Forum Unité Communiste Page d'accueil
  Sujets actifs Sujets actifs
  FAQ FAQ  Rechercher dans le Forum   Calendrier   Inscription Inscription  Connexion Connexion
Accueil Forum Accueil Forum > Culture générale > Philosophie

Représentation du monde

 Répondre Répondre
Auteur
Message
  Sujet Recherche Sujet Recherche  Options des sujets Options des sujets
Dominique allez vers le bas
Intervenant régulier
Intervenant régulier


Depuis le: 12 Apr 2010
Pays: Suisse
Status actuel: Inactif
Messages: 68
  Citer Dominique Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: Représentation du monde
    Envoyé : 31 May 2013 à 15:54
Plekhanov, dans " La conception matérialiste de l'histoire", écrit:

"Marx va plus loin. Il demande quelles sont les causes déterminan­tes de la société civile, et il répond que c'est dans l'économie politique qu'il faut chercher l'anatomie de la société civile. Ainsi c'est l'état économique d'un peuple qui détermine son état social, et l'état social d'un peuple détermine à son tour son état po­litique, religieux et ainsi de suite. Mais, demanderez-vous, l'état économique n'est pas sans cause non plus ? Sans doute, comme toutes choses ici-bas, il a sa cause à lui, et cette cause, cause fondamentale de toute l'évolution sociale et partant de tout mouve­ment historique, c'est la lutte que l'homme mène avec la nature pour son existence. "

J'ai plusieurs problèmes avec la dernière affirmation de Plekhanov. Si je suis bien conscient que notre rapport avec la nature détermine notre vision du monde, et par conséquent toutes les autres formes de rapports humains, je ne vois pas comment, ceci pour différentes raisons, et alors que ce sujet est capital, il est possible de réduire ce rapport à une lutte.

D'abord, l'être humain est l'espèce dominante depuis des millénaires sur la planète, a tel point que même des forêts comme la forêt amazonienne ont été transformée par l'activité humaine au cours de ces millénaires. En tant qu'espèce dominante, l'homme n'a pas besoin de lutter pour assurer sa survie. De plus, les changements introduits par l'homme dans les forêts humides ont augmentés sa biodiversité. Ceci montre bien qu'il y a d'autres rapports possibles avec la nature que la lutte ou l'exploitation.

Ensuite, les anthropologues ont démontré, par exemple Philippe Descola (politiquement, c'est un américaniste, mais cela ne change pas la valeur de ses travaux anthropologiques), qu'il y a autant de visions du monde et de conceptions du rapport de l'homme avec la nature qu'il y a de formes de sociétés dans l'histoire.

Cela implique deux choses. 1) Plekhanov a raison quand il écrit que le rapport de l'homme avec la nature conditionne les autres formes de rapport humains. En effet, notre rapport avec la nature est la composante la plus fondamentale de notre vision du monde, et en tant que telle, elle détermine le reste.

Mais 2), il n'est pas possible d'affirmer que le rapport de l'homme avec la nature est une lutte et ne peut pas être autre chose. Au contraire, tout ce que nous pouvons affirmer est que ce rapport est, tout comme notre conception de la nature, ce que nous en faisons.

Pour Descola, il est aussi impossible de se placer du point de vue d'une ontologie (ou vision du monde au sens large du terme qui inclut également le mode de vie) pour en appréhender correctement une autre. Ce qui est une façon contemporaine de mettre l'ethnocentrisme en perspective.

Un autre point soulevé par l'interprétation de Plekhanov est que dans une société dans laquelle le rapport de l'homme est une lutte, et alors que la forme de ce rapport conditionne tous les autres rapports humains, la lutte cesse d'être un moyen pour n'être qu'un but.

De plus, le contexte historique du capitalisme s'inscrit dans une continuité d'idéologies bourgeoises et superstitieuses qui ont émergé lors de l'antiquité avec ses peuples de guerriers et leurs religions organisées. Et force est de constater que nous en sommes toujours là avec des pays comme les USA dont chaque président attribue une mission d'ordre divin à ses armées. Pour un peu, on se dirait en Chine et son Céleste empire.

A propos des religions, il est important, pour comprendre le mécanisme de cette continuité d'idéologies bourgeoises, de s'intéresser à leurs dogmes de base. A première vue ils sont différents, mais leur première conséquence pratique est toujours la même: séparer l'homme de la nature. Le dogme du livre propre aux 3 religions occidentales établi une hiérarchie entre le bien (dieu), les hommes et le reste de la création (le mal). Le dogme commun aux autres religions organisées vient de Confucius et  il établi la même hiérarchie en utilisant le yin et le yang.

Le capitalisme ne fait pas mieux en considérant que notre rapport avec la nature est une exploitation, laquelle n'est rien d'autre, comme avec les religions proprement dites, que la forme primordiale d'exploitation.

Quand à Plekhanov, je ne vois pas comment il peut prétendre faire mieux et défendre une théorie scientifique alors que tout ce qu'il propose est la lutte de tous contre la nature, lutte qui ne peut qu'engendre une lutte de tous contre tous, et qui si elle réussis dans sa lutte contre la nature nous condamnera tous du même coup.

De plus, le capitalisme s'en charge déjà, et je ne vois pas le besoin d'un rajouter une couche alors que nous assistons déjà au prémices d'une nouvelle extinction massive d'espèces animales et végétales qui s'annonce à la fois plus rapide et plus globale que les précédentes.

Quelqu'un pourrait-il éclairer ma lanterne sur comment des marxistes ont-ils pu croire un tel dogme qui relève d'une superstition bourgeoise et non de la science? Cela est d'autant plus étonnant que les travaux de Marx et d'Engels ne peuvent pas être taxés d'ethnocentrisme.

J'ai aussi pu constater que certains, notamment dans des groupuscules réactionnaires comme le CCI, y croient encore.
« Je suis cette voie-là, suivez-moi et nous y arriverons ensemble. » Richard M. Stallman
Haut de la page
Dominique allez vers le bas
Intervenant régulier
Intervenant régulier


Depuis le: 12 Apr 2010
Pays: Suisse
Status actuel: Inactif
Messages: 68
  Citer Dominique Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 May 2013 à 16:21
Je rajouterai même que dans le cas de Plekhanov, sa vision du monde est non seulement bourgeoise mais également ethnocentrique. En effet, la différence entre les deux dogmes religieux présenté ci-dessus est que dans la mythologie occidentale, le bien et le mal sont en conflit, alors que dans la mythologie chinoise, le yin et le yang sont complémentaire.Poser le rapport de l'homme avec la nature comme une lutte s'inscrit donc dans la continuité bourgeoise occidentale et rien d'autre.

Maintenant, il faut aussi voir que les ontologies décrites par Descola, tout comme les stades d'évolutions décrits par Engels, ne sont pas monolithiques. Les métissages sont nombreux. Il n'en reste pas moins que la vision du rapport de l'homme avec la nature de Plekhanov est ethnocentrique.
« Je suis cette voie-là, suivez-moi et nous y arriverons ensemble. » Richard M. Stallman
Haut de la page
 Répondre Répondre

Aller au Forum Permissions du forum allez vers le bas

Powered by Flex Design® version v8m6r15
Copyright © 2001-2011 Flex Design

Cette page a été affichée en 0,086 secondes.