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Marxisme et religion

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Dominique allez vers le bas
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  Citer Dominique Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: Marxisme et religion
    Envoyé : 25 Nov 2012 à 22:43
Le débat sur la religion est sans doute aussi vieux que celle-ci. Dans la vision marxiste du phénomène religieux, une chose m'étonne: rien n'est dit sur les dogmes et les tabous des religions organisées et la critique semble se concentrer sur l'existence ou non de dieu, sur une opposition entre athéisme et religion.

Le communisme défend la liberté de pensée. Cette liberté est celle de celui qui pensent différemment. Or, force est de constater que liberté de pensée implique liberté de croyance. De plus, le fait religieux est aussi vieux que l'être humain. Il y a donc selon toute vraisemblance toujours eu des athées et des croyants. Enfin, le fait religieux a suivi la même évolution que notre société. Des religions chamaniques des peuples de chasseurs aux religions de domination actuelles, la différence est aussi profonde que la différence de structure sociale.

La famille des peuples de chasseurs est la communauté, la tribu, et même le chamane n'y a pas plus de pouvoir politique que n'importe quel autre membre de la communauté.  La forme de mariage est le groupe, toutes les tâches, même l'éducation des enfants, sont réalisées en commun. Cela n'empêche pas les affinités entre deux personnes et les liens personnels de se créer. Il n'y a pas plus de hiérarchie entre les dieux ou esprits qu'il n'y en a dans la société. De plus, la multiplicité des esprits implique que les religions chamaniques ne sont pas organisées. Il n'y a pas de dogmes officiels et chacun est libre de prier le ou les esprits qu'il lui semble bon. Pour illustrer cette absence de hiérarchie entre les esprits, nous pouvons considérer que chasser la nuit sous la lune ou le jour sous le soleil reste la même activité. A cette époque, qui s'étend de l'aube de l'humanité il y a plusieurs millions d'années à un passé récent, l'être humain maîtrise l'usage qu'il fait de sa violence: chasser apporte de la nourriture à la communauté et est donc une activité bénéfique pour la société.

Avec la découverte de l'agriculture par les femmes, la société se transforme. Il est possible de planifier la subsistance et donc de se sédentariser. Le premier dieu principal voit le jour, une femme, le soleil. Le rapport entre les peuples d'agriculteurs et ce dieu principal est semblable à celui d'un bébé envers le sein de sa mère, d’où le nom de ces religions: les religions de fécondation. Cela s'explique par le fait que ces peuples sont dépendants des cadeaux du soleil pour leur subsistance. Les femmes, de part leur travail dans les champs, accèdent à un statut social privilégié. Le mariage devient matriarcal, la polygamie n'est pas réprimée et les premières formes d'oppression de la polyandrie apparaissent ici et là, mais pas de façon systématique. La structure sociale comme politique reste cependant largement basée sur le groupe, sur la communauté. Les décisions politiques sont toujours prises par l'ensemble de la communauté. L'être humain fait toujours un usage raisonné de sa violence.

Ce bel ordre social change avec l'arrivée des peuples de guerriers. Les religions de dominations transforment le soleil en une coque vide faite de lumière ou d'or. Ce "soleil" est transporté par un bateau, bateau dont le capitaine, un guerrier, est le dieu principal. Le patriarcat s'impose, la polygamie n'est pas réprimée, la polyandrie l'est fortement. La femme est abaissée à un rang intermédiaire entre celui du cochon et celui de l'esclave. Sa seule chance d'ascension sociale réside dans la prostitution sacrée. Elle se venge: le cocu fait son entrée dans l'Histoire. Les noms des premiers dieux grecs furent choisis parmi les nom des ancêtres des familles patriciennes grecques. La religion devient ainsi organisée et dogmatique: elle cesse d'être un représentation imagée du monde et de ses mystères pour acquérir autant une dimension d'opium du peuple que celle de justification morale de ce qui est, un nouvel ordre social profondément injuste. Les peuples d'agriculteurs adoptent rapidement ces nouvelles coutumes et ce sont les peuples de chasseurs qui en font les frais: les premières guerres ne sont en fait que de véritables parties de chasse à l'esclave. L'être humain n'est plus maître de sa violence, il l'utilise pour faire la guerre et pour asservir ses semblables.

Les dogmes des religions


Dans toute forme de société, il y a un interdit moral absolu: il est absolument interdit de dominer et d'exploiter ses semblables. Pour cela, il est moralement nécessaire de les rabaisser au préalable à un rang inférieur. Ce sont les dogmes de base des religions organisées qui rendent possible ce racisme institutionnel.

Par rapport au marxisme, le problème religieux est souvent sous-estimé, ce qui engendre des confusions de cause et d'effets. Certains marxistes affirment que la guerre est inhérente au capitalisme car ce serait la concurrence capitaliste de tous contre tous qui rendrait les guerres possibles. En réalité, autant la concurrence de tous contre tous (l'inverse de la solidarité) que la guerre sont des effets de la même cause: le racisme institutionnel qui gangrène la morale de notre société. Nous pouvons allez plus loin et affirmer que même le capitalisme ne serait pas possible si ce racisme institutionnel n'existait pas.

L'être humain apprend avant tout par l'exemple, et il serait contre-productif de privilégier la théorie alors que dans une société socialiste, il serait possible de montrer par l'exemple qu'une philosophie athée, le communisme, est capable de réaliser ici et maintenant le paradis que les religions nous promettent dans un futur hypothétique de l'inconditionnel du plus-que-parfait cher à leur représentation du monde.

De même, je considère contre-productif le débat autour de l'existence de dieu. Chacun a sa foi et ses croyances, et attaquer une croyance différente ne peut que braquer ses adeptes. Par contre, il est indispensable que tout croyant s’interroge pour savoir si le sens qu'il donne à sa foi correspond aux valeurs véhiculées dans la société par sa religion. Il est aussi indispensable que les marxistes, plutôt que de débattre sur l'existence de dieu, portent le débat sur les dogmes des religions, dogmes qui rendent impossible d'atteindre l'idéal d'amour que contient par ailleurs toutes les religions.

Marx dans "La question juive" effleure le sujet. Mais s'il se rend compte de l'impossibilité d'atteindre l'idéal d'amour des religions, il met cela sur le compte d'une religion de la pratique, une religion profane de l'argent. Il n'établit pas le lien qui existe entre les dogmes religieux, le racisme et les idéologies d'exploitation. Or ce lien est simple: ce sont les dogmes religieux qui rendent possible le racisme qui sert de caution morale à toutes les formes d'exploitation.

En fait, même les écologistes devraient étudier  les religions et leurs dogmes, car ce sont les mêmes dogmes qui servent de caution morale à l'exploitation de la nature et à l'exploitation de l'homme par l'homme. Pour moi, les deux approches, celle de la dialectique matérialiste et celle de la critique de la théologie religieuse sont complémentaires. La dialectique doit servir avant tout à la mise en pratique de la solidarité humaine, solidarité qui seule peut permettre de réaliser le paradis terrestre. La critique de la théologie doit servir avant tout à montrer aux religieux que nous ne sommes pas dupes, que nous ne sommes pas disposés à être plus longtemps le jouet de superstitions qui n'auraient jamais dû polluer la morale de la société, et que nous avons mieux à leur proposer.

Je terminerais en présentant rapidement les dogmes religieux qui autorisent et véhiculent toutes les formes de racismes et d'exploitation dans la société. Ils ne sont pas nombreux, ils sont au nombre de deux.

En Occident, nous avons le dogme biblique, introduit dans la Genèse au premier chapitre de la bible, de l'immuable conflit du bien et du mal. Ce dogme est commun aux 3 religions du livre que sont le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam.  Dans le reste du monde, nous retrouvons le dogme de la complémentarité du yin, du yang et de ce qui les unit. Ces deux dogmes, bien que contraires en apparence, un prône le conflit, l'autre prône la complémentarité, ont les mêmes conséquences pratiques.

D'abord, ils attribuent tous deux aux choses des qualités qu'elles n'ont pas: bien, mal, yin, yang. En pratique, les choses sont. Point. Mais nous avons le choix d'en faire ce que nous voulons. Je peux prendre un caillou et te le lancer sur la tête ou construire un bout de ta maison avec. C'est le même caillou, mais dans le premier cas, je me ferais un ennemi alors que dans le deuxième, je me ferais un ami. Le caillou, lui, dans les deux cas, il n'y sera pour rien. Il était là. Dire qu'il serait bien, mal, yin ou yang relève donc uniquement de la pure superstition, superstition qui est totalement contredite par le simple exemple de deux actions possibles faites avec ce caillou. Et je pourrais multiplier ce genre d'exemple.

Cette attribution de qualités superstitieuses autorise deux hiérarchies.

La première, fondamentale, sans laquelle la deuxième ne peut exister, est une hiérarchie entre les dieux, les êtres humains et le reste de la création. Cette hiérarchie n'est rien de moins que la justification morale de l'exploitation aveugle et de la pollution systématique de la nature, notre seule source de vie.

La deuxième hiérarchie succède à la première, elle établit une hiérarchie entre les hommes dont certains se retrouvent plus près des dieux que les autres, ou plus égaux que les autres en version démocratique, ou plus riches que les autres en version capitaliste. Cette hiérarchie est la justification morale de tous les racismes et de toutes les formes d'exploitation de l'homme par l'homme.

Ces dogmes ne s'arrêtent pas là dans leur effort de déconstruction de la personnalité humaine. Les religions les considèrent comme immuables. Dans le version occidentale, seul dieu lors de l'apocalypse sera autorisé à changer cet ordre des choses superstitieux pour le remplacer par un autre ordre des choses tout autant superstitieux. Dans la version du reste du monde, même dieu ne peut pas changer cet ordre des choses.

Dans les deux cas, seule une hypothétique vie après la mort (version occidentale) ou une tout autant hypothétique autre vie dans une hypothétique réincarnation (version du reste du monde) peut permettre à l'homme de briser ses chaînes et d'améliorer son ordinaire.

Ce qui revient à dire que pour l'occident, la transcendance est une propriété exclusive des dieux, et que pour le reste du monde, la transcendance n'existe pas. Or, rien n'est plus contraire à la nature humaine. Marx nous a fait remarquer, et c'est pour moi son principal enseignement qui cela constitue la base de toute sa pensée, que l'être humain est, de toutes les créatures qui peuplent la création, la seule qui soit capable, ici, maintenant et consciemment, de définir ses buts et de travailler à leur réalisation.

Ce faisant, il forge, ici, maintenant et consciemment, son avenir. Or forger son avenir de façon consciente ne peut être qu'une démarche transcendantale, une démarche qui transforme la société et son futur.

Pour Marx, le dogme est le travail. Mais pas n'importe quel travail, un travail réalisé pour atteindre un but définit ici, maintenant et en toute connaissance de cause. Or qui travaille le moins? celui qui travaille pour enrichir les autres et qui est le jouet de superstitions, ou celui qui travaille pour lui dans un but qu'il a lui-même fixé?

En fait, un des enjeux principal du communisme est là: débarrasser la société des dogmes superstitieux qui transforment un être transcendantal en une marionnette et les remplacer par un dogme qui corresponde à la nature transcendantale de l'être humain.

Les tabous des religions


Une autre influence néfaste des religions organisées sur l'être humain sont les tabous qu'elles véhiculent dans la société. Un des plus grands psychologues du vingtième siècle, James W. Prescott a consacré sa vie à l'étude des causes de la violence. Une étude sur les primates lui a permis de constater que les privations sensorielles les rendent incapable de maîtriser leur violence. Ensuite, une étude sur plus de cent sociétés pré-industrielles humaines lui a permis d'étendre le champ de ses travaux à l'homme. Ses conclusions sont sans appel et elles sont corroborées par un calcul de probabilités qui montre une marge d'erreur très faible.

Il y a 3 causes principales de la violence chez l'être humain adulte:
  • la privation sensorielle du nouveau-né
  • la privation sensorielle de l'adolescent
  • les tabous religieux qui rendent possible les 2 premières causes

De plus, James Prescott a également démontré que dans les sociétés dont la religion n'est pas organisée, la violence incontrôlée des adultes n'existe pas.

Par privation sensorielle du nouveau-né Prescott entend qu'un bébé n'a pas seulement besoin d'être torché et nourrit, mais qu'il doit également avoir des preuves physiques de l'amour que lui porte ses parents. Il s'agit de faire des câlins à son enfants, de le tenir dans ses bras, de le masser, etc.

Par privation sensorielle de l'adolescent Prescott entend la tolérance envers la sexualité pré-maritale. La sexualité des adolescents est la leur, c'est à eux de la découvrir, et tout comme un pédophile n'a pas à leur montrer une sexualité d'adulte, les parents n'ont pas à la brimer. Ils peuvent fournir des conseils comme n'oublient pas les préservatifs, mais ils ne doivent pas interférer.

Quand aux tabous véhiculés par les religions organisées dans la société, ils sont nombreux et ils concernent avant tout la sexualité. Le mécanisme psychologique engendré par l'influence de ces tabous dans la société est toujours le même: ils engendrent des frustrations, lesquelles en s'accumulant transforment les sentiments en ressentiments, ce qui ouvre la porte à toutes les formes de violence.

Ce débat sur les conséquences néfastes des tabous des religions organisées concernent les psychologues. Il est par contre certain que si une révolution globale se fait dans le futur, celle-ci entraînera des conséquences sur tous les aspects de notre mode de vie y compris sur sa forme de mariage.

Certains auteurs, comme par exemple Wilhelm Reich, vont jusqu'à dire qu'une des causes principales de l'échec à long terme de la révolution russe est qu'elle n'a pas su se libérer des tabous sexuels et faire ainsi sa révolution sexuelle. Dans La psychologie de masse du fascisme, il rappelle que l’autorité patriarcale et anti-sexuelle issue de l’ordre social bourgeois (et de la division sociale en classes), que les masses subissent depuis des millénaires, est la base sur laquelle leurs structures caractérielles serviles et mystiques se sont formées. L’assise du capitalisme, et plus précisément du fascisme, qui en est une des concrétisations les plus abouties, avec le libéralisme, n’est alors pas le point de départ de l’histoire d’une nation, d’un parti, d’un führer, mais est inscrite dans l’histoire de la société occidentale entière et donc de tous les hommes qui appartiennent à cette société. La singularité du fascisme n’est donc pas niée mais inscrite dans un processus.

Pour Reich, alors que les communistes misaient sur la raison des travailleurs, les nationaux-socialistes forgèrent leur succès en jouant sur les sentiments, sur la croyance en une libération prochaine facile et méritée à qui de droit, en faisant naître un nouveau mysticisme issu de celui du religieux.

les foules ne furent pas abusées, « violées », selon Reich, par la propagande nazie, mais elles s’y soumirent de leur plein gré. Ce n’est pas alors le fascisme qui a endoctriné les masses, mais ce sont les masses, mystiques, réceptives aux illusions seules, qui ont porté le fascisme au pouvoir.

L’erreur des communistes fut donc d’en appeler à leur raison au lieu de tenter de comprendre les processus psychologiques, en jeu chez l’homme mystique, afin de mieux les combattre. Ils échouèrent alors à vouloir se battre avec les armes d’adversaires réactionnaires, notamment la religion chrétienne qui était en place depuis deux milles ans et dont le pouvoir était ancré dans les profondeurs psycho-sexuelles des masses, pouvoir misant sur le déplacement des énergies vitales, que l’on interdit de se dégager par une vie sexuelle naturelle, au profit d’un sentiment religieux substitutif. L’homme mystique devient incapable de se tourner vers un discours rationnel puisqu’il a perdu le goût du bonheur en même temps que son énergie sexuelle.

Autrement dit, le sens de la vie pour un être humain est de jouir de ses plaisirs.

Sur Reich, voir aussi  accès aux libres archives de Wilhelm Reich.
« Je suis cette voie-là, suivez-moi et nous y arriverons ensemble. » Richard M. Stallman
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  Citer aba Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2017 à 10:59
La religion est une tentative d'explication du sens de la vie , c'est à dire faire le bien pour mériter mieux. En ces temps de scientisme effréné, l'être humaine s'est il posé les bonnes questions notamment sur la question des origines. La voie scientiste est une voie intellectuelle que je considère médiocre notamment dans l'explication d'un monde qui se serait crée de lui même par hasard, détachant l'être dans l'existence à n'être qu'une machine sensorielle. L'ordre de ce monde implique que Dieu existe voir le mal également qui serait son opposé. Mais cette idée de Dieu peut effectivement tombé sous le poids de dogmes et de représentations du monde ne correspondant pas à la réalité. Participer donc aux débats religieux est une forme ouverte de faire vivre l'idée de Dieu dans la pensée humaine. Car de l'autre côté le scientisme nous décrit à la manière de robots dans un monde fait de lois physiques par hasard. L'idée de toute forme d'existence supérieure y est exclue. Autrement dit la religion a je pense élevée l'homme au cours des millénaires tandis que le scientisme le ramène juste à ses bas instincts en le privant de certains raisonnements fondamentaux. Faire vivre les religions, c'est bien l'instinct du communisme qui est en jeu car qui dit religion dit philosophie prête à rallier les gens autour d'une philosophie que l'on apelle la foi.
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  Citer Fidelista Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Jan 2017 à 12:12
Tu as besoin de croire.
D'autres ont besoin de savoir.
Pas de prosélytisme religieux ici, tu dois t'en douter.

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