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    Envoyé : 29 Jan 2012 à 21:52

Les tournures pronominales réfléchies : indice langagier d’une idéologie néolibérale banalisée

Par Christophe Trombert, sociologue (université Lyon-II), membre du collectif Nous Restons Vigilants.

Lorsqu’on enquête dans des services sociaux, des services d’insertion professionnelle ou à Pôle emploi, on entend ou on lit des énoncés comme : « M. doit se donner les moyens de son projet », « Mme s’est fortement découragée dans ses démarches », « M. s’active dans sa recherche d’emploi et il tente de se donner les meilleures chances de s’en sortir », « M. ne s’investit pas dans son parcours », « Mme se laisse aller », « Vous vous mettez en difficulté », « Vous vous devez de chercher activement un emploi », « C’est à vous de vous prendre en charge », « Disposez-vous mentalement à être positif », « Mettez-vous à la place de l’employeur »…

Les magazines féminins sont eux aussi remplis de ces tournures pronominales réfléchies : « À la rentrée, on ne se laisse pas abattre. (…) Se bouger, maigrir, cela se fait dans la douleur. À la rentrée on s’obstine. » (Elle, 8 juillet 2011). Les sites de recherche d’emploi pour les cadres utilisent aussi de telles tournures : trouver un emploi, c’est « savoir se vendre ». L’armée de terre, pour sa campagne de recrutement « Devenez vous-même », énonce quant à elle : « Depuis quand vous ne vous êtes-vous pas dépassé ? Rejoindre l’armée de terre, c’est se lancer ce défi. »

De telles tournures pronominales, issues du langage ordinaire, ont en commun de renvoyer les individus à eux-mêmes, en pointant leur responsabilité, leur volonté et leurs capacités. Ces formules font comme si l’individu était tout-puissant sur lui-même dès lors qu’il le veut bien. Le poids du social est nié au profit d’une « norme d’internalité » individualisante : le chômeur « se décourage » et ce n’est pas le contexte de l’emploi et des interactions négatives avec des employeurs qui le découragent. On sait que cette internalisation est valorisée par les professionnels de l’insertion, notamment lorsque l’internalisation s’exprime sous forme d’intention de se normaliser.

De plus, ces tournures suggèrent que c’est non envers le social mais envers lui-même que l’individu (se) doit d’être à la hauteur : un modèle d’individu qui serait sa propre mesure et son propre tyran, un héros s’améliorant continuellement pour affronter des épreuves qu’il se serait choisies. Il n’y a pas lieu d’ailleurs de s’étonner que ces tournures soient employées prioritairement dans des univers de compétition, de puissance, de violence et d’humiliation.

On a là une conception atomisée du social et des individus. Le rapport de soi au monde est avant tout un rapport de soi à soi pour s’adapter à un environnement risqué sur lequel personne n’a à redire. On parie que seule l’infime minorité qui part gagnante dans ce jeu faussé au départ trouve cette perspective de société séduisante.

Le fait que ces tournures pronominales soient aussi employées ordinairement par des travailleurs sociaux, qui le plus souvent pensent être de gauche et œuvrer à la solidarité et à la réparation des dégâts causés par la compétition sociale, doit nous inquiéter. Il faut se méfier de l’usage routinier et peu conscient de certaines tournures pronominales qui nient l’inégalité des chances, le peu de choix et le peu de pouvoir sur l’existence que subissent les groupes sociaux défavorisés.

Un tel culte ordinaire de l’acteur signale la banalisation d’une idéologie néolibérale. Celle-ci évacue le fait qu’on ne choisit pas souvent les difficultés qu’on affronte, que ces difficultés sont inégalement réparties et que les opportunités de s’en sortir viennent du social, font l’objet d’une compétition, et ne sont pas les mêmes suivant le milieu dans lequel on a grandi.

D’autre part, ces tournures camouflent le poids d’injonctions sociales pesant lourdement sur les chômeurs et précaires : c’est rarement envers soi-même qu’on est engagé, qu’on a des devoirs ou qu’on est mobilisé, et c’est plus souvent envers une instance dotée d’un pouvoir de coercition (Pôle emploi, service RSA, employeur) qu’on est obligé d’être compétitif et rentable, pour n’importe quel emploi, dans n’importe quelles conditions.

Il est sans doute urgent de se prémunir contre ces injonctions enjolivées et perverses, incitant à une autodiscipline des subjectivités qui se révèle être une aliénation fondée sur le pouvoir de contrainte et de séduction des institutions sur les individus.

Christophe Trombert

Source


Pourquoi le mot « travail » est-il politiquement « clivant » ?

Le travail mène aux travailleurs, l’emploi mène aux employeurs

Par Bernard Vasseur, philosophe.

Je souligne, dans mon livre, la Démocratie anesthésiée (1), un constat que chacun peut faire : le mot « travail » a disparu du débat politique et il est partout remplacé par celui « d’emploi ». Deux mots porteurs de pensées qui ne reviennent pas au même ! Depuis lors, la question du travail a refait surface. Un séminaire d’Espaces Marx l’a mise à son ordre du jour. Une journée d’étude, dont l’Humanité a rendu compte, s’est tenue au 
Sénat, à l’initiative de Jack Ralite et d’Yves Clot. De même, dans l’Humanité du 5 janvier 2012, Jean-Claude Mairal a publié un article, « La place de l’humain dans le travail », où il est dit, notamment : « Car le travail, ce n’est pas seulement avoir un emploi, c’est se sentir utile, c’est être membre d’un collectif et de la société, c’est tout simplement vivre dans la dignité et plus dans l’assistanat. »

Toutes ces approches montrent bien qu’en tenant le fil du travail, on ouvre le regard sur des questions laissées dans l’ombre par la seule rhétorique de l’emploi. Un bon emploi, c’est un emploi bien payé, point final ! Un bon travail, c’est certes un travail bien rémunéré, mais c’est bien davantage. Un travail, c’est un métier (fierté du métier, savoir-faire, formation), c’est un collectif humain (équipe, l’entreprise de demain qui ne peut plus être celle du siècle dernier), c’est une activité sociale (la France « dégradée » parce que vidée de son secteur productif), c’est la vie de millions d’individus qui y consacrent l’essentiel de leur vie éveillée (l’usure physique, le stress, l’angoisse d’en manquer ou un travail épanouissant, motivant), c’est l’exercice de responsabilités (la dictature des « chefs » ou les droits et les pouvoirs des travailleurs, un travail stable ou la précarité), c’est la question du salariat (un statut indépassable qui « va de soi » ou une forme moderne de sujétion ?), c’est une question qui concerne la vie dans les entreprises, mais qui ouvre aussi sur l’ensemble de la vie sociale (« Pas de République dans la société tant qu’on a la monarchie à l’entreprise », comme l’a écrit Marc Sangnier), etc. Autant de pistes informulables et inaudibles pour qui se plie au seul registre de l’emploi (quel emploi et quel salaire pour moi ?).

Mais la question n’est pas seulement que l’analyse en termes de travail est « plus riche » que celle en termes d’emploi. C’est que le discours de l’emploi « refoule » et inverse la logique portée par le travail. Pour le rendre sensible, écoutons ce bref dialogue qui figure dans une pièce de théâtre de Serge Valletti (Sale Août). Un premier personnage appelé Léon, parlant d’une grande entreprise déclare : « Savez-vous combien la Compagnie gagne chaque année sur le dos de ses ouvriers ? » À quoi un second personnage répond : « C’est la meilleure ! Léon, enfin Léon ! Sais-tu plutôt combien les ouvriers gagnent sur le dos de la Compagnie ? N’inverse pas tout ! C’est la Compagnie qui fait vivre toute la ville, qu’on lui doive tout de même un peu de respect ! (…) Qu’elle disparaisse demain et la région tombe en ruine illico presto ! » On le saisit, le premier personnage parle de travail, le second d’emploi. Entre les deux, un monde à l’envers et un monde à l’endroit !

On en mesure les conséquences. Si l’on tient la logique du travail, alors on se dirige sûrement vers l’idée que c’est le travail – et donc les travailleurs – qui crée les richesses de l’entreprise et de la société. Tandis que si l’on suit le registre de l’emploi, alors on arrive à la conclusion que c’est l’entreprise qui « donne » ses emplois à la ville, à la région, et donc que c’est « l’employeur » le vrai maître du jeu. Comme l’a dit un participant à un débat sur mon livre : « Le travail mène aux travailleurs, l’emploi mène aux employeurs ! »

On comprend alors pourquoi le mot travail est politiquement « clivant » et pourquoi il peut être remarqué et entendu par les ouvriers et les milieux populaires. Il part d’eux, il parle d’eux, en valorisant leur apport à la société et leur puissance, leur rôle et leur « utilité ». Ce que ne fait évidemment pas le discours sur l’emploi, qui les méprise d’emblée en les considérant comme des assistés à qui l’on va « donner » un emploi s’ils se tiennent tranquilles et si un « employeur » le décide souverainement. Ce qui revient à les inscrire dans le rôle du « demandeur » (d’emploi), c’est-à-dire dans la faiblesse, l’insignifiance et la passivité. Et la question du travail est d’autant discriminante aujourd’hui que l’on en est à l’heure où ce qui est valorisé, c’est la « finance » (et les agences de notation !), autrement dit, une façon d’être (très) riche sans passer par le travail, une façon de le nier dans sa substance même, et qui ne vise à rien d’autre qu’à le réduire.

Alors puisque nous sommes aussi à l’heure de l’indignation (Stéphane Hessel), de la résistance (Jean-Luc Mélenchon), du réveil de l’histoire (Alain Badiou), peut-être faut-il se souvenir de cette formule d’Albert Camus, précisément tirée de l’Homme révolté : « La logique du révolté est de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel. »

(1) Dont un deuxième tirage vient d’être imprimé 
aux Éditions de l’Atelier.

Bernard Vasseur

L’assassinat de la parole

 
Antonio Aponte

Quand, dans une société, la parole se détache de son sens, quand la rhétorique vit pour elle-même, quand la fiction contrôle la vie quotidienne, quand la crédulité est propice au mensonge, alors, c’est le signe que la barbarie est proche.

2 Mars 2011 - Les études sur le langage ont fait état de systèmes pervers qui ne reposent que sur les signes de distorsion de la langue, de l’idiome.

Quand les mots perdent leur capacité à communiquer, ou pire, quand ils sont employés pour désorienter et tromper, bien plus que pour communiquer, nous nous approchons de tristes jours.

La perte du sens des mots impose l’usage de la force.

Seule la force peut restituer la correspondance entre le discours et la réalité, fondement de la santé mentale. Un peuple privé de cette cohérence est un peuple rendu fou.

Nous pouvons étudier dans ce cadre la réalité du Vénézuéla. (…)

Le cri agressif se substitue à l’analyse, à l’argument rigoureux. Les mots ne servent pas à représenter la réalité, mais construisent un monde à part, ce qui est le propre de la Schizophrénie.

(…) Cette action de rendre étrangers les mots et leur contenu, le signifiant et le signifié, est pratique, surtout en Politique, mais elle comporte des conséquences dangereuses : le monde déformé qui se constitue ainsi, les situations qu’il masque, sont un terrain propice pour que resurgissent les passions les plus basses de l’être humain. L’aliénation est en germe, elle se réalise dans les soubassements, dans les tréfonds de l’âme, dans le subconscient, là où l’homme est un reptile.

On crée ainsi les conditions qui soutiennent le fascisme. Les masses fascistes acceptent quoi que ce soit d’absurde s’il y a une récompense au bout, et elles sont capables de n’importe quelle brutalité pour chercher à apaiser une âme qui souffre le brutal déséquilibre émotionnel du déracinement dans un monde incompréhensible. Les masses sont capables de condamner des secteurs entiers à l’extinction dans les fours crématoires, et, fatalement, elles chercheront des coupables pour rendre leur angoisse plus propre.

La Révolution doit protéger le langage de la déformation capitaliste, lui rendre son lien avec la réalité, restituer aux mots leur contenu, le discours doit refléter la vie et jamais une fiction. Ce qu’expriment les Révolutionnaires doit être, toujours, un monument de crédibilité.

Le jour où la société se mobilisera pour protéger l’honneur d’un mot et de son contenu, par exemple « Amour », « Socialisme » ou « Patrie », ce jour-là nous seront en train de commencer la construction d’un monde nouveau. Ce jour-là l’humain triomphe, il trouvé ce qu’il signifie, son attache avec la réalité.

On peut croire Chavez !

www.aporrea.org/ideologia/n118741.html



Edité par T 34 - 12 Feb 2012 à 20:27
Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Oct 2012 à 17:13

LE MOT. Charges

C'est l'un des mots clés du discours très idéologique lancé par le patronat dans les années 1980, à l'appui de son offensive pour rétablir un niveau de profits en comprimant les salaires. Avec les « charges », les libéraux transforment une responsabilité sociale des entreprises en un fardeau économique. Les cotisations sociales, ainsi désignées, sont une partie, indirecte, de la rémunération des salariés, qui permet de financer  la protection sociale. Alors que leur supposée efficacité économique reste à prouver, les exonérations de « charges » consenties depuis près de trois décennies ont, tout comme les pressions sur les salaires directs, largement contribué à la crise.

Source

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Jan 2013 à 00:14

Le lexique d’un leader du 21ème siècle (Dissident Voice)

 

Pour aider tous les leaders du 21ième siècle (occidentaux bien sûr) dans leurs discours ou leurs déclarations aux médias et à leur crédules auditeurs. N.B. : cette liste n’est pas exhaustive et les leaders pourront inventer les mots et les phrases dont ils ont besoin et leurs alter ego pourront s’en inspirer.

Insurgés (aussi appelés terroristes, Moudjahidines, Al Qaeda, Talibans, Islamistes) : méchants. Nous ne les soutenons pas.

Rebelles : bons ; Nous les soutenons avec des armes et autres matériels, et ce sont nos forces (qui ne sont pas là) qui les entraînent parce que ....

Bottes sur le terrain : nous n’enverrons pas de soldats (parce qu’ils y sont déjà partis il y a une semaine/un mois/un an).

Régimes, dictatures : les gouvernements légitimes que nous ne soutenons pas.

Gouvernements : les régimes et dictatures que nous soutenons.

Nous sommes fiers de notre relation privilégiée’ : nous leur achetons des armes.

Partenaires’ : nous leur vendons des armes.

Pays amis : et à eux aussi.

Alliés mondiaux : et à eux aussi.

Nous sommes heureux d’accueillir le nouveau gouvernement/le renversement du gouvernement précédent : nous voulons leur vendre des armes.

Régimes : ceux à qui nous vendions des armes auparavant.

Dictatures : idem.

Etat voyou : un état dont l’occident a entièrement perdu le contrôle.

Armes chimiques/biologiques/nucléaires : utilisez ces termes pour effrayer vos propres citoyens. Par exemple, “l’Iran/l’Irak/la Syrie pourraient nous attaquer avec des armes chimiques/biologiques/nucléaires”. Attention, soyez quand même prudent parce (1) il se pourrait qu’ils n’en aient pas et (2) vous ne vous souvenez plus si vous leur en avez vendu ou non.

Ajoutez par sécurité : ‘Nous avons la preuve qu’ils les ont utilisées contre leurs propres citoyens’. Ne fournissez JAMAIS de preuves. Ce que vous voulez ce sont les grands titres dans les journaux du lendemain - “Syrie/Iran/Irak accusé de…”

‘Nous avons des preuves’ : généralement imaginaires ; il y a deux façons de procéder 1) Ne jamais en reparler et espérant que les gens oublieront. 2) Invoquer la ‘sécurité’ pour justifier votre manque de transparence et d’honnêteté.

Ferme réponse sécuritaire : tout ; des sanctions, frappes aériennes, bottes sur le terrain, à la fermeture complète de votre propre pays.

Menace : vous n’utiliserez jamais assez souvent ce mot, généralement associé aux mots ’grave’, ’réelle et actuelle’, réelle et existentielle’, ’large et existentielle’ etc. D’accord, vous ne savez pas ce que ’existentiel’ signifie et vos auditeurs non plus mais cela vous donne l’air d’être plus intelligent qu’eux. Du moins vous l’espérez.

Intervention : sanctions, frappes aériennes, invasion (mais ne parlez pas des complots, rébellions or assassinats fomentés par vos propres forces de sécurité).

Intervention pour protéger/défendre nos intérêts : leurs ressources, nos multinationales.

Nos intérêts : idem

Intervention humanitaire : prenez l’air noble en prononçant cette phrase. Vous allez vous interposer entre une population innocente et son cruel dictateur. Ne parlez pas de la politique ’une balle, un mort’ de vos forces. Qu’on appelle aussi ’Responsabilité de protéger’ et qui nécessite une Résolution de l’ONU.

Résolution de l’ONU : une série de demandes impossibles à un état voyou. Vous savez qu’il ne peut les satisfaire, et cela donne une apparence de légitimité à votre invasion.

Nous soutenons les termes de la Résolution sur la ’responsabilité de protéger’ de l’ONU : bravo, ça c’est tout à fait vrai ! Vous en avez violé tous les termes avant que la Résolution ne soit passée.

Libération : dites aux pays envahis que cela va de pair avec leur modernisation.

Modernisation : cela consiste à donner le contrôle de leurs ressources/services publics à des multinationales.

Démocratie (1) : arrangez des élections dans les pays envahis.

Démocratie (2) : assurez-vous que les gouvernements des pays envahis soient contrôlés par vos candidats préférés. Le mieux serait qu’ils aient des passeports étasuniens ou anglais et une résidence dans votre pays.

Démocratie (3) : ignorez le système de gouvernement local traditionnel et imposez des ’élections démocratiques’.

Démocratie (4) : informez vos propres citoyens que vous êtes leur leader parce qu’ils vivent dans une démocratie - dont ils devraient être fiers.

Renverser un dictateur/un régime : Précisez à vos propres citoyens que c’est dans leur intérêt. Dites-leur bien qu’il s’agit aussi de libérer les citoyens du pays envahi et qu’il est absolument nécessaire de les bombarder, etc. Qui sait, avec un peu de chance un de vos missiles de grande précision touchera peut-être le dictateur.

Frappes de précision : Dans un rayon d’un km environ.

Important soutien de Al Qaeda/Taliban /Kadhafi/Assad tué dans une frappe’ : Montrez-vous fier de vos drones armés. Ils sont d’une précision inégalable et vous savez que personne ne peut prouver le contraire.

Nos braves soldats : notre chair à canon. Utilisez l’expression aussi souvent que possible tout comme ’Héros’.

Combattants : les combattants ennemis. Leur chair à canon. Synonyme de terroristes, etc.

Sacrifice : habituellement celui de ’nos braves soldats’ quand ils ont été tués, blessés ou capturés par ’l’ennemi’. Le ’sacrifice’ est souvent ’tragique’ - un autre mot à répéter à satiété.

Attention, quand vous utilisez le mot sacrifice, de bien cacher votre satisfaction de ne pas avoir, vous-même, à sacrifier quoi que ce soit pour le bien de votre pays.

Pour le bien du pays : Cette expression sert à convaincre les électeurs que vous avez une vision beaucoup plus large et plus profonde que la leur. On peut aussi l’utiliser avec ’sécurité nationale’ et ’intérêts’.

Civils innocents : les vôtres.

Dommage collatéral : les leurs.

Assassinats ciblés : Assurez-vous de prononcer ces mots de manière clinique et avec autorité. Il s’agit de meurtre ou d’assassinat - toute action qui conduirait vos propres citoyens en prison.

Torture : Si vous êtres britannique contentez-vous de répéter que ’la politique établie du gouvernement n’est pas d’utiliser la torture, ni de solliciter, d’encourager, ou d’approuver l’utilisation de la torture ou de n’importe quel autre traitement inhumain, dégradant ou cruel dans quelque but que ce soit, et insistez bien sur le fait que ’nos braves soldats’ ne feraient jamais une chose pareille même s’il est prouvé qu’ils l’ont fait et continuent de le faire. Si vous êtes Etasunien, dites bien que la loi étasunienne autorise ces pratiques puisqu’elle a établi que la torture par l’eau, etc. n’était pas de la torture. Vous pouvez l’affirmer en toute certitude -c’est vous ou un de vos prédécesseurs qui avez obtenu ce jugement.

L’ennemi est en fuite : nos troupes sont confinées à la base.

Rapatrier nos soldats : n’oubliez jamais d’ajouter qu’ils ont ’rempli leur mission’. Soyez certain que peu de gens se rappelleront de quelle mission il s’agit. Si vous êtes contraint de préciser, utilisez le mot ’évacuation’ plutôt que le mot ’repli’. Et dites que la ’menace terroriste mondiale’ s’est déplacée et que vous et vos forces êtes prêts à aller partout où elle pointe sa monstrueuse tête.

Mais n’utilisez JAMAIS les mots ’retraite’, ’perdu’ ou ’défaite’.

Lesley Docksey

Lesley Docksey est le rédacteur de Abolish War, la newsletter du Mouvement pour l’Abolition de la Guerre (MAW).

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2013/01/a-leaders-lexicon-for-the-...

Traduction : Dominique Muselet

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Jan 2013 à 01:39

Contre-réformes et mobilisations de 2003

Lexique pour temps de grèves et de manifestations

par Henri Maler, Yves Rebours, le 15 juin 2003

La langue automatique du journalisme officiel est une langue de bois officielle.

- « Réforme » : Quand une réforme proposée est imposée, cela s’appelle « LA réforme ». Et s’opposer à cette réforme devient : le « refus de la réforme ».

- « Réformistes » : Désigne ou qualifie les personnes ou les syndicats qui soutiennent ouvertement les réformes gouvernementales ou se bornent à proposer de les aménager. Les partisans d’autres réformes constituent un « front du refus ».

- Modernisation  : synonyme de "réforme" ou de l’effet attendu de "LA réforme". "LA Modernisation" est, par principe, aussi excellente que "LA réforme"...puisque, comme l’avait fort bien compris, M. de La Palisse, fondateur du journalisme moderne, la modernisation permet d’être moderne. Et pour être moderne, il sufit de moderniser. Le modernisme s’oppose à l’archaïsme. Seuls des esprits archaïques peuvent s’opposer à la modernisation. Et seuls des esprits tout à la fois archaïques, réactionnaires et séditieux peuvent avoir l’audace et le mauvais goût de proposer de subordonner "LA modernisation" au progrès social. D’ailleurs, "LA modernisation" est indifférente à la justice sociale, que la modernité a remplacée par l’« équité ». Voir ce mot. (avec Nadine Le Duff)

- « Equité » : Désigne le souci (on parle de « souci d’équité »... qui permet de réduire des avantages (relatifs) de certains salariés au lieu de les faire partager à tous. Ce terme est sans emploi s’agissant des prétendues « élites », exemptées de quelque concession par leur naturel « souci d’équité ».

- « Privilèges » : Désigne les avantages (relatifs) dont disposent certains salariés par comparaison à d’autres, mais non les avantages exorbitants dont disposent les tenanciers de tous les pouvoirs au détriment de ceux sur lesquels ces pouvoirs s’exercent. Les tenanciers des médias, par exemple, disposent de quelques avantages qu’ils doivent à leur seul mérite, tandis que les infirmières, les cheminots ou les enseignants, sont des privilégiés.

- « Inégalités » : Ne désigne que les rapports entre les salariés du public et les salariés du privé. Tous les autres rapports sont « conformes à l’équité ».

- « Concernés » : Se dit des secteurs ou des personnes qui sont immédiatement visés par « LA réforme ». Sinon, dire : « les cheminots ne sont pas concernés par la réforme des retraites » ou « les enseignants ne sont pas concernés par la décentralisation ». Vous pouvez pousser le souci de la rigueur jusqu’à affirmer que « les cheminots ne sont pas directement concernés ». Dans les deux cas, vous pouvez même ajouter qu’ils « se sentent menacés ». D’où l’on peut déduire ceci : se sentir menacé, ce n’est pas être menacé, et en tout cas être ou se sentir menacé, ce n’est pas être concerné.

- « Malaise » : Se dit du « trouble », plus ou moins profond, qui peut aller jusqu’au « mal-être », vécu ou ressenti par une profession. Au printemps 2003, le « malaise » affecte particulièrement les enseignants. Le « malaise » peut se traduire par des « revendications » qui sont alors que des « symptômes ». Le « malaise » et ses « symptômes », diagnostiqués par les éditorialistes et les experts, réclament un « traitement » approprié.

- « Grogne » : Un des symptômes les plus graves du « malaise », un signe de l’animalité privée de mots des « grognons » [1]. Les grèves et les manifestations se traduisent par « un mouvement de grogne » (entendu sur LCI).

- « Troupes » : Mode d’existence collective des grévistes et des manifestants, quand ils répondent (ou se dérobent) aux appels et aux consignes des syndicats. Parler de « troupes de manifestants », de « troupes syndicales », de syndicats qui mobilisent leurs « troupes » (ou qui « ne contrôlent pas leurs « troupes » »).

- Troubles sociaux  : se dit des effets de la mobilisation des « troupes ». Un journaliste rigoureux se garde généralement de les désigner comme des « soubresauts », ainsi que le fait au cours du journal télévisé de 20 h sur TF1 le mercredi 28 mai dernier, le bon M.Raffarin.

- « Pagaille » : Se dit des encombrements un jour de grève des transports. Par opposition, sans doute, à l’harmonie qui règne en l’absence de grèves.

- « Galère » : se disait (et peut se dire encore...) des conditions d’existence des salariés privés d’emploi et des jeunes privés d’avenir, vivotant avec des revenus misérables, de boulots précaires en stages de réinsertion, assignés à résidence dans des quartiers désertés par les services public, sans loisirs, et subissant des temps de transports en commun démesurés. Mais tout cela était (et restera sans doute...) invisible à la télévision et sans responsables facilement identifiables. En somme, tout ça ne constitue pas, pour les médias, une information bien "sexy". En revanche, « Galère » se dit désormais des difficultés de transports les jours de grève : on peut aisément les mettre en images (cf. les contre-plongées dans la gare de Lyon) et les imputer à un coupable désigné, le gréviste. C’est une information décisive, dont les télévisions ne se lassent pas. (avec Nicolas Kaciaf)

- « Noir » : Qualifie un mardi de grève. On parlera alors de « mardi noir ». Peut également se dire des autres jours de la semaine. « Rouge » est la couleur réservée aux embouteillages des week-end, des départs ou des retours de vacances.

- « Surenchère » : Se dit, particulièrement au Figaro, de tout refus des mesures imposées par le gouvernement, dont l’attitude au contraire se caractérise par la « fermeté ».

- « Durcissement » : Se dit de la résistance des grévistes et des manifestants quand elle répond à la « fermeté » du gouvernement, une « fermeté » qui n’est pas exempte, parfois d’ « ouverture ».

- « Ouverture » : Se dit des opérations de communication du gouvernement. L’ « ouverture » se traduit par des « signes ». Les « signes d’ouverture » traduisent une « volonté d’apaisement ». Ne pas confondre avec cette autre ouverture : « l’ouverture de négociations », qui pourrait manifester un dommageable « recul ».

- « Apaisement » : Se dit de la volonté que l’on prête au gouvernement. Par opposition au « durcissement » de la mobilisation. Voir « ouverture ».

- « Concertation » : Se dit des réunions convoquées par un ministre pour exposer aux organisations syndicales ce qu’il va faire et pour écouter leurs doléances, de préférence sans en tenir aucun compte. Selon les besoins, la « concertation » sera présentée comme un équivalent de la « négociation » ou comme son substitut. Le gouvernement est toujours « ouvert » à la « concertation ». Voir « ouverture ».

- « Négociations » : Selon les besoins, tantôt synonyme, tantôt antonyme de « concertation ». On est prié de ne pas indiquer que, à la différence de la « concertation », la « négociation » est généralement terminée avant d’avoir commencé. Inutile aussi de souligner ce miracle : au printemps 2003, dix heures de « négociation » ont suffi au gouvernement pour ne céder que sur les quelques points qu’il avait déjà prévu de concéder.

- « Dialogue social » : Se dit des rencontres où un ministre parle aux syndicats, par opposition au « conflit social », comme si le « dialogue » n’était pas généralement de pure forme : destiné à dissimuler ou à désamorcer le « conflit ».

- « Pédagogie » : Devoir qui, pour les journalistes communicants, s’impose au gouvernement (plus encore qu’aux enseignants...). Ainsi, le gouvernement fait preuve (ou doit faire preuve...) de « pédagogie ». Tant il est vrai qu’il s’adresse, comme nos grands éditorialistes, à un peuple d’enfants qu’il faut instruire patiemment.

- « Essoufflement » : Se dit de la mobilisation quand on souhaite qu’elle ressemble à ce que l’on en dit.

- « Ultras » : Désigne, notamment au Figaro, les grévistes et les manifestants qui ne se conforment pas au diagnostic d’ « essoufflement ». Vaguement synonyme d’ « extrême gauche », lui-même synonyme de... au choix !. Autre synonyme : Jusqu’auboutistes.

- « Usagers » : Se dit de l’adversaire potentiel des grévistes. Peut également se nommer « élèves qui préparent le bac » et « parents d’élèves inquiets ».

- « Otages » : Synonyme d’ « usagers ». Terme particulièrement approprié pour attribuer les désagréments qu’ils subissent non à l’intransigeance du gouvernement, mais à l’obstination des grévistes. « Victimes » des grèves, les « otages » sont d’excellents « clients » pour les micro-trottoirs : tout reportage doit les présenter comme excédés ou résignés et, occasionnellement, solidaires.

- « Opinion publique » : S’exprime dans les sondages et/ou par l’intermédiaire des « grands journalistes » qui lui donnent la parole en parlant à sa place. Quelques exemplaires de l’opinion publique sont appelés à « témoigner » dans les journaux télévisés. Les grévistes et les manifestants ne font pas partie de « l’opinion publique », qui risque de (ou devrait...) se retourner contre eux.

- « Témoins » : Exemplaires de la foule des grévistes et manifestants, interrogés en quelques secondes à la télé ou en quelques lignes dans les journaux. Le « témoin » témoigne de ses affects, jamais de ses motifs ou du sens de son action. Seuls les gouvernants, les « experts » et l’élite du journalisme argumentent, connaissent les motifs, et maîtrisent le sens. L’élite pense, le témoin « grogne ». Voir ce mot.

- Expert : Invité par les médias pour expliquer aux grévistes et manifestants que le gouvernement a pris les seules mesures possibles, dans l’intérêt général. Déplore que les "grognements" des "jusqu’auboutistes" (voir " ultras "), ces privilégiés égoïstes et irresponsables (voir " corporatisme "), empêchent d’entendre le "discours de raison" des artisans du "dialogue social". (Michel Ducrot)

- « Contribuables » : Nom que porte l’opinion publique quand elle paie des impôts qui servent au service public. Quand l’argent public est dépensé pour consentir des avantages fiscaux aux entreprises, cet argent n’a plus d’origine identifiée. On dira : « les régimes de retraites du secteur public sont payées par les contribuables ». On ne dira pas : « les exonérations de charges consenties aux entreprises sont payées par les contribuables ».

- « Corporatisme » : Mal qui menace n’importe quelle catégorie de salariés qui défend ses droits, à l’exclusion des tenanciers des médias.


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- Voir : "Les articles du site d’Acrimed en .pdf"

Notes

[1] Lire ici même :« La grogne » : manifestants et grévistes sont-ils des animaux ? ».

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Feb 2013 à 13:23

Langage...

 

À l’époque victorienne, on ne pouvait pas parler de pantalons en présence d’une femme.

Aujourd’hui, il n’est pas bon de dire certaines choses en présence de l’opinion publique : le capitalisme arbore le nom artistique d’économie de marché : l’impérialisme s’appelle mondialisation ; les victimes de l’impérialisme s’appellent pays en voie de développement, ce qui revient à appeler enfants ceux qui sont de petite taille ; l’opportunisme s’appelle pragmatisme ; la trahison s’appelle réalisme ; les pauvres s’appellent des démunis, des défavorisés, ou des personnes aux faibles ressources ;

L’exclusion des enfants pauvres du système éducatif est connu sous le nom d’absentéisme scolaire ; le droit du patron à licencier les ouvriers sans indemnisation ni explication s’appelle la flexibilisation du marché du travail ; le langage officiel reconnaît les droits des femmes parmi les droits des minorités, comme si la moitié masculine de l’humanité était une majorité ; au lieu d’une dictature militaire on dit un processus ; la torture s’appelle avertissement illégal, ou encore pression physique et psychologique ; quand les voleurs sont de bonne famille, ce ne sont pas des voleurs, mais des cleptomanes ; le pillage des deniers publics par les politiciens corrompus porte le nom d’enrichissement illicite ; on appelle accidents les crimes que commettent les automobilistes ; pour dire aveugle on dit non-voyant ; un noir est un homme de couleur ; quand on dit longue et douloureuse maladie, on doit lire cancer ou sida ; une douleur soudaine veut dire un infarctus ; on ne dit jamais mort, mais disparition physique ;

Ils ne sont pas morts non plus les êtres humains anéantis dans des opérations militaires : les morts dans des batailles sont en petit nombre, et les civils qui étaient là sans y prendre part, sont des dommages collatéraux ; en 1995, au moment des explosions nucléaires françaises dans le Pacifique Sud, l’ambassadeur de France en Nouvelle Zélande a déclaré : "Ça ne me plait pas ce mot de bombe. Ce ne sont pas des bombes. Ce sont des engins qui explosent." ; des bandes qui assassinent les gens en Colombie, avec la protection des militaires, s’appellent Vivre Ensemble.

Dignité était le nom d’un des camps de concentration de la dictature chilienne et Liberté celui de la plus grande prison de la dictature uruguayenne ; il s’appelait Paix et Justice, le groupe paramilitaire qui, en 1997, a criblé de balles le dos de quarante cinq paysans, presque tous des femmes et des enfants, pendant qu’ils priaient dans une église du village d’Acteal, au Chiapas.

Tiré de Sens dessus dessous. L’école du monde à l’envers. (Traduit en français.)

Patas arriba. La escuela del mundo al revés, résumé en espagnol

Source : http://www.cubadebate.cu/opinion/2013/02/17/eduardo-galeano-...

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Jun 2013 à 19:14

Lexique médiatique pour mauvais temps politique

 
 

Court dictionnaire des idées reçues (accompagnées de quelques citations imaginaires).

 
  • «  Activistes ». Terme préférable à « militants » quand ces derniers défient une autorité réputée pour son « réalisme »* ou son « pragmatisme »*. « Des activistes occupent le terrain dédié à un aéroport par le maire de Nantes  ».
  • « Adaptation ». S’impose à tous, en particulier aux « inadaptés » qui la refusent et témoignent ainsi de leur « extrémisme »*.
  • « Affaires ». Terme générique, employé non sans fatalisme, pour désigner les malversations politico-économiques à répétition, sans trop s’indigner du système qui les rend possibles. « Monsieur Cahuzac, pouvez-vous éviter de laisser traîner vos affaires ? »
  • « Archaïsme ». Terme employé pour qualifier tout propos visant à affirmer qu’il existerait des acquis sociaux à défendre, des droits sociaux à conquérir, voire même des emplois à préserver. « L’archaïsme de cet ouvrier qui, en 2013, vêtu d’un bleu de travail, défend son emploi menacé de délocalisation, fait peine à voir ».
  • « Choix ». Se présentent généralement à l’heure. À l’heure des choix, il n’en reste pratiquement aucun pour éviter le pire prévu par ses prophètes. « Taxer les bénéfices, au risque d’encourager la fuite des capitaux, la guerre civile et le retour de la lèpre, ou travailler plus longtemps, ce qui semble logique au vu de l’allongement de l’espérance de vie ? La France est à l’heure des choix ».
  • « Classe moyenne ». Espèce en expansion dont les frontières ne cessent de s’élargir, au point d’englober des salariés sous-payés et de petits actionnaires. La mettre au pluriel, pour souligner qu’elle se multiplie et qu’elle absorbe plus de la moitié de la population.
  • « Classe ouvrière ». Espèce disparue, dont quelques spécimens se manifestent encore, mais sous le nom de « salariés ». « Des peintures représentant des scènes de vie quotidienne de la classe ouvrière ont été découvertes sur les parois d’une grotte de la région Nord-Pas-de-Calais ».
  • « Compétitivité ». Ardente obligation, à la différence de la coopération ou de la solidarité, condamnées par le « pragmatisme »*.
  • « Consensus ». Désigne un accord recherché ou obtenu, du moins quand il traduit la convergence de point de vue entre élites politiques, économiques et… médiatiques. Que ces dernières forment une minorité n’empêche pas que le consensus puisse être « large », notamment à la sortie des sommets européens. « Cette proposition fait l’objet d’un large consensus. C’est d’ailleurs pour cette raison que notre journal la défend âprement, n’en déplaise aux extrémistes de gauche, de droite, du centre et d’ailleurs ».
  • « Conspirationnisme ». Vice rédhibitoire non seulement des conspirationnistes réellement existants, mais également de toutes les explications qui invoquent des causes invisibles à l’œil nu des commentateurs. Seule, la main invisible (et généreuse) du marché n’est pas conspirationniste.
  • « Démagogie ». Symptôme du « populisme »*. À la différence de la pédagogie médiatique qui, avec réalisme, enseigne… le « réalisme »*, la démagogie se signale par sa consternante contestation de la médiacratie et des évidentes évidences économiques et sociales dont elle se repaît. « Parler d’une augmentation du Smic sous le prétexte fallacieux que les richesses n’ont jamais été aussi mal réparties, c’est de la pure démagogie ».
  • « Europe ». N’est plus une déesse grecque. C’est pourquoi il en faut « plus », de préférence sans précision superflue.
  • « Eurobéat ». Vocable absent du vocabulaire médiatique, alors qu’il serait très économique de l’employer par opposition à « eurosceptique »*.
  • « Eurosceptique ». Vocable très économique, puisqu’il englobe toutes les critiques récusées par les eurobéats. L’eurosceptique est parfois « europhobique », dans la nomenclature des maladies mentales diagnostiquées par la médiacratie.
  • « Escalade ». Conséquence inévitable des « excès »* et de la « surenchère »*.
  • « Excès ». À dénoncer sans « modération »*.
  • « Extrêmes ». Vocable englobant des réprouvés que tout oppose et que les agitateurs d’épouvantails amalgament avec discernement, pour les disqualifier simultanément et sans effort.
  • « Extrémismes ». Points cardinaux en excès sur la carte politique du bien. Vont généralement par deux et fréquemment « se touchent ».
  • « Isolement ». Risque encouru ou position déjà occupée par tous ceux qui n’œuvrent pas au « consensus »*. « Certes, votre raisonnement est incontestable, vos chiffres sont exacts et vos propositions crédibles, mais ne craignez-vous pas l’isolement ? »
  • « Modèle ». À défendre quand il est « social européen ». À imiter quand il est « allemand ». À réformer lorsqu’il est « social français ». À réprouver dans tous les autres cas.
  • « Modération ». En faire preuve, mais sans « excès »*.
  • « Pensée unique ». La pensée d’en face.
  • « Petite phrase ». Prélevée par les médias sur un long discours, préparée par l’orateur pour être reprise par les médias, reprise par les médias dans le but d’être reprise par les médias, qui déplorent l’invasion des petites phrases.
  • « Plus d’Europe ». Déesse supplétive, dont il convient d’invoquer régulièrement l’intervention.
  • « Polémique ». Désigne n’importe quel désaccord quand les médias s’en emparent. Dès ce moment, « ça fait polémique ». En version journalisme branché, on peut parler de « clash », surtout quand il fait le « buzz ». « La question du port du béret dans les cours des écoles primaires fait polémique ».
  • « Populisme ». Vocable sciencepipeaulogique très éclairant puisqu’il désigne, très rigoureusement, toute adresse au peuple, à l’exception de toutes celles… qui ne sont pas populistes. Est menacé de populisme, tout individu, discours ou parti qui prétend, à tort ou à raison, tenir compte des points de vue et des préoccupations des personnes non assujetties à l’ISF.
  • « Pragmatisme ». Synonyme de « réalisme »*, vocable trop usé pour qualifier les réelles « adaptations »*, et notamment l’adaptation au pragmatisme.
  • « Programme ». Se dit des propositions et des engagements d’un parti politique, quand on les évoque pour en dire le moins possible. Trop long pour tenir en un tweet, à la différence d’une « petite phrase »*. « Dans les vingt secondes qui nous restent, pouvez-vous nous résumer votre programme économique et social ? »
  • « Radicalisation ». Effet de la « surenchère »* ou de la poursuite désastreuse d’objectifs que la médiacratie, convertie au « réalisme »*, condamne ou décide d’abandonner. « Exiger la réquisition des logements vides depuis 50 ans témoigne d’une dangereuse radicalisation ».
  • « Réalisme ». En faire preuve. Vertu des chefferies politiques quand elles se conforment aux vœux des chefferies éditoriales. Synonyme de « pragmatisme »*, vocable mieux adapté aux nécessaires « adaptations »* et à l’indispensable « responsabilité »*. « En exigeant la suppression de l’Inspection du travail le Medef a une nouvelle fois fait la preuve de son réalisme ».
  • « Responsabilité ». En faire preuve. Est responsable, en langue médiatique ordinaire, l’attitude, la décision ou la mesure mais aussi… le responsable dont l’ « adaptation »* témoigne d’un grand « pragmatisme »*. « Les salariés qui, par souci de compétitivité, acceptent sans broncher la délocalisation de leur entreprise, font preuve d’un bel esprit de responsabilité ».
  • « Sacrifices ». Sont inévitables, du moins quand il s’agit d’acquis sociaux qui bénéficient trop largement aux classes populaires. « La conjoncture économique étant économique et conjoncturelle, les Français doivent évidemment se préparer à faire des sacrifices ».
  • « Sceptique ». Personne dont le point de vue ne trouve pas sa place dans les colonnes des tableaux des instituts de sondages. « Près d’un Français sur quatre partage le point de vue selon lequel "l’austérité, c’est fun". Les autres sont sceptiques ».
  • « Surenchère ». Excès d’ «  excès »*. Se manifeste une fois que les commissaires-priseurs des médias ont obtenu satisfaction sans avoir à ouvrir les enchères. Bien souvent, la surenchère conduit à la « radicalisation »*.

Phrase automatique :

N’en déplaise aux sceptiques, il convient aujourd’hui de faire preuve de responsabilité, de cesser toute démagogie et d’opter pour le réalisme, en repensant avec pragmatisme le modèle social français et en acceptant de procéder aux nécessaires sacrifices, sous peine de faire le jeu des extrêmes et du populisme.

Henri Maler et Julien Salingue

Voir aussi nos autres lexiques.

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