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Monde Arabe en révolution

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    Envoyé : 25 Jun 2008 à 10:24

Israël au centre du dispositif occidental

Les tensions restent très fortes dans tout le Moyen-Orient mais les discussions indirectes s’y multiplient. Décryptage.

Au-delà du voyage de Nicolas Sarkozy en Israël et dans les territoires palestiniens, la région semble vivre une période, si ce n’est de changement, en tout cas d’une modification de l’état existant. Certes, les tensions sont encore très fortes (notamment en Irak), mais les confrontations font maintenant place à des discussions indirectes, à des déclarations de bonnes intentions à une exception près mais notable : tout ce qui touche à l’Iran est frappé du sceau guerrier avec une volonté, l’isolement de Téhéran. Au centre du dispositif, évidemment Israël qui semble retrouver une place régionale importante dans la stratégie occidentale. Elle l’est d’autant plus que, depuis l’élection de Sarkozy à la présidence de la République, l’infléchissement pro-américain de la politique internationale française est net : installation d’une base militaire dans le golfe Arabo-Persique à côté des forces américaines, en face de l’Iran ; renforcement de la participation, aérienne et terrestre, des forces françaises aux opérations de l’OTAN en Afghanistan ; annonce de la réintégration complète de la France dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN et développement d’une Europe de la défense liée à l’organisation atlantique ; enfin, acceptation de l’installation d’un système américain de défense antimissile en Pologne et en République tchèque.

L’axe Paris-Washington

Pour Sarkozy, la confrontation, même mineure, doit laisser place à un « travail » main dans la main avec les États-Unis afin que la France retrouve son aura internationale. La place est d’autant plus facile à prendre que Washington est empêtré dans le bourbier irakien, que l’administration en place va bientôt partir, et que les débats internes sur la stratégie à adopter laissent la place à certaines initiatives. D’autant que la conférence d’Annapolis, organisée en novembre dernier, censée baliser l’avènement de la paix entre Israéliens et Palestiniens, n’a, pour ainsi dire, pas vu le début du commencement d’un quelconque processus.

Autant d’éléments, qui, pour la France, passent par un renforcement des liens avec Israël mais aussi, pour faire bonne mesure, une attention accrue portée à certains pays, négligés par Jacques Chirac (dont les liens avec l’Arabie saoudite et avec l’ancien premier ministre libanais assassiné, Rafic Hariri, étaient avérés), à commencer par la Syrie, et une place plus importante aux deux seuls pays arabes qui ont signé une paix avec Israël : la Jordanie et surtout l’Égypte. Le tout au détriment des droits légitimes des Palestiniens dont les revendications n’entrent pratiquement plus dans un cadre international au regard d’Israël, mais dans un contexte de politique intérieure.

D’où le refus de Tel-Aviv de prendre en compte ce qu’il est convenu d’appeler le « plan de paix arabe », proposant la normalisation des relations avec Israël en échange du désengagement de tous les territoires occupés et de la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale et un juste règlement de la question des réfugiés. Mais d’où la nouvelle attitude israélienne, tant vis-à-vis de la Syrie que du Liban et, à l’opposé, de l’Iran.

Le Liban, une longue litanie pour Israël

Dans le projet sioniste, Eretz Israël devait s’étendre jusqu’au fleuve Litani, en territoire libanais. Guerres, occupations jusqu’en mai 2000 du sud du pays, soutien aux factions chrétiennes, massacres de civils dont le dernier en date se passe à l’été 2006 avec une guerre meurtrière mais qu’Israël n’a pas gagnée, le Hezbollah ayant montré ses capacités militaires. Le blocage politique qui a suivi aurait pu dégénérer en guerre civile, spectre qui hante toujours le pays du Cèdre. Paradoxalement, la crise a été résolue après quatre jours de rudes affrontements particulièrement à Beyrouth. Un nouveau président de la République a été élu, Michel Sleimane, à la suite d’une conférence de toutes les parties libanaises organisée à Doha (Qatar). Un dénouement qui met en lumière les changements d’approche des uns et des autres et de leurs parrains sur la scène internationale, occidentaux d’un côté, Syrie et Iran de l’autre, pour découper le tout à la hache. Des tractations sont d’ailleurs en cours entre le Hezbollah et Israël pour un échange de prisonniers. En revanche, le Liban vient d’annoncer qu’il refusait toute discussion avec Israël sur les hameaux de Chebaa toujours occupés, en dehors de l’initiative arabe de paix.

La Syrie ou le chemin de Damas

Placée dans « l’axe du mal » par George W. Bush, la Syrie joue un rôle prépondérant dans la région, ne serait-ce que par sa présence au Liban à partir de 1976, avec l’aval des pays occidentaux. Montrée du doigt après l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005, la Syrie perd du terrain, est contrainte de se retirer mais ne cède pas. On assiste aujourd’hui à une tentative de séduction pour rompre tous liens avec l’Iran. Israël a même entamé des négociations indirectes. Ce pourrait n’être d’ailleurs qu’une attitude de façade de la part de Tel- Aviv. Dans un entretien au Figaro, mercredi dernier, Ehoud Olmert dit négocier « pour la paix », mais précise aussitôt : « Nous défendons les droits de l’homme, la démocratie, la fin du sabotage au Liban, la fin du soutien au terrorisme, la sortie de l’axe du mal dirigé par l’Iran. » Ce qui, pour un pays qui refuse d’appliquer les résolutions de l’ONU le concernant, qui poursuit son occupation et commet régulièrement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, n’est pas piqué des vers. Le président syrien, Bachar Al Assad, et le premier ministre israélien pourraient néanmoins se rencontrer à Paris à l’occasion du sommet de l’Union de la Méditerranée.

L’Iran, seul contre tous ?

Toutes ces manoeuvres en cours, outre qu’elles se déroulent dans un contexte de forte augmentation des produits pétroliers - ce qui force les Occidentaux à se montrer plus conciliants avec les monarchies du Golfe -, visent avant tout l’isolement de l’Iran. Téhéran, fort de la disparition du régime de Saddam Hussein, entend jouer un rôle hégémonique régional et donc international. Il le peut d’autant plus que ses accointances en Irak sont fortes.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de voir que les organisations dirigeantes à Bagdad avaient trouvé en Iran un lieu d’exil pour fuir la répression baassiste. Le côté chiite ne faisant qu’accentuer les choses. Ce que n’ignore pas Washington qui entretient un canal de discussions strictement dans ce cadre. Pour l’heure, malgré les menaces même plus voilées (plans américains, manoeuvres militaires israéliennes…), l’Iran tient bon et poursuit ses discussions au sein de l’AIEA. Jusqu’à quand ? Va-t-il échapper à l’isolement qui le guette ? Il peut encore compter sur un soutien au moins partiel de la Russie et de la Chine, mais la situation se détériore. Le danger est grand d’une déflagration qui serait certainement plus que régionale.

Où est la Palestine ?

Dans ce décor, la question palestinienne est comme une goutte d’eau dans l’océan alors que, paradoxalement, elle est le noeud du problème. Israël a bien manoeuvré. Les Palestiniens sont divisés géographiquement et politiquement. À Gaza, le Hamas. En Cisjordanie, le Fatah et l’OLP. Mahmoud Abbas, le président palestinien s’enferre dans des discussions stériles avec Israël malgré les recommandations de l’OLP qui préconise une suspension des discussions. Le Hamas retrouve une crédibilité régionale avec la trêve instaurée depuis quelques jours. Pendant ce temps, le transfert des Palestiniens de Jérusalem se poursuit, de même que la colonisation et la construction du mur dit de « séparation » qui empiète largement sur les zones palestiniennes. L’échéance de la création d’un État palestinien à la fin 2008 s’éloigne toujours un peu plus. Or, cette perte d’espoir chez les Palestiniens pourrait bien briser toutes les manoeuvres occidentales et arabes en cours.

Pierre Barbancey, juin 2008

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Dec 2010 à 19:10

Les peuples de l’année du Moyen-Orient. Bienvenue chez les opprimés

 
Rannie AMIRI

Voici les peuples du Moyen-Orient qui mériteraient le titre "peuples de l’année" :

Le peuple de Gaza qui désespère de faire prendre conscience au monde que deux ans après la fin de la guerre de 2008-2009, le cruel embargo sur son territoire persiste ; le pays subit toujours un siège maritime, aérien et terrien ; et ses misérables habitants sont toujours prisonniers dans leur propre pays.

Les Shiites du Berain, la majorité indigente marginalisée de l’île, contrôlée par la riche famille royale sunnite al-Khanlifa qui ordonne chaque jour à ses services de sécurité importés d’arrêter et de torturer les militants pour la démocratie et les droits de l’homme. Exclus du gouvernement, du secteur public et des professions de Loi par une discrimination rampante, ils ont risqué cette année leur vie pour protester contre le fait qu’ils soient privés de droit de vote.

Les égyptiens qui suffoquent sous un régime répressif soutenu par les USA à qui les Lois d’Urgence tiennent lieu de gouvernement depuis 30 ans et qui viole la liberté d’expression, la liberté de se réunir et la liberté de la presse. Cette année des élections truquées les ont empêché de remplacer leurs représentants parlementaires et cela nous rappelle cruellement que le "statu quo" est le seul candidat pour lequel il leur soit possible de voter.

Les Irakiens, qui vivent sous occupation depuis 7 ans, qui n’ont que quelques heures d’électricité par jour dans un pays brûlé par un soleil aussi implacable que les explosions et les bombes suicides qui détruisent les villes et tuent des milliers de personnes. Les plus simples actions, comme de faire une promenade, d’aller au marché, de conduire ses enfants à l’école ou de participer aux prières du vendredi deviennent des actes de bravoure qui devraient faire honte aux dirigeants irakiens uniquement préoccupés de garder leurs postes.

Les musulmans Ismaéliens, Shiites et Soufis d’Arabie Saoudite, persécutés, arrêtés et emprisonnés pour avoir pratiqué leur religion ou demandé de pouvoir le faire. Les portes de leurs mosquées ont été scellées par le Ministre de l’Intérieur tout autant que la probabilité d’un progrès civil et socio-économique. Ils sont des "apostats" et les droits élémentaires des autres citoyens leur sont déniés.

Les Yéménites du gouvernorat de Saada qui sont devenus les "réfugiés internes" affamés d’une longue guerre civile. Pris entre les bombardements saoudiens au nord et les bombardements de l’armée yéménite au sud, ils vivent, dans la famine et les ruines, une catastrophe humanitaire ignorée par la communauté internationale.

Les peuples de l’année 2010 du Moyen-Orient ? Les opprimés.

Rannie Amiri et un commentateur indépendant du Moyen-Orient.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/amiri12...

Traduction : D. Muselet

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jan 2011 à 17:50

 

Le Maghreb en révolution.

maghreb-manif.jpg

 

Pierre PICCININ

Depuis trois semaines, le Maghreb est en révolution.

Pourtant, les principaux journaux et les télévisions d’Europe ne parlent que fort peu de ce qui est en train de se passer en Tunisie, mais aussi, à sa suite, en Algérie, voire au Maroc, plus prompts à critiquer le déroulement des élections en Iran que la dictature féroce du président Ben Ali ou la corruption galopante qui prévaut au sein du gouvernement Bouteflika.

Ces événements sont traités par la presse en second titre, comme s’il ne se passait rien de déterminant, et sont ainsi de facto banalisés, pendant que, en Tunisie et en Algérie, les exécutions se multiplient sous les balles de la police.

Et le phénomène est accru encore par le fait que les gouvernements tunisien et algérien empêchent les images de franchir leurs frontières. En outre, Youtube rejetterait les images de violences policières postées par des internautes. Or, sans images, pas de reportage à la télévision...

Alors que ces peuples, nos anciennes colonies, proches de l’Europe, qui furent parties de l’Empire romain (excusez l’humaniste de formation qui s’exprime) et devraient être parties de l’Union européenne depuis longtemps déjà, sont en train de s’affirmer, ne les saluerons-nous pas ? Ne les appuierons-nous pas ? 1792 est-il donc si loin ?

Tout est parti de Tunisie, une dictature soutenue par l’Europe, une dictature où syndicalistes et journalistes sont emprisonnés et éliminés physiquement, sans que nos gouvernements n’y trouvent à redire : un jeune homme, Mohammed Bouaziz, à vingt-six ans, s’est suicidé par le feu en pleine rue, le 18 décembre dernier, épuisé par la misère et la tyrannie du président Ben Ali, le grand ami de l’Occident.

Sans tarder, une manifestation sans précédent a envahi les rues de la petite ville de Sidi Bousid. Et la colère s’est répandue ; la révolte a fait tache d’huile et semble se métamorphoser en révolution. Travailleurs pauvres, ouvriers, puis ingénieurs, médecins, avocats, fonctionnaires et étudiants, tout un peuple lassé de la dictature et de la misère a emboîté le pas à cette révolte. De sociales, les revendications sont devenues politiques, au cri de "Ben Ali, démission !".

La Tunisie, cette dictature à deux heures de vol des charters de touristes inconscients et du Club Med, vacille enfin.

Mais le régime se défend et les emprisonnements sauvages se multiplient et frappent les opposants tous azimuts, y compris les artistes, tel le jeune chanteur Hammadi Ben Amor, qui avait interpelé directement le président Ben Ali dans une de ses compositions et a été arrêté à Sfax, le 6 janvier.

La police a été envoyée contre la population ; elle a ouvert le feu, à balles réelles, mais n’a pas pu arrêter le mouvement.

Une cinquantaine de personnes au moins auraient déjà trouvé la mort. Et les blessés sont innombrables, à tel point que des hôpitaux commencent à manquer de moyens pour les soigner. Le chef d’état-major, qui a refusé de faire tirer sur la foule lors d’une manifestation, a été remplacé à la tête de l’armée par le chef de la sécurité, sur ordre du président Ben Ali, qui impute officiellement les violences à des groupes terroristes et, selon nos sources, tenterait de justifier de la sorte l’établissement de la loi martiale. Le gouvernement a pris la décision de fermer les écoles et les universités.

Face à la répression, l’Europe se tait, alors qu’on tue devant sa porte : plus qu’indifférent, son silence, complice, est perçu en Tunisie comme un soutien à la dictature.

La France, en particulier, très attendue sur le dossier tunisien, s’est retranchée derrière un devoir de neutralité, par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. Cela dit, à l’Assemblée nationale, on aura pu constater que la dictature tunisienne dérange moins la droite que la gauche...

Face aux protestations de certains députés de gauche, le gouvernement Sarkozy a donc expliqué ne pas vouloir s’ériger en "donneur de leçons" à l’égard du président Ben Ali et du peuple tunisien, préférant, semble-t-il, les réserver pour la Côte d’Ivoire du président Laurent Gbagbo...

Quant à l’Union européenne, on l’avait davantage entendue, lorsqu’il s’était agi de stigmatiser la Yougoslavie du président Slobodan Milosevic...

De Tunisie, la contestation a gagné l’Algérie voisine, puis le Maroc : quand Tunis éternue, pourrait-on dire désormais, c’est le Maghreb qui s’enrhume.

Depuis plusieurs jours, Alger et plusieurs grandes villes sont en proie à un soulèvement populaire sans équivalent depuis les émeutes de la faim de 1988 : les jeunes, surtout, mais aussi la classe moyenne, ruinée par la crise économique et la hausse spectaculaire du prix des produits de première nécessité, ont envahi les rues de la capitale.

Aux dernières nouvelles, le président Bouteflika aurait provisoirement quitté Alger, où des troupes de jeunes gens armés de sabres, de machettes et de couteaux ont pris le contrôle de certains quartiers. Les grands rassemblements prévus, tels les matchs de football, ont été supprimés.

La minorité aisée, qui met depuis des années le pays en coupe réglée, s’inquiète de l’évolution d’un mouvement social qui est en train de lui échapper, elle qui s’est accaparé, depuis des années, les revenus du pétrole, dont regorge le sud-algérien, et en détourne les dividendes, privant l’État des ressources nécessaires au financement d’une politique sociale.

Au Maroc, enfin, si la contestation s’exprime de manière moins violente et semble s’être affaiblie après seulement quelques jours, plusieurs manifestations se sont mises en branle : la richesse du pouvoir royal, les palais immenses qui narguent, à travers tout le pays, la misère du peuple entassé dans la précarité des médinas, font depuis longtemps l’objet d’un mécontentement latent qui, à tout moment, pourrait donner lieu à une explosion de colère.

Dans ce pays, l’opposition semble mieux organisée, par une élite politique bien structurée ; et la révolte pourrait ressurgir rapidement, à l’instar de celles qui secouent ses voisins immédiats. Toutefois, la police a reçu l’ordre de disperser les manifestations naissantes, notamment celles qui ont lieu en soutien aux insurgés tunisiens.

Partout, les opposants à ces gouvernements corrompus s’organisent grâce à internet. En Tunisie, de nombreux blogueurs ont ainsi été arrêtés, à leur domicile même, et incarcérés...

C’est bien une révolution populaire qui secoue le Maghreb, un mouvement unique qui tente sa chance, pour la démocratie et le bien social. Mais, sans notre aide, sans notre cri, elle pourrait rapidement s’éteindre, étouffée dans la répression. Et cette chance sera perdue pour eux et pour nous, pour encore trente ou cinquante ans.

C’est d’eux, pourtant, dont nous avons besoin, pas de l’anti-culture états-unienne. Hélas, nos gouvernements s’accommodent très bien de ces régimes, qui leur assurent obédience et stabilité au Maghreb.

Criez, disais Voltaire, criez ! L’opinion publique fait trembler les trônes des tyrans. Contre les assassins juridiques, il n’y a d’espoir que dans le cri public ! Que l’opinion publique braille aux oreilles de nos dirigeants ! Que l’opinion publique exige ! Alors, crions ! Crions ! Crions-le à la Terre entière !

N’abandonnons pas ces femmes et ces hommes, qui espèrent et nous attendent, sur l’autre rive du grand lac Méditerranée... Mais, au vu des choix des médias occidentaux et de la position attentiste de l’Union européenne, il faut craindre que les insurgés du Maghreb ne soient déjà tous condamnés.

Pierre PICCININ
Professeur d’histoire et de sciences politiques
Website : http://pierre.piccinin-publications...

Emeutes%20sanglantes%20en%20Algérie%20et%20en%20Tunisie



Edité par T 34 - 26 Feb 2011 à 00:55
Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jan 2011 à 18:08
Le gouvernement français soutien la répression
 
Maintien%20de%20lordre%20en%20Tunisie%20:%20%20Le%20savoir-faire%20dAlliot-Marie
 
A l'Assemblée Nationale il y a eu un débat sur le Maghreb, Michelle Alliot Marie a exposé la position du gouvernement français.
 
ALLIOT-MARIE propose d'aider la Tunisie dans la répression
 


Edité par T 34 - 19 Jan 2011 à 00:43
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Jan 2011 à 00:42
Le Maghreb s’enflamme. Tout le Maghreb !
 
 
Après les émeutes en Tunisie, puis en Algérie, on ne compte plus les morts et encore moins les blessés lors des manifestations qui ont eu lieu dans les deux pays. Si les causes directes de ces événements ne sont pas les mêmes, les réponses des deux gouvernements sont par contre similaires et se résument à un mot : répression.
 
Manque de travail, augmentation des prix, crise du logement, la population et surtout la jeunesse des deux pays se retrouvent autour de ce même constat : la situation est intenable et ne peut plus continuer comme cela. Si on ajoute à l'alchimie un régime corrompu qui refuse de céder la place et un manque flagrant de respect des droits essentiels comme la liberté d’expression, cette vague de protestation devient non seulement plus claire mais légitime et inévitable.
 
Et le Maroc dans tout cela ? Certains voient le royaume comme immunisé contre ces protestations populaires. C’est pourtant oublier les manifestations contre le coût de la vie ou pour la liberté d’association comme à Tinghir en décembre dernier. Des mouvements de protestation qui ont vite été réprimés par les autorités et dont les participants finissent souvent en prison.
 


Tinghir, décembre 2010

Mais surtout, il y a tout juste deux mois, se sont déroulées au Sahara Occidental les plus importantes manifestations depuis des années. La population civile sahraouie, tout comme les Tunisiens et les Algériens, a décidé de dire non au manque de travail, de logement et à la hausse des prix. Non au racisme d'état, non à la discrimination à l’embauche, non au manque de liberté civique, en bref, non à un système qui perdure depuis trop longtemps. Les Sahraouis manifestent pacifiquement depuis des années et cette fois ils ne sont pas sortis dans la rue, mais ont, au contraire, quitté les villes pour se réunir dans le désert, dans ce qui est devenu un camp de protestation : Gdeim Izik. Au bout de quelques semaines, le camp comptait 10.000 tentes et entre 20 et 30.000 personnes.
 
La réponse de l’occupant marocain a été la même qu’en Algérie et en Tunisie : la répression par la destruction du camp et une réaction des forces policières et militaires d’une très grande violence. Arrestations arbitraires, tortures, viols, disparitions forcées, le tout dans la plus totale impunité et sans qu’aucun observateur étranger, journaliste ou ONG, n’ait eu le droit de mettre le pied sur le territoire. Les rapports des organisations qui se sont penchées sur ces événements sont unanimes. Amnesty International rapporte que toutes les personnes qui ont été interrogées ont signalé avoir été maltraitées ou torturées durant leur arrestation.
 
C’était le 8 novembre 2010. Et si les revendications de nombreux Sahraouis étaient aussi politiques, demandant qu’enfin leur droit à l’autodétermination soit appliqué, la protestation dénonçait une situation économique qui ne peut plus durer, contre un régime injuste et méprisant, contre tout un système qui les contraint à vivre dans l’indigence et à ne rien pouvoir espérer de mieux ni dans les prochaines années, ni pour les prochaines générations.
 
C’est tout le Maghreb qui s’enflamme. Une protestation populaire et légitime à laquelle la communauté internationale doit faire écho. En Tunisie. En Algérie. Au Maroc. Et aussi : au Sahara Occidental.
 

Plantu, Le Monde, 8 janvier 2011

 
Source: http://ap-so.blogspot.com/2011/01/le-maghreb-senflamme-tout-le-maghreb.html
Date de parution de l'article original: 13/01/2011
 
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Jan 2011 à 04:07

Mondialisation et résistances sociales au Maghreb

 


Mohamed Tahar Bensaada

 

Les émeutes sociales qui font la une de l’actualité maghrébine en Tunisie et en Algérie révèlent au grand jour le grand décalage entre les attentes populaires en matière de politique sociale d’une part et les modèles de développement économique imposés par les pouvoirs en place dans la région de l’autre. Si le mode d’insertion à l’économie internationale reste marqué essentiellement par la dépendance des bourgeoisies locales à l’égard du centre du capitalisme mondial, les formes varient d’un pays à l’autre et posent des problèmes structurels différents par-delà la similitude des conséquences sociales vécues par les populations défavorisées.

La crise du modèle tunisien

Le fait que les émeutes aient commencé en Tunisie est à lui seul instructif. Il ne s’agit pas de n’importe quel modèle de développement dans la région. Il s’agit du « meilleur » modèle si on s’en tient aux critères des institutions économiques et financières qui régentent le capitalisme mondial. Sous la protection d’un Etat policier particulièrement répressif, le pays s’est taillé une part non négligeable dans la division régionale et internationale du travail. Des salaires relativement bas assurent un véritable dopage social et encouragent l’investissement direct étranger.

Le développement d’une industrie locale de substitution aux importations (ISI), grâce aux facilités administratives d’un Etat devenu entremetteur au service du capital étranger, assure l’enrichissement d’une bourgeoisie « nationale » sous-traitante au service des multinationales et la consolidation d’une bureaucratie civile et policière corrompue qui constitue la base sociale du régime. Ces options économiques sont présentées dans un pays pauvre en matières premières comme le prix à payer pour assurer l’emploi et le développement d’un pays qui ne peut compter autrement que sur la manne touristique.

Mais la dépendance économique a son revers de la médaille. Dès le retournement de la conjoncture économique internationale de 2009, la Tunisie s’est trouvé piégée par un modèle artificiel avec toutes les conséquences néfastes sur l’emploi et le revenu intérieur. Jusqu’ici, les émeutes et les manifestations populaires pointent du doigt les conséquences sociales d’un modèle de développement (chômage des jeunes, cherté de la vie, absence d’infrastructures et de projets économiques dans les régions du centre et de l’ouest du pays…) mais tôt ou tard, le mouvement social sera appelé à remettre en question un modèle fondé sur la dépendance et le développement inégal. Cette remise en question ne saurait éluder plus longtemps la question de la mondialisation qui, contrairement aux discours dominants du FMI et de la Banque mondiale, n’a fait qu’engendrer plus de dépendance et de sous-développement sans les effets d’entraînement technologique supposés.

Mais dans un pays politiquement verrouillé, les perspectives à court terme ne sont pas des plus optimistes : à l’ombre de l’autoritarisme musclé du régime, les forces qui surfent sur la vague du populisme religieux attendent leur heure. L’empire américain ne saurait rester indifférent aux évolutions d’une région en contact direct avec le Moyen Orient. Par-delà les discours idéologiques servis ici et là, les enjeux géopolitiques primeront sur tout le reste. Peu importe la couleur idéologique du changement escompté, pourvu qu’elle assure la stabilité et la pérennité des intérêts de l’empire dans la région. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la dernière réaction américaine en date, à savoir la convocation de l’ambassadeur tunisien par le Département d’Etat pour lui signifier les préoccupations de Washington quant à l’exigence du « respect des libertés individuelles » et à l’accès au Net.

Paradoxalement, la crise du modèle tunisien est apparue au grand jour au moment où fortes de la caution intéressée des institutions économiques et financières internationales, des voix libérales pseudo-modernistes en Algérie n’hésitent pas à chanter les bienfaits du modèle tunisien. On connaît la chanson : un pays sans pétrole ni gaz qui réussit des performances économiques enviables et qui commence de ce fait à attirer les investissements d’entrepreneurs algériens fuyant la « bureaucratie » et des touristes algériens cherchant le « farniente » à moindre prix !

La crise du modèle algérien

Si en apparence, les mêmes causes produisent les mêmes effets, les émeutes sociales qui ont éclaté en Algérie révèlent néanmoins des enjeux sociaux et politiques plus complexes. Comme en Tunisie, les émeutes sociales sont un révélateur politique sérieux : en l’absence de canaux sociaux et institutionnels démocratiques, il ne reste que la rue comme mode d’expression de la révolte sociale. On peut déplorer les violences et les atteintes aux biens et aux personnes mais la responsabilité première incombe au gouvernement qui a fait des autres canaux politiques et syndicaux des chambres d’enregistrement et d’exécution des demandes du pouvoir et les a ainsi transformés en coquilles vides sans crédibilité ni influence sur la population.

Comme en Tunisie, il s’agit de la faillite d’un modèle de développement basé sur la dépendance même si elle a prend dans ce dernier cas une autre forme. Une économie qui s’est spécialisée dans la mono-production et la mono-exportation des hydrocarbures pour officiellement répondre aux exigences de l’accumulation primitive qui nécessite d’énormes capitaux. Mais ce modèle qui date maintenant de plus de quarante ans n’a pas donné les résultats escomptés. Non seulement, la dépendance à l’égard des hydrocarbures n’a pas assuré les bases d’un développement agricole et industriel indépendant mais elle a aggravé le cercle vicieux de la dépendance à l’égard du marché mondial dominé par les multinationales : le pays importe jusqu’à 70% de son alimentation et la part de l’industrie nationale dans le PIB est descendue à …5% !

Bien entendu, ce serait succomber à une schématisation outrancière que de réduire la nature de classes du régime algérien à celle des régimes tunisien et marocain. Dans les deux derniers cas, nous avons affaire à des régimes autoritaires et compradores qui sont directement liés aux centres du capitalisme mondial comme l’illustre leur alignement géopolitique systématique sur les projets américains dans la région, leur armement exclusivement d’origine occidentale et surtout leur intimité organique avec les lobbies israéliens qui font chez eux le beau temps et la pluie. Dans le cas de l’Algérie, pour des raisons historiques liées au processus de décolonisation du pays, l’insertion dépendante à l’économie internationale, qui a obéi et continue d’obéir aux fluctuations des rapports de forces internes et externes, apparaît sous un jour plus contradictoire.

Par définition, la bourgeoisie bureaucratique qui a toujours été hégémonique dans le bloc social au pouvoir n’est pas homogène. En son sein, il existe des fractions qui aspirent à un développement économique national auto-centré et des fractions alliées à la bourgeoisie compradore spécialisée dans l’importation des produits finis et qui n’a aucun intérêt à voir une industrie nationale se substituer aux importations des biens et des services. Au gré des rapports de forces fluctuants, les luttes d’intérêts se reflètent dans des politiques économiques et sociales divergentes.

C’est ainsi que les fractions de la bourgeoisie compradore s’opposent par tous les moyens à toute politique économique visant à freiner ou à diminuer les importations en vue de les remplacer par une production locale. Pour ne retenir que quelques chiffres révélateurs de l’année 2009 : les valeurs des importations algériennes ont atteint 40 milliards de dollars ! La valeur des seules importations alimentaires a dépassé les 8 milliards de dollars ! La valeur des importations de médicaments a dépassé quant à elle les 2 milliards de dollars ! Derrière chaque fraction de la bourgeoisie compradore spécialisée dans tel ou tel créneau d’importation, il y une multinationale, un Etat impérialiste et bien entendu un grand bureaucrate et/ou un général algérien ! D’où l’interférence systématique des questions économiques et des questions politiques et l’interférence non moins systématiques des questions intérieures et des questions extérieures à caractère géopolitique ou diplomatique.

Pour des raisons propres à chacune des fractions de la bourgeoisie algérienne et de leurs alliés naturels au pouvoir, la paix sociale reste un dénominateur commun. Aucune fraction ne peut continuer à vaquer à ses affaires sans un minimum de paix sociale et de stabilité assurées par le rouleau compresseur d’un Etat militaro-policier. Les dépenses sociales annuelles de l’Etat algérien sont estimées à 12 milliards de dollars. Dans ces dépenses, il faut compter notamment le soutien de l’Etat aux prix des produits de large consommation (farine, lait, huile) qui sont revendus sur le marché intérieur à des prix inférieurs à ceux du marché mondial.

Si le soutien aux prix des produits de première nécessité apparaît comme la contrepartie financière pour s’assurer une paix sociale indispensable à la pérennité du système, il n’en demeure pas moins que cette politique, en apparence sociale, fait directement le jeu de la bourgeoisie compradore qui contrôle les circuits de l’importation et de la distribution des biens alimentaires et ce, depuis le démantèlement des monopoles publics à la faveur de la politique de privatisation imposée au pays par les institutions financières internationales au pays depuis la crise de la fin des années 80. Cette politique de dérégulation anarchique s’est aggravée au milieu des années 90 quand les seigneurs de la guerre ont profité d’une crise particulièrement sanglante pour dépecer le pays et se partager ses morceaux en toute impunité pendant que la majorité des Algériens cherchaient tout simplement à sauver leur peau…

Manne pétrolière et rivalités entre fractions bourgeoises

La flambée des prix du pétrole depuis 2006 allait constituer une aubaine pour de larges secteurs de la bourgeoisie compradore. Les autorisations d’importation allaient exploser en quantité et en valeur assurant un matelas financier propice à toutes les manœuvres économiques et politiques. Mais cette nouvelle donne n’est pas sans générer des tendances contradictoires. Si elle a bénéficié aux importateurs de biens et de services, l’augmentation de la manne pétrolière a aussi contribué à consolider des fractions de la bourgeoisie d’entreprise dans les secteurs du BTP et de l’industrie non sans alimenter au passage les circuits de la corruption au profit de la bourgeoisie bureaucratique qui détient les leviers de l’autorisation administrative des projets d’investissement.

Mais chose moins visible, l’augmentation de la manne pétrolière a fini par renforcer le statut des jeunes officiers appartenant à la génération de l’indépendance et formés dans des académies modernes tant en Algérie qu’à l’étranger et ce, à la faveur de la mise en œuvre d’un programme de professionnalisation et de modernisation de l’armée. Ces jeunes officiers, convaincus de leur rôle éminent dans le sauvetage de la république lors de la décennie rouge, regardent avec envie et mépris l’enrichissement des analphabètes de l’import-import et n’hésitent plus à pointer du doigt la corruption de certains de leurs supérieurs incompétents et leur alliance contre-nature avec les barons de l’économie informelle. De ce fait, ils joignent ainsi leurs voix à celles des secteurs de la bourgeoisie technocratique et industrielle et des classes moyennes qui se verraient mieux loties dans un système fondé sur l’intelligence et le travail.

La réussite d’un capitaine d’industrie comme Issad Rebrab, même s’il n’aurait sans doute jamais atteint une telle réussite sans le coup de pouce de quelques généraux amis qui lui ont permis de bénéficier d’un prêt avantageux de la Banque mondiale au milieu des années 90, est regardée comme un modèle à suivre : on peut réussir et faire fortune en produisant localement, en créant de la valeur et de l’emploi et en comptant sur la matière grise algérienne. Une bourgeoisie nationale basée sur l’industrie ne serait plus aussi utopique que certains voudraient le présenter.. Si la dépendance à l’égard des multinationales n’est pas supprimée du jour au lendemain, du moins elle pourrait être atténuée et limitée à certaines matières premières ou à certaines technologies difficiles à maîtriser à court terme. Même s’il ne faut pas oublier les enjeux économiques et de pouvoir qui se cachent derrière ces luttes entre fractions bourgeoises rivales, il est important de les situer par rapport à l’enjeu capital qui reste celui du mode d’insertion dans l’économie internationale. Vues sous l’angle de la mondialisation, ces luttes acquièrent une importance considérable dans la mesure où de l’issue de ces dernières dépend en grande partie la nature des rapports que le pays pourrait avoir avec le système mondial. C’est pourquoi, l’issue de ces luttes ne saurait laisser indifférent le mouvement social.

Le populisme au secours de la bourgeoisie compradore

Les émeutes sociales qui ont éclaté ces derniers jours en Algérie s’inscrivent dans ce contexte particulièrement complexe. Les tentatives maladroites du gouvernement d’assainir les circuits commerciaux de distribution, si elles ne pouvaient que satisfaire les secteurs de la bourgeoisie nationale, n’allaient pas laisser les barons de la bourgeoisie compradore les bras croisés. Seuls les imbéciles qui gouvernent actuellement l’Algérie pouvaient croire que cette réforme allait passer naturellement.

A moins que la grossière maladresse du gouvernement n’ait finalement été qu’une manœuvre souterraine pour donner le signal d’alarme aux alliés économiques et matrimoniaux qui contrôlent le commerce de gros. De quoi s’agit-il exactement ? Le gouvernement a pris une mesure draconienne en vue d’assainir le commerce de gros : plus d’opérations commerciales sans documents officiels (registre de commerce) et plus d’opérations commerciales supérieures à 500 000 DA ( 5000 euro) en cash. Pour ce genre d’opérations, seuls les chèques seront désormais autorisés à partir de mars 2011. Comment ont réagi les barons du commerce de gros ? Avant même l’entrée en vigueur de la mesure gouvernementale, ils ont inclus la TVA et une autre taxe locale (au total 20%) sur leur prix de vente aux commerçants. Si on ajoute à cela les manœuvres de rétention des biens de première nécessité comme la farine, on comprend aisément la flambée des prix et les émeutes qui s’en ont suivi.

Soucieux de sauvegarder la paix sociale à tout prix (même au prix de la compromission de l’avenir de la société à moyen terme) le gouvernement algérien a reculé et a décidé de suspendre les mesures en question. Ferme et intraitable quand il s’agit de réprimer les manifestations pacifiques des travailleurs de l’industrie, de la santé et de l’éducation, le gouvernement n’a pas trouvé mieux que de capituler devant une bourgeoisie parasitaire formée pour partie de délinquants économiques qui refusent d’opérer avec des factures, de payer la TVA et les impôts. Comment assurer les services à la collectivité sans impôts ? C’est une question qui ne traverse même pas l’esprit de cette bourgeoisie vorace et archaïque.

Mais le plus grave, c’est que cette bourgeoisie continue d’avoir des relais d’influence au sein de l’Etat et de la société. Hier, elle a pu exiger et avoir la tête du principal représentant de la bourgeoisie nationale, l’ancien ministre de l’économie et des finances, le professeur Abdelatif Benachenhou. Ce dernier était partisan d’un programme de régulation des dépenses publiques à des fins de développement industriel et technologique pour barrer la route aux fractions de la bourgeoisie compradore et à leurs alliés au sein de l’Etat décidés à se jeter sur la manne pétrolière comme des affamés. Pire, en l’absence d’un véritable mouvement social organisé et conscient de la complexité des enjeux de la mondialisation et de ses effets dévastateurs sur la société, cette bourgeoisie compradore en vient à profiter des émeutes sociales qu’elle a réussi à instrumentaliser dans une stratégie conservatrice puisque le gouvernement a fini par accepter un sordide deal avec elle : tu surseois à l’augmentation des prix et en contrepartie je surseois aux mesures régulatrices et je ferme les yeux sur ton commerce informel, ainsi tu continueras à accroître ta fortune clandestine et je continuerai à avoir la paix sociale…Le blanchiment de l’argent sale (drogue, terrorisme, corruption) a encore de beaux jours devant lui...

A travers ce deal qui ne dit pas son nom, la perpétuation de l’alliance de la bourgeoisie bureaucratique et de la bourgeoisie compradore au détriment du développement du pays et de la société risque malheureusement de durer encore quelques années, tant que le prix du baril de pétrole continue à assurer au gouvernement les recettes indispensables pour porter à bout de bras le corps d’un système économique et politique en putréfaction avancée…Ce sombre tableau est d’autant plus appelé à perdurer que le niveau lamentable des élites politiques algériennes, au pouvoir comme dans l’opposition, ne laisse entrevoir à court terme aucune perspective de sortie du cercle vicieux de l’autoritarisme et du populisme qui se nourrissent mutuellement pour briser tout élan de changement véritable.

Trop d’intérêts s’opposent aujourd’hui à la mise en œuvre d’un programme de réformes visant, non pas une utopique déconnexion par rapport au système mondial, mais seulement la redéfinition d’une nouvelle insertion dans la division internationale du travail, plus à la hauteur de l’histoire du pays et de ses potentialités naturelles et humaines et plus respectueuse de son environnement et de ses habitants.

L’empire américain veille au grain. S’il ne saurait tolérer des changements radicaux dans une région aussi sensible, il n’a pas non plus intérêt à y voir s’installer le chaos, du moins pas pour le moment. La manne pétrolière peut servir à assurer à court terme un semblant d’équilibre et de stabilité. Les luttes de fractions continueront parce qu’elles se nourrissent des tendances profondes qui structurent l’économie et la société algériennes. La classe moyenne qui vit de son effort et de son travail, et qui commence à peine à relever la tête après deux décennies de dérégulation, de précarisation et de violences, a tout intérêt à s’organiser pour prendre part à ces luttes si elle veut faire pencher la balance au profit du travail et de l’intelligence car c’est seulement à cette condition que le système basé sur l’économie rentière, la paresse et la corruption pourra être dépassé et avec lui toutes les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la cohésion de la société et l’indépendance du pays.

Source : Oumma.com

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Jan 2011 à 01:01
La révolte s'étend
 
 
Dans cette vidéo de Telesur on metionne des immolation par le feu en Algérie, Mauritanie et Egypte, ainsi que des manifestations en Jordanie et à Ndjaména (pas sur d'avoir bien compris pour Ndjaména).
 


Un coup de tonnerre dans le monde arabe

L’onde de choc provoquée 
par la chute 
de Ben Ali dans les pays voisins 
du Maghreb et 
au-delà préoccupe les dirigeants arabes, 
qui craignent 
le même sort.

Alger, envoyé spécial. Stupeur et effroi. Les régimes arabes se murent dans un silence qui en dit long. Ils appréhendent la contagion tunisienne. Dans la précipitation, la Libye, la Mauritanie, la Jordanie ont cru trouver la parade en décidant une baisse des prix des produits de première nécessité. Les images d’un président autocrate, quittant précipitamment son pays, celles de ses proches abandonnant leurs superbes demeures et leurs biens mal acquis, tentant de trouver un vol vers l’étranger pour ne pas subir la vindicte populaire sont dans tous les esprits des peuples des pays arabes. «Zinochet s’est cassé, la France l’a abandonné», entend-on dans les rues d’Alger. Facebook et Twitter sont mis à contribution par les internautes des pays maghrébins, d’Égypte, de Jordanie appelant à suivre l’exemple tunisien.

Cette révolution non violente, la première du genre dans le monde arabe, est commentée, décryptée, analysée par la presse et les médias arabes. «L’écho de cet événement, sans précédent dans le monde arabe, se fera entendre sans aucun doute dans plus d’un pays de la région», écrit le quotidien libanais Ennahar de samedi. «Nous sommes tous des Tunisiens» répond de son côté le quotidien arabophone algérien el Khabar de dimanche (plus de 500 000 exemplaires), pour qui «c’est la première fois qu’un peuple arabe et musulman se débarrasse pacifiquement d’une dictature (…) et que c’est la première fois dans l’histoire du monde arabe qu’un chef d’État fuit précipitamment son pays».

À Alger, théâtre de violentes émeutes sociales la semaine passée, un rassemblement, le deuxième en une semaine, a été dispersé samedi, place de la Liberté-de-la-Presse (!), par la police. Les partis démocrates montent au créneau. Une marche est prévue samedi prochain. Au Caire, des manifestants ont scandé : «Révolution en Tunisie, demain en Égypte !» La Jordanie est le théâtre depuis quelques jours de plusieurs manifestations. Au Maroc, où la répression brutale des manifestations de Khourigba, à la suite du licenciement, en février 2010, de 850 salariés de l’Office chérifien des phosphates, est encore dans les mémoires, la situation socio-économique est aussi préoccupante qu’en Algérie et en Tunisie. Le palais a d’ailleurs interdit une manifestation de solidarité avec la Tunisie.

Une chose est sûre, les dirigeants arabes sont préoccupés depuis la chute de leur «frère» tunisien. Bachar el-Assad, qui succède à son père en Syrie, Gamal Moubarak, fils de son père, pressenti pour diriger l’Égypte, Seif el-Islam, idem, en Libye, Saïd Bouteflika, frère de l’actuel président, nourrissant de semblables ambitions en Algérie… Dans ces pays où la succession dynastique tient lieu d’alternance politique, la rue gronde et tourne son regard vers la Tunisie.

Hassane Zerrouky



Edité par T 34 - 24 Jan 2011 à 22:55
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Jan 2011 à 03:25

L’indignation tunisienne fait tache d’huile

Dans l’ensemble du monde arabe, des manifestations s’organisent. En Égypte, Algérie et Mauritanie, des 
citoyens désespérés choisissent de s’immoler par le feu. Et certains régimes, comme pris d’anxiété, se barricadent.

Il avait cinquante ans. Il était restaurateur. Abdo Abdelmoneim s’est immolé par le feu hier, devant l’Assemblée du peuple, dans la capitale égyptienne du Caire. Il a été hospitalisé. L’homme aurait eu des problèmes d’approvisionnement pour son négoce. À Nouakchott, en Mauritanie, c’est un homme de quarante-trois ans qui a tenté de se faire brûler dans son véhicule. En Algérie, rien qu’au cours de cette fin de semaine, quatre personnes ont tenté de mettre fin à leurs jours, toujours par immolation. Ces gestes ne sont pas sans rappeler celui du Tunisien Mohamed Bouazizi, vingt-six ans, qui s’était suicidé par le feu le 17 décembre 2010. Cet acte avait lancé un mois d’émeutes, amenant au départ, vendredi, du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali.

Outre ces actions individuelles, les mouvements collectifs se multiplient dans les pays arabes. Hier, 200 Omanais ont défilé à Mascate derrière des banderoles telles que «Non à la corruption», ou «La montée des prix détruit les rêves des simples citoyens». La question de l’inflation est extrêmement sensible. En décembre, les prix alimentaires étaient en augmentation pour le sixième mois consécutif, selon l’Organisation pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) de l’ONU. Cette situation se fait déjà sentir dans la vie quotidienne. Outre la question démocratique, celle des prix a été l’un des moteurs de la mobilisation tunisienne et des émeutes dans l’Algérie voisine.

Au Soudan, qui va devoir faire face à la défection du sud du pays à la suite du référendum de ce mois-ci, les prix augmentent, participant au mécontentement populaire. Certains produits comme le sucre et le pain voient leurs tarifs croître de 15 et 20% depuis décembre. Au point que l’opposition réclame des comptes : la démission du ministre des Finances, voire la formation d’un «gouvernement de transition». La semaine dernière, dans la capitale et à Gezira, il y a eu des heurts entre la police et les étudiants, qui manifestaient contre la hausse des prix.

Apeurés par le risque d’une contagion, certains régimes ont commencé à lâcher du lest. La Syrie a augmenté son aide au chauffage de 72%. Cette mesure toucherait 2 millions de personnes dans ce pays de 22 millions d’habitants. En Jordanie, le gouvernement, qui fait face à une inflation de 6,1% sur un an, a annoncé un train de mesures de plus de 200 millions de dollars pour contenir la montée des prix. Cela n’a nullement empêché un sit-in d’un millier de syndicalistes et de membres de l’opposition devant le Parlement à Amman.

Les régimes, eux, se barricadent. Les mesures de sécurité ont été renforcées devant le palais présidentiel à Amman. Car c’est bien la nature des régimes qui est en question. Un millier d’étudiants ont défilé au Yémen en scandant «Tunis de la liberté, Sanaa te salue». Ils manifestaient contre le projet de révision constitutionnelle ouvrant la voie à la présidence à vie pour le chef d’État. En Égypte, le pouvoir de Moubarak fait mine de s’attendrir, en étendant au-delà de 2011 l’autorisation aux petits partis de se présenter à la présidentielle. «Un bricolage constitutionnel», selon le magistrat Mohamed Khudairy. Combien de temps les régimes arabes sauront-ils maintenir leur cocktail 
d’illusions et de répression ?

Gaël De Santis



Edité par T 34 - 20 Jan 2011 à 20:48
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 Jan 2011 à 20:32

Solidarité des communistes algériens avec le combat des travailleurs et du peuple tunisiens pour la démocratie et la justice sociale

Flag-Pins-Tunisia-Algeria 

Solidarité des communistes algériens avec le combat des travailleurs et du peuple tunisiens pour la démocratie et la justice sociale

Article paru sur le site d'Alger Républicain (http://www.alger-republicain.com/) repris par le site http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Les communistes algériens saluent la victoire de l’intifadha du peuple tunisien. La dictature de la clique de Ben Ali est tombée. Les manifestations des jeunes et des travailleurs ont eu raison de la tyrannie malgré une féroce répression.


Cette intifadha a aiguisé les contradictions apparues au sein de la bourgeoisie tunisienne sur la façon de gouverner pour préserver ses intérêts de classe, face à la propension de certains de ses clans les plus corrompus à monopoliser le pouvoir, face aussi aux répercussions de la grave crise internationale du capitalisme.

Le peuple tunisien, les travailleurs et toutes les catégories sociales exploitées et marginalisées par un capitalisme dépendant de l’impérialisme sont maintenant appelés à développer encore plus leur mobilisation pour empêcher que la fuite de Ben Ali ne se transforme en simple révolution de palais et ne soit confisquée par la bourgeoisie et ses éléments les plus réactionnaires et les plus rusés, sous quelque bannière politique ou idéologique que ce soit. Il faut déjouer les calculs des diverses fractions des bourgeoisies maghrébines qui, sous la poussée populaire, se débarrassent de leurs hommes devenus impopulaires pour sauver leur système d’exploitation et de domination. Elles sont conseillées, encouragées et poussées dans ce sens par les puissances impérialistes désirant sauver avant tout leurs intérêts dans cette région.

En Tunisie, comme en Algérie, comme au Maroc, comme dans tous les autres pays, les peuples subissent de plein fouet les conséquences de la crise mondiale du capitalisme et les effets des politiques mises en œuvre par les oligarchies financières pour faire payer la facture du sauvetage des gros banquiers par les travailleurs et toutes les catégories sociales exploitées.

Il n’y aura pas de démocratie véritable, au profit des travailleurs et des couches populaires, sans une lutte conséquente contre le capitalisme, les féodalités et les monarchies, contre toutes les dictatures qui se camouflent sous l’enseigne républicaine pour servir les nantis et les multinationales.

La lutte du peuple tunisien a été suivie de façon assidue et avec espoir par les travailleurs et le peuple algériens qui mènent de leur côté depuis plus de 20 ans un combat pour sortir de la démocratie de façade et instaurer un Etat de démocratie populaire de progrès. Elle va stimuler leurs luttes.

Vive la solidarité des travailleurs du Maghreb dans la lutte contre le despotisme, l’arbitraire et l’exploitation.

Renforçons la solidarité des prolétaires et des peuples dominés par l’impérialisme en menant un combat conséquent dans nos propres pays contre les exploiteurs et les oppresseurs !

Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme


15 janvier 2011

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 21 Jan 2011 à 00:58

Le Printemps de la démocratie arabe

 


Abdul Ilah Albayaty, Hana Al Bayati, Ian Douglas

 

Le soulèvement tunisien n'est que le résultat naturel de l'échec du modèle de la mondialisation et de l'impasse qui affectent le monde entier. En effet, dès que l'économie s'ouvre aux capitaux étrangers et qu'on livre l'économie locale et les services aux forces du marché, le rôle de l'Etat est automatiquement diminué et se limite à protéger le modèle lui-même. En conséquence, que ce soit en Tunisie ou ailleurs dans le monde en développement, cela conduit à une contradiction entre les intérêts du peuple et la classe créée pour protéger les capitaux étrangers.

 

Dans les pays arabes, le modèle de la mondialisation a consisté à abandonner le caractère arabo-musulman de l'Etat, chargé de réaliser le bien-être de sa société. Il a entraîné l'annulation de la notion d'Etat national qui a émergé après la Seconde Guerre mondiale et du mouvement pour l'indépendance dont la légitimité reposait sur la notion de progrès et de bien-être de ses citoyens. Il a également entraîné l'annulation des aspirations socialistes du peuple basées sur leur désir d'un État-providence et la fourniture de services publics.

Le modèle de mondialisation mis en œuvre dans le Tiers Monde, parfois par la force, comme en Irak, ou par la pression économique, comme en Egypte ou en Indonésie, ou par son adoption dans les pays riches, comme les pays producteurs de pétrole, a conduit partout à l'émergence d'
une classe compradore, soumise ou volontairement participante à l'intégration des économies nationales dans l'économie mondiale, conduisant à un état dont le seul rôle est de policer et protéger des régimes compradores et le statu quo pour les seuls intérêts du capitalisme étranger et local. En parallèle, partout, y compris dans les économies développées, ce modèle sert à enrichir les riches, appauvrir la classe moyenne, marginaliser et aliéner les pauvres.

En Tunisie même, l'illusion selon laquelle ce modèle paraissait très bien fonctionner était due au caractère autoritaire du régime au pouvoir dans le pays depuis son indépendance. Toutefois, le résultat, comme ailleurs, était un peuple pauvre et marginalisé économiquement et politiquement et un Etat policier gouverné par une classe dirigeante qui s'enrichissait, insouciante du bien-être de la population locale et réprimant sévèrement toute dissidence au nom des forces du marché. Mais dans notre ère moderne, la société n'est pas une organisation que l'on peut indéfiniment réprimer ni une idéologie que l'on peut interdire, mais une créature vivante qui ne peut être contrôlée que par elle-même.

Si dans le passé les classes instruites avaient le choix de migrer vers d'autres pays et participer à leur développement, la crise économique mondiale et la stagnation des économies occidentales et des pays alliés ont limité cette possibilité. Le résultat de cette situation est une armée de jeunes chômeurs instruits et techniquement qualifiés dans les pays en développement. Normalement, ils sont les bâtisseurs de l'économie nationale, les gardiens du bien-être de leurs communautés et aspirent à leur propre épanouissement. La situation politique et économique actuelle dans tous les pays arabes pousse ces jeunes, lesquels pensent profondément qu'ils ont le droit de vivre comme n'importe qui dans une situation similaire dans le monde, à la révolte et parfois au désespoir.

Après 1973, en s'appuyant sur leur victoire, les gouvernements arabes ont cru pouvoir s'ouvrir à l'Occident et que ce processus apporterait la paix et la prospérité. La libéralisation économique de Sadate et l'accueil des entreprises américaines et occidentales pour l'investissement ont marqué la fin de l'Etat providence dans le monde arabe. Depuis lors, le rêve de l'auto-développement a été abandonné et remplacé par l'ouverture des marchés de tous les pays arabes à des degrés divers à des intérêts étrangers, Cette politique de libéralisation est devenue une condition pour recevoir la bénédiction américaine, d'abord avec le Reaganisme et le Thatchérisme, puis par les négociations commerciales mondiales et les politiques de la Banque mondiale d'ajustement structurel.

Comme l'Iraq a refusé, dans une certaine mesure, l ‘intégration dans l'économie mondiale néolibérale, il a été obligé, par la conquête et la force et par les lois Bremer, de privatiser son industrie pétrolière et d'assujettir l'avenir de l'Irak aux sociétés étrangères. Afin d'ouvrir l'économie irakienne et enlever tout obstacle devant les forces extérieures qu'elles soient économiques, politiques, culturelles ou militaires, l'occupation recourt à la destruction physique de ses infrastructures et ressources humaines détruisant ainsi la capacité de l'Irak à l'auto-développement. Comme l'expérience irakienne l'a démontré, les capitaux étrangers ne visent pas un véritable développement de l'économie, mais plutôt la destruction de toutes capacités existantes pour les processus d'auto développement. Dans la phase financière du capitalisme et de l'impérialisme dirigé par les États-Unis, le Tiers-Monde est le dernier à profiter des progrès du monde et le premier à payer pour les crises capitalistes. Même les institutions financières de Dubaï qui étaient présentées comme exemplaires du point de vue de ces politiques, ont été, face à la crise financière, menacées de faillite si d'autres Emiratis n'étaient pas venus à leur secours.

 

 


Toutes les illusions de progrès qui ont animé les générations précédentes depuis 1973 - comme le socialisme, l'unité et la Renaissance arabe , la Pax Americana en Palestine et l'intégration des modèles occidentaux, ou l'islam comme la solution - ont maintenant prouvé qu'elles sont infructueuses et irréalisables, en dépit de la lutte déterminée de courants politiques arabes pour ces idéaux. Le modèle socialiste s'est effondré et a été mis au placard ; l'unité arabe n'est plus sur l'agenda des gouvernements ; l'Islam comme la solution a apporté seulement division et sectarisme comme en Irak, la Pax Americana en Palestine n'a pas arrêté Israël, pas plus que l'intégration et l'ouverture des marchés locaux à l'économie capitaliste n'ont pas apporté d'investissements ou de solutions pour les chômeurs et les pauvres. Cela n'a pas permis aux peuples, comme ils en ont le droit légitime, de participer librement aux affaires publiques de leurs pays, ni de bénéficier de la richesse de leurs terres et de l'économie nationale.

Bien que la jeunesse arabe, ne soit pas forcément opposée aux grands rêves des générations précédentes, encore défendus par différents courants politiques locaux, et bien que ces courants continuent à exercer leur influence, la jeunesse arabe, elle, veut le changement immédiat. La nouvelle génération est désillusionnée. En Tunisie, elle a pris son destin en mains et veut le changement maintenant, et un réel changement. En tant que peuple d’un pays arabe vivant dans un état en échange permanent avec son environnement méditerranéen, le peuple de la Tunisie s'est rendu compte que le modèle de la mondialisation est une simple usurpation. Aucune promesse de bien-être et de développement, de liberté ou de démocratie n'a été accomplie ; le système se résume en l'oppression, la corruption généralisée et le vol : une classe compradore gouvernante, un état policier et la soumission du pays aux politiques impérialistes et à leurs intérêts.

L'effondrement de Ben Ali et son gouvernement n'est pas seulement l'effondrement d'un régime autoritaire, mais plutôt celui du modèle de la mondialisation du capitalisme et de l'impérialisme financiers pour les pays du Tiers-Monde. La situation dans d'autres pays arabes, y compris les Etats producteurs de pétrole, ne diffère pas en dernière analyse. Peut-être que la situation est influencée par les ingrédients économiques, géographiques et démographiques locaux de tel ou tel pays, mais tous savent que l'intégration dans la mondialisation néolibérale n'a pas et n’apportera ni progrès ni développement mais plutôt l'enrichissement des uns et l'appauvrissement de la majorité ainsi que l'abandon de l'intérêt national à l'intérêt du capitalisme mondial.

Nous sommes certains que tous les régimes arabes, qui partagent la même situation mais avec des ingrédients différents, sont désormais ébranlés parce que la même situation produit les mêmes résultats. Nous sommes également certains que tous les régimes arabes, tous les impérialistes, tous les révolutionnaires sont en train d'étudier les causes de la réussite de l'expérience tunisienne. Tous se demandent pourquoi les Tunisiens ont réussi à expulser leur gouvernement tandis que d'autres soulèvements similaires ont échoué. De notre point de vue, partout dans le monde arabe, il y a la même situation et le même désir de changement et de se débarrasser de ce modèle ; la seule différence est que la révolte tunisienne a été spontanée et non-idéologique. Ce n'était pas un conflit entre une organisation politique et une autre, mais un conflit déclenché par la conscience et la spontanéité de la jeunesse réalisant que le conflit se situe entre une classe dominante contre le peuple et le peuple contre cette classe dominante. C'est une révolte de la dignité, de la liberté, de la démocratie et du bien-être contre un modèle de développement en échec. Par expérience d'autres pays arriveront à la même situation.

En effet, le succès du phénomène tunisien réside dans son unité. Des révoltes similaires, comme le soulèvement de l'électricité en Irak l'été 2010, n'ont pas réussi à cause des divisions idéologiques au niveau politique principalement encouragées par des puissances étrangères pour détourner les Arabes de leurs véritables intérêts communs. Partout, la jeunesse arabe aspire à vivre dans la dignité, la liberté, la démocratie et le développement. Les conflits idéologiques, comme en Irak, masquent les véritables intérêts du peuple. Ces conflits idéologiques et confessionnels sont utilisés par les classes dirigeantes pour justifier leurs politiques et cacher leurs pratiques réelles. Mais tôt ou tard, la réalité des conflits entre les masses pauvres et les classes enrichies gouvernantes prévaudra.

Bien que tous les gouvernements arabes tremblent, et que les think tanks soient en train de donner des conseils à leurs gouvernements sur la façon d'étouffer les mouvements similaires dans leurs propres sociétés, le peuple arabe a déjà déclaré que la révolte tunisienne représente l'espoir ; il l'a salué comme exemple pour lui. Considérant le modèle commun et l'influence des pays européens les uns sur les autres, il n'est pas étonnant qu'il y ait eu des soulèvements successifs à travers l'Europe en 1848, ou en 1968. De la même façon, que peut-on attendre dans un monde arabe où tous pensent qu'ils appartiennent à la même nation et vivent dans les mêmes conditions ? Comment la Tunisie ne peut elle pas avoir d'influence sur les autres pays arabes, alors que tous ces pays appartiennent à une nation arabe originellement divisée par les forces coloniales en Etats séparés ?

Peut-être les forces adverses du peuple tunisien, de manière à sauvegarder leurs intérêts, vont tenter de contenir le mouvement par un changement de visages, mais la situation continuera à être explosive jusqu'à ce qu'il y ait une réconciliation entre l'intérêt du peuple et l'Etat dans lequel il vit. C'est ce qu'on appelle la démocratie et l'indépendance où le peuple et l'Etat sont maîtres de leur présent et de leur avenir.

Est-ce une nouvelle ère de renouveau pour le monde arabe ? Est-ce que ce soulèvement réussira à apporter un réel changement ? Est-ce que, enfin, les Arabes exerceront la démocratie réelle et la souveraineté ? Est-ce que d'autres régimes, qui partagent la même réalité, anticiperont leur fin et décideront de changer la structure de leurs Etats pacifiquement, ou vont-ils s'unir pour étouffer le phénomène tunisien et le dévier de ses objectifs ? L'avenir nous le dira, mais changer les personnes ne changera pas les racines de la révolte. Le renouvellement arabe a peut être commencé en Tunisie.


Abdul Ilah Albayaty est un analyste politique irakien. Hana Al Bayaty est un auteur et activiste politique. Ian Douglas est maître de conférences en politique. Tous sont membres du Comité exécutif du BRussells Tribunal.


Sophie Bessis « L’onde de choc sera très importante »

L’historienne Sophie Bessis analyse les facteurs politiques et économiques qui ont mené au soulèvement du peuple tunisien et ses conséquences pour les autres pays arabes.

Sophie Bessis a la double nationalité tunisienne et française. Elle est chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), secrétaire générale adjointe de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh)

 Comment analysez-vous le soulèvement du peuple tunisien ?

Sophie Bessis. La Tunisie était dans une fin de règne extrêmement délétère et une série de facteurs 
se sont conjugués pour la mener au soulèvement final. Il y avait un régime policier de plus en plus dur, dictatorial, brutal, un régime 
de privations où les exactions étaient de plus en plus importantes, 
où la famille régnante spoliait 
le pays… La population supportait cette situation tant que l’économie ne se portait pas trop mal, mais à partir du moment où la Tunisie a subi le contrecoup de la crise en Europe, tous les facteurs économiques, sociaux, politiques se sont conjugués pour que les Tunisiens expriment leur ras-le-bol général vis-à-vis du régime. Enfin, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase c’est la brutalité de la répression contre les émeutes sociales qui ont eu lieu dans l’intérieur du pays, dans la région 
la plus déshéritée.

 Beaucoup de manifestants, notamment de manifestantes, proclament leur attachement 
à la laïcité…

Sophie Bessis. Ce qui prime dans ce soulèvement c’est le caractère démocratique des revendications. Il n’y a eu aucun mode d’ordre religieux scandé par les manifestants. La population tunisienne aspire 
à la démocratie et à l’exercice de ses libertés fondamentales. Une partie des Tunisiens sont favorables à la sécularisation de l’État. Cette dimension est importante, surtout 
si on la compare à ce qui se passe dans les autres pays arabes.

 Comment appréciez-vous la place 
des femmes dans ce mouvement ?

Sophie Bessis. Ce mouvement est profondément mixte. Cela montre la modernité tunisienne. D’autant plus que l’on a vu très peu de femmes voilées. Les femmes ont souvent été les porte-flambeaux d’un certain nombre de revendications.

En tant qu’historienne, comment analysez-vous, de façon succincte, l’évolution de la situation politique 
en Tunisie depuis l’indépendance ?

Sophie Bessis. La Tunisie est un vieil État, elle a une vieille tradition étatique antérieure à la colonisation. Puis, elle a souvent été à l’avant-garde dans le monde arabe : elle 
a connu un mouvement réformiste, de penseurs de la modernité, créé avant la colonisation puisque 
la première Constitution tunisienne date de 1861, soit vingt ans avant l’instauration du protectorat français. Une première esquisse 
de monarchie constitutionnelle s’est constituée en Tunisie à cette époque. Donc, la Tunisie a une tradition politique, une tradition étatique, une tradition de modernité très importantes. À l’indépendance, 
il y a eu deux phénomènes contradictoires. Bourguiba était un homme politique visionnaire qui avait un projet de société moderniste, mais sa grande faille 
a été de ne pas y inclure 
la démocratie. Il a institué une tradition de modernité sociétale importante mais en même temps un archaïsme politique et une dictature. Le régime de Ben Ali est allé beaucoup plus loin que 
la dictature de Bourguiba dans 
la répression, mais c’est aussi l’enfant de Bourguiba. Cependant, la Tunisie avait déjà les élites les plus nombreuses et les mieux formées du Maghreb, puisque c’est un pays qui a misé énormément sur l’éducation : le peuple tunisien est alphabétisé, informé de l’actualité dans le reste du monde ; et de ce fait, malgré la chape de plomb commencée sous Bourguiba et perfectionnée 
à l’extrême sous Ben Ali, 
le peuple est arrivé à un niveau 
de développement scolaire, intellectuel, économique, social 
où il ne pouvait plus supporter cette répression.

 Quelles peuvent être les conséquences de cette révolution dans les pays de la région ?

Sophie Bessis. L’onde de choc sera très importante. Comme un manifestant qui brandissait sur sa pancarte 
le message «Yes We Can !», la Tunisie a montré au reste du monde arabe que l’on pouvait se soulever contre une dictature. Mais les situations et les contextes historiques ne sont pas les mêmes, d’autant que 
la plupart des régimes arabes sont soit des régimes militaires, soit des monarchies, alors que la Tunisie, même si Ben Ali était général à l’origine, est la première et quasiment la seule république civile du monde arabe. Cette révolution démocratique montre que dans 
le monde arabe il y a des aspirations immenses à la démocratie et que 
ces peuples en ont assez d’être gouvernés par des dictatures politiquement violentes et économiquement corrompues. 
Le scénario tunisien peut donc 
se répéter dans d’autres pays arabes mais pas de la même façon, chacun ayant ses spécificités.

Entretien réalisé par Anna Musso



Edité par T 34 - 21 Jan 2011 à 02:18
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Jan 2011 à 17:52

Une nouvelle vérité émerge du monde arabe

 

Robert FISK

Les Palestinian Papers (ie documents Wikileaks - NdT) sont aussi stupéfiants que la Déclaration de Balfour. L’ « Autorité » palestinienne – on se doit de mettre des guillemets – était prête, et l’est encore, à abandonner le « droit au retour » de peut-être sept millions de réfugiés vers ce qui est actuellement Israël en échange d’un « état » qui ne couvrirait plus que 10% (au mieux) du territoire Palestinien sous mandat britannique.

Au moment même de la publication de ces terribles documents, le peuple Égyptien demande le départ du Président Moubarak, et les Libanais sont en tain de désigner un Premier Ministre qui soutiendra le Hezbollah. Il se passe quelque chose d’exceptionnel dans le monde arabe.

En ce qui concerne les Palestinian Papers, il est clair que les représentants du peuple palestinien étaient prêts à briser tout espoir de retour pour les réfugiés.

Les Palestiniens sont scandalisés d’apprendre comment leurs représentants les ont trahis. A la lecture des ces documents, il est impossible pour les Palestiniens de croire encore en leurs droits. Ils ont vu noir sur blanc qu’ils ne reviendront pas.

Mais à travers le monde arabe – à distinguer du monde musulman – il y a désormais une nouvelle vérité qui émerge. Entre peuples du monde arabe il n’est plus possible de se raconter des mensonges. Les mensonges, c’est terminé. Les discours de leurs dirigeants - qui sont malheureusement les mêmes que ceux des nôtres - , c’est terminé. Et c’est nous qui leur avons raconté ces mensonges. Et il ne sera plus possible de les répéter.

En Égypte, nous aimons la démocratie. Nous avons encouragé le démocratie en Égypte – jusqu’à ce que les égyptiens décident de renverser la monarchie. Alors nous les avons mis en prison. Puis nous avons exigé encore plus de démocratie. C’est toujours la même histoire. Tout comme nous voulions la démocratie pour les Palestiniens à condition qu’ils votent pour les bons candidats, nous voulions aussi faire profiter de notre démocratie aux Égyptiens.

Maintenant, au Liban, il apparaît qu’une « démocratie » Libanaise va s’imposer. Et ça, nous n’aimons pas. Car évidemment, nous voulons que les Libanais votent pour ceux que nous aimons, les partisans sunnites de Rafiq Hariri dont l’assassinat – croyons nous – fut orchestré par les Syriens. Et maintenant nous avons à une flambée de violence dans les rues de Beyrouth contre le gouvernement.

Que se passe-t-il ? Se pourrait-il que le monde Arabe décide de se choisir lui-même ses dirigeants ? Se pourrait-il que nous assistions à l’émergence d’un monde arabe qui ne serait plus contrôlé par l’Occident ? Lorsque la Tunisie a annoncé sa libération, Mme Hillary Clinton est restée silencieuse. C’est le Président fêlé de l’Iran qui exprimé sa joie de voir un pays se libérer. Pourquoi ?

En Égypte, l’avenir de Hosni Moubarak paraît encore plus compromis. Son fils pourrait être son successeur désigné. Mais il n’ y a qu’un seul Califat dans le monde musulman, et il est en Syrie. Et les Égyptiens n’en veulent pas du fils de Hosni. C’est un homme d’affaires médiocre qui n’est pas convaincant pour sauver l’Égypte de sa propre corruption. Le chef de la sécurité de Hosni, un certain Suleiman, qui est très malade, n’est peut-être pas non plus l’homme qu’il faut.

Et pendant ce temps, à travers tout le Moyen orient arabe, nous attendons la chute des alliés de l’Amérique. En Égypte, M. Moubarak doit déjà être en train de se chercher une destination vers où s’envoler. Au Liban, les amis de l’Amérique s’effondrent.

C’est la fin des « Démocrates » du moyen-orient arabe. Nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait. Seule l’histoire nous le dira.

Robert Fisk

http://www.independent.co.uk/opinio...

traduction par VD avec probablement les fautes et coquilles habituelles




Edité par T 34 - 28 Jan 2011 à 22:42
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Jan 2011 à 00:54

عاشت الثورة المجيدة التحرر الوطني العربية

Vive la glorieuse Révolution arabe de libération nationale !

Les masses populaires tunisiennes dirigées par le Front 14 Janvier ont délogés plusieurs ministres pro impérialiste du gouvernement. La lutte continue.
 
 Les masses populaires égyptiennes en lutte dans 15 viles contre la tyranie pro impérialiste de Moubarak.

 
Les masses yéménites luttent contre la dictature de Saleh avec le drapeau de la disparue République Populaire Démocratique du Yémen, unique état arabe inspiré par le Marxisme Léninisme.
 
 Les force anti-impérialistes libanaises ont apuyées la nomination de Najib Mikati comme nouveau premier ministre du pays.
 
Lutte des masse jordaniennes contre la dictature pro-impérialiste du roi Abdallah.

 
Trois faction de la Résistance nationale irakienne revendique trois opérations contre les forces étasuniennes d'occupation. Voir les détails : http://www.heyetnet.org/eng/iraqi-resistance/5815-three-operations-of-three-factions.html 
 
 


Edité par T 34 - 29 Jan 2011 à 18:40
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Jan 2011 à 18:51

Tunisie, Égypte, Yémen … quand la peur change de camp.

La Révolution de Jasmins contre les autocraties

par Eduardo Febbro

Toutes les versions de cet article : [Español]

Pour Naïr, dans les manifestations confluent les classes moyennes, les jeunes et les secteurs les plus pauvres de ces sociétés.

La soi-disant Révolution de Jasmins qui a éclaté en Tunisie il y a quelques semaines a pris comme une traînée de poudre dans plusieurs pays arabes, et non des moindres. Le Yémen et surtout l’Égypte vivent aujourd’hui des révoltes qui ont des accents révolutionnaires. Il s’agit d’un phénomène d’autant plus unique que le discours occidental a toujours traité les pays arabes comme incapables d’assumer collectivement un destin démocratique. La Tunisie, l’Algérie, la Mauritanie, le Yémen et l’Égypte démentent non seulement ces arguments, mais font trembler depuis la racine les dictatures qui gouvernent depuis des décennies avec une main en fer et des privilèges exorbitants. Plusieurs analystes assurent aujourd’hui qu’il ne s’agit déjà plus de savoir quel régime tombera en premier mais lequel se sauvera de cette vague d’aspirations démocratiques dont les protagonistes sont les classes moyennes, les secteurs les moins favorisés et les jeunes qui se rassemblent à travers Internet et les réseaux sociaux.

Ce qu’a le monde de plus moderne fait irruption comme instrument de communication et de protestation contre des pleins pouvoirs d’un autre âge. Les manifestations révèlent aussi la rupture sans remède entre de très vieilles autocraties, appuyées historiquement par l’Occident, et la légitimité populaire. Le sociologue et philosophe Sami Naïr, professeur de sciences politiques à l’Université de Paris VIII, président de l’Institut l Maghreb-Europe de la même Université, analyse dans cet entretien l’originalité et les ressorts de cette Révolution Arabe. Auteur d’essais et de brillantes analyses sur la politique internationale, Naïr signale comme premier ressort de la révolte, le fait central que la peur a changé de camp. C’est le pouvoir qui affronte aujourd’hui un peuple qui a perdu la peur.

La Révolution de Jasmins s’est concrétisée en Tunisie avec l’immolation d’un jeune homme et ensuite s’est étendue à d’autres pays. Maintenant, la révolte arrive en Égypte et au Yémen. Vous disiez dans une analyse que, comme cela s’est passé en Amérique Latine d’abord, et ensuite dans les pays de l’Europe de l’Est, une certaine partie du monde arabe s’éveille à l’histoire.

J’ai toujours pensé que, tout au moins durant le XXe siècle, le laboratoire des peuples a été l’Amérique Latine. La Révolution Russe ne peut pas se comprendre sans la Révolution Mexicaine. Les Latinoaméricains ont inventé toutes les formes possibles et imaginables de lutte. En Amérique Latine on a expérimenté les groupes de guérilleros, les luttes politiques, le despotisme, les dictatures. À partir des années 80 et 90, dans presque tous les pays de l’Amérique Latine les dictatures sont tombées. Ce mouvement antidictatorial s’est développé dans d’autres lieux du monde, par exemple dans les pays de l’Europe de l’Est avec la chute du Mur de Berlin. Maintenant, ce mouvement de fond qui s’est initié en Amérique Latine frappe tous les pays de la rive arabe de la Méditerranée, et même plus loin, jusqu’à la péninsule arabique, par exemple au Yémen.

Le problème est que, contrairement à ce qui est arrivé en Amérique Latine, le mouvement qui a éclaté dans ces pays arabes n’a pas de direction, ni d’organisation, ni de programme. C’est un mouvement totalement spontané qui se compose de deux caractéristiques fondamentales : en premier lieu, il s’agit d’un mouvement qui détruit certainement l’idée que ces sociétés sont condamnées à vivre avec le danger extrémiste, le danger fondamentaliste d’un côté et, de l’autre, avec la dictature comme une garantie supposée nécessaire contre ce danger fondamentaliste. Maintenant il est démontré que le problème est beaucoup plus complexe et que ces pays ne veulent pas expérimenter l’islamisme ni l’intégrisme mais, fondamentalement, ils désirent la démocratie. Le deuxième élément important, et qui peut rappeler ce qui est arrivé en Amérique Latine, consiste en ce qu’il s’agit d’une alliance circonstancielle entre les couches les plus pauvres, les plus humbles, sans vraie insertion sociale, et les classes moyennes appauvries durant ces dernières années. Au cours de la dernière décennie tous ces pays ont subi un appauvrissement très important des classes moyennes et maintenant il y a une fusion entre ces couches moyennes et le fond populaire, les classes pauvres totalement exclues du processus d’intégration dans la société.

Si ces révoltes arrivent jusqu’au bout dans ces autocraties arabes, nous vivrions une authentique révolution mondiale, un tournant décisif dans l’histoire de notre conception des systèmes politiques mondiaux. On a toujours cru que les pays arabes étaient incapables d’assumer une forme de démocratie populaire et participative.

Cela correspond à un discours très dédaigneux construit par les pays occidentaux, par le capitalisme international dont le siège est l’OCDE (l’Organisation de Coopération et de Développement Économique), les États-Unis et la Commission Européenne. Ces acteurs veulent que dans les pays arabes il y ait une stabilité et pour cela, ils ont besoin de régimes forts, dictatoriaux, parce que deux choses leur importent : en premier lieu que ces gens n’émigrent pas et, en un second lieu, que les sources des ressources pétrolières soient garanties. C’est pourquoi, ils ont développé ce discours en syntonie totale avec des dictateurs, qui ont toujours répété « nos peuples manquent de maturité politique et culturelle et, par conséquent, ils ne peuvent pas accéder à la démocratie ». Nous savons que tout cela est faux, que les aspirations démocratiques sont très fortes dans cette région du monde. Je crois que ce qui arrive là le démontre d’une manière très claire. Chaque situation est spécifique. On ne peut pas mélanger ce qui s’est passé en Tunisie, un pays qui a une tradition laïque et des élites cultivées et formées, très fortes, avec des couches sociales de forte cohésion, avec la situation au Yémen, où règne un système tribal basé sur la domination despotique d’un clan. L’unique similitude est le degré de domination et la forme de contrôle, s’appuyant sur police ou l’armée.

L’explosion sociale en Égypte a des nuances inédites. En Égypte, l’armée occupe un rôle central, où le président, Hosni Moubarak, lui appartient et où celui qui est appelé à le remplacer, soit son fils, Gamal Moubarak, est un libéral qui n’est pas bien vu par les forces armées.

Le cas égyptien est très particulier, en premier lieu parce que l’Égypte est un vieil État de droit, probablement l’État de droit le plus ancien du monde. L’État de droit moderne a été constitué par Mohamed Ali entre la fin du XVIIIe siècle et les débuts du XIXe, soit, avant que nous, en Europe, nous ne sachions ce que c’était. Mais cet État a été cassé par les Anglais au XIXe siècle. En tout cas, le fils de Moubarak, Gamal, ne représente pas la démocratie. Gamal Moubarak est l’élément clef de la nomenklatura qui domine le pays dans son profil le plus libéral. La question du libéralisme ne peut pas être uniquement conçue comme le libéralisme économique, sauf s’il s’agit de comparer l’Égypte à la Chine. En Chine nous avons le despotisme politique néo communiste et le libéralisme sauvage qui incarne en réalité la domination d’une élite bureaucratique. En Égypte c’est différent. Il est impossible que l’on puisse organiser un système libéral sans démocratisation de la société. Il est indispensable d’éviter que l’Égypte se transforme en république héréditaire où le père dictateur nomme son fils futur dictateur libéral. Les gens cherchent autre chose. Les gens veulent la démocratisation de la société pour que la société civile puisse choisir avec un débat démocratique transparent. Le fils de Moubarak est encore comme son père. Les gens ne le veulent pas parce qu’il y a déjà l’exemple de la Syrie, où le fils a remplacé le père et a fini par instaurer un système plus ou moins libéral mais avec la même dictature.

Vous remarquez que ce qui a commencé à arriver en Tunisie et ensuite s’est étendu à d’autres pays, c’est que la peur a changé de champ. La peur a pris fin.

Cela fut très important dans ce processus. J’étais en Tunisie quand tout cela a commencé et j’ai vu comment la peur changeait de champ. La révolte tunisienne a éclaté dans la localité de Sidi Bouzid avec l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi. À partir de là, tout a été bousculé. Jusqu’à ce moment, le régime tunisien était basé sur la crainte. Mais l’immolation de Mohamed Bouazizi, a retourné la situation, surtout par l’attitude du président d’alors, Ben Alí, qui est allé voir la famille de la victime. Les gens se sont rendu compte là, que celui qui avait peur, c’était le pouvoir. La même chose arrive en Égypte. Le plus important dans ces révoltes est la victoire de l’imaginaire qui signifie qu’ils ont transformé la relation avec le pouvoir : maintenant ce sont les dictateurs qui doivent craindre leurs peuples. Cela ne signifie pas que demain nous allons avoir une révolution partout, non. Le mouvement peut avancer, il va reculer, nous ne savons pas ce qui va arriver. Mais ce que nous savons, et cela a été intégré par la population, c’est que les pleins pouvoirs peuvent se changer quand les peuples désirent changer leurs conditions de vie et osent affronter un pouvoir pour choisir leur propre destin. C’est pourquoi je pense que nous sommes devant une vague qui va se répandre. Nous sommes dans la même histoire que les peuples de l’Amérique Latine ont initiée dans les années 80. Ensuite, les peuples de l’Europe de l’Est ont suivi dans les années 90 et maintenant arrivent ces peuples. Nous ne pouvons pas cacher que ce qui arrive est aussi une conséquence de la globalisation. La globalisation est socialement mauvaise mais il a quelque chose de bon qui est la globalisation des valeurs démocratiques dans les sociétés civiles.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

Página 12 . Paris, le 28 janvier 2011.

El Correo. Paris, le 28 janvier 2011.

Eduardo Febbro

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 29 Jan 2011 à 18:51

Tunisie : L’Idéologie du “Choc des Civilisations” en échec…

 

Georges STANECHY

« Ils ont les montres, nous avons le Temps. »

Devise de la Résistance Afghane

L’Inquisition au XXI° siècle

« Il fallait bien empêcher les barbus d’arriver au pouvoir. La “realpoltik”, que voulez-vous… »

Je regardais François Baroin à la TV, ministre du Budget et porte-parole du gouvernement français. Déversant, à propos de la Tunisie et des Droits de l’Homme, sa brouette de clichés comme autant de galets polis par l’usure du temps, justifiant le soutien inconditionnel de la France, et des pays occidentaux, à ce qui était une des dictatures parmi les plus féroces et corrompues de la planète.

“Homme politique” de l’année paraît-il, dans je ne sais plus quel magazine “pipole” ou “pipelette”. Bernadette Chirac, présente à l’émission, lui voit même un destin de président de la république. Oui, bien sous tous rapports, très représentatif de la caste au pouvoir. Parfaitement à l’aise, sous couvert du réalisme politique, admettant l’ignoble, l’abjection : l’arbitraire, la torture, la négation de la dignité humaine…

Pathétique contraste entre cet homme bien repassé, brushing savamment architecturé, propre sur lui, style Harry Potter, pour reprendre les termes de l’animateur de cette émission de divertissement, et la photo d’une des victimes de la dictature que j’avais sous les yeux, Adem Boukadida, sortant du terrible centre de tortures de Mornghouia, dans la banlieue de Tunis. (1)

Hébété, tétanisé encore, par l’horreur vécue. Marchant, respirant difficilement. Il a eu les jambes brisées, le sternum défoncé, les mains écrasées, entre autres violences et tortures subies. Il ne peut plus écrire. Il a 30 ans.

Il vivait avec une distribution de pain, 2 fois par jour dans une cellule où étaient entassées 60 personnes. Comme toilettes : un trou au milieu du local. Du fait de ses jambes brisées, il ne pouvait pas s’accroupir et demandait, en vain, qu’on soigne ses blessures et qu’on lui accorde des toilettes décentes.

Le sadisme, l’humiliation, dans leur rayonnement mortifère.

Bouazizi-Tombstone-Tunisia-Jan-2011.jpg

Hommage à Mohamed Bouazizi

Son crime ?...

Il avait fait des études à l’université d’Al-Azhar au Caire. Un homme tranquille, croyant et pratiquant, ne militant dans aucun parti, ni mouvement. N’ayant pas trouvé d’emploi malgré ses diplômes, il tenait une modeste boutique de tissus. Partageant son temps entre sa famille, son commerce et la mosquée pour y prier. Pour le régime, c’était un faisceau de preuves suffisant pour cataloguer Adem Boukadida comme “terroriste islamiste”. Si ce n’était de fait, dans tous les cas : en puissance.

Il faut “faire du chiffre” et montrer aux occidentaux qu’on est superactif, hyperactif, proactif, dans “la chasse aux barbus”, pour justifier son label de « rempart démocratique contre l’islamisme ». Ouvrant le boulevard aux adulations des nomenklaturas de l’Empire et de ses vassaux, pour service rendu à la Civilisation. Et, en retour, un soutien inconditionnel à tous les agissements tyranniques.

Arrêté au mois de novembre dernier, le jour même de la grande fête religieuse musulmane de l’Aïd el Kébir, Il a donc subi la torture pour lui faire avouer ses crimes. Non seulement on lui cassait les os mais, pour le relaxer probablement, il avait droit à de longues séances de « waterboarding », ou supplice de la baignoire comme l’appelaient hygiéniquement les spécialistes es-tortures de la Gestapo, reprenant un grand classique de l’Inquisition.

Comme il n’en avait pas commis, qu’il n’y avait aucun commencement de preuve, ses tortionnaires s’acharnaient à lui faire reconnaître qu’il en avait “l’intention”. Jusqu’à lui briser les mains, se saisir de son pouce de force, pour lui faire signer un acte d’aveux qu’il n’a jamais prononcés.

Car le “crime d’intention” est la norme de tout régime de terreur, et donc de la soi-disant lutte anti-islamiste imposée par les occidentaux dans les pays musulmans. Le “délit de piété” étant assimilé, au nom de la laïcité démocratisante, à “l’intention terroriste”, à la tentative de subversion. Pire ! Au “blasphème” à l’égard de l’Occident, et de ses fondés de pouvoir : les dictatures imposées.

Justifiant, ainsi, la bénédiction de tous les arbitraires. Le vocable d’islamiste servant de fourre-tout dans lequel sont jetés tous opposants, ou suspects d’opposition. Car, si vous êtes un opposant à une dictature installée par l’Occident dans un pays musulman vous ne pouvez être qu’un islamiste. Et un islamiste, dans une logique imparable, ne peut être qu’un terroriste.

L’équivalent de la chasse aux hérétiques, ou aux sorcières, de l’Inquisition. Paradoxe, au XXI° siècle : si vous êtes “pieux”, vous êtes un “hérétique” par rapport aux canons de la modernité. Nous voilà revenus au Moyen-Age, dans la chasse paranoïaque à l’Hérésie ! La Grande Régression, ce naufrage de la Civilisation des Lumières si bien analysé, décortiqué, par Jacques Généreux dans son livre sur cette pathologie. (2)

Jusqu’aux derniers jours, raconte Adem Boukadida, malgré bruits des fusillades et odeurs de lacrymogène franchissant l’enceinte de ce centre de torture, pour bien faire comprendre que les dictateurs passent mais que les tortionnaires restent, tous les “terroristes”, en herbe ou en barbe, étaient réunis dans la cour, dans un rituel quotidien, pour être battus à coups de matraques et de nerfs de bœuf.

L’Inquisition, dans l’arrogance de son impunité.

Barbe à longueur de poil variable

A ce jour, beaucoup des victimes de l’arbitraire et du sadisme, en Tunisie, n’ont pas encore été libérées de ces goulags. Et, sont loin d’en sortir. Les hommes du régime, qui savaient, qui ont cautionné, soutenu ces horreurs, ces crimes contre l’humanité, ne veulent pas que cela se diffuse trop. Les protecteurs occidentaux du régime, prescripteurs et complices de ces crimes, n’y tiennent pas non plus. (3)

Ces innocents seront relâchés au compte-gouttes, en catimini. Comme 90 % des détenus de Guantanamo, et autres centres de tortures de l’Empire et de la Coalition, sauvagement torturés pour être finalement relâchés faute de preuves. Souvent restitués à leurs pays d’origine et sommés de se taire. S’ils ne meurent pas avant, sous la torture ou dans une exécution sommaire. Pas de vagues !...

Certains meurent après leur libération. Réduits à l’état de loque humaine. Comme Zouheir Yahaoui, autre héros de la Révolution Tunisienne, jeune créateur du site Tunezine où il brocardait le régime et son gouvernement de malfrats. Arrêté, placé en centre de tortures pendant plus d’un an, il n’a pu survivre aux traitements subis.

Adem Boukadida a eu de la chance dans son malheur, grâce à un avocat, des soutiens, tenaces et courageux. Souhaitons lui, ainsi qu’à ses frères d’infortune, de trouver rapidement la santé et la joie de vivre…

En fait, les gouvernements occidentaux, à commencer par celui de la France, ne se sentent nullement gênés. Ils mentent avec autant d’assurance maintenant, quant à leur “soutien au valeureux peuple Tunisien”, que lors de leurs éclatantes démonstrations d’amitié à l’égard du dictateur en place…

Leur argumentaire sur l’impérieuse nécessité d’organiser en permanence “la chasse aux barbus” censés s’en prendre aux libertés, et à La Femme, même usé jusqu’à la corde, aussi grotesque soit-il, est et sera martelé en permanence. Ayant de la conception de la barbe une appréciation de la géométrie et de la dimension du poil aussi variable que pour la Justice, les Droits de l’Homme, ou les Conventions de Genève sur la protection des populations civiles.

La femme musulmane ? La protection des libertés ? Une société civile laïque ? De tout cela : ils s’en contrefichent. La preuve ?

La femme musulmane ?...

Avant de prétendre libérer La Femme, quel que soit son pays, on commence par ne pas le bombarder, l’occuper militairement, le piller, y installer des centres de tortures, créer des milices de “collabos”, entretenir la terreur. On s’assure que La Femme qui y vit ne soit pas massacrée, affamée, humiliée, avec ses enfants, sans médicaments pour les soigner, ni écoles pour les éduquer, sa maison détruite.

Les abominations et atrocités à l’encontre des populations commises en permanence par les forces d’occupation occidentales, en Palestine, en Irak, ou en Afghanistan, n’embarrassent pas une demi-seconde ces “féministes” folkloriques. Chez ces gens-là, Gaza et son blocus inhumain : on ne connait pas.

La protection des libertés, à commencer par celle du droit de vote ?...

L’Empire et ses vassaux soutiennent toutes les dictatures qui leur conviennent, dans un simulacre d’élections, la France en premier. Même les dictatures qui se succèdent de père en fils, comme au Togo ou au Gabon, récemment. Comme il était prévu en Egypte, où le fils Moubarak devait prendre le relais du père.

Ben Ali était un dictateur à vie, derrière une parodie de consultation électorale dont il ressortait vainqueur, à chaque fois, avec plus de 90 % des votes. Tout le monde le savait, mais faisait semblant de ne pas le savoir. Et, c’était un des rejetons de la famille qui était programmé comme héritier du pouvoir. Parmi les schémas de succession à l’étude figurait celui de son épouse comme présidente…

La défense d’une société civile laïque ?...

Comment ne pas rire devant cette cynique affirmation ? Quand on voit la déférence des gouvernements occidentaux, leur soutien inconditionnel, à l’égard d’un régime théocratique, corrompu, rétrograde, méprisé par l’ensemble de la communauté musulmane, sunnite ou chiite : L’Arabie Saoudite.

Détesté même par son propre peuple. Nos médias n’en parlent pas, mais il existe un peuple en Arabie Saoudite qui subit ce clan mafieux. Il ne peut jamais s’exprimer sur la gestion de son pays et de ses ressources, car les bureaux de vote y sont inconnus. Comme dans toutes les “pétromonarchies” du Golfe, considérées comme des propriétés familiales gérées par l’Empire.

Régime fondé sur une secte aussi hypocrite que déjantée : le Wahhabisme Soutenu par Roosevelt dans les fameux accords signés avec le clan Saoud, sur le croiseur USS Quincy le 14 février 1945… Livrant la région et ses immenses ressources à l’Empire.

Secte allant jusqu’à interdire aux femmes de conduire un véhicule. Seul pays au monde. Il est vrai que cela alimente les fourneaux de la propagande islamophobe faisant croire que toute femme est interdite de conduire un véhicule dans les pays musulmans... (4) Défigurant, actuellement, dans un urbanisme sauvage les villes de pèlerinage de la Mecque et de Médine, détruisant quartiers, bâtiments, vestiges historiques, inestimables patrimoines de l’Humanité, pour y construire tours et gratte-ciel surplombant les lieux saints, dans un délire d’inculture et de spéculation indécente d’avidité.

Où se trouve la défense de la laïcité dans l’instauration par l’Occident, depuis les accords Sykes-Picot de 1917, de l’apartheid religieux en Palestine ? Où la spoliation de la terre de vos ancêtres a pour fondement l’appartenance religieuse, certains fanatiques de cette théocratie coloniale ayant pour projet d’assimiler la religion à une race... (5)

Que dire de la mosaïque religieuse imposée de force au Liban par les puissances occidentales, depuis le 19 ° siècle, où la représentation politique au parlement et la répartition des responsabilités gouvernementales ont pour fondement l’appartenance religieuse ?

En fait, loin de les pourchasser, les gouvernements occidentaux adorent les “barbus”. Aucun problème s’ils s’en mettent un maximum dans les poches pour eux et leurs familles. A deux conditions : laisser piller leur pays et souscrire à toutes les volontés de l’Occident au Moyen-Orient. Ceux qui ne l’acceptent pas seront diabolisés et traités en terroristes !

Prétendre soutenir une dictature au motif qu’elle représenterait un « rempart contre l’islamisme » est, en conséquence, une “faribole”. Symptôme fondamental dans la compréhension de la situation : l’Empire est nu. Confirmant ce que tout le monde sait, en imposant le tout et son contraire dans le cynisme, il n’applique non pas des Valeurs, mais La Loi du Plus Fort.

Au-delà des mensonges de la propagande occidentale, l’écroulement de la dictature en Tunisie présente une dimension géopolitique qui est occultée par la plupart des analystes. Ce n’est pas simplement une revendication sociale, se doublant d’un appel à l’octroi des libertés publiques élémentaires, qui vient de surgir. C’est un système politique, économique, et géostratégique, imposé par l’Occident qui vient d’imploser.

Conséquence d’une idéologie générant un système de prédation néocoloniale longuement mûri, peaufiné, structuré, au fil des décennies, depuis la chute de l’empire Ottoman et les accords de Sèvres de 1922 répartissant ses dépouilles entre puissances occidentales. Bientôt, un siècle. Les immenses richesses de cette région, que les anglo-saxons désignent par MENA (Middle East – North Africa), étant pillées avec la complicité d’autocraties soigneusement sélectionnées et contrôlées.

Idéologie renforcée et théorisée depuis la chute du Mur de Berlin, en direction des opinions publiques occidentales analphabètes de désinformation et anesthésiée de propagande sur cette aire géographique. Avec le célèbre “Choc des Civilisations” sorti en 1996  : l’islamiste remplaçant le communiste dans l’argumentaire impérial. Du MENA, la prédation-oppression sera systématisée à l’ensemble des pays musulmans suivant les mêmes concepts et méthodes : Pakistan – Indonésie, évidemment, mais aussi pays musulmans d’Asie centrale, minorités musulmanes en Inde, aux Philippines et en Thaïlande.

Grattons le vernis académique de la thèse du Choc des Civilisations et nous trouvons, tout simplement, une idéologie parmi les plus sanguinaires que notre imaginaire d’Homo Politicus ait pu inventer et appliquer sur cette planète. Avec ses trois broyeurs :

=> Prédation coloniale, avec trois axes majeurs : ressources naturelles spoliées ou bradées, marchés locaux rendus captifs pour l’importation des produits et services de l’Empire, privatisation des services publics gérés comme des rentes de situation pour les groupes occidentaux.

=> Barrage de l’accès aux hautes technologies : les pays musulmans en sont bannis pour maintenir un « gap » technologique avec l’Occident. Seul est toléré un minimum de connaissances techniques permettant d’assurer le fonctionnement des activités de sous-traitance confiées par l’Empire.

Expliquant l’absence d’instituts de recherche de haut niveau dans ces pays. Donnant le pourquoi de la traque aux chercheurs de ceux qui avaient réussi à former un pôle de recherches scientifiques, devenus les cibles privilégiés de ses escadrons de la mort. Rien qu’en Irak : plus de 350 spécialistes de haut niveau, dans toutes les disciplines (y compris en informatique ou neurochirurgie…), ont été assassinés suite à l’invasion et la destruction du pays.

=> Racisme d’Etat : décliné, articulé, sur une propagande islamophobe de haute intensité pour justifier auprès des opinons publiques internationales, occidentales et non musulmanes, l’hyperviolence et le pillage de l’Empire dans les pays musulmans. En entretenant, en permanence, un esprit des Croisades…

Le peuple Tunisien vient, toutefois, de perturber la marche de ce rouleau compresseur…

Tunisia-Heart-od-Revolution-jan-2011-AJ.jpg

Le commencement de la fin ?

L’idéologie du Choc des Civilisations est en “échec”, en Tunisie. Peut-être, mais elle est loin d’être “mat”…

La Bande des Quatre (France, Israël, Italie, USA) qui administre ce condominium qu’est la Tunisie pour l’Empire, chacun dans son domaine de compétences et d’intérêts, s’active pour enrayer le mouvement. Il n’y aura pas d’effet domino.

Gardant les mêmes piliers et seconds couteaux de Ben Ali, ils vont lâcher un peu de lest sur le social et la liberté d’expression. Cela ne dérange pas l’Occident. Pour reprendre la métaphore de Reinaldo Arenas : dans tous les pays, le Peuple est mené à coups de pied au derrière par l’oligarchie qui le "gouverne" ; la différence entre une dictature et une démocratie, c’est que dans la première, il doit « la fermer », et dans la seconde on le laisse « gueuler ».

Appliquer la tactique de l’édredon : laisser la colère s’apaiser, les manifestations s’essouffler, sans trop de casse. En canalisant le discours par les médias de la propagande. En isolant les plus obstinés, pour les museler ensuite. En emballant le tout dans “du pain et des jeux”, suivant la recette mise au point dans l’Antiquité, par les Romains. Sur fond de simulacre électoral à venir…

En Europe, en France, des millions de gens sont descendus dans la rue pendant des semaines pour manifester leur colère devant l’injustice économique et sociale. Les lois et décisions des nomenklaturas, contre lesquelles ils protestaient, ont toutes été votées et sont appliquées.

La ploutocratie se fiche éperdument de la volonté populaire. Elle détient la force et l’appareil de propagande. Les propos aussi imbéciles que cyniques d’une Alliot-Marie, ex-ministre de l’Intérieur de la France, sur l’expertise des forces de répression sont l’illustration de ce complet mépris.

Le seul point qui gêne les occidentaux dans ces mouvements de révolte populaire, notamment en Egypte et Jordanie, c’est qu’ils arrivent à un mauvais moment, avec un mauvais exemple.

Le mauvais exemple : c’est celui de l’armée Tunisienne. Refusant de se comporter en milice au service d’une caste au pouvoir, de tirer sur le peuple. Se comportant en armée au service de la nation, de sa souveraineté, de la protection du peuple et de ses institutions. Si toutes les armées des pays musulmans se mettent à éprouver des états d’âme et respecter des principes, où va-t-on ? La situation risque de devenir intenable. Là, réside le véritable danger pour les intérêts de l’Empire.

Le mauvais moment : à l’instant même où tous les gouvernements occidentaux préparent activement une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Objectif : invasion du Liban, destruction de la Syrie, écrasement de l’Iran. Les conclusions en préparation, évidemment truquées, du Tribunal Spécial du Liban enquêtant sur l’assassinat de l’ex-premier ministre Hariri, devant servir de prétexte. Cette pantalonnade ayant pour finalité l’obtention de l’autorisation de l’ONU pour justifier la guerre.

Si l’armée rejoint le peuple comme en Tunisie, une guerre au Moyen-Orient aura pour effet secondaire un balayage immédiat de toutes les dictatures patiemment mises en place par l’Occident. Cela donne à réfléchir. C’est pour cela qu’en Egypte, ils ne vont pas faiblir et faire tirer sur la foule. Quitte à employer des snipers mercenaires étrangers. L’Irak en est bourré…

Il y a eu déjà des précédents surprenants de fraternisation entre l’armée et le peuple au Moyen-Orient. Au cours de ces évènements, j’ai pensé à l’écroulement de la dictature qui, si elle n’opprimait pas un pays arabe, présentait des similitudes avec celle qui étouffait la Tunisie : celle du Shah d’Iran.

Il avait constitué une des premières armées du monde, ne cessant de s’en vanter, par des achats d’armements massifs. Les pétroliers, à qui il bradait les ressources du pays, et l’ensemble du monde occidental le soutenaient. Prêt en en faire une puissance nucléaire (cf. les faramineux contrats Eurodif avec la France qui devait livrer 10% de son uranium enrichi). Une des polices secrètes parmi les plus sadiques et les plus ignobles qu’un peuple ait pu subir : la SAVAK.

Son régime s’est écroulé par la révolte populaire, l’armée refusant de tirer sur le peuple. Mais, ayant tellement décapité les élites au nom de la "lutte anticommuniste" (à l’époque l’épouvantail, pour justifier la répression des peuples, n’était pas "l’islamisme" mais le "communisme") ce sont les cadres religieux survivants qui ont encadré le mouvement.

Le contexte Tunisien est différent de celui de la chute du Shah, sociologiquement et politiquement, mais on retrouve dans les deux cas les mécanismes sanguinaires et prédateurs de ce type de régime policier :

i) La sauvagerie exponentielle de la répression

Derrière un décor de stations balnéaires et de circuits touristiques, la répression était perceptible. Circulaient des informations précises et recoupées, malgré la censure en Tunisie et dans les médias internationaux, sur ce qui se passait notamment dans la région de Gafsa, Gabès, en révolte depuis plus de deux ans, et dans d’autres parties isolées du pays.

Les villes étant moins touchées par cette barbarie où, par exemple, des milices cagoulées se livraient à des viols collectifs hommes et femmes, et autres violences, devant les familles, y compris devant les enfants.

ii) La féroce persécution de l’Islam

Sous la pression des occidentaux, le Shah d’Iran encouragea la persécution de l’Islam. C’est sous son régime que furent organisées, dans un pays musulman, les premières campagnes antimusulmanes au nom de la laïcité. Symboliquement dans un accès mégalomaniaque il s’était même fait couronner à Persépolis, “Empereur successeur de Darius”, pour célébrer l’effacement de l’Islam en Perse…

La Tunisie était considérée comme un champ de bataille essentiel dans cette stratégie, et citée en exemple comme modèle. En fait, sous couvert de “laïcité” et de lutte contre “l’islamisme”, avec des services encadrés par des “spécialistes étrangers” véhiculant l’idéologie du “Choc des Civilisations”, ce n’était que travail de basse police : fichage des fidèles fréquentant régulièrement les mosquées, pratiquant le Ramadan, portant des tenues “traditionnelles”, etc. Jusqu’à profaner, avant de la fermer, la mosquée de l’université de Tunis, jonchée de bouteilles d’alcool et d’excréments. C’est dans cet état qu’elle a été trouvée, lors de sa récente réouverture…

Evidemment, dans les pays où les responsables politiques sont des musulmans pratiquants ce seront des méthodes plus “soft” qui seront appliquées. Une des plus pourvues en moyen financiers est l’envoi d’évangélistes avec une couverture d’ONG. Proposant, tout spécialement auprès de la jeunesse, visas, bourses et autres incitations pour provoquer des « conversions ».

iii) L’acculturation d’un Peuple

L’inconscient collectif d’un peuple à coloniser est une des cibles prioritaires d’un Empire. Livres scolaires, littérature, produits de divertissement, jeux vidéo, documentaires, films. Tout ce qui peut formater un imaginaire et conditionner un esprit critique. Un peuple a de multiples racines. Le travail de propagande consiste à les arracher progressivement, méthodiquement.

Si pour le Shah d’Iran l’Histoire s’arrêtait à Darius, dans les pétromonarchies elle commence avec les chaînes US consacrées au sport. Les enfants du Koweït ou des Emirats connaissent par cœur le nom des joueurs de base-ball du championnat américain, mais rien sur l’histoire de la région dans laquelle ils sont nés. En Egypte, l’Historie s’arrête aux pharaons. C’est le fond de commerce du tourisme local, mais aussi de ce qu’on veut imprimer dans l’inconscient collectif.

Je force le trait, bien sûr. Mais, à peine.

En Tunisie, le régime allait très loin, sous la pression occidentale. Jusqu’à éradiquer ses racines “arabes”. Les exemples sont multiples. Sur des sites ou brochures touristiques était mentionné que la Tunisie n’était pas un peuple « arabe ». Pour ne pas effrayer le touriste, invoquait-on comme prétexte…

Se dire ou se croire « arabe », et donc solidaire des autres peuples arabes (manière ou "ardente obligation" d’oublier la Palestine...), devenait plus que suspect. Arracher ainsi une des composantes d’un peuple ne peut provoquer que résistance et rejet.

iv) Le pillage occidental

Toutes les principales industries, le système financier, les meilleures terres agricoles, les meilleurs terrains constructibles, et services publics, sont contrôlés par des intérêts étrangers (avec ou sans hommes de paille). Jusqu’à la production de yaourts qui doit payer des royalties par pot distribué et consommé.

Tout est fait, planifié, pour qu’il n’y ait aucun transfert de technologie en faveur du pays, pour le maintenir dans la dépendance. Contrairement, par exemple, à Taïwan ou la Corée du sud qui ont bénéficié de l’appui massif des occidentaux. Ou le Vietnam, en ce moment. La Tunisie, comme tous les pays musulmans coopératifs, ne sera considérée, au maximum, que comme un gentil et compréhensif sous-traitant.

Ne générer que des emplois sous-payés et sous-qualifiés (tare de l’hôtellerie, de l’industrie touristique en général, et de la sous-traitance), n’est pas l’avenir d’un pays. Les activités des secteurs du tourisme et de la sous-traitance sont extrêmement volatils. Les contrats pouvant disparaître massivement d’une année sur l’autre. Les “intermédiaires” jouant la concurrence internationale.

Sans compter les effets secondaires ravageurs qu’exerce une industrie du tourisme dans une économie insuffisamment diversifiée et prospère sur des populations locales appauvries, vivant dans une totale précarité : prostitution, alcoolisme, drogues.

Nous retrouvons, là encore, la stricte application de la stratégie du "Choc des Civilisations".

Même en fuite le dictateur se révèle d’une grande utilité, servant de bouc émissaire pour exonérer les occidentaux de toute responsabilité économique. Signe évident : si Ben Ali et sa famille détenaient 50% de toutes les affaires en Tunisie, comme on peut le lire dans des médias, qu’attend-on pour nationaliser ces participations en les domiciliant dans un fonds public ?...

Cela ne se fera pas.

Car ces boucs émissaires, aussi crapuleux soient-ils, étaient aussi des “porteurs” d’actions pour le compte de personnalités étrangères. Souvent dans le cadre d’arrangements mafieux : 1/3 pour toi, 2/3 pour nous… C’est pour cela qu’il a été soigneusement « exfiltré » avec ses proches. Les bénéficiaires de ces arrangements ne voudront jamais se voir spoliés dans une nationalisation brutale des biens du tyran. Il va falloir au préalable trouver les montages financiers adéquats, pour rendre à César ce qui est à Jules…

L’Empire a été secoué, il va résister. Il reste encore au Peuple de la Tunisie un long chemin à parcourir pour parvenir à l’indépendance économique. Qui est la véritable indépendance. Cela ne pourra s’atteindre qu’en intégrant un marché intérieur de vaste dimension, aux richesses, talents et besoins complémentaires : celui du Grand Maghreb. Qui deviendra, avec ses immenses potentialités, un Brésil de l’Afrique. Capable de produire, à l’exemple de ce grand pays, des bateaux, des avions, des trains, et d’envoyer ses satellites dans l’espace.

Ceci est un autre débat. Tout d’abord, célébrons la révolte, ou la révolution, de la Tunisie. Car elle n’est pas qu’une affaire de niveau de vie ou de chômage mais, à l’encontre d’une dictature et de ses sponsors étrangers, le magnifique exemple d’une réappropriation de sa liberté.

Et, tout aussi important, de sa dignité.

George STANECHY

(1) Peter Beaumont, Victim tells of ordeal in Tunis, The Observer, 23rd january 2011, http://www.guardian.co.uk/world/2011/jan/23/tunisia-long-task-of-healing

(2) Jacques Généreux, La Grande Régression, éditions du Seuil, octobre 2010.

(3) Lire, relire, faire circuler (car censuré par les médias en France) sur ces comportements, notamment des anciennes puissances coloniales, l’ouvrage d’investigation exceptionnel de qualité de Lounis Aggoun : La Colonie française en Algérie – 200 ans d’inavouable – Rapines & Péculats, éditions Demi Lune, 2010.

(4) Combien de fois ai-je surpris des interlocuteurs, ne connaissant pas les pays musulmans, en leur disant que dans ces pays des femmes se rendaient à leur travail, accompagnaient leurs enfants à l’école, en conduisant le véhicule familial.

Et, leur stupéfaction devant mon affirmation que des femmes y conduisaient des bus, des trains, et même des avions, certaines avec le grade de commandant de bord !

Il est vrai que la « désinformation », en Occident, évite soigneusement de montrer cet aspect, se focalisant sur le misérabilisme nécessaire à la propagande islamophobe.

(5) Lire les analyses du philosophe Manuel de Diéguez sur ce phénomène, notamment : Le réveil démocratique des peuples arabes et la chute d’Israël dans la bio-génétique

N.B. Une grande partie de ce billet est une reprise du commentaire que j’avais posté à la suite de l’article sur le blog de mon ami Chahid : La leçon Tunisienne : le Colibri peut vaincre la vipère.

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Manifestations en Israël organisées par les forces communistes et pacifistes liant la lutte du peuple égyptien contre la dictature de Moubarak avec celle contre la colonisation Israélienne

egyptianflag

Manifestations en Israël organisées par les forces communistes et pacifistes liant la lutte du peuple égyptien contre la dictature de Moubarak avec celle contre la colonisation Israélienne

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Près d'une dizaine de manifestations se sont tenues ce soir (Samedi 29 janvier 2011) en Israël: Jaffa, Nazareth, Shefamr, Um el-Fahem, Sakhnin, Kufr Yassif et dans d'autres localités. A Jaffa, près de 1 000 résidents Arabes et Juifs sont descendus dans la rue pour protester contre le « phénomène de la colonisation Juive droitière » dans la ville mixte située juste au sud de Tel-Aviv. Cependant, de nombreux manifestants brandissaient des drapeaux Égyptiens et Palestiniens, en solidarité avec la lutte du peuple Égyptien pour la démocratie et la justice sociale

Un de ces manifestants de gauche, Matan Kaminer, ancien prisonnier politique et militant du Parti communiste d'Israël/Hadash a brandi un drapeau Égyptien (voir photo) et a affirmé que les manifestants « ont besoin d'apprendre du peuple Égyptien sur la manière dont on se soulève. C'est peut-être de cette façon que notre lutte pourra être victorieuse ». Un autre manifestant, Saïd M., a ajouté: « Tant en Égypte qu'en Israël, ils essaient continuellement, méthodiquement, de réprimer le peuple de la même façon. Nous soutenons pleinement la lutte du peuple Égyptien contre le régime corrompu en place ».

Des centaines de manifestants ont critiqué violemment le maire de Tel-Aviv Ron Huldai, tout en l'exhortant à démissionner. Des pancartes portées par les manifestants comprenaient des messages tels que: « Attention, le maire soutient les racistes », « Nous n'abandonnerons pas Jaffa aux colons de droite » et « Non à l'apartheid ».

Parmi les manifestants se trouvait Dov Khenin, député du Hadash et dirigeant du Parti communiste, qui a déclaré: « Nous sommes venus ici pour dire clairement non au racisme et aux colonies. La justice et l'égalité triompheront du racisme et des colons. D'autre part, nous soutenons la lutte des travailleurs et des jeunes Égyptiens contre le régime de Moubarak et pour la démocratie et la justice sociale. »

Article communiqué par le Parti communiste d'Israël

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Un fournisseur d'accès à Internet permet aux Égyptiens de se connecter-Interview de Benjamin Bayart
 
 
 

Ce petit FAI français qui dépanne les Égyptiens : Benjamin Bayart, président de FDN, explique son combat pour la liberté d'expression en Égypte et ailleurs.


Benjamin Bayart est "ravi" que les Égyptiens puissent accéder à Internet via FDN CC by-sa 2.0 / Styeb

 
Le fournisseur d'accès à Internet (FAI) français French Data Network (FDN) a ouvert un accès pour

Censure de l'internet en Égypte : une humble action de FDN

Par Arnaud Luquin le vendredi 28 janvier 2011
Cette nuit les instances dirigeantes égyptiennes semblent d'après cet article avoir ordonné aux fournisseurs d'accès internet égyptiens d'éteindre leurs interconnexions internationales, donc avec le reste d'internet.
Cette action fut d'une effroyable efficacité, aujourd'hui, l'internet a «désappris» à joindre l'Égypte et il n'est plus possible de communiquer avec les égyptiens que ce soit par mail, forum, usenet ou quelque technologie basée sur IP.
Dans la foulée, ce matin, les SMS semblent également êtres coupés privant le peuple égyptien de tout moyen de communication électronique.
Pour cette raison, et parcequ'il s'agit bien d'une attaque flagrante d'un état contre internet, FDN a décidé d'ouvrir une petite fenêtre sur le réseau en mettant a disposition de qui le souhaite un compte d'accès RTC.
Par ce biais, n'importe qui en égypte disposant d'une ligne téléphonique analogique capable de joindre la France a la possibilité de se connecter au réseau par le n° suivant : +33 1 72 89 01 50. (login: toto password: toto).
Nous espérons contribuer par ce biais à la liberté d'expression des égyptiens et leur permettre de conserver un lien avec le monde. Rappelons enfin que FDN n'offre qu'une solution technique et uniquement technique.
que les Égyptiens puissent à nouveau se connecter au Web. Avec ses 200 abonnés et son titre de plus ancien FAI de l'hexagone, FDN s'était rendu célèbre en combattant la loi Hadopi. Interview avec son fondateur, Benjamin Bayart.
 

Le Point.fr : Pourquoi avoir ouvert ce numéro pour les Égyptiens ?

Benjamin Bayart : Des gens se battent pour la liberté, et d'autres, en face, tirent. Forcément, on se sent proche des manifestants. L'Égypte, je n'y suis jamais allé, et FDN n'est pas là pour faire la révolution. Nous sommes là pour faire qu'Internet marche : le réseau est en panne, nous le réparons. Le régime égyptien a coupé Internet, et donc la liberté d'expression. Pour moi, c'est le même objet.

Comment ça marche ?

L'aspect technique est extraordinairement simple. Nous utilisons nos structures bas débit, que nous possédons toujours pour dépanner nos abonnés en cas de coupure ADSL. Il suffit d'appeler, avec un modem bas débit et y compris de l'étranger, le numéro "+33 1 72 89 01 50". Le nom d'utilisateur et le mot de passe sont "toto". C'est une vraie ligne téléphonique, donc il suffit d'appeler avec un modem. Ça coûte cher en téléphone, mais ça marche !

Combien de connexions sont arrivées depuis votre annonce ?

Nous ne voulons pas donner ce chiffre. Si je vous dis trois, c'est ridicule. Et si je vous dis 30.000, notre numéro sera immédiatement mis sur liste noire par les autorités égyptiennes. Mais nous avons vu des connexions arriver, notamment grâce au soutien de Michael Moore, qui a relayé notre numéro via son compte Twitter. Ses 746.000 abonnés ont largement diffusé la nouvelle !

Quand allez-vous fermer le service ?

Ce compte de test a toujours existé. Nous allons peut-être supprimer le compte "toto" dans les prochaines semaines, une fois que l'épisode égyptien sera passé. Mais peut-être pas : nous avons vu des connexions arriver de Syrie, d'Irak ou encore des Émirats arabes unis. Nous sommes ravis !

D'autres vous ont-ils suivis ?

Quelques FAI étrangers semblent nous suivre. Et certains internautes publient les comptes de tests de grands FAI américains. L'idée se répand, c'est très sain !
 

Vous vous êtes rendus célèbres en France lorsque vous avez dénoncé la loi Hadopi. Comment vous positionnez-vous ?

FDN s'est toujours défini comme non partisan. Nous avons toujours refusé de prendre part aux campagnes de tel ou tel parti. Mais cela ne nous empêche pas de défendre très clairement la liberté d'expression. Quand l'accès à Internet de braves gens est mis en panne par un gouvernement sans décision d'un juge, nous ne sommes pas d'accord.

Ne craignez-vous pas que certains vous accusent de fournir l'accès Internet à des personnes mal intentionnées ?

Nous fournissons l'accès à des terroristes en Égypte, je peux vous l'affirmer. Mais ce n'est que parce qu'ils sont nommés ainsi là-bas ! Nous ne sommes pas d'accord sur la définition de terroriste : ce n'est pas parce que des gens manifestent contre un gouvernement qu'ils sont des terroristes... Quant aux petits plaisantins, d'où qu'ils viennent, qui voudraient se connecter sur notre service pour consulter des contenus pédophiles par exemple, il faut qu'ils sachent que nous avons des traces de leur connexion, comme pour n'importe quel abonné ou presque. Nous avons au moins leur numéro de téléphone, et c'est une donnée très fiable si un juge souhaite les retrouver.
 
 


Edité par T 34 - 30 Jan 2011 à 22:40
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Editorial par Maurice Ulrich

Debout

 

Egypte debout !

Ces jeunes et tous ceux qui se sont mis en mouvement refusent d’être, eh bien oui, des damnés de la terre.

La Révolution française, selon les mots de Saint-Just, avait fait du bonheur une idée neuve en Europe. C’est la révolution même qui semble devenir une idée neuve dans le monde arabe dont les peuples et la jeunesse disent à des millions de voix qu’il faut que les choses changent. Hier en Égypte, au Caire, à Suez, à Alexandrie, des dizaines de milliers de manifestants ont bravé la police, les tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc dans un pays coupé d’Internet et des réseaux de mobiles. Des journalistes ont été brièvement interpellés, dont des Français. On ignore le bilan de ces manifestations, le nombre des arrestations, des blessés. Au moins un manifestant  a été tué à Suez. Mais on retire de cette journée une certitude : le pouvoir en Égypte est sur la défensive. La censure et la répression ne sont jamais des preuves de force, mais au contraire des aveux de faiblesse.

Il faut que les choses changent, disent-ils, et d’abord que «dégagent» les despotes accrochés depuis des décennies au pouvoir avec leur clan et leur régime policier, rançonnant leur propre pays, ayant érigé la corruption et la spoliation en méthodes de gouvernement. Après la Tunisie, l’Égypte, le Yémen. Cela sans préjuger de ce qui peut encore se passer en Algérie ou au Maroc, où tout reste en suspens après les manifestations des dernières semaines et les sacrifices de ces jeunes gens qui, par dizaines, en martyrs et en héros, ont crié au monde leur révolte en s’immolant par le feu. Au monde, car qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas seulement à leur régime que ces foules en marche s’adressent, mais bien à la communauté des hommes.

Quel contraste, quand ceux qui s’autoproclament les maîtres du monde sont réunis entre eux dans le confort de Davos, où Nicolas Sarkozy a rejoué avec un succès tout relatif son numéro de grand régulateur. Quel contraste avec ces manifestations ! Mais précisément, ce qui se passe dans le monde arabe ne se passe pas sur une autre planète faite de palmiers et de pyramides à usage des agences de tourisme. Ces jeunes et tous ceux qui se sont mis en mouvement, avec Internet, avec les réseaux sociaux, avec leur colère, refusent tout simplement d’être, eh bien oui, des damnés de la terre et ils se sont mis debout.

Que dit la France ? Certes, Michèle Alliot-Marie s’est gardée, cette fois, de proposer l’aide et l’expertise de nos forces de l’ordre à Hosni Moubarak, comme elle le fit avant la spectaculaire volte-face que l’on sait. Que fait la France ? Aux abonnés absents, semble-t-il, en attendant de déterminer le sens du vent. Aux États-Unis, Barack Obama affirme ne pas prendre parti, tout en rappelant que le président égyptien est «un partenaire important». La réalité, c’est que les scénarios ne sont pas ceux qui ont été prévus. La «démocratie», oui, mais seulement comme un thème idéologique quand il en est besoin, car pour le reste, les gouvernements, la Bourse et les agences de notation s’accommodent fort bien des régimes policiers en place. On voit comment, du reste, ils tentent, mine de rien, de reprendre la main. La Tunisie devrait tout aux États-Unis, en liaison avec le chef de l’armée. En Égypte, l’Occident salue bruyamment le retour du fonctionnaire international Mohammed El Baradei, prêt à assurer «la transition», mais que la rue ne connaît pas. La rue, voilà bien le problème. Car, la leçon du monde arabe vaut pour le monde entier. Quelles que soient leurs souffrances, quelle que soit l’oppression, ce sont les peuples qui font l’histoire.

Maurice Ulrich

Source


Le peuple tunisien offre une très grande leçon aux citoyens d’Europe

Par Ignacio Ramonet, président de l’association Mémoire des luttes.

Comment appréciez-vous ce qui est 
en train de se passer en Tunisie ?

Ignacio Ramonet. C’est une excellente nouvelle pour tous les démocrates. C’est l’expression d’un sentiment populaire dont nous imaginions qu’il existait profondément dans les sociétés maghrébines, et plus largement dans le monde arabe. Mais on se demandait comment ce désir de liberté, de normalité démocratique pouvait s’exprimer. Car, aujourd’hui, les régimes autoritaires sont complaisamment soutenus par les démocraties européennes et les États-Unis au prétexte qu’ils sont des remparts contre les islamistes. Exactement comme du temps de la guerre froide, quand l’Occident soutenait des dictatures en Europe, en Amérique centrale et dans la plupart des pays du continent sud-américain pour empêcher l’arrivée des communistes au pouvoir. Finalement, ces peuples se sont débarrassés des dictatures. C’est ce qui est en train de se passer en Tunisie, là où l’on ne s’y attendait pas forcément.

Y voyez-vous le signe que, malgré le bulldozer du capitalisme mondialisé, les peuples peuvent reprendre l’initiative ?

Ignacio Ramonet. Quand, à travers les consignes technocratiques du FMI, de la Banque mondiale ou de la BCE, les exigences des marchés sont imposées aux peuples, il suffit parfois de quelques éléments pour produire des réactions inattendues. C’est la catastrophe climatique de l’été dernier en Russie qui, entraînant un manque de céréales sur le marché mondial et le renchérissement de certaines matières premières alimentaires, est à l’origine des émeutes en Algérie, en Tunisie, en Égypte. Et les révélations de WikiLeaks, notamment la divulgation des dépêches de l’ancien ambassadeur américain Robert 
F. Godec, ont joué aussi un rôle non négligeable. Même si tous les Tunisiens soupçonnaient les méthodes de prédation du clan Trabelsi, ils n’en avaient jamais eu une description aussi détaillée. Tout cela rassemblé a déclenché des protestations symboliques. L’immolation de Mohamed Bouazizi a été le détonateur des manifestations et de ce qu’il faut bien appeler une révolution.

Quels sont les écueils auxquels le peuple tunisien peut avoir à faire face ?

Ignacio Ramonet. Dans ces vingt-trois années de dictature qui ont fait suite à l’autoritarisme de la fin des années Bourguiba, les principales forces politiques d’opposition et les principaux leaders ont été éliminés. Il est donc difficile aujourd’hui de trouver des personnalités qui aient à la fois la confiance du peuple et l’expérience de l’exercice du pouvoir. Dans ces conditions, comme dans toutes les révolutions, une partie de la société souhaite l’instauration d’une période de transition tandis qu’une autre, constituée en particulier de ceux qui ont le plus souffert sur le plan économique, social, en matière d’absence de liberté et de respect des droits humains, est impatiente et voudrait faire table rase. Si l’affrontement entre ces deux forces devait durer, on peut craindre que des structures organisées, en l’occurrence l’armée, s’emparent du pouvoir. En Tunisie, l’armée n’a pas conduit la révolution, elle n’a fait que la faciliter en refusant de tirer sur les manifestants. Devant la peur du chaos, elle peut être tentée de prendre les choses en main. Ce n’est pas souhaitable, mais il est clair que le pays ne peut pas rester trop longtemps sans gouvernement.

Vous faisiez le rapprochement avec la fin 
des dictatures en Amérique latine, 
cette révolution n’est-elle pas, elle aussi, 
un ballon d’oxygène pour les peuples 
des pays européens ?

Ignacio Ramonet. En Amérique latine, la révolution s’est faite par les urnes. Les dictatures ont fait place à des démocraties ultralibérales avant que les mouvements sociaux fassent irruption et que des leaders qui en étaient issus gagnent les élections. Je pense à la Bolivie avec Evo Morales, à l’Équateur avec Rafael Correa et, même si c’est un peu différent, au Venezuela avec Hugo Chávez. En Tunisie, le contraste est immédiat entre la chute de la dictature et l’émergence de ces mouvements sociaux que l’on connaît encore mal, mais où l’on distingue un syndicat puissant et des mouvements populaires forts enracinés dans les régions. Il y a là une grande fraîcheur. Le peuple tunisien, en se débarrassant non seulement de la dictature mais aussi des consignes économico-idéologiques qui l’oppressaient, offre une très grande leçon aux citoyens européens. Eux n’auront pas à renverser des dictatures. C’est par les urnes qu’ils pourront, comme en Amérique latine, changer des modèles qui, tout en étant démocratiques, n’en sont pas moins oppresseurs.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem

Source

Egypte: cacophonie au gouvernement français

Quand Nicolas Sarkozy ménage Hosni Moubarak, sa secrétaire d'Etat à la Jeunesse, Jeannette Bougrab, demande le départ du Raïs et est recadrée par François Fillon.

Invité de du sommet de L'union africaine ce dimanche midi, Nicolas Sarkozy a choisi de rester très prudent, voire en retrait, sur les manifestations en Egypte. S'adressant aux dirigeants africains, le président français a déclaré: "La France se tient avec amitié et respect aux côtés des Tunisiens et des Egyptiens dans cette période absolument cruciale, pas simplement pour ces deux pays, cruciale pour le monde", a-t-il déclaré, ajoutant: "Dans le monde d'aujourd'hui, on ne peut plus gouverner comme dans celui d'hier. Ce changement, ou bien on le subit et c'est la porte ouverte, un jour ou l'autre, à la violence. Ou bien ce changement on le précède, on l'accompagne et alors il peut s'accomplir sans heurt, sans déchirement, sans ouvrir la voie à toutes les aventures. Le changement pacifique, la France le souhaite."

Nicolas Sarkozy s'est montré beaucoup moins direct que sa secrétaire d'Etat à la Jeunesse, Jeannette Bougrab, qui affirmait sur France Info samedi soir: "Je crois qu'il faut que le président Moubarak parte, je crois qu'après 30 ans de pouvoir il y a quand même une forme d'usure et que la transition démocratique doit aussi toucher l'Egypte." Une déclaration qui a valu à son auteur d'être convoquée par François Fillon ce dimanche matin à Matignon pendant environ une demi-heure. A l'issue de cette entrevue, un communiqué émanant des services de Jeannette Bougrab, explique que la secrétaire d'Etat tient " à préciser que la position de la France et de son gouvernement a été exprimée par le président de la République et le Premier ministre".

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  Citer Pedro Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Jan 2011 à 12:49

 

lundi 31 janvier 2011 - 06h:37

 

Ali Abunimah - The Electronic Intifada

 

traduction Info Palestine



Nous sommes au milieu d’un tremblement de terre politique dans le monde arabe, et le sol n’a pas fini de trembler.

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Egypte : le soulèvement populaire que tous les partisans de la cause palestinienne attendaient !

Faire des prédictions lorsque les événements sont si rapides est risqué, mais il ne fait aucun doute que le soulèvement en Egypte - même s’il prenait fin - aura un impact énorme dans la région et en Palestine.

Si le régime de Moubarak tombe et est remplacé par un pouvoir moins lié à Israël et aux États-Unis, Israël sera le grand perdant. Comme Aluf Benn l’a commenté dans le quotidien israélien Haaretz : « La disparition du gouvernement du président égyptien Hosni Moubarak a laissé Israël dans un état de détresse stratégique. Sans Moubarak, Israël se retrouve avec presque aucun ami dans le Moyen-Orient. L’an dernier, Israël a vu son alliance avec la Turquie s’effondrer ».

En effet, observe Benn, « Israël ne se retrouve plus qu’avec deux alliés stratégiques dans la région : la Jordanie et l’Autorité palestinienne ». Mais ce que Benn ne dit pas, c’est que ces deux « alliés » ne seront pas épargnés non plus.

Au cours des dernières semaines, j’ai été à Doha examiner les mémos palestiniens dévoilés sur Al-Jazira. Ces documents soulignent la mesure dans laquelle la division entre les pro-américains de l’Autorité palestinienne à Ramallah dirigés par Mahmoud Abbas et sa faction du Fatah, d’un côté, et le Hamas dans la bande de Gaza de l’autre - a été une décision politique prise par des pouvoirs de la région ou extérieurs : les États-Unis, l’Egypte et Israël. Cette politique comprenait l’application stricte par l’Egypte du blocus de Gaza.

Si le régime de Moubarak s’en va, les États-Unis vont perdre un énorme levier pour influer sur la situation en Palestine, et l’Autorité palestinienne [AP] d’Abbas va perdre un de ses principaux alliés contre le Hamas.

Déjà discréditée par l’étendue de sa collaboration et de sa capitulation exposées dans les mémos palestiniens, l’AP sera encore plus affaiblie. En l’absence d’un « processus de paix » crédible pour justifier sa « coordination sécuritaire » poursuivie avec Israël, ou simplement son existence même, le compte à rebours peut aussi commencer pour une implosion de l’Autorité palestinienne. Même le soutien des États-Unis et de l’Union européenne pour un Etat policier et répressif à la sauce de l’AP peut ne plus être politiquement tenable. Le Hamas peut en être le bénéficiaire immédiat, mais pas nécessairement sur le long terme. Pour la première fois depuis des années nous assistons à de larges mouvements de masses, et bien que des islamistes y participent, ces masses ne sont pas nécessairement dominées ou contrôlées par ceux-ci.

Il y a aussi une valeur d’exemple pour les Palestiniens : l’endurance des régimes tunisien et égyptien était fondée sur la perception qu’ils étaient forts, sur leur capacité à terroriser une partie de leurs populations et à en coopter une autre. La facilité relative avec laquelle les Tunisiens ont mis à bas leur dictateur, et la rapidité avec laquelle l’Egypte, et peut-être le Yémen, semblent aller dans la même voie, pourraient bien envoyer un message aux Palestiniens que ni Israël ni les forces de sécurité de l’AP ne sont aussi indomptables qu’elles ne le paraissent. En effet, la force « dissuasive » d’Israël a déjà subi un énorme coup par son échec à vaincre le Hezbollah lors des attaques sur le Liban en 2006 et à vaincre le Hamas à Gaza durant l’hiver 2008-09.

Quant à l’AP d’Abbas, jamais autant d’argent venu des donateurs internationaux n’a été consacré à une force de sécurité avec d’aussi mauvais résultats. Le secret de polichinelle, c’est que si l’armée israélienne n’occupait pas la Cisjordanie et ne faisait pas le siège de Gaza (avec l’aide du régime de Moubarak), Abbas et sa garde prétorienne seraient tombés depuis longtemps. Construisant sur les bases d’un processus de paix frauduleux, les États-Unis, l’UE et Israël - avec le soutien de régimes arabes décrépis et à présent sous la menace de leurs propres peuples - ont construit une maison palestinienne de cartes dont il est peu probable qu’elle ne reste debout plus longtemps.

Cette fois, le message peut être que la réponse n’est pas une plus forte résistance armée, mais un peu plus de pouvoir au peuple et que l’accent soit mis davantage sur les manifestations populaires. Les Palestiniens forment au moins la moitié de la population dans la Palestine historique - Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza réunies. S’ils se soulèvent collectivement pour exiger l’égalité des droits, que pourrait faire Israël pour les arrêter ? La violence brutale et meurtrière d’Israël n’a pas empêché des manifestations régulières dans les villages de Cisjordanie, dont Bil’in et Beit Ommar.

Israël doit craindre que s’il répond à une insurrection générale avec brutalité, son soutien international déjà précaire pourrait commencer à s’évaporer aussi rapidement que celui de Moubarak. Le régime de Moubarak, semble-t-il, est en rapide « délégitimation ». Les dirigeants israéliens ont indiqué clairement qu’une telle implosion de l’appui international leur fait plus peur que n’importe quelle menace militaire extérieure. Avec le basculement de pouvoir en faveur du peuple arabe [...], les gouvernements arabes ne pourront pas rester silencieux et complices comme ils l’ont été pendant des années alors qu’Israël opprime les Palestiniens.

Quant à la Jordanie, le changement est déjà en cours. J’ai assisté à une manifestation de milliers de personnes dans le centre d’Amman hier. Ces protestations, bien organisées et pacifiques, appelées par une coalition de partis islamistes et l’opposition de gauche, ont lieu depuis des semaines dans les villes à travers le pays. Les manifestants exigent la démission du gouvernement du Premier ministre Samir al-Rifai, la dissolution du parlement élu dans ce qui a été largement considéré comme des élections frauduleuses en novembre, de nouvelles élections libres fondées sur des lois démocratiques, la justice économique, la fin de la corruption et l’annulation du traité de paix avec Israël. Il y avait de fortes démonstrations de solidarité avec le peuple d’Egypte.

Aucune des composantes de la manifestation n’escomptait que le genre de révolution qui s’est produit en Tunisie et en Egypte se produise en Jordanie, et il n’y a aucune raison de croire que de tels développements soient imminents. Mais les slogans entendus lors des ces manifestations étaient sans précédent dans leur audace et leur défi direct à l’autorité. Tout gouvernement devenant plus sensible aux souhaits de sa population devra revoir ses relations avec Israël et les États-Unis.

Une seule chose est aujourd’hui certaine : quoi qu’il advienne dans la région, la voix du peuple ne peut plus être ignorée.

* Ali Abunimah est rédacteur en chef de The Electronic Intifada et l’auteur de One Country : A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse.

 

Bon, il ne faut pas trop s'enflammer : les impérialistes ont encore la carte El Baradei dans la chaussette...

C'est d'ailleurs marrant : alors qu'en Tunisie, un gouvernement "libéral" pro-US pourrait succéder au "socialiste" françafricain Ben Ali ; en Egypte, le pro-américain Moubarak pourrait être remplacé par un homme qui était sur la position franco-allemande concernant l'Irak... Chaises musicales impérialistes.

Il n'y a pourtant pas de "super-impérialisme", pas de "gouvernement mondial", même au G8... Mais il y a une situation dans laquelle les impérialistes laissent de côté leur concurrence et se serrent les coudes : face à la Révolution !!!

 

palestinecommuniste2

 

 

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Jan 2011 à 19:23

Le camp des PS du monde ? Le Parti national-démocrate de Moubarak toujours membre de l’Internationale socialiste…

benali%20mubarak 

Le camp des PS du monde ? Le Parti national-démocrate de Moubarak toujours membre de l’Internationale socialiste…

Article de http://vivelepcf.over-blog.fr/ repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Les partis socio-démocrates ne tiennent pas les mêmes positions selon qu’ils sont au pouvoir ou non. Ce n’est pas une découverte. Les grandes luttes actuelles des peuples tunisiens et égyptiens viennent éclairer cette contradiction fondamentale.

Le groupe social-démocrate au Parlement européen s’est illustré en faisant bloc, lors de la dernière séance plénière (17 au 19 janvier 2011), avec le Parti populaire européen (droite) pour qu’aucune résolution sur la Tunisie ne soit adoptée, ni même simplement examinée. Le prétexte : il faut attendre que la situation « se stabilise » pour « avoir les idées claires ». C’est comme cela que Sarkozy a cherché à excuser son soutien tacite à Ben Ali.

Les déclarations ultérieures, après coup, venant notamment du PS français, en faveur de la démocratie en Tunisie n’y changent rien. Le mal est fait. Les socialistes français ne se sont pas désolidarisés de leurs camarades. A la tête du FMI, Strauss-Kahn avait d’ailleurs félicité Ben Ali en 2008 pour sa réussite économique…

Au passage, c’est un signe de plus qu’il n’y a rien à attendre d’un Parlement européen dont les députés ne sont pas responsables devant leur peuple.

Le même jour, le 19 janvier 2011, on apprend que l’Internationale socialiste (IS), qui réunit les PS du monde, dont Pierre Mauroy est président honoraire, a exclu de ses rangs, du jour au lendemain, le Rassemblement constitutionnel démocratique, RCD, le parti de Ben Ali.

Il était temps de se rendre compte de son « incompatibilité avec les objectifs fondamentaux de l’IS » !

Le Parti national démocratique égyptien, le parti de Moubarak, en est toujours membre.

Dépêchez-vous de l’exclure, amis socialistes ! Sinon ça va se savoir !  

Inclinamos nuestras banderas rojas ante el martirio de cientos de proletarios y patriotas árabes masacrados por el imperialismo

Edité par T 34 - 31 Jan 2011 à 21:31
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Feb 2011 à 22:20

Hugo Chávez exige du respect pour le droit des peuples arabes à l’auto détermination

Caracas, 31 janvier (RHC).- Le Président du Venezuela, Hugo Chávez, a exigé du respect au droit des nations arabes à l’auto détermination.

Se référant aux tensions que vivent l’Egypte et la Tunisie, le président Chávez a signalé que son gouvernement ne s’est pas prononcé sur cette situation justement par respect à ces pays.

Le président vénézuélien a critiqué l’appel lancé par la Secrétaire d’état étasunienne, Hillary Clinton, à une transition à la démocratie réelle en Egypte. Le chef de l’état vénézuélien a ajouté que l’appel dans cette région doit être en faveur de la paix, de l’auto détermination, du progrès.

Hugo Chávez a signalé que les États-Unis s’obstinent à semer des divisions dans le monde arabe.

Il a commenté à l’opinion publique ses conversations avec les leaders de la Syrie et de la Libye Bashar al-Assad et Mohamar al-Kaddafi, respectivement, au sujet des problèmes sociaux accumulés dans la région et qui sont, dans une large mesure, les détonateurs de l’actuelle instabilité.

Hugo Chávez qui a inspecté la zone affectée par l’explosion survenue dans un dépôt de munitions à Maracay, a déploré la mort d’une personne. Il a fait l’éloge du travail des pompiers et des Forces armées pour éviter plus de morts et des dégâts. 10 000 personnes ont été évacuées.

Source
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