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Hitler n'était pas socialiste

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  Citer Cayan Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: Hitler n'était pas socialiste
    Envoyé : 09 Jul 2013 à 20:09
Pourquoi alors qu’un historien spécialiste du nazisme de référence et internationalement reconnu qui a publié une vingtaine d’ouvrages dont une monumentale biographie d’Hitler de 2600 pages, et qui a été promu Knight Bachelor pour ses travaux historiques comme Ian Kershaw affirme que le nazisme fait partie des « mouvements extrémistes antisocialistes » [1], quelques sectaires libéraux emportés par leur idéologie disent délibérément le contraire ?

Par exemple, je cite un passage d’un article du site Contrepoints.info, un site d’« information » qui regroupe les fanatiques ultralibéraux -dans lequel par exemple on peut apprendre que la chute de l’Empire romain est carrément dû au socialisme, sans rire ! [2]- :

« La colonne vertébrale des communistes et des nazis n’est ni plus ni moins que leur socialisme. [3] »

L’auteur de cet article -intitulé "Hitler et le Che, deux faces d’une même pièce"-, digne d’un anticommuniste frustré de 14 ans, par le « leur socialisme » nous dit que le socialisme des communistes et des nazis sont différents, malgré la retentissante contradiction avec le titre de l’article, c’est un bon début, mais ça fout tout en l’air, déjà que ça flottait. En effet, du moment ou les politiques sont radicalement différentes mais que l’étiquette est plus ou moins la même, on ne peut assurément pas les mettre dans le même camps, qui oserait mettre dans le même panier le « socialisme » de Hollande et celui de Castro ? Surtout qu’être « socialiste » et en même temps ultranationaliste et violemment antimarxiste et anticommuniste à mort est très peu commun.

Ils oublient que le socialisme et la gauche ont un idéal, des valeurs propres, leurs valeurs qui sont aux antipodes de celles du nazisme… Nous allons démontrer que leur affirmation est fausse et basée sur des désirs idéologiques et non sur des faits (ou des faits très maigres)… et rajoutons justement que devoir démontrer une telle chose en 2013 est désolant.

Avant toute chose, je remarquerai que je ne vois absolument pas l’intérêt de vouloir à tout prix faire d’Hitler un socialiste. Certes il y a la haine religieuse des libéraux envers le socialisme et donc salir le socialisme fait partie de la liste prioritaire. Mais le coeur, le cerveau et la colonne vertébrale du nazisme, c’est le nationalisme et toutes les horreurs qui vont avec, sans ça le nazisme n’aurait jamais existé. Hitler aurait très bien pû être un ultralibéral à l’image de Mussolini dans les années 1920 et rendre son idéologie encore moins civilisée, ça n’aurait strictement rien changé au cours de l’Histoire à partir de la prise du pouvoir… Ce que je veux dire, c’est qu’aucun crime nazi n’a été commis au nom du socialisme ou est une conséquence d’un socialisme. Même les meurtres d’opposants politiques, que les socialistes et les communistes en constituent la quasi-totalité, n’ont naturellement pas été commis au nom du socialisme. La Seconde guerre mondiale a été déclenché par les fantasmes d’Hitler sur l’"espace vital", donc des conséquences du nationalisme, de même pour le génocide. Donc, les libéraux, prétendre qu’Hitler est un socialiste n’aura de toute maniere aucun impact sur vos adversaires…

Tout d’abord, il convient de plonger dans les racines du nazisme.

Dans Mein Kampf, Hitler écrit que l’essence de l’économie politique du nazisme est directement tiré des théories d’un certain Gottfried Feder :

« Précédemment, je n’étais pas à même de reconnaître, avec la clarté désirable, la distinction entre ce capital proprement dit [industriel], dernier aboutissement du travail producteur, et le capital dont l’existence et la nature reposent uniquement sur la spéculation. J’en étais capable dorénavant grâce à un des professeurs du cours dont j’ai parlé, Gottfried Feder. Pour la premiere fois de ma vie, je conçus la distinction fondamentale entre le capital international de bourse et celui de prêt. Après avoir écouté le premier cours de Feder, l’idée me vint aussitôt que j’avais trouvé le chemin d’une condition essentielle pour la fondation d’un nouveau parti.

A mes yeux le mérite de Feder consistait en ceci, qu’avec une tranchante brutalité il précisait le double caractère du capital : spéculatif, et lié a l’économie populaire ; et qu’il mettait à nu sa condition éternelle : l’intérêt. Ses déductions, dans toutes les questions fondamentales, étaient tellement justes que ceux qui, a priori, voulaient le critiquer, en contestaient moins l’exactitude théorique qu’ils ne mettaient en doute la possibilité pratique de leur mise en exécution. Ainsi, ce qui, aux yeux des autres, était un point faible dans l’enseignement de Feder, représentait a mes yeux sa force [...] Lorsque j’entendis le premier cours de Gottfried Feder sur « la répudiation de la servitude de l’intérêt du capital », je compris immédiatement qu’il devait s’agir ici d’une vérité théorique d’une importance immense pour l’avenir du peuple allemand. La séparation tranchée du capital boursier d’avec l’économie nationale présentait la possibilité d’entrer en lutte contre l’internationalisation de l’économie allemande [...] Je voyais beaucoup trop clairement dans le développement de l’Allemagne pour ne point savoir que la lutte la plus difficile devrait être menée non contre les peuples ennemis, mais contre le capital international. Dans le cours de Feder, je pressentais un puissant mot d’ordre pour cette lutte à venir [...]
La lutte contre la finance internationale et le capital de prêt est devenu le point le plus important de la lutte de la nation allemande pour son indépendance et sa liberté économique. [4] »

Mais qui est ce Gottfried Feder qui a formé Hitler dans le domaine de l’économie politique ? Un économiste allemand et nazi de la première heure, il a, en effet, participé à la fondation du parti nazi. C’était entre autres, le théoricien économique du NSDAP, il a, jusqu’à la prise du pouvoir d’Hitler, gardé une place influente au sein du Parti. En 1919, il écrit son livre phare, le Manifeste pour briser les chaînes de l’usure (aux éditions Le retour aux sources, 2012) dans lequel il s’en prend au capital financier, mais il ne touche pas au capital industriel, lorsqu’il en parle, c’est pour en faire l’apologie, "le véritable créateur de richesse", comme il l’a fait pour l’industrie Krupp, l’une des principales entreprises du complexe militaro-industriel allemand, aucun socialiste n’aurait encensé une telle industrie. J’ai retenu, dans son livre, quelques courts passages qui feraient sursauter plus d’un libéral :

« Les confiscations de fortunes, les socialisations sont à l’ordre du jour, par conséquent des violations juridiques manifestes, qu’on peut certes quelque peu minimiser parcequ’elles ne sont commises sur l’individu qu’au nom du prétendu "intérêt commun". »

« La conception socialiste de l’Etat conduit de manière conséquente au communisme, donc au déclin. »

« Ce n’est pas la socialisation mais la "désocialisation" qui devrait être la solution. »

« Les travailleurs n’ont pas à avoir peur de la classe dirigeante [bourgeoise]. »

Non non, ce ne sont pas des citations de libéraux reprises par Feder, ce sont ses propres lettres. Ce « socialiste » dénonçait les confiscations de richesses et les socialisations/nationalisations en se basant sur le Droit, on dirait du Hayek ou du Mises, ou rassurer les travailleurs comme quoi les bourgeois n’étaient pas leurs ennemis. On a connu mieux comme socialiste ! Il tenait en revanche des propos radicaux face à la finance, internationale en particulier (la fameuse « finance juive »). Le préfacier de son ouvrage cité, Michel Drac, note justement que si Feder a toujours été officiellement la référence de l’économie politique nazie, il n’en demeure pas moins que ses thèses radicales ont été abandonnées par Hitler.

Les libéraux, pour appuyer leurs dires, sortent souvent cette citation attribuée à Hitler :

« Nous sommes socialistes, et ennemis du système économique capitaliste actuel [...] et nous sommes déterminés à détruire ce système à tout prix. »

Cette phrase a été prononcée le 1er mai 1927 à Berlin… le 1er mai, devant les ouvriers donc, cette citation ne peut pas être prise pour argent comptant. C’est comme le même Adolf qui disait qu’il était pacifiste dans ce discours :

« Nous ne désirons que la paix [...] Nous souhaitons tendre la main aux peuples qui nous entourent [...] nous ne ressentons aucune haine envers eux. »

Bref on sait que c’est faux, Hitler n’a pas du tout détruit le capitalisme. D’ailleurs le 24 mars 1942, il déclare en privée :

« Je tiens absolument à protéger la propriété privée… nous devons encourager l’initiative privée. [5] »

Je cite un passage du livre d’Otto Strasser (Hitler et moi, publié en 1940), organisateur régional du NSDAP et figure de la gauche du Parti :

« – Si vous voulez conserver le régime capitaliste, monsieur Hitler, vous n’avez pas le droit de parler de socialisme. Car nos hommes sont socialistes et votre programme demande la socialisation des entreprises privées.
- Quel mot mal venu, dit Hitler ; il haussa les épaules, sembla réfléchir un instant, puis reprit : je n’ai jamais dit qu’on devrait socialiser toutes les entreprises ; j’ai soutenu par contre qu’on pouvait socialiser les entreprises qui contrevenaient aux intérêts de la nation. Tant qu’elles ne se rendent pas coupables d’un tel délit, je considérerais que détruire l’économie serait un crime. »

Le vrai visage d’Hitler, qui considère que les socialisations seraient comme « détruire l’économie ».

Les véritables « socialistes » nazis étaient ceux de la gauche du NSDAP, qui ont été, sans vouloir prendre leur défense, presque aussi cruellement réprimé que la gauche après la prise du pouvoir par Hitler, nous reviendrons là-dessus plus loin. D’ailleurs l’historien Louis Dupeux, spécialiste du nazisme, a écrit très justement que Strasser (même lui) « n’a rien à voir avec les valeurs de la gauche ». [6]

Encore des « révélations » sur Hitler (ou plutôt des rappels), par exemple dans son discours à Düsseldorf, le 27 janvier 1932 :

« La propriété ne peut être justifiée du point de vue moral que si j’admets que les hommes ont des rendements différents. Et alors seulement je peux constater : puisque les rendements des hommes diffèrent, les résultats des rendements diffèrent également. Or si les résultats des rendements humains diffèrent, il est utile de laisser aux hommes l’administration de ses résultats à peu près dans les même proportions. Il serait illogique de confier l’administration du résultat d’un certain rendement effectué par une certaine personne au premier venu moins capable que lui ou à une collectivité qui a prouvé par le fait même qu’il (ou elle) n’a pas accompli ce travail qu’il (ou elle) est incapable d’en administrer le résultat. »

Ici, Hitler se rapproche donc des positions libérales. Il continue :

« Il faut admettre par conséquent qu’économiquement parlant les hommes ne sont pas aussi valeureux, aussi importants les uns que les autres dans tous les domaines. Ceci admis, ce serait pourtant folie de dire que dans le domaine économique il existe des différences de valeur en tout état de choses, mais non dans le domaine politique.

C’est un non-sens que de construire la vie économique sur la notion de rendement, de la valeur personnelle, donc pratiquement sur l’autorité de la personnalité, et de nier dans le domaine politique l’autorité de la personnalité et de mettre à sa place la loi du grand nombre, la démocratie. »

Ici Hitler admet les hiérarchies dans l’économie, donc on est certainement pas dans le socialisme de l’époque, qu’elle qu’en soit sa forme. Mais ce n’est pas tout ! Il se base sur le capitalisme pour justifier son régime personnel : si il y a hiérarchie dans l’économie, pas de démocratie économique, pourquoi accepter la démocratie au niveau politique ? C’est sans appel.

Dans le projet nazi, la propriété privée et les classes sociales continueraient d’exister, mais la lutte des classes, le coeur du socialisme, serait évitée par une union de celles-ci au sein de la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft), ce qui constitue une différence majeure avec le concept de lutte des classes et d’une société sans classes inhérent aux familles de pensée socialistes de l’époque. Franchement, quel patron ne rêverait pas que ses ouvriers soient unis avec lui et qu’ils ne créaient pas de problemes ? A l’époque (même aujourd’hui si on excepte les clowns du PS), lorsqu’on est contre la lutte des classes, on n’est pas socialiste.

Mais il y avait un aile gauche au NSDAP, animé par Otto Strasser, cité plus haut, qui accordait une grande place à l’anticapitalisme contrairement à Hitler. La tendance d’Otto Strasser est évincée politiquement dès l’été 1930, tous les cadres de « gauche » sont expulsés et l’aile gauche du nazisme est éliminée physiquement, au cours de la nuit des Longs Couteaux en été 1934. Le même Otto Strasser fonde en 1930 le Front noir en annonçant que « les socialistes quittent le NDSAP », le mouvement, considéré comme une « petite secte de droite » par l’historien incontesté Ian Kershaw, est interdit en 1933 par Hitler et une grande partie de ses membres sont envoyés dans les camps de concentration. En revanche, les membres de l’aile droite conservatrice n’ont pas été vraiment inquiété.

Au sujet du programme du NSDAP : Pour l’historien Aloïs Schumacher, si le programme de 1920 du parti nazi -qui a beaucoup changé par la suite, voir ci-dessous- comporte certains points qui l’approchent des thèses socialistes, on ne peut faire du national-socialisme un courant socialiste.

Lors d’un entretien avec l’économiste Bernard Girard en 2000, à la question : « Vous voulez donc dire que les nazis étaient sur le plan économique proches de Keynes ? » Il répond :

« Les nazis, certainement pas. Je ne suis pas sûr, d’ailleurs, qu’ils aient eu des idées très arrêtées en matière d’économie. Certains penchaient vers les thèses de la droite la plus conservatrice, d’autres se disaient socialistes.

Leur programme économique était plus un patchwork qu’autre chose. Le sort fait aux thèses sur l’expropriation des capitalistes et la nationalisation des grandes entreprises en est une bonne illustration. Au début des années 20, le ton est très anti-capitaliste. Mais en 1928, on ne parle plus que d’exproprier les capitalistes juifs, ce qui n’est pas la même chose. [7] »

Hitler a, en effet, selon William L. Shirer, baissé tous les salaires de 5% pour ses politiques nationalistes de réarmement, ce qui est l’opposé du keynésianisme.

De plus, dans La Société allemande sous le IIIe Reich (p. 284), Pierre Ayçoberry explique que dans certaines réunions, des militants comparent le programme du Parti en 1933 et les réalités présentes, fort différentes de promesses faites.

Dans Les fascismes (éd. Seuil, 1985), l’historien spécialiste du fascisme Pierre Milza écrit qu’en Italie aussi bien qu’en Allemagne, « le fascisme au pouvoir aboutit au renforcement des structures capitalistes et accélère le processus de concentration » industriel.

L’historien et économiste Adam Tooze qui a écrit un livre sur l’économie nazie (Le salaire de la destruction) note :

« De récentes études suggèrent que la coercition était loin d’être la norme et que dans l’ensemble la politique industrielle du Troisième Reich reposait sur un partenariat mutuellement profitable entre les autorités publiques et la communauté patronale… [8] »

Mais il est vrai que le régime d’Hitler était étatiste, surtout apparent après 1936. Cela était nésessaire pour la strict autarcie imposée par Hitler, en bon nationaliste, et pour préparer la guerre, ce qui correspondait davantage à des motifs économiques qu’idéologiques et politiques. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étaient aussi interventionnistes pendant la période. Roosevelt a imposé le taux marginale d’imposition à 91% en 1941 et les économies américaines et britanniques étaient planifiées pendant la guerre. Oh mon Dieu ! Roosevelt et Churchill seraient t-il d’horribles socialistes ?

Autre fait : Lors du référendum de juin 1926 sur si on doit indemmiser ou pas les princes régnants renversés en 1918 qui ont été exprorié, alors que les socialistes et les communistes se prononcent naturellement contre l’indemnisation, Hitler, lui, se prononce en faveur de l’indemnisation des princes, donc main dans la main avec la droite conservatrice avec qui il a d’ailleurs fait une alliance 5 ans plus tard, en 1931, avec le DNVP précisément. Ils constituèrent ensemble le front de Harzburg.

Les nazis se sont toujours montré hostile à l’idée de la gauche. Dès 1923, les nazis tentaient, avec d’autres organisations nationalistes, d’empêcher par la force le défilé des forces socialistes et syndicales à l’occasion du premier mai à Munich. De même les 14 et 15 octobre 1922, 400 SA dirigés par Hitler lui-même parviennent à faire reculer une manifestation du SPD.

L’historien Hajo Holborn spécialiste de l’Allemagne (qui a lui-même vécu le nazisme) souligne qu’Hitler lui-même n’a jamais été socialiste :

« Il n’a jamais été socialiste. Dans un de ses discours en 1927 qu’a organisé le magnat de la Ruhr Emil Kirdorf (1847-1938) devant des industriels, Hitler déclare : "Le plus grand nationalisme est essentiellement identique avec les plus grandes préoccupations du peuple et le plus grand socialisme est identique à la forme la plus élevée de l’amour du peuple et de la patrie". Le socialisme et le nationalisme étaient pour lui des termes interchangeables qui changeaient en fonction du groupe social auquel il s’adressait. [9] »

Hitler était aussi antimarxiste qu’antisémite, inutile de le rappeller mais citons tout de même, encore une fois, Hitler :

« A l’époque, la lutte contre le marxisme avait été érigée pour la première fois comme un des objectifs de notre combat. J’avais fait le vœu de commencer cette guerre en tant qu’individu anonyme et de ne m’arrêter que lorsque ce phénomène aurait été éradiqué de la vie allemande. [10] »

Peu après sa nomination au poste de chancelier, il déclare le 28 février 1933 à propos des communistes :

« Nous devons écraser cette peste meurtrière d’une main de fer ! »

À partir de la mi-1922, un antimarxisme plus radical apparaît dans ses discours, affirmant que le but du NSDAP est l’« extirpation » et l’« annihilation » de la vision marxiste du monde, faisant même, dans ses prises de positions de 1923, du marxisme « l’unique et mortel ennemi » du parti nazi et de « fléau mondial ».

La première chose que devait dire systématiquement les nazis lors des autotadafés était la chose suivante :

« Contre la lutte des classes et le matérialisme, pour la communauté du peuple et un idéal de vie !
Je jette dans les flammes les écrits de Marx et de Kautsky [socialiste allemand]. »

Creusons encore plus loin et demandons-nous pourquoi le soutien des industriels et des riches envers les nazis ont été si massif ? Tout simplement parcequ’ils craignaient davantage la gauche que le nazisme, ils n’ont vraiment pas regretté leur choix. Hitler a même fait rêver la bourgeoisie parisienne à l’époque de Blum, d’ou le fameux slogan : « Plutôt Hitler que le Front populaire ! » L’historienne Marlis Steinert écrit dans Hitler (éd. Fayard, 1991) :

« Après les élections de septembre 1930, des lobbies de la grande industrie lourde multiplièrent les contacts avec le parti nazi et lui versèrent des fonds ; citons des industriels connus comme Fritz Thyssen, Hugo Stinnes, Paul Reusch, Albert Vögler, Fritz Springorum et leur porte-parole August Heinrichsbauer, qui toutefois ne devinrent pas membres du parti [...] Au niveau des élites, Göring et Walther Funk établirent des relations avec l’aristocratie, le monde des affaires et les sphères gouvernementales. »

Dans Les fascismes (éd. Seuil, 1985), Pierre Milza écrit :

« Le premier trimestre 1932 marque ainsi un ralliement massif, sinon général du grand patronat industriel à une solution politique dont les principaux bénéficiaires seraient les nazis. (…) Le 26 janvier 1932, le banquier von Schröder, mécène de longue date du NSDAP, organise à Düsseldorf une rencontre entre le dirigeant nazi et environ 300 représentants du monde industriel. La partie n’est pas jouée au départ, car beaucoup n’ont jamais eu le moindre contact avec Hitler et se montrent plutôt méfiants à son égard. Or, en deux heures, le Führer emporte l’adhésion enthousiaste de la majorité de l’assistance. Sur le conseil de Thyssen et de Schacht, il a troqué la chemise brune contre le complet bleu marine et le discours qu’il prononce est un modèle d’habileté, à la fois rassurant pour le patronat, dont l’autorité sera non seulement maintenue mais renforcée par un gouvernement national-socialiste, et prometteur d’un avenir grandiose. Les diatribes contre le pacifisme et l’hommage rendu à l’armée ne peuvent laisser planer aucun doute dans l’esprit de ses auditeurs : la politique des nazis sera une politique de réarmement et d’autarcie, ce qui ne peut déplaire aux producteurs de charbon et d’acier auxquels il s’adresse. Pour conclure, après avoir fustigé l’égalitarisme et la démocratie, Hitler brosse un tableau en noir et blanc du présent et du futur de l’Allemagne : "Aujourd’hui, nous nous trouvons au tournant du destin allemand. Si l’évolution actuelle se poursuit, l’Allemagne sombrera forcément un jour ou l’autre dans le chaos du bolchevisme, mais si une évolution est brisée, notre peuple sera pris dans une discipline de fer." Il est ovationné. »

Fritz Thyssen, l’homme le plus riche d’Allemagne, au capital provenant de l´industrie sidérurgique, était le premier capitaliste qui avait commencé à financer Hitler. Il avait donné à Hitler 100 000 marks d´or en 1923 !

Encore bien d’autres… comme Emil Kirdorf, fondateur du consortium houiller de Rhénanie-Westphalie et de la société minière de Gelsenberg, et Alfred Hugenberg, représentant la grande industrie de la Ruhr, qui deviendra le ministre de l’Economie du premier cabinet de Hitler. Grâce à ces nouveaux appuis financiers, le parti nazi peut diffuser plus largement et plus intensément sa démagogie sociale et ainsi devenir, aux élections fédérales de 1930, le deuxième parti du pays avec plus de 6 millions de voix et 109 députés.

Le 27 octobre 1931, devant un parterre de financiers américains, Carl Friedrich von Siemens, PDG de la firme Siemens, fait l’éloge des nazis et de leur volonté d’éradiquer le socialisme en Allemagne.

Toutefois, lors des élections fédérales de novembre 1932, le parti nazi perd 2 millions de voix et 40 sièges. Les grands industriels et des grands propriétaires terriens qui le soutiennent décident alors d’accélérer le mouvement. Le 19 novembre 1932, ils adressent une requête collective au maréchal Hindenburg, président de la République, lui demandant avec insistance la nomination d’Hitler au poste de chancelier. Pour un exposé plus complet à ce sujet, voir l’ouvrage du spécialiste du fascisme Kurt Gossweiler : Hitler, l’irrésistible ascension ? aux éditions Aden, 2006.

Le 4 janvier 1933, en plein échec du gouvernement Schleicher, c’est Von Papen qui prend l’initiative d’organiser une rencontre avec Hitler dans la demeure du banquier Schröder à Cologne. Il lui propose enfin ce que Hitler attendait, un gouvernement conservateur dont Hitler serait le chancelier, et Papen le vice-chancelier. Le futur gouvernement serait composé en grande majorité de gens proches de Papen et de Hugenberg. Hitler exige lui, en plus du poste de chancelier, les ministères de l’Intérieur, de la Défense, et de l’Education.



30 janvier 1933 : Le maréchal Hindenburg, élu président de la République en 1932 avec le soutien du parti social-démocrate, nomme Hitler au poste de chancelier du Reich.

Les premières victimes des nazis, et ce avant les juifs, furent les communistes et les socialistes, dès février 1933, 4000 communistes sont arrêtés dont les principaux dirigeants, ce sont les premiers dans les camps de concentration ouverts la même année. Après l’interdiction et la persécution des communistes, c’est au tour des socialistes. Ou est la droite dans cette histoire ? C’est elle qui a voté les pleins pouvoir à Hitler, les sept députés libéraux ont eux aussi choisi la liberté économique au détriment de la liberté politique au moment crucial. Les sociaux-democrates ont été seuls a voté contre, le secrétaire général du SDP a fait un discours courageux au Parlement, le malheureux a dû s’exiler.

En bref, certains vont même plus loin en prétendant que Hitler était un communiste, comme Bernard Raquin. Qu’ils aillent directement cracher sur les innombrables tombes de communistes, qui « ont été les premières victimes des persécutions nazies » [11], tombés sous Hitler pour avoir cru en une autre société ou pour s’être battu pour une Allemagne libre. 70% des tracts antinazis saisis par la Gestapo étaient imprimés par des militants communistes [12]. L’historien Gilbert Merlio écrit dans Les Résistances allemandes à Hitler (éd. Tallantier, 2003) que :

« Les communistes ont été les opposants les plus décidés et les plus actifs au nazisme. »

[1] : Ian Kershaw, Qu’est-ce que le nazisme ? Problèmes et perspectives d’interprétation, éd. Gallimard, 1992, p. 93.

[2] : Voir l’article en question ici : « Rome s’est effondrée de la même façon que l’URSS parce que son effondrement avait les mêmes causes. Oubliez les invasions barbares, oubliez l’idée de Gibbon sur le christianisme ramollissant les Romains, oubliez les discours compliqués. La cause centrale de la chute de Rome, ce fut le socialisme. Parce que l’Empire, intrinsèquement, était un régime socialiste totalitarisant. »

[3] : Article publié le 12 février 2012 : http://www.contrepoints.org/2012/02/19/69608-hitler-et-le-che-deux-faces-dune-meme-piece

[4] : Mein Kempf, Chapitre VIII : Le commencement de mon activité politique.

[5] : Hitler, A.; transl. Norman Cameron, R. H. Stevens; intro. H. R. Trevor-Roper (2000). "March 24, 1942". Hitler’s Table Talk, 1941–1944: His Private Conversations. Enigma Books. pp. 162–163.

[6] : Dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 40-4, 1993, p. 679.

[7] : Entretien réalisé le 20 juin 2000, disponible ici : http://www.bernardgirard.com/aligre/nazisme.html

[8] : Hajo Holborn, A history of modern Germany, 1840-1945, Princeton University Press, 1982, page 719.

[9] : Cité ici : http://www.wsws.org/francais/hiscul/2008/fev08/tooz-f19.shtml

[10] : Adolf Hitler, Hitler : une carrière (1977), écrit par Werner Rieb (d’après l’ouvrage de Joachim C. Fest).

[11] : Selon l’historien Gilbert Merlio dans Les Résistances allemandes à Hitler (éd. Tallantier, 2003).

[12] : Günther Weisenborn, Une Allemagne contre Hitler, éd. du Félin, 2007, p.182.


Source.http://progreshumain.wordpress.com/2013/07/08/hitler-netait-pas-socialiste/
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