les spécialistes et selon la perception du détenu lui-même. Le Conseil de l’Europe la fixe à cinq ans. Mais beaucoup de criminologues s’accordent pour dire que toute sentence égale ou supérieure à un an est à considérer comme une longue peine.

La privation de liberté d’un an ou plus agresse peu à peu, insidieusement, le système nerveux. D’où viennent ces effets ? Ils découlent des contraintes, des restrictions et des privations au sein du milieu carcéral. Ceux-ci se situent au niveau de l’espace de circulation, de manque de contacts avec des personnes et des objets, d’échanges verbaux, sexuels, d’association avec d’autres. Il y a la routine, l’obligation de demander une permission pour chaque chose qu’on fait, la perte de l’intimité. Bref, il s’agit des privations sexuelles, sociales, sensorielles, intellectuelles, cognitives et physiques. Les effets néfastes sur les détenus sont les suivants : troubles émotifs, pensées obsessionnelles, modification de la notion du temps, modification de la perception de soi, de sa personnalité en général, de ses capacités intellectuelles. Puis il y a l’ennui et l’anxiété. Un sentiment d’insécurité qui s’installe face au monde extérieur. L’institutionnalisation. Des syndromes psychopathologiques.

La détention en Espagne : l’état d’exception pour les suspects terroristes

La conception et les lois qui doivent protéger la sécurité nationale de l’Espagne datent de l’époque de la dictature de Franco et ils n’ont pas changé depuis.

En plus, et contrairement à d’autres pays européens, l’État espagnol a déjà introduit la première loi antiterroriste moderne dans sa législation en 1978. « Celle-ci définissait le terrorisme de manière très large et procurait un cadre juridique pour les opérations de la police et des paramilitaires dans le Pays Basque. C’était une approche qui ramenait l’Espagne aux temps de la stratégie de la sécurité nationale de l’époque franquiste. Des vagues d’arrestations politiques ont suivi, et le nombre de détenus basques dans les prisons devenait comparable à l’époque franquiste. » (2)

Depuis, des nouvelles lois, qui créent un état d’exception pour tout ce qui est prétendument lié au terrorisme (incluant toute organisation politique, toute intention, toute manifestation pacifique et légale) se sont ajoutées (3). Le traitement des suspects et des condamnés terroristes part du principe que les droits garantis dans la constitution ne valent pas ou seulement en partie pour cette catégorie exceptionnelle. Ce traitement n’a pas d’égal dans les autres pays européens.

Sur ce qu’il a vécu en isolement dans les prisons espagnoles, Ali a confié à sa sœur : « J’ai toujours des sursauts si quelqu’un apparaît derrière moi, je fais trop souvent des cauchemars qui me font mal et les moments d’angoisse s’intensifient de temps à autre. C’est horrible ! Insupportable ! Cela ne devrait pas exister. Tu ne peux communiquer avec personne, tu ne peux t’adresser à personne, tu n’as jamais quelqu’un avec qui échanger le moindre mot. C’est le silence complet. Les minutes se transforment en heures très longues, les journées semblent être des éternités. On ne peut pas vivre dans la solitude, sans pouvoir discuter avec quelqu’un. La voix perd sa force, tes cordes vocales perdent l’habitude d’émettre des sons…Tu es à la recherche du moindre son externe et pourtant rien ne s’entend comme bruit...Oui même quand tu essaies de prononcer quelques mots, syllabes, tu n’y arrives plus, car comme tu ne parles jamais, tu as beau essayer de parler, ta voix s’estompe. Je me parlais à moi-même ! Je m’adressais des discours, je me racontais des histoires et me posais même des questions, auxquelles je répondais afin de casser la solitude qui au bout d’un moment devient on ne peut plus dure à supporter ! Je me touchais les membres, pour réaliser que j’étais bien là, que j’étais bien vivant, que j’étais bien un humain malgré ces conditions de détention inhumaines et surtout gratuites ! J’ai pendant longtemps senti l’envie de me regarder, puisque je n’avais ni miroir ni rien pour m’observer. A un moment, bien après mon extradition au Maroc et après la torture sauvage qu’on m’a infligée, j’ai remarqué, que dans la cellule sombre dans laquelle j’étais, il y avait à un moment déterminé de la journée, un petit rayon de soleil qui traversait la pièce et ne reflétait que sur une dalle qui paraissait brillante mais très sale sur l’un des murs de ce cachot. Je m’empressais donc de nettoyer cette dalle afin de m’en servir comme miroir au moment précis où le soleil venait se poser dessus. Je me suis finalement légèrement aperçu, ce qui me fit le plus grand bien. Même si l’image n’était pas très claire. Me regarder m’a fait prendre conscience que j’étais bien là, que j’existais."

La torture au Maroc

Il suffit de relire la plainte d’Ali Aarrass, déposée par ses avocats le 2 mai 2011 et adressée au secrétaire général du Conseil National des droits de l’homme. En voici un extrait (4) : « À l’arrêt de la voiture qui l’a transporté de l’aéroport , et dès qu’il a mis pied par terre , il (Ali Aarrass) fut surpris de subir injures et calomnies , des coups portés sur plusieurs endroits de son corps par plusieurs individus, déshabillé et introduit dans une chambre noire où il fut soumis à différentes formes de tortures dont les traces sont toujours visibles en plusieurs endroits de son corps, particulièrement aux mains et aux pieds. Ainsi le plaignant a été soumis à plusieurs sessions de torture comportant des coups de bâtons et des gifles donnés par plusieurs personnes, des opérations d’électrocution, l’étranglement en plongeant la tête dans un seau d’eau jusqu’à évanouissement. Après reprise de son souffle et de sa connaissance, il était réassujetti aux mêmes actes ainsi qu’à d’autres formes de tortures comme la privation du sommeil, de nourriture et d’eau, la menace de viol et le viol lui-même à l’aide de bouteilles en verre causant sa blessure dont les traces ensanglantées étaient encore visibles ,lorsqu’il fut présenté devant le juge qui, de son coté, a refusé de les visionner.

Le plaignant a été soumis aussi à des injections, au bras, administrées par une personne, en robe blanche, vraisemblablement par un médecin car l’injection a été administrée professionnellement dans la veine appropriée, reconnue rapidement et sans hésitation à quatre reprises, à la suite desquelles, le plaignant était, à chaque fois, la proie de crises de démence et d’inconscience. »

La surpopulation dans les prisons marocaines.

Ali se trouve dans une situation où la lutte pour l’espace est permanente. Cette situation déclenche inévitablement des incidents violents entre détenus. Déjà en 2008, après quelques évasions, même Abdelouahed Radi, le ministre de la Justice de l’époque déclarait : « Les pénitenciers, arrivés à saturation, offrent des conditions de vie qui ne répondent pas aux besoins d’une vie digne » (5). Et Moulay Hafid Benhachem, le délégué général de l’administration pénitentiaire : « Aujourd’hui, la capacité d’hébergement ne suffit qu’à la moitié de la population incarcérée. Aujourd’hui, près de 60.000 détenus disposent chacun de moins de 1,5 mètre ». Vous lisez bien : la moitié ! 1,5 mètre (alors que les normes internationales exigent 9 mètres carrés !). La situation ne s’est pas améliorée depuis. Comme le disait Khadija Ryadi, la présidente de l’AMDH, dans une interview en mai 2012 : « La réponse à tous les problèmes du monde carcéral est devenue une question d’immobilier, de construction de nouvelles prisons. Quand on soulève un problème, on vous répond avec les nouvelles règles et normes qui seront mises en application et par des maquettes de nouvelles prisons à construire. Entretemps, la situation au sein des prisons s’aggrave. Également pour les militants politiques et les dossiers à caractère politique, dont fait partie l’affaire Ali Aarrass. Des actes de violence, de vengeance et de torture des détenus sont de retour. Les ONG, qui visitaient les prisons, ne peuvent plus y mettre un pied. » (6)

Je n’ajouterai que deux remarques.

D’abord, cette situation carcérale infernale n’a pas posé le moindre problème de conscience au gouvernement et au parlement belges pour voter un accord à la quasi-unanimité en vue d’expulser les détenus marocains en Belgique vers le Maroc. Cette situation carcérale ne change en rien non plus la politique de principe belge de ne pas s’occuper des détenus belgo-marocains au Maroc. J’ai visité le Consul à Rabat, gentil mais impassible, retranché derrière les règles diplomatiques lui interdisant d’intervenir pour Ali Aarrass et les 70 à 80 autres Belgo-Marocains dans les prisons marocaines. Même en cas de demande humanitaire urgente de s’informer sur la santé d’Ali Aarrass. Les avocats belges ne peuvent pas plaider pour leurs clients belgo-marocains. On peut dire que les Belgo-Marocains sont vraiment traités comme des citoyens de seconde zone, ne disposant ni au Maroc ni en Belgique des mêmes droits qu’un Belge ou un Marocain.

Ensuite, le problème de la surpopulation carcérale au Maroc n’est pas dû au manque de bâtiments. Il est d’abord le produit de l’injustice sociale et l’inégalité criantes dans ce pays. Ce sont ensuite les condamnations à la chaîne par la justice marocaine qu’on a vu à l’œuvre pendant les journées passées au tribunal de Salé. Celle-ci ne manifeste aucun intérêt pour le détenu qui se trouve devant lui, ni pour sa famille, sa situation sociale, ses problèmes dans la vie. Elle condamne, selon les standards à 5, 10 ou 15 ans de prisons, des dizaines d’accusés par jour.

Le mouvement pour libérer Ali Aarrass se devra dénoncer sans cesse le monde carcéral dans lequel Ali a dû et doit continuer à vivre. Jusqu’à sa libération.

Luk Vervaet

notes

1. Les effets de l’incarcération, Revue « Face à la justice », Vol V, nos 1-2-3-4, janvier à avril 1982. (étude canadiénne).Toutes les données viennent de cette étude.

2. Reclaim people’s security, From national security to global security : counter-terrorism in Asia and Europe, July 2003

3.Voir : « La excepcion en Euskal Herria », Catalogo de medidas excepcionales disenadas por el Estado espanol, Marzo 2009

4. Vous pouvez lire le texte entier sur : http://www.freeali.eu/2011/05/16/la-plainte-dali-aarrass-pou...

5. 6 Juin 2008 La Gazette du Maroc

6. http://www.freeali.eu/2012/05/13/interview-de-khadija-ryadi-...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 May 2012 à 21:30

La longue marche de Houria, la femme d’Ali Aarrass

 
 
Luk VERVAET

Elle m’a parlé du long chemin à faire pour arriver à la prison de Salé à partir de Melilla où elle habite, je me suis réalisé que ce long chemin était en fait l’image de sa vie. Luk Vervaet

Je n’avais jamais rencontré Houria avant le procès de son mari.

Quand on y réfléchit, c’est peut-être ça le plus beau cadeau qu’Ali Aarrass nous a transmis à travers ses longues années de détention. Les rencontres entre des personnes, unies dans un mouvement qui s’est créé autour de ce qu’on appelle désormais «  l’affaire Ali Aarrass  ».

Contrairement à ce que prétend l’ancien mercenaire et grand spécialiste du terrorisme en Belgique, Claude Moniquet, ce mouvement autour d’Ali Aarrass n’existait pas auparavant. Il s’est créé à partir de son enfermement en Espagne d’abord et au Maroc aujourd’hui. Ce mouvement est devenu une des voix par laquelle le peuple de Bruxelles s’exprime et proteste contre l’injustice et les discriminations dont ce même peuple est victime en Belgique et au Maroc. Ce courant compte maintenant des centaines et des centaines de militants, membres anonymes, ami(e)s sur Facebook, petits et grands donateurs, signataires de pétitions dans différents pays. Il est présent dans le tribunal à Salé et dans la rue à Bruxelles. Dans des parlements et des syndicats. Devant l’ambassade marocaine à Bruxelles et à Londres et devant le consulat belge à Rabat. Dans une chanson d’Amina et Jeremy, dans des poèmes d’Annis, dans un livre de Nicolas et d’Abdellah et bientôt dans un film de Mohamed.

A sa manière, Houria est une des personnes clé dans ce mouvement.

Cela fera bientôt 15 fois que je l’ai rencontrée au tribunal de Salé pour une audience du procès, et qu’on passe une partie de la journée ensemble avec la famille, les avocats et les membres de la délégation de solidarité. A chaque rencontre elle a gardé la même attitude modeste. La même gentillesse et la même détermination, comme si le temps qui passe n’avait pas de prise sur elle. Toujours un peu dans l’ombre, toujours soucieuse du bien être des autres présents au procès. Quand on lui demande si ça va, elle dit immanquablement : « ça va ». Avec un regard tendre et un petit sourire, sans jamais se plaindre. Cela peut sembler être des clichés quand on l’écrit et quand on le lit. Comme on pourrait le dire de chaque personne qu’on aime. Et pourtant, c’est si vrai pour Houria Aarrass.

J’ai profité d’une de ces longues attentes, lors de la dernière audience, pour en savoir plus sur cette femme, connaître son vécu en tant que femme d’une personne accusée de terrorisme.

Elle m’a parlé du long chemin à faire pour arriver à la prison de Salé à partir de Melilla où elle habite. Pendant qu’elle répondait à mes questions, j’ai réalisé que ce long chemin dont elle avait parlé au début était en fait l’image de sa vie. Une longe marche.

Voici quelques extraits de ce qu’elle m’a raconté lors de la conversation qu’on a eue le 21 mai dernier.

« Le chemin est long.

Ça fait six heures de route entre Melilla et Rabat.

Avant la construction de la nouvelle autoroute de Fez à Rabat, c’était même plus. Ça nous prenait au moins huit heures. On est venu à chaque audience du procès. Cela fera bientôt quinze fois. Entre les audiences on allait parfois aussi les vendredis, le jour de la visite, pour voir Ali pendant deux heures.

En Espagne, c’était encore pire.

D’abord huit heures de bateau pour arriver en Espagne. Après, nous louions une voiture. On faisait une heure de route pour pouvoir le voir une fois par mois pendant une heure. Cela demande énormément d’énergie. Ça coûte beaucoup d’argent. Les gens ne réalisent pas ça. Il faut l’avoir vécu pour le savoir. Pour une visite ou pour pouvoir assister à une audience, il faut compter deux jours, le prix d’un hôtel, l’essence. C’est comme pour vous, qui venez de Belgique.

Je ne connaissais rien de la prison avant qu’Ali soit enfermé.

Les prisons, les tribunaux et tout ça n’avait pas de place dans ma vie, ni dans la sienne, c’était un monde étrange et sans importance. Une fois Ali en prison, je me suis rendu compte de ce que cela représentait pour les détenus et pour leurs familles d’avoir un proche en prison.

Je pense beaucoup à lui.

Il me manque.

Je me dis que je dois lui remonter le moral quand il va mal. On s’est marié il y a plus de vingt cinq ans, en 1986, à Molenbeek. Il m’a toujours encouragée, que ce soit pour obtenir mon permis de conduire ou autre chose, ce n’était pas un homme qui allait t’interdire quoi que ce soit.

Maintenant, il est en prison. Quand il souffre d’allergie, il n’y a pas de médecin qui le soigne comme ça se fait en Belgique. Rien de tout ça au Maroc. Parfois, il en a ras le bol. Il a été agressé en prison. Ils sont six maintenant dans une grande cellule. Il nous a dit que ça allait mieux. Mais le sentiment d’inquiétude va et vient. Il faut toujours être attentif. Le stress est toujours là.

Moralement ça pèse.

Moralement, ta vie est brisée, cassée.

Quand je me retrouve seule, je me sens souvent mal. J’ai le sentiment de vivre et revivre cette terrible injustice.

Tu ne mènes plus une vie normale.

Il faut faire face, toujours faire face. Faire face pour la petite, Emina, qui grandit sans son père. Qui parle au téléphone avec lui, et qui pense qu’il est parti au Kosovo, tout comme le papa d’une amie à elle qui fait son service militaire espagnol là-bas. Faire face pour la famille, pour mon beau-père, qui a 78 ans et qui vit tout cela très, très mal. Quand Ali et moi vivions en Belgique, Ali était commerçant à Bruxelles, il y tenait une papeterie. Quand les choses n’ont plus très bien marché, son père l’a invité à le rejoindre à Melilla, où il était né, et à essayer ici. Il avait aussi cette idée en tête de profiter pendant les dernières années de sa vie de la présence de son fils à ses côtés. Pendant un an, Ali a tenu une cafétéria à Melilla. Il était en train de chercher un meilleur endroit pour installer son établissement. En même temps, il avait repris le job de son frère, qui était devenu malade, et avait dû abandonner la conduite de son camion. Notre bonheur n’a duré qu’un an. Après, le cauchemar a commencé.

La Belgique, la grande déception.

Mon propre père est allé travailler en Belgique au moment où la Belgique avait besoin de main d’œuvre et où on faisait appel à des travailleurs marocains pour venir travailler dans l’industrie, le bâtiment ou les mines.

Il est parti du Maroc. Il a travaillé pendant toute sa vie dans une usine métallurgique à Vilvorde, une commune tout près de Bruxelles.

J’avais sept ans quand ma mère et moi avons pu rejoindre mon père.

Notre bonheur allait être de courte durée : huit ans après notre arrivée, j’avais quinze ans, ma maman est décédée, suite à une maladie. Elle avait trente quatre ans.

Et là, la vie s’est retournée.

D’un coup, moi l’aînée, j’allais devoir prendre la responsabilité de la famille. Après le décès de ma mère, mon père s’est remarié et j’ai eu en tout 9 frères et sœurs de ces deux mariages. Je peux dire que j’ai eu une enfance, mais ensuite, pas d’adolescence : c’était immédiatement le monde des adultes.

Je tenais beaucoup à ma maman.

C’est elle qui nous a appris le respect, la politesse, la prière, le ramadan.

Quand elle est morte, j’étais en secondaire dans la section latin. J’avais de très bonnes notes. J’étais vraiment une bonne élève, j’aimais étudier. Toujours première de classe.

Après sa mort, j’ai interrompu mes études pendant un an. Quand je les ai reprises, je ne voulais plus continuer la même orientation. J’ai choisi la technique. J’ai appris la couture. L’école me déconseillait ce changement, et elle en était si étonnée qu’elle m’a d’abord inscrite à l’essai. Mais c’est pourtant ça que j’ai appris. Aujourd’hui, j’ai 48 ans, je fais des travaux de couture et je fais le ménage, et je suis des cours pour devenir aide-soignante pour les personnes âgées.

Je suis tellement déçue de la Belgique. Qu’ils aient permis l’extradition d’Ali. Qu’ils ne nous aient jamais aidés en quoi que ce soit. Jamais.

La solidarité

La solidarité est tellement importante.

Ceux qui poursuivent Ali n’aiment pas la médiatisation et la solidarité internationale, comme elle s’organise en Belgique.

Ici, à Melilla, tout le monde connaît Ali, il est né ici. Les gens m’arrêtent dans la rue et demandent des nouvelles d’Ali. « Ali un criminel ? », me disent-ils, « ce n’est pas possible ».

On a fait des pétitions. On a collecté des signatures. On a eu un campement avec des tentes pour Ali sur la grande place à Melilla pendant 4 mois. J’ai été reçue par le président de Melilla.

J’aimerais que ça se termine.

J’aurai tellement envie que tout ça se termine.

Que ça s’arrête.

Je n’ai toujours rien compris à ce qui nous est arrivé. Et je ne comprendrai probablement jamais.

Comme tant d’autres femmes, j’ai seulement constaté qu’ils m’ont pris mon mari et l’ont mis en prison.

Mais de quoi vont-ils accuser Ali ? Il y a rien contre lui. La justice espagnole l’a blanchi. Son dossier est vide. Il l’accusent d’avoir eu des liens avec Belliraj, avec l’algérien Benyattou et avec tant d’autres dont ils lui ont montré les photos, mais il n’en connaît aucun. Mais avec combien de gens encore doit-il avoir eu un lien ? Ali ne connaît pas le Maroc, il n’y est pas né, il n’y a jamais vécu.

Et si Ali était devenu trafiquant d’armes, ne croyez vous pas qu’on aurait vécu comme des rois, ou au moins mieux que maintenant ? »

Luk Vervaet

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Jul 2012 à 20:10

Hicham Bouhali Zriouil, un volontaire belge pour l’Afghanistan, condamné au Maroc à 20 ans de prison.

 
 
Luk VERVAET

Hicham Bouhali Zriouil est né à Deurne, une commune d’Anvers (en Flandre, Belgique néerlandophone). Enfant, il obtient la nationalité belge après la naturalisation de son papa Ahmed, qui s’est installé ici en 1976. Aujourd’hui, Hicham, Belgo-Marocain de 33 ans, purge depuis l’année passée une peine de vingt ans de prison au Maroc pour avoir participé à la « filière afghane de Malika Al Aroud ».

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et l’adoption aux États-Unis et en Europe de lois antiterroristes qui ont suivi, chaque personne qui part pour le front afghan du côté des insurgés est considérée comme un terroriste et un criminel. Tout appel à aller se battre contre l’occupation en Afghanistan ou en Irak ne fait plus partie de la liberté d’expression, mais est devenu un acte terroriste et criminel. Ainsi, en Belgique, les deux principaux inculpés de la « filière afghane » ont été condamnés à huit ans de prison. D’autres inculpés ont été mis en liberté conditionnelle pour « manque de preuve sur leur complicité », ou sont en liberté portant un bracelet électronique. Mais, quand il s’agit de punir, à part les États-Unis, aucun pays ne fait mieux que le Maroc. Jugé en Belgique, par défaut, à 5 ans de prison, Hicham reçoit 20 ans de prison ferme au Maroc pour les mêmes faits.

J’ai parlé longtemps avec Ahmed, le père d’Hicham. Nous avons retracé l’histoire de son fils. Elle reste pour l’instant incomplète, partielle, avec beaucoup de zones d’ombre. Ce qui est sûr, c’est que Hicham, Ahmed et leurs familles belgo-marocaines tranquilles et paisibles pendant plus de 25 ans, ont été emportés par les vagues de la guerre antiterroriste mondiale.

Ahmed, un travailleur immigré en Belgique

Ahmed, le père d’Hicham, cadre supérieur dans une banque durant toute sa vie active, est venu en Belgique pour travailler et pour se perfectionner dans son domaine professionnel. Mais sa motivation pour émigrer du Maroc était aussi d’assurer à sa fille handicapée, née en 1976, les meilleurs soins possibles. Soins qu’elle ne pourrait pas recevoir au Maroc.

Avant de s’installer à Bruxelles, où il vit aujourd’hui avec sa famille dans la commune d’Anderlecht, Ahmed était devenu plus Flamand que moi. Il peut me citer toute une série de communes et de petites villes de Flandre qu’il a parcourues pour son travail et que je n’ai jamais visitées ou dont j’avais même oublié l’existence. Sportif, il avait joué dans plusieurs clubs de football aussi bien au Maroc qu’en Belgique. Ahmed arbore une écriture calligraphique ; les cours qu’il a suivis chez le maître incontesté dans ce domaine en Belgique, le Palestinien Michel Najjar, ont laissé leurs traces.

Le 28 juillet 1979, Hicham est né à Anvers

Hicham est le troisième des enfants d’Ahmed. Quand il a 7 ans, l’âge ou il va entamer ses études primaires, il passe quelques années au Maroc avec son frère et sa sœur chez ses grands-parents. La grand-mère est malade et ne pouvant pas être à leurs côtés lui-même, Ahmed essaie de leur assurer un peu de bonheur et de joie en mettant leurs petits-enfants chez eux. De retour en Belgique, jeune garçon normal et sans histoires, Hicham fait ses études à l’Athénée Royal Paul Delvaux à Bruxelles. Bon élève, Hicham obtient son diplôme du secondaire supérieur. Il s’inscrit à l’Institut Paul Lambin, Haute Ecole Léonard De Vinci (Université catholique de Louvain), où il commence des études en biologie médicale. Il veut devenir chercheur et il finit deux ans d’études avec succès.

Le tournant

En 2003, Hicham a 24 ans, sa vie va prendre un tournant. Hicham se marie. Devenu père de famille, il arrête ses études pour aller travailler et entretenir sa famille. Il frappe à toutes les portes. A la poste, à la police, où il réussit 4 de la série des 5 examens pour devenir inspecteur. Il sera refusé lors de la dernière session orale. Il finira comme serveur dans un snack. « C’était un moment très difficile sur le plan professionnel. J’ai mis un appartement à titre gracieux à la disposition de mon fils et sa petite famille. Heureusement que je l’ai soutenu à ce moment-là. Je me souviens qu’Hicham m’a dit : j’en ai marre, qu’est-ce qu’on fait ici ? on n’a rien ici. Je ne sais pas si nos politiques se réalisent la gravité de la situation et la part de responsabilité de la société en abandonnant les jeunes issus de l’immigration. Cette attitude expose ces jeunes à devenir une proie facile pour des groupes intégristes et ou à les encourager d’avantage à la délinquance lorsqu’ils ne trouvent pas de boulot. Si la société intervenait correctement au niveau de l’éducation, de l’emploi, du racisme et des discriminations, je ne dis pas que tout serait réglé, mais elle pourrait réduire les problèmes au moins à 30% de ce qu’on connaît aujourd’hui », me dit Ahmed.

Jusque-là, Hicham était un croyant modéré et pratiquant. Petit à petit, il va s’intégrer dans un milieu plus radical aussi bien au niveau politique que religieux. Il commence à être plus engagé, plus sceptique. Il ne va plus accepter ce qui se passe en Palestine, ni en Irak et en Afghanistan, suite à l’agression des Américains contre ces pays.

Le départ pour l’Afghanistan

Hicham a déjà quatre enfants quand la possibilité se présente, pour lui et ses amis, de partir comme volontaire en Afghanistan. Avec deux autres Belges et un Français, il décide de partir pour le front, pas du côté des américains, mais du côté des insurgés. Il ne dit rien à ses proches car il est très attaché à sa maman. Il ne veut pas lui faire de la peine par son choix difficile. Le 7 décembre 2007, il l’informe qu’il part quelques jours en France pour un tournoi de Taekwondo. Les jours passent et puis il n’y a plus de nouvelles. Du fait de cette disparition soudaine, l’inquiétude et la souffrance s’installent dans la vie de la famille pour ne plus jamais la quitter. Après quelques semaines, Hicham téléphone pour dire que tout va bien. Il envoie un mail à son frère l’informant qu’il est parti pour un but commercial en Turquie et en Syrie. Et puis, il n’a plus donné signe de vie.

« La filière afghane »

En 2010, le nom d’Hicham apparaît dans la presse dans le cadre du procès de « la filière afghane de Malika Al Aroud ». A l’issue de ce procès, Hicham est condamné à 5 ans de prison. Selon les aveux d’un co-inculpé présent au procès, l’aventure afghane a été un véritable calvaire. La désorganisation totale, leur manque d’expérience et le fait que les Talibans ne voulaient pas d’eux, ont fait que les volontaires belges n’ont pas participé à des opérations militaires. Trois jeunes, dont Hicham, décident de rentrer. L’un décide de rester et il laissera sa vie dans les combats. Hicham n’arrivera pas jusqu’en Belgique, il restera bloqué en Syrie.

A l’issue du procès en Belgique, en mai 2010, les peines prononcées par le tribunal en première instance sont de 8 ans pour les deux principaux inculpés, quatre autres écopent de 37 mois de prison ferme ou de 40 mois de prison avec sursis. Hicham n’est pas présent à ce procès. Il n’est même pas défendu par un avocat. Il est condamné par défaut à 5 ans, et, selon la presse, depuis lors, « il est activement recherché à l’échelon international ». Deux des inculpés dans ce procès iront en appel contre leur condamnation, mais en décembre 2010, les peines seront confirmées. « Mais même si ces peines sont extrêmement lourdes, elles seront bien la preuve que la justice belge était plus tolérente et clémente que la justice marocaine », me dit Ahmed.

Arrêté en Syrie et extradé vers le Maroc

En 2011, en plein Ramadan, la famille reçoit un coup de fil venant de Syrie pour leur dire qu’Hicham y a été arrêté. Après avoir contacté les autorités belges en Syrie, le Consul général belge assure la famille qu’il a pris les choses en main. Il a retrouvé Hicham. Il n’a pas été torturé, ni physiquement, ni psychologiquement. Les autorités belges en Syrie informent la famille qu’elles préparent son extradition vers la Belgique : « Dans une semaine, maximum dix jours, il sera en Belgique ». Après une semaine d’attente, le Consul général annonce que les choses se compliquent : Hicham serait recherché par plusieurs États et le Maroc devance la Belgique. Contre toute logique, Hicham ne sera pas extradé vers la Belgique, son pays natal où il vient d’être condamné à 5 ans de prison. En octobre 2011, il est extradé, par la force et pour des motifs qu’on ignore, vers le Maroc. Pourquoi Hicham a-t-il été extradé vers un pays qui n’est pas le sien et qui n’est concerné par cette affaire ni de prés ni de loin ? Pourquoi est-il jugé là, pour des faits qui n’ont rien à voir avec le Maroc, mais qui se seraient passés en Afghanistan ?

La raison reste jusqu’à présent inconnue. Ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que la présence d’agents du FBI a été signalée aussi bien lors de son procès en Belgique qu’au Maroc. Hicham n’aurait pas pu être inculpé sans l’aide des Américains. Faute d’avoir pu mettre la main sur lui, il est fort probable que ce sont les services américains qui ont décidé de l’extradition de Hicham vers le Maroc et son jugement, pays qu’ils ont utilisé à maintes reprises comme base intermédiaire (notamment de torture) pour les détenus arrêtés en Afghanistan et dirigés vers le camp de Guantanamo. Au Maroc, au moins, les Américains avaient la garantie qu’Hicham serait puni de la manière la plus sévère.

Comme dans nombre de cas d’extraditions où les terroristes servent de monnaie d’échange entre les pays, ce sont aussi les rapports de force à un moment donné qui décident des extraditions. Est-ce que le fait que la Syrie était en conflit avec l’Europe sur la question de la répression du mouvement de contestation a poussé la Syrie à extrader Hicham vers le Maroc, et pas vers un pays occidental ?

La condamnation au Maroc à 20 ans de prison ferme

Une fois arrivé au Maroc - selon le scénario bien connu suite aux dérives marocaines en matière de la lutte antiterroriste et de la volonté marocaine de plaire aux Etats-Unis, Hicham est pris en main par le juge antiterroriste marocain Chentouff. Il est interrogé pendant plus d’une semaine. Les services secret marocains trouvent et ajoutent des inculpations que d’autres services secrets n’auraient pas su trouver avec la meilleure volonté du monde : ils accusent Hicham d’avoir assisté à des attaques contre des militaires américains. Il n’y a que les Américains qui peuvent avoir fourni ce genre d’information. « Mais si c’était vrai tout ça, est-ce que vous croyez vraiment que les Américains ne l’auraient pas exécuté, ou kidnappé et transféré à Guantanamo ? », me demande Ahmed. On aurait pu croire qu’on allait trouver dans le texte du jugement le nom d’une victime américaine, une arme du crime ou, au moins, quelque chose de précis et de concret. Mais rien de tout ça. Hicham est condamné à 20 ans de prison ferme sur base des déclarations formulées par les services secrets marocains, sous la menace et en absence des preuves matérielles justifiant le fond de ce jugement. Ce jugement, le voici : « La formation d’un groupe terroriste en vu de commettre des actes terroristes et l’agression intentionnelle de la vie d’autrui et à leur sécurité. L’atteinte à la sûreté nationale, l’incitation et l’intimidation et la violence. L’incitation d’autrui à commettre des crimes terroristes ».

Après la lecture de ces lignes, Ahmed lève les bras : « Mais de quel groupe de terroristes parle-t-on ? Si c’est le même groupe que celui en Belgique, alors Hicham a été condamné deux fois pour les mêmes faits, ce qui n’est pas admis par la justice internationale. S’il s’agit d’autres personnes : la justice marocaine est-elle en possession d’une liste faisant apparaître les personnes qui ont été incitées par Hicham à commettre des actes terroristes ? Hicham s’est présenté seul devant les jurys lors des deux audiences du procès, alors où sont-ils, ces autres personnes qu’il a incité à commettre des crimes terroristes ? Comment Hicham peut atteindre à la sureté nationale marocaine alors qu’il ne s’est pas rendu au Maroc depuis juillet 2005 ? »

Après sa condamnation Hicham est enfermé dans la prison de Salé II. Dans les mois qui suivent il participe à une grève de la faim, qui a duré 40 jours, contre les conditions de détention. Dans un état grave, après cette grève, il ne reçoit pas les soins médicaux nécessaires. Il est transféré vers la prison de Tiflet où ses conditions de détention se sont améliorées. Ahmed : « Je saisis l’occasion pour rendre hommage au directeur de cette prison qui traite les détenus avec humanisme contrairement à ce qui ce passe dans d’autres prisons, notamment celle de Salé 2, Toulal 2 et récemment la prison de Oukacha ».

Aujourd’hui, la famille d’Hicham et un groupe d’amis ont décidé de s’engager pour qu’Hicham puisse être transféré du Maroc vers la Belgique. Pour qu’il puisse purger sa peine ici, dans son pays natal et près de sa famille et de ses quatre enfants.

La famille a besoin d’un soutien moral, mais aussi financier pour pouvoir assurer la défense d’Hicham dans les mois qui viennent.

Un procès en appel, équitable, en présence d’un avocat, s’impose.

Luk Vervaet

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Jan 2013 à 17:11

La libération de Florence Cassez et l’abandon des détenus européens au Maroc

 

Le mercredi 23 janvier, Farida, Dounia, Malika, Mohamed et moi avons participé à une conférence à Bruxelles du ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), organisée par le Mouvement Européen-Belgique. Thème de la conférence : "Belgique - UE, 60 ans d’union".

Comme le ministre allait parler des « 60 ans de paix en Europe » et du « prix Nobel pour la Paix », accordé à l’Europe en 2012, nous nous sommes dit que c’était une bonne occasion, pour notre Comité des familles des détenus européens au Maroc, d’interpeller le ministre sur les relations avec le Maroc. En particulier sur son attitude par rapport aux prisonniers belgo-marocains dans les prisons marocaines.

Je vous épargne les détails du déroulement de cette conférence mais nous avons quand même réussi à poser une question : « Monsieur le ministre, ces derniers mois vous avez fait plusieurs déclarations, insistant sur la nécessité d’améliorer et de renforcer nos relations avec le Maroc. Comment pouvez-vous justifier votre position quand, en 2012, il y a eu au moins cinq rapports d’organisations internationales, dont le rapport du Rapporteur sur la torture de l’ONU Juan Mendez et celui du CNDH, qui dénoncent la torture systématique et généralisée, pratiquée au sein du système judiciaire et carcéral du Maroc ? Et, dans ce même cadre, comment pouvez-vous justifier votre abandon des détenus belgo-marocains au Maroc ? ». Était-ce à cause de la présence dans la salle des familles des détenus ?

En tout cas, le ministre n’a pas sorti l’argument habituel de la double nationalité pour justifier l´inertie du gouvernement belge à l´égard des détenus belgo-marocains.
Il a répondu deux choses. « D’abord », a-t-il dit, « il faut traiter les affaires des détenus cas par cas. Il y a des personnes que je n’aimerais pas voir sortir de prison, ni au Maroc ni ici. Deuxièmement, à chaque rencontre avec les autorités marocaines, nous mettons le dossier des droits de l’homme sur la table. Comme on le fait avec les autorités turques et d’autres pays. Ce serait facile de rompre avec tous ces pays. Dans ce cas, je pourrais me retirer tranquillement à la campagne  ».

Nous n’avons pas eu l’occasion de lui répondre.

Mais voici qu’un autre événement s’est produit le même jour, qui permet d’évaluer la réponse de notre ministre à sa juste valeur. C’est une affaire qui concerne la France. Mais, toutes proportions gardées, elle concerne également la Belgique : dans les dossiers internationaux, la Belgique ne fait pas exception à la politique européenne. Et elle agit et se comporte exactement de la même manière que ses grands voisins.

La France fait libérer la Française Florence Cassez

Le mercredi 23 janvier 2013, la Française Florence Cassez a été libérée par la Cour suprême mexicaine. Cette Cour a reconnu « la violation des droits de Florence Cassez » et a ordonné sa libération immédiate. Avec son ami, Florence Cassez avait été arrêtée en 2005 et inculpée pour « quatre enlèvements, séquestration, association de malfaiteurs, possession d’armes à feu et de munitions à l’usage exclusif des forces armées ». Condamnée à une peine de 96 années de prison, la Cour d’appel confirmait cette condamnation, tout en réduisant la peine à 60 ans. Puis, la Cour de cassation rejetait le pourvoi de la Française. Contre une presse mexicaine qui prétend le contraire, Florence a toujours clamé son innocence : « Au Mexique, la police fabrique des coupables, avec de fausses preuves  ». Et sur les aveux de son compagnon, elle disait : « .. un certificat médical prouve qu’il a été torturé, juste avant ses aveux ».

Florence Cassez (38 ans) est restée en prison pendant sept ans. Sept ans de bataille juridique sans relâche. Sept ans de campagne de solidarité en France, Belgique, Canada, Suisse, Irlande, Allemagne (1), dont elle dit aujourd’hui : « Quand j’étais seule dans ma prison, les médias français ne m’ont pas laissé tomber. Si personne n’avait plus parlé de moi, si j’étais tombée dans l’oubli, ç’aurait été la pire des choses. Moralement, d’abord ; et puis, je ne sais pas ce qu’il serait advenu de moi ». Sept ans de pression de la France par 500 parlementaires et par les présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui ont mis tous les moyens pour obtenir sa libération.
En 2009 déjà, Sarkozy intervient auprès du président mexicain Calderon pour demander le transfert de Florence Cassez vers la France. Celui-ci refuse. A partir de là, l’affaire Cassez deviendra une affaire d’Etat et provoquera une vraie crise diplomatique entre la France et le Mexique.

En février 2011, Sarkozy décide de dédier la manifestation « L’Année du Mexique en France » à Florence Cassez. Cette manifestation, préparée pendant deux ans, avait comme objectif de « favoriser la coopération dans les secteurs économique, culturel, touristique, éducatif, scientifique et technologique, de la santé, et du développement durable » entre les deux pays. Suite a la décision de Sarkozy, le gouvernement mexicain décide de se retirer de l’Année du Mexique en France ! Au total, plus de 350 événements prévus au cours de cette année, pour un budget de l’ordre de 50 millions d’euros, tombent à l’eau.

Les cris de désespoir des détenus européens au Maroc ont-ils moins de valeur que ceux de Florence Cassez ?

Nous nous félicitons de la libération de Florence Cassez, qui nous apprend plusieurs choses.

Elle nous montre d’abord que, s’il y a violation des droits d’un détenu européen, au Mexique comme au Maroc, il est tout à fait possible de faire transférer ou même de libérer ce détenu, à condition que l’État, dont le détenu est citoyen, mette la pression. Dès que la volonté politique existe, fini les discours que les familles des détenus européens au Maroc ont dû entendre si souvent de la part de nos ministres successifs sur « le respect de la séparation des pouvoirs  », sur « la non-ingérence dans les affaires d’un autre pays », sur « l’impossibilité de notre gouvernement de faire quoi que ce soit, malgré notre bonne volonté », sur « la nécessité de laisser faire son travail à la justice ». Il est clair que ce n’est pas, comme le prétend le ministre Reynders, en mettant « les dossiers de droits de l’homme sur la table » qu’on va résoudre une affaire, mais en mettant la pression, s’il le faut jusqu’à la crise diplomatique.

Ensuite, le cas de Florence Cassez nous montre que ce n’est pas le rôle de nos États de porter un jugement « au cas par cas », comme le prétend le ministre Reynders. Même si le détenu est accusé et condamné pour des faits gravissimes, comme dans le cas de Florence, le rôle de nos Etats n’est pas de se mettre à la place de la justice et de dire si une affaire est digne d’intérêt ou non, ou si un détenu a le droit de sortir de prison ou non.

Nos États ont le devoir de veiller au respect des droits fondamentaux de n’importe quel détenu, quel que soient le cas ou les faits reprochés. Tant dans la lutte contre le fléau des enlèvements et de la drogue au Mexique, que, plus encore, dans la lutte antiterroriste au Maroc, les indices et les preuves, cités dans les rapports internationaux, sur les violations des droits fondamentaux des détenus sont systématiques. A cette situation systémique, nous demandons une réponse systémique, c’est-à-dire une intervention valant pour tous. Juger au cas par cas ne peut conduire qu’à l’arbitraire, ce qui est contraire aux principes d’un État de droit et contraire à la Convention internationale contre la torture que la Belgique et les autres pays européens ont signé.

Enfin, et c’est là que le bât blesse, comment comprendre l’attitude différente des pays européens quand il s’agit du Maroc et du Mexique ? Il y a là une preuve irréfutable d’une politique de deux poids, deux mesures de la part de nos gouvernements européens. Comment expliquer que la France (et la Belgique) restent muettes quant aux appels à l’aide des détenus franco-marocains (et belgo-marocains) dans les prisons marocaines ?

Prenons trois cris d’alarme récents de la part des détenus européens venant des prisons au Maroc.

En octobre 2012, des dizaines de détenus européens publient un « Appel aux vivants » : « La plupart de nous n’ont pas eu le droit à un procès équitable et ont fait l’objet de maltraitances physiques. Certains d’entre nous ont été torturés dans le centre de torture à Temera près de Rabat. Ou l’on nous a soutiré des aveux sous la torture physique, souvent pour des affaires politiques, d’opinion, de règlement de compte ou autres. Nos différentes demandes et sollicitations auprès des pays de l’Union européenne sont restées jusque là sans réponse.  » (2)

Un mois plus tard, en novembre 2012, le site Slate Afrique publie des témoignages accablants sur l’enfer de la prison de Tanger et l’abandon des détenus franco-marocains en particulier.(3)

En janvier 2013, le Français El Mostafa Naïm (numéro d’écrou 561, Prison de Salé 2) écrit dans une lettre au président français Hollande : « Après avoir été enlevé en Espagne (port d’Algesiras) par des agents marocains en civils, je suis incarcéré au Maroc depuis 26 mois, alors qu’officiellement, je ne me trouve même pas dans le pays. J’ai même eu droit à une phrase, plus qu’éloquente sur l’immobilisme, voire la gêne manifeste qui entoure mon dossier : " On ne peut pas intervenir de crainte de créer un conflit diplomatique."(4)

L’Europe (Prix Nobel de la Paix en 2012 !) accepte l’inacceptable du Maroc, allié stratégique...

L’Europe considère le Maroc comme son rempart contre l’immigration clandestine et le terrorisme. C’est la raison principale de son silence quant aux droits des détenus.
Récemment on pouvait lire : "..le Maroc est à la fois le principal allié de la France et l’Espagne face à ce qu’elle considère comme les principales menaces à sa sécurité, mais aussi le pays par lequel le mal arrive...Pour la France et l’Espagne, le Maroc est à la fois un allié fiable par la volonté de son gouvernement et de son roi, par sa stabilité institutionnelle,

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mais le royaume est aussi le pays par qui le mal arrive, en particulier concernant l’immigration clandestine et le terrorisme." (5). On parle de la mise sur pied d’un « G4 sécuritaire » entre le Maroc, la France, le Portugal et l’Espagne. Lors du sommet entre ces quatre pays, la semaine dernière, le ministre marocain de l’Intérieur a réaffirmé « le soutien sans réserve du Maroc à l’intervention militaire française au Mali pour défendre la souveraineté de ce pays africain ». Quelques mois avant, la France avait déjà proposé au Maroc un effacement partiel de ses dettes militaires, en échange d’un soutien logistique des Forces Armées Royales (FAR) à la force d’intervention militaire africaine au Nord-Mali.

Au niveau judiciaire également, le Maroc est un partenaire avec lequel les pays européens collaborent sans problème et sans gêne. Quoi que dise le ministre Reynders aux familles des détenus sur « les dossiers du droit de l’homme mis sur la table », la réalité est qu’on assiste à une collaboration entre la Belgique et le Maroc comme jamais auparavant. La nouvelle ministre de la justice Turtelboom (VLD) dans le gouvernement Di Ruppo (PS) déclarait dans la Commission de la justice de la Chambre, le 2 mai 2012 : «  Après la France, la Belgique est le premier partenaire du Maroc en matière de collaboration judiciaire... J’ai abordé, avec mon homologue marocain, des matières comme le transfèrement des détenus marocains condamnés, la collaboration en matière de d’affaires pénales et civiles, l’échange d’informations liées à la problématique de l’identification et aux rapts internationaux d’enfants. »

… et partenaire économique privilégié

Au niveau économique aussi, ce sont les intérêts, et non pas les valeurs européennes, qui déterminent la politique à suivre vis-à-vis du Maroc ou du Mexique. Quelle est la différence entre le Mexique et le Maroc ? Pour le Mexique : "Force est de constater que la France est loin d’être un partenaire stratégique de la deuxième économie latino-américaine. La France n’est que le quarantième fournisseur du Mexique, qui lui-même n’arrive qu’au soixantième rang des clients de l’Hexagone... De fait, l’économie mexicaine reste très dépendante du grand voisin américain, qui absorbe 80% de ses exportations. Côté investissements, la France, là encore, n’est qu’un acteur secondaire puisqu’elle pèse à peine 0,2% des sommes investies dans ce pays." (6)

C’est tout le contraire pour les relations de la France avec le Maroc : "La France est le premier partenaire commercial du Maroc en 2011. Les échanges commerciaux franco-marocains se sont élevés à 7,4 milliards d’euros en 2011. En 2011, la France est restée le premier fournisseur du Maroc, avec 13,9% de part de marché. … La France est également le premier client du Maroc dont elle a absorbe 20,3% des exportations en 2011.. "(7) Sur les relations économiques entre la Belgique et le Maroc, le ministre Van Ackere disait en 2010 : « En 2009, la Belgique a exporté pour 520 millions d’euros au Maroc, ce qui en fait le douzième fournisseur du Maroc. La Belgique a importé pour 321 millions d’euros du Maroc, ce qui en fait le septième client du Maroc. Les entreprises belges sont actives au Maroc, notamment dans le secteur de l’extraction minière, du textile et de la construction métallique, ainsi que dans le secteur des services. Dans le secteur de la construction et du tourisme aussi, plusieurs entreprises occupent une présence marquée au Maroc. Et par le biais d’un consortium espagnol, belge et marocain, des Belges sont impliqués dans l’aménagement du tram de Casablanca. Dans notre pays, le Maroc investit dans les secteurs bancaire et chimique. »

C’est bien d’une politique européenne qu’il s’agit, le Maroc ayant obtenu le statut «  avancé  » dans ses relations avec l’Europe en 2008 et depuis les affaires ne cessent de s’améliorer. Comme l’a encore souligné le président de la Commission parlementaire Maroc-UE, Panzeri, lorsqu’il était en visite au Maroc (8) pour discuter de nouveaux accords pour un « partenariat stratégique entre le Maroc et l’UE » : « Le Maroc est le partenaire privilégié de l’Union européenne, particulièrement dans le domaine économique ». Six mois plus tard, Hugues Mingarelli, responsable au Service européen d’action extérieure pour les relations avec l’Afrique du Nord reprend la même idée : « Le Maroc est pour l’Union européenne un partenaire de première importance et nous devons tout faire pour nous assurer que cette relation se développe dans le sens des intérêts du Maroc . » (9)

Florence ou Ali, la discrimination à peine voilée

Enfin, on peut parler de discrimination à peine voilée envers les communautés d’origine arabe, et de confession musulmane en particulier, et les citoyens de cette origine, qui ont

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pourtant subi les mêmes horreurs, ou pires, que Florence Cassez dans les prisons marocaines. Au niveau européen, ces communautés sont plus considérées comme un ennemi intérieur potentiel, que comme des citoyens à part entière. Partout en Europe, les associations « immigration/criminalité » et « Islam/terrorisme » ont pour effet que les appels à l’aide ne sont pas entendus. Et l’Europe se sert de l’argument de la double nationalité pour justifier son inaction, voire sa complicité.

La libération de Florence Cassez ne peut que nous encourager.

C’est grâce à un travail judiciaire, un comité de soutien et une volonté politique que Florence Cassez est libre aujourd’hui. De ces trois piliers, nous en avons déjà construit deux. A nous de briser l’indifférence. A nous de faire du sort des

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détenus européens au Maroc un enjeu politique, dont tous les partis et tous les candidats devront tenir compte aux nouvelles élections en Belgique en 2014.

(1) http://www.liberezflorencecassez.com
(2) http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/2012/12/appel...
(3) http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/#!/2012/12/de...
(4) http://prisonnierseuropeensaumaroc.blogspot.be/#!/2013/01/li...
(5) http://www.yabiladi.com/articles/details/15104/reunion-mali-...
(6) http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2011/02/15/04016-20110215...
(7) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/maroc/la-fra...
(8) http://www.maghrebemergent.info/actualite/fil-maghreb/14277-...
(9) http://www.maghrebemergent.info/actualite/fil-maghreb/20121-... 

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Pour Ali Aarrass
 

Demande de grâce

 
 

Lettre adressée au nouveau roi des belges "Flupkje" et en alexandrins, afin de demander la grâce du prisonnier belgo-marrocain Ali Aarrass.

Ali Aarrass est un citoyen belgo-marocain, mais qui n’a d’appartenance au Maroc que son passeport. Il n’y a jamais vécu avant d’y être emprisonné. Arrêté à Mellila en Espagne en 2008, suspecté de terrorisme, il est innocenté à la suite d’une longue enquête (1 an et demi d’écoute téléphonique).

Mais alors que sa famille à la suite de son procès attend sa libération, il est extradé vers le Maroc. Il disparait pendant 12 jours. 12 jours pendant lesquels il sera torturé et signera des documents en arabe qu’il ne lit pas : ses aveux, obtenus sous la torture, torture qui a été rapportée par un rapporter de l’ONU. Pourtant, alors qu’Ali a toujours vécu en Belgique, et y a effectué son service militaire, le consulat belge refuse toujours d’intervenir, s’appuyant sur un accord bilatéral de La Haye. Mais le Maroc n’a jamais signé cet accord, il date de 1930, et de nombreux cas de jurisprudence démontrent que la Belgique peut intervenir. Par ailleurs l’article 3 des Nations Unies, prévaut sur le fait qu’en cas de torture les états se doivent d’intervenir pour protéger leurs citoyens.

Il se trouve actuellement en grève de la faim (29 jours) et vient de mettre fin à une grève de la soif à la prison de Salé, suite à de nouveaux traitements dégradants et inhumains subis en prison. Cette grève constitue la quatrième.

Le ministère des affaires étrangères belge, sous la pression citoyenne des dernières semaines, vient d’écrire à son homologue marocain. Une première en 5 ans ! Le comité de soutien demande l’annulation du procès marocain où les aveux obtenus sous la torture ont été la seule preuve de l’accusation et rappelle qu’Ali Aarrass a toujours conçu et conçoit sa lutte comme une lutte pour les droits de tous les prisonniers. Dans ce cadre, ils soutiennent l’appel de Human Rights Warch pour la libération de tous les détenus restants dans le procès Belliraj et de tous les prisonniers politiques au Maroc.

Le lien vidéo vers la dernière conférence de presse avec le résumé de l’histoire.

Demande de grâce...

Ô Votre Majesté, Belle Reine Mathilde
Je viens à vous lestée, du murmure des guildes
Montant des bas quartiers, sortant des chrysalides
Du peuple agenouillé, que la justice guide

Entendez vous chanter, aux portes du palais,
Le nom d’un innocent que l’on a torturé
Tendez l’oreille Sire, aiguisez vos feuillets
Au nom d’Ali, mon Roi, enfermé à Salé

Ô ne voyez vous pas, Votre Altesse infinie,
Se creuser sous vos pas, le fossé des harpies
Abandonnant les uns, usant de calomnies
L’injustice déjà, nous réduit en charpie

Ignorez Vous Monsieur, qu’un belge innocenté
De faim, d’ennui se meurt, au Maroc extradé
Ô ne pourriez vous pas expliquer à Didier*
Oui l’invalidité de l’accord de La Haye

Ou bien l’article 3, mon Roi, ce dernier droit
Que l’on offre à la proie, crucifiée sur la croix
Faudra-t-il qu’on le broie ? Qu’on aille jusqu’à l’endroit
Où triomphe l’effroi, pour qu’on le lui octroie

Je sais votre bonté, l’amour de la famille
Vous venez à régner juste avant votre fille
Il serait déplacé, dangereux, inouï
Que vous vous taisiez, pendant que lui expie.

Julie Jaroszewski

*Didier Reynders - ministre des affaires étrangères belge.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 21 Aug 2013 à 18:29

Le Scandale Ali Aarass

 
 
Aurore Van Opstal

Suite à la première réaction constructive du gouvernement belge concernant le cas Ali Aarrass, FDC et ZinTv ont décidé de s’associer afin de réaliser une vidéo sur ce scandale d’État.

Source : http://www.femmesdechambre.be/le-scandale-ali-aarrass/

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