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L'Occident avait envisagé un coup d'Etat en Italie

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Sujet: L'Occident avait envisagé un coup d'Etat en Italie
    Envoyé : 16 Jan 2008 à 22:42
En pleine Guerre froide, l'Occident avait envisagé un coup d'Etat en Italie
 
ITALIE. Des archives britanniques déclassifiées, présentées dans «La Repubblica», révèlent qu'en 1976 les puissances occidentales étaient prêtes à utiliser la force pour empêcher les communistes italiens d'accéder au gouvernement.
 
En 1967, il y a le putsch des colonels en Grèce. En septembre 1973, le président chilien Salvador Allende est renversé par les militaires. Aujourd'hui, on découvre, dans les archives britanniques récemment déclassifiées et présentées par La Repubblica dans son édition du 13 janvier, que l'Occident, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne, avait envisagé un coup d'Etat en Italie en 1976. Rien de moins.

Motif? Empêcher l'accès des communistes italiens au gouvernement. Tout se résume dans une formule: lutter contre le «facteur K», pour communisme. Les craintes résultent d'une montée en puissance du Parti communiste, qui, lors des élections du 20 juin 1976, obtient 34,3% des suffrages contre 38,7% pour la Démocratie chrétienne. Les inquiétudes reposent aussi sur le compromesso storico concocté à partir de 1972 par Enrico Berlinguer, le leader de ce que l'on appellera l'eurocommunisme (voir ci-dessous). Le compromis historique consiste à ne pas profiter à des fins révolutionnaires du chaos social et économique de l'Italie plongée dans les années de plomb, mais à «s'associer à l'effort démocratique», voire au gouvernement.

Nous sommes alors en pleine Guerre froide. L'Italie constitue un enjeu géostratégique important et un champ de bataille majeur entre les deux superpuissances. En mai 1996, l'ex-directeur de la CIA William Cosby l'avouera: Washington a versé des sommes considérables en Italie pour prévenir le péril rouge et pour soutenir la Démocratie chrétienne. Selon Mauro Cerutti, professeur d'histoire à l'Université de Genève, des documents américains déclassifiés des années1950 révèlent d'ailleurs que même en cas de victoire communiste par les urnes en 1948, les Etats-Unis n'auraient jamais accepté un tel résultat.

Les archives britanniques récemment déclassifiées comprennent des centaines de documents relatant des réunions diplomatiques de haut niveau, de la correspondance entre les grands de ce monde, des analyses de risques. Dans l'un d'eux, intitulé Italy and the communists: options for the West, il est question d'une action en «soutien d'un coup d'Etat ou d'autres actions subversives».

Cinq scénarios sont échafaudés pour barrer la route des communistes: des mesures d'ordre administratif, des pressions économiques par le biais de la Communauté européenne et du Fonds monétaire international. A cet égard, Mauro Cerutti souligne que pour bénéficier du plan Marshall, «l'Italie avait dû garantir qu'il n'y aurait pas de communistes dans son gouvernement».

Parmi les options les plus dures figurent des opérations secrètes pour «soutenir les forces démocratiques» et encourager un «coup d'Etat». Après évaluation, ce projet sera abandonné. Trop risqué. Un coup de force ferait fi de l'influence du Parti communiste dans les syndicats. Il pourrait même le renforcer dans sa volonté d'accéder au gouvernement. Il pourrait aussi provoquer une guerre civile en Italie ainsi que mettre à dos les opinions publiques occidentales et créer des tensions considérables entre les Etats-Unis et les alliés européens de l'OTAN.

Avec des communistes dans le gouvernement italien, les Occidentaux, en première ligne le secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger, craignent pour la sécurité de l'OTAN. Des documents sensibles, notamment dans le domaine nucléaire, pourraient «finir à Moscou». A Bruxelles, on parle de «catastrophe» si Berlinguer accède au pouvoir. On redoute aussi que les bases de l'OTAN en Italie soient infiltrées par des «fonctionnaires communistes». On envisage d'expulser l'Italie de l'Alliance atlantique. Mais cette hypothèse comportait elle aussi de sérieux risques: elle pouvait inciter la Grèce et la Turquie à quitter l'OTAN. En sapant la VIe Flotte en Méditerranée, elle pouvait compromettre la capacité d'action des Etats-Unis au Moyen-Orient. «Le retrait de l'Italie de l'OTAN se transformerait de fait en une défaite de l'Occident devant le monde entier.»

Professeur de la pensée politique à l'Université de Bologne, Carlo Galli a lu l'article de La Repubblica. «Le scoop ne m'a pas surpris. Je me souviens que dans les années 1970, on parlait beaucoup des risques de coups d'Etat. L'Italie représentait un intérêt géostratégique majeur pour l'Europe.» Finalement, il n'y aura pas de coup d'Etat et les communistes de Berlinguer n'accéderont jamais au pouvoir. Le 16 mars 1978, jour où Giulio Andreotti devait annoncer l'entrée des communistes au gouvernement, Aldo Moro, leader de la Démocratie chrétienne et chantre de l'ouverture vers le Parti communiste, est enlevé par les Brigades rouges. Il sera assassiné. «Ce qui a stoppé les communistes et fait échouer le compromis historique, ce n'est pas un coup d'Etat, mais une stratégie plus subtile pour mettre fin à la collaboration entre PC et DC.»

Pour Carlo Galli, aucune preuve ne permet d'identifier formellement les assassins d'Aldo Moro. Les Brigades rouges ont pu être téléguidées par Washington, mais aussi par Moscou. L'Occident avait un intérêt dans l'affaire. Mais l'Union soviétique aussi. Elle voyait d'un mauvais œil la participation d'un Parti communiste sans lien direct avec Moscou dans un gouvernement bourgeois. Et Carlo Galli de conclure avec une pointe d'ironie: «Que le temps passe! Imaginez: il y a trente ans, des Etats européens avaient envisagé un coup d'Etat dans un autre Etat européen. Une chose impensable aujourd'hui.»
 
Eurocommunisme, une spécialité italienne
Les communistes italiens ont voulu éviter un scénario à la chilienne.
Stéphane Bussard
Vocable apparu pour la première fois dans un journal milanais en 1975 sous la plume du politologue yougoslave Frane Barbieri, l'eurocommunisme a été décrit comme une «variante occidentale» du communisme. Bien que porté un instant par l'Espagnol Santiago Carillo et évoqué en France, il ne prend racine qu'en Italie dans les années 1970. Son avènement procède de plusieurs facteurs. La crise du stalinisme en est un. Celle de la société libérale démocratique en est un autre. De plus, face à des problèmes sociaux spécifiques, les communistes italiens refusent la théorie du socialisme dans un seul pays développé par Staline.

«Giunte rosse»

Si l'eurocommunisme a inquiété les Occidentaux, en tête desquels les Américains, c'est parce qu'il était difficilement identifiable à ses débuts. Professeur d'histoire à l'Université de Genève, Mauro Cerutti analyse: «Les communistes italiens sous Berlinguer ont abandonné toute stratégie révolutionnaire pour miser sur les urnes.» La stratégie graduelle fonctionnera. En 1975, les communistes s'emparent des municipalités de Bologne, Naples, Turin, Rome qui seront connues sous le nom de giunte rosse. Mais, contrairement au gradualisme de Karl Kautsky, les eurocommunistes ne cherchent pas à appliquer une stratégie de l'épuisement. Au contraire, ils veulent participer au gouvernement. C'est le fameux compromis historique qui a été porté par Enrico Berlinguer et que Palmiro Togliatti avait inspiré en 1956 déjà.

«Les communistes italiens ont tiré les leçons du renversement d'Allende au Chili, ajoute Mauro Cerutti. En constatant que la Démocratie chrétienne chilienne avait soutenu les putschistes, ils ont voulu éviter un tel scénario et décidé de soutenir la démocratie italienne.» L'eurocommunisme est néanmoins mort avec le décès de Berlinguer.

 
 


Edité par T 34 - 16 Jan 2008 à 22:42
Patria socialismo o muerte

Quand vous dites l'Amérique vous pensez aux U$A, ça c'est la vieille Amérique. Moi je pense à la nouvelle Amérique: Cuba, Vénézuela, Bolivie, etc ☭ ★
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  Citer Ares Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Jan 2008 à 23:33
où l'on voit le rôle des brigades "rouges"....dans cette stratégie de l'impérialisme
trés interessant.
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 11:10
Message posté par Ares

où l'on voit le rôle des brigades "rouges"....dans cette stratégie de l'impérialisme
trés interessant.
 
Les brigades rouges (en dépit des controverses, c'était à ça reste leur véritable couleur) ont été infiltrées par les éléments du "Gladio", il ne s'agit pas -venant des communistes armés- d'un sabotage du processus du mouvement ouvrier
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 11:21

Rapport Andreotti sur l’Opération Gladio

 
Les réseaux clandestins au niveau international
 
Après la Seconde Guerre mondiale, la peur de l’expansionnisme soviétique et l’infériorité des forces de l’OTAN par rapport au Kominform conduisirent les nations d’Europe de l’Ouest à envisager de nouvelles formes de défense non conventionnelles, créant sur leur territoire un réseau occulte de résistance destiné à oeuvrer en cas d’occupation ennemie, à travers le recueil d’informations, le sabotage, la propagande et la guérilla.
 

Des réseaux de résistance furent organisés par la Grande-Bretagne, en France, en Hollande, en Belgique et vraisemblablement au Danemark et en Norvège.

 
(...)
 
 Quant à notre pays, le Service Information des Forces Armées (SIFAR) étudia depuis 1951 la réalisation d’une organisation " clandestine " de résistance soit pour uniformiser dans un seul cadre opérationnel de défense les structures militaires italiennes avec celles des alliés, soit pour développer de telles initiatives de façon autonome portées en avant par un pays étranger en Italie septentrionale (les services italiens étaient chargés d’accueillir les organisations US homologues qui développeraient dans l’Italie du Nord des groupes clandestins. Notes du général Musco 8.12.51).
 
Stay-Behind et la participation italienne aux organes collégiaux de coordination du secteur
 

Alors que la structure italienne avançait dans sa mise en place, un accord fut signé entre les services américains et le SIFAR, relatif à l’organisation et aux activités du " réseau clandestin post-occupation ", accord communément appelé Stay-Behind par lequel furent confirmées toutes les obligations précédemment intervenues entre l’Italie et les USA. Ainsi, les bases furent jetées pour réaliser l’opération indiquée en code sous le nom de " Gladio ". Une fois constitué l’organisme clandestin de résistance, l’Italie fut appelée à participer, à la demande française, aux travaux du CCP (Comité Clandestin de Planification) opérant dans le cadre du SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe). Un tel organe était chargé d’étudier la conduite de l’activité informativo-collective en cas de guerre, avec une référence particulière aux territoires susceptibles d’occupation ennemie. Dans le comité étaient déjà représentés les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et d’autres pays de l’OTAN. (...)

 
L'opération Gladio

L’opération Gladio

Sur la base des accords signés tour à tour avec les organisations parallèles des autres nations, le SIFAR inaugura l’organisation clandestine à travers la constitution d’une structure :
 Contrôlée par la structure officielle d’information.
 Formée d’agents opérant sur le territoire qui, au vu de l’âge, du sexe et de l’occupation, détenaient de bonnes possibilités d’échapper à d’éventuels déportations et internements.
 De gestion facile, même de la part d’une structure de commandement extérieure au territoire occupé.
 Couverte par un secret maximal et pour cette raison subdivisée dans un ordonnancement cellulaire pour réduire au minimum les dommages de dysfonctionnement.

Le réseau clandestin s’articulait ainsi :
 Service informations.
 Service sabotage.
 Service propagande et résistance générale.
 Service radio-communication.
 Service chiffres.
 Service réception et transfert de personnes.

Les secteurs devaient opérer indépendamment les uns des autres, dont, en théorie, ils devaient ignorer l’existence, raccordés et coordonnés à une base extérieure de repli, individualisée par le SMD en Sardaigne.

Selon le plan de travail fait par le SIFAR, l’organisation de la structure de résistance comportait :
 La formation du personnel directeur à travers un cours d’instruction auprès de la Training Division de l’ " Intelligence Service " britannique.
 Le recrutement des chefs de réseau et des agents, avec le concours du service Informations.
 La planification géographique et opérationnelle des différents services en Italie septentrionale, à raccorder aux bureaux opérations des trois forces armées et au service info USA.
 Le choix du matériel avec l’intelligence US.

Après une longue phase de gestation en 1956, fut constituée dans le cadre du bureau " R " du SIFAR, une section entraînement dénommée SAD (Etudes spéciales et entraînement du personnel), à travers laquelle le SIFAR, pour la première fois dans son histoire, met en oeuvre le commandement des " forces spéciales " et de l’appareil d’organisation didactique et logistique nécessaire à leur fonctionnement.

La section, dont le responsable avait un rôle de coordinateur général de l’opération " Gladio ", s’articulait en quatre groupes : l’un de soutien général, un autre de secrétariat permanent et d’activation des branches opérationnelles, un troisième de transmissions, le dernier de support aérien, logistique et opérationnel. Autre structure à la disposition de la section : le CES (Centre d’Entraînement Sapeurs).

Les lignes directrices qui uniformisent l’activité de la nouvelle section sont :
 La constitution de l’appareil directeur central et la planification générale.
 La constitution et le renforcement de la base d’entraînement, des instructeurs et des équipements didactiques.
 La constitution du centre transmissions (pour les liaisons à grande distance, activité de propagande radio, transmission de brouillage).
 La planification des éléments fondamentaux de l’organisation (sécurité, personnel, entraînement, organisation et documentation).
 La dispense de cours d’entraînement à l’étranger (auprès de l’école du service US).
 Activation des branches opérationnelles (40 noyaux parmi lesquels :) 6 informations 6 propagande 10 sabotage 6 évasion et fuite 12 guérilla 5 unités de guérilla prêtes à l’emploi dans les régions stratégiques appelées : Etoile alpine, Etoile marine, Rhododendron, Azalée et Genêt.
 L’entraînement et la qualification des éléments des noyaux et des unités prêtes à l’emploi.
 La reconnaissance terrestre et aérienne des zones stratégiques.
 Le recueil de la documentation (cartographique, monographique et photographique).
 Les activités expérimentales dans le cadre du CES (aériennes, marines, parachutistes, sous-marines et terrains difficiles).

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 11:25

Les dépôts d’armes

 
En 1959 l’intelligence US envoya auprès du CES les matériels opératoires destinés à équiper les noyaux et les unités opérationnelles, à dissimuler en temps de paix dans des caches appropriées enterrées dans les différentes zones d’opération.

Les matériels en question furent enveloppés dans des emballages spéciaux afin d’en assurer la parfaite conservation et, à partir de 1963, la pose des containers commença. On comptait dans ce matériel des armes portables, munitions, explosifs, bombes, poignards, couteaux, mortiers de 60 mm et canons de 57 mm, fusils de précision, transmetteurs (émetteurs radio), viseurs et différents accessoires.

A la suite de la découverte fortuite d’un container par des carabiniers aux environs de Aurisina, afin d’obtenir de meilleures conditions de sécurité, on commença à partir de 1972, à récupérer tout le matériel et à le stocker dans des postes de carabiniers proches du lieu où il avait été enfoui. Les explosifs furent concentrés près du CES et du dépôt de munitions de Camponela (Nuoro). L’opération de récupération menée en 1973 permit de récupérer 127 des 139 containers.

Parmi les containers manquants :
 2 (armes légères) furent emportés par des inconnus, sans doute à l’époque où on les avait enterrés (31.10.64).
 8 (armes légères, matériels) furent abandonnés sur les lieux mêmes car leur récupération impliquait des démolitions inopportunes.
 2 (un avec des armes légères, un avec des explosifs) irrécupérables parce que englobés par une extension de superficie d’un cimetière.

Directives sur la guerre non orthodoxe (GNO)

Dès les années 80, la réduction des exigences inhérentes aux précédentes dépositions post-Seconde Guerre mondiale et les modifications radicales survenues au Service d’Information et de Sécurité Italien ont conduit à revoir les modalités de réalisation de la guerre non orthodoxe, fût-ce dans le respect par notre pays des accords internationaux.

Dans un tel contexte, la réduction des directives du SHAPE, en particulier sur la guerre non orthodoxe, de janvier 1969, et les accords conclus au siège du Comité de Coordination Alliée ont entraîné la formation au SISMI de cadres qualifiés et gradés pour instruire du personnel externe, en cas d’invasion, sur des opérations militaires clandestines telles que :
 Informations et propagande.
 Évasion et infiltration.
 Guérilla.
 Sabotage.

(...)

 

L’activité principale en temps de paix consiste essentiellement à rechercher et éventuellement à recruter des personnes aptes à assurer des fonctions de commandement et des éléments maîtrisant des notions spéciales.
 L’entraînement du personnel recruté.
 Des exercices en commun avec les services alliés.
 L’acquisition et la conservation à long terme du matériel.
 Le contrôle du personnel déjà recruté à des fins de sécurité.
 L’échange d’expérience avec les services reliés entre eux.

Le recrutement du personnel " civil " en quatre phases : individualisation, sélection, entraînement et contrôle.

La loi 80.177 prévoit :
 L’interdiction de recruter des sujets tels que membres du Parlement, conseillers régionaux, provinciaux ou municipaux, magistrats, ministres du culte ou journalistes.
 (...)

Des contrôles réguliers vérifient la permanence des exigences précitées, dont le manquement implique - dans certains cas, cela s’est produit - l’exclusion de l’organisation.

Conclusion

On peut affirmer aujourd’hui que l’opération :
 Est prévue par des directives de l’OTAN et insérée dans la planification.
 Est réalisée et perfectionnée à des fins de sécurité absolue, surtout en ce qui concerne le contrôle sur l’emploi du matériel, dont le personnel ne pourra entrer en possession que sur l’initiative des autorités centrales et par le recours à des modalités particulières qui ne tolèrent aucune initiative autonome au niveau intermédiaire.
 Est destinée à contrarier d’éventuelles occupations étrangères du territoire national susceptibles de mettre en péril les institutions démocratiques ou la libre expression des droits constitutionnels.

A la lumière des événements récents et significatifs qui ont bouleversé l’Europe de l’Est, le gouvernement s’impose de revoir toutes les dispositions en matière de guerre non orthodoxe et de promouvoir toute initiative propre à vérifier, tant sur le plan politique que sur celui de la technique militaire, l’actuelle utilité et la validité des systèmes de protection du territoire national.

Giulio Andreotti, président du Conseil italien

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 11:35

(Article du Réseau Voltaire)

24 août 2004
 
1980 : carnage à Bologne, 85 morts

L’émotion que suscitent des attentats meurtriers est mauvaise conseillère. Dans les précedents historiques qui ont endeuillé l’Europe, comme à Bologne (1980) ou Moscou (1999), les revendications étaient fausses et les coupables, trop rapidemment désignés, n’étaient pas les bons. Dans ce type d’enquête, toutes les hypothèses doivent être envisagées y compris la plus pénible : celle de la « stratégie de la tension ». Dans l’exemple italien, il s’agissait pour une partie de l’appareil d’État, soutenue par l’OTAN, de dresser la population contre les communistes. Aujourd’hui, on ne brandit plus « le péril rouge », mais le « danger islamique ». Rien ne permet pour autant de privilégier cette piste.

 

(...)c’est une cible ferroviaire qui est visée, le 2 août 1980 : une bombe explose dans la gare de Bologne, faisant 85 morts et plus de 150 blessés. (...)la bombe, posée dans la salle d’attente de seconde classe de la gare, elle-même un nœud ferroviaire pour l’ensemble du pays, en plein mois d’août, visait à tuer un maximum de passants. Ce qui, contrairement à la légende véhiculée par certains de nos confrères spécialisés dans le terrorisme, n’est pas systématiquement le cas de tous les attentats. Enfin, la cible est populaire : Bologne était un bastion du Parti communiste italien (...)

Dans leur enquête sur l’attentat de Bologne, les juges italiens, forts de leur expérience des années de plomb et du terrorisme orchestré avec la complicité de l’État, se sont rapidement orientés sur la piste de l’extrême droite. Mais ils en ont été distraits par des renseignements fournis par les services secrets italiens du général Santovito . Ces informations ont égaré les juges sur une multitude de fausses pistes. Selon les magistrats, dont la version est confirmée par les actes de la Cour de cassation du 23 novembre 1995, « le SISMI leur a fait parvenir une masse d’informations difficilement vérifiables, afin de les lancer dans des recherches aussi improductives qu’exténuantes ».

La tragédie de Bologne est l’aboutissement d’une série d’attentats particulièrement meurtriers qui ont secoué l’Italie depuis le début des années 1970. L’un des premiers épisodes survient le 12 décembre 1969. Ce jour là, à Milan, à 16 h 37, une bombe ravage le hall de la Banque de l’agriculture, tuant 16 personnes et en blessant 88. Quelques minutes auparavant, un employé de la Banque commerciale italienne a trouvé dans les locaux une serviette noire contenant une autre bombe dont le système de mise à feu n’a pas fonctionné. 20 minutes plus tard, à Rome, un second engin explose dans le passage souterrain de la Banque nationale du travail, faisant 16 blessés. (...)

La stratégie de la tension

Avec le recul, la fin de la Seconde Guerre mondiale semble avoir marqué le véritable début d’un usage répété de méthodes terroristes par les États, afin de déstabiliser leurs propres systèmes démocratiques et de limiter les libertés individuelles. Ainsi, « loin d’être un acte isolé, le massacre de Milan est le point culminant d’une offensive concertée de déstabilisation du régime parlementaire italien. Cette « stratégie de la tension » comme l’a baptisée un journaliste de l’Observer est exemplaire. Exemplaire parce que, depuis [1968] elle fait de l’Italie un véritable laboratoire de la subversion de droite. Exemplaire aussi parce qu’elle révèle les techniques employées par les hommes de l’extrême droite, les moyens dont ils disposent et le soutien qu’ils peuvent attendre d’une fraction de l’appareil d’État »

La « stratégie de la tension » peut être définie comme une campagne visant à créer un effondrement de l’ordre et de la loi, et par ricochet une crise de confiance des citoyens vis-à-vis d’un gouvernement démocratiquement élu, créant ainsi les conditions d’une prise de pouvoir par l’armée. Elle peut également simplement permettre de créer une psychose sécuritaire au sein de la population qui se tournera en conséquence vers les formations politiques les plus autoritaires. L’Italie, sous le coup d’une recrudescence de la violence politique des formations d’extrême gauche, mais surtout des néo-fascistes bénéficiant de la bénédiction des autorités , adopte une série de dispositions policières et législatives particulièrement attentatoires aux libertés individuelles. C’est le cas de la loi Reale, adoptée le 22 mai 1975, qui « donne à la police la prépondérance d’exercice sur la magistrature. La police peut perquisitionner et arrêter une personne sans mandat du juge d’instruction, sur seul soupçon. Les interrogatoires ont lieu sans la présence d’avocat, même commis d’office (ce qui viole l’article 3 de la Constitution sur l’égalité devant la loi ».(...)

 
Mobiliser l’opinion publique contre un bouc émissaire

Si les exécutants des attentats italiens ont été identifiés, et parfois condamnés, on ignore toujours qui furent exactement les commanditaires. Tout au plus peut-on affirmer que cette stratégie avait été déterminée par les services secrets de l’Alliance atlantique, sans exclure qu’ils aient été débordés par les sous-traitants qu’ils avaient recrutés dans les milieux d’extrême droite, et qu’ils ont été mis en œuvre grâce à la complicité d’agents placés au plus haut niveau de l’État italien. Pour les services de l’OTAN comme pour les néo-fascistes, les Italiens n’avaient pas conscience du péril rouge et il fallait les faire souffrir pour les dresser contre les communistes. Ce mode de raisonnement n’est pas l’exclusivité des services atlantiques. (...)


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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 11:38

Ces quelques lignes nous apprenent bien des faits sur les méthodes utilisée par la bourgeoisie afin de maintenir ses privilèges et faire taire les mouvements ouvriers:

- terrorismes
- justice manipulée et manipulatrice à la fois
- usage délibéré de groupes politiques fascistes et violents (encore une preuve de la comparaison justifiée mais interdite: capitalisme et nazisme)
- bourrage de crâne goebbelien sur les "coupables"
 
Qui osera encore nous dire que la démocratie "libérale" est le seul système perfectible et équitable?
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  Citer Ares Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 12:32
Les brigades rouges (en dépit des controverses, c'était à ça reste leur véritable couleur) ont été infiltrées par les éléments du "Gladio", il ne s'agit pas -venant des communistes armés- d'un sabotage du processus du mouvement ouvrier
Excuse moi mais j'ai du mal à comprendre ce que tu veux dire....
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 17:33
Les documents de Martin démontrent bien que la bourgeoisie n'avait pas besoin de l'activisme des "'Brigades rouges" pour compromettre "l'hypothèse communiste" par tout les moyens.
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  Citer Ares Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Jan 2008 à 21:15
et pouratant les BR ont été utilisées à cette fin.
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  Citer Ares Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Jan 2008 à 11:54
 Le 16 mars 1978, jour où Giulio Andreotti devait annoncer l'entrée des communistes au gouvernement, Aldo Moro, leader de la Démocratie chrétienne et chantre de l'ouverture vers le Parti communiste, est enlevé par les Brigades rouges. Il sera assassiné. «Ce qui a stoppé les communistes et fait échouer le compromis historique, ce n'est pas un coup d'Etat, mais une stratégie plus subtile pour mettre fin à la collaboration entre PC et DC.»

Pour Carlo Galli, aucune preuve ne permet d'identifier formellement les assassins d'Aldo Moro. Les Brigades rouges ont pu être téléguidées par Washington,
les BR furent partie prenante de la "stratégie de la tension" car noyautées et manipulées par les services italiens et la cia
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Jan 2008 à 12:04

Malheureusement nous connaissons la suite et l’évolution des PC de l’eurocommunisme. Le PCI s’est sabordé pour devenir un parti pour chef de gouvernement. Ses opportunistes n’en pouvaient plus de trépigner sur le perron du pouvoir. Evidemment l’agissement des BR a rendu service au capital italien et à l’impérialisme.

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  Citer Ares Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 18 Jan 2008 à 19:24
Nous sommes totalement d'accord .
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 21 Jun 2008 à 14:06
L’Europe après la Seconde Guerre mondiale: Démocraties libres ou satellites des USA?

«Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest»

par Henriette Hanke Güttinger
 
Mondialisation.ca, Le 19 juin 2008 
L’étude scientifique de l’historien Daniele Ganser intitulée «Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest» est parue en 2007 en français1. Dans cet ouvrage brillamment rédigé, Ganser présente les faits de manière nuancée et aisément compréhensible pour le profane. Ce qu’il nous apprend va changer fondamentalement l’historiographie de l’époque de la guerre froide. Ce livre se lit comme un roman.


Ganser montre que de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1990 existaient dans les pays membres de l’OTAN, à côté des troupes ordinaires de l’Alliance, des armées secrètes de l’OTAN (nommées aussi Stay-Behind ou Gladio) qui avaient été mises en place par la CIA et le MI6 britannique.2 Ces armées secrètes de l’OTAN étaient commandées et coordonnées par un bureau de la sécurité secret au sein du quartier général de l’OTAN à Bruxelles. Selon l’ex-président américain Richard Nixon, L’OTAN elle-même était soumise au Pentagone.3

Les représentants des armées secrètes se réunissaient chaque année dans l’une des capitales européennes. «Des représentants de la CIA étaient toujours présents aux réunions des armées stay-behind» se souvient le général Gerardo Serravalle qui avait commandé le Gladio en Italie entre 1971 et 1974.4

Le but de ces armées secrètes était de créer des structures clandestines pour armer l’Europe de l’Ouest contre une invasion soviétique et pour empêcher la prise de pouvoir des communistes dans les pays européens.5 La CIA et le MI6 financèrent la constitution et le fonctionnement de ces troupes de guérilla clandestines, ils les entraînèrent et aménagèrent des caches secrètes remplies d’armes et d’explosifs.

Ganser décrit les activités6 des armées secrètes de l’OTAN en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Italie, en France, en Espagne, au Portugal, en Belgique, aux Pays Bas, au Luxembourg, au Danemark, en Norvège, en Allemagne, en Grèce7 et en Turquie. Dans ces pays, il n’y avait que quelques représentants politiques bien choisis qui étaient informés de l’existence de ces armées secrètes. De manière générale, les parlementaires élus par le peuple ne se doutaient de rien. Ainsi ces armées de l’OTAN opéraient en dehors de tout contrôle démocratique.

Field Manual 30-31B

Selon un document de l’état-major américain (Field Manuel 30-31B)8 les armées secrètes de l’OTAN avaient entre autres aussi la mission d’empêcher ou d’éliminer des gouvernements qui ne convenaient pas aux Etats-Unis. En 1961, elles planifièrent, mais sans succès, un putsch contre le gouvernement de Gaulle. En 1967, elles renversèrent en Grèce le gouvernement Papandréou et y installèrent une junte militaire des plus brutales. En Turquie, elles participèrent aux putschs militaires de 1960, de 1971 et à celui du général Evren de 1980.

 

Opérations sous fausse bannière
Dans le Field Manual 30-31B sont décrites des «opérations sous fausse bannière»9. Il s’agit d’attentats terroristes initiés ou perpétrés par des services secrets ou les armées clandestines de l’OTAN et qui ont ensuite été imputés aux communistes ou aux socialistes. Dans certains pays membre de l’OTAN, on a, selon Ganser, eu recours à ce concept secret: «Cette lutte contre l’ennemi intérieur faisait partie du concept dans certains pays. Elle faisait partie de la «stratégie de la tension» et reposait sur le terrorisme. C’est sans doute en Italie et en Turquie10 que cette stratégie quasi diabolique fut appliquée avec le plus de succès, à l’aide d’attentats à la bombe et de massacres contre la population que l’on attribua ensuite à l’adversaire politique, c’est-à-dire à la gauche.»11

 

La guerre secrète en Italie
Ganser décrit minutieusement comment les USA ont massivement influencé la politique en Italie entre 1945 et 1993. La CIA, les services de renseignements italiens, l’armée secrète italienne de l’OTAN (Gladio) ainsi que des terroristes d’extrême droite ont mené une guerre secrète contre les communistes italiens (PCI) et les socialistes (PSI). D’une part, les campagnes électorales des démocrates chrétiens (DCI) contre la gauche italienne ont été soutenues par les USA à coups de millions de dollars. D’autre part, ces organismes ont perpétré des attentats terroristes sanglants. Juste avant Noël 1969, quatre bombes éclatèrent sur des places très animées à Rome et Milan où 16 personnes trouvèrent la mort. On attribua ce crime aux communistes. En 1972, une voiture piégée explosa près du village italien de Peteano et tua trois carabinieri. Deux jours plus tard, la police reçut un renseignement anonyme selon lequel les Brigades rouges étaient les auteurs de ce crime. En 1974, une bombe explosa au milieu d’une manifestation antifasciste: elle fit 8 morts et 102 blessés.

En août 1974, une autre bombe explosa dans l’Italicus Express qui faisait le trajet Rome-Munich. Il y eut 12 morts et 48 blessés. Le 2 août 1980, un attentat à la bombe tua 85 personnes et en blessa 200 à la gare de Bologne. Les médias et les autorités politiques déclarèrent que les auteurs étaient les Brigades Rouges.
Aldo Moro, une victime du Gladio?
Le 16 mars 1978, Aldo Moro fut capturé sur le trajet entre sa maison et le Parlement et retenu en otage dans le centre de Rome pendant 55 jours. Puis on découvrit son corps criblé de balles dans le coffre d’une voiture abandonnée dans le centre de Rome. L’Italie était sous le choc. Les services secrets militaires et le Premier ministre d’alors, Giulio Andreotti, accusèrent l’organisation terroriste d’extrême gauche des Brigades Rouges et prirent des mesures énergiques contre la gauche. Celle-ci perdit par la suite beaucoup de sympathies dans le monde occidental.

Ganser a récolté un grand nombre d’indices concernant l’affaire Aldo Moro qui indiquent que ce fut une «opération sous fausse bannière» exécutée par Gladio. Suite à ses très bons résultats aux élections, Aldo Moro tenta, dès 1972, d’associer la gauche italienne au gouvernement. En 1974, Moro, ministre des Affaires étrangères, et le Premier ministre Giovanni Leone se rendirent à Washington pour discuter avec les Américains de leur projet d’associer le PCI et le PSI au gouvernement.

A son retour en Italie, Moro fut malade plusieurs jours et envisagea de se retirer complètement de la vie politique. «C’est l’une des rares fois où mon mari me fit part de ce qu’on lui avait dit, sans toutefois me dire de qui cela provenait», témoigna plus tard sa femme Eleonora Moro.12

Lors des élections législatives de juin 1976, le PCI réalisa le meilleur score de son histoire, 34,4%, infligeant une cinglante défaite à la DCI. Aldo Moro, président par intérim de la DCI, se décida à passer outre à l’interdiction formulée par les Américains. Le 16 mars 1978, emportant dans son attaché-case les documents à son projet d’associer les communistes au gouvernement, il ordonna à son chauffeur de le conduire, en compagnie de ses gardes du corps, au Parlement où il était résolu à présenter son programme intégrant les communistes à l’exécutif. C’est pendant ce trajet que sa voiture fut arrêtée et qu’il fut capturé.
Et John F. Kennedy?
Dans l’ouvrage de Ganser se trouvent aussi quelques développements intéressants sur la politique de John F. Kennedy face à l’Italie. Contrairement à ses prédécesseurs Truman et Eisenhower, Kennedy toléra la participation des socialistes italiens (PSI) au gouvernement conformément à leurs succès électoraux. En juillet 1963, il se rendit à Rome et invita à cette occasion Pietro Nenni, le chef des socialistes italiens, à lui rendre visite aux Etats-Unis. En novembre 1963, le président Kennedy fut assassiné à Dallas, au Texas, dans des circonstances troubles. Cinq mois plus tard, la CIA, l’armée secrète Gladio et les carabiniers déclenchèrent un coup d’Etat qui força les socialistes à renoncer à leurs ministères.
Les raisons de ce terrorisme
En 1984, l’homme de droite Vinciguerra, qui avait exécuté l’attentat de Peteano, révéla devant la justice l’existence de Gladio, l’armée secrète italienne de l’OTAN. Il déclara que Gladio avait participé à des attentats qui avaient ensuite été attribués aux Brigades Rouges. Gladio avait été chargée par les Etats-Unis d’empêcher que la gauche n’accède au pouvoir en Italie. Cette organisation était soutenue par les services secrets officiels ainsi que par les forces politiques et militaires.
En 2000, la commission du Parlement italien chargée d’enquêter sur Gladio et sur les attentats perpétrés dans le pays conclut: «Ces tueries, ces bombes, ces opérations militaires ont été organisées, encouragées ou soutenues par des personnes travaillant pour les institutions italiennes et, comme cela a été découvert plus récemment, par des individus liés aux structures du renseignement américain».13

 

La guerre secrète en Turquie
La Turquie avait et a toujours une importance particulière pour les intérêts géopolitiques des USA.14 Pendant la guerre froide, elle avait des frontières communes avec les pays du Pacte de Varsovie, notamment avec la Russie. L’OTAN installa donc du matériel de pointe dans le pays qui servit dès lors aux USA de poste d’écoute. Mais la Turquie servit aussi de base arrière pour les opérations menées par les USA et l’OTAN dans les pays pétroliers du Moyen-Orient et dans les républiques du Caucase, notamment lors de la guerre du Golfe de 1991.15
Pour constituer en Turquie une armée stay-behind anticommuniste, communément appelée contre-guérilla, les USA16 utilisèrent la mouvance dominante, mais violente du panturquisme17, où le colonel Alparsan Türks, officier proche de l’extrême droite et admirateur de Hitler, joua un rôle central.18 La contre-guérilla fut responsable de trois coups d’Etat sanglants contre des gouvernements trucs légitimement élus ainsi que du massacre de Kizildere (1972), du terrible massacre d’Istanbul (1er mai 1977), du massacre de Bahcelivler (1978). L’attentat contre le pape Jean Paul II est également à mettre sur le compte de la contre-guérilla. Les escadrons de la mort de cette armée secrète turque de l’OTAN jouèrent aussi un rôle sinistre lors de la répression sanglante des Kurdes turcs.

 

Des liens avec les pays neutres
Lors de ses recherches, Ganser a constaté qu’il existait dans quatre pays neutres (Finlande, Autriche, Suède, Suisse) des armées secrètes ayant des liens indirects avec l’OTAN. L’auteur a également écrit sur ce sujet.19

 

L’Europe, colonie américaine
Lorsqu’on apprit, après 1990, que des armées secrètes étaient à l’œuvre dans tous les pays européens, le scandale fut grand. Bien que dans tous les parlements des voix demandaient que l’on fasse la lumière sur ce sombre chapitre, seules la Belgique, l’Italie et la Suisse mirent sur pied des commissions d’enquête dont les résultats furent rendus publics. Tous les autres pays, et également l’UE, pratiquèrent le mensonge et la dissimulation. Ils ne reconnurent que ce qui pouvait être prouvé. Ganser se heurta à un même mur du silence lors de son enquête sur les armées secrètes de l’OTAN en Europe. On ne mit à sa disposition que les documents officiels. L’OTAN et le MI6 lui refusèrent l’accès à leurs archives. Il s’agit là d’un fait choquant. Des opérations des services secrets (meurtres, massacres, coups d’Etat et attentats terroristes) menées dans des démocraties européennes ne peuvent pas être élucidées parce que l’OTAN et le MI6 refusent d’ouvrir leurs archives, si bien que Ganser ne put enquêter que sur la partie visible de l’iceberg. Ce qu’il a révélé est sinistre et pose la question de savoir dans quelle mesure les Etats européens sont souverains.20 Les démocraties sont des farces et les représentants du peuple des marionnettes qui ignorent tout des opérations secrètes menées dans leurs pays depuis 1945.

 

Politique de souveraineté limitée
Les recherches concernant les armées secrètes de l’OTAN21 partent de l’idée que les services secrets des pays membres de l’OTAN ont dû, lors de leur adhésion, s’engager à empêcher que les communistes prennent le pouvoir dans leurs pays. Cela représente une immixtion dans les affaires intérieures de ces pays. En 1966, quand de Gaulle décida de se retirer du commandement conjoint de l’OTAN, il dénonça ce procédé comme une atteinte à la souveraineté nationale.22
En 1967, des journalistes norvégiens publièrent un document interne ultrasecret et non-daté de l’OTAN qui était signé par le général américain J. P. McConnel, vice-commandant des forces américaines en Europe. Ce document prouvait que les Etats-Unis étaient prêts à intervenir en Europe occidentale si leurs intérêts dans la région étaient mis en cause: «En cas de troubles intérieurs susceptibles d’entraver la mission des troupes américaines, tels qu’une insurrection militaire ou un vaste soulèvement populaire contre le gouvernement du pays hôte, [l’armée américaine] doit tout mettre en œuvre pour enrayer ces troubles en utilisant ses propres ressources.»23
Conséquences pour la recherche historique
Vu les crimes que la recherche sur les armées secrètes de l’OTAN a déjà pu prouver jusqu’à présent, les hommes politiques et les historiens devraient exiger de leurs parlements que les archives secrètes des pays membres de l’OTAN soient mises à la disposition de la recherche historique dès maintenant. L’histoire de la guerre froide va devoir être réécrite. Alors qu’à la suite de 1989, l’ouverture des archives a mis au jour l’histoire de la politique extérieure et intérieure de l’Union soviétique24, une grande partie des populations de l’Occident s’imagine toujours que les Etats-Unis ont restauré la liberté en Europe en 1945. Les historiens devront montrer que ce n’est malheureusement pas le cas.    •

 

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Notes

1     Les recherches de Ganser ont été publiées en anglais en 2005 (NATO’s Secret Armies –Operation Gladio and Terrorism in Western Europe) et en allemand en 2008 (Nato Geheimarmeen in Europa – Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung).
2     Dans beaucoup de ces pays, les Américains recrutèrent des partisans de l’extrême droite pour former les réseaux Stay-Behind de l’OTAN. C’est ainsi que l’officier SS et responsable de la Gestapo Klaus Barbie, le «Boucher de Lyon», avait été recruté en 1947 par le CIC (Counter Intelligence Corps) américain qui l’avait ensuite aidé à échapper aux poursuites pour crimes de guerre (Procès de Nuremberg) avant d’organiser sa fuite d’Europe vers l’Argentine en 1951. De même Reinhard Gehlen, un des généraux de Hitler et d’autres nazis ont été recrutés pour Gladio par les Américains. Cf. «La guerre secrète en Allemagne» in: Ganser, OTAN, p. 261-290.
3    «Le seul organisme international qui ait jamais fonctionné, c’est l’OTAN, tout simplement parce qu’il s’agit d’une alliance militaire et que nous étions aux commandes». Citation du Président Nixon dans: Ganser, OTAN, p. 56.
4    Citation de Serravalle in: Ganser, OTAN, p. 59.
5     Le National Security Council (NSC) adopta en 1947 sa directive 4-A qui ordonnait à la CIA d’entreprendre une large série d’actions clandestines destinées à écarter le risque d’une victoire des communistes lors des élections italiennes imminentes.
La directive NSC 10/2 de 1948 autorisa la CIA à effectuer des missions clandestines dans tous les pays du monde et la mise en place d’armées anticommunistes secrètes du réseau Gladio en Europe de l’Ouest. Cf. Ganser, OTAN, p. 89-91.
6     Ganser les qualifie de guerres secrètes.
7     La Grèce était une base importante pour les USA. Le quartier général de la CIA d’Athènes devint, selon Ganser, «la base arrière des activités de la CIA dans la péninsule balkanique et au Moyen-Orient, jusqu’en Iran.» cf. Ganser, OTAN, p. 298.
8    Document de l’état-major américain de 1970 (signé par Westmoreland): «Ce Field Manual 30-31B est un document explosif découvert en Italie. Il concerne non seulement les armées secrètes mais fondamentalement la collaboration des services secrets américains avec ceux des autres pays et les opérations anticommunistes secrètes. On y trouve décrites les «false flag operations», fausses attaques terroristes destinées à persuader la population du danger communiste. (Ganser, Basler Zeitung du 16/12/2004)
9    en anglais: «false flag operation»
10    cf. Ganser, OTAN, p. 310
11    Ganser in: Basler Zeitung du 16/12/04
12    Eleonora Moro. In: Ganser, OTAN, p. 121
13    Ganser, OTAN, p. 39/40
14     Zbigniew Brzezinski considérait la Turquie comme l’un des cinq «pivots géopolitiques cruciaux» sur la nouvelle carte politique de l’Eurasie. Cf. Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier – L’Amérique et le reste du monde, Paris, 1997, p. 69.
15     Ganser, OTAN, p. 308.
16     Pour illustrer l’influence des Etats-Unis en Turquie, Ganser cite le directeur adjoint des Services secrets turcs (MIT) Sabahattin Savasman: «Il existe au sein de la CIA un groupe d’une vingtaine d’agents au moins qui collaborent avec le MIT et agissent dans les plus hautes instances du service. Ils contrôlent le partage des informations aussi bien que la coopération lors des opérations conjointes menées en Turquie et à l’étranger. Notre service collabore avec la CIA depuis les années 1950 […] tous les équipements technologiques que nous utilisons nous ont été fournis par la CIA. Bon nombre de nos employés ont été formés à l’étranger par la CIA. Le quartier général du MIT a été construit par la CIA.» «Tout l’équipement destiné aux interrogatoires [= instruments de torture], des appareils les plus simples aux plus sophistiqués, provient de la CIA. Je le sais pour l’avoir moi-même utilisé. Le coût des opérations en Turquie et à l’étranger était couvert par le budget de la CIA».
A titre d’exemple d’opération commune du MIT et de la CIA, Savasman mentionne aussi l’agent du MIT Hiram Abas. «Abas avait pris part à des opérations menées conjointement avec la CIA au Liban, opérations dont il avait tiré des revenus
considérables et qui consistaient à prendre pour cible des jeunes gauchistes dans les camps de réfugiés palestiniens. Il recevait en outre des primes pour ses bons résultats sur le terrain». Savasman cité dans: Ganser, OTAN, p. 316.
17    Les représentants du panturquisme croient à la supériorité de la race et de la nation turques. Ils aspirent à l’unification des peuples turcs, de la Chine occidentale à l’Espagne. Cf. Ganser, OTAN, p. 312.
18    Ganser, OTAN, p. 309.
19    Daniele Ganser, The British Secret Service in
Neutral Switzerland: An Unfinished Debate on Nato’s Cold War Stay Behind Armies, in: Intelligence and National Security, décembre 2005,
volume 20, numéro 4, pp. 553–580.
20    En mars 2001, le général Giandelio Maletti, ancien patron du contre-espionnage italien, exprima rétrospectivement des regrets: «L’Italie a été traitée comme une sorte de protectorat. J’ai honte à l’idée que nous soyons toujours soumis à un contrôle
spécial.» Maletti cité dans: Ganser, OTAN, p. 29.
21    Ganser, OTAN, pp. 55–58.
22    Ganser, OTAN, p. 58.
23    Supplement No 3 to the documents of the Civil
Affairs Oplan No 100-1. Cité dans Ganser, OTAN, p. 254.
24    Cf. Stéphane Courtois et al., Le livre noir du communisme – crimes, terreur, répression. Paris 1997. Wladimir Bukovski, Abrechnung mit Moskau – Das sowjetische Unrechtsregime und die Schuld des Westens, Bergisch Gladbach 1996. Christopher Andrew, Wassili Mitrochin, Das Schwarzbuch des KGB – Moskaus Kampf gegen den Westen, Berlin 1999.
25    Armée secrète de l’OTAN financée par la CIA.
26    Dénomination turque de l’armée secrète de l’OTAN en Turquie.
27    Cf. Peter Ziegler, Zeiten Menschen Kulturen,
Zurich, 1985, p. 63
28    Supplement No 3 to the documents of the Civil
Affairs Oplan No 100-1. Cité dans Ganser, OTAN, p. 254.

Chronologie (de 1940 à 2001)
D. Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, pp. 339–343.
Bibliographie sélective
D. Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, pp. 389–390.

 

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La guerre secrète en Turquie: Le coup d’Etat militaire de 1980

Le général Evren tint son engagement. Il s’empara du pouvoir lors du coup d’Etat du 12 septembre 1980 pendant que la Force mobile de l’OTAN effectuait un exercice Anviel Express. Au cours de son procès, un activiste d’extrême droite prétendit plus tard que les massacres et les attentats perpétrés dans les années 1970 avaient fait partie d’une stratégie visant à permettre l’accession au pouvoir d’Evren et de la droite militaire: «Les massacres étaient une provocation du MIT, qui avec celle de la CIA ont préparé le terrain pour le coup du 12 septembre.» On découvrit par la suite qu’au moment du putsch, le général Evren avait dirigé le Département des opérations spéciales et commandait à présent l’armée secrète contre-guérilla. Quand celui-ci troqua sa tenue de camouflage contre un costume cravate et se proclama Président de la République, tous les attentats terroristes cessèrent soudainement.
Le président américain Jimmy Carter était à l’opéra lorsque survint le coup d’Etat en Turquie. Dès qu’il apprit la nouvelle, il appela Paul Henze, l’ancien chef de station qui avait quitté Ankara juste avant le putsch pour devenir conseiller à la sécurité auprès du Président à Washington, au département Turquie de la CIA. Au téléphone, Carter lui annonça ce qu’il savait déjà: «Vos gars viennent de réaliser un coup d’Etat!» Carter avait vu juste. Le lendemain du putsch, Henze déclara triomphalement à ses collègues de la CIA: «Nos gars l’ont fait!»
Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, pp. 325/26.

 

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Le «Boucher de Lyon», un protégé des USA

Erhard Dabringhaus, qui collabora avec le CIC américain en Allemagne en 1948 et 1949, a déclaré dans un documentaire consacré à Gladio avoir lui-même participé au recrutement d’anciens nazis, quoiqu’il désapprouvât fortement cette pratique. «En 1948, j’étais un agent spécial du CIC, notre service de contre-espionnage dans l’Allemagne occupée. J’étais stationné à Augsburg et étant donné que je parlais couramment la langue, on m’a confié la direction d’un réseau d’informateurs allemands dont faisait partie Klaus Barbie et Klaus Barbie était, euh … j’ai découvert plus tard qu’il était recherché pour meurtre par les Français et j’en ai fait part à mes supérieurs qui m’ont répondu de ne pas faire de vagues: «Il nous est toujours utile pour l’instant. Dès qu’on n’aura plus rien à en tirer, on le livrera aux Français.» Je pensais que je mériterais une promotion pour leur avoir parlé de Barbie et ils m’ont simplement dit de la boucler!»
Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, pp. 264/65.

 

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La guerre froide en Europe

La doctrine de Brejnev pour les Etats du Pacte de Varsovie
«Nous ne pouvons pas admettre que des forces étrangères détournent leur pays de la voie du socialisme et menacent de détacher la Tchécoslovaquie de la communauté socialiste.»27 En intervenant dans les affaires intérieures des pays socialistes, les Soviétiques ont limité leur souveraineté.
La doctrine de Brejnev de Washington pour l’Europe occidentale
Concernant les pays membres de l’OTAN, les Etats-Unis ont déclaré ce qui suit:
«En cas de troubles intérieurs susceptibles d’entraver la mission des troupes américaines, tels qu’une insurrection militaire ou un vaste soulèvement populaire contre le gouvernement du pays hôte, [l’armée américaine] doit tout mettre en œuvre pour enrayer ces troubles en utilisant ses propres res­sources.»28

 

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Créer un climat de tension

Exemple type d’une opération visant à créer un climat de tension: le 6 septembre 1955, des agents du réseau stay-behind turc25 lancèrent une bombe dans une maison de Thessalonique qui abritait un musée consacré à Mustafa Kemal et revêtait à ce titre une importance particulière aux yeux des Turcs. Les agents ne laissèrent quasiment aucun indice et accusèrent la police grecque d’avoir commis l’attentat. Cette opération de terrorisme sous fausse bannière fonctionna parfaitement et le gouvernement et la presse turque attribuèrent aux Grecs la responsabilité de l’attentat. Rapidement, les 6 et 7 septembre 1955, des mouvements fanatiques turcs galvanisés par la contre-guérilla26 détruisirent des centaines de maisons et de locaux d’entreprises grecques à Istanbul et Izmir, tuant 126 ressortissants Grecs, en blessant 32 et violant au passage environ 200 femmes grecques.
Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, p. 310.

 

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Souveraineté limitée pour la Grèce

A l’été 1964, le Président Johnson convoqua l’ambassadeur de Grèce Alexandre Matsas à la Maison Blanche et lui dit que les problèmes de Chypre devaient être résolus par la partition de l’île en deux zones, l’une grecque, l’autre turque. Matsas refusa, provoquant la fureur de Johnson: «Ecoutez-moi bien, M. l’Ambassadeur. Je me fous de votre Parlement et de votre Constitution. L’Amérique est un éléphant. Chypre est une puce. La Grèce est une puce. Si ces deux puces continuent de chatouiller l’éléphant, il pourrait bien les écraser d’un coup de trompe, et pour de bon!» Comme le soulignait Johnson, le gouvernement grec devait se conformer aux ordres de la Maison Blanche. «Les Grecs profitent largement des dollars américains, M. l’Ambassadeur. Si votre Premier ministre continue à me parler de Démocratie, de Parlement et de Constitution, il se pourrait bien que lui, son Parlement et sa Constitution n’en aient plus pour très longtemps.»

Quand Matsas, outré, tenta de protester: «Je ne peux tolérer de telles manières», Johnson continua: «N’oubliez pas de répéter à votre vieux Papa-je-ne-sais-plus-quoi ce que je viens de vous dire. N’oubliez pas de lui dire, vous m’entendez?», sur quoi Matsas câbla la conversation au Premier ministre George Papandréou. Quand la NSA intercepta le message, le téléphone de Matsas sonna. C’était le Président John­son: «Vous cherchez les ennuis, M. l’Ambassadeur? Vous voulez vraiment que je me mette en rogne? Il s’agissait d’une conversation privée. Vous n’étiez pas censé répéter les termes que j’ai employés devant vous. Faites attention.» Clic. Fin de la communication.
Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, pp. 300/01.

Patria socialismo o muerte

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  Citer Arés Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 24 Jun 2008 à 21:27
Souveraineté limitée pour la Grèce

A l’été 1964, le Président Johnson convoqua l’ambassadeur de Grèce Alexandre Matsas à la Maison Blanche et lui dit que les problèmes de Chypre devaient être résolus par la partition de l’île en deux zones, l’une grecque, l’autre turque. Matsas refusa, provoquant la fureur de Johnson: «Ecoutez-moi bien, M. l’Ambassadeur. Je me fous de votre Parlement et de votre Constitution. L’Amérique est un éléphant. Chypre est une puce. La Grèce est une puce. Si ces deux puces continuent de chatouiller l’éléphant, il pourrait bien les écraser d’un coup de trompe, et pour de bon!» Comme le soulignait Johnson, le gouvernement grec devait se conformer aux ordres de la Maison Blanche. «Les Grecs profitent largement des dollars américains, M. l’Ambassadeur. Si votre Premier ministre continue à me parler de Démocratie, de Parlement et de Constitution, il se pourrait bien que lui, son Parlement et sa Constitution n’en aient plus pour très longtemps.»

Quand Matsas, outré, tenta de protester: «Je ne peux tolérer de telles manières», Johnson continua: «N’oubliez pas de répéter à votre vieux Papa-je-ne-sais-plus-quoi ce que je viens de vous dire. N’oubliez pas de lui dire, vous m’entendez?», sur quoi Matsas câbla la conversation au Premier ministre George Papandréou. Quand la NSA intercepta le message, le téléphone de Matsas sonna. C’était le Président John­son: «Vous cherchez les ennuis, M. l’Ambassadeur? Vous voulez vraiment que je me mette en rogne? Il s’agissait d’une conversation privée. Vous n’étiez pas censé répéter les termes que j’ai employés devant vous. Faites attention.» Clic. Fin de la communication.
Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN, pp. 300/01.

 
et le 21 avril 1967 la menace était mise à execution par décision du Conseil National de Sécurité us et appliqué par la CIA et ses agents grecs tel Papadopoulos futur chef de la junte fasciste.
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  Citer tito Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Feb 2009 à 19:17
n'oublions pas egalement qu'en 1978 la democratie chretienne italienne avait accepté un accord historique avec le pci permettant ainsi aux communistes de rentrer dans le gouvernement italien(sachant qu'a l'epoque le pci avait fait plus de 35 pr100 aux legislatives celui ci aurait probablement prit le pouvoir).mais les trotskystes de la fraction armée rouge soutenut par la cia ont assassiné le dirigeant democrate chretient empechant ainsi a l'italie de devenir le premier etat communiste en europe de l'ouest!
a mon humble avis cette prise de pouvoir communiste aurait eu un effet boule de neige dans tout le monde occidental,mais une fois de plus les trotskystes ont tout fait capoter
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 19 Oct 2009 à 14:28

Les armées secrètes de l’OTAN (I)
Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio…


par Daniele Ganser

Le Réseau Voltaire débute la publication en épisodes de l’ouvrage de référence sur l’activité des services secrets de l’OTAN de la création de l’Alliance atlantique aux années 90. Bien qu’il s’agisse du travail d’un historien, cette enquête sur le Gladio ne ressort pas de l’Histoire, mais bien de notre vie quotidienne. Cette structure secrète est toujours active et les États européens sont toujours sous tutelle anglo-saxonne, comme l’ont montré les enquêtes parlementaires sur les enlèvements perpétrés par la CIA depuis 2001. Il est impossible de comprendre la politique en Europe sans avoir une connaissance précise des réseaux « Stay-Behind ».
Ce premier article retrace la découverte du Gladio par les magistrats italiens à la fin des années 80.

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Les ruines de la gare de Bologne après sa destruction par les terroristes de l’OTAN (1980).

Le 31 mai 1972, une voiture piégée explosa dans un bois des abords du village de Peteano, en Italie, faisant un blessé grave et un mort parmi les carabiniers, les policiers italiens. Ceux-ci s’étaient rendus sur les lieux à la suite d’un coup de téléphone anonyme. En inspectant une Fiat 500 abandonnée, un carabinier avait ouvert le capot, déclenchant ainsi l’explosion. Deux jours plus tard, un nouveau coup de téléphone anonyme revendiqua l’attentat au nom des Brigades Rouges, un groupuscule terroriste qui tentait à l’époque de renverser l’équilibre du pouvoir en Italie en se livrant à des prises d’otages et à des assassinats planifiés de hauts personnages de l’État. La police se tourna immédiatement vers la gauche italienne et rafla près de 200 communistes. Pendant plus de 10 ans, la population italienne demeura convaincue que l’acte terroriste de Peteano était bien l’œuvre des Brigades Rouges.

Puis, en 1984, Felice Casson, un jeune juge italien, décida de réouvrir le dossier, intrigué par toute une série d’irrégularités et de falsifications entourant le drame de Peteano. Il découvrit que la police n’avait effectué aucune enquête sur les lieux. Il s’aperçut également que le rapport qui avait conclu à l’époque que les explosifs employés étaient ceux traditionnellement utilisés par les Brigades Rouges était en réalité un faux. Marco Morin, un expert en explosifs de la police italienne, avait délibérément fourni de fausses conclusions. L’homme était membre de l’organisation d’extrême droite italienne « Ordine Nuovo », et avait, dans le contexte de la Guerre froide, contribué à son échelle à ce qu’il considérait comme une lutte légitime contre l’influence des communistes italiens. Le juge Casson parvint à établir que, contrairement aux conclusions de Morin, l’explosif utilisé à Peteano était du C4, le plus puissant de l’époque et qui figurait également dans l’arsenal des forces de l’OTAN. « J’ai simplement voulu jeter un éclairage nouveau sur des années de mensonges et de secrets, c’est tout », déclara plus tard le juge Casson aux journalistes qui l’interrogeaient dans son minuscule bureau du palais de justice, sur les bords de la lagune de Venise. « Je voulais que les Italiens connaissent pour une fois la vérité. » [1]

Le 24 février 1972, près de Trieste, un groupe de carabiniers tombèrent par hasard sur une cache d’armes renfermant des armes, des munitions et des quantités d’explosif C4, identique à celui utilisé à Peteano. Les policiers étaient convaincus d’avoir découvert l’arsenal d’un réseau criminel. Des années plus tard, l’enquête du juge Casson permit d’établir qu’il s’agissait en fait de l’une des caches souterraines parmi des centaines d’autres aménagées par l’armée secrète stay-behind sous les ordres de l’OTAN et qui portait en Italie le nom de code Gladio (le glaive). Casson remarqua que les services secrets de l’armée italienne et le gouvernement de l’époque s’étaient donné beaucoup de mal pour garder le secret autour de la découverte de Trieste et de son contexte stratégique.

En poursuivant son investigation sur les affaires troubles de Peteano et Trieste, le magistrat découvrit avec étonnement la main, non pas de la gauche italienne, mais des groupuscules d’extrême droite et des services secrets de l’armée derrière l’attentat de 1972. L’enquête du juge révéla une collaboration étroite entre l’organisation d’extrême droite Ordine Nuovo et le SID (Servizio Informazioni Difesa), autrement dit les services secrets de l’armée italienne. Ensemble, ils avaient préparé l’attentat de Peteano, puis accusé les militants d’extrême gauche italiens, les Brigades Rouges. Casson parvint à identifier l’homme qui avait posé la bombe : Vincenzo Vinciguerra, un membre d’Ordine Nuovo. Étant le dernier maillon d’une longue chaîne de commandement, Vinciguerra ne fut finalement arrêté que des années après les faits. Il passa aux aveux et témoigna avoir bénéficié de la protection de tout un réseau de sympathisants en Italie et à l’étranger qui avait couvert sa fuite après l’attentat. « C’est tout un mécanisme qui s’est mis en branle, raconta Vinciguerra, ça signifie que des carabiniers au ministre de l’Intérieur en passant par les douanes et les services de renseignement civils et militaires, tous avaient accepté le raisonnement idéologique qui sous-tendait l’attentat. » [2]

Vinciguerra soulignait à juste titre le contexte historique agité dans lequel s’était produit l’attentat de Peteano. Vers la fin des années soixante, avec le début de la révolution pacifiste et les mouvements de protestations étudiants contre la violence en général et la guerre du Vietnam en particulier, l’affrontement idéologique entre la droite et la gauche s’était intensifié en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. L’immense majorité des citoyens engagés dans les mouvements sociaux de gauche recouraient à des formes non violentes de contestation : manifestations, actes de désobéissance civique et, surtout, débats animés. Au sein du Parlement italien, le puissant Parti communiste (Partito Communisto Italiano, PCI) et, dans une moindre mesure, le Parti socialiste (Partito Socialisto Italiano, PSI) étaient des sympathisants de ce mouvement. Ils contestaient la politique des États-Unis, la guerre du Vietnam et surtout la répartition du pouvoir en Italie car, en dépit de l’importante majorité dont il disposait au Parlement, le PCI n’avait reçu aucun ministère et demeurait, de ce fait, exclu du gouvernement. La droite italienne avait parfaitement conscience qu’il s’agissait d’une injustice flagrante et d’une violation des principes de base de la démocratie.

C’est dans ce contexte de Guerre froide et de lutte pour le pouvoir que les extrêmes eurent recours au terrorisme en Europe de l’Ouest. À l’extrême gauche, les groupes terroristes les plus notoires furent les communistes italiens des Brigades Rouges et la Rote Armee Fraktion allemande ou RAF (Fraction Armée Rouge). Fondées par des étudiants de l’université de Trente ignorant tout ou presque des techniques de combat, les Brigades Rouges comptaient dans leurs rangs Margherita Cagol, Alberto Franceschini et Alberto Curcio. À l’instar de la RAF, ils étaient convaincus de la nécessité d’employer la violence pour changer la structure du pouvoir en place qu’ils jugeaient injuste et corrompu. Comme celles de la RAF, les actions menées par les Brigades Rouges ne visaient pas les populations civiles, mais des individus ciblés, accusés d’incarner « l’appareil d’État », tels que des banquiers, des généraux et des ministres qu’elles enlevaient et assassinaient souvent. Opérant principalement dans l’Italie des années soixante-dix, les Brigades Rouges comptèrent 75 morts à leur actif. Puis, à cause de leurs faibles capacités stratégiques et militaires et de leur inexpérience, leurs membres furent arrêtés au cours de rafles, jugés et emprisonnés.

À l’autre extrémité de l’échiquier politique de la Guerre froide, l’extrême droite eut elle aussi recours à la violence. En Italie, son réseau incluait les soldats clandestins du Gladio, les services secrets militaires et des organisations fascistes telles qu’Ordine Nuovo. Contrairement au terrorisme pratiqué par la gauche, celui adopté par la droite visait à répandre la terreur dans toutes les couches de la société par des attentats frappant aveuglément des foules entières, et destinés à faire un maximum de morts, pour pouvoir ensuite en accuser les communistes. Le drame de Peteano, comme l’apprit le juge Casson, s’inscrivait dans ce schéma et entrait dans le cadre d’une série de crimes débutée en 1969. Cette année-là, 4 bombes avaient explosé peu avant Noël dans des lieux publics à Rome et à Milan. Le bilan avait été de 16 morts et 80 blessés, pour la plupart des paysans venus déposer les recettes de leur marché du jour à la Banque Agricole, sur la Piazza Fontana de Milan. Suivant une stratégie machiavélique, la responsabilité de ce massacre avait été imputée aux communistes et à l’extrême gauche, les indices avaient été effacés et une vague d’arrestations s’en était immédiatement suivie. La population dans son ensemble n’avait que très peu de chance de découvrir la vérité étant donné les efforts déployés par les services secrets militaires pour maquiller le crime. À Milan, l’un des engins n’avait pas explosé à cause d’un dysfonctionnement de la minuterie, mais, lors des premières manœuvres de dissimulation, les services secrets la firent exploser sur place, pendant que des composants d’engins explosifs étaient placés dans la villa de Giangiacomo Feltrinelli, célèbre éditeur connu pour ses opinions de gauche. [3]

« D’après les statistiques officielles, entre le 1er janvier 1969 et le 31 décembre 1987, on a recensé 14 591 actes de violence aux motifs politiques », affirme le sénateur Giovanni Pellegrino, président de la Commission d’enquête parlementaire sur Gladio et le terrorisme, rappelant la violence du contexte politique de cette période récente de l’histoire italienne. « Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que ces “actions” ont tué 491 personnes et blessés ou mutilés 1 181 autres. Des pertes dignes d’une guerre, sans aucun équivalent en Europe. » [4] À la suite des attentats de la Piazza Fontana en 1969 et de Peteano en 1972, d’autres actes ensanglantèrent le pays : le 28 mai 1974 à Brescia, une bombe fit 8 morts et 102 blessés parmi les participants à une manifestation antifasciste. Le 4 août 1974, un attentat à bord du train « Italicus Express », qui relie Rome à Munich, tua 12 personnes et en blessa 48. Le point culminant de cette violence fut atteint par un après-midi ensoleillé, le 2 août 1980, jour de la fête nationale italienne, quand une explosion massive dévasta le hall d’attente de la seconde classe de la gare de Bologne, tuant 85 personnes et blessant ou mutilant 200 autres. Le massacre de Bologne est l’une des plus importantes attaques terroristes que l’Europe a eu à subir au cours du XXe siècle [5].

Contrairement aux membres des Brigades Rouges qui finirent tous par être emprisonnés, les terroristes d’extrême droite parvinrent à prendre la fuite après chaque attentat, parce que, comme le fait justement remarquer Vinciguerra, ils purent tous bénéficier de la protection de l’appareil sécuritaire et des services secrets de l’armée italienne. Quand, après plusieurs années, le lien fut enfin établi entre l’attentat de la Piazza Fontana et la droite italienne, on demanda à Franco Freda, un membre d’Ordine Nuovo, si, avec le recul, il pensait ou non avoir été manipulé par des personnages haut placés, généraux ou ministres. Freda, un admirateur déclaré d’Hitler qui avait publié Mein Kampf en italien au sein de sa petite structure d’édition personnelle, répondit que selon ses conceptions, tout le monde était forcément plus ou moins manipulé : « Nous sommes tous manipulés par des plus puissants que nous », déclara le terroriste. « En ce qui me concerne, j’admets avoir été une marionnette animée par des idées mais en aucun cas par les hommes des services secrets, que ce soit ici [en Italie] ou à l’étranger. En d’autres termes, j’ai moi-même choisi mon combat et je l’ai mené conformément à mes idées. C’est tout. » [6]

En mars 2001, le général Giandelio Maletti, ancien patron du contre-espionnage italien, laissa entendre qu’outre celle du réseau clandestin Gladio, des services secrets militaires italiens et d’un groupuscule de terroristes d’extrême droite, les tueries qui discréditèrent les communistes italiens avaient également reçu l’approbation de la Maison-Blanche et de la CIA. Au cours du procès de terroristes d’extrême droite accusés d’être impliqués dans les attentats de la Piazza Fontana, Maletti témoigna : « La CIA, sur les directives de son gouvernement, souhaitait créer un nationalisme italien capable d’enrayer ce qu’elle considérait comme un glissement vers la gauche et, dans ce but, elle a pu utiliser le terrorisme d’extrême droite. » (...) « On avait l’impression que les Américains étaient prêts à tout pour empêcher l’Italie de basculer à gauche » expliqua le général, avant d’ajouter : « N’oubliez pas que c’est Nixon qui était aux affaires et Nixon n’était pas un type ordinaire, un très fin politicien mais un homme aux méthodes peu orthodoxes. » Rétrospectivement, le général de 79 ans exprima des critiques et des regrets : « L’Italie a été traitée comme une sorte de protectorat. J’ai honte à l’idée que nous soyons toujours soumis à un contrôle spécial. » [7]

Dans les décennies 1970 et 1980, le Parlement italien, au sein duquel les partis communiste et socialiste détenaient une part importante du pouvoir, avait manifesté une inquiétude grandissante devant cette vague visiblement sans fin de crimes qui ensanglantaient le pays sans que l’on puisse en identifier ni les auteurs ni les commanditaires. Même si, à l’époque, des rumeurs circulaient déjà parmi la gauche italienne selon lesquelles ces mystérieux actes de violence seraient une forme de guerre secrète menée par les États-Unis contre les communistes italiens, il n’existait aucune preuve permettant d’étayer cette théorie tirée par les cheveux. Mais, en 1988, le Sénat italien mandata une commission d’enquête parlementaire spéciale présidée par le sénateur Libero Gualtieri et qui porta le nom éloquent de : « Commission parlementaire du Sénat italien chargée d’enquêter sur le terrorisme en Italie et les raisons expliquant que les individus responsables des tueries n’ont pu être identifiés : Le terrorisme, les attentats et le contexte politico-historique. » [8] Le travail de la commission s’avéra extrêmement difficile. Les témoins refusaient de s’exprimer. Des documents furent détruits. Et la commission elle-même, composée de représentants des partis de gauche et de droite, fut divisée sur la question de la vérité historique en Italie et sur les conclusions qui devaient ou non être révélées au grand jour.

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Le juge Felice Casson révèle l’existence d’un réseau clandestin créé par l’OTAN. L’Alliance, officiellement constituée pour protéger les États membres, est en réalité un protectorat anglo-saxon. Washington et Londres n’ont pas hésité à commanditer des attentats terroristes en Italie pour fausser le jeu démocratique.

Dans le même temps, le juge Casson, sur la base du témoignage de Vincenzo Vinciguerra, le terroriste de Peteano, et des documents qu’il avait découverts, commença à entrevoir la nature de la stratégie militaire complexe qui avait été employée. Il comprit petit à petit qu’il ne s’agissait pas simplement de terrorisme mais bien de terrorisme d’État, financé par l’argent des contribuables. Obéissant à une « stratégie de la tension », les attentats visaient à instaurer un climat de tension parmi la population. L’extrême droite et ses partisans au sein de l’OTAN craignaient que les communistes italiens n’acquissent trop de pouvoir et c’est pourquoi, dans une tentative de « déstabiliser pour stabiliser », les soldats clandestins membres des armées de Gladio perpétraient ces attentats dont ils accusaient la gauche. « Pour les services secrets, l’attentat de Peteano s’inscrivait dans ce qui fut appelée "la stratégie de la tension" », expliqua le juge Casson au grand public lors d’un reportage de la BBC consacré à Gladio. « C’est-à-dire créer un climat de tension pour encourager dans le pays les tendances socio-politiques conservatrices et réactionnaires. À mesure que cette stratégie était appliquée sur le terrain, il devenait nécessaire d’en protéger les instigateurs car les preuves de leur implication commençaient à apparaître. Les témoins taisaient certaines informations pour couvrir les extrémistes de droite. » [9] Vinciguerra, un terroriste qui, comme d’autres ayant été en contact avec la branche Gladio des services secrets militaires italiens, fut tué pour ses convictions politiques, déclara : « Il fallait s’en prendre aux civils, aux gens du peuple, aux femmes, aux enfants, aux innocents, aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique. La raison en était assez simple. Ils étaient censés forcer ces gens, le peuple italien, à s’en remettre à l’État pour demander plus de sécurité. C’est à cette logique politique qu’obéissaient tous ces meurtres et tous ces attentats qui restent impunis car l’État ne peut s’inculper lui-même ou avouer sa responsabilité dans ce qui s’est passé. » [10]

Mais l’horreur de ce plan diabolique n’apparut que progressivement et, aujourd’hui encore, il reste de nombreux liens secrets à établir. En outre, tous les documents originaux demeurent introuvables. « Après l’attentat de Peteano et tous ceux qui ont suivi », déclara Vinciguerra lors de son procès en 1984, « plus personne ne devrait douter de l’existence d’une structure active et clandestine, capable d’élaborer dans l’ombre une telle stratégie de tueries ». Une structure qui, selon lui, « est imbriquée dans les organes mêmes du pouvoir. Il existe en Italie une organisation parallèle aux forces armées, composée de civils et de militaires, et à vocation anti-soviétique, c’est-à-dire destinée à organiser la résistance contre une éventuelle occupation du sol italien par l’Armée rouge. » Sans citer son nom, ce témoignage confirma l’existence de Gladio, l’armée secrète et stay-behind créée sur ordre de l’OTAN. Vinciguerra la décrivit comme « une organisation secrète, une super-organisation disposant de son propre réseau de communications, d’armes, d’explosifs et d’hommes formés pour s’en servir ». Le terroriste révéla que cette « super-organisation, en l’absence d’invasion soviétique, reçut de l’OTAN l’ordre de lutter contre un glissement à gauche du pouvoir dans le pays. Et c’est ce qu’ils ont fait, avec le soutien des services secrets de l’État, du pouvoir politique et de l’armée. » [11]

Plus de 20 ans se sont écoulés depuis ce témoignage édifiant du terroriste repenti qui établit, pour la première fois dans l’histoire italienne, un lien entre le réseau stay-behind Gladio, l’OTAN et les attentats à la bombe qui avaient endeuillé le pays. Et c’est seulement aujourd’hui, au bout de toutes ces années, après la confirmation de l’existence de cette armée secrète et la découverte de caches d’armes et d’explosifs que chercheurs et historiens réalisent enfin le sens des propos de Vinciguerra.

Mais peut-on accorder du crédit aux dires de cet homme ? Les événements qui suivirent le procès semblent indiquer que oui. L’armée secrète fut découverte en 1990, et, comme pour confirmer indirectement que Vinciguerra avait dit la vérité, le soutien dont il avait joui jusqu’alors en haut lieu lui fut soudain retiré. Contrairement à d’autres terroristes d’extrême droite qui, après avoir collaboré avec les services secrets italiens, étaient ressortis libres, Vinciguerra fut, lui, condamné à la réclusion à perpétuité.

Mais Vinciguerra ne fut pas le premier à révéler le lien entre Gladio, l’OTAN et les attentats, il ne fut d’ailleurs pas non plus le premier à évoquer la conspiration Gladio en Italie. En 1974, dans le cadre d’une enquête sur le terrorisme d’extrême droite, le juge d’instruction Giovanni Tamburino avait créé un précédent en inculpant le général Vito Miceli, le chef du SID, les services secrets militaires italiens, pour avoir « promu, mis en place et organisé, avec l’aide de complices, une association secrète regroupant civils et militaires et destinée à provoquer une insurrection armée visant à modifier illégalement la Constitution et la composition du gouvernement ». [12]

Au cours de son procès, le 17 novembre 1974, Miceli, ancien responsable du Bureau de Sécurité de l’OTAN, révéla, furieux, l’existence de l’armée Gladio qu’il décrivit comme une branche spéciale du SID : « Si je disposais d’un super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne l’ai pas monté moi-même dans le but de tenter un coup d’État. Je n’ai fait qu’obéir aux ordres des États-Unis et de l’OTAN ! » [13] Grâce à ses solides contacts transatlantiques, Miceli s’en tira à bon compte. Il fut libéré sous caution et passa 6 mois dans un hôpital militaire. Il fallut attendre encore 16 ans pour que, contraint par les découvertes du juge Casson, le Premier ministre Andreotti révèle devant le Parlement italien l’existence du réseau Gladio. En l’apprenant, Miceli entra dans une rage folle. Peu avant sa mort en octobre 1990, il s’emporta : « J’ai été emprisonné parce que je refusais de révéler l’existence de cette super-organisation secrète et voilà qu’Andreotti s’amène devant le Parlement et raconte tout ! » [14]

En prison, Vinciguerra, le poseur de bombe de Peateano, expliqua au juge Casson que, dans leur entreprise d’affaiblissement de la gauche italienne, les services secrets militaires et le réseau Gladio avaient reçu l’aide, non seulement d’Ordine Nuovo, mais également d’autres organisations d’extrême droite bien connues, comme Avanguardia Nazionale : « Derrière les terroristes, de nombreuses personnes agissaient dans l’ombre, des gens appartenant ou collaborant à l’appareil sécuritaire. J’affirme que tous les attentats perpétrés après 1969 s’inscrivaient dans une même stratégie. » Le membre d’Ordine Nuovo Vinciguerra raconta comment lui et ses camarades d’extrême droite avaient été recrutés pour exécuter avec l’armée secrète Gladio les actions les plus sanglantes : « Avanguardia Nazionale, tout comme Ordine Nuovo, étaient mobilisés dans le cadre d’une stratégie anticommuniste émanant, non pas de groupuscules gravitant dans les sphères du pouvoir mais bel et bien du pouvoir lui-même, et s’inscrivant notamment dans le cadre des relations de l’Italie avec l’Alliance Atlantique. » [15]

Le juge Casson fut alarmé par ces révélations. Dans le but d’éradiquer cette gangrène qui rongeait l’État, il suivit la piste de la mystérieuse armée clandestine Gladio qui avait manipulé la classe politique italienne pendant la Guerre froide et, en janvier 1990, il demanda aux plus hautes autorités du pays la permission d’étendre ses investigations aux archives des services secrets militaires, le Servizio Informazioni Sicurezza Militare (SISMI), nouveau nom que portait le SID depuis 1978. En juillet de la même année, le Premier ministre Giulio Andreotti l’autorisa à accéder aux archives du Palazzo Braschi, le siège du SISMI à Rome. Le magistrat y découvrit pour la première fois des documents attestant de l’existence en Italie d’une armée secrète au nom de code Gladio, placée sous les ordres des services secrets militaires et destinée à mener des opérations de guerre clandestine. Casson trouva également des documents établissant l’implication de la plus grande alliance militaire du monde, l’OTAN, et de la dernière superpuissance subsistant, les États-Unis, dans des actes de subversion ainsi que leurs liens avec le réseau Gladio et des groupuscules terroristes d’extrême droite en Italie et dans toute l’Europe occidentale. Pour le juge Casson, disposer de ces informations représentait un danger certain, ce dont il avait conscience car, par le passé, d’autres magistrats italiens qui en savaient trop avaient en effet été abattus en pleine rue : « De juillet à octobre 1990, j’étais le seul à savoir quelque chose [au sujet de l’Opération Gladio], cela aurait pu me porter malheur ». [16]

Mais le malheur tant redouté ne survint pas et Casson fut à même de résoudre le mystère. Se basant sur des documents qu’il avait mis au jour, il prit contact avec la commission parlementaire présidée par le sénateur Libero Gualtieri et chargée d’enquêter sur les attentats terroristes. Gualtieri et ses confrères furent inquiets des découvertes dont le magistrat leur fit part et reconnurent qu’elles devaient être jointes au travail de la commission car elles expliquaient l’origine des attentats et les raisons pour lesquelles ils étaient restés impunis depuis tant d’années. Le 2 août 1990, les sénateurs ordonnèrent au chef de l’exécutif italien, le Premier ministre Giulio Andreotti, « d’informer sous 60 jours le Parlement de l’existence, de la nature et du but d’une structure clandestine et parallèle soupçonnée d’avoir opéré au sein des services secrets militaires afin d’influencer la vie politique du pays ». [17]

Le lendemain 3 août, le Premier ministre Andreotti se présenta devant la commission parlementaire et, pour la première fois depuis 1945, confirma, en tant que membre en fonction du gouvernement italien, qu’une organisation de sécurité agissant sur ordre de l’OTAN avait existé en Italie. Andreotti s’engagea auprès des sénateurs à leur remettre un rapport écrit sur cette organisation dans un délai de soixante jours : « Je présenterai à cette commission un rapport très détaillé que j’ai commandé au ministère de la Défense. Il concerne les opérations préparées à l’initiative de l’OTAN dans l’hypothèse d’une offensive contre l’Italie et de l’occupation de tout ou partie de son territoire. D’après ce qui m’a été indiqué par les services secrets, ces opérations se sont poursuivies jusqu’en 1972. Il a alors été décidé qu’elles n’étaient plus indispensables. Je fournirai à la commission toute la documentation nécessaire, que ce soit sur le sujet en général ou sur les découvertes du juge Casson dans le cadre de ses investigations sur l’attentat de Peteano. » [18]

Âgé de 71 ans à l’époque de son audition, Giulio Andreotti n’avait rien d’un témoin ordinaire. Son passage devant la commission fut l’occasion pour lui de se replonger dans sa très longue carrière politique qui ne connut probablement aucun équivalent en Europe de l’Ouest. À la tête du parti chrétien-démocrate (Democrazia Cristiana Italiana ou DCI) qui, durant toute la Guerre froide, fit office de rempart contre le PCI, Andreotti bénéficiait du soutien des USA. Il connut personnellement chacun des présidents états-uniens et pour de nombreux observateurs, italiens et étrangers, il fut le politicien le plus influent de la Première République italienne (1945-1993).

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Aprés des décennies de trucage de la démocratie, Giulio Andreotti vous salue bien.

Malgré la faible espérance de vie qui caractérisa les gouvernements de la fragile Première République, Andreotti parvint habilement à se maintenir au pouvoir à la faveur de nombreuses coalitions et à devenir une figure incontournable du Palazzo Chigi, le siège du gouvernement italien. Né à Rome en 1919, Andreotti devint ministre de l’Intérieur à 35 ans avant d’établir un véritable record en occupant 7 fois le siège de Premier ministre et en se voyant confier successivement pas moins de 21 portefeuilles ministériels, dont, à 7 reprises, celui des Affaires étrangères. Ses partisans le comparaient à Jules César et l’appelaient le « Divin Giulio » ; ses détracteurs quant à eux voyaient en lui l’archétype du magouilleur et le surnommaient « l’Oncle ». On raconte que son film de gangster préféré était Les Affranchis à cause de la réplique de Robert De Niro : « Ne balance jamais tes potes et évite de trop parler ». La plupart des observateurs s’accordent à dire que ce sont les talents de stratège du Divin Giulio qui lui permirent de survivre aux nombreux forfaits et intrigues du pouvoir dans lesquels il fut très souvent directement impliqué. [19]

En révélant l’existence de l’Opération Gladio et des armées secrètes de l’OTAN, « l’Oncle » avait finalement décidé de rompre la loi du silence. Quand la Première République s’effondra à la fin de la Guerre froide, le puissant Andreotti, qui n’était alors plus qu’un vieillard, fut traîné devant maints tribunaux l’accusant d’avoir manipulé les institutions politiques, d’avoir collaboré avec la mafia et d’avoir secrètement ordonné l’assassinat d’opposants politiques. « La justice italienne est devenue folle », s’écria en novembre 2002 le Premier ministre Silvio Berlusconi quand la Cour d’appel de Pérouse condamna Andreotti à 24 ans de prison. Tandis que les juges recevaient des menaces de mort et étaient placés sous protection policière, les chaînes de télévision interrompirent la diffusion du football pour annoncer qu’Andreotti avait été reconnu coupable d’avoir chargé le parrain de la mafia Gaetano Badalamenti d’assassiner, en 1979, le journaliste d’investigation Mino Pirelli dans le but de taire la vérité sur l’assassinat du président de la République italienne, le chrétien-démocrate Aldo Moro. L’Église catholique tenta de sauver la réputation du Divin Giulio : accablé par ces informations, le cardinal Fiorenzo Angelini déclara : « Jésus-Christ aussi a été crucifié avant de ressusciter ». Cependant, malgré toutes l’inquiétude suscitée, Andreotti ne finit pas ses jours derrière les barreaux : les verdicts furent cassés en octobre 2003 et « l’Oncle » fut à nouveau libre.

Au cours de ses premières révélations sur l’Opération Gladio devant les sénateurs italiens le 3 août 1990, Andreotti avait bien pris soin de préciser que « ces opérations [s’étaient] poursuivies jusqu’en 1972 » afin de se préserver d’éventuelles répercussions. En effet, en 1974, alors ministre de la Défense, il avait officiellement déclaré dans le cadre d’une enquête sur des attentats commis par l’extrême droite : « J’affirme que le chef des services secrets a, à plusieurs reprises, explicitement exclu l’existence d’une organisation secrète de quelque nature ou dimension que ce soit ». [20] En 1978, il avait fourni un témoignage similaire devant des juges enquêtant sur l’attentat perpétré par l’extrême droite à Milan.

Lorsque la presse italienne révéla que l’armée secrète Gladio, loin d’avoir été dissoute en 1972, était toujours active, le mensonge d’Andreotti ne tint plus. Dans les semaines qui suivirent, en août et septembre 1990, contrairement à son habitude, le Premier ministre communiqua abondamment avec l’étranger, chercha à contacter et s’entretint avec de nombreux ambassadeurs. [21] Comme le soutien international tardait à venir, Andreotti, qui craignait pour sa place, passa à l’offensive et tenta de souligner l’importance du rôle de la Maison-Blanche et de nombreux autres gouvernements d’Europe de l’Ouest qui, non seulement avaient conspiré dans cette guerre secrète contre les communistes, mais y avaient pris une part active. Cherchant à attirer l’attention sur l’implication de pays étrangers, il eut recours à une stratégie efficace quoique plutôt risquée. Le 18 octobre 1990, il dépêcha de toute urgence un messager du Palazzo Chigi à la Piazza San Macuto où siégeait la commission parlementaire. Le coursier transmit le rapport intitulé « Un SID parallèle - Le cas Gladio » au secrétaire de la réception du Palazzo Chigi. Un membre de la commission parlementaire, le sénateur Roberto Ciciomessere, apprit par hasard que le rapport d’Andreotti avait été livré et confié au secrétaire du Palazzo Chigi. En parcourant le texte, le sénateur fut grandement surpris de constater qu’Andreotti ne se contentait pas de fournir une description de l’Opération Gladio mais que, contrairement à sa déclaration du 3 août, il reconnaissait que l’organisation était toujours active.

Le sénateur Ciciomessere en demanda une photocopie, mais on la lui refusa, sous prétexte que, selon la procédure en vigueur, c’était le président de la commission, le sénateur Gualtieri, qui devait en premier prendre connaissance du rapport. Cependant Gualtieri ne put jamais lire cette première version du rapport d’Andreotti sur le réseau Gladio. Au moment où, trois jours plus tard, celui-ci s’apprêtait à ranger le précieux document dans sa mallette afin de l’emporter chez lui pour le lire durant le week-end, il reçut un appel du Premier ministre l’informant qu’il avait immédiatement besoin du rapport « afin d’en retravailler quelques passages ». Gualtieri fut embarrassé, mais accepta finalement à contrecœur de renvoyer le document au Palazzo Chigi, après en avoir réalisé des photocopies. [22] Ces méthodes inhabituelles auxquelles recourut Andreotti provoquèrent un tollé dans toute l’Italie et ne firent qu’accroître la suspicion. Les journaux titrèrent « Opération Giulio », en référence à l’Opération Gladio, et entre 50 000 et 400 000 citoyens indignés, inquiets et furieux participèrent à une marche organisée par le PCI dans le centre de Rome, l’une des plus importantes manifestations de cette période, scandant et brandissant des banderoles portant le slogan : « Nous voulons la vérité ». Certains défilaient déguisés en gladiateurs. Sur la Piazza del Popolo, le leader du PCI Achille Occhetto annonça à la foule que cette marche obligerait le gouvernement à révéler les sombres vérités tues depuis tant d’années : « Nous sommes ici pour obtenir la vérité et la transparence ». [23]

Le 24 octobre, le sénateur Gualtieri eut à nouveau entre les mains le rapport d’Andreotti sur le « SID parallèle ». Amputée de 2 pages, cette version finale n’en comptait plus que 10. Le parlementaire la compara aux photocopies de la première version et remarqua immédiatement que des passages sensibles relatifs aux connexions internationales et à des organisations similaires à l’étranger avaient été supprimés. De surcroît, toutes les allusions à l’organisation secrète, auparavant formulées au présent, suggérant ainsi une survivance, l’étaient désormais au passé. La stratégie d’Andreotti consistant à envoyer un document puis à le récupérer pour le modifier avant de le renvoyer à nouveau ne pouvait évidemment pas faire illusion. Les observateurs s’accordèrent à dire que cette manœuvre attirerait immanquablement l’attention sur les passages supprimés, en l’occurrence sur la dimension internationale de l’affaire, et auraient ainsi pour effet d’alléger la culpabilité du Premier ministre. Cependant, aucun renfort ne vint de l’étranger.

Dans la version finale de son rapport, Andreotti expliquait que Gladio avait été conçu dans les pays membres de l’OTAN comme un réseau de résistance clandestin destiné à lutter contre une éventuelle invasion soviétique. Au lendemain de la guerre, les services secrets de l’armée italienne, le Servizio di Informazioni delle Forze Armate (SIFAR), le prédécesseur du SID, et la CIA avaient signé « un accord portant sur l’"organisation et l’activité d’un réseau clandestin post-invasion", un accord désigné sous le nom Stay Behind, dans lequel étaient renouvelés tous les engagements antérieurs impliquant l’Italie et les États-Unis ». La coopération entre la CIA et les services secrets militaires italiens, comme le précisait Andreotti dans son rapport, était supervisée et coordonnée par les centres chargés des opérations de guerre clandestine de l’OTAN : « Une fois constituée cette organisation de résistance secrète, l’Italie était appelée à participer (...) aux tâches du CPC (Clandestine Planning Committee), fondé en 1959, opérant au sein du SHAPE [Supreme Headquarters Allied Powers Europe, le quartier général des puissances européennes de l’OTAN] (...) ; en 1964, les services secrets italiens intégrèrent également l’ACC (Allied Clandestine Committee). » [24]

L’armée secrète Gladio, comme le révéla Andreotti, disposait d’un armement considérable. L’équipement fourni par la CIA avait été enterré dans 139 caches réparties dans des forêts, des champs et même dans des églises et des cimetières. D’après les explications du Premier ministre, ces arsenaux contenaient « des armes portatives, des munitions, des explosifs, des grenades à main, des couteaux, des dagues, des mortiers de 60 mm, des fusils sans recul de calibre 57, des fusils à lunette, des transmetteurs radio, des jumelles et d’autres équipements divers ». [25] Outre des protestations dans la presse et parmi la population contre les agissements de la CIA et la corruption du gouvernement, les révélations fracassantes d’Andreotti donnèrent également lieu à une véritable chasse aux caches d’armes. Le père Giuciano se souvient du jour où les journalistes ont investi son église à la recherche des secrets enfouis de Gladio, animés d’intentions ambiguës : « J’ai été prévenu dans l’après-midi quand deux journalistes d’Il Gazzettino sont venus me demander si je savais quelque chose à propos de dépôts de munitions ici, dans l’église. Ils ont commencé à creuser à cet endroit et ont tout de suite trouvé deux caisses. Mais le texte indiquait aussi de chercher à environ 30 centimètres de la fenêtre. Ils ont donc repris leurs fouilles par là-bas. Ils ont mis une des boîtes à l’écart car elle contenait une bombe au phosphore. Les carabiniers sont sortis pendant que deux experts ouvraient la boîte. Il y en avait encore une autre contenant deux mitraillettes. Toutes les armes étaient neuves, en parfait état. Elles n’avaient jamais servi. » [26]

Contrairement à ce qu’avait indiqué dans les années 1980 le terroriste Vinciguerra, Andreotti insistait sur le fait que les services secrets militaires italiens et les membres de Gladio n’étaient en rien impliqués dans la vague d’attentats qui avait frappé l’Italie. Selon lui, avant son recrutement, chaque Gladiateur subissait des tests intensifs et devait se « conformer rigoureusement » à la loi régissant le fonctionnement des services secrets afin de prouver sa « fidélité absolue aux valeurs de la Constitution républicaine antifasciste ». La procédure visait également à exclure tous ceux occupant une fonction administrative ou politique. En outre, toujours selon Andreotti, la loi stipulait que « les éléments présélectionnés n’aient pas de casier judiciaire, ne soient nullement engagés politiquement et ne participent à aucun mouvement extrémiste d’aucune sorte ». Dans le même temps, Andreotti signalait que les membres du réseau ne pouvaient être entendus par la justice et que leurs identités ainsi que d’autres détails concernant l’armée secrète étaient classés secret-défense. « L’Opération, en raison de ses modes concrets d’organisation et d’action - tels que prévus par les directives de l’OTAN et intégrés à sa structure spécifique - doit être mise au point et exécutée dans le secret le plus absolu. » [27]

Les révélations d’Andreotti sur le « SID parallèle » bouleversèrent l’Italie. Beaucoup acceptaient difficilement l’idée d’une armée secrète dirigée par la CIA et l’OTAN en Italie et à l’étranger. Une telle structure pouvait-elle seulement être légale ? Le quotidien italien La Stampa fut particulièrement dur : « Aucune raison d’État ne peut justifier que l’on entretienne, couvre ou défende une structure militaire secrète composée d’éléments recrutés sur des critères idéologiques - dépendant ou, au minimum, sous l’influence d’une puissance étrangère - et servant d’instrument pour un combat politique. Il n’y a pas de mot pour qualifier cela si ce n’est haute trahison ou crime contre la Constitution. » [28] Au Sénat italien, des représentants du parti Vert, du Parti communiste et du parti des Indépendants de gauche accusèrent le gouvernement d’avoir utilisé les unités de Gladio pour pratiquer une surveillance du territoire et perpétrer des attentats terroristes afin de conditionner le climat politique. Mais le PCI était surtout convaincu que, depuis le début de la Guerre froide, la véritable cible du réseau Gladio avait été, non pas une armée étrangère, mais les communistes italiens eux-mêmes. Les observateurs soulignaient qu’« avec ce mystérieux SID parallèle, fomenté pour faire obstacle à un impossible coup d’État de la gauche, nous avons surtout risqué de nous exposer à un coup d’État de la droite (...) Nous ne pouvons croire à cela (...), que ce super-SID ait été accepté comme un outil militaire destiné à opérer “dans le cas d’une occupation ennemie”. Le seul véritable ennemi est et a toujours été le parti communiste Italien, c’est-à-dire un ennemi de l’intérieur. » [29]

Bien décidé à ne pas assumer seul une telle responsabilité, le Premier ministre Andreotti, le jour même où il présenta son rapport final sur Gladio, se présenta devant le Parlement italien et déclara : « Chaque chef de gouvernement était informé de l’existence de Gladio ». [30] Cette déclaration provoqua un profond embarras et compromit, entre autres, les anciens Premiers ministres comme le socialiste Bettino Craxi (1983-1987), Giovanni Spadolini du Parti républicain (1981-1982), alors président du Sénat, Arnaldo Forlani (1980-1981), qui était en 1990 secrétaire de la DCI alors aux affaires et Francesco Cossiga (1978-1979) qui était alors président de la République. Plongés brusquement au cœur de la tourmente par les révélations d’Andreotti, ces hauts dignitaires réagirent de manière confuse. Craxi prétendit n’en avoir jamais été informé jusqu’à ce qu’on lui montre un document relatif au Gladio signé de sa main à l’époque où il était Premier ministre. Spadolini et Forlani furent frappés de la même amnésie, mais durent eux aussi revenir sur leurs déclarations. Spadolini provoqua l’amusement du public en précisant qu’il fallait distinguer entre ce qu’il savait en tant que ministre de la Défense et ce dont il avait été informé en tant que Premier ministre.

Seul Francesco Cossiga, président de la République depuis 1985, assuma pleinement son rôle dans la conspiration. Pendant une visite officielle en Écosse, il annonça qu’il était même « heureux et fier » d’avoir contribué à créer l’armée secrète en sa qualité de chargé des questions de Défense au sein de la DCI dans les années cinquante. [31] Il déclara que tous les Gladiateurs étaient de bon patriotes et témoigna en ces termes : « Je considère cela comme un grand privilège et une marque de confiance (...) d’avoir été choisi pour cette tâche délicate (...) Je dois dire que je suis fier que nous ayons pu garder ce secret pendant 45 ans. » [32] En embrassant ainsi la cause de l’organisation impliquée dans des actes de terrorisme, le président s’exposa, à son retour en Italie, à une tempête politique et à des demandes de démission et de destitution pour haute trahison émanant de tous les partis. Le juge Casson eut l’audace de l’appeler à témoigner devant la commission d’enquête sénatoriale. Cependant le président, qui n’était visiblement plus aussi « heureux », refusa avec colère et menaça de clore toute l’enquête parlementaire sur Gladio : « Je vais renvoyer devant le Parlement l’acte étendant ses pouvoirs et, s’il l’approuve une nouvelle fois, je ré-examinerai le texte afin de découvrir si les conditions sont réunies pour y opposer un refus [présidentiel] définitif de le promulguer ». [33] Cette menace ne s’appuyant sur aucune disposition constitutionnelle, les critiques commencèrent à s’interroger sur la santé mentale du président. Cossiga démissionna de la présidence en avril 1992, trois mois avant le terme de son mandat. [34]

Dans une allocution publique prononcée devant le Sénat italien le 9 novembre 1990, Andreotti souligna une nouvelle fois que l’OTAN, les États-Unis et de nombreux pays d’Europe de l’Ouest, parmi lesquels l’Allemagne, la Grèce, le Danemark et la Belgique, étaient impliqués dans la conspiration stay-behind. Pour prouver ces allégations, des données confidentielles furent divulguées à la presse, le magazine politique italien Panorama diffusa l’intégralité du document Le SID parallèle - Le cas Gladio, qu’Andreotti avait remis à la commission parlementaire. Quand les autorités françaises tentèrent de nier leur implication dans le réseau international Gladio, Andreotti rétorqua implacablement que la France avait elle aussi participé secrètement à la dernière réunion du comité directeur de Gladio, l’ACC, qui s’était tenue à Bruxelles à peine quelques semaines plus tôt, les 23 et 24 octobre 1990. Sur quoi, quelque peu embarrassée, la France dut reconnaître sa participation à l’opération. Dès lors, la dimension internationale de cette guerre secrète ne pouvait plus être démentie et le scandale ne tarda pas à gagner toute l’Europe de l’Ouest. Puis, suivant le tracé des zones d’appartenance à l’OTAN, il se propagea bientôt aux USA. La commission du Parlement italien chargée d’enquêter sur Gladio et sur les attentats perpétrés dans le pays conclut : « Ces tueries, ces bombes, ces opérations militaires ont été organisées, encouragées ou soutenues par des personnes travaillant pour les institutions italiennes et, comme il a été découvert plus récemment, par des individus liés aux structures du renseignement états-unien ». [35]

(À suivre…)

%20 Daniele Ganser

Historien suisse, spécialiste des relations internationales contemporaines. Il est enseignant à l’Université de Bâle.


%20

Cet article constitue le premier chapitre des Armées secrètes de l’OTAN
Version française : éditions Demi-lune (2007).


 


[1] Quotidien britannique The Observer du 18 novembre 1990.

[2] Hugh O’Shaughnessy, « Gladio : Europe’s best kept secret ». Ces agents étaient censés rester derrière les lignes ennemies en cas d’invasion de l’Europe de l’Ouest par l’Armée rouge. Mais ce réseau mis en place avec les meilleures intentions dégénéra dans certains pays en instrument du terrorisme et de l’agitation politique d’extrême droite dans le quotidien britannique The Observer, du 7 juin 1992.

[3] Les chercheurs Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent, spécialistes des services secrets, ont probablement réalisé le meilleur documentaire sur l’attentat de la Piazza Fontana : Piazza Fontana : Storia di un Complotto diffusé le 11 décembre 1997 à 20 h 50 sur la chaîne publique Rai Due. Une adaptation en français intitulée : L’Orchestre Noir : La Stratégie de la tension fut diffusée en deux partie sur la chaîne franco-allemande Arte les mardi 13 et mercredi 14 janvier 1998 à 20 h 45. Dans leur film, ils interrogent un grand nombre de témoins y compris des juges ayant enquêté pendant des années sur l’affaire, Guido Salvini et Gerardo D’Ambrosio, des activistes fascistes comme Stefano Delle Chiaie, Amos Spiazzi, Guido Giannettini, Vincenzo Vinciguerra et le capitaine Labruna, l’ancien Premier ministre Giulio Andreotti ainsi que Victor Marchetti et Marc Wyatt de la CIA. Ce documentaire peut être visionné sur DailyMotion.

[4] Extrait de l’ouvrage de Giovanni Fasanella et Claudio Sestieri avec Giovanni Pellegrino : Segreto di Stato. La verità da Gladio al caso Moro (Einaudi Editore, Turin, 2000), introduction.

[5] Sur ce sujet, lire : « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Réseau Voltaire, 12 mars 2004. Ndlr.

[6] Allan Francovich, Gladio : The Puppeteers. Second des trois documentaires de Francovich consacrés au Gladio, diffusé sur la BBC2 le 17 juin 1992. Ce documentaire peut être visionné sur YouTube.

[7] Philip Willan, « Terrorists ‘helped by CIA’ to stop rise of left in Italy » dans le quotidien britannique The Guardian du 26 mars 2001. Willan est un spécialiste des interventions secrètes américaines en Italie. Il a publié l’ouvrage de référence : Puppetmasters. The Political Use of Terrorism in Italy (Constable, Londres, 1991).

[8] Senato della Repubblica Italiana. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabili delle stragi : Il terrorismo, le stragi ed il contesto storico-politico. Le rapport final de la commission fut publié sous ce titre en 1995.

[9] Émission d’informations quotidienne britannique Newsnight sur BBC1 le 4 avril 1991.

[10] Quotidien britannique The Observer du 7 juin 1992.

[11] Ed. Vulliamy, « Secret agents, freemasons, fascists… and a top-level campaign of political ‘destabilisation’ : ‘Strategy of tension’ that brought carnage and cover-up » dans le quotidien The Guardian du 5 décembre 1990.

[12] Magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991.

[13] Jean-Francois Brozzu-Gentile, L’Affaire Gladio (Editions Albin Michel, Paris, 1994), p.105.

[14] Magazine politique italien Europeo du 16 novembre 1990.

[15] Ed. Vulliamy, « Secret agents, freemasons, fascists... and a top-level campaign of political ‘destabilisation’ : ‘Strategy of tension’ that brought carnage and cover-up » dans le quotidien The Guardian du 5 décembre 1990.

[16] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » dans le magazine d’informations allemand Der Spiegel, N°48, 26 novembre 1990.

[17] Mario Coglitore (ed.), La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenzi della Repubblica (Calcusca Edizioni, Padoue, 1992), p.131.

[18] Extrait de Coglitore, Gladiatori, p.132.

[19] Voir la remarquable biographie d’Andreotti par Regine Igel, Andreotti. Politik zwischen Geheimdienst und Mafia (Herbig Verlag, Munich,1997).

[20] Quotidien britannique The Guardian, du 5 décembre 1990.

[21] Leo Müller, Gladio – das Erbe des Kalten Krieges. Der Nato-Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Rowohlt, Hambourg, 1991), p.26.

[22] Pour un récit détaillé des événements, voir les quotidiens italiens La Repubblica, Corriere della Sera et La Stampa du 24 octobre 1990.

[23] Aucun auteur spécifié, « 50 000 seek truth about secret team » dans le quotidien canadien The Toronto Star, du 18 novembre 1990.

[24] Franco Ferraresi, « A secret structure codenamed Gladio » dans Italian Politics. A Review, 1992, p.30. Ferraresi cite directement le document transmis par Andreotti à la commission parlementaire. Le quotidien italien L’Unita publia la première et la seconde version du document d’Andreotti dans une édition spéciale le 14 novembre 1990. La traduction intégrale est disponible sur le site du Réseau Voltaire.

[25] Ferraresi, Gladio, p.30, contient des citations du document d’Andreotti.

[26] Le père Giuciano témoigne devant son église dans le documentaire d’Allan Francovich, Gladio : The Puppeteers. Second des trois documentaires consacrés par Francovich au Gladio, diffusé sur la BBC2 le 17 juin 1992.

[27] Ferraresi, Gladio, p.31, contient des citations du document d’Andreotti.

[28] Citation de Ferraresi, Gladio, p.31.

[29] Norberto Bobbio cité par Ferraresi, Gladio, p.32.

[30] Müller, Gladio, p.27.

[31] Quotidien britannique The Observer du 18 novembre 1990.

[32] Agence de presse Reuters 12 novembre 1990.

[33] Ferraresi, Gladio, p.32.

[34] Périodique britannique The Economist, 30 mars 1991.

[35] « Senato della Repubblica. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabiliy delle stragi : Stragi e terrorismo in Italia dal dopoguerra al 1974. Relazione del Gruppo Democratici di Sinistra l’Ulivo. Roma June 2000 ». Philip Willan : « US ‘supported anti-left terror in Italy’. Report claims Washington used a strategy of tension in the cold war to stabilise the centre-right » dans le quotidien britannique The Guardian, du 24 juin 2000.

 


Edité par T 34 - 09 Jan 2010 à 01:05
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Oct 2009 à 23:19
Les armées secrètes de l’OTAN (II)
Quand le Gladio fut découvert dans les États européens…
par Daniele Ganser
 
Nous poursuivons la publication par épisodes de l’ouvrage de référence sur les réseaux stay-behind de l’OTAN. Dans ce second chapitre, l’historien suisse Danièle Ganser retrace les découvertes en cascades qui révélèrent l’existence de cette organisation clandestine dans toute l’Europe de l’Ouest et au-delà et le silence qui recouvrit immédiatement ce scandale. La question posée alors par le Parlement européen était de savoir si les institutions démocratiques n’étaient qu’une façade derrière laquelle les Anglo-Saxons manipulaient les peuples d’Europe occidentale depuis un demi-siècle. Cette question reste toujours ouverte.

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Fin 1990, le scandale Gladio éclate alors que le président français, François Mitterrand, prépare son opinion publique à l’entrée en guerre aux côtés des États-Unis en Irak. Il confie à son ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement (bras croisés sur cette photo) le soin d’étouffer la vérité. Les citoyens doivent ignorer que depuis un demi-siècle, une structure militaire clandestine dirige les États ouest-européens à l’abri des institutions démocratiques.

Cet article fait suite à « Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… »

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Les journalistes étrangers réunis au club de la presse de Rome à l’été 1990 se plaignaient de la frilosité de leurs rédactions vis-à-vis de la délicate affaire Gladio et de sa dimension internationale. En effet, il faut rappeler le contexte délicat dans lequel survinrent les révélations du Premier ministre italien Giulio Andreotti devant le Sénat le 3 août sur l’existence d’une armée secrète stay-behind créée par l’OTAN dans toute l’Europe de l’Ouest. L’édifiante allocution eut lieu le lendemain du 2 août 1990, jour de l’invasion du Koweit par le dictateur irakien Saddam Hussein. À Paris, Londres et Washington, rédacteurs en chef et conseillers militaires craignaient que ce scandale n’entache sérieusement l’image de nombreuses démocraties occidentales et surtout perturbe les préparatifs de la guerre du Golfe. Le 2 août à New York, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, « effrayés par l’invasion du Koweït », avaient, avec l’assentiment de la Chine et de la Russie, fait adopter par le Conseil de Sécurité des Nations Unies la résolution 660, ordonnant « le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les forces irakiennes des positions occupées au 1er août 1990 ».

En Occident et dans le monde entier, les médias étaient alors focalisés sur « la crise du Golfe » et relataient comment les USA, sous la présidence de George Bush senior, avaient engagé la plus grande opération militaire depuis la Seconde Guerre mondiale à la tête d’une coalition de pays rassemblant notamment l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les Pays-Bas pour libérer le Koweït de l’occupation irakienne, au cours d’une opération baptisée « Tempête du Désert », en janvier et février 1991 [1]. Ainsi, les grands networks eurent simultanément deux étranges histoires à livrer au public : une guerre propre dans le golfe Persique et le scandale Gladio en Europe, qu’ils choisirent finalement d’étouffer [2].

Suite aux révélations du Premier ministre italien Giulio Andreotti, le scandale franchit les frontières de l’Italie quand, le 30 octobre, l’ancien Premier ministre socialiste de la Grèce Andreas Papandreou confirma dans le quotidien grec Ta Nea qu’il avait découvert, en 1984, une structure secrète de l’OTAN très similaire au Gladio italien dont il avait alors aussitôt ordonné le démantèlement. Des voix s’élevèrent pour réclamer une enquête parlementaire sur l’armée secrète et son rôle supposé dans le putsch des colonels de 1967 mais le gouvernement conservateur de l’époque ne donna pas suite. Le ministre de la Défense Varvitsiotis expliqua qu’un ancien attaché militaire grec à Washington qui avait travaillé pour l’OTAN examinerait les accusations mais annonça d’office : « Le gouvernement n’a rien à craindre » [3].

De Grèce, le scandale gagna ensuite l’Allemagne où, le 5 novembre, un parlementaire vert, Manfred Such, ayant pris connaissance de l’affaire dans le quotidien allemand TAZ, somma solennellement le gouvernement d’Helmut Kohl de s’exprimer sur l’existence soupçonnée de structures de type Gladio en Allemagne. Tandis qu’au ministère de la Défense allemand, on réfléchissait à la manière dont il convenait de traiter cette requête, la chaîne de télévision privée RTL provoqua l’indignation publique en révélant, au cours d’un reportage spécial consacré à Gladio, que d’anciens membres de la Waffen SS d’Hitler avaient fait partie de la branche allemande du réseau et que, dans de nombreux autres pays, des partisans de l’extrême droite avaient été enrôlés dans l’armée secrète anticommuniste.

La tension monta encore d’un cran lorsque le porte-parole du gouvernement allemand Hans Klein tenta d’expliquer, de manière confuse, que « le Gladio allemand n’était pas, comme on a pu le prétendre, un commando secret ou une unité de guérilla », et ajouta qu’il ne pouvait évoquer les détails à cause du secret-défense [4]. Les déclarations de Klein provoquèrent un tollé parmi les socio-démocrates et les verts de l’opposition qui y virent un tremplin à l’approche des élections fédérales. Le parlementaire Hermann Scheer, le spécialiste des questions de Défense du SPD, le parti social-démocrate allemand, compara ce mystérieux réseau à une sorte de « Ku Klux Klan », davantage voué à mener des opérations clandestines contre la population et l’opposition qu’à lutter contre une improbable invasion soviétique. Scheer insistait sur l’urgence de diligenter une enquête sur Gladio « avant qu’on puisse faire disparaître les preuves » [5]. « Cette affaire est du ressort du procureur général (Generalbundesanwalt) », expliqua Scheer, « car l’existence d’une organisation militaire secrète en dehors de tout contrôle gouvernemental ou parlementaire est totalement contraire à la loi fondamentale et relève, à ce titre, de la justice pénale » [6].

Le parlementaire social-démocrate Wilfried Penner, membre de la Commission parlementaire de contrôle (PKK) des services secrets allemands, précisa bien qu’il n’avait jamais entendu parler du réseau secret de l’OTAN ni « de ses ramifications mafieuses », et que « cette affaire devait être traitée publiquement, aux yeux de tous » [7]. Burkhard Hirsch, responsable des services secrets au sein du gouvernement et membre de la PKK, se déclara lui aussi « extrêmement inquiet » car « si quelque chose peut rester secret aussi longtemps, croyez-en ma longue expérience, ça cache forcément quelque chose de pourri » [8]. Cependant les voix s’élevant parmi les rangs du SPD pour réclamer une enquête officielle se turent rapidement quand le gouvernement chrétien-démocrate révéla que les ministres socio-démocrates eux aussi, durant leurs années au pouvoir, avaient couvert le secret. C’est pour cette raison que, en dépit des protestations émises par le parti des verts, l’affaire fut réglée à huis clos.

En Belgique, le soir du 7 novembre, le ministre de la Défense socialiste Guy Coëme confirma à une population effrayée qu’une armée secrète liée à l’OTAN avait aussi existé en Belgique. En faisant implicitement allusion aux tueries du Brabant —dans les années 1980, de mystérieux hommes vêtus de noir avaient ouvert le feu sur les clients de supermarchés, faisant de nombreux morts— le ministre ajouta : « Je veux maintenant découvrir s’il existe un lien entre les activités de ce réseau secret et la vague de crimes qui a ensanglanté notre pays durant ces dernières années » [9]. Affrontant les flashes de la presse, le Premier ministre belge Wilfried Martens, visiblement très préoccupé, déclara : « Je suis Premier ministre depuis maintenant 11 ans mais j’ai toujours ignoré l’existence d’un tel réseau dans notre pays ». Les journalistes relevèrent que le Premier ministre, « d’ordinaire si à l’aise en toutes circonstances », semblait cette fois « tout sauf détendu » [10]. Sur quoi, le Parlement belge décida de former une commission spéciale chargée d’enquêter sur le réseau stay-behind de Belgique. Après avoir obtenu le démantèlement du réseau un an plus tard, celle-ci présenta un précieux rapport public de pas moins de 250 pages [11].

Les parlementaires belges parvinrent à découvrir que l’armée clandestine de l’OTAN était toujours active. Ils apprirent que l’ACC, composé des généraux commandant les armées stay-behind de nombreux pays d’Europe occidentale, s’était réuni dans le plus grand secret à son quartier général bruxellois, les 23 et 24 octobre 1990. Ce conseil s’était tenu sous la présidence du général Raymond Van Calster, chef du Service général de Renseignement (SGR), les services secrets militaires belges. Van Calster entra dans une colère noire lorsque des journalistes parvinrent à remonter jusqu’à lui et le harcelèrent au téléphone. Il mentit une première fois à la presse en niant catégoriquement, le 9 novembre, avoir présidé la réunion internationale de l’ACC et en prétendant que Gladio était une affaire strictement italienne. Plus tard, il admit qu’un réseau secret avait effectivement été bâti en Belgique après la Seconde Guerre mondiale « afin de récolter des renseignements dans l’hypothèse d’une invasion soviétique » [12]. Tout en démentant énergiquement tout « lien direct avec l’OTAN », il refusa d’entrer dans les détails, mais affirma solennellement : « Nous n’avons rien à cacher » [13].

En France, le gouvernement du Président socialiste François Mitterrand tenta de minimiser l’affaire en faisant annoncer par un représentant quasi-inconnu que l’armée secrète « était dissoute de longue date [dans notre pays] » [14]. En outre, le général Constantin Melnik, chef des services secrets français entre 1959 et 1962, répandit dans le plus grand quotidien du pays la rumeur selon laquelle le Gladio français avait « probablement été démantelé sitôt après la mort de Staline en 1953 et ne devait plus exister sous la présidence de de Gaulle [c’est-à-dire après 1958] » [15]. La presse française se rangea derrière le gouvernement, alors en pleins préparatifs pour la guerre du Golfe, et se garda de poser des questions trop délicates, c’est ainsi qu’une « affaire qui faisait la une de tous les quotidiens d’Europe n’eut droit qu’à un entrefilet dans les journaux parisiens » [16].

Le Premier ministre italien Andreotti démonta implacablement le mensonge français en déclarant avec amusement le 10 novembre 1990 que la France avait également participé à la toute dernière réunion du commandement de Gladio, l’ACC, en Belgique le 23 octobre 1990. Suite à cela, le ministre de la Défense Jean-Pierre Chevènement, quelque peu embarrassé, tenta de limiter les dégâts en arguant que l’armée secrète française était demeurée totalement passive : « D’après les informations dont je dispose, elle n’a jamais eu d’autre fonction que de rester en sommeil et d’assurer un rôle de liaison ». Répondant à un journaliste de radio qui lui demandait si la France connaîtrait la même tourmente politique que l’Italie ou la Belgique, le ministre se livra à quelques spéculations sur les activités terroristes ou autres de l’armée secrète avant de répondre calmement : « Je ne pense pas ». [17] La presse remarqua que le gouvernement faisait tout son possible pour éviter que la population voie en Gladio une « abomination nationale » [18].

En Grande-Bretagne, plusieurs porte-parole du ministère de la Défense se relayaient jour après jour pour répondre invariablement à la presse véhémente : « Je regrette, mais nous n’évoquons jamais les questions de sécurité » ou « Il s’agit d’une question relevant de la sécurité. Nous ne l’aborderons donc pas » ou encore « Nous ne nous laisserons pas entraîner sur le terrain de la Sécurité nationale » [19]. Tandis que les journaux continuaient jour après jour de titrer sur l’affaire Gladio, le ministre de la Défense britannique Tom King se hasarda à traiter l’affaire, pourtant si inquiétante, avec désinvolture : « Je ne sais trop après quelle chimère vous courez. Ça a l’air terriblement passionnant, mais j’ai peur d’être totalement ignorant en la matière. J’en sais beaucoup plus sur le Golfe » [20]. Dans le contexte des préparatifs de l’Opération Tempête du Désert et de la guerre contre l’Irak, le Parlement britannique ne vit pas d’urgence à la création d’une commission ou à l’ouverture d’un débat parlementaire et préféra se ranger derrière le gouvernement du Premier ministre John Major. À l’été 1992, aucune version officielle n’avait encore été fournie au sujet de Gladio, au grand dam de journalistes comme Hugh O’Shaughnessy : « Le silence de Whitehall [21] et l’absence quasi-totale de curiosité dont ont fait preuve les parlementaires sur une affaire dans laquelle la Grande-Bretagne est si profondément impliquée sont extraordinaires » [22].

Aux Pays-Bas, le Premier ministre Ruud Lubbers, en fonction depuis 1982, décida de réagir à ce délicat problème en adressant une lettre au Parlement le 13 novembre, dans laquelle il confirmait l’existence dans le pays d’une armée secrète similaire en soulignant que « cette organisation n’avait jamais été sous le contrôle de l’OTAN » [23]. Puis, Lubbers et le ministre de la Défense des Pays-Bas Relus Ter Beek informèrent à huis clos le Comité responsable du renseignement et de la sécurité au Parlement des détails sensibles relatifs au Gladio néerlandais. « Les chefs de gouvernements et ministres de la Défense successifs ont toujours jugé préférable ne pas mettre dans la confidence les autres membres de leur cabinet ou le Parlement », déclara Lubbers devant la représentation nationale, en ajoutant qu’il était fier qu’une trentaine de ministres aient su garder le secret. Tandis que des parlementaires dénonçaient le danger inhérent à l’existence d’une armée secrète inconnue du Parlement et de l’immense majorité des citoyens, il fut décidé que le réseau secret ne ferait l’objet ni d’une enquête parlementaire ni d’un rapport public. « Le problème n’est pas tant qu’une telle chose ait pu ou puisse exister encore aujourd’hui », déclara Hans Dijkstal de l’opposition libérale, « mais plutôt que le Parlement n’en ait rien su avant hier soir » [24].

Au Luxembourg voisin, le Premier ministre Jacques Santer se présenta devant le Parlement le 14 novembre 1990 et confirma qu’une armée secrète créée à l’initiative de l’OTAN avait également existé dans ce pays. « Les activités de ces personnes se limitaient, et il en fut ainsi dès l’origine, à s’entraîner en vue de leurs mission, c’est-à-dire à apprendre à réagir individuellement dans un environnement hostile ou à coordonner les efforts avec les pays alliés », insista Santer [25]. La requête de Jean Huss, un représentant du parti vert alternatif qui demandait en premier lieu l’ouverture d’un débat au Parlement sur cette question, avant la convocation d’une commission d’enquête parlementaire, fut rejetée à la majorité des voix.

Quand la presse internationale relata qu’« au Portugal, une radio de Lisbonne a rapporté que des cellules du réseau associé à l’Opération Gladio avaient servi pendant les années cinquante à défendre la dictature de droite de Salazar », le gouvernement en place répondit par un démenti formel [26]. Le ministre de la Défense portugais Fernando Nogueira déclara le 16 novembre 1990 n’avoir jamais eu connaissance de la présence d’un réseau Gladio de quelque nature que ce soit au Portugal et prétendit que l’on ne disposait au ministère de la Défense et au Commandement des Forces armées « d’aucune information concernant l’existence ou les activités d’une “structure Gladio” au Portugal » [27]. Un général à la retraite démentit la version du gouvernement et confirma dans la presse, sous couvert de l’anonymat, qu’une armée secrète parallèle existait aussi au Portugal « dépendant du ministère de la Défense, du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires coloniales » [28]. Dans l’Espagne voisine, qui, comme le Portugal, avait vécu pendant la majeure partie de la guerre froide sous le joug d’une dictature de droite qui réprimait l’opposition politique par la terreur et la torture, Alberto Oliart, ministre de la Défense au début des années 1980, qualifia de « puéril » le fait de se demander si l’Espagne franquiste avait elle aussi abrité une armée secrète extrême droite étant donné qu’« ici, Gladio était le gouvernement même » [29].

Au Danemark, le ministre de la Défense Knud Engaard, contraint par la pression publique, s’adressa au Parlement, le Folketing, le 21 novembre, pour démentir qu’une organisation « de quelque nature que ce soit » ait été créée par l’OTAN dans le pays et soutenue par la CIA. « Les informations relatives à une opération montée par les services secrets dans l’hypothèse d’une occupation du pays étant confidentielles, même hautement confidentielles », souligna le ministre, « il m’est impossible d’en faire part au Parlement danois ». Pelle Voigt, qui avait soulevé l’affaire Gladio à l’Assemblée, remarqua que « la réponse du ministre de la Défense était contradictoire et confirmait indirectement que le Danemark disposait lui aussi de son réseau clandestin » [30]. S’en suivit une discussion à huis clos au sein de la commission du Parlement Danois chargée de contrôler l’action des services secrets.

Quand la presse norvégienne commença à questionner le gouvernement au sujet de Gladio, elle reçut la réponse la plus brève jamais apportée à ce sujet. « Les propos d’Hansen demeurent exacts », déclara Erik Senstad, le porte-parole du ministère de la Défense, en faisant référence à une intervention du ministre de la Défense Rolf Hansen devant le Parlement en 1978, au cours de laquelle il n’avait pu que reconnaître, après sa découverte, l’existence d’une armée secrète en Norvège. Le contre-amiral Jan Ingebristen, qui avait démissionné de son poste de chef du renseignement militaire norvégien en 1985, provoqua l’indignation de la population en justifiant le secret entourant ces armées : « Il n’y a là rien de suspect. Mais ces unités sont vouées à agir clandestinement en territoire occupé, elles doivent donc impérativement demeurer top secret » [31].

En Turquie, l’élite au pouvoir réagit à l’affaire Gladio le 3 décembre, par l’intermédiaire du général Dogan Beyazit, président du Département des Opérations de l’armée turque, et du général Kemal Yilmaz, commandant des Forces Spéciales, qui confirmèrent dans la presse l’existence d’une armée secrète créée par l’OTAN et dirigée par le « Département des Opérations Spéciales » avec pour mission d’« organiser la résistance dans l’éventualité d’une occupation communiste » [32]. Tandis que les généraux tentaient de convaincre l’opinion que les membres du Gladio turc étaient tous de bons « patriotes », les journalistes et l’ancien Premier ministre Bulent Ecevit révélèrent que l’armée secrète baptisée contre-guérilla était impliquée dans des actes de torture, des attentats et des assassinats ainsi que dans les coups d’État successifs qui avaient marqué l’histoire récente du pays et qu’elle était pour l’heure employée à opprimer la minorité kurde de Turquie. L’armée refusa de répondre aux questions du Parlement et des ministres civils et le ministre de la Défense turc avertit Ecevit qu’il « aurait mieux fait de fermer sa gueule ! » [33].

Alors que la contre-guérilla poursuivait des opérations, le département d’État états-unien lui-même fit remarquer dans son rapport sur les droits de l’Homme de 1995 que « des sources fiables au sein d’organisations humanitaires, des représentants de la communauté kurde et des kurdes présents sur place prétendent que le gouvernement autorise, voire organise, le meurtre de civils ». Ce rapport précisait que « les associations de défense des droits de l’Homme évoquent une thèse répandue et crédible selon laquelle un groupe de contre-guérilla associé aux forces de sécurité aurait perpétré des “tueries secrètes” ». Quand la journaliste Lucy Komisar tenta de mener l’enquête aux États-Unis, elle découvrit bien vite que, s’agissant de secrets militaires, son gouvernement ne valait pas mieux que les généraux turcs. « Le Pentagone a refusé de me dire si Washington fournissait toujours des fonds ou une aide quelconque au Département des Opérations Spéciales ; en fait, ils ont éludé toutes mes questions à ce sujet. » Komisar fut régulièrement éconduite : « Les représentants que j’ai rencontrés m’ont répondu soit qu’ils n’en savaient rien, soit que les faits étaient trop anciens pour qu’il en reste des traces dans les archives, soit que je décrivais une opération de la CIA sur laquelle ils ne pouvaient me renseigner ». Un historien du Pentagone lui répondit : « Ah, vous voulez parler de l’organisation “stay-behind” ? C’est confidentiel » [34].

Cependant, le problème de la contre-guérilla ne tarda pas à ressurgir. Le 3 novembre 1996, une Mercedes noire percuta un tracteur sur une autoroute, aux abords du village reculé de Susurluk, à un peu plus de 150 kilomètres au sud d’Istanbul. Un dirigeant de la contre-guérilla turque, un haut responsable de la police et un membre du Parlement furent tués dans l’accident. Beaucoup y virent la preuve formelle de l’implication profonde du gouvernement dans la guerre sale menée par la contre-guérilla et des milliers de personnes descendirent dans la rue pour manifester contre l’« État de Susurluk » et exiger que l’on libère le pays « de l’emprise des gangs ». En janvier 1998, le Premier ministre Mesut Ylmaz dut informer des millions de téléspectateurs des conclusions des 7 mois d’enquête parlementaire sur le scandale de Susurluk. « Ceci est l’anatomie d’un chaos scandaleux », commença-t-il avant de reconnaître qu’un « escadron de la mort avait été entretenu au sein de l’État » tandis que « tous les organes du pouvoir avaient connaissance de la situation » [35].

Suite à la multiplication des révélations accablantes dans toute l’Europe de l’Ouest, l’affaire Gladio fut débattue au Parlement européen le 22 novembre 1990. La Communauté Européenne comptait alors 12 membres, tous affectés par le scandale [36]. Les 12 avaient établi entre eux une coopération renforcée et s’apprêtaient à instaurer le Marché Commun, garantissant la libre circulation des personnes, des biens et services et des capitaux ; en revanche, les questions de sécurité et de Défense restaient l’affaire des États membres, toujours souverains en la matière. « M. le Président, Mesdames et Messieurs, une exigence morale et politique s’impose à la nouvelle Europe que nous construisons petit à petit », c’est par ces paroles sages que l’eurodéputé Falqui ouvrit le débat ce jour-là. « Cette Europe ne pourra survivre qu’à la condition de reposer sur la vérité et sur la parfaite transparence de ses institutions vis-à-vis des sombres intrigues tramées contre la démocratie qui ont marqué l’histoire, y compris récente, des nombreux pays européens. » Falqui souligna qu’il n’y aurait « aucun avenir, Mesdames et Messieurs, si nous ne dissipons pas ce sentiment d’avoir vécu dans ce que l’on pourrait appeler un État double, l’un ouvert et démocratique, l’autre clandestin et réactionnaire. C’est pourquoi nous devons connaître la nature et le nombre de ces réseaux “Gladio” qu’ont abrités ces dernières années les États membres de la Communauté Européenne » [37].

L’eurodéputé belge Dury (socialiste) partageait ces préoccupations, il déclara à ses confrères parlementaires : « Ce qui nous inquiète dans l’affaire Gladio, c’est que de tels réseaux aient pu exister à l’insu et hors de tout contrôle des institutions politiques démocratiques. C’est, à mon sens, le principal problème qui subsiste. » Dury conclut que l’histoire des armées secrètes devait faire l’objet d’une enquête : « Nous sommes, pour notre part, convaincus de la nécessité de faire la lumière sur toute cette affaire afin d’en définir toutes les implications et de mettre un terme aux abus qui pourraient perdurer et toucher d’autres organisations ou de prévenir les éventuelles tentations qui pourraient être suscitées ». Selon le Belge, l’enquête devait également porter sur le rôle de l’OTAN « bien qu’en ce qui concerne sa responsabilité et celle du SHAPE, je ne pense pas que l’on puisse parler d’une conspiration », indiqua-t-il. « Il me semble tout de même que nous devons demeurer particulièrement vigilants et attentifs si nous voulons faire éclater toute la vérité. Nous savons très bien que certains membres de Gladio siègent également aux comités de l’OTAN », puis il conclut : « Faire la lumière sur ce type de zones d’ombre relève justement des obligations que nous confère notre mandat démocratique » [38].

« M. le Président, le système Gladio a opéré pendant 40 ans sous divers noms », déclara le parlementaire grec Ephremidis devant ses collègues. « Il a opéré dans la clandestinité et nous pouvons raisonnablement lui attribuer une responsabilité dans tous les actes de déstabilisation, de provocation et de terrorisme commis dans nos pays pendant ces 4 décennies, et dans lesquels il se trouve certainement, directement ou indirectement, impliqué ». Ephremidis dénonça vigoureusement le réseau stay-behind dans son ensemble et notamment :« le fait qu’il ait été mis sur pied par la CIA et l’OTAN qui, sous prétexte de défendre la démocratie, l’ont en fait bafouée et utilisée à leurs funestes desseins ». En faisant implicitement allusion au rôle joué par le Gladio grec dans le coup d’État de 1967, il s’indigna du fait que « la démocratie dont nous sommes supposés jouir n’a été et n’est en réalité qu’une façade » et encouragea le Parlement européen à diligenter une enquête. « Il faut découvrir chacune des subtilités de l’affaire et, pour cela, nous devons former une sous-commission d’enquête chargée d’entendre les témoins et de faire éclater l’entière vérité afin que soient prises toutes les mesures nécessaires pour enfin débarrasser nos pays de ces organisations clandestines » [39]

Le parlementaire belge de Donnea (réformateur libéral) offrit, quant à lui, une vision très différente : « M. le Président, il était parfaitement justifié, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, pour la majorité de nos États de créer des services ayant pour mission de préparer des réseaux de résistance susceptibles d’être activés dans le cas d’une occupation de notre territoire par les armées du Pacte de Varsovie ». L’eurodéputé belge souligna : « Nous sommes donc redevables à tous ceux qui, alors que la guerre froide s’éternisait, ont œuvré dans ces réseaux ». Pour de Donnea, il semblait clair que les armées secrètes devaient le rester : « Pour conserver leur efficacité, ces réseaux devaient nécessairement rester dans l’ombre », tandis que dans le même temps, il souhaitait tout de même que la lumière soit faite sur les liens supposés avec des activités terroristes : « Ceci étant dit, s’il existe des indications ou de fortes présomptions laissant supposer que ces réseaux ont pu agir de manière illégale et anormale dans certains pays, il est dans l’intérêt de tous d’établir la vérité sur cette affaire et de punir les coupables » [40].

Le député flamand Vandemeulebroucke résuma assez justement le sentiment partagé par de nombreux Européens : « Cette affaire laisse un arrière-goût amer parce qu’elle remonte à la création de la Communauté Européenne et que nous prétendons justement instaurer une nouvelle forme de démocratie ». Vandemeulebroucke précisa que c’était surtout le secret entourant l’opération qui le gênait, en tant que parlementaire, car « les budgets de ces organisations clandestines ont également été tenus secrets. Ils n’ont jamais été discutés dans aucun Parlement et nous voulons manifester notre inquiétude quant au fait que (...) il apparaît clairement qu’il existe des organes capables de prendre des décisions et de les faire appliquer sans être soumis à aucun contrôle démocratique d’aucune sorte ». Le député néerlandais conclut : « Je souhaite m’insurger plus vivement encore contre le fait que l’armée américaine, que ce soit par le biais du SHAPE, de l’OTAN ou de la CIA, s’arroge le droit d’interférer dans notre démocratie ». Tout en reconnaissant l’incapacité du Parlement européen à traiter cette affaire : « J’ai parfaitement conscience que nous sommes incompétents en matière de sécurité et de maintien de la paix », expliqua-t-il, « c’est pourquoi la résolution votée demande la création d’une commission d’enquête parlementaire dans chacun des 12 États membres afin que toute la lumière soit faite » [41].

Suite à ces débats, le Parlement européen décida d’adopter une résolution sur l’affaire Gladio contenant une vive dénonciation du phénomène et, dans son préambule, une tentative de description de l’opération en 7 points :

1. « Attendu que plusieurs gouvernements européens ont révélé l’existence depuis 40 ans et dans plusieurs États membres de la Communauté d’une organisation menant des opérations armées et de renseignement parallèle » ;

2. « Attendu que pendant ces 40 ans, cette organisation a échappé à tout contrôle démocratique et été commandée par les services secrets des États concernés en collaboration avec l’OTAN » ;

3. « Craignant que de tels réseaux clandestins n’aient interféré illégalement dans les affaires politiques internes des États membres ou soient toujours en mesure de le faire » ;

4. « Attendu que dans certains États membres, les services secrets militaires (ou des éléments incontrôlables au sein de ces services) ont été impliqués dans de graves actes de terrorisme et criminels comme l’ont prouvé diverses enquêtes judiciaires » ;

5. « Attendu que ces organisations ont agi et continuent d’agir hors de tout cadre légal, ne sont soumises à aucun contrôle parlementaire et, le plus souvent, sans qu’en soient informés les plus hauts responsables du gouvernement et les garants de la Constitution » ;

6. « Attendu que les différentes organisations "GLADIO" disposent de leurs propres arsenaux et équipements militaires qui leur procurent une force de frappe inconnue, constituant ainsi une menace pour les structures démocratiques des pays dans lesquels ils opèrent et ont opéré » ;

7. « Vivement inquiété par l’existence d’organes de décision et d’exécution en dehors de tout contrôle démocratique et de nature totalement clandestine, à l’heure où un renforcement de la coopération communautaire en matière de sécurité est au centre de tous les débats ».

À la suite de ce préambule, la résolution condamnait, dans un premier temps, « la création clandestine de réseaux d’action et de manipulation et [appelait] à ouvrir une enquête approfondie sur la nature, la structure, les buts et tout autre aspect de ces organisations secrètes ou de tout groupe dissident, sur leur utilisation à des fins d’ingérence dans les affaires politiques internes des pays concernés, sur le problème du terrorisme en Europe et sur la possible complicité des services secrets des États membres ou de pays tiers ». En second lieu, l’Union Européenne protestait « énergiquement contre le droit que se sont arrogé certains responsables de l’armée états-unienne travaillant pour le SHAPE et pour l’OTAN d’encourager la création en Europe d’un réseau de renseignement et d’action clandestin ». Dans un troisième point, la résolution appelait « les gouvernements des États membres à démanteler tous les réseaux militaires et paramilitaires clandestins ». Quatrième point, l’Union Européenne enjoignait « les juridictions des pays dans lesquels la présence de telles organisations militaires [était] avérée à déterminer avec exactitude leur composition et leur mode opératoire et à établir la liste de toutes les actions qu’elles auraient entreprises dans le but de déstabiliser les structures démocratiques des États membres ». En outre, l’UE réclamait que « tous les États membres prennent les mesures nécessaires, au besoin en nommant des commissions d’enquêtes parlementaires, afin de dresser la liste exhaustive des organisations actives dans ce contexte et, dans le même temps, de contrôler leurs liens avec leurs services de renseignement respectifs et, le cas échéant, avec des groupes terroristes et/ou d’autres pratiques illégales ». Le sixième point de la résolution s’adressait au Conseil des ministres de l’Union Européenne, et tout particulièrement aux ministres de la Défense, et appelait celui-ci « à fournir toute information sur les activités de ces services de renseignement et d’action clandestins ». Septièmement, le Parlement demandait « à sa commission compétente d’entendre des témoins afin de clarifier le rôle et l’impact de l’organisation "GLADIO" et d’autres réseaux similaires ». Dernier point et non des moindres, s’adressant explicitement à l’OTAN et aux États-Unis, le Parlement européen « [ordonnait] à son président de transmettre la présente résolution à la Commission, au Conseil Européen, au secrétaire général de l’OTAN, aux gouvernements des États membres et au gouvernement des États-Unis » [42].

Beaucoup de bruit pour rien : sur les 8 mesures exigées par le Parlement, pas une ne fut exécutée convenablement. Seules la Belgique, l’Italie et la Suisse nommèrent une commission d’enquête parlementaire et fournirent un rapport public substantiel et détaillé. Et bien que la résolution fut portée à la connaissance des services concernés respectifs de l’UE, de l’OTAN et de l’administration états-unienne, ni le secrétaire général de l’OTAN Manfred Wörner ni le Président des États-Unis George Bush senior, n’appuyèrent l’ouverture d’une enquête approfondie ou n’offrirent d’explication publique.

(À suivre…)

%20 Daniele Ganser

Historien suisse, spécialiste des relations internationales contemporaines. Il est enseignant à l’Université de Bâle.


%20Cet article constitue le deuxième chapitre des Armées secrètes de l’OTAN
Version française : éditions Demi-lune (2007).


[1] La coalition regroupait le Koweït, les États-Unis, l’Arabie Saoudite, la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, l’Égypte, Oman, la Syrie, le Qatar, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, Israël, l’Afghanistan, le Bangladesh, le Canada, la Belgique, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne, le Honduras, l’Italie, le Niger, la Roumanie et la Corée du Sud. Le 29 novembre 1990, le conseil de sécurité de l’ONU adopta la résolution 678 autorisant, à expiration de l’ultimatum, les alliés du Koweït à employer « tous les moyens nécessaires (...) afin de restaurer la paix mondiale et la stabilité internationale dans la région », si l’Irak ne se retirait pas du Koweït avant le 15 janvier 1991. Saddam Hussein n’ayant pas respecté l’ultimatum de l’ONU, l’opération Tempête du Désert commandée par les USA débuta par des bombardements aériens massifs le 17 janvier 1991, suivis le 24 février par le déclenchement l’invasion terrestre. Les forces irakiennes furent rapidement vaincues et, le 27 février, Koweït City fut libérée. Le lendemain, la coalition annonçait la fin des combats. On estime le nombre de soldats tués à 100 000 du côté irakien et seulement 370 dans les rangs de la coalition. Le 3 mars 1991, l’Irak accepta un cessez-le-feu et Saddam Hussein se maintint au pouvoir.

[2] Leo Müller, Gladio. Das Erbe des Kalten Krieges. Der NATO Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Rowohlt, Hambourg, 1991), p.27.

[3] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » dans le magazine d’informations allemand Der Spiegel, n°48, du 26 novembre 1990.

[4] Presse- und Informationsamt der Bundesregierung. Pressemitteilung n°455/90, de Hans Klein, 14 novembre 1990. Voir également Müller, Gladio, p.30.

[5] Aucun auteur spécifié, « Das blutige Schwert der CIA. Nachrichten aus dem Kalten Krieg : In ganz Europa gibt es geheime NATO Kommandos, die dem Feind aus dem Osten widerstehen sollen. Kanzler, Verteidigungsminister und Bundeswehrgenerale wussten angeblich von nichts. Die Spuren führen nach Pullach, zur ‘stay-behind organisation’ des Bundesnachrichtendienstes » dans l’hebdomadaire d’informations allemand Der Spiegel du 19 novembre 1990.

[6] Extrait de Müller, Gladio, p.14.

[7] Ibid., p.75.

[8] Der Spiegel du 19 novembre 1990, op. cit.

[9] Extrait de Jan Willems, Gladio (Editions EPO, Bruxelles, 1991), p.13.

[10] Willems, Gladio, p.13.

[11] Sénat de Belgique : Enquête parlementaire sur l’existence en Belgique d’un réseau de renseignement clandestin international. Rapport fait au nom de la commission d’enquête par MM. Erdman et Hasquein. Bruxelles. 1er octobre 1991.

[12] Willems, Gladio, p.14.

[13] Agence de presse internationale Associated Press, 11 novembre 1990.

[14] Müller, Gladio, p.30.

[15] Quotidien français Le Monde, du 13 novembre 1990 (« Les suites de l’affaire " Gladio " Le président de la République, M. Cossiga, est prêt à donner " toute information opportune " »). Voir également l’hebdomadaire suisse Wochenzeitung, du 14 décembre 1990.

[16] Jean-Francois Brozzu-Gentile, L’affaire Gladio : Les réseaux secrets américains au coeur du terrorisme en Europe (Editions Albin Michel, Paris, 1994), p.140.

[17] Quotidien français Le Monde du 14 novembre 1990. Agence de presse internationale Reuters, 12 novembre 1990. Quotidien britannique The Guardian du 14 novembre 1990 « Nato’s secret network ’also operated in France’ ».

[18] Gentile, Gladio, p.141.

[19] Quotidien britannique The Guardian du 14 novembre 1990.

[20] Richard Norton Taylor, « Secret Italian unit ‘trained in Britain’ » dans le quotidien britannique The Guardian du 17 novembre 1990.

[21] Whitehall est l’avenue de Londres où se situent les sièges des principaux ministères. On désigne ainsi le Foreign Office, comme on nomme le ministère français des Affaires étrangères, le « Quai d’Orsay », par son adresse.

[22] Hugh O’Shaughnessy, Gladio : « Europe’s best kept secret ». Ces agents étaient censés rester derrière les lignes ennemies en cas d’invasion de l’Europe de l’Ouest par l’Armée rouge. Mais ce réseau mis en place avec les meilleures intentions dégénéra dans certains pays en instrument du terrorisme et de l’agitation politique d’extrême droite dans le quotidien britannique The Observer, du 7 juin 1992.

[23] Agence de presse internationale Associated Press, 14 novembre 1990. L’intégralité de la lettre de Lubber au Parlement fut publiée en néerlandais dans le quotidien NRC Handelsblatt édition du 14 novembre 1990 : « Brief premier Lubbers “geheime organisatie” ». Elle figure aussi sous l’immatriculation Kamerstuk N°21895 parmi les archives du Parlement néerlandais.

[24] Agence de presse internationale Associated Press, 14 novembre 1990.

[25] Retranscrit dans son intégralité dans le quotidien luxembourgeois Luxemburger Wort du 15 novembre 1990.

[26] Quotitiden britannique The Guardian du 10 novembre 1990.

[27] Quotidien portugais Diario De Noticias du 17 novembre 1990.

[28] Joao Paulo Guerra, « ‘Gladio’ actuou em Portugal » dans le quotidien portugais O Jornal du 16 novembre 1990.

[29] « Calvo Sotelo asegura que Espana no fue informada, cuando entro en la OTAN, de la existencia de Gladio. Moran sostiene que no oyo hablar de la red clandestina mientras fue ministro de Exteriores » dans le quotidien espagnol El Pais du 21 novembre 1990.

[30] Quotidien danois Berlingske Tidende du 25 novembre 1990.

[31] Agence de presse internationale Associated Press, 14 novembre 1990.

[32] Serdar Celik, « Turkey’s Killing Machine : The Contra Guerrilla Force », Kurdistan Report, Février-mars 1994. Sa source : un entretien avec le chef de l’État-major turc Dogan Gures dans Quotidien turc Milliyet du 5 septembre 1992.

[33] Lucy Komisar, « Turkey’s terrorists : A CIA legacy lives on » dans The Progressive, avril 1997.

[34] Ibid.

[35] Hugh Pope, « Turkey Promoted Death Squads and Drug Trafficking. Prime Minister’s Probe of 1996 Car Crash Scandal Excoriates Rival Mrs Ciller » dans le quotidien états-unien Wall Street Journal, 26 janvier 1998.

[36] Les membres de l’Union Européenne étaient en 1990 : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark, l’Irlande, la Grande-Bretagne, la Grèce, l’Espagne et le Portugal.

[37] Débats du Parlement Européen, 22 novembre 1990. Retranscriptions officielles.

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41] Ibid.

[42] Résolution du Parlement Européen sur l’affaire Gladio, 22 novembre 1990.



Edité par T 34 - 09 Jan 2010 à 01:06
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 31 Dec 2009 à 16:06

Mensonges en-deçà des Alpes, et mensonges au-delà : Entretien d’Olivier Favier avec Fred Vargas sur « l’affaire Battisti ».

Le 26 décembre 2009 par Fred Vargas, Olivier Favier

L’appel à signer massivement la pétition brésillenne pour Battisti est plus que jamais à l’ordre du jour avant février 2010 ! Encore et encore, merci de signer ! Vos signatures sont nécessaires ! Tout n’est pas joué pour Battisti et la possibilité d’intervention de Lula après un an de manipulation de la droite et de l’extrême droite brésiliens par les lobbies italiens, dans la configuration électorale actuelle plutôt devenue centriste à cause des alliances, demeure en suspens.. C’est pourquoi Fred Vargas sollicitée par Olivier Favier a fait l’effort considérable de recenser l’histoire avec des révélations qui réinstallent l’information sur le contexte de guerre civile de l’époque... Cet entretien est inédit, spécialement accordé pour La revue des ressources où se trouvait déjà une Brève expliquant les raisons du nouvel appel à signatures et donnant une version traduite de la pétition avec les liens...

Rappelons tout d’abord quelques faits connus de tous les historiens, mais que les médias semblent systématiquement oublier. Entre 1971 et 1974, l’Italie fit l’objet de trois tentatives ou projets de coups d’état d’extrême-droite, en lien avec les services secrets de l’état. Pour finir, on fit même appel aux services de l’ingénieur Eliodoro Pomar, qui avait pour mission d’empoisonner l’eau de Rome avec des déchets nucléaires. Comme l’écrit Massimo Barone, à propos d’une image emblématique des « années de plomb » : « Le jeune homme qui, un gros pistolet à la main, vise quelqu’un ou quelque chose, est sans aucun doute en guerre, et, à ce qu’il paraît, il a été pris et a eu de sérieux ennuis. Mais il ne soutient pas la comparaison avec mister Pomar, grand amoureux de son pays, qui était prêt à anticiper Tchernobyl de quelques années dans une ville de quatre millions d’habitants [1]. » On ne le dit presque plus : ce terrorisme qui, si on en croit la presse, semble avoir été le fait presque exclusif de groupuscules d’extrême-gauche, fut, en matière de victimes, à quatre-vingts pour cent l’œuvre d’une extrême droite soutenue par une partie de l’état, qui s’en servait pour mettre en place sa cynique « stratégie de la tension » [2] . Ce terrorisme noir fut marqué par des attentats aveugles, dont le plus célèbre demeure celui de la gare de Bologne en 1980. Une part substantielle des hommes de main ont été arrêtés et jugés. Mais, de remises de peine en procès avortés, une part tout aussi importante de ceux qui tenaient les fils n’a jamais été réellement inquiétée. Quoi qu’il en soit, dans ces années qui furent celles de la Grèce des Colonels et du coup d’état d’Augusto Pinochet, la garantie démocratique semblait extrêmement fragile. Toute analyse autour des engagements de cette période, pour condamnables et tragiques qu’ils aient pu être dans nombre de leurs conséquences, nécessite ces quelques éclaircissements préalables.

***

Olivier Favier : Revenons aux origines, la stratégie de la tension a permis la mise en place d’un appareil législatif qui pour faire de l’Italie un pays en litige sur bien des points avec la Charte européenne des droits de l’homme, semble avoir durablement brouillé les cartes. Ainsi toute « l’affaire » Battisti, et les mensonges qui en découlent, repose sur un jeu complexe de dénonciations circonstanciées et de silences maladroits, dont l’essentiel a pour origine le statut même de « repenti » . Pourriez-vous nous en retracer le parcours ?

Fred Vargas : Le procès italien de Cesare Battisti, c’est-à-dire le procès collectif des membres de son ancien groupe, les PAC, fut typique de très nombreux autres procès dès cette époque des années de plomb.

Puisqu’il a été publié partout que Cesare Battisti avait “fui la justice”, il est bien d’abord de rappeler que ce n’est pas du tout le cas. En effet, arrêté en 1979, il fut d’abord jugé (collectivement) une première fois, en sa présence. Et jamais au cours de ce procès il ne fut accusé des homicides du groupe, mais condamné en 1981 à 12 ans de prison pour subversion contre l’ordre de l’Etat et port d’armes. Et à cela se résume, en effet, l’action militante de Battisti en Italie. Ne disons pas pour autant que ce premier procès fut “exemplaire” et “respectueux des lois d’un Etat de droit”, comme l’Italie s’acharne à le crier partout. Non, treize cas de tortures furent déclarés, parmi les très nombreux autres cas au cours des phases d’instruction. Ce n’est donc pas pour “fuir la justice” -puisqu’il était déjà jugé !- mais pour échapper aux conditions de détention terribles qui étaient faites aux “terroristes de gauche” que Battisti s’évada le 4 octobre 1981.

Réfugié en France, puis très vite au Mexique, il ne sut pas que l’arrestation du chef du groupe, Pietro Mutti, en 1982, avec d’autres de ses compagnons, allait déterminer l’ouverture d’un 2e procès collectif, celui dont Cesare Battisti est absent, celui qui va le condamner à la peine de perpétuité après qu’il fut chargé de la quasi totalité des crimes et délits du groupe des PAC. Cette accusation est si énorme et ridicule qu’on n’oserait pas même la mettre en scène dans un mauvais roman policier. Le très dur chef de groupe, Pietro Mutti, se déclara aussitôt “repenti”, c’est-à-dire collaborateur de justice en échange d’une considérable remise de peine. De très nombreux autres membres des PAC firent de même. A cette période, la justice –et le juge de ce procès, le toujours influent Armando Spataro- avait un urgent besoin de “créer des repentis”, afin d’activer les procédures et les emprisonnements, afin de faire refluer au plus vite la vague de subversion. Pour cela, il est besoin d’un bouc émissaire pour endosser les faits les plus graves, car il est impossible de concéder des réductions de peine à des meurtriers avérés. Les crimes doivent donc être déposés sur les épaules d’un autre, et cette peine doit être rendue irréversible. Cesare Battisti, absent, et dont Pietro Mutti estimait qu’il avait trahi le groupe en le quittant peu après la mort d’Aldo Moro, faisait parfaitement l’affaire pour ce rôle. Trois fausses procurations (expertisées comme telles) furent donc fabriquées pour représenter Battisti. Elles serviront pendant les onze années du procès, et l’on comprend aisément que le substitut du procureur Armando Spataro soit un des plus ardents ennemis de Battisti : il n’a aucun intérêt à ce que soit connue la vérité sur la manière dont ce procès fut organisé et mené. Procès vicié dès l’origine, donc. Pietro Mutti, soutenu par ses camarades repentis ou dissociés (une forme plus légère du repenti) fut le principal accusateur de Battisti, reportant ses crimes sur le dos de Battisti, quitte à s’emmêler dans des contradictions et des mensonges criants : par exemple quand il accusa Battisti d’avoir tiré sur Santoro, alors que deux enquêtes de police désignaient Mutti comme l’agresseur. Quand il accusa Spina d’avoir été complice, alors qu’il s’agit de Migliorati (et la justice devra acquitter Spina en 1993). Quand il accusa Battisti d’avoir tiré sur le boucher Sabbadin, alors que le véritable tireur, Giacomin, avouera quelque temps après. Quand il accusa encore et toujours Battisti d’avoir tiré sur Campagna, alors que l’agresseur fait 20 cm de plus que Battisti et que l’arme appartient à Memeo (qui avait tiré sur Torregiani). Un cortège de mensonges, avec l’accord du tribunal. Un cortège aussi de “témoins”, mais le procès ne mentionne pas les noms de ces témoins invisibles… A l’issue de ce procès-farce, le chef Mutti n’est condamné qu’à huit ans de prison, l’autre chef, l’idéologue Arrigo Cavallina à 15 ans, et aucun des autres membres n’encourt de perpétuité. Sauf Battisti. Qui est le seul aujourd’hui à être encore emprisonné. Et qui est l’un de ceux que l’Italie a tout intérêt à faire taire : car la condamnation de Battisti, si la vérité venait à être connue, jette une lumière calamiteuse sur le système judiciaire de l’époque, avec ses tortures communes, ses repentis pressurés et achetés, ses témoins inventés. Or tous les hommes politiques et magistrats italiens d’aujourd’hui encore, qu’ils aient participé à la répression sous la bannière de l’ex Parti Communiste (qui mena une lutte acharnée contre la subversion d’extrême gauche), sous celle de l’extrême droite ou de Démocratie chrétienne, s’entendent pour laisser enfouie la vérité sur les années de plomb. Et leurs affiliés de même.

Ces procès-farce ont continué en France en 2004 et 2005 : car l’extradition prononcée par la Cour d’appel de Paris, confirmée par la Cour de Cassation et le Conseil d’État, et également par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, le fut essentiellement sur la base des trois fausses procurations fabriquées en Italie entre 1982 et 1990 ! Notons que la fausseté de ces procurations se voit à l’œil nu et que le Conseil d’Etat, comme la Cour européenne, en furent avisés par une expertise. Mais ces quatre Cours passèrent outre et alléguèrent que Battisti, comme en “témoignaient” les “procurations”, avait été dûment informé de son procès et s’était donc “volontairement soustrait à la justice”. Ce qui permettait de l’extrader. En revanche, ces trois faux –qui révèlent toute la manipulation du procès italien de A à Z-, furent pris en considération par le ministère de la justice brésilien, qui octroya le refuge politique à Battisti en janvier 2009. Mais non pas, hélas, par cinq des neuf juges du Tribunal Suprême brésilien qui, main dans la main avec l’Italie, annulèrent ce refuge en novembre de la même année.

OF : Jusqu’à une période récente, la ligne de défense concernant « l’affaire » Cesare Battisti –et ce fut la mienne dans un article de 2004  [3] - ne s’appuyait pas sur cette innocence qui, à la lumière de ce que vous venez de dire, ne fait aujourd’hui guère de doutes. On a rappelé, en France, l’amnistie presque immédiate dont a bénéficié l’OAS, dont les crimes relevaient pourtant du droit commun très majoritairement, surtout dans les derniers mois. On pourrait rappeler tout aussi bien l’amnistie soutenue par le PCI lui-même des crimes de guerre fascistes dès 1945. Comme le rappelait Ascanio Celestini, dans La Fabbrica, « jusqu’en 1960, on estime que sur cent vingt-huit préfets et deux cent quarante et un sous-préfets deux seulement n’ont pas été membres des institutions fascistes  [4] » . C’est dire si cette soudaine volonté d’épuration, unilatérale et tardive, a de quoi surprendre. Cesare Battisti n’est malheureusement pas le seul à avoir fait l’objet d’une procédure d’extradition. Pourriez-vous dire quelques mots sur les autres cas ?

FV : Il est exact que le problème de l’innocence ou de la culpabilité ne s’est pas posé en France au début de l’”affaire” Battisti. Il s’agissait pour tous de défendre la Doctrine Mitterrand, selon laquelle les anciens militants italiens avaient le droit de vivre en paix dans notre pays. Non pas de passer à nouveau en revue des actes commis ou non commis trente ans auparavant. Mais face à cette résistance française, qui mettait en danger la fameuse “vérité enfouie”, le gouvernement italien lança une violente propagande. Pour faire refluer les Français s’opposant à l’extradition, la meilleure arme –la plus ancienne aussi- était de lancer une charge ad hominem, autrement dit de mettre en place une diabolisation du personnage. C’est ainsi que la propagande transforma aisément Battisti en “monstre”, le présentant comme un assassin “froid et sanguinaire”. Cela fonctionna à merveille et ses défenseurs refluèrent en majorité. Jusqu’à son extradition, Battisti tint bon et ne dit rien sur son innocence, afin de préserver la ligne de défense “collective” et ne pas se désolidariser des autres. Mais une fois l’extradition prononcée, et attaqué de toutes parts, il éprouva la nécessité légitime de dire son innocence. De même au Brésil où la presse, également largement influencée –ou pire encore- par le gouvernement italien, relaya la thèse de “l’assassin froid”. Malgré les exemples que vous donnez, l’Italie n’a pas une tradition d’amnistie, mais plutôt d’enfouissement, tout au moins en ce qui concerne les années de plomb. Car l’amnistie a pour conséquences l’historicisation possible d’une période, et trop nombreux sont les acteurs politiques qui n’en veulent à aucun prix.

Je ne crois pas qu’il y ait eu, au début de cette affaire, une volonté générale d’épuration. Mais un désastreux cercle vicieux politique. En 2002, Berlusconi a l’idée –strictement électoraliste- de demander à la France une vingtaine d’ex-réfugiés italiens. Cette démonstration a pour but de resserrer la coalition gouvernementale en Italie et de faire admettre le futur engagement dans la guerre en Irak. Ressortir les vieux militants et les agiter devant la foule au nom de “l’anti-terrorisme” était un bon moyen de convaincre la population. Ainsi Persichetti fut-il le premier à être envoyé en Italie, mais son extradition passa inaperçue. Celle de Battisti en revanche, en raison du mouvement qu’elle souleva en France et de l’immense propagande que lança l’Italie en retour, donna à son cas une dimension démesurée et déclencha le cercle vicieux de l’obstination acharnée. Ensuite, la fuite de Battisti humiliant l’Italie, Marina Petrella fut à son tour réclamée. On sait que Sarkozy lui permit de rester en France en usant de son droit de grâce. Il est probable que désormais, l’Italie hésite à relancer de telles affaires en réclamant d’autres réfugiés. Cesare Battisti demeure donc le seul emblème de sa lutte “anti-terroriste”.

OF : Quand l’état s’acharne sur un innocent, un nom vient aussitôt à l’esprit, et c’est celui de Dreyfus. Je me souviens à ce propos que Jules Guesde, leader alors de l’aile « révolutionnaire » de la SFIO, stigmatisait l’engagement de Jaurès, car le combat pour Dreyfus détournait selon lui le parti des intérêts de la classe ouvrière. Jaurès s’expliqua : « La valeur de toute institution est relative à l’individu humain. C’est l’individu humain qui est la mesure de toute chose » Qu’il y ait aujourd’hui dans cet entêtement des états français et italien une manipulation à plusieurs niveaux, Cesare Battisti en est lui-même conscient, qui dans son livre Ma cavale , montre la débauche de moyens mis en place pour le suivre . Sa fuite vers le Brésil a, de son propre aveu, été rendue possible par les mêmes services secrets français qui ont organisés son arrestation. Tout se passe en fait comme si l’on voulait faire de cet homme est instrument de propagande anti-gauchiste, une marionnette à agiter le plus longtemps possible, jusqu’à épuisement. Les mêmes députés qui ont applaudi au nom de l’humanisme la récente décision de la cour de justice brésilienne, semblent avoir oublié que c’est un être humain qu’on envoie ainsi à la curée, sur la foi d’un procès vieux de près de vingt ans et sur de nombreux points plus que problématiques.. Je voudrais que vous nous parliez de cet homme que vous avez connu bien longtemps avant cette affaire et du sens qu’il y a pour vous à le défendre jusqu’au bout.

FV : Le lien avec l’affaire Dreyfus est celui de la démesure et de la fabrication collective d’un bouc émissaire. C’est-à-dire, selon une définition millénaire, la fabrication d’un être –homme ou animal-, chargé de tous nos maux et de nos peurs et dont la mise à mort nous protègerait du danger. Dreyfus connut le triste destin de symboliser la grande peur collective de l’époque vis à vis du peuple juif, et Battisti celle vis à vis du terrorisme actuel. Sauver un bouc émissaire de la vindicte collective est une tâche quasi impossible, en raison de la puissante poussée de l’inconscient collectif –qui ne veut entendre aucun discours sur l’innocence- et de l’âpreté des jeux politiques qui se saisissent de cet élément. Au Brésil par exemple, la fronde anti-Battisti –qui était un total inconnu pour les juges et les journalistes brésiliens- est sous-tendue par les groupes politiques anti-Lula. C’est un combat interne qui se joue en utilisant le nom de Battisti. L’homme, lui, en effet, est totalement oublié. Sauf par certains esprits forts dont il semble bien que soit le président Lula, au-dessus de la mêlée.

Il faut préciser que ce ne sont pas les “services secrets français” qui ont permis son départ à Battisti. Mais les anciens hommes des anciens services secrets, de la génération Mitterrand, et fidèles, sans doute, à la Doctrine que Jacques Chirac venait de broyer. Là aussi, on peut se demander pourquoi Chirac a accepté de vendre une vingtaine de vies à l’Italie. Eh bien, en échange de la signature du Traité européen, principalement, et accessoirement de l’octroi du site nucléaire nouvelle génération à la France (Cadarache), de la vente d’une dizaine d’Airbus, de l’accord sur le TGV Lyon-Turin. Ces informations furent publiées en Italie au lendemain de l’extradition de Cesare Battisti, le 1er juillet 2004. Elles ont depuis disparu du net. [5]

Je n’ai pas connu Battisti très longtemps avant sa fuite vers le Brésil, mais seulement durant les quatre à cinq mois qui la précédèrent. Par la suite, je ne l’ai vu qu’en prison, trois ans plus tard, au Brésil. Je l’ai défendu ardemment tant le déni de justice était grand, tant il était clair, et inadmissible, qu’il était le jouet de manipulations strictement commerciales et politiques, si puissantes qu’elles interdisaient à toute justice de passer. Quand le Conseil d’État a volontairement fermé les yeux sur les fausses procurations, et pire, les a sciemment utilisées pour confirmer l’extradition, sur ordre évident du président Chirac, il est devenu clair que ce combat devait être mené jusqu’au bout, quitte à ce que la vérité ne soit jamais écoutée ou entendue. J’aurais réagi de même pour n’importe quelle personne dans cette situation, mais il se trouve, en outre, que Cesare Battisti s’est avéré être un homme généreux, élégant, drôle, profondément amical, excellent écrivain, passionné et entêté aussi. Amoureux de ses deux filles, des chats, des fleurs, de la cuisine, de la littérature. Tout, sauf le portrait qu’en ont fait sans relâche les médias. Je dois dire que je n’ai jamais connu une personne qui passe autant de temps à offrir des fleurs à ses amis, hommes et femmes. Et qui sache, aussi bien que lui, parler d’un petit oiseau insistant perché sur le mur de la prison.

notes:

[1] Massimo Barone, « Scherzi della memoria », in Renault 4, scrittori a Roma prima della morte di Moro, a cura di Carlo Bordini e Andrea di Consoli, Avagliano, Roma 2006. Texte à paraître en français le 30 janvier 2010 sur la Revue des ressources.

[2] Détournement nauséabond de la formule d’Aldo Moro en réponse aux premiers mouvements de la fin des années soixante, qui avait appelé à une « stratégie de l’attention ». Qu’il y ait eu ensuite quelque aveuglement suicidaire et criminel dans l’enlèvement meurtrier et l’exécution du leader de la Démocratie chrétienne, nous n’avons guère à le rappeler.

[3] « Oublier Battisti », paru en septembre 2004 sur la Revue des ressources (http://www.larevuedesressources.org/spip.php ?article299).

[4] Ascanio Celestini, La Fabbrica, traduction pour le metteur en scène Charles Tordjman.

[5] On trouvera des éclaircissements dans la postface de Fred Vargas à Cesare Battisti, Ma Cavale, op.cit.

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Les armées secrètes de l’OTAN (III)
Gladio : Pourquoi l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent de nier
par Daniele Ganser

Alors que l’existence du gouvernement de l’ombre institué par les États-Unis et le Royaume-Uni dans l’ensemble des États alliés est attestée par des enquêtes judiciaires et parlementaires dans les années 80-90, l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent à nier. C’est que Washington et Londres n’y voient pas un épisode historique, mais un dispositif actuel (comme l’a montré l’affaire des enlèvements en Europe et des vols secrets durant l’ère Bush). Les armées secrètes de l’OTAN sont toujours couvertes par le secret-Défense, parce qu’elles sont toujours actives.

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Avant même sa prise de fonction (le 2 juillet 2009) comme nouveau commandeur suprême de l’OTAN (SACEUR), l’amiral James G. Stavridis s’est discrètement rendu au SHAPE pour rencontrer les chefs des réseaux stay-behind.

Cet article fait suite à :
1. « Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… »
2. « Quand le Gladio fut découvert dans les États européens… »

===

Au moment des découvertes sur le réseau Gladio en 1990, l’OTAN, la plus grande alliance militaire du monde, regroupait 16 nations : l’Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, la Turquie et les États-Unis, ces derniers assumant un rôle de commandement. L’Alliance réagit confusément aux révélations du Premier ministre italien Andreotti et craignit pour son image lorsque les armées stay-behind furent associées à des attentats, des actes de torture, des coups d’États et d’autres opérations terroristes perpétrés dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest.

Le lundi 5 novembre 1990, après un long silence de près d’un mois, l’OTAN nia catégoriquement les allégations d’Andreotti concernant son implication dans l’Opération Gladio et ses liens avec les armées secrètes. Le principal porte-parole de l’Organisation, Jean Marcotta, affirma depuis le quartier général du SHAPE, à Mons, en Belgique, que : « L’OTAN n’a jamais envisagé de recourir à la guérilla ou à des opérations clandestines ; elle s’est toujours occupée de questions exclusivement militaires et de la défense des frontières des pays Alliés [1]. » Puis, le mardi 6 novembre, un autre porte-parole expliqua que le démenti de la veille était faux. Il ne fournit aux journalistes qu’un bref communiqué précisant que l’OTAN ne commentait jamais les questions couvertes par le secret militaire et que Marcotta aurait dû observer le silence [2]. La presse internationale critiqua amèrement ces cafouillages dans la stratégie de relations publiques de l’alliance militaire : « Pendant que de véritables séismes frappent le continent entier, un porte-parole de l’OTAN apporte un démenti : on ignore tout de Gladio et des réseaux stay-behind. Et voici qu’un communiqué laconique vient ensuite démentir le démenti "incorrect" et rien de plus [3] ».

Tandis que la crédibilité de l’OTAN s’ébranlait, les journaux titraient « Une unité clandestine de l’OTAN "soupçonnée de liens avec le terrorisme" » [4]. « Un réseau secret de l’OTAN accusé de subversion : La Commission a découvert que Gladio, le bras armé clandestin de l’OTAN en Italie, était devenu un repaire de fascistes combattant le communisme au moyen d’attentats terroristes visant à justifier un durcissement des lois. » [5] « La bombe qui a explosé à Bologne provenait d’une unité de l’OTAN » [6]. Un diplomate de l’OTAN, qui insista pour conserver l’anonymat, justifia devant des journalistes : « Puisqu’il s’agit d’une organisation secrète, je ne m’attends pas à ce que les réponses abondent, même si la Guerre froide est terminée. S’il y a eu des liens avec des organisations terroristes, ce genre d’informations doit être enterré très profondément. Si ce n’est pas le cas, qu’y a-t-il de mal à préparer le terrain pour la résistance pour le cas où les Soviétiques attaqueraient ?  » [7]

Selon la presse espagnole, immédiatement après le fiasco de l’opération de communication des 5 et 6 novembre, le secrétaire général de l’OTAN Manfred Wörner convoqua les ambassadeurs de l’Alliance Atlantique pour une réunion d’information à huis clos sur Gladio, le 7 novembre. Le «  Supreme Headquarters Allied Powers Europe ou SHAPE, l’organe de commandement de l’appareil militaire de l’OTAN, coordonnait les actions de Gladio, c’est ce qu’a révélé le secrétaire général Manfred Wörner pendant un entretien avec les ambassadeurs des 16 nations alliées de l’OTAN », put-on lire dans la presse espagnole. « Wörner aurait demandé du temps pour mener une enquête afin de découvrir les raisons du démenti formel » rendu public la veille par l’OTAN. « C’est ce qu’il aurait annoncé aux ambassadeurs du Conseil Atlantique réunis le 7 novembre, si l’on en croit certaines sources. » L’officier le plus haut placé de l’OTAN en Europe, le général états-unien John Galvin, avait confirmé que les allégations de la presse étaient en grande partie fondées, mais que le secret devait être gardé. « Au cours de cette réunion à huis clos, le secrétaire général de l’OTAN a précisé que les gradés interrogés, (il faisait référence au général John Galvin, commandant en chef des forces alliées en Europe), avaient indiqué que le SHARP coordonnait les opérations menées par Gladio. Dorénavant, la politique de l’OTAN sera de refuser tout commentaire sur les secrets officiels. » [8]

Selon des sources qui ont souhaité conserver l’anonymat, le Bureau de Sécurité de l’OTAN aurait été directement impliqué dans l’Opération Gladio [9]. Hébergé au quartier général de l’OTAN à Bruxelles, le mystérieux Bureau de Sécurité fait partie intégrante de l’OTAN depuis la création de l’Alliance en 1949. Sa mission consiste à coordonner, superviser et appliquer les politiques de sécurité de l’OTAN. Le directeur de la Sécurité est le principal conseiller du secrétaire général pour les questions de sécurité ; il dirige le Service de Sécurité du quartier général et est responsable de la coordination générale de la sécurité au sein de l’OTAN. Mais surtout, il est le président du Comité de Sécurité de l’Alliance qui réunit régulièrement les chefs des Services de Sécurité des pays membres pour discuter des questions d’espionnage, de terrorisme, de subversion et d’autres menaces, parmi lesquelles le communisme en Europe de l’Ouest, qui pourraient représenter un danger pour l’OTAN.

En Allemagne, le chercheur Erich Schmidt Eenboom rapporta que les patrons des services secrets de plusieurs pays d’Europe occidentale, et notamment de l’Espagne, de la France, de la Belgique, de l’Italie, de la Norvège, du Luxembourg et du Royaume-Uni, s’étaient réunis plusieurs fois à la fin de l’année 1990, et ce, afin d’élaborer une stratégie de désinformation pour contrer les nombreuses révélations sur Gladio [10]. Ces réunions se déroulèrent vraisemblablement au très secret Bureau de Sécurité. « Le fait que les structures clandestines de Gladio aient été coordonnées par un comité de sécurité international composé uniquement de représentants des services secrets », remarque le quotidien portugais Expresso, « pose un autre problème : celui de la souveraineté nationale de chacun des États ». Durant la Guerre froide, certains services de renseignement agissaient hors de tout cadre démocratique. «  Il semble que plusieurs gouvernements européens aient perdu le contrôle de leurs services secrets » tandis que l’OTAN entretenait, elle, des liens très étroits avec les services secrets militaires de chacun des États membres. « Il paraît évident que l’OTAN applique un principe de confiance restreinte. Selon cette doctrine, certains gouvernements ne luttant pas assez activement contre le communisme, il est donc inutile de les informer des activités de l’armée secrète de l’OTAN. » [11].

Sous le titre « Manfred Wörner raconte le Gladio », la presse portugaise publia des détails supplémentaires sur la réunion du 7 novembre. « Le secrétaire général de l’OTAN, l’Allemand Manfred Wörner a expliqué aux ambassadeurs des 16 pays alliés de l’OTAN la fonction du réseau secret - qui fut créé dans les années cinquante afin d’organiser la résistance dans l’éventualité d’une invasion soviétique. » Derrière des portes closes, « Wörner a confirmé que le commandement militaire des forces alliées, le Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE), coordonne les activités du “Réseau Gladio”, mis sur pied par les services secrets des différents pays de l’OTAN, par l’intermédiaire d’un comité créé en 1952 et actuellement présidé par le général Raymond Van Calster, chef des services secrets militaires belges », on apprit plus tard qu’il s’agissait de l’ACC. D’après le journal, « la structure a été bâtie en Italie avant 1947, puis des réseaux similaires ont été créés en France, en Belgique, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Luxembourg, au Danemark, en Norvège et en Grèce ». « Le secrétaire général a également reconnu que le SHAPE avait fourni de "fausses informations" en niant l’existence d’un tel réseau secret, mais il a refusé de s’expliquer sur les nombreuses contradictions dans lesquelles les différents gouvernements s’étaient englués en confirmant ou niant la réalité des réseaux Gladio dans leurs pays respectifs ». [12]

Au milieu de la tourmente, la presse tenta à plusieurs reprises d’obtenir une explication ou, ne serait-ce qu’un commentaire, de la plus haute autorité civile de l’OTAN, le secrétaire général de l’OTAN Manfred Wörner. Mais, conformément à la politique de l’Alliance qui consistait à ne pas se prononcer sur les secrets militaires, Wörner rejeta toutes les demandes d’interviews [13]. Le terme « secrets militaires » focalisa l’attention des journalistes qui se mirent en quête d’anciens responsables de l’OTAN à la retraite susceptibles de s’exprimer plus librement sur toute l’affaire. Joseph Luns, un ancien diplomate de 79 ans, qui avait occupé les fonctions de secrétaire général de l’OTAN de 1971 à 1984 accorda un entretien téléphonique à des reporters depuis son appartement de Bruxelles. Il prétendit n’avoir jamais été informé de l’existence du réseau secret jusqu’à ce qu’il l’ait récemment lue dans la presse : «  Je n’en ai jamais entendu parler et pourtant j’ai exercé quelques responsabilités au sein de l’OTAN ». Luns admit toutefois avoir été briefé « ponctuellement » à l’occasion d’opérations spéciales et estima « peu probable mais pas impossible » que Gladio ait pu exister à son insu [14].

« Le seul organisme international qui ait jamais fonctionné, c’est l’OTAN, tout simplement parce qu’il s’agit d’une alliance militaire et que nous étions aux commandes », répondit un jour le président états-unien Richard Nixon [15]. Il faisait remarquer à juste titre que, bien que l’OTAN ait son siège européen en Belgique, son véritable quartier général se trouve au Pentagone, à Washington. Depuis la création de l’Alliance Atlantique, le commandant en chef de la zone Europe, le SACEUR (Supreme Allied Commander Europe), exerçant ses fonctions depuis son quartier général, le SHAPE, établi à Casteau, en Belgique, avait toujours été un général états-unien. Les Européens pouvaient, quant à eux, nommer le plus haut responsable civil, le secrétaire général. Mais depuis la nomination du général Dwight Eisenhower comme premier SACEUR, la plus haute fonction militaire en Europe fut systématiquement occupée par des officiers états-uniens [16]

Officier de la CIA à la retraite, Thomas Polgar confirma, après la découverte des armées secrètes d’Europe de l’Ouest, que celles-ci étaient coordonnées par « une sorte de groupe de planification de guerre non conventionnelle » lié à l’OTAN [17]. Ses propos furent confirmés par la presse allemande qui souligna que, durant toute la période de la Guerre froide, ce département secret de l’OTAN était demeuré sous domination états-unienne. « Les missions des armées secrètes sont coordonnées par la “Section des Forces Spéciales”, située dans une aile du quartier général de l’OTAN à Casteau placée sous haute surveillance », relata un journal allemand. « Une porte grise en acier qui s’ouvre comme un coffre-fort de banque et protégée par une combinaison chiffrée, défend l’accès à toute personne non autorisée. Les officiers des autres départements, qui sont invités à y entrer, doivent dès l’entrée se présenter à un guichet sombre où ils sont contrôlés. La Section des Forces Spéciales est dirigée par des officiers britanniques ou états-uniens exclusivement et la plupart des documents qui y circulent portent l’inscription “American eyes only” (À l’intention du personnel US uniquement) » [18].

Pour contrer l’influence des partis communistes dans certains pays d’Europe de l’Ouest, l’OTAN s’était livrée, dès sa création au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à une guerre secrète non conventionnelle. D’après les découvertes de l’enquête parlementaire belge sur Gladio, cette lutte aurait même été engagée avant la fondation de l’Alliance, et coordonnée dès 1948 par le "Clandestine Committee of the Western Union" (CCWU), le Comité Clandestin de l’Union Occidentale. Selon la presse, toutes les « nations [participant à Gladio] étaient membres du CCWU et assistaient régulièrement à des réunions par l’intermédiaire d’un représentant de leurs services secrets. Ceux-ci étaient généralement en contact direct avec les structures stay-behind » [19].

Quand, en 1949, fut signé le Traité de l’Atlantique Nord, le CCWU fut secrètement intégré au nouvel appareil militaire international et opéra à partir de 1951 sous la nouvelle appellation CPC. À cette époque, le quartier général européen de l’OTAN était situé en France et le CPC avait son siège à Paris. Comme le CCWU avant lui, le Comité assurait la planification, la préparation et la direction des opérations de guerre non conventionnelle menées par les armées stay-behind et les Forces Spéciales. Seuls les officiers disposant des autorisations de niveau supérieur étaient autorisés à pénétrer au siège du CPC où, sous la surveillance des experts de la CIA et du MI6, les chefs des services secrets des États d’Europe occidentale se réunissaient plusieurs fois dans l’année afin de coordonner les opérations de guerre clandestine menées dans tout l’Ouest du continent.

Lorsqu’en 1966 le président de la République Française Charles de Gaulle chassa l’OTAN de France, le quartier général européen de l’Alliance militaire dut, à la colère du président des États-Unis Lyndon Johnson, déménager de Paris à Bruxelles. Dans le plus grand secret, le CPC s’installa lui aussi en Belgique, comme le révéla l’enquête sur le Gladio belge [20]. L’expulsion historique de l’OTAN du territoire français offrit alors un premier véritable aperçu des noirs secrets de l’Alliance militaire. Pour le spécialiste des opérations secrètes Philip Willan : « L’existence de protocoles secrets de l’OTAN impliquant les services secrets des pays signataires et visant à éviter l’accession au pouvoir par les communistes fut divulguée pour la première fois en 1966, quand le président de Gaulle décida de se retirer du commandement conjoint de l’OTAN et dénonça ces protocoles comme une atteinte à la souveraineté nationale » [21].

Si les documents originaux des protocoles anticommunistes secrets de l’OTAN demeurent confidentiels, les spéculations sur leur contenu ne cessèrent de se multiplier suite à la découverte des armées secrètes stay-behind. Dans un article consacré à Gladio, le journaliste américain Arthur Rowse écrivit qu’une « clause secrète du traité initial de l’OTAN de 1949 stipulait que tout pays candidat à l’adhésion devait avoir établi au préalable une autorité de Sécurité nationale chargée d’encadrer la lutte contre le communisme par des groupes clandestins de citoyens » [22]. Un spécialiste italien des services secrets et des opérations clandestines, Giuseppe de Lutiis, découvrit qu’au moment d’intégrer l’OTAN en 1949, l’Italie signa, outre le Pacte Atlantique, une série de protocoles secrets prévoyant la création d’une organisation non officielle « chargée de garantir l’alignement de la politique intérieure italienne sur celle du bloc de l’Ouest par tous les moyens nécessaires, même si la population devait manifester une inclination divergente » [23]. L’historien italien spécialiste du Gladio Mario Coglitore a également confirmé l’existence de ces protocoles secrets de l’OTAN [24]. Suite aux révélations de 1990, un ancien officier du renseignement de l’OTAN, qui veilla à conserver l’anonymat, alla jusqu’à affirmer que ces documents protégeaient explicitement les membres de l’extrême droite jugés utiles dans la lutte contre les communistes. Le président des États-Unis Truman et le chancelier allemand Adenauer auraient « signé un protocole secret lors de l’adhésion de la RFA à l’OTAN en 1955, dans lequel il était convenu que les autorités de l’Allemagne de l’Ouest s’abstiendraient d’entamer des poursuites à l’encontre des extrémistes de droite reconnus » [25].

Le général italien Paolo Inzerilli, qui commanda le Gladio dans son pays de 1974 à 1986, souligna que les « Américains omniprésents » contrôlaient le CPC secret qui était en charge de la coordination de la guerre clandestine. Selon lui, le Comité avait été fondé « sur ordre du commandant en chef de l’OTAN en Europe. Il constituait l’intermédiaire entre le SHAPE, le quartier général des puissances alliées d’Europe, et les services secrets des États membres pour les question de guerre non conventionnelle » [26]. Les États-Unis contrôlaient le CPC avec leurs vassaux britanniques et français et constituaient avec eux une "Commission Exécutive" au sein du Comité. « Les réunions se succédaient au rythme d’une ou deux par an au quartier général du CPC, à Bruxelles, et les questions à l’ordre du jour étaient débattues entre la “Commission Exécutive” et les responsables militaires », témoigna Inzirelli [27].

« La coordination des actions de notre réseau stay-behind avec celles des structures clandestines analogues en Europe était assurée par le CPC, le Coordination and Planning Committee [Comité de Planification et de Coordination] du SHAPE, le quartier général des puissances alliées d’Europe », décrivit le général italien Gerardo Serravalle. Prédécesseur du général Inzirelli, il avait commandé le Gladio en Italie entre 1971 et 1974 ; il raconta que « pendant les années soixante-dix, les membres du CPC étaient les officiers responsables des structures secrètes de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas et de l’Italie. Ces représentants des réseaux clandestins se réunissaient chaque année dans l’une des capitales européennes » [28]. Des hauts responsables de la CIA assistaient à chacune de ces réunions. «  Des représentants de la CIA étaient toujours présents aux réunions des armées stay-behind », se souvient Serravalle. « Ils appartenaient à l’antenne de l’Agence de la capitale où se déroulait la réunion et ne participaient pas aux votes » [[Ibid., p.79. ]]. « La “Directive SHAPE” faisait office de référence officielle, si ce n’est de doctrine pour les réseaux stay-behind alliés », explique Serravalle dans son livre consacré à Gladio. Il précise également que les enregistrements du CPC, qu’il a pu consulter mais qui demeurent confidentiels, « portent [surtout] sur l’entraînement des Gladiateurs en Europe, sur comment les réveiller depuis le quartier général secret en cas d’occupation de l’ensemble du territoire national et sur d’autres questions techniques telles que, pour citer la plus importante, l’unification des différents systèmes de communication entre les bases stay-behind » [29].

Parallèlement au CPC, un second poste de commandement secret fonctionnant comme un quartier général stay-behind fut créé par l’OTAN au début des années cinquante sous le nom d’ACC. Comme le CPC, l’ACC était en lien direct avec le SACEUR, lui-même sous contrôle états-unien. D’après les conclusions de l’enquête belge sur Gladio, l’ACC aurait été créé en 1957 et chargé de « la coordination des réseaux “stay-behind” en Belgique, au Danemark, en France, en Allemagne, en Italie, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Norvège, au Royaume-Uni et aux USA ». Selon le rapport d’enquête belge, en temps de paix, les fonctions de l’ACC « comprenaient l’élaboration de directives à l’intention du réseau, le développement de ses capacités secrètes et l’établissement de bases au Royaume-Uni et aux USA. Dans le cas d’une guerre, il était censé préparer des actions stay-behind conjointement avec le SHAPE ; de là, les organisateurs devaient alors activer les bases clandestines et préparer les opérations » [30].

Le commandant du Gladio italien Inzirelli affirme que « les relations au sein de l’ACC étaient totalement différentes » de celles existant au CPC. « L’atmosphère [y] était clairement plus décontractée et amicale qu’au CPC. » L’ACC, fondé sur « un ordre express du SACEUR au CPC » serait « devenue une ramification » de celui-ci [31]. Il semble que cet organisme ait servi surtout de forum où l’on se partageait le savoir-faire Gladio entre patrons de services secrets : « L’ACC était un comité essentiellement technique, un forum où l’on pouvait à loisir échanger des informations et des expériences, évoquer les moyens disponibles ou à l’étude, partager ses connaissances sur les réseaux, etc... » Le général Inzerilli se souvient : « C’était un échange de bons procédés. Chacun savait que s’il lui manquait un expert en explosifs, en télécommunication ou en répression pour une opération, il pouvait sans problème s’adresser à un confrère étranger puisque les agents avaient reçu le même entraînement et utilisaient le même type de matériel » [32].

Les transmetteurs radio baptisés Harpoon figuraient notamment dans l’équipement de tous les membres de l’ACC. Ils avaient été conçus et fabriqués sur ordre du comité de direction de Gladio, au milieu des années 1980, par la firme allemande AEG Telefunken pour un montant total de 130 millions de marks, en remplacement d’un ancien système de communication devenu obsolète. Le système Harpoon était capable d’émettre et de recevoir des messages radio cryptés sur une distance de 6 000 km et permettaient donc les communications entre les réseaux stay-behind situés de part et d’autre de l’Atlantique. « Le seul équipement qu’ont en commun tous les membres de l’ACC est le fameux transmetteur radio Harpoon », révéla Van Ussel, un membre du Gladio belge qui s’en était lui-même servi au cours des années 1980, alors qu’il était un membre actif de l’organisation. Selon lui, « ce système était régulièrement utilisé pour transmettre des messages entre les bases et les agents (en particulier lors des exercices de communication radio), mais il était avant tout destiné à communiquer des renseignements en cas d’occupation » [33]. L’ACC disposait de bases dans tous les pays européens dont une au Royaume-Uni, à partir desquelles les unités présentes dans les territoires occupés pourraient être activées et commandées. Apparemment, l’ACC éditait à l’intention des Gladiateurs des manuels indiquant les procédures communes à suivre relatives aux actions clandestines, aux communications radio basées sur le cryptage et le saut de fréquence mais aussi aux largages aériens et aux atterrissages.

L’ACC fonctionnait avec une présidence tournante d’une période de deux ans, en 1990 celle-ci était assumée par la Belgique. La réunion de l’ACC des 23 et 24 novembre se déroula sous la présidence du général de division Raymond Van Calster, patron du SGR, les services secrets militaires belges. Le général Inzerilli se souvint que « contrairement au CPC, l’ACC n’avait pas de direction établie et permanente. La présidence du Comité était assumée pour deux ans et tournait entre tous les membres, en suivant l’ordre alphabétique », pour cette raison, l’ACC n’était pas soumis à « la même domination des grandes puissances ». Inzirelli affirma avoir préféré travailler à l’ACC plutôt qu’au CPC contrôlé par les États-uniens : « Je dois reconnaître, pour l’avoir moi-même présidé pendant deux ans, que l’ACC était un comité véritablement démocratique » [34].

Dans le cadre de toute recherche approfondie sur l’Opération Gladio et les réseaux stay-behind de l’OTAN, les transcriptions et enregistrements des réunions du CPC et de l’ACC s’imposent comme des sources essentielles. Hélas, alors que des années se sont écoulées depuis la découverte du réseau top secret, les autorités de l’OTAN se bornent, comme en 1990, à opposer constamment aux sollicitations du public le silence ou le refus. Quand dans le cadre de nos propres recherches, nous contactâmes, à l’été 2000, le service des archives de l’OTAN pour demander l’accès à des informations supplémentaires sur Gladio et notamment sur le CPC et l’ACC, nous reçûmes la réponse suivante : « Après vérification de nos archives, il n’existe aucune trace des comités que vous évoquez ». Lorsque nous insistâmes, le service des archives nous répondit : « Je vous confirme une nouvelle fois que les comités dont vous parlez n’ont jamais existé au sein de l’OTAN. En outre, l’organisation que vous appelez “Gladio” n’a jamais fait partie de la structure militaire de l’OTAN » [35]. Sur quoi, nous appelâmes le Bureau de Sécurité de l’OTAN, mais ne pûmes ni parler au directeur ni même connaître son identité classée “confidentielle”. Mme Isabelle Jacobs nous informa qu’il était hautement improbable que nous obtenions jamais des réponses à nos questions sur un sujet sensible comme Gladio et nous conseilla de transmettre notre requête par écrit via l’ambassade de notre pays d’origine.

C’est ainsi qu’après que la Mission Suisse d’Observation à Bruxelles eut transmis à l’OTAN nos questions relatives à l’affaire Gladio, l’ambassadeur de Suisse Anton Thalmann nous répondit qu’à son grand regret : « L’existence des comités secrets de l’OTAN que vous mentionnez dans votre lettre n’est connue ni de moi, ni de mon personnel » [36]. « Quel est le lien entre l’OTAN et le Clandestine Planning Committee (CPC) et le Allied Clandestine Committee (ACC) ? Quel est le rôle du CPC et de l’ACC ? Quel est le lien entre le CPC, l’ACC et le Bureau de Sécurité de l’OTAN ? », telles étaient nos questions : le 2 mai 2001, nous reçûmes une réponse de Lee McClenny, directeur du service de presse et de communication de l’OTAN. Dans sa lettre, McClenny prétendait que « Ni le Allied Clandestine Committee, ni le Clandestine Planning Committee n’apparaissent dans toute la documentation de l’OTAN, confidentielle ou non, que j’ai consultée. » Il ajoutait : « En outre, je n’ai pu rencontrer personne travaillant ici qui ait eu entendu parler de l’un ou l’autre de ces deux comités. J’ignore si de tels comités ont un jour existé à l’OTAN, ce qui est sûr c’est que ce n’est pas le cas aujourd’hui » [37]. Nous insistâmes une fois encore et demandâmes : « Pourquoi le porte-parole de l’OTAN Jean Marcotta a-t-il, le 5 novembre 1990, catégoriquement nié tout lien entre l’OTAN et Gladio pour voir ses propos démentis deux jours plus tard par un second communiqué ? », ce à quoi Lee McClenny rétorqua : «  Je ne suis pas au courant de l’existence de liens entre l’OTAN et l’Opération Gladio”. De plus, je ne trouve personne du nom de Jean Marcotta parmi la liste des porte-parole de l’OTAN » [38]. Le mystère restait entier.

La CIA, l’Agence de renseignement la plus puissante du monde, ne fut pas plus coopérative que la plus grande alliance militaire du monde quand il s’agit d’aborder la délicate question de Gladio et des armées stay-behind. Fondée en 1947, deux ans avant la création de l’OTAN, la CIA eut pour principale tâche pendant la Guerre froide de combattre le communisme sur toute la planète en menant des opérations secrètes qui visaient à étendre l’influence des États-Unis. « Par actions clandestines », le président Nixon indiqua un jour qu’il entendait « ces activités qui, bien qu’elles soient destinées à favoriser les programmes et politiques des États-Unis à l’étranger, sont planifiées et exécutées de telle sorte que le public n’y voit pas la main du gouvernement américain » [39]. Historiens et analystes politiques ont depuis décrit en détail comment la CIA et les Forces Spéciales états-uniennes ont, au moyen de guerre secrètes et non déclarées, influencé l’évolution politique et militaire de nombreux pays d’Amérique latine ; parmi les faits les plus marquants, on peut citer le renversement du président guatémaltèque Jakobo Arbenz en 1954, le débarquement raté de la baie des Cochons en 1961, qui devait amener à la destitution de Fidel Castro, l’assassinat d’Ernesto Che Guevara en Bolivie en 1967, le coup d’État contre le président chilien Salvador Allende et l’installation au pouvoir du dictateur Augusto Pinochet en 1973, ou encore le financement des Contras au Nicaragua, suite à la révolution sandiniste de 1979. [40]

Outre ses agissements sur le continent sud-américain, la CIA est également intervenue à de nombreuses reprises en Asie et en Afrique, notamment pour renverser le gouvernement de Mossadegh en Iran en 1953, pour soutenir la politique d’Apartheid en Afrique du Sud, ce qui conduisit à l’emprisonnement de Nelson Mandela, pour assister ben Laden et al-Qaida en Afghanistan, lors de l’invasion soviétique de 1979 et pour appuyer le leader Khmer Rouge Pol Pot depuis des bases conservées au Cambodge, après la défaite états-unienne au Vietnam en 1975. D’un point de vue purement technique, le département des opérations secrètes de la CIA correspond à la définition d’une organisation terroriste donnée par le FBI. Le "terrorisme" est, selon le FBI, « l’usage illégal de la force ou de la violence contre des personnes ou des biens dans le but d’intimider ou de contraindre un gouvernement, une population civile, ou un segment de celle-ci, à poursuivre certains objectifs politiques ou sociaux » [41].

Quand, au milieu des années soixante-dix, le Congrès des États-Unis découvrit que la CIA et le Pentagone avaient étendu leurs pouvoirs presque au-delà de tout contrôle et l’avaient outrepassé en de nombreuses occasions, le sénateur états-unien Frank Church fit avec assez de clairvoyance ce commentaire : « La multiplication des abus commis par nos services de renseignement révèle un échec plus général de nos institutions fondamentales ». Il présidait alors l’une des trois commissions du Congrès qui furent chargées d’enquêter sur les agissements des services secrets US, et dont les rapports, présentés dans la seconde moitié des années soixante-dix, font aujourd’hui encore autorité sur la question des guerres secrètes menées par Washington [42] Cependant, les investigations du Congrès n’eurent qu’un impact limité et les services secrets continuèrent, avec l’appui de la Maison-Blanche, à abuser de leur pouvoir, comme le démontra le scandale de l’Irangate en 1986. Cela amena l’historienne Kathryn Olmsted à se poser cette « question cruciale » : « Pourquoi, après avoir débuté leur enquête, la plupart des journalistes et des membres du Congrès ont-ils renoncé à défier le gouvernement secret ? » [43]

Alors qu’aux États-Unis se poursuit le débat sur l’existence ou non d’un « gouvernement de l’ombre », le phénomène Gladio prouve que la CIA et le Pentagone ont opéré à plusieurs reprises hors de tout contrôle démocratique pendant la Guerre froide mais également après l’effondrement du communisme et ce, sans jamais rendre compte de leurs agissements. Lors d’une interview accordée à la télévision italienne en décembre 1990, l’amiral Stansfield Turner, directeur de la CIA de 1977 à 1981, refusa catégoriquement d’évoquer l’affaire Gladio. Quand les journalistes, qui avaient à l’esprit le grand nombre de victimes des nombreux attentats perpétrés en Italie, se permirent d’insister, l’ex-patron de la CIA arracha furieusement son micro et hurla : « J’ai dit : pas de questions sur Gladio ! », mettant ainsi un terme à l’entretien [44]

D’anciens officiers de la CIA moins gradés acceptèrent plus volontiers d’évoquer les secrets de la Guerre froide et les opérations illégales de l’Agence. Parmi eux, Thomas Polgar, qui prit sa retraite en 1981 après 30 ans de bons et loyaux services. En 1991, il avait témoigné contre la nomination de Robert Gates à la tête de la CIA, reprochant à celui-ci d’avoir couvert le scandale de l’Irangate. Interrogé sur les armées secrètes d’Europe, Polgar expliqua, en se référant implicitement au CPC et à l’ACC, que les programmes stay-behind étaient coordonnés par « une sorte de groupe de planification de guerre non conventionnelle lié à l’OTAN ». Dans leurs quartiers généraux secrets, les chefs des armées secrètes nationales « se rencontraient tous les deux ou trois mois, à chaque fois dans une capitale différente ». Polgar souligne que « chaque service national le faisait avec plus ou moins de zèle » tout en admettant que « dans les années soixante-dix en Italie, certains sont allés même plus loin que l’exigeait la charte de l’OTAN » [45]. Le journaliste Arthur Rowse, ancien collaborateur du Washington Post, tira, dans un essai consacré au sujet « Les leçons de Gladio » : « Aussi longtemps que le peuple états-unien ignorera tout de ce sombre chapitre des relations étrangères des USA, cela n’incitera pas véritablement les agences responsables de cette situation à changer de comportement. La fin de la Guerre froide n’a changé que très peu de choses à Washington. Les États-Unis (...) attendent toujours avec impatience un vrai débat national sur les moyens, les buts, et les coûts de nos politiques fédérales de sécurité. » [46].

Spécialisés dans l’étude des opérations clandestines de la CIA et des secrets de la Guerre froide, les chercheurs de l’institut de recherches privé et indépendant National Security Archive de l’université George Washington à Washington ont déposé une requête basée sur le Freedom of Information Act (FOIA) auprès de la CIA, le 15 avril 1991. D’après les termes de cette loi sur la liberté d’information, tous les services du gouvernement doivent justifier devant le peuple de la légalité de leurs actions. Malcolm Byrne, vice-directeur de recherche au National Security Archive, demandait à la CIA l’accès à « toutes les archives concernant (...) les décisions du gouvernement états-unien, probablement prises entre 1951 et 1955, concernant le financement, le soutien ou la collaboration avec toute armée secrète, tout réseau ou toute autre unité, créé dans le but de résister à une possible invasion de l’Europe de l’Ouest par des puissances sous domination communiste ou de mener des opérations de guérilla dans des pays d’Europe occidentale dans l’hypothèse où ceux-ci seraient sous l’emprise de partis ou de régimes communistes, de gauche ou soutenus par l’Union soviétique ». Byrne ajoutait : « Je vous prie d’inclure à vos recherches tout document se rapportant à des activités connues sous le nom d’"Opération Gladio", en particulier en France, en Allemagne et en Italie » [47].

Byrne précisait à juste titre que « tous les documents obtenus suite à cette requête contribueront à faire connaître au public la politique étrangère des États-Unis au cours de la période qui suivit la Seconde Guerre mondiale, ainsi que l’impact de la connaissance, de l’analyse et de l’acquisition du renseignement dans la politique états-unienne de l’époque ». Mais la CIA refusa de coopérer et, le 18 juin 1991, elle fournit la réponse suivante : « La CIA ne peut ni confirmer ni infirmer l’existence ou l’inexistence d’archives répondant aux critères de votre requête ». Quand Byrne tenta de contester le refus de l’Agence de lui fournir des informations sur Gladio, il fut débouté. La Centrale fonda son refus de coopérer sur deux exceptions "fourre-tout" à la loi sur la liberté d’information qui excluent les documents soit parce qu’ils sont « classés "confidentiel" conformément à une décision de l’Exécutif dans l’intérêt de la Défense nationale ou de la politique étrangère » (Exemption B1), soit au nom des « obligations statutaires du directeur de protéger la confidentialité des sources et méthodes de renseignement, telles que l’organisation, les fonctions, noms, titres officiels, revenus et nombre des employés de l’Agence, conformément aux National Security Act de 1947 et CIA Act de 1949 » (Exemption B3).

Quand les responsables européens tentèrent de se confronter au gouvernement secret, ils n’eurent guère plus de chance. En mars 1995, une commission du Sénat italien présidée par Giovanni Pellegrino qui avait mené une enquête sur Gladio et sur les attentats commis en Italie adressa une requête FOIA à la CIA. Les sénateurs italiens demandaient l’accès à toutes les archives relatives aux Brigades Rouges et à l’affaire Moro afin de découvrir si la CIA avait, dans le cadre du programme d’immixtion dans les affaires politiques internes du pays, infiltré le groupe terroriste d’extrême gauche avant qu’ils n’assassinent l’ancien Premier ministre et leader de la DCI Aldo Moro en 1978. Refusant de coopérer, l’Agence s’abrita derrière les clauses B1 et B3 et refusa, en mai 1995, tous les accès demandés en ajoutant que ça ne « confirmait ni n’infirmait l’existence ou l’inexistence dans les archives de la CIA des documents recherchés ». La presse italienne souligna le caractère embarrassant de ce refus et titra : « La CIA rejette la demande d’assistance de la Commission parlementaire. L’enlèvement de Moro, un secret d’État aux USA » [48].

La seconde demande de renseignements relatifs à Gladio émanant d’un gouvernement européen fut adressée à la CIA par le gouvernement autrichien en janvier 2006, après que des caches d’armes “top secrètes” aménagées par l’Agence à l’intention de Gladio aient été découvertes dans les alpages et les forêts du pays pourtant neutre. Des représentants du gouvernement américain répondirent que les États-Unis couvriraient les frais occasionnés par l’exhumation et la récupération de l’équipement des réseaux [49]. L’enquête autrichienne fut menée par les services du ministre de l’Intérieur Mickael Sika qui livra son rapport final sur les dépôts de munition de la CIA le 28 novembre 1997 en déclarant : « On ne peut établir aucune certitude quant aux caches d’armes et à l’usage auxquelles elles étaient destinées ». En conséquence de quoi : « Afin de faire toute la lumière sur cette affaire, il serait nécessaire de disposer des documents s’y rapportant, et notamment ceux abrités aux États-Unis » [50]. Un membre de la Commission, Oliver Rathkolb de l’université de Vienne, déposa donc une requête en FOIA dans le but d’obtenir l’accès aux archives de la CIA. Mais en 1997, le comité de divulgation de l’Agence opposa un nouveau refus motivé par les mêmes exemptions B1 et B3 qui laissa aux Autrichiens l’amère impression que l’agence américaine n’était tenue de rendre des comptes auprès de personne.

Étant donné que c’est là l’unique moyen d’accéder aux archives relatives à Gladio, nous déposâmes le 14 décembre 2000 une requête en FOIA auprès de la CIA. Deux semaines plus tard, nous reçûmes une réponse évasive à notre demande « se rapportant à l’"Opération Gladio" » : « La CIA ne peut ni confirmer ni infirmer l’existence ou l’inexistence de documents correspondant à votre requête ». En invoquant les clauses restrictives B1 et B3, la coordinatrice chargée de l’information et des questions de respect de la vie privée Kathryn I. Dyer nous refusa l’accès aux informations sur l’Opération Gladio [51]. Nous fîmes appel de cette décision en rétorquant que : « Les documents retenus doivent être publiés en vertu de la loi FOIA sur la liberté d’expression car les clauses B1 et B3 ne peuvent s’appliquer qu’à des opérations de la CIA encore tenues secrètes ». En produisant les données recueillies au cours de nos recherches, nous prouvâmes que ce n’était plus le cas et conclûmes : « Si vous, Mme Dyer, invoquez les clauses restrictives B1 et B3 dans ce contexte, vous privez la CIA de la possibilité de s’exprimer sur des informations relatives à l’affaire Gladio, qui seront de toute façon révélées, que la CIA décide d’intervenir ou non » [52].

En février 2001, l’Agence nous répondit : « Votre appel a été accepté et des dispositions seront prises pour qu’il soit examiné par les membres du comité de divulgation de l’Agence. Vous serez informé de la décision rendue. » Dans le même temps, la CIA précisa que cette commission traitait les demandes en fonctions de leur date de dépôt et que « en ce moment, nous avons à examiner environ 315 appels » [53]. Notre requête portant sur le réseau Gladio fut ainsi mise en attente et rangée en bas de la pile. Au moment de la rédaction de cet ouvrage, la commission n’avait toujours pas rendu son avis [54].

Après l’OTAN et la CIA, la troisième principale organisation impliquée dans l’opération stay-behind était le MI6. Celui-ci ne prit pas position sur l’affaire Gladio en 1990 en raison d’une légendaire obsession du secret, l’existence de cette Agence elle-même ne fut officiellement admise qu’en 1994, avec la publication de l’Intelligence Services Act qui établit que l’organisation avait pour missions d’obtenir du renseignement et d’exécuter des opérations secrètes à l’étranger.

Tandis que l’exécutif britannique et le MI6 se refusaient à tout commentaire, Rupert Allason, membre du parti conservateur, rédacteur de l’Intelligence Quarterly Magazine sous le pseudonyme de Nigel West et auteur de plusieurs ouvrages sur les services de sécurité britanniques, confirma, en novembre 1990, au plus fort du scandale Gladio, lors d’un entretien téléphonique accordé à Associated Press : « Nous étions, et sommes toujours, fortement impliqués (...) dans ces réseaux ». West expliqua que la Grande-Bretagne «  a bien entendu participé, aux côtés des États-uniens, au financement et au commandement » de plusieurs réseaux et qu’elle était également engagée dans le cadre de la collaboration entre le MI6 et la CIA : « Ce sont les agences de renseignement britanniques et états-uniennes qui sont à l’origine du projet ». West affirma qu’à partir de 1949, l’action des armées stay-behind avait été coordonnées par la Structure de Commandement et de Contrôle des Forces Spéciales de l’OTAN au sein desquelles le Special Air Service (SAS) jouait un rôle stratégique [55].

« La responsabilité de la Grande-Bretagne dans la mise en place des réseaux stay-behind dans toute l’Europe est absolument fondamentale », rapporta la BBC avec un certain retard dans son édition du soir du 4 avril 1991. Le présentateur des informations John Simpson accusa le MI6 et le ministère de la Défense britannique de ne pas divulguer toutes les informations dont ils disposaient sur le sujet « alors que les révélations sur Gladio ont entraîné la découverte d’armées stay-behind dans d’autres pays européens - en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Espagne, en Grèce et en Turquie. Même dans des pays neutres comme la Suède et la Suisse, cela a donné lieu à un débat public. Dans certains cas, des enquêtes officielles ont été diligentées. En revanche, en Grande-Bretagne, toujours rien. Rien que les habituels communiqués du ministère de la Défense qui ne souhaite pas commenter les questions de Sécurité nationale » [56]. Simpson déclara qu’après la chute du Mur de Berlin les Britanniques avaient pris connaissance des complots et des opérations de terrorisme ourdis par la Stasi, la Securitate et d’autres services secrets d’Europe de l’Est avec une horreur mêlée de fascination. « Se peut-il alors que notre camp se soit livré à des actions comparables ? Jamais ! » commenta-t-il avec ironie avant d’attirer l’attention sur les services de sécurité d’Europe occidentale : « Mais des informations commencent à présent à filtrer concernant des abus qui auraient été commis par la plupart des services secrets des membres de l’OTAN. En Italie, une commission parlementaire a été chargée d’enquêter sur les agissements d’une armée secrète créée par l’État dans le but de résister à une éventuelle invasion soviétique. L’enquête a permis de découvrir l’existence de forces armées clandestines similaires dans toute l’Europe. Mais le groupe italien, connu sous le nom de Gladio, est, lui, soupçonné d’avoir participé à une série d’attentats terroristes » [57].

La BBC ne put obtenir aucune réaction des responsables du gouvernement sur le scandale Gladio, la confirmation officielle de l’implication du MI6 ne vint que des années plus tard et dans un cadre plutôt inhabituel : un musée. En juillet 1995, une nouvelle exposition permanente baptisée « Les guerres secrètes » fut inaugurée à l’Imperial War Museum de Londres. « Tout ce que vous pouvez voir dans cette exposition fait partie des secrets les mieux gardés du pays », assurait-on aux visiteurs à l’entrée. « C’est la première fois qu’ils sont dévoilés au public. Et le plus important : tout est véridique... la réalité est bien plus incroyable et passionnante que la fiction. » Sur l’une des vitrines consacrées au MI6, un commentaire discret confirmait que : « Les préparatifs en vue d’une Troisième Guerre mondiale incluaient la création de commandos stay-behind parés à opérer derrière les lignes ennemies dans le cas d’une invasion soviétique de l’Europe de l’Ouest ». Dans la même vitrine, une grosse caisse pleine d’explosifs était accompagnée de la légende suivante : « Explosifs conçus spécialement par le MI6 pour être cachés dans des territoires susceptibles de passer à l’ennemi. Ils pouvaient rester enterrés pendant des années sans subir la moindre altération. » À côté d’un manuel consacré aux techniques de sabotage pour commandos stay-behind, on pouvait lire : « Dans la zone d’occupation britannique en Autriche, des officiers de la Marine Royale furent spécialement détachés pour aménager des caches d’armes en montagne et collaborer avec des agents recrutés sur place » [58]

D’anciens officiers du MI6 interprétèrent à juste titre cette exposition comme un signe qu’ils étaient à présent libres de s’exprimer sur l’Opération Gladio. Quelques mois après l’inauguration, les anciens officiers de la Marine Royale Giles et Preston, les seuls agents du MI6 dont les noms étaient cités dans l’exposition à côté d’une photographie prise « dans les Alpes autrichiennes, 1953-1954 », confirmèrent à l’écrivain Michael Smith qu’à la fin des années quarante et au début des années cinquante, États-uniens et Britanniques avaient recruté des unités stay-behind en Europe de l’Ouest en prévision d’une invasion soviétique. Giles et Preston furent envoyés à Fort Monckton, non loin de Portsmouth en Angleterre, où les Gladiateurs partageaient l’entraînement des SAS sous l’égide du MI6. Ils étaient formés au cryptage, au maniement des armes à feu et aux opérations secrètes. « On nous faisait faire des exercices, sortir au beau milieu de la nuit et faire semblant de faire exploser des trains sans que le chef de gare ou les porteurs ne nous repèrent », se souvint Preston. « On approchait en rampant et on faisait semblant de fixer des charges explosives sur le côté droit de la locomotive » [59]

Giles se remémora avoir pris part à des opérations de sabotage sur des trains britanniques en service comme, par exemple, l’exercice qui eut lieu à la gare de triage d’Eastleigh : « Nous déposions des briques dans les locomotives pour simuler des pains de plastic. Je me rappelle les files et les files de wagons, entièrement recouverts d’une épaisse couche de neige, arrêtés là au milieu des nuages de vapeur. Des soldats patrouillaient avec des chiens. À un moment donné, les gardes se sont approchés, j’ai alors dû me cacher entre les cylindres des locomotives et attendre qu’ils passent. Nous ôtions aussi le bouchon des réservoirs d’huile des essieux pour y verser du sable, ce qui avait pour conséquence, au bout de quelques dizaines de kilomètres, de les faire tous surchauffer » [60]. Le fait qu’il s’agisse de trains publics en service ne semblait pas gêner les deux agents : «  Ce n’était pas mon problème », expliqua Giles, « nous ne faisions que jouer ». « J’ai dû arpenter Greenwich pendant 10 jours pour apprendre à filer des gens et à semer ceux qui me filaient, la réalité concrète du boulot d’espion », raconta Preston. Puis, ils furent envoyés en Autriche avec pour mission de recruter et de former des agents et supervisèrent le réseau de « bunkers souterrains remplis d’armes de vêtements et de matériel » mis en place par « le MI6 et la CIA » à destination du Gladio autrichien [61] En visitant le quartier général du MI6 sur les bords de la Tamise à Londres en 1999, il ne fut pas surpris outre mesure d’apprendre que le MI6 a pour règle de ne jamais évoquer les secrets militaires.

(À suivre…)

%20 Daniele Ganser

Historien suisse, spécialiste des relations internationales contemporaines. Il est enseignant à l’Université de Bâle.


%20

Cet article constitue le troisième chapitre des Armées secrètes de l’OTAN
Version française : éditions Demi-lune (2007).



[1] Quotidien britannique The European du 9 novembre 1990.

[2] Ibid. Il semble que le représentant de l’OTAN qui apporta le rectificatif soit Robert Stratford. Voir Regine Igel, Andreotti. Politik zwischen Geheimdienst und Mafia (Herbig Verlag, Munich, 1997), p.343.

[3] Quotidien britannique The Observer du 18 novembre 1990.

[4] Quotidien britannique The Guardian du 10 novembre 1990.

[5] Ibid., 30 janvier 1992.

[6] Ibid., 16 janvier 1991.

[7] Agence de presse internationale Reuters, 15 novembre 1990.

[8] Aucun auteur spécifié, « Gladio. Un misterio de la guerra fria. La trama secreta coordinada por mandos de la Alianza Atlantica comienza a salir a la luz tras cuatro decadas de actividad » dans le quotidien espagnol El Pais du 26 novembre 1990.

[9] Aucun auteur spécifié, « El servicio espanol de inteligencia mantiene estrechas relaciones con la OTAN. Serra ordena indagar sobre la red Gladio en Espana » dans le quotidien espagnol El Pais du 16 novembre 1990.

[10] Erich Schmidt Eenboom, Schnüffler ohne Nase. Der BND. Die unheimliche Macht im Staate (Econ Verlag, Düsseldorf, 1993), p.365.

[11] Quotidien portugais Expresso du 24 novembre 1990.

[12] Ibid.

[13] Agence de presse internationale Reuters, 13 novembre 1990. Quotidien britannique The Independent du 16 novembre 1990.

[14] Agence de presse internationale Associated Press, 14 novembre 1990. Agence de presse internationale Reuters, 12 november 1990. Agence de presse internationale Reuters, 15 novembre 1990.

[15] Hebdomadaire britannique The Independent on Sunday du 21 juin 1998. Critique d’un ouvrage sur Nixon (Nixon in Winter) par l’ancienne assistante de Nixon : Monica Crowley.

[16] Ils furent :
1951–1952 Gén. Dwight D Eisenhower, US Army ;
1952–1953 Gén. Matthew B Ridgway, US Army ;
1953–1956 Gén. Alfred M Gruenther, US Army ;
1956–1962 Gén. Lauris Norstad, US Air Force ;
1963–1969 Gén. Lyman L Lemnitzer, US Army ;
1969–1974 Gén. Andrew J Goodpaster, US Army ;
1974–1979 Gén. Alexander M Haig Jr, US Army ;
1979–1987 Gén. Bernard W Rogers, US Army ;
1987–1992 Gén. John R Galvin, US Army ;
1992–1993 Gén. John M Shalikashvili, US Army ;
1993–1997 Gén. George A Joulwan, US Army ;
1997–2000 Gén. Wesley K. Clark, US Army.
2000-2003 Gén. Joseph Ralston, US Air Force ;
2003-2006 Gén. James L. Jones, US Marine Corps ;
2006-2009 Gén. Bantz J. Craddock, US Army ;
2009- Am. James G. Stavridis, US Navy.

[17] Jonathan Kwitny, « The CIA’s Secret Armies in Europe » dans The Nation, 6 avril 1992, p.445.

[18] Hebdomadaire allemand Der Spiegel, n°47, p.20, 19 novembre 1990.

[19] Pietro Cedomi, « Services Secrets, Guerre Froide et ‘stay-behind’ Part III. Répertoire des réseaux S/B » dans le périodique belge Fire ! Le Magazine de l’Homme d’Action, novembre/ décembre 1991, p.82.

[20] Commission d’enquête parlementaire sur Gladio, tel que résumé dans le périodique britannique Statewatch, janvier/février 1992.

[21] Philip Willan, Puppetmasters : The Political Use of Terrorism in Italy (Constable, Londres, 1991), p.27.

[22] Arthur Rowse, « Gladio : The Secret US War to subvert Italian Democracy » dans Covert Action Quarterly, n°49, Été 1994, p.3.

[23] Extrait de Willan, Puppetmaster, p.27.

[24] Mario Coglitore (ed.), La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenze della Repubblica (Calusca Edizioni, Padoue, 1992), p.34. « L’existence des protocoles secrets de l’OTAN est un fait avéré car de Gaulle les a dénoncés explicitement le 7 mars 1966 et le Parlement de la RFA a récemment admis qu’ils existaient » (ibid.).

[25] Périodique britannique Searchlight, janvier 1991.

[26] Paolo Inzerili, Gladio. La Verità negata (Edizioni Analisi, Bologne, 1995), p.61.

[27] Inzerilli, Gladio, p.62.

[28] Gerardo Serravalle, Gladio (Edizione Associate, Rome, 1991), p.78.

[29] Ibid., p.78.

[30] Commission d’enquête parlementaire sur Gladio, tel que résumé dans le périodique britannique Statewatch, janvier/février 1992.

[31] Inzerilli, Gladio, p.63.

[32] Ibid.

[33] Michel Van Ussel : Georges 923. Un agent du Gladio belge parle. Témoignage (Éditions La Longue Vue, Bruxelles, 1991), p.139.

[34] Inzerilli, Gladio, p.64.

[35] Courriel d’Anne-Marie Smith du service des archives de l’OTAN à l’auteur, 18 août 2000.

[36] Lettre du chef de la mission suisse à l’OTAN, l’ambassadeur Anton Thalmann, à l’auteur, datée du mai 2001.

[37] Lettre de Lee McClenny, responsible du service de relation presse et médias de l’OTAN, à l’auteur, datée du 2 mai 2001.

[38] Ibid.

[39] Presidential Directive, National Security Decision Memorandum 40, Responsibility for the Conduct, Supervision and Coordination of Covert Action Operations, Washington February 17 1970. Signed : Richard Nixon.

[40] Pour découvrir un historique complet des opérations secrètes de la CIA dans le monde depuis 1945, voir William Blum : Killing Hope. US Military and CIA interventions since World War II (Common Courage Press, Maine, 1995). Version française : Les Guerres scélérates (Parangon, 2004).

[41] Source : www.terrorism.com

[42] Les trois commissions étaient la Commission du Sénat présidée par Frank Church, la Commission de la Chambre des Représentants présidée par Ottis Pike et la Commission Murphy du Président Ford.
1. Report of the House Select Committee on Intelligence [Pike Committee], Ninety-fourth Congress, Publié par Village Voice, New York City, février 1976.
2. Report of the Commission on the Organization of the Government for the Conduct of Foreign Policy [Murphy Commission], US Government Printing Office, Washington DC, June 1975.
3. Final Report, of the United States Senate Select Committe to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities [Church Committee], US Government Printing Office, Washington DC, April 1976.
Celui qui peut être considéré comme le meilleur des trois rapports, le Rapport final de la Commission Sénatoriale d’Enquête sur les Opérations du Gouvernement en matière de Renseignement, se compose de six volumes. Le premier traite du « Renseignement Extérieur et Militaire, de la CIA, des opérations secrètes et la question du contrôle démocratique des services secrets ». Dans le second volume, intitulé « Activités de Renseignement et Droits des Citoyens États-uniens » le rapport Church révèlent de quelle manière la NSA et le FBI ont violé la vie privée des citoyens états-uniens. Le troisième volume, intitulé « Rapports Internes Complémentaires sur les Activités de Renseignement et les Droits des Citoyens États-uniens », prolonge l’analyse du précédent et affirme que « contre-espionnage » est une appellation impropre pour « opération clandestine intérieure ». Le quatrième volume, intitulé « Rapports Internes Complémentaires sur le Renseignement Extérieur et Militaire » présente un historique de la CIA de 1946 à 1975. Le cinquième volume, intitulé « L’Assassinat du Président John F. Kennedy et le Travail des Agences de Renseignement », tente d’établir si les services secrets US ont ou non conspiré pour entretenir le secret autour de l’assassinat de JFK. Le dernier volume, intitulé « Rapports Complémentaires sur les Activités de Renseignement », traite de l’évolution historique et de l’organisation de la capacité de renseignement nationale de 1776 à 1976.
Des extraits de ces rapports ont été publiés en français sous le titre Les Complots de la CIA. Manipulations et assassinats (Stock, 1976).

[43] Kathryn Olmsted, Challenging the Secret Government : The Post-Watergate Investigations of the CIA and FBI (University of North Carolina Press, Chapelhill, 1996), p.9.

[44] Quotidien britannique The Independent du 1er décembre 1990.

[45] Jonathan Kwitny, « The CIA’s Secret Armies in Europe » dans The Nation , 6 avril 1992, p.445.

[46] Arthur Rowse, « Gladio. The Secret US War to Subvert Italian Democracy » dans Covert Action Quarterly, n°49, Été 1994.

[47] Requête FOIA : « L’Operation ‘Gladio’ de la CIA », déposée par Malcolm Byrne le 15 avril 1991. Requête FOIA n° 910113.

[48] Quotidien italien Corriere della Sera du 29 mai 1995.

[49] Magazine politique autrichien Zoom, n° 4/5, 1996 : « Es muss nicht immer Gladio sein. Attentate, Waffenlager, Erinnerungslücken », p.6.

[50] Bericht betreff US Waffenlager. Oesterreichisches Bundesministerium für Inneres. Generaldirektor für die öffentliche Sicherheit. Mag. Michael Sika. 28 novembre 1997. Vienne, p.10.

[51] Lettre datée du 28 décembre 2000 et adressée par la CIA à l’auteur concernant la requête FOIA F-2000-02528 portant sur l’opération Gladio.

[52] Lettre datée du 23 janvier 2001 et adressée par l’auteur à Mme Dyer de la CIA.

[53] Lettre datée du 7 février 2001 et adressée par la coordinatrice des questions d’information et de respect de la vie privée Kathryn I. Dyer à l’auteur.

[54] Au moment de la mise sous presse de l’édition française, soit 6 ans après la demande, l’auteur attend toujours… (Note de l’éditeur)

[55] Agence de presse internationale Associated Press, 14 novembre 1990.

[56] Télévision britannique. BBC Newsnight, 4 avril 1991, 22 h 30. Reportage du journaliste Peter Marshall sur Gladio.

[57] Ibid.

[58] Imperial War Museum, Londres. Exposition sur les Guerres Secrètes. Visitée par l’auteur le 20 mai 1999. Le 4 juin 1999, l’auteur rencontra Mark Siemens, du département de recherche du musée et en charge de l’exposition sur les Guerres Secrètes, qui souligna que l’unité secrète SOE, créée pendant le Seconde Guerre mondiale, était le prédécesseur des stay-behinds Gladio. L’auteur ne parvint à obtenir du MI6 aucune information supplémentaire sur le phénomène.

[59] Michael Smith, New Cloak, Old Dagger : How Britain’s Spies Came in from the Cold (Gollancz, Londres, 1996), p.117. Basé sur des entretiens avec Simon Preston le 11 octobre 1995 et Michael Giles le 25 octobre 1995.

[60] Smith, Dagger, p.117.

[61] Ibid., p.118.



Edité par T 34 - 09 Jan 2010 à 01:04
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