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Guatemala

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: Guatemala
    Envoyé : 06 Nov 2007 à 17:46

GUATEMALA: RETOUR DES ESCADRONS DE LA MORT

 

Près de onze ans après la signature des accords de paix entre le

gouvernement et la guérilla, le Guatemala continue de connaître une

violence propre à un pays en guerre. Une réalité où les droits

humains, économiques, sociaux et culturels sont constamment violés,

où le niveau de pauvreté croît de manière inquiétante, résultat du

Traité de libre commerce et de la concentration extrême du pouvoir

économique. Durant les trois dernières années du mandat présidentiel

d’Oscar Berger, on a dénombré 629 agressions contre des défenseurs

des droits humains. Un chiffre qui place le pays en seconde position,

juste après la Colombie, dans le triste palmarès des attaques contre

les militants des droits de l’Homme et les syndicalistes (1). Au

cours de la récente campagne électorale, on a dénombré pas moins de

21 homicides. Et voici que maintenant le spectre des escadrons de la

mort réapparaît avec l’assassinat d’un syndicaliste.

Le 23 septembre 2007, à 5 h 45, Marco Tulio Ramirez Portela quitte

son domicile pour se rendre à son travail. Sa petite maison est

située à l’intérieur même de la plantation Yuma, appartenant à

Bandegua, fournisseur de la multinationale Del Monte. Sous les yeux

de sa femme, Marco Tulio est froidement abattu par plusieurs hommes

masqués et lourdement armés. L’ouvrier de la banane était aussi

secrétaire des sports et de la culture du Syndicat des travailleurs

de la banane d’Izabal, au Guatemala (SITRABI(2)), qui défend les

travailleurs des plantations travaillant pour Del Monte. Son frère,

Noé Antonio Ramirez Portela est l’actuel secrétaire général du

syndicat. Il ne fait aucun doute que ce sont là les raisons de cet

assassinat.

A plusieurs reprises, Marco Tulio avait été menacé de perdre son

emploi, accusé de saboter la production et d’inciter les autres

ouvriers à cesser illégalement le travail ou se mettre en grève.

Le meurtre du syndicaliste s’inscrit dans la droite ligne d’une

escalade des violences et d’une impunité institutionnelle au Guatemala.

De plus en plus de menaces

Le 20 juillet 2007, déjà, entre 20 h et 23 h, cinq soldats en

uniforme avaient effectué une descente au siège du SITRABI et avaient

interrogé les deux militants présents pour recueillir les noms des

dirigeants, le nombre des adhérents, les heures de réunions et toute

une série d’informations de caractère privé. Le numéro

d’immatriculation de la camionnette qui avait servi à leur transport

avait pu être noté et un des protagonistes de cette affaire était

reconnaissable par la casquette qu’il arborait. Les militaires, se

réfugiant derrière leur statut particulier, avaient refusé de

décliner leur identité. Le syndicat avait vivement réagi et, au cours

d’un rendez-vous, enfin obtenu au mois de septembre, le ministre de

la Défense s’était engagé à mener une enquête interne.

Ces intimidations ne sont pas nouvelles. Le 13 octobre 1999(3), un

groupe d’hommes armés avait contraint les dirigeants du syndicat à

renoncer à leur mandat et à leur travail. Poursuivis en justice, les

hommes de main avaient été condamnés à trois ans et demi de prison,

mais les dirigeants syndicaux avaient été contraints à l’exil.

Au cours de l’année 2000, les membres du comité exécutif du SITRABI

reçurent régulièrement des menaces de mort par téléphone. Malgré les

plaintes déposées auprès du ministère public et de la section

spéciale chargée des crimes contre les journalistes et syndicalistes,

aucune suite ne fut donnée, faute de preuves.

Le 26 novembre 2006, vers 20 h 30, Cesar Humberto López, membre du

comité exécutif, au volant d’un véhicule du syndicat, fut intercepté

par des hommes armés qui le menacèrent et firent éclater le pare-

brise à coups de pierres. Aucune suite juridique ne fut donnée à

cette affaire.

Retrouver les assassins, et les commanditaires

L’assassinat de Marco Tulio rappelle le style des tristement célèbres

"escadrons de la mort" qui ont marqué l’histoire du Guatemala dans un

passé récent (cf. En savoir plus). Pourtant, il n’est pas possible

que les assassins n’aient pas été repérés, d’une manière ou d’une autre.

Les faits se sont déroulés au sein d’une propriété surveillée dont

les entrées et les sorties sont strictement contrôlées par une police

privée (4). Un laissez-passer est exigé pour toute entrée de véhicule

dans l’enceinte de l’exploitation. Et les agents de sécurité

renouvellent un contrôle à la sortie. En outre des rondes régulières

sont effectuées autour des bâtiments.

Aujourd’hui, les provocations continuent. Le 28 septembre 2007, entre

20 h et 23 h des motocyclistes masqués et armés de fusils AK47 ont

circulé entre les habitations de la plantation de Bandegua et menacé

les responsables syndicaux et leurs familles. Régulièrement, la nuit,

des véhicules pénètrent dans la propriété et font ainsi régner

l’insécurité.

Face à cette situation, qui rappelle à tous les heures les plus

sombres qu’ait connu le Guatemala, le mouvement syndical

international, et particulièrement les syndicats latino-américains,

se mobilisent pour protéger les militants du SITRABI et inciter les

autorités à intervenir pour que justice soit faite.

Les syndicats de l’industrie bananière, regroupés au sein de COLSIBA

(5), ont alerté leurs homologues et la coordination Euroban pour

qu’il relaient cette mobilisation.

(1) Selon le rapport annuel commun de l’OMCT et de la FIDH

(2) Sindicato de Trabajadores Bananeros de Izabal

(3) Appel n°213 du 4 novembre 1999 Guatemala : retour de la terreur

(4) C’est la société SERPROP, une société privée qui fournit les

vigiles pour la plantation de Bandegua.

(5) COLSIBA est la coordination latino-américaine des syndicats de la

banane

Alain Uguen Association Cyber @cteurs



Edité par T 34 - 29 Apr 2009 à 19:33
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Nov 2007 à 17:49
Avec la victoire d’Alvaro Colom, le Guatemala bascule à gauche

de Malovic Dorian

En dépit d’un taux d’abstention supérieur à 50 %, le social-démocrate Alvaro Colom, chef d’entreprise de 56 ans, a remporté l’élection présidentielle au Guatemala avec 52,7 % des voix au second tour

Le Guatemala vient de basculer à gauche. Après des décennies d’un système politique ultrali­béral qui a toujours profité à l’élite, ce petit pays d’Amérique centrale peuplé à 60 % d’Indiens a élu di­manche au second tour de l’élection présidentielle Alvaro Colom, chef d’entreprise de 56 ans. « J’étais sûr de la victoire », a-t-il déclaré, ajoutant que les Guatémaltèques venaient « de tourner la page de la tragédie » du militarisme et de lancer un « non » aux régimes militaires qui ont gouverné le pays d’une main de fer.

Alors que plus de 6 000 meurtres ont été enregistrés depuis le début de l’année, l’insécurité et la violence ont dominé la campagne électorale. Alvaro Colom, qui sera investi dans ses nouvelles fonctions le 14 janvier prochain, a battu l’ancien général Otto Perez, partisan d’une politi­que de répression radicale contre la corruption, les trafiquants de drogue et les maras, les gangs ar­més d’Amérique centrale. De son côté, le vainqueur du scrutin a promu le développement social comme principale solution aux problèmes de la violence. Il s’est dit opposé aux privatisations dans un pays ou plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Même si plus de 50 % des six millions d’électeurs se sont abstenus pour ce second tour, contre 41 % lors du premier tour du 9 septembre, le candidat so­cial-démocrate l’a emporté dans tous les départements du pays, à l’exception de la capitale et de ses 16 municipalités. Convaincu d’avoir un destin national, Alvaro Colom, chef d’entreprise, ingénieur industriel de formation, se présentait pour la troisième fois à la présiden­tielle. En 1999, il était arrivé en troisième position. En 2003, il avait atteint le second tour, battu par le conservateur Oscar Berger.

Cette fois, il a gagné, mais ni son passé de chef d’entreprise – 75 en­treprises textiles créées dans les années 1980 et 1990 – ni son passage au gouvernement comme vice-ministre de l’économie en 1991 ne sont parvenus à tranquilliser un patronat soucieux de préserver ses privilèges, notamment fiscaux. Al­varo Colom a aussi promis de lutter contre la politique de bas salaires et de flexibilité de l’emploi et d’amélio­rer le système de santé publique. Une autre dimension sociale et humaine caractérise Alvaro Colom au point de lui avoir peut­être valu la victoire de dimanche. En 2003, il avait estimé que les présidents qui s’étaient succédé à la tête du Guatemala avaient « développé des attitudes racistes envers la spiritualité maya » .

Lui au contraire s’est engagé depuis 1991 à la tête du Fonds national de la paix (Fonepaz) en faveur des Indiens. Il fut d’ailleurs à l’origine du retour de plus de 45 000 Indiens, réfugiés au Mexique pour fuir les violences de la guerre civile (1960-1996). « Nous sommes venus en aide à plus de 9 000 villages, aux réfugiés et aux déplacés de la guerre et nous avons participé à la résolution des conflits agraires », a-t-il pu affirmer pendant la campagne. Il avait d’ailleurs reçu le titre honorifique de « chaman », une récompense rare pour un non-Indien.

La Croix du 06 novembre 2007

(EDIT: pas d'url bellamachin ici)


Edité par Fidelista - 06 Nov 2007 à 18:41
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Nov 2007 à 18:14
Le Bolivarisme remporte un nouveau scrutin, les peuples de l'Amérique Majuscule amorce une nouvelle victoire
 
Puissent-ils nous servir d'exemples
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  Citer KGB Shpion Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Nov 2007 à 18:20
Convaincu d’avoir un destin national, Alvaro Colom, chef d’entreprise, ingénieur industriel de formation [...]
Cette fois, il a gagné, mais ni son passé de chef d’entreprise – 75 en­treprises textiles créées dans les années 1980 et 1990 –

Voilà les seules (parties de) phrases importantes à retenir. Le reste, c'est du vent.
Encore un social-démocrate...
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  Citer Fidelista Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 06 Nov 2007 à 18:38
Message posté par KGB Shpion

Encore un social-démocrate...
 
Hum....pas exactement même si comme le Canada Dry ça y ressemble, les sud-am ont des attentes qui vont bien au-dela d'un soc-dèm moux.
Je pense que c'est un début, tous ne sont pas prêt à passer dans le camp Cuba/Venezuela avec les mêmes radicalités.
Mais nous pouvons quand même reconnaitre qu'il y a une vraie tendance en Am-du-sud qui penche vers la gauche.
Je pense que la réussite de l'ALBA et des pays qui la composent, est scruté à la loupe par tous les autres peuples encore méfiant. Et il semblerait que le basculement est irréversible, trop d'entres eux ont souffert du capitalisme de l'onc' Sam.
 
On ne peut pas imaginer une "cubanisation" générale en moins de 10 ans.
Mais en moins de 20 ans, ça semble tout à fait possible.
 
 
 
 
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  Citer Gorri Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Nov 2007 à 02:05
Message posté par KGB Shpion


Encore un social-démocrate...


Euh, non, non pas "encore" un social-démocrate.
Mais plutôt "enfin" un social-démocrate.

Le Guatemala a été gouverné par l'extrême droite pendant très
longtemps; par la terreur.
Un président social-démocrate, s'il est réellement
et sincerement social-démocrate, c'est déjà une très grande
amélioration.
El mall, la falç, i la flama que abrusa
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 15 Jan 2008 à 23:22
Le Guatemala a été gouverné par l'extrême droite pendant très
longtemps
 
Comme le Salvador aujourd'hui , esperons que ça changera en 2009.
 
Un président social-démocrate, s'il est réellement
sincerement social-démocrate, c'est déjà une très grande
amélioration.

Il y a une vidéo de son investiture sur VTV avec ce commentaire :
 
Álvaro Colom: Hoy empieza el privilegio de los pobres en Guatemala
 
14/01/2008) En la ceremonia de asunción realizada en el Teatro Nacional Miguel Ángel Asturias de la ciudad de Guatemala, y con la presencia de 18 Jefes de Estado, cancilleres y jefes de Gobierno, entre ellos el presidente venezolano Hugo Chávez, el nuevo mandatario guatemalteco dijo que la intolerancia, la desigualdad, la discriminación y la ausencia de solidaridad serán los temas que su gobierno corregirá, para implantar una política social en la nación centroamericana y atender a los más pobres y a los olvidados por 50 años.
 


Edité par T 34 - 15 Jan 2008 à 23:22
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Jan 2008 à 14:34

N O T R E  A M E R I Q U E

La Havane. 15 Janvier 2008

Alvaro Colom investi comme nouveau président du Guatemala

GUATEMALA, le 14 janvier. – Alvaro Colom Caballeros a été investi aujourd’hui comme nouveau président du Guatemala lors d’une cérémonie solennelle qui s’est déroulée au Théâtre national Miguel Angel Asturias de cette capitale, rapporte PL.

Dans son discours d’investiture, Colom a souligné que la nation centro-américaine était arrivée à une nouvelle étape de changements. « Le Guatemala est un pays magique, où 23 peuples, 23 cultures et 23 visions différentes se partagent 108 000 km carrés », a indiqué le nouveau dirigeant, qui a affirmé que gouverner c’est servir et rechercher l’unité nationale.

La priorité sera pour celui qui possède le moins, a-t-il déclaré, et il a annoncé le début du privilège des pauvres, des sans voix, comme il s’y est engagé lors des neuf derniers mois de lutte pour le plan de l’espérance.

La cérémonie a été présidée par 70 délégations internationales, dont 15 menées par des présidents ou des chefs d’État, le chiffre le plus élevé de toute l’histoire du Guatemala pour une cérémonie de cette nature.

Selon DPA, préalablement à l’investiture du dirigeant, le nouvel organe législatif du Guatemala pour la période 2008-2012 a été installé aujourd’hui lors d’une séance solennelle au Congrès national.

Colom comptera sur le soutien de 51 députés de son parti (Unidad National de la Esperanza- UNE), sous lequel il a remporté la présidentielle, sur les 158 qui composent l’Assemblée. •

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 05 Feb 2008 à 19:29

Plus de 5 000 Guatémaltèques opérés au Centre ophtalmologique « José Marti »

GUATEMALA (PL).- Plus de 5 300 citoyens guatémaltèques au faibles revenus ont été opérés à ce jour au Centre ophtalmologique « José Marti », équipé par Cuba dans le département de Jalapa, dans l’est de ce pays d’Amérique centrale.

« Inaugurée il y a un an dans l’une des régions les plus pauvres du pays, cette moderne installation dispose de deux services de chirurgie qui accueillent chaque jour plus d’une cinquantaine de patients », a informé à l’agence Prensa Latina le directeur de l’institution, le Dr Rolando Melian.

Le Dr Melian a tenu à préciser que la totalité du processus, du diagnostic de la maladie en passant par l’hospitalisation, l’intervention chirurgicale, les repas et le suivi du patient sont entièrement gratuits, ce que la population apprécie beaucoup.

« Ici nous accueillons non seulement des habitants de Jalapa, mais aussi des gens venus de la capitale et de départements encore plus éloignés comme Escuintla, Totonicapan et Santa Rosa », a déclaré le docteur.

Le personnel cubain actuel est composé de 23 personnes, dont deux chirurgiens, une ophtalmologue clinique et plusieurs anesthésistes, infirmières et optométristes.

« La plupart des interventions chirurgicales sont notamment des ablations d’excroissances ou des opérations de la cataracte, mais nous pratiquons également de la chirurgie mineure sur des tumeurs et des kystes des paupières, par exemple.

Une opération de la cataracte dans un hôpital privé peut coûter jusqu’à mille dollars, un prix inaccessible pour la plupart de la population de ce pays, dont 51% vit dans la pauvreté et 15% dans l’extrême pauvreté.

« Ce qui explique que beaucoup des patients opérés dans cette institution remercient Cuba et le président Fidel Castro de leur avoir restitué la vue », signale le Dr Melian.

En plus du Centre ophtalmologique « José Marti », il y a le Centre « José Joaquin Palma » dans le département de Alta Verapaz, dans le nord du pays, et une troisième institution du genre sera mise en service dans l’ouest du Guatemala.

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Jul 2008 à 16:30

Au Guatemala les riches gagnent en une année ce que les pauvres gagnent durant une vie de travail

 
En espagnol :
Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 Jun 2009 à 18:42

Guatemala : Enjeux et controverses de la déclassification des archives.

 
 
Cynthia BENOIST
 
La problématique des archives militaires et policières, documents susceptibles d’apporter des preuves tangibles sur les méthodes de répression utilisées lors du conflit armé interne, a pris ces derniers temps une importance cruciale dans la vie politique guatémaltèque. En moins d’un mois, deux plans d’opérations militaires ont été remis ainsi que le rapport sur les archives de la Police Nationale, Le droit de savoir. Cependant, ce qui pourrait être entendu comme une victoire des organisations de victimes et du mouvement social en général se doit d’être nuancé au vu des obstacles qui se sont rapidement érigés, encore une fois, sur le chemin de la vérité et de la justice.

Histoires d’archives militaires

Cela fait des années que nombre d’organisations de victimes réclament l’accès aux documents militaires.

La première demande légale (il y en a eu d’autres avant) pour l’ouverture des archives militaires a été faite en février 2006 par l’Association Justice et Réconciliaton-AJR et le Centre d’actions légales pour les droits de l’homme-CALDH dans le cadre d’une plainte pour génocide. Suite à cela, le Ministère Public a lui-même réclamé la remise de ces documents afin de pouvoir instruire cette plainte. Refus sec de la part du Ministère de la Défense. Les plans militaires demandés étaient ceux connus grâce au rapport de la CEH (1) : Plan Operativo Sofía (juillet 1982), Asuntos civiles Operación Ixil (1982), Plan de campagne Victoria 82 et le Plan Firmeza 83. D’après le rapport et la lecture de copies existantes, ces plans contiendraient la stratégie contre-insurrectionnelle du gouvernement militaire pour anéantir la guérilla et leurs soutiens civils, ainsi que des détails sur certaines opérations ou recherches faites par les forces de sécurité sur des dirigeants politiques, syndicalistes, etc. (2) Ils mettent directement en cause les dirigeants et responsables politiques et militaires en place entre 1982 et 83. Ce sont donc des documents de première importance, qui permettraient enfin de briser l’impunité.

Ces plans d’opérations militaires représentent également le grand espoir pour les familles de victimes de retrouver les corps de leurs disparus et ainsi, de pouvoir terminer le processus de deuil afin d’initier celui d’une hypothétique réconciliation.

Suite à ce premier refus du Ministère, un véritable imbroglio juridique a suivi, à coup d’appels, d’amparos (qui peuvent être comparés à des pourvois en cassation) et de procédés douteux de la part de la défense.

L’argumentation du Ministère de la Défense et de la défense de Ríos Montt pour empêcher la remise des documents militaires s’appuie principalement sur l’article 30 de la Constitution qui déclare que tous les documents administratifs sont publics et accessibles à tous, « exceptés ceux traitant d’affaires militaires ou diplomatiques de sécurité nationale ». Ce recours à la notion de sécurité nationale ne devrait pas surprendre de la part de ceux qui l’ont érigée en doctrine pour lutter contre la « menace » communiste. Cependant, même ici, cet argument a du mal à passer, les gens ne comprenant pas ce que ces archives peuvent avoir de menaçantes pour la sécurité nationale actuelle. Tout le monde a plutôt tendance à considérer cela comme une stratégie des responsables pour se protéger eux-mêmes, une doctrine de « sécurité personnelle » en quelque sorte.

Comme l’a confirmé un tribunal d’appel en 2007, puis la Cour Constitutionnelle (CC) en mars 2008 puis le 9 février 2009, « ces plans n’entrent pas dans la catégorie de la sécurité nationale. D’une part pour le temps qui a passé [depuis leur élaboration], d’autre part car le pays n’est pas en situation de danger imminent et personne n’attente à la sécurité nationale ». (3)

Ces documents entrent donc sous le coup de l’article 14 de la Constitution qui indique que la partie civile, ainsi que le Ministère Public « ont le droit de connaître personnellement toutes les actions, documents et démarches pénales, sans aucune réserve et de manière immédiate. »

Le 25 février dernier, jour national des victimes du conflit armé interne, Colom annonce publiquement que le Ministre de la Défense, Abraham Valenzuela, est allé remettre à la justice les quatre plans militaires demandés, et cela « servira à rompre l’impunité ». Une heure plus tard, on apprend que seuls deux des quatre plans ont été remis. On comprend alors l’indignation et le sentiment de profonde injustice qu’ont pu ressentir les organisations et toutes les familles de victimes du conflit, le jour même de la « dignité des victimes ».

On voit donc ici se jouer, sur fond de dispute juridique, un affrontement réel entre les associations de victimes du conflit interne et les anciens militaires responsables de la politique contre-insurrectionnelle. On ne peut que constater le pouvoir encore colossal de l’institution armée et l’esprit de corporation qui y règne, au-delà des clivages politiques. Des rumeurs courent par exemple sur la rencontre entre le Ministre Valenzuela et des représentants du Partido Patriota (PP) au Congrès, le jour de la remise des archives. Alors qu’il devait bien remettre les quatre plans –comme annoncé par Colom- seuls deux sont apparus suite à cette réunion.

Le cynisme est arrivé à son comble quand le propre Ministre a commencé à nier publiquement l’existence de ces plans, avant de se rétracter et de déclarer qu’ils pouvaient se trouver « dans n’importe quelle caserne du pays ».

Suites juridiques

CALDH et l’AJR ont décidé de porter plainte contre le Ministre Valenzuela, pour « désobéissance et dissimulation de documents ». Cette action légale est la première du genre initiée par CALDH. Si les risques de sanction sont réels (de la destitution du poste jusqu’à la prison), les avocats gagent surtout sur la pression mise sur le gouvernement et par-delà, sur l’appareil militaire. Preuve que cette stratégie paie, le lendemain de cette plainte, le Ministre Valenzuela allait également porter plainte pour « perte de documents », afin de se dédouaner de cette disparition.

Cerise sur le gâteau, quelques jours après cette affaire, une copie du Plan Sofia est déposée de manière anonyme à la maison présidentielle. Cette copie est actuellement en cours de validation par une commission composée de représentants de la partie civile, du MP et d’experts militaires, qui doivent juger de l’authenticité du document.

En plus de l’enquête du MP, des recherches sont également en cours en interne pour retrouver ces documents.

Néanmoins, des informations sont déjà sorties de ce Plan Sofía et notamment une liste de commandement de l’armée où apparaît le nom d’Otto Perez Molina (leader du PP), le mettant dans une position délicate. Cependant, le général à la retraite et ex-candidat à la présidentielle poursuit sur la même ligne : « Ils ne vont pas trouver là-dedans que l’on a ordonné ou conçu une opération pour tuer des personnes innocentes pendant le conflit armé. Ils ne vont trouver ça dans aucune archive ». (4)

D’autre part, en parallèle de cette affaire des quatre plans, Colom a également promis la déclassification de l’ensemble des documents militaires et a, pour ce faire, créé une commission ad hoc (Commission pour la déclassification des documents militaires), chargée de localiser les documents qui se trouvent dans les différents locaux militaires avant de les remettre au bureau du Procureur des Droits de l’Homme-PDH.

Il est clair que la décision de déclassifier l’ensemble des documents militaires n’a pas fait que des heureux : le Ministre Valenzuela a lui-même été menacé de mort pour son action dans la déclassification des archives. Il semble également que des tensions assez fortes se jouent entre les différents Ministres et que des résistances se font sentir au sein même du gouvernement et du Congrès.


Photo : film "Las Cruces", de Rafel Rosal. Guatemala 2006

Il ya vingt ans, la guerre civile au Guatemala était à son comble. Las Cruces était un humble village de paysans au pied d’un volcan. Le village fut incendié et ses habitants massacrés par les troupes d’élite du gouvernement.

Une journée ordinaire pour un régime soutenu par les Etats-Unis.

"Nous avons adopté une politique plus humanitaire et moins coûteuse, davantage conforme à la démocratie. Maintenant nous apportons le développement pour 70% de la population et nous en tuons 30 %."

Général Gramajo - Guatemala - 1982
formé à l’école School Of Americas aux Etats-Unis.


Histoires d’archives policières

Peu de temps après l’affaire des archives militaires, l’arrestation de deux anciens policiers, auteurs matériels présumés de la disparition forcée de Fernando García, en 1984, était à la une des journaux. Deux autres suspects sont actuellement en fuite et recherchés.

Ces arrestations ont pu être réalisées grâce à des informations découvertes dans les archives de la Police Nationale (PN). Ces archives, découvertes par hasard en 2005, représentent aujourd’hui un grand espoir pour nombre de familles qui espèrent y trouver des informations sur leurs proches disparus.

Le choix du cas García a une importance politique forte. La disparition de García, alors époux de Nineth Montenegro (aujourd’hui députée au Congrès), avait été à l’origine de la création, par cette dernière et d’autre familles de disparus, du GAM (Grupo de Apoyo Mutual), première organisation accompagnée au Guatemala. Il s’agit d’une avancée fondamentale pour la recherche de la vérité et de la justice dans les cas de disparition forcée, résultat de la persévérance et du combat de Nineth Montenegro et du GAM ces 25 dernières années.

L’ouverture des archives et les premières arrestations laissent donc espérer que de nombreux cas pourront être jugés au Guatemala. La question qui se pose est de savoir si ce processus pourra aller au-delà de la mise en cause des seuls auteurs matériels des crimes afin d’atteindre les auteurs intellectuels, incluant ces actes dans une stratégie politique contre-insurrectionnelle et antisubversive.

Les archives de la PN étudiées par la PDH, plus de 7 millions de pages (5), concernent davantage les cas de disparition forcée ayant eu lieu à la capitale et visant principalement des militants des mouvements étudiants, des syndicalistes, des membres de partis politiques « subversifs ». (6)

Aujourd’hui, la PDH dispose d’un mandat d’enquête spéciale afin d’étudier les cas de disparitions d’étudiants entre 1978 et 1980, dont 63 suivis par le GAM. Ces cas pourraient être le début d’une mise en cause des auteurs intellectuels des disparitions forcées sous le gouvernement de Lucas García.

Dans son rapport, Le droit de savoir, la PDH s’est concentrée sur des thématiques telles que les relations entre la PN et l’armée, les fonctions et opérations de la PN, le rôle de la PN dans le conflit armé ainsi que les méthodes de contrôle social de la PN. En effet, des milliers de fiches de renseignements sur des individus « subversifs » font partie du contenu des archives.

Dans le cas de Fernando García, les deux prévenus sont aujourd’hui en prison. La PDH avait à l’origine demandé au MP de les accuser pour enlèvement, abus de pouvoir et détention illégale, disparition forcée et « non-respect des devoirs humains ». Ces deux derniers points n’ont pas été conservés par le juge en vertu du principe de non-rétroactivité des lois selon lequel un crime ne peut être jugé que postérieurement à sa typification juridique. C’est-à-dire que l’on ne peut être reconnu coupable d’un crime qui n’existait pas au moment des faits. Le crime de disparition forcée n’ayant été inscrit dans la loi qu’en 1996, les cas de disparition forcée antérieurs à cette date ne peuvent être jugés selon ce type de crime et les peines qui y sont liées.

Cependant, selon la Convention interaméricaine sur la disparition forcée, ratifiée par le Guatemala en 1999, le crime de disparition forcée est « permanent » tant que la victime n’a pas été retrouvée. C’est-à-dire que les responsables de la disparition de Fernando García pourraient être accusés de disparition forcée à partir de 1996. En outre, la propre Loi de réconciliation nationale précise que « l’annulation de la responsabilité pénale à laquelle se réfère cette loi ne sera pas applicable pour les délits de génocide, torture et disparition forcée » (Article 8). Cela est confirmé par la Convention interaméricaine qui stipule, « n’est pas admise comme circonstance atténuante l’excuse de l’obéissance à des ordres ou instructions supérieurs qui obligent, autorisent ou encouragent la disparition forcée ».

Pourtant, la défense des deux accusés a déjà tenté de poser un recours pour que leurs clients échappent au jugement. Ce recours reposait sur trois points : la prescription du crime (plus de 25 ans), la Loi de réconciliation nationale (dans le sens où elle amnistie les responsables de crimes ayant été commis sous les ordres de l’État) et le décret 8-86 sur l’amnistie (émis par Mejía Victores juste avant de céder le pouvoir aux civils et qui déclare une amnistie générale pour tous les responsables de crimes politiques entre le 23 mars 1982 et le 13 janvier 1986, une « auto-amnistie » en quelque sorte).

Ce recours a heureusement été rejeté par le juge. Le défi qui attend le procureur de la PDH aujourd’hui est de faire entrer les accusations de disparition forcée et de « non-respect des devoirs humains », lors de l’audience du 6 juin prochain.

De l’utilisation politique des archives

Le 25 février dernier, jour de la « dignité des victimes », Alvaro Colom a pris la parole devant les personnes rassemblées à la capitale pour honorer la mémoire des morts et disparus. Des semaines auparavant, des affiches parsemaient le parque central, évoquant différents massacres ayant eu lieu pendant la période de répression.

Pendant son discours, Colom a rappelé qu’« un pays qui oublie son histoire court le risque de commettre les mêmes erreurs. Pour que l’histoire du Guatemala ne se répète pas, nous sommes convaincus que la réparation [aux victimes] passe par le renforcement et l’espoir en la réconciliation, le pardon et l’harmonie nationale ». Il a ensuite présenté ses excuses officielles aux victimes, en tant que chef d’État et chef des forces armées.

Le regard des organisations sociales sur cette posture du gouvernement reste partagé. Alors que certaines y voient un effort réel et un tournant positif vers la reconnaissance des victimes, d’autres soulignent la récupération et la manipulation des symboles liés à la lutte pour la justice et ce, à des fins politiques.

Pressions et menaces

Les dernières semaines ont montré combien la déclassification des archives militaires et l’ouverture des archives de la PN est un sujet encore extrêmement sensible et combien les responsables en place pendant la répression ont encore les moyens de menacer et de mettre la pression sur l’État. Exemple en est le niveau de menaces subies par la PDH. Après l’agression d’un de leurs enquêteurs, c’est Gladys Monterrosso, épouse de Sergio Morales (PDH), qui a été enlevée et torturée, seulement 12h après la remise du rapport sur les archives de la PN. Cette agression a eu un fort retentissement et a provoqué de vives condamnations au niveau international et régional. Ainsi, Emilio Álvarez Icaza Longoria, PDH de Mexico a souligné que ce qu’a enduré Gladys Monterrosso rappelle « les pires pratiques de torture des années 60 » (9). En outre, nombreuses sont les organisations et les personnes qui n’hésitent pas à voir un lien direct entre la remise des archives et l’agression -même si d’autres pistes sont envisagées- et à réclamer une enquête rapide afin que cette agression ne devienne pas un nouveau cas d’impunité.

La veille avaient eu lieu différents événements (10) qui ont donné lieu à des rumeurs emphatisées de telle manière par les médias, que toute la capitale s’est crue en état d’urgence et à la veille d’un coup d’État. Colom a dû intervenir publiquement pour nier ces rumeurs infondées et a mis en cause des « forces déstabilisatrices » qui seraient à l’origine de cette désinformation.

La question se pose donc de savoir si l’État possède réellement les moyens et la volonté d’assurer le processus pénal dans le cas pour génocide en termes de protection des témoins voire, des accusés, ou si son intérêt et sa reconnaissance se bornent à quelques affiches.

Attentes et espoirs

Aujourd’hui et malgré tous les événements connexes qui ont lieu pour tenter d’intimider ou de menacer la recherche pour la vérité, les processus juridiques sont bel et bien en route. On attend le 6 juin pour connaître les chefs d’accusation contre les auteurs présumés de la disparition forcée de Fernando García.

Concernant le cas pour génocide, plusieurs étapes se profilent. La première –et la plus longue- va être l’instruction du cas, au regard des deux plans militaires déjà remis. Cette étape consiste, tant pour la défense que pour les parties civiles, à trouver les arguments juridiques afin de construire et d’appuyer l’accusation (ou la défense). S’en suivra la mise en accusation formelle par le juge des personnes liées au dossier. CALDH a déjà entamé ce travail et dispose également de 106 témoignages qu’ils voudraient voir accepter dans le cadre du procès.

Ainsi, une fois de plus dans cette longue quête pour la vérité et la justice, les victimes et familles de victimes doivent s’armer de patience. Néanmoins, tous connaissent déjà les méandres de la justice et cela ne les décourage pas. Au contraire, ils gardent bien vivante l’étincelle de la lutte car ils savent que ce pourquoi ils se battent est juste et que c’est là la première étape d’une réconciliation pour le moment invisible ici. Connaître la vérité et obtenir justice avant de pouvoir entreprendre le long chemin vers une réelle réconciliation nationale et restructuration sociale, c’est aujourd’hui l’enjeu des cas juridiques pour génocide et pour tous les cas de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires au Guatemala.

Cynthia Benoist
Collectif Guatemala
http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/

Notes

(1) Rapport de la Commission de clarification historique mandaté par l’ONU (CEH), 1999, Guatemala, Memoria del silencio. Le 25 février dernier, en parallèle du jour de la dignité des victimes se commémorait également le 10e anniversaire de la remise de ce rapport, dont peu de recommandations ont été suivies par l’État jusqu’à ce jour.

(2) Source : [en ligne]
http://www.voltairenet.org/article155707.html

(3) Citation du Président de la Cour d’Appel, Napoleón Gutiérrez. Source : [en ligne]
http://www.lahora.com.gt/notas.php?key=45301&fch=2009-03-05

(4) Source : [en ligne]
http://www.voltairenet.org/article155707.html

(5) L’ensemble des archives, plus de 80 millions de pages, couvre une période allant de 1882 à 1997. Pour son rapport, la PDH s’est concentrée sur la période 1975-1985 et a étudié l’équivalent de 9.4% de la totalité des archives.

(6) Un de ces cas avait d’ailleurs été présenté à la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, celui d’Oscar David Hernández Quiroa, également disparu en 1984. La CIDH avait conclu en la responsabilité des forces armées guatémaltèques, forçant le gouvernement de l’époque (Berger) à reconnaître également « la responsabilité internationale [de l’État] pour les droits de l’Homme concernant la disparition forcée d’Oscar David Hernández Quiroa ».

(7) Rappelons que le président Colom est le neveu de Manuel Colom Argueta, maire de la capitale de 1970 à 1974, et assassiné le 22 mars 1979, supposément par la police politique du gouvernement de Lucas García.

(8) Source. [En ligne] :
http://ecodiario.eleconomista.es/politica/noticias/1060874/02/09/Familiares-de-las-victimas-agradecen-a-Colom-la-entrega-de-los-archivos-militares-de-Guatemala.html

(9) Source. [En ligne] :
http://www.cimacnoticias.com/site/09033108-Torturaron-a-Gladys.37181.0.html

(10) Dès 10h du matin, la rumeur courant que 10 personnes avaient été tués dans des attaques de bus, provoquant un vent de panique dans la ville. Cette rumeur a été reprise par Radio Sonora, qui a repris aussi la rumeur sur l’Etat d’urgence. Pour une analyse de cette journée, voir l’article, Líder del Partido Patriota ofrece plan de seguridad, in Inforpress, 27 mars 2009 et Inseguridad ciudadana está orillando a un escenario de inestabilidad política, in Inforpress, 4 avril

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jun 2009 à 17:44
L'oligarchie guatemaltèque cherche a se débarrasser d'Álvaro Colom
 
Il y a quelques semaines elle l'a acusé d'avoir commandité le meurtre d'un opposant, depuis il a été totalement blanchis. Le président les dérange car il ne gouverne pas pour eux et promeut des programmes sociaux.
 


Edité par T 34 - 05 Feb 2010 à 19:17
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Dec 2009 à 20:43

Bruxelles, le 9 décembre 2009 (CSI en ligne) : Pas de trêve à la violence extrême à laquelle se trouvent confrontés les syndicalistes au Guatemala. La CSI a vivement condamné les meurtres de deux membres du Mouvement syndical indigène et paysan du Guatemala (MSICG) survenus entre octobre et novembre.

Le 6 octobre a eu lieu une nouvelle tentative d’expulsion de leurs postes de travailleuses et travailleurs membres du syndicat des travailleurs du commerce de Coatepeque affilié à la Confédération générale des travailleurs du Guatemala (CGTG) et au MSICG. Comme par le passé, la tentative d’expulsion menée par un contingent musclé des forces de sécurité de l’Etat a dégénéré en voies de fait contre des membres du syndicat, lesquels avaient préalablement fait l’objet de menaces de mort.

Le 13 octobre, Miguel Chacaj Jax, membre fondateur du syndicat, a trouvé la mort aux mains des forces de sécurité de l’Etat. Son meurtre a été suivi, le 29 novembre, de celui de Pedro Ramírez De La Cruz, directeur de la Commission pour la défense des indigènes et membre du MSICG. De La Cruz avait fait l’objet de menaces de mort pour son action en défense de la terre et pour la promotion de la réforme agraire et du développement rural.

Dans une lettre adressée au gouvernement du Guatemala , la CSI a exhorté le président Álvaro Colom à prendre d’urgence toutes les mesures qui s’imposent pour mettre fin à la violence extrême dont sont victimes les syndicalistes et les dirigeants syndicaux au Guatemala.

« Il convient de prendre toutes les dispositions nécessaires pour mettre fin à ces actes inadmissibles », a insisté Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.

La CSI représente 175 millions de travailleurs dans 311 organisations affiliées dans 155 pays et territoires.

Site web : http://www.ituc-csi.org/ et http://www.youtube.com/ITUCCSI

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Dec 2009 à 16:45

Guatemala : Entretien avec Miriam Cardona Fuentes, coordonnatrice du réseau de femmes syndicalistes STITCH pour l’Amérique centrale

Dimanche, décembre 27, 2009

Miriam Cardona Fuentes témoigne des luttes des femmes pour l’égalité dans le monde du travail et des syndicats. Elle s’appuie pour cela sur son expérience au sein du STITCH, un réseau féminin de syndicalistes et de militantes qui réunit des femmes en lutte d’Amérique centrale et des États-Unis. Cet entretien est paru respectivement dans IPS (avril 2009) et dans la Revue d’actualité de septembre-octobre 2008 du Projet accompagnement Québec-Guatemala (PAQG).

No_pasaranPAQG : Miriam, à quoi se consacre l’organisation STITCH ?

Miriam Cardona : Nous sommes une organisation féministe qui s’est donnée comme mission de travailler avec des femmes dans les syndicats, afin d’articuler leur participation en accord avec leurs pensées et leurs idées. Le but de cet accompagnement est de réussir à renforcer le pouvoir des femmes et leur leadership politique dans un monde qui est extrêmement patriarcal et généralement représenté par des hommes. Non seulement au niveau des postes, qui, comme dans le cas des syndicats, sont assurés par des hommes ; mais aussi dans tous les imaginaires, les propositions, les réflexions qui se reflètent dans les conventions collectives des compagnies.

Nous souhaitons amorcer des processus de réflexion avec et pour des femmes et créer des espaces qui puissent leur permettre de parler de ce qu’elles ne peuvent jamais aborder dans un monde masculin. Parler de nos corps, de notre sexualité, de la violence, de la criminalisation liée au fait d’être des femmes syndicalistes qui s’organisent. Parler du leadership, non pas dans la perspective des tâches et des responsabilités, mais plutôt avec la perspective de la vie des femmes. Nous appuyons aussi des luttes spécifiques de femmes, de leurs organisations, nous accompagnons les dénonciations afin de lancer des alertes lorsque des femmes syndicalistes sont persécutées.

PAQG : Quelle est la situation générale des femmes affiliées à un syndicat au Guatemala ?

Miriam Cardona : Difficile, et on peut le voir par quelques exemples qui se répètent d’un syndicat à l’autre dans le pays. Ainsi, les femmes qui veulent se réunir entre elles à l’intérieur de la structure du syndicat n’ont souvent même pas l’espace physique pour le faire, ni l’autorisation des hommes… Elles peuvent seulement se rencontrer dans des espaces mixtes. Les femmes syndicalistes qui s’identifient d’abord comme « femmes », mais sans renoncer à l’alternative politique que représente un syndicat, doivent donc trouver des astuces pour se réunir à la maison, ou au restaurant un dimanche.

Mais la première barrière qu’elles doivent à peu près toutes franchir est de faire accepter l’existence d’un collectif de femmes à l’intérieur du syndicat, pour observer et faire des propositions pour la négociation d’une convention collective. Elles doivent faire des efforts énormes pour réussir à faire élire une ou deux femmes à la table de négociation pour les clauses de la convention. C’est dire qu’elles ne doivent pas seulement négocier avec l’entreprise, mais d’abord négocier avec leur propre syndicat !

Il existe des syndicats où les femmes sont acceptées comme telles par l’entreprise, mais c’est le syndicat lui-même qui ne permet pas que les travailleuses se réunissent, à moins qu’il y ait présence de dirigeants masculins. Le plus ironique, c’est qu’on voit même des candidatures d’hommes pour le poste de secrétaire au genre.

Je me rappelle d’une expérience où des femmes syndiquées ont voulu inclure deux clauses dans la convention collective, la première portant sur la violence sexuelle au sein du travail, au sein de l’organisation syndicale et dans leur communauté ; l’autre portant sur l’accès à des examens mammaires et gynécologiques, partie de leur santé globale. Mais les femmes n’ont pas obtenu l’appui de leurs collègues syndiqués. Au contraire, elles ont assisté à une alliance entre les hommes du syndicat et les patrons de l’entreprise qui ont tous fait pression sur elles pour enlever ces clauses. Non seulement la clause sur les examens médicaux n’a pas été acceptée, mais elle a été remplacée par la négociation de billets de match de football et d’activités récréatives pour les hommes. Cela prouve que, dès lors que les femmes lancent des propositions depuis leur perspective de femmes et en ce qui concerne leur corps et leur sexualité, ce n’est pas considéré comme une proposition politique.

Quand nous visitons des maquilas ou des grandes fincas [1], nous entendons constamment des blagues sexistes de la part d’hommes syndicalistes contre des femmes qui se réunissent avec nous : « les lesbiennes vont avoir une réunion »… « Ah ! Ce dont elles ont besoin les femmes, c’est d’un pénis ». Il existe toujours la croyance que nous, les femmes, nous ne pensons pas, que nous n’avons pas d’idées et que les propositions que nous faisons n’ont rien de politique. Prendre la parole dans ce contexte, c’est déjà un événement politique et un très grand effort.

Toute cette délégitimation stigmatise les femmes et induit une peur qui diminue beaucoup leur potentiel de leaders syndicales. C’est sur ce point-là que STITCH veut travailler : commencer à déstructurer cette peur, à parler de la vie, pour que les femmes puissent se sentir plus fortes dans leurs propositions syndicales, dans l’organisation syndicale et dans leur milieu de travail.

PAQG : Qu’en est-il de la syndicalisation dans le secteur des maquilas au Guatemala ?

Miriam Cardona : Il y a 5 ans, il y avait approximativement 310 maquilas enregistrées au Guatemala. Sur ce nombre qui doit être encore plus élevé aujourd’hui, il n’y en a qu’une seule avec un syndicat, et c’est un syndicat presque exclusivement de femmes travaillant dans le domaine du textile. En fait on parle de deux syndicats, SITRACHOI et SITRACIMA [2], qui appartiennent aux entreprises Choi & Shin’s co. ltd et CIMA Textiles qui se retrouvent dans la même fabrique de Villa Nueva mais avec deux raisons sociales différentes, d’où l’existence de deux syndicats.

L’organisation de ces deux syndicats n’a pas été facile. Dès le début, quand ce fut le temps de distribuer les charges de travail et de choisir les représentants de l’exécutif pour la formation légale du syndicat, les premiers noms à apparaître sur la liste étaient des hommes. Avec quelques pressions, il a été possible de faire comprendre aux femmes que ce sont elles qui devaient occuper ces postes puisqu’elles représentaient la majorité des employés.

La formation des deux syndicats dans l’entreprise constituait un poids gênant pour un secteur traditionnellement antisyndicaliste. Les patrons ont alors commencé à mettre à exécution diverses manœuvres pour disloquer les syndicats, utilisant la violence dès le début. Ils ont d’abord invité des délinquants et des gros-bras de l’entreprise à prendre des bâtons et des pierres et à lyncher les représentantes syndicales. À ce moment-là nous avons réussi, avec l’aide de plusieurs organisations internationales comme ACOGUATE [3] ainsi que du Bureau du Procureur des droits humains, à neutraliser la tentative de lynchage, bien que les femmes aient quand même reçu des coups. Après cela, il y a eu plusieurs autres actions de violence antisyndicale.

Cette année, les entrepreneurs de Choi & Shin’s ont utilisé une autre stratégie : ils ont réduit des lignes de productions (de 12 à 7, puis à 5), sous prétexte qu’ils n’avaient pas de commandes. Les femmes syndicalistes ont protesté contre cette réduction malhonnête de travail, en démontrant qu’au contraire, il y avait bel et bien une demande pour la production de vêtements Liz Claiborne, Polo et Macy’s aux États-Unis. Elles ont fait pression sur les « grandes marques » afin qu’elles se prononcent en faveur de SITRACHOI et qu’elles demandent des explications sur la diminution du nombre de lignes de production.

En juillet 2008, les femmes dénonçaient la fermeture illégale pour faillite de l’entreprise Choi & Shin’s, propriété d’hommes d’affaires de Corée du Sud. L’entreprise a commencé à négocier des indemnisations partielles pour les travailleuses, en échange de leur mise à pied. Malheureusement, il se trouve que le ministère du travail était de collusion avec l’entreprise : au lieu de défendre les droits des travailleuses, il les a plutôt incitées à signer l’entente pour leur renvoi avec compensations. Avec ce type de pression, la majorité des femmes de la maquila, qui vivent dans des conditions de grande précarité économique, ont choisi de signer l’entente. Seules les dirigeantes de SITRACHOI et de SITACIMA continuent aujourd’hui cette bataille contre les patrons. Elles demandent en premier lieu la réouverture de la fabrique et la réintégration de toutes les femmes – syndicalistes incluses – et deuxièmement, la réintégration des travailleuses même dans le cas où Choi & Shin’s changerait de raison sociale et ouvrirait sous un autre nom, ce qui est une stratégie commune dans le monde des maquilas.

Aujourd’hui, 150 femmes refusent toujours de signer l’entente de leur renvoi avec compensations, sur plus de 300 travailleuses que compte l’entreprise. Le problème, c’est qu’une fois l’entente signée, le syndicat risque de disparaître. SITRACHOI et SITRACIMA espèrent maintenant que les marques se prononcent aussi pour la réintégration des travailleuses et qu’elles démontrent qu’elles n’appuient pas ces stratégies destinées à annihiler les syndicats et à fermer l’entreprise illégalement. Nous espérons aussi que la communauté internationale puisse faire pression sur ces marques de prestige pour qu’elles se prononcent en faveur des travailleuses et qu’elles respectent les lois du Guatemala.

La situation des travailleuses syndiquées dans les entreprises agricoles est-elle la même, par exemple les femmes qui travaillent dans les grandes fermes bananières ?

Miriam Cardona : D’abord, il faut comprendre que ce sont là des familles entières qui travaillent et qui vivent dans les fermes de production de bananes. Heureusement, elles peuvent compter sur des syndicats qui ont une trajectoire historique, comme SITRABI [4] ; ce dernier a plus de 60 ans d’existence et a permis d’améliorer les conditions de vie des travailleurs au niveau du logement, de l’éducation, des transports, de favoriser l’implantation d’un siège syndical à l’intérieur même de la finca et d’implanter des droits et conditions syndicales différents de ceux des maquilas. Les femmes des fincas bananières appartiennent à des syndicats masculins pour ce qui est de la pensée et mixtes pour ce qui est du genre des syndiqués. Elles doivent donc mener la même bataille que dans d’autres syndicats pour se tailler une place. Dans certains syndicats, il existe tout de même un Secrétariat de la femme et un processus d’organisation des femmes, donc il y a une certaine visibilité et légitimité de leur travail.

Quel est selon toi le plus grand défi pour les femmes guatémaltèques syndiquées ?

Miriam Cardona : Je pense que le principal défi est d’exister en tant que femmes. Bien souvent, les femmes doivent adopter le comportement, les idées et jusqu’aux postures corporelles et au ton des hommes si elles veulent être écoutées. Elles doivent gueuler et donner des ordres pour pouvoir exister. Nous ne sommes pas seulement des femmes, ou des travailleuses, ou des syndiquées, mais des femmes avec une vie entière, intime et publique, qui affrontons encore trop souvent la négation de notre condition, de notre droit d’exister en tant que femmes.

Notes

[1] Grandes propriétés foncières – note DIAL.

[2] Sindicato de Trabajadores de Choi (Syndicat de travailleurs de Choi) et Sindicato de Trabajadores de CIMA Textiles (Syndicat de travailleurs de CIMA Textiles) – note DIAL.

[3] ACOGUATE a été créé en 2000 sous le nom de Coordination de l’accompagnement international au Guatemala (CAIG) – note DIAL.

[4] Sindicato de trabajadores bananeros de Izabal (Syndicat de travailleurs de bananeraies d’Izabal).

Texte relu et annoté par DIAL pour la publication du Dossier situation des femmes, en novembre 2009.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2010 à 18:03
Interview d’Álvaro Colom, président du Guatemala, par TeleSur
 

Guatemala : retour sur la tentative de coup d’État médiatique

samedi 16 janvier 2010 par Katia Tosco

On se souvient il y a quelques mois des manifestations de la droite guatémaltèque pour réclamer la démission d’un "président-assassin" sur la base d’un montage médiatique aujourd’hui démonté par la justice guatémaltèque. Une technique de putsch sous commande télévisuelle qui avait failli réussir au Venezuela en 2002. On se souvient, au moment fort de la crise, de l’interview humiliante oú Patricia Janiot demanda en direct au président Colom quand il comptait démissionner. Et des contre-manifestations populaires inattendues qui avaient empêché la chute de Colom, quelque mois avant un autre putsch, lui aussi appuyé par le monopole privé des médias, dans un pays voisin : le Honduras...

Dans une interview exclusive accordée à Telesur, le gouvernant guatémaltèque a appelé ses citoyens à rester unis face à ce qui constitua une tentative de coup d’État contre lui, et a remercié les présidents du continent américain et de l’Union Européenne pour leur soutien.

« J’ai toujours pensé que le bien triomphe sur le mal et c’est ce qui est arrivé aujourd’hui. Aujourd’hui c’est la tache de tous les guatémaltèques de se retrousser les manches et de travailler pour le pays. Nous devons rester unis pour qu’une telle chose ne se reproduise plus », a assuré le chef d’Etat dans une interview exclusive accordée à Telesur avec le journaliste Rolando Segura, diffusée ce mercredi.

Colom a ajouté que la crise qui a suivi par la mort de Rosenberg avait été provoqué par « des intérêts pervers et obscurs », soulignant que l’une des leçons à tirer de cette affaire était qu’une grande majorité de la population avait montré son soutien aux actions de l’Exécutif face aux minorités qui se sont opposées à lui.

« Une enquête doit à présent être menée qui relève de ma responsabilité de président », a ajouté le dignitaire. Ce sera le rôle des institutions de suivre et de remonter à l’origine de cette affaire qui, « grâce à la réaction réfléchie et sereine du Gouvernement, n’a pas eu de plus dramatiques conséquences. »

Au cours de cet entretien, le dignitaire guatémaltèque a exprimé sa gratitude envers les différents présidents du continent pour avoir, tout comme leurs peuples, toujours eu confiance en lui « dont la seule faute est d’avoir voulu donner des yeux, des oreilles et une bouche aux Guatémaltèques qui ont le moins d’opportunités »

TeleSUR publie ici l’intégralité de l’interview du président guatémaltèque, Álvaro Colom.

Monsieur le Président, vous avez déclaré que l’une des périodes les plus amères de votre gouvernement avait été la prise de connaissance par l’opinion de la vidéo où Rosenberg lui-même vous accusait d’avoir été impliqué dans son assassinat. Le résultat de cette Commission signifie-t-il pour vous la fin de cette période difficile ?

Oui, ce chapitre est résolument clos. L’enquête de fond sérieuse et indépendante soutenue par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) et par le Ministère public a aujourd’hui (mardi) rendues publiques ses premières conclusions qui montrent, comme je l’avais déjà déclaré, que ni mon épouse, ni mon secrétaire privé, ni le président n’ont de responsabilité dans ce crime.

Ce crime a été a l’origine de l’une des pires crises politiques du Guatemala. Les dirigeants de l’opposition et des manifestants sont allées jusqu’à exiger votre démission. Quelles en ont été les autres conséquences pour le pays ?

Selon moi, il y a à l’origine de cette crise une grande infamie contre le pays, le gouvernement, mon secrétaire privé et la première dame. C’est une crise qui a fait énormément de mal à l’image du pays pour les investisseurs. Aujourd’hui notre tache est de faire éclater la vérité de la justice. J’ai toujours pensé que le bien triomphe sur le mal et c’est ce qui est arrivé aujourd’hui. Aujourd’hui c’est la tache de tous les guatémaltèques de se retrousser les manches et de travailler pour le pays. Nous devons rester unis pour qu’une telle chose ne se reproduise plus.

Vous voyez dans cet assassinat et les assignations qui ont visé votre propre personne, votre épouse et des hauts-fonctionnaires une conspiration menée par de puissants groupes économiques et politiques contre votre gouvernement. Cependant, la Commission a écarté une telle possibilité. Qu’en pensez-vous ?

En premier lieu, l’enquête dont était chargée la Commission avait pour objet l’assassinat de l’avocat Rosenberg. Mais une nouvelle étape se présente maintenant : l’origine de cette vidéo. Qui a pu convaincre l’avocat d’une telle infamie ? Quels sont-ceux qui ont profité de la situation, et ceux qui ont au contraire, et de plein droit, réclamé la vérité et la justice ? Je défends une telle prise de position car il s’agit d’un droit légitime des citoyens. Une enquête doit à présent être menée qui relève de ma responsabilité de président. Certains ont dépassé les limites et ont émis des accusations fallacieuses et sans fondement. Ce sera le rôle des institutions de suivre et de remonter à l’origine de cette déstabilisation qui, grâce à la réaction réfléchie et sereine du Gouvernement, n’a pas eu de plus dramatiques conséquences.

Mais qui sont ces individus qui avaient intérêt à vous mettre en cause, en tant que président du Guatemala, et à tenter de déstabiliser le pays ?

Je crois qu’il y a dans toute crise des opportunités à saisir et des leçons à tirer. L’une d’entre elles est qu’il y a eu, pour mille manifestants contre le gouvernement, 10 000 personnes qui croyaient en lui. Je pense qu’il s’est agi d’un moment clé pour le pays, qui lui a permis de révéler son véritable visage. Il a également permis de mettre en lumière les démarches d’éradication de la pauvreté menée par mon gouvernement avec l’appui de tous les maires, enseignants, paysans et entrepreneurs qui ont toujours cru en Álvaro Colom. Cette crise est le fruit d’intérêts pervers et obscurs.

De telles conclusions ne sont pas seulement celles du Ministère Public du Guatemala. Que pensez-vous du travail de cette Commission internationale contre l’impunité ?

Ecoutez, je ne souhaite qu’exprimer ma plus sincère gratitude de la part de mon pays, de mon gouvernement et de la première dame, pour son professionnalisme. Le Ministère Public travaille actuellement à intégrer cette expérience de la Commission internationale. Je remercie les Nations Unies et M. le Commissionnaire Castresana pour son travail en profondeur, sur cette affaire et sur d’autres, pour éradiquer l’impunité au Guatemala.

Quelles sont les autres démarches en cours pour que soient faits prisonniers les entrepreneurs de l’industrie pharmaceutique accusés d’êtres les auteurs intellectuels de cette affaire, et qui fuient la justice depuis décembre dernier ?

La Police nationale et le Ministère Public sont à leur recherche pour permettre leur arrestation. Personnellement, j’espère que celle-ci aura lieu le plus vite possible pour qu’ils puissent être soumis aux tribunaux.

On dit qu’ils auraient fui au Honduras. S’agit-il d’une information fiable ?

Très honnêtement, non. On a mentionné le Honduras, le Costa Rica, et d’autres destinations. Mais les notifications aux polices internationales ont d’ores et déjà été accomplies et maintenant que notre participation peut être plus ouverte, nous allons faire pression pour que cette arrestation ait lieu et que nous puissions clore d’un processus qui arrive aujourd’hui à une étape importante.

La famille des présupposés auteurs intellectuels de l’assassinat de Rosenberg ont demandé aux autorités un jugement impartial et transparent. Quelles seront les garanties de cette transparence et cette impartialité ?

Au cours des deux années de mon mandat et tout particulièrement au cours de ces huit derniers mois j’ai pu démontrer la totale indépendance des enquêtes et l’absence d’interventions dans celles-ci. Ce sera le pouvoir judiciaire qui sera chargé de mener cette affaire. Je n’agirai pas comme beaucoup, qui se sont comportés comme des juges, voire comme des êtres divins, et qui ont émis des hypothèses totalement dépourvues de fondement. Nous devons respecter le processus et le système judiciaire, et ce sera à ces messieurs les juges et les magistrats de déterminer la conclusion juridique de cette affaire.

D’après cette Commission, Rosenberg voulait avec sa mort attirer l’attention sur la situation d’insécurité du pays, dont il accusait le gouvernement, pour provoquer le changement. Quels sont les défis à relever par votre gouvernement pour résoudre le problème de l’insécurité ?

Cela faisait huit ans que le pays que j’ai reçu avait baissé les bras face à l’insécurité. Depuis deux ans, nous nous sommes attelés à la restructuration institutionnelle du système de sécurité et de justice. Et nous n’épargnons pas nos efforts. Ces huit années avait permis l’établissement d’une structure de la violence qui est aujourd’hui combattue.

Nous sommes parvenus, en un an, à former plus de policiers qu’en quatre ans. Nous avons soutenu le Ministère Public, renforcé l’intelligence civile pour que l’information adéquate vienne renseigner chaque affaire. Des équipes d’enquêteurs extrêmement spécialisés ont été mises en place avec l’aide de pays amis. C’est le grand défi du Guatemala pour parvenir à mettre fin à cette violence institutionnalisée.

Rappelons simplement la tragédie de cet abandon de la sécurité : j’ai reçu un gouvernement doté de moins de 12 000 effectifs réels, alors que nos Forces armées devraient compter au moins 30 000 effectifs. Le territoire était donc mal protégé et les cartels ont ainsi pu gagner en puissance.

L’année 2009 a été la plus importante pour la confiscation de drogue dans l’histoire du Guatemala. Nous sommes en lutte avec le soutien des pays voisins, de la Colombie, des Etats-Unis. Je m’efforce d’apporter institutionnellement la sécurité au pays car l’insécurité ne permet pas au guatémaltèque de mener une vie paisible.

A présent que le chapitre de cette crise est clos, quels sont les autres défis de votre gouvernement, après deux années au pouvoir ? En particulier, comment la crise alimentaire qui frappe le Guatemala depuis cette année est-elle combattue ?

Il me semble que je travaille dans un gouvernement de changements dans le pays. Pendant 50 ans, les gouvernements ne sont préoccupés ni de la pauvreté, ni de la santé ou de la stabilité. Pourtant, les institutions internationales et le Fond Monétaire International ont désigné le Guatemala comme l’un des quatre pays qui ont le mieux surmonté la crise financière de l’an passé.

Malgré la crise politique interne, notre gouvernement est finalement parvenu à améliorer certains de ses indicateurs. Je ne dis pas qu’il ait tout résolu, mais que nous allons dans la bonne direction : celle qui consiste à apporter une solution sociale et économique au pays. Notre macroéconomie est bien administrée et a réussi à surmonter cette crise. Aujourd’hui, après cette information transmise par le Commissionnaire et le Procureur, je souhaite adresser un appel d’unité au peuple guatémaltèque. Nous devons profiter de cette bonne administration économique de l’an passé pour que 2010 soit une année de grande récupération.

Quant au couloir sec [région du Guatemala particulièrement touchée par la sécheresse et l’insécurité alimentaire, N.d.T.], je suis bien évidemment très inquiet de ce que le Guatemala soit le quatrième pays le plus menacé au monde par le changement climatique, comme cela a été mentionné lors du Sommet de Copenhague. Nous nous travaillons donc sur le problème de la sécurité alimentaire et il s’agit là d’un important défi, en tout cas je le considère comme tel. Malheureusement, Dieu a voulu que mon mandat coïncide avec une époque où gouverner mon pays s’avère très problématique. Mais nous sommes déterminés à relever un tel défi et j’aimerais, si on me le permet, adresser un message très particulier à tous les gouvernements du continent, à tous les présidents et fonctionnaires qui ont montré leur solidarité envers le Président Colom, et ont soutenu l’état de droit de la démocratie. Le Groupe de Río, mes homologues présidents de l’Amérique centrale siégeant au SICA (Système de d’Intégration centro-américain), mais aussi l’Union Européenne, ont fait entendre leur voix. Les Etats-Unis ont apporté leur soutien dès le premier jour en envoyant leur sous-secrétaire d’Etat.

Je souhaite remercier tous les présidents de l’Amérique latine, ceux des Etats-Unis et du Canada pour leur solidarité. Certains présidents m’ont donné de la force pour supporter cette infamie et aujourd’hui je souhaite mettre en valeur cette solidarité par mes remerciements. Je souhaite surtout, souligner que le président Colom n’a pas déçu ces présidents et n’a pas déçu son peuple qui lui a fait confiance, car la seule faute qu’il a commise est d’avoir voulu donner des yeux, des oreilles et une bouche aux Guatémaltèques qui ont le moins d’opportunités.

Au fond, il y a des raisons pour que tous ces opposants se soient unis autour d’une infamie. Aujourd’hui, il y a un président qui se préoccupe de ceux qui en ont le plus besoin, qui a prêté attention à la situation macroéconomique ; un président qui veut vraiment tirer le Guatemala de ces indicateurs de développement qui étaient l’an dernier, quand je suis arrivé au pouvoir, à un niveau véritablement honteux.

En un an de mandat j’ai augmenté de 37% les effectifs scolaires de l’enseignement secondaire, de 27% dans l’enseignement basique, de 9% en primaire et de 27% dans le pré-primaire. Un progrès dans l’éducation hors du commun. J’ai osé accomplir le mandat constitutionnel de l’éducation et de la santé publique. Telles sont mes fautes, et comme je le dis souvent dans mon pays, je suis un président que l’on accuse de ce que je ne suis pas responsable, que l’on critique et que l’on condamne. Mais je reste serein, et à partir d’aujourd’hui c’est avec un esprit rénové que je vais lutter pour un Guatemala uni, solidaire, juste et sûr.

http://www.telesurtv.net/noticias/entrev-reportajes/index.php?ckl=445

Traduction : Katia Tosco pour www.larevolucionvive.org/

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 04 Feb 2010 à 15:28

Bruxelles, le 2 février 2010 : S’associant à ses organisations affiliées au Guatemala, regroupées au sein du Mouvement syndical, indigène et paysan (Movimiento Sindical Indígena y Campesino - MSICG), la CSI condamne avec véhémence l’assassinat de Pedro Antonio García, membre du Syndicat des travailleurs municipaux de Malacatán (Sindicato de Trabajadores Municipales), affilié à la CUSG, ainsi que les graves violations des droits syndicaux et du travail de la main-d’œuvre, surtout dans le secteur municipal. L’assassinat s’est produit alors que Pedro Antonio García rentrait chez lui à Malacatán. Depuis un an, les travailleuses et les travailleurs du secteur municipal font face à de sérieuses violations de la liberté syndicale et des droits du travail de la part de leur employeur, l’état guatémaltèque. Le MSICG travaille à la formulation de stratégies visant à contrecarrer ces violations et c’est dans cette optique que, dans le cadre d’un programme législatif, il a présenté sept propositions de réforme de lois existantes et neuf nouvelles législations au Congrès de la république du Guatemala.

Les 5 et 6 janvier, la main-d’œuvre syndicalisée de la municipalité de Malacatán, Pedro Antonio García en tête, avait organisé des actions pour réclamer le paiement des salaires dus pour 2009, le respect de la convention collective et le règlement des autres prestations du travail.

Dans une lettre adressée aux autorités du Guatemala (http://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/Ase... ), la CSI demande au président Álvaro Colom qu’il prenne des mesures urgentes pour retrouver et punir les auteurs de ce crime, et qu’il fasse tout ce qui en son pouvoir pour que les droits humains, syndicaux et du travail soient respectés dans son pays. « Il faut absolument que le gouvernement conditionne tout type d’aide de l’état aux autorités municipales au respect des conventions fondamentales de l’OIT que le Guatemala a ratifiées », a indiqué Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 28 Feb 2010 à 20:45
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 20 May 2010 à 13:23

Le bilan 2009 de la violence au Guatemala : une augmentation préoccupante

 

Cynthia BENOIST
 
photo : www.daylightmagazine.org "Dans un pays où la simple possession d’un appareil photo peut se réveler dangereuse, être un photojournaliste est non seulement un acte de résistance mais aussi un acte de foi"

Bilan global de l’année 2009.

Comme chaque fin d’année, le Guatemala compte ses morts. Et comme chaque début d’année, différentes organisations dévoilent leur bilan de l’année passée concernant la violence.

A coup de chiffres effrayants, chacun essaie d’expliquer pourquoi la violence a augmenté, pour la dixième année consécutive. Cette année, ni le gouvernement, ni la Police Nationale Civile (PNC) n’ont publié de chiffres officiels sur le nombre de morts. Des sources internes de la police indiquent 6472 homicides entre janvier et décembre 2009. Malgré ce manque d’information claire et alors même que la loi sur l’accès à l’information publique a été votée en cours d’année, le gouvernement se targue d’avoir réussi à combattre la violence et à la faire reculer. “Un nouveau Guatemala est en train de naître”, comme l’annoncent les affiches du gouvernement dans tout le pays. Et pourtant, plus de 6000 morts dans un pays comme le Guatemala, ce serait équivalent à plus de 25.000 morts par an en France (1).

Parmi ces quelques 6472 homicides, le Groupe d’Appui Mutuel (GAM) en reconnaît 3949 comme étant des morts violentes, c’est-à-dire, excluant les homicides involontaires et ne comptabilisant que les meurtres. Voir le tableau ci-dessous.

Morts violentes durant l’année 2009

MOIS TOTAL
Janvier 358
Février 336
Mars 344
Avril 260
Mai 286
Juin 324
Juillet 327
Août 345
Septembre 354
Octobre 352
Novembre 329
Décembre 334
Total 2009 : 3949

Source : GAM.

Toujours selon les analyses du GAM, ce chiffre représente une augmentation de 20% par rapport à 2008, soit 644 morts supplémentaires. Ce point de vue est intéressant si on le compare avec celui du gouvernement. En effet, ce dernier ne calcule qu’à peine 5% d’augmentation des homicides sur 2009, car il inclut dans les chiffres les homicides involontaires. Cela donne alors une impression de réduction de la violence et de la criminalité, en inadéquation totale avec la réalité vécue des guatémaltèques. Cette augmentation est d’autant plus inquiétante qu’elle ne montre pas de signe de reflux. En outre, 2010 étant une année pré-électorale, on peut s’attendre à une nouvelle année de violence en hausse, sans que les pouvoirs publics ne parviennent à mettre en place des politiques efficaces pour lutter contre la criminalité.

Pourtant, différents événements de 2009, conjugués à la pression de différents acteurs de la société civile (églises catholique et protestante, Université de San Carlos, PDH, etc.) avaient poussé le gouvernement à instaurer une table de dialogue sur le problème de la sécurité et de la violence, dialogue qui avait donné naissance à l’Accord National sur la Sécurité (2). Cet accord, constitué principalement de réformes institutionnelles qui permettraient le fonctionnement réel du système de justice, proposait des mesures phares qui n’ont jusqu’ici pas été mises en œuvre. C’est notamment le cas de la création du Ministère de la Sécurité. Mieux encore, le budget alloué au Ministère de l’Intérieur a été réduit. Au travers de ces décisions, on peut se demander quelle est la stratégie sécuritaire du gouvernement Colom. En effet, au-delà de campagnes de publicité et de débats nationaux sur le thème de la violence, la réponse du gouvernement en matière sécuritaire est loin d’être claire. Discours d’un côté, actions de l’autre. Réduire le budget du Ministère de tutelle de la police nationale est un signe que la volonté du gouvernement n’est pas aussi forte qu’elle puisse sembler à première vue. Surtout, à y regarder de plus près, on constate que si stratégie il y a, elle est plus proche de celle des gouvernements antérieurs que de celle d’un gouvernement social-démocrate comme se voudrait Colom et ses comparses de l’UNE (Union Nationale de l’Espérance). Ainsi, Colom a favorisé tout au long de l’année 2009 le Ministère de la Défense, notamment au travers de transferts de budgets d’un Ministère à l’autre. En outre, 2009 a été l’année de la réouverture de différentes brigades et détachements militaires, comme celui de Playa Grande en Ixcán, qui n’avait plus été en service depuis la fin du conflit armé. « L’armée au service de l’humanité » (3), selon les propres mots de Président, aura donc à charge de protéger plusieurs départements qui ont en commun le fait d’être sur le passage de la « Frange Transversale du Nord », mégaprojet de communication routière qui reliera le Mexique à la côte Atlantique du Guatemala.

Un autre détachement militaire est prévu à San Marcos et à Izabal, deux régions qui connaissent actuellement une augmentation conséquente de la conflictualité sociale, due à l’installation ou la continuation de projets d’exploitation des ressources naturelles.

Remilitarisation du pays et criminalisation du mouvement social.

Dans ce contexte, la remilitarisation du pays peut être vue comme une manière pour le gouvernement d’assurer ses arrières en cas d’aggravation des conflits sociaux. Cependant, les raisons officielles sont d’assurer la sécurité des citoyens et de lutter contre le narcotrafic. En outre, il est vrai que dans nombre de régions, la population demande la présence de l’armée pour maintenir l’ordre et la sécurité. Si cela peut sembler surprenant dans un pays qui a connu 36 ans de guerre civile et dont certains membres de l’armée sont accusés de crimes contre l’humanité pour génocide, la réalité est qu’une partie de la population a davantage confiance en l’armée qu’en la police considérée, à juste titre, comme une institution corrompue et inefficace.

S’ajoute à cette remilitarisation du pays un autre moyen par lequel le gouvernement entend assurer et maintenir la « paix sociale », c’est l’instauration d’États d’urgence. L’État d’urgence est un recours exceptionnel par lequel un État entend répondre à une situation de danger immédiat et d’ampleur pour le pays. Il permet aussi de restreindre les libertés individuelles et constitutionnelles des citoyens, telles que : la liberté de réunion et de manifestation, la liberté d’expression, la liberté de mouvement, etc.

Or, le président Colom fait un usage quelque peu différent de l’État d’urgence. Sous couvert de maintenir la sécurité et la gouvernabilité et de lutter contre le narcotrafic, Colom déclare et prolonge les États d’urgence à n’en plus finir. Ainsi, Coatepeque a été maintenu 8 mois sous État d’urgence, en raison du conflit entre la municipalité et les commerçants. A San Juan Sacatepequez en 2008, le gouvernement avait également utilisé cette stratégie pour « apaiser » le conflit social, en profitant pour arrêter plus de 80 leaders communautaires en résistance contre le projet de cimenterie « Cementos Progreso ». Enfin, l’exemple le plus récent est celui du département de San Marcos. Suite à des blocages de route en décembre dernier, Álvaro Colom a de nouveau usé de son pouvoir pour décréter l’État d’urgence dans tout le département. Prolongé tous les 15 jours depuis le 22 décembre, il est toujours en vigueur au moment d’écrire ces lignes.

Les blocages de route à l’origine de ce décret étaient liés au conflit existant entre la population et l’entreprise espagnole Unión Fenosa dont la filiale, DEOCSA, est chargée de la distribution de l’énergie électrique dans le département. Depuis des années déjà, un mouvement de base d’ampleur revendique le droit à une gestion publique de la distribution électrique, à travers la création d’entreprises municipales. Les revendications portent également sur les mauvais services de l’entreprise et surtout, sur les tarifs pratiqués, jugés beaucoup trop élevés pour une population qui n’a souvent qu’une ampoule ou deux dans la maison. Cette lutte sociale a notamment été menée à travers l’arrêt des paiements des factures à l’entreprise. Ainsi à Malacatán, plus de la moitié des usagers ne paie plus ses factures à DEOCSA et tente de mettre en œuvre un réseau « pirate » de distribution.

C’est à la suite d’une coupure générale d’électricité que les habitants de différentes localités de San Marcos ont commencé à protester et à occuper les axes routiers menant au Mexique, bloquant de ce fait tout le commerce entre les deux pays. Face à cette situation, la décision de l’exécutif a donc été de décréter l’État d’urgence. Pourtant, 15 jours après et alors que l’ordre était rétabli, l’État d’urgence est prolongé de 15 jours. C’est pendant ces 15 autres jours que sera assassinée Evelinda Ramírez Reyes, militante du FRENA et du CUC. Prise dans une embuscade alors qu’elle revenait d’une série de réunions sur le problème de Unión Fenosa à la capitale, l’État d’urgence n’a semble-t-il pas suffi à assurer sa sécurité. Par contre, il a bien empêché toute manifestation de la population pour protester contre son assassinat, qui montre pourtant tous les signes d’une exécution ciblée.

Situation des défenseurs des droits humains en 2009.

L’assassinat de Evelinda Ramírez débute tristement l’année 2010 pour les défenseurs des droits humains au Guatemala et ne présage pas de changements immédiats mais bien au contraire, montre que la tendance ne fléchit pas. Selon le dernier rapport de UDEFEGUA (4), 15 personnes ont été assassinées en 2009 pour le travail qu’elles effectuaient en faveur des droits du territoire, droits des peuples autochtones, droits économiques, sociaux et culturels. Au-delà des morts, 353 agressions ont été recensées contre des activistes, ce qui représente une augmentation de 36% par rapport à 2008. Le secteur le plus touché par les attaques est celui des activistes luttant contre l’impunité et pour la justice (91 attaques, soit une augmentation de 303% par rapport à 2008). Viennent ensuite les syndicalistes (augmentation de 255%) et les journalistes (augmentation de 358%).

En outre, il est intéressant de noter que les défenseurs des droits politiques et civils et des droits économiques, sociaux et culturels sont victimes d’attaques et de menaces dans les mêmes proportions. Cela signifie une augmentation des attaques contre les personnes revendiquant les droits du territoire en défense des droits des peuples autochtones. Cela a été plus particulièrement vrai en 2009 dans quelques cas emblématiques de défense du territoire et lutte contre les mégaprojets.

Alors que la situation ne s’est guère améliorée à San Juan Sacatepequez, dans le cas de la cimenterie de Cementos Progresos, la situation est également restée très conflictuelle à San Miguel Ixtahuacán, où opère la mine Marlin, de Montana Exploradora (filiale de Goldcorp). En plus de menaces contre les personnes impliquées dans la résistance à la mine, la criminalisation et les tensions sociales se sont accentuées, particulièrement après les événements de Saqmuj, en juin passé, suite auxquels a été émis un mandat d’arrêt contre Crisanta Peréz, déjà poursuivie dans l’affaire de la coupure électrique de l’entreprise. (5)

Un autre cas d’ampleur a été l’assassinat, le 27 septembre dernier, de Adolfo Ich, maître d’école de la Unión (Izabal). Sa mort s’est produite lors d’affrontements entre les populations Q’eqchies et les membres de la sécurité privée de la Compagnie Guatémaltèque de Nickel (CGN), qui souhaite exploiter les gisements de la région et pour ce faire, déloger les habitants de leurs terres. Sa mort a provoqué la consternation et la révolte de l’ensemble du mouvement social guatémaltèque et a ainsi avivé un peu plus la conflictualité déjà très forte existante autour de ce projet.

Enfin, un autre cas d’importance a été l’assassinat, le 24 octobre 2009, de Víctor Gálvez, leader du mouvement contre Unión Fenosa à Malacatán. Abattu en plein jour par plus de 30 balles, le cas n’a toujours pas avancé jusqu’à aujourd’hui. La mort récente de Evelinda Ramírez rappelle également que le mouvement reste menacé pour le travail effectué en faveur d’un service public de l’énergie. Cependant, l’État échappe une fois de plus à son rôle de protecteur de la population et préfère déclarer des États d’urgence. Dans le contexte de Malacatán, comme dans beaucoup d’autres endroits du Guatemala, le risque est que cette région se transforme en zone de non-droit dans laquelle puissent opérer librement des acteurs tels que les bandes organisées ou les narcotrafiquants, généralement en bonne entente avec des dirigeants politiques corrompus ou achetés. La présence de ces acteurs, si elle n’est pas nouvelle au Guatemala, tend à se généraliser et à s’étendre sur l’ensemble du territoire. Elle est sans aucun doute un défi pour toutes les organisations de droits humains travaillant dans le pays et qui doivent s’adapter à cette nouvelle configuration des pouvoirs locaux.

Perspectives.

Que l’on interroge telle ou telle organisation de défense des droits de l’Homme au Guatemala, une chose semble sûre : les perspectives de changement pour 2010 sont limitées. D’une part car il n’y a pas de signe réel d’une volonté politique de changement mais aussi, car 2010 est une année pré-électorale. Or, ces années-là sont réputées pour être particulièrement difficiles pour les défenseurs des droits humains et pour l’ensemble de la population en général.

Un espoir reste permis avec le travail effectué par la Commission contre l’impunité au Guatemala (CICIG). Après sa réussite dans l’éclaircissement de l’affaire Rosenberg, la CICIG évalue les possibilités de se charger du cas de Víctor Gálvez et de Evelinda Ramírez, ainsi que d’autres cas d’assassinats de défenseurs. Cette perspective engendre évidemment de l’espoir pour les familles et les compagnons de lutte, puisque seule la CICIG semble à l’heure actuelle suffisamment indépendante et professionnelle pour mener à bien une enquête de ce type. Néanmoins, il ne faut pas oublier que la CICIG a également des moyens limités et surtout, un mandat qui se termine dans un an et demi (6). Que restera-t-il alors si ce n’est un système de justice inopérant, dans ce pays où seuls 2% des crimes sont résolus ?

C’est bien à l’État d’avoir une volonté forte de changement qui lui permette de mettre en oeuvre les mesures définies dans l’Accord National de Sécurité, afin de faire le ménage dans les différentes institutions de l’État et rétablir la confiance auprès de la population. UDEFEGUA, dans son dernier rapport, rappelle également l’importance que le gouvernement approuve l’institutionnalisation de l’Instance d’analyse des attaques contre les défenseurs de droits humains (7) ainsi que la création du Programme de protection des défenseurs des droits de l’Homme, aucun programme de ce type n’existant pour l’heure dans le pays. Cependant, à un an des élections présidentielles, il paraît peu probable que le gouvernement Colom change de cap, au risque de provoquer un échec et de remettre en cause la candidature (presque) annoncée de son épouse Sandra Torres, que certains sondages donnent déjà gagnante.

Le travail de la société civile et de ses différentes expressions restera donc d’une importance capitale afin de réclamer les changements dont le pays a besoin et de peser dans les différentes décisions du gouvernement afin que la dernière année du mandat de Colom ne soit pas en vain et que puissent être mises en œuvre les mesures nécessaires pour la consolidation de l’État de droit au Guatemala.

Cynthia Benoist
coordinatrice terrain du Collectif Guatemala
http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/

(1) Alors que le nombre d’homicides en France oscille entre 700 et 1000 par an. Source : Ministère de l’Intérieur. Voir chiffres de la criminalité en 2009, http://www.interieur.gouv.fr/sectio...

(2) http://www.pdh.org.gt/images/files/...

(3) El Periódico, Presidente reabre brigada militar en Ixcán, Quiché. 3 décembre 2009. http://www.elperiodico.com.gt/es/20...

(4) UDEFEGUA, Informe sobre situación de defensoras y defensores de derechos humanos-Violencia, respuesta a 10 años de lucha.

(5) Voir la vidéo « La compagnie Gold Corp SA contre 8 femmes Mayas ». 7 mn20. http://www.youtube.com/watch?v=03lB...

(6) Le mandat de la CICIG termine officiellement le 4 septembre 2011.

(7) L’Instance d’analyse des attaques aux défenseurs de droits humains, avec l’Unité des droits humains de la DINC (Département d’enquête de la Police Nationale Civile-PNC) travaillent notamment pour améliorer et rendre effective la coordination entre le Ministère de l’Intérieur, la PNC, la Direction Générale du Renseignement Civil (DIGICI), la société civile, le Bureau du Procureur Général et la communauté internationale.

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Rénovation du contrat de Perenco : entre mésentente gouvernementale et intérêts privés

 

Cynthia BENOIST

Depuis maintenant plusieurs mois, le thème de l’exploitation pétrolière fait la une des journaux. En effet, la question de la rénovation et prolongation du contrat d’exploitation de l’entreprise française Perenco, qui prend fin en août prochain, a soulevé un débat et révélé des discordes entre différents ministères.

Cette prolongation signifie de fait le non-respect de différentes législations en matière de protection des zones naturelles protégées.

Le puits Xan est situé dans le nord du Petén, au coeur de la réserve naturelle “Laguna del Tigre” et ext exploité sous le contrat numéro 2-85, signé en 1985 avec l’entreprise Basic Resources. Perenco commence à exploiter le puits en 2002, au moment du rachat de Basic par l’entreprise française. Signé pour une durée de 25 ans, le contrat devait donc normalement prendre fin cette année. Mais à la fin de l’an passé, Perenco demande au Ministère de l’Énergie et des Mines que soit prolongé le contrat pour une durée de 15 ans.

Incohérences et contradictions des lois.

Pour ce faire, Perenco s’appuie sur la loi dite « FONPETROL » (1), existante depuis 2008. Cette loi a pour objectif de réguler de manière plus claire les bénéfices liées à l’exploitation du pétrole. Cependant, elle comporte aussi différents éléments qui contredisent d’autres lois et principes législatifs, autorisant notamment que soit reconduit un contrat d’exploitation pétrolière pour 15 ans.

La Laguna del Tigre est la plus grande zone humide (« humedal ») d’Amérique Centrale et la seconde plus importante dans toute l’Amérique latine après le Pantanal, au Brésil. En outre, le Guatemala est signataire de la convention internationale RAMSAR, sur la protection des zones humides. (2)

Or, le puits Xan se trouvant au coeur de la Laguna del Tigre, le principe de cette prolongation de contrat devrait se baser sur la Loi sur les zones protégées, entrée en vigueur en 1989. La Laguna del Tigre fait également partie de la Biosphère Maya et à ce titre, devrait disposer de conditions de conservation particulièrement strictes. Néanmoins, la loi « FONPETROL » relativise ces préoccupations environnementales et stipule que la prolongation peut être accordée si « les termes économiques sont favorables pour l’État », ce qui n’est pas l’avis général, surtout si l’on considère l’impact de l’exploitation pétrolière sur l’environnement. En outre, FONPETROL parle de prolongation de contrat et non d’ampliation. Pourtant, le projet de Perenco est d’ouvrir cinq nouveaux puits dans la zone de la Laguna del Tigre afin d’augmenter la production de pétrole, en baisse depuis quelques années. L’entreprise promet en outre davantage de bénéfices pour l’État, en partie grâce à l’augmentation de la production et à l’hypothétique qualité du pétrole dans les nouveaux puits. (3)

Face à ces incertitudes juridiques, la décision de Carlos Meany, Ministre de l’Énergie et des Mines, a été de signer le contrat d’ampliation du contrat 2-85 de Perenco, en février dernier. Cependant, ce contrat doit également être validé par l’exécutif. Cela n’aurait sans doute pas posé de problème majeur si le Ministre de l’Environnement et des Ressources Naturelles, Luis Ferraté, n’avait pas élevé la voix pour dénoncer cette prolongation, selon lui illégale.

Une décision politique.

« L’affaire Perenco » a commencé à prendre de l’importance suite à la publication, le 7 mars, de deux colonnes d’opinion : l’une de Luis Ferraté, contre la prolongation du contrat et l’autre de Carlos Meany, défendant la rénovation par des arguments économiques. En outre, Luis Ferraté a présenté sa démission au président Colom si le contrat avec Perenco venait à être prolongé. Depuis lors, la presse ne cesse d’exposer les arguments à faveur et contre l’exploitation pétrolière, en même temps que plusieurs organisations de défense de l’environnement développent différentes stratégies afin d’influencer l’exécutif dans sa décision.

En outre, plusieurs municipalités du Petén ont publié des encarts payants dans la presse dans laquelle ils défendent la rénovation du contrat, arguant les bénéfices financiers de l’exploitation pétrolière et comment ces bénéfices sont utilisés à des fins sociales ou d’utilité commune (construction de routes, d’écoles, etc.). Néanmoins, à en croire d’autres sources et notamment les personnes des communautés du Petén, ces projets ne sont pas si visibles que ça et les maires, peu à même de fournir les preuves concrètes des dépenses... Plusieurs communautés de La Libertad, la municipalité la plus proche du puits Xan, ont ainsi rédigé un contre communiqué dans lequel elles s’opposent clairement à l’exploitation pétrolière.

Pour contrer cela, les organisations environnementales tentent de montrer les effets désastreux de l’exploitation pétrolière dans le Petén. En effet, l’activité pétrolière est accusée de polluer l’air et les sources d’eau, et de provoquer des pluies acides.4 Cependant, faute d’études sérieuses et indépendantes, ce sont les études faites par la propre entreprise qui sont prises en compte. Au-delà de ces impacts environnementaux, des conséquences sur la santé humaine ont été relevées. Un autre problème est l’ouverture de chemins par l’entreprise, ce qui a facilité la colonisation des terres adjacentes et a fait reculer la frontière agricole à l’intérieur de la zone protégée.

Un contexte compliqué.

Cette colonisation est également utilisée comme argument, comme quoi ce sont les colons qui détériorent le Parc de la Laguna del Tigre. Cet argument n’est pas dénué de fondement. Effectivement, l’invasion du Parc est réelle et favorise le déboisement et la destruction de la zone humide. En outre, le Petén et la région de la Laguna del Tigre en particulier est reconnue pour être un refuge de nombreux narcotrafiquants et de « narco-fincas », grandes exploitations de terres utilisées pour l’élevage mais aussi pour le trafic de drogues (pistes d’aterrissage privées). Il est donc certain que l’exploitation pétrolière n’est pas l’unique problème de la région, néanmoins, il s’agit de distinguer détérioration dûe à la présence humaine et pollution provoquée par l’activité pétrolière.

Perenco quant à elle tente de défendre sa présence sur le territoire guatémaltèque, arguant qu’elle oeuvre pour le développement du pays5. Néanmoins, les différents litiges auxquels s’est confrontée l’entreprise laisse penser que sa charte éthique n’est pas la première de ses préoccupations.6 En outre, le litige avec l’Équateur a montré que le gouvernement français était toujours prêt à défendre les intérêts de ses entreprises. La décision est donc entre les mains de Álvaro Colom. Cependant, par les déclarations de ce dernier à la presse, on peut sérieusement douter qu’il s’oppose à la rénovation du contrat. On murmure qu’il serait en fait en train de négocier cette rénovation contre l’acceptation de sa réforme fiscale au sein du Congrès de la République.

Cynthia Benoist
Coordinatrice Collectif Guatemala

2.Pour plus d’information sur la convention RAMSAR, voir le site officiel : www.ramsar.org

3.En effet, les bénéfices versés à l’État sont calculés en fonction du degré API du pétrole, ainsi que de la quantité de barils produits.

4.Voir l’entrevue avec Rosa María Chan, de la Fondation ProPetén

5.http://www.perenco.com/operations/latin-america/guatemala.html

6.Concernant le litige entre Perenco et l’Équateur, voir par exemple : http://www.rfi.fr/actues/articles/115/article_12335.asp. Sur la présence contestée de Perenco au Pérou, voir : http://www.elmundo.es/elmundo/2009/06/30/solidaridad/1246379222.html. Enfin, un exemple africain serait la RDC, où Perenco semble également contestée par une partie de la population, voir par exemple : http://www.lepotentiel.com///afficher_article_archive.php?id_article=90459&id_edition=4870&yearID=2009&monthID=12&dayID=28

Rosa María Chan est la directrice de la fondation ProPetén, une organisation qui promeut la conservation naturelle de la région mais également, le respect des populations vivant sur ces territoires. Comme membre du Conseil Départemental de Développement, elle a également pu se rendre compte de la manière avec laquelle le thème de Perenco a été traité.

Elle nous parle ici des conséquences de l’activité pétrolière dans le Petén, de sa vision du développement et du rôle que pourrait jouer la communauté internationale.

Quels sont les impacts socio-environnementaux de l’exploitation pétrolière ?

Il y en a plusieurs. Déjà, l’ouverture de chemins, la construction de routes. Bien que l’entreprise assure ne pas ouvrir de routes, elle a en fait élargi les chemins qui étaient utilisés auparavant par les camions faisant du trafic illégal de bois. Et pour élargir une route, il faut déboiser. Ça c’est un premier impact.

Un deuxième impact, prouvé par des études de recherche biologique, est l’utilisation par l’entreprise de l’eau qui couvre la zone afin d’alimenter leur infrastructure. Or, cette eau sale retourne telle quelle dans la zone humide. C’est une pollution importante car ce sont les déchets de l’extraction pétrolière, avec la présence de produits chimiques. Une étude a été menée au milieu des années 90 qui relevait déjà des changements à la faune et la flore, notamment la mutation des poissons dans la lagune Xan, où se trouve le puits Xan de Perenco.

Un autre impact est la contamination de l’air, à cause du dioxyde de carbone produits au cours du processus d’exploitation. Ainsi, aux alentours de la raffinerie, on respire toujours cette odeur, à cause de la mèche d’où sortent les gaz. Cela provoque également des pluies acides. Actuellement, bien que cela n’ait pas été étudié, les pluies acides provoquent de la corrosion sur les toits en zinc. Si cela abime le zinc, quelles sont les conséquences sur la faune, la flore, l’être humain ? C’est un impact de taille pour l’environnement et la santé humaine.

En outre, des impacts sur la santé sont apparus : des tâches sur la peau, problèmes de vue, de gorge, des cancers. Les personnes vivant à proximité de la raffinerie ont des maux de tête, des nausées. À l’hôpital de Sayaxche, des avortements avec des fœtus déformés ont été notés. Le médecin donnait comme possible explication la pollution de l’air dûe au pétrole. Mais cela n’a pas été étudié en tant que tel, bien que les preuves existent.

Le problème est qu’il n’y a pas eu d’étude d’impact socio-environnemental de la zone, il n’y a pas de suivi des institutions quant à l’évaluation de ces impacts. Les évaluations qui existent sont financées par l’entreprise qui publie ce qu’elle veut. Et personne ne dit rien.

Que penses-tu de ceux qui affirment que les dommages de la Laguna del Tigre sont provoqués par la présence humaine ?

Différentes activités sont en-dehors de toute gouvernabilité dans la Laguna del Tigre. Mais je crois qu’il faut différencier d’une part la pollution et d’autre part, la dégradation. Ce sont deux aspects qui se complémentent. Oui, il y a eu des invasions dans cette zone mais cela a aussi été encouragé d’une certaine manière. La Laguna del Tigre est la plus grande source d’eau douce du Petén, c’est la zone humide la plus importante d’Amérique Centrale. Or, toutes les communautés humaines cherchent l’eau. Mais dans cette lagune, il n’y a pas seulement des invasions de communautés qui viennent par besoin de terres. Il existe également une spéculation sur les terres, par les finqueros qui veulent faire de l’élevage, sans compter la présence importante du narcotrafic. De plus, l’entreprise elle-même provoque de la dégradation quand elle ouvre des chemins, quand elle déforeste pour ouvrir des routes et installer ses infrastructures. Donc, la dégradation et la pollution se complémentent, c’est pourquoi on ne peut pas accuser seulement l’un ou l’autre des acteurs de la destruction de cette zone. Il ne faut pas oublier non plus que cela n’affecte pas seulement la Laguna del Tigre. Afin de réduire ses coûts de transport jusqu’à la Baie de l’Amatique, l’entreprise a construit un oléoduc avec des prêts de la Banque Mondiale dans les années 90. Ils ont ouvert des chemins et déforesté pour l’oléoduc, qui passe au milieu des jardins des personnes des communautés, qui ne reçoivent rien en contrepartie. Mais le problème n’est pas tant qu’ils ne paient rien en retour, sinon qu’il puisse y avoir un impact sur la santé et également sur le droit à la propriété.

Concernant la rénovation du contrat de Perenco, quelle est la position de ton organisation et que devrait faire le gouvernement à ton avis ?

À mon avis, nous ne pouvons pas être contre toute exploitation pétrolière car nous utilisons toutes et tous les dérivés du pétrole. Mais nous pensons qu’il devrait y avoir une analyse de l’impact social et environnemental avant de refaire un contrat car l’entreprise a la responsabilité de remettre la zone qui lui a été concédé dans les mêmes conditions qu’elle l’a reçue. Mais l’impact n’a pas été calculé. Nous ne pouvons pas appuyer la prolongation d’un contrat avec quelqu’un qui s’est montré irresponsable, qui a pollué l’environnement et la santé humaine.

Donc, le plus important, ce serait de faire cette analyse d’impacts et de les amortir. Dans ce cas précis, il y a des dommages qui ne peuvent plus être amortis ni évités. On ne peut pas appuyer un processus corrompu, irresponsable, qui va à l’encontre de l’éthique et qui, d’une certaien manière, manipule les décisions du gouvernement. Par exemple, la loi de FONPETROL a été, depuis deux ans, une manipulation pour pouvoir préparer les conditions de la rénovation du contrat de Perenco.

Il y a également eu interférence avec le contenu du plan général de la Laguna del Tigre, il y a de cela deux ans, afin que soit retiré du texte que l’extraction pétrolière est une menace pour la conservation. Faire cela, c’est interférer dans un processus qui a été mené de manière participative. Comment est-ce possible que l’entreprise dise au gouvernement ce qu’il doit faire ?

Que réponds-tu à ceux qui disent que l’activité pétrolière favorise le développement des communautés ?

Si l’entreprise avait appuyé le développement de cette zone, il n’y aurait pas tant de pauvreté là-bas ni de personnes malades, il y aurait de l’emploi et l’accès à une meilleure éducation. Ce qu’il y a eu un peu, il y a des années, c’est la construction d’infrastructures. Les gens ont fait pression et l’entreprise a construit une route d’asphalte, bien que cela aussi a été une tromperie car ce n’est pas de l’asphalte, juste un simple imperméabilisant.

Il faudrait donc voir réellement si cela favorise le développement. Ce que je vois, c’est qu’ils appuient des projets d’infrastructures “grises”1, ce qui permet aux politiques d’avoir l’air de faire quelque chose.

Il faut se poser la question : Qu’est-ce qui a vraiment été fait avec les impôts du pétrole ces dernières années ? Où est l’argent, où a-t-il été investi ? Ça, ils ne te le disent jamais. Mais il faut voir les coûts et les bénéfices et ce que l’activité pétrolière favorise réellement. Est-ce que cela en vaut la peine, si l’on compare avec les impacts négatifs qu’elle produit ? De mon point de vue, si l’on compare, le Guatemala et les guatémaltèques sont perdants.

Par différentes stratégies de pression, l’entreprise et le gouvernement parviennent à intimider les personnes qui ne sont pas d’accord avec eux. Durant ton parcours de militante écologiste, as-tu déjà reçu des menaces ?

Directement, non. Mais durant le dernier gouvernement, j’ai subi beaucoup de pression, notamment ma maison a été forcée quatre fois dans la même semaine. Je vivais déjà dans un stress immense mais cela a été la goutte d’eau et j’ai fait un infartus dû à ce stress. J’ai eu du mal à m’en remettre et je suis actuellement en psychothérapie à cause de cela. Oui, il existe des pressions, principalement pour détruire l’image d’une personne ou d’une organisation. Car d’une certaine façon, ils nous voient comme un contrepoids, pour dire ce que nous pensons.

Mais à cause de ce qu’a vécu le Guatemala durant le conflit, beaucoup de gens ont peur de participer et de parler car ils ont peur d’être tués. Cela fait maintenant tant d’années qu’ont été signés les Accords de Paix mais la peur est toujours là.

Quel rôle devrait jouer la communauté internationale et plus précisement, le gouvernement français dans le cas de Perenco, entreprise qui a également généré des conflits dans d’autres pays ?

Concernant la coopération internationale, il faudrait appuyer les leaders ou les personnes qui essaient de défendre les droits humains car il s’agit ici de droits humains, du droit environnemental, économique, territorial, etc.

Il faut aider à ouvrir les espaces d’incidence et de plaidoyer mais aussi, d’information à la population. Il reste beaucoup à faire et nous n’avons pas suffisamment de moyens pour pouvoir promouvoir auprès des communautés leur propre développement.

Il est également nécessaire d’enquêter. Par exemple, analyser l’impact de l’exploitation pétrolière durant 25 ans, dans la Laguna del Tigre. Analyser les effets négatifs et positifs, l’impact socio-économique, environnemental, sur la santé. Cela ne s’est jamais fait et c’est nécessaire. Par exemple, le gouvernement n’a jamais appliqué les recommandations du rapport d’orientation de RAMSAR dans les années 90.

Concernant le gouvernement français, étant donné que Perenco est une entreprise française, il faudrait réaliser une analyse politique, ainsi que des effets générés par l’entreprise. Car Perenco manque à ses responsabilités et commet des actes qui vont à l’encontre du respect des droits humains. Et ce n’est pas seulement le cas du Guatemala, la même chose se produit au Pérou par exemple. Il faut poser les questions : Qui est Perenco ? Quels sont ses mécanismes de pression et quels sont ses intérêts ?


Frente Nacional de Lucha



Edité par T 34 - 29 Aug 2010 à 19:14
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 03 Oct 2010 à 16:26
Le Guatemala indigné après la révélation d'expériences menées par les Etats-Unis sur des Guatémaltèques

(AFP)

GUATEMALA — Les réactions d'indignation se sont multipliées samedi au Guatemala après les révélations sur une étude américaine durant laquelle des maladies sexuellement transmissibles (MST) ont été volontairement inoculées à quelque 1.500 Guatémaltèques dans les années 1940.

"Même si les Etats-Unis sont une superpuissance, ils ne peuvent pas faire ce genre d'expérimentations. Ils ont utilisé des Guatémaltèques comme des rats de laboratoire, il est important que les familles des victimes soient dédommagées", a déclaré à la presse le directeur du Bureau des droits de l'homme de l'archevêché de Guatemala, Nery Rodenas.

La député du Front républicain guatémaltèque (FRG) Zury Rios a également estimé qu'"il ne suffit pas de dire pardon. Il nous faut une compensation en tant qu'Etat, par exemple un programme solide de santé sexuelle et reproductive".

Washington a présenté vendredi des excuses à des centaines de Guatémaltèques infectés par des MST dans le cadre d'une étude menée par le gouvernement américain au Guatemala de 1946 à 1948 pour déterminer si la pénicilline, dont on commençait tout juste à se servir, pouvait être utilisée pour prévenir ces maladies.

"Ca nous met en colère. Cela confirme seulement que les Etats-Unis et le capitalisme ne tiennent aucun compte des valeurs humaines", a affirmé Cindy Aceituno, une Guatémaltèque citée par le journal Prensa Libre.

Et pour Bernal Ehlert, un autre citoyen guatémaltèque, "des excuses ne suffisent pas", cela démontre que les Etats-Unis "méprisent les pays du tiers-monde".

Le président guatémaltèque Alvaro Colom avait lui-même qualifié vendredi l'expérience américaine de "crime contre l'Humanité" et affirmé que son gouvernement se réservait "le droit de porter plainte".

Pour cette étude menée au Guatemala, les chercheurs avaient choisi comme cobayes des personnes vulnérables - prostituées, détenus, malades mentaux... - et leur avaient inoculé la syphilis ou la blennorragie sans les en informer.

L'étude, qui a été rendue publique cette année, était financée par une bourse des Instituts américains de la santé (NIH) accordée au Bureau sanitaire panaméricain, devenu ensuite l'Organisation panaméricaine pour la santé.



Edité par T 34 - 03 Oct 2010 à 16:27
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