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Corée du nord

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    Envoyé : 27 Sep 2007 à 17:10
 

 
Quand les Etats-Unis détruisaient un pays pour le sauver
 

Mémoires de feu en Corée du Nord. Le Monde Diplomatique.

Plutôt que d’une guerre « oubliée », mieux vaudrait parler, s’agissant de la guerre de Corée (1950-1953), d’une guerre inconnue. L’effet incroyablement destructeur des campagnes aériennes américaines contre la Corée du Nord – qui allèrent du largage continu et à grande échelle de bombes incendiaires (essentiellement au napalm) aux menaces de recours aux armes nucléaires et chimiques (1) et à la destruction de gigantesques barrages nord-coréens dans la phase finale de la guerre – est indélébile. Ces faits sont toutefois peu connus, même des historiens, et les analyses de la presse sur le problème nucléaire nord-coréen ces dix dernières années n’en font jamais fait état.

La guerre de Corée passe pour avoir été limitée, mais elle ressembla fort à la guerre aérienne contre le Japon impérial pendant la seconde guerre mondiale, et fut souvent menée par les mêmes responsables militaires américains. Si les attaques d’Hiroshima et de Nagasaki ont fait l’objet de nombreuses analyses, les bombardements incendiaires contre les villes japonaises et coréennes ont reçu beaucoup moins d’attention. Quant aux stratégies nucléaire et aérienne de Washington en Asie du Nord-Est après la guerre de Corée, elles sont encore moins bien comprises, alors que ces stratégies ont défini les choix nord-coréens et demeurent un facteur-clé dans l’élaboration de la stratégie américaine en matière de sécurité nationale. (...)

Le napalm fut inventé à la fin de la seconde guerre mondiale. Son utilisation provoqua un débat majeur pendant la guerre du Vietnam, attisé par des photos insoutenables d’enfants qui couraient nus sur les routes, leur peau partant en lambeaux... Une quantité encore plus grande de napalm fut néanmoins larguée sur la Corée, dont l’effet fut beaucoup plus dévastateur, car la République populaire démocratique de Corée (RPDC) comptait bien plus de villes peuplées que le Nord-Vietnam. En 2003, j’ai participé à une conférence aux côtés d’anciens combattants américains de la guerre de Corée. Lors d’une discussion à propos du napalm, un survivant de la bataille du Réservoir de Changjin (Chosin, en japonais), qui avait perdu un œil et une partie de la jambe, affirma que cette arme était bel et bien ignoble, mais qu’elle « tombait sur les bonnes personnes ».

Les bonnes personnes ? Comme lorsqu’un bombardement toucha par erreur une douzaine de soldats américains : « Tout autour de moi, les hommes étaient brûlés. Ils se roulaient dans la neige. Des hommes que je connaissais, avec qui j’avais marché et combattu, me suppliaient de leur tirer dessus... C’était terrible. Quand le napalm avait complètement brûlé la peau, elle se détachait en lambeaux du visage, des bras, des jambes... comme des chips de pommes de terre frites (2). »

Un peu plus tard, George Barrett, du New York Times, découvrit un « tribut macabre à la totalité de la guerre moderne » dans un village au nord d’Anyang (en Corée du Sud) : « Les habitants de tout le village et dans les champs environnants furent tués et conservèrent exactement l’attitude qu’ils avaient lorsqu’ils furent frappés par le napalm : un homme s’apprêtait à monter sur sa bicyclette, une cinquantaine d’enfants jouaient dans un orphelinat, une mère de famille étrangement intacte tenait dans la main une page du catalogue Sears-Roebuck où était cochée la commande no 3811294 pour une “ravissante liseuse couleur corail”. » Dean Acheson, secrétaire d’Etat, voulait que ce genre de « reportage à sensation » soit signalé à la censure afin qu’on puisse y mettre un terme (3).

L’un des premiers ordres d’incendier des villes et des villages que j’ai trouvés dans les archives fut donné dans l’extrême sud-est de la Corée, pendant que des combats violents se déroulaient le long du périmètre de Pusan, début août 1950, alors que des milliers de guérilleros harcelaient les soldats américains. Le 6 août 1950, un officier américain donna l’ordre à l’armée de l’air « que soient oblitérées les villes suivantes » : Chongsong, Chinbo et Kusu-Dong. Des bombardiers stratégiques B-29 furent également mis à contribution pour des bombardements tactiques. Le 16 août, cinq formations de B-29 frappèrent une zone rectangulaire près du front qui comptait un grand nombre de villes et de villages, et créèrent un océan de feu en larguant des centaines de tonnes de napalm. Un ordre semblable fut émis le 20 août. Et le 26 août, on trouve dans ces mêmes archives la simple mention : « Onze villages incendiés (4) ».

Les pilotes avaient ordre de frapper les cibles qu’ils pouvaient discerner pour éviter de frapper des civils, mais ils bombardaient souvent des centres de population importants identifiés par radar, ou larguaient d’énormes quantités de napalm sur des objectifs secondaires lorsque la cible principale ne pouvait être atteinte. La ville industrielle de Hungnam fut la cible d’une attaque majeure le 31 juillet 1950, au cours de laquelle 500 tonnes de bombes furent lâchées à travers les nuages. Les flammes s’élevèrent jusqu’à une centaine de mètres. L’armée américaine largua 625 tonnes de bombes sur la Corée du Nord le 12 août, un tonnage qui aurait requis une flotte de 250 B-17 pendant la seconde guerre mondiale. Fin août, les formations de B-29 déversaient 800 tonnes de bombes par jour sur le Nord (5). Ce tonnage consistait en grande partie en napalm pur. De juin à fin octobre 1950, les B-29 déversèrent 3,2 millions de litres de napalm.

Au sein de l’armée de l’air américaine, certains se délectaient des vertus de cette arme relativement nouvelle, introduite à la fin de la précédente guerre, se riant des protestations communistes et fourvoyant la presse en parlant de « bombardements de précision ». Les civils, aimaient-ils à prétendre, étaient prévenus de l’arrivée des bombardiers par des tracts, alors que tous les pilotes savaient que ces tracts n’avaient aucun effet (6). Cela n’était qu’un prélude à la destruction de la plupart des villes et villages nord-coréens qui allait suivre l’entrée de la Chine dans la guerre.

Larguer trente bombes atomiques ?

L’entrée des Chinois dans le conflit provoqua une escalade immédiate de la campagne aérienne. A compter du début novembre 1950, le général MacArthur ordonna que la zone située entre le front et la frontière chinoise soit transformée en désert, que l’aviation détruise tous les « équipements, usines, villes et villages » sur des milliers de kilomètres carrés du territoire nord-coréen. Comme le rapporta un attaché militaire britannique auprès du quartier général de MacArthur, le général américain donna l’ordre de « détruire tous les moyens de communication, tous les équipements, usines, villes et villages » à l’exception des barrages de Najin, près de la frontière soviétique et de Yalu (épargnés pour ne pas provoquer Moscou et Pékin). « Cette destruction [devait] débuter à la frontière mandchoue et continuer vers le sud. » Le 8 novembre 1950, 79 B-29 larguaient 550 tonnes de bombes incendiaires sur Sinuiju, « rayant de la carte ». Une semaine plus tard, un déluge de napalm s’abattait sur Hoeryong « dans le but de liquider l’endroit ». Le 25 novembre, « une grande partie de la région du Nord-Ouest entre le Yalu et les lignes ennemies plus au sud (...) est plus ou moins en feu ». La zone allait bientôt devenir une « étendue déserte de terre brûlée (7) ».

Tout cela se passait avant la grande offensive sino-coréenne qui chassa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires » (objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951). A mesure que les Américains se retiraient au sud du 30e parallèle, la politique incendiaire de la terre brûlée se poursuivit : Uijongbu, Wonju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rapprochait, furent la proie des flammes (8).

L’aviation militaire tenta aussi de décapiter la direction nord-coréenne. Pendant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde a appris l’existence de la bombe surnommée « MOAB » (Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pesant 21 500 livres et d’une capacité explosive de 18 000 livres de TNT. Newsweek en publia une photo en couverture, sous le titre « Pourquoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? (9) ». Au cours de l’hiver 1950-1951, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient revenus à leur point de départ des années 1930 et se terraient dans de profonds bunkers à Kanggye, près de la frontière mandchoue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débarquement d’Inch’on, les B-29 larguèrent des bombes « Tarzan » sur Kanggye. Il s’agissait d’une bombe nouvelle, énorme, de 12 000 livres, jamais utilisée auparavant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incendiaire ultime, la bombe atomique.

Le 9 juillet 1950, deux semaines seulement après le début de la guerre, le général MacArthur envoya au général Ridgway un « message urgent » qui incita les chefs d’état-major (CEM) « à examiner s’il fallait ou non donner des bombes A à MacArthur ». Le général Charles Bolte, chef des opérations, fut chargé de discuter avec MacArthur de l’utilisation de bombes atomiques « en soutien direct aux combats terrestres ». Bolte estimait qu’on pouvait réserver de 10 à 20 bombes au théâtre coréen sans que les capacités militaires globales des Etats-Unis s’en trouvent affectées « outre mesure ». MacArthur suggéra à Bolte une utilisation tactique des armes atomiques et lui donna un aperçu des ambitions extraordinaires qu’il nourrissait dans le cadre de la guerre, notamment l’occupation du Nord et une riposte à une potentielle intervention chinoise ou soviétique comme suit : « Je les isolerai en Corée du Nord. En Corée, je vois un cul-de-sac. Les seuls passages en provenance de Mandchourie et de Vladivostok comportent de nombreux tunnels et ponts. Je vois là une occasion unique d’utiliser la bombe atomique, pour frapper un coup qui barrerait la route et demanderait un travail de réparation de six mois. »

A ce stade de la guerre, toutefois, les chefs d’état-major rejetèrent l’usage de la bombe car les cibles suffisamment importantes pour nécessiter des armes nucléaires manquaient, ils redoutaient les réactions de l’opinion mondiale cinq ans après Hiroshima et ils s’attendaient que le cours de la guerre soit renversé par des moyens militaires classiques. Le calcul ne fut plus le même lorsque d’importants contingents de soldats chinois entrèrent en guerre, en octobre et novembre 1950.

Lors d’une célèbre conférence de presse, le 30 novembre, le président Truman agita la menace de la bombe atomique (10). Ce n’était pas une bourde comme on le supposa alors. Le même jour, le général de l’armée de l’air Stratemeyer envoya l’ordre au général Hoyt Vandenberg de placer le commandement stratégique aérien en alerte « afin qu’il soit prêt à envoyer sans retard des formations de bombardiers équipés de bombes moyennes en Extrême-Orient, (...) ce supplément [devant] comprendre des capacités atomiques ». Le général d’aviation Curtis LeMay se souvient à juste titre que les CEM étaient parvenus auparavant à la conclusion que les armes atomiques ne seraient probablement pas employées en Corée, sauf dans le cadre d’une « campagne atomique générale contre la Chine maoïste ». Mais puisque les ordres changeaient en raison de l’entrée en guerre des forces chinoises, LeMay voulait être chargé de la tâche ; il déclara à Stratemeyer que son quartier général était le seul qui possédait l’expérience, la formation technique et « la connaissance intime » des méthodes de largage. L’homme qui dirigea le bombardement incendiaire de Tokyo en mars 1945 était prêt à mettre le cap de nouveau sur l’Extrême-Orient pour diriger les attaques (11). Washington se souciait peu à l’époque de savoir comment Moscou allait réagir car les Américains possédaient au moins 450 bombes atomiques tandis que les Soviétiques n’en avaient que 25.

Peu de temps après, le 9 décembre, MacArthur fit savoir qu’il voulait un pouvoir discrétionnaire concernant l’utilisation des armes atomiques sur le théâtre coréen, et, le 24 décembre, il soumit une « liste de cibles devant retarder l’avancée de l’ennemi » pour lesquelles il disait avoir besoin de 26 bombes atomiques. Il demandait en outre que 4 bombes soient larguées sur les « forces d’invasion » et 4 autres sur les « concentrations ennemies cruciales de moyens aériens ».

Dans des interviews parues après sa mort, MacArthur affirmait avoir un plan permettant de remporter la guerre en dix jours : « J’aurais largué une trentaine de bombes atomiques (...) en mettant le paquet le long de la frontière avec la Mandchourie. » Il aurait ensuite amené 500 000 soldats de la Chine nationaliste au Yalu, puis aurait « répandu derrière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une ceinture de cobalt radioactif (...) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pendant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion terrestre de la Corée par le nord ». Il avait la certitude que les Russes n’auraient pas bougé devant cette stratégie de l’extrême : « Mon plan était simple comme bonjour (12). »

La radioactivité du cobalt 60 est 320 fois plus élevée que celle du radium. Selon l’historien Carroll Quigley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pourrait détruire toute vie animale sur terre. Les propos bellicistes de MacArthur paraissent insensés, mais il n’était pas le seul à penser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comité dépendant des chefs d’état-major avait déclaré que les bombes atomiques pourraient s’avérer être le « facteur décisif » qui stopperait l’avancée chinoise en Corée. Au départ, on envisageait éventuellement leur utilisation dans « un cordon sanitaire [pouvant] être établi par l’ONU suivant une bande située en Mandchourie juste au nord de la frontière coréenne ».

La Chine en ligne de mire

Quelques mois plus tard, le député Albert Gore (le père d’Al Gore, candidat démocrate malheureux en 2000), qui s’opposa par la suite à la guerre du Vietnam, déplorait que « la Corée [fasse] détruise peu à peu la virilité américaine » et suggérait de mettre fin à la guerre par « quelque chose de cataclysmique », à savoir une ceinture radioactive qui diviserait la péninsule coréenne en deux de façon permanente. Bien que le général Ridgway n’ait pas parlé de bombe au cobalt, après avoir succédé à MacArthur en tant que commandant américain en Corée, il renouvela en mai 1951 la demande formulée par son prédécesseur le 24 décembre, réclamant cette fois 38 bombes atomiques (13). Cette demande ne fut pas acceptée.

Début avril 1951, les Etats-Unis furent à deux doigts d’utiliser des armes atomiques, au moment, précisément, où Truman révoquait MacArthur. Si les informations concernant cet événement sont encore en grande partie classées secrètes, il est désormais clair que Truman ne destitua pas MacArthur uniquement en raison de son insubordination réitérée, mais parce qu’il voulait un commandant fiable sur le terrain au cas où Washington décide de recourir aux armes atomiques. En d’autres termes, Truman se débarrassa de MacArthur pour garder ouverte sa politique en matière d’armes atomiques. Le 10 mars 1951, après que les Chinois eurent massé de nouvelles forces près de la frontière coréenne et que les Soviétiques eurent stationné 200 bombardiers sur les bases aériennes de Mandchourie (d’où ils pouvaient frapper non seulement la Corée, mais les bases américaines au Japon) (14), MacArthur demanda une « force atomique de type Jour J » afin de conserver la supériorité aérienne sur le théâtre coréen. Le 14 mars, le général Vandenberg écrivait : « Finletter et Lovett alertés sur les discussions atomiques. Je pense que tout est prêt. » Fin mars, Stratemeyer rapporta que les fosses de chargement des bombes atomiques sur la base aérienne de Kadena, à Okinawa, étaient de nouveau opérationnelles. Les bombes y furent transportées en pièces détachées, puis montées sur la base, seul le noyau nucléaire restant à placer. Le 5 avril, les CEM ordonnèrent que des représailles atomiques immédiates soient lancées contre les bases mandchoues si de nouveaux contingents importants de soldats chinois se joignaient aux combats ou, semble-t-il, si des bombardiers étaient déployés de là contre des positions américaines. Le même jour, Gordon Dean, président de la Commission sur l’énergie atomique, prit des dispositions pour faire transférer 9 têtes nucléaires Mark IV au 9e groupe de bombardiers de l’aviation militaire, affecté au transport des bombes atomiques. (...)

Les chefs d’état-major envisagèrent de nouveau l’emploi des armes nucléaires en juin 1951 – cette fois, du point de vue tactique sur le champ de bataille (15) – et ce fut le cas à maintes autres reprises jusqu’en 1953. Robert Oppenheimer, l’ancien directeur du Projet Manhattan, travailla sur le Projet Vista, destiné à évaluer la faisabilité de l’usage tactique des armes atomiques. Au début de 1951, un jeune homme du nom de Samuel Cohen, qui effectuait une mission secrète pour le département de la défense, étudia les batailles ayant conduit à la seconde prise de Séoul et en conclut qu’il devait exister un moyen de détruire l’ennemi sans détruire la ville. Il allait devenir le père de la bombe à neutrons (16).

Des milliers de villages anéantis

Le projet nucléaire le plus terrifiant des Etats-Unis en Corée fut probablement l’opération Hudson Harbor. Cette opération semble avoir fait partie d’un projet plus vaste portant sur « l’exploitation ouverte par le département de la défense et l’exploitation clandestine par la Central Intelligence Agency, en Corée, de la possibilité d’utiliser les armes nouvelles » (un euphémisme désignant ce qu’on appelle maintenant les armes de destruction massive). (...)

Sans recourir aux « armes nouvelles », bien que le napalm ait été très nouveau à l’époque, l’offensive aérienne n’en a pas moins rasé la Corée du Nord et tué des millions de civils avant la fin de la guerre. Pendant trois années, les Nord-Coréens se sont trouvés face à la menace quotidienne d’être brûlés par le napalm : « On ne pouvait pas y échapper », m’a confié l’un eux en 1981. En 1952, pratiquement tout avait été complètement rasé dans le centre et le nord de la Corée. Les survivants vivaient dans des grottes. (...)

Au cours de la guerre, écrivit Conrad Crane, l’armée de l’air américaine « provoqua une destruction terrible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts provoqués par les bombardements révéla que sur les 22 villes principales du pays, 18 avaient été au moins à moitié anéanties. » Il ressortait d’un tableau établi par l’auteur que les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hungnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sariwon à 95 %, Sinanju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyongyang à 75 %. Un journaliste britannique décrivit l’un des milliers de villages anéantis comme « un monticule étendu de cendres violettes ». Le général William Dean, qui fut capturé après la bataille de Taejon, en juillet 1950, et emmené au Nord, déclara par la suite qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit que « des gravats ou des ruines couvertes de neige ». Tous les Coréens qu’il rencontra, ou presque, avaient perdu un parent dans un bombardement (17). Winston Churchill, vers la fin de la guerre, s’émut et déclara à Washington que, lorsque le napalm fut inventé à la fin de la seconde guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en « aspergerait » toute une population civile (18).

Telle fut la « guerre limitée » livrée en Corée. En guise d’épitaphe à cette entreprise aérienne effrénée, citons le point de vue de son architecte, le général Curtis LeMay, qui déclara après le début de la guerre : « Nous avons en quelque sorte glissé un mot sous la porte du Pentagone disant : “Laissez-nous aller là-bas (...) incendier cinq des plus grandes villes de Corée du Nord – elles ne sont pas très grandes – ça devrait régler les choses.” Eh bien, on nous a répondu par des cris – “Vous allez tuer de nombreux civils”, et “c’est trop horrible”. Pourtant, en trois ans (...), nous avons incendié toutes (sic) les villes en Corée du Nord de même qu’en Corée du Sud (...). Sur trois ans, on arrive à le faire passer, mais tuer d’un coup quelques personnes pour régler le problème, beaucoup ne peuvent pas l’encaisser (19). »

La Corée du Nord tenterait, sans raison, de s’équiper en armes de destruction massive, tandis que l’opposition de Washington à cette stratégie relèverait de l’innocence originelle. Pourtant, depuis les années 1940, les Etats-Unis ont eux-mêmes utilisé ou menacé d’utiliser ces armes en Asie du Nord-Est. Ils sont la seule puissance à avoir eu recours à la bombe atomique, et leur dissuasion repose sur la menace de les employer de nouveau en Corée.

Bruce Cumings.

Bruce Cumings

Professeur d’histoire à l’université de Chicago ; auteur de Parallax Visions : Making Sense of American-East Asian Relations, Duke University Press, Londres, 1999 et de North Korea, Another Country, The New Press, New York, 2004.

(1) Stephen Endicott, Edward Hagerman, « Les armes biologiques de la guerre de Corée », Le Monde diplomatique, juillet 1999.

(2) Cité dans Clay Blair, Forgotten War, Random House, New York, 1989.

(3) Archives nationales américaines, dossier 995 000, boîte 6175, dépêche de George Barrett, 8 février 1951.

(4) Archives nationales, RG338, dossier KMAG, boîte 5418, journal KMAG, entrées des 6, 16, 20 et 26 août 1950.

(5) The New York Times, 31 juillet, 2 août et 1er septembre 1950.

(6) Voir « Air War in Korea », dans Air University Quarterly Review 4, n° 2, automne 1950, pp. 19-40, et « Precision bombing », dans Air University Quartely review 4, n° 4, été 1951, pp. 58-65.

(7) Archives MacArthur, RG6, boîte 1, « Stratemeyer à MacArthur », 8 novembre 1950 ; Public Record Office, FO 317, pièce n° 84072, « Bouchier aux chefs d’état-major », 6 novembre 1950 ; pièce no 84073, 25 novembre 1959, sitrep.

(8) Bruce Cumings, The Origins of the Korean War, tome II, Princeton University Press, 1990, pp. 753-754 ; New York Times, 13 décembre 1950 et 3 janvier 1951.

(9) Newsweek, 24 mars 2003.

(10) The New York Times, 30 novembre et 1er décembre 1950.

(11) Hoyt Vandenberg Papers, boîte 86, Stratemeyer à Vandenberg, 30 novembre 1950 ; LeMay à Vandenberg, 2 décembre 1950. Voir aussi Richard Rhodes, Dark Sun : The Making of the Hydrogen Bomb, 1955, pp. 444-446.

(12) Bruce Cumings, op. cit., p. 750. Charles Willoughby Papers, boîte 8, interviews par Bob Considine et Jim Lucas en 1954 parus dans le New York Times, 9 avril 1964.

(13) Carroll Quigley, Tragedy and Hope : A History of the World in Our Time, MacMillan, New York, 1966, p. 875. C. Quigley fut le professeur préféré de William Clinton à Georgetown University. Voir aussi B. Cumings, op. cit., p. 750.

(14) Les documents rendus publics après l’effondrement de l’Union soviétique ne semblent pas corroborer cette information. Selon les historiens, les Soviétiques ne déployèrent pas une force aérienne de cette importance à l’époque, contrairement à ce que pensaient les services de renseignement – en raison peut-être d’une désinformation efficace de la part des Chinois.

(15) Il ne s’agissait pas d’utiliser des armes nucléaires dites tactiques, non encore disponibles en 1951, mais d’utiliser les Mark IV tactiquement dans les combats, comme les bombes classiques larguées par les B-29 avaient été utilisées dans les combats depuis fin août 1950.

(16) Samuel Cohen était un ami d’enfance d’Herman Kahn. Voir Fred Kaplan, The Wizards of the Armageddon, Simon & Schuster, New York, 1983, p. 220. Sur Oppenheimer et le projet Vista, voir B. Cumings, op. cit., pp. 751-752, David C. Elliot, « Project Vista and Nuclear Weapons in Europe », dans International Security 2, no 1, été 1986, pp. 163-183.

(17) Conrad Crane, American Airpower Strategy in Korea, University Press of Kansas, Lawrence, 2000, pp. 168-169.

(18) Jon Halliday et Bruce Cumings, Korea : The Unknown War, Pantheon Books, New York, 1988, p. 166.

(19) John Foster Dulles Papers, histoire orale Curtis LeMay, 28 avril 1966.

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Tout cela se passait avant la grande offensive sino-coréenne qui chassa les forces de l’ONU du nord de la Corée. Au début de l’attaque, les 14 et 15 décembre, l’aviation américaine lâcha au-dessus de Pyongyang 700 bombes de 500 livres, du napalm déversé par des avions de combat Mustang, et 175 tonnes de bombes de démolition à retardement qui atterrirent avec un bruit sourd et explosèrent ensuite, quand les gens tentèrent de sauver les morts des brasiers allumés par le napalm. Début janvier, le général Ridgeway ordonna de nouveau à l’aviation de frapper la capitale Pyongyang « dans le but de détruire la ville par le feu à l’aide de bombes incendiaires » ( objectif qui fut accompli en deux temps, les 3 et 5 janvier 1951). A mesure que les Américains se retiraient au sud du 30e parallèle, la politique incendiaire de la terre brûlée se poursuivit : Uijongbu, Wonju et d’autres petites villes du Sud, dont l’ennemi se rapprochait, furent la proie des flammes. [8]

L’aviation militaire tenta aussi de décapiter la direction nord-coréenne. Pendant la guerre en Irak, en mars 2003, le monde appris l’existence de la bombe surnommée « MOAB » ( Mother of all bombs, Mère de toutes les bombes), pensant 21 500 livres et d’une capacité explosive de 18 000 livres de TNT. Newsweek en publia une photo en couverture, sous le titre « Pourquoi l’Amérique fait-elle peur au monde ? » [9] Au cours de l’hiver 1950-51, Kim Il-sung et ses alliés les plus proches étaient revenus à leur point de départ des années 1930 et se terraient dans de profonds bunkers à Kanggye, près de la frontière mandchoue. Après trois mois de vaines recherches à la suite du débarquement d’Inch’on, les B-29 larguèrent des bombes « Tarzan » sur Kanggye. Il s’agissait d’une bombe nouvelle, énorme, de 12 000 livres, jamais utilisée auparavant. Mais ce n’était encore qu’un pétard à côté de l’arme incendiaire ultime, la bombe atomique.
Dans des interviews parues après sa mort, MacArthur affirmait avoir un plan permettant de remporter la guerre en dix jours : « J’aurais largué une trentaine de bombes atomiques ( ...) en mettant le paquet le long de la frontière avec la Mandchourie. » Il aurait ensuite amené 500 000 soldats de la Chine nationaliste au Yalu, puis aurait « répandu derrière nous, de la mer du Japon à la mer Jaune, une ceinture de cobalt radioactif ( ...) dont la durée de vie active se situe entre soixante et cent vingt années. Pendant soixante ans au moins, il n’aurait pas pu y avoir d’invasion terrestre de la Corée par le nord. » Il avait la certitude que les Russes n’auraient pas bougé devant cette stratégie de l’extrême : « Mon plan était simple comme bonjour. » [12]

La radioactivité du cobalt 60 est 320 fois plus élevée que celle du radium. Selon l’historien Carroll Quigley, une bombe H de 400 tonnes au cobalt pourrait détruire toute vie animale sur terre. Les propos bellicistes de MacArthur paraissent insensés, mais il n’était pas le seul à penser de la sorte. Avant l’offensive sino-coréenne, un comité dépendant des chefs d’état-major avait déclaré que les bombes atomiques pourraient s’avérer être le « facteur décisif » qui stopperait l’avancée chinoise en Corée. Au départ, on envisagerait éventuellement leur utilisation dans « un cordon sanitaire [pouvant] être établi par l’ONU suivant une bande située en Mandchourie juste au nord de la frontière coréenne ».

Au cours de la guerre, écrivit Conrad Crane, l’armée de l’air américaine « provoqua une destruction terrible dans toute la Corée du Nord. L’évaluation à l’armistice des dégâts provoqués par les bombardements révéla que sur les 22 villes principales du pays, 18 avaient été au moins à moitié anéanties. » Il ressortait d’un tableau établi par l’auteur que les grandes villes industrielles de Hamhung et de Hungnam avaient été détruites à 80 %-85 %, Sariwon à 95 %, Sinanju à 100 %, le port de Chinnamp’o à 80 % et Pyongyang à 75 %. Un journaliste britannique décrivit l’un des milliers de villages anéantis comme « un monticule étendu de cendres violettes ». Le général William Dean, qui fut capturé après la bataille de Taejon, en juillet 1950, et emmené au Nord, déclara par la suite qu’il ne restait de la plupart des villes et des villages qu’il vit que « des gravats ou des ruines couvertes de neige ». Tous les Coréens qu’il rencontra, ou presque, avaient perdu un parent dans un bombardement. [17] Winston Churchill, vers la fin de la guerre, s’émut et déclara à Washington que, lorsque le napalm fut inventé à la fin de la seconde guerre mondiale, personne n’imaginait qu’on en « aspergerait » toute une population civile.



Cela prouve bien que la stratégie américaine du bombardement a outrance, en plus d'etre inneficace est totalement abominable. Les faucons essayent de nous cacher des tas de chiffres sur les réelles pertes de leurs anciennes guerres et je ne serai pas surpris si on venait a savoir que les bombardements en irak avait coute des dizaines de milliers de vies parmis la population civile.
ET après on ose dire que le corée du nord est dans l'axe du mal.
 


Edité par T 34 - 28 Nov 2012 à 15:29
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 17:11
LA MORT DU CORBEAU
Sok Bom Kim
Commentaire et traduction du japonais de Christine de Larroche
Lettres asiatiques
LITTÉRATURE ETUDES LITTÉRAIRES, CRITIQUES ASIE Corée du Nord


Mélange de rêve et de réalité, semée d'images puissamment évocatrices et de notations de sensations ou d'émotions de tous registres, l'œuvre de Sok Bom Kim constitue un univers romanesque complet. C'est en même temps un témoignage historique essentiel sur le soulèvement de l'île de Cheju en 1948, contre la dictature de Syngman Rhee soutenue par la présence de l'armée américaine en Corée du Sud.
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 17:46
Au début de juin 1942, les flottes japonaise et étasunienne s'affrontent près de l'île de Midway, au coeur du Pacifique. Pour la première fois dans une bataille navale, l'aviation fait figure de vedette. Les Japonais perdent leurs quatre porte-avions. Abasourdis six mois plus tôt par le choc de Pearl Harbor, les Étasuniens redressent la tête et entament une contre-offensive victorieuse.

En 1943, les États-Unis complétèrent leur contrôle de l'Atlantique nord en s'installant aux Açores, territoire portugais (la dictature très conservatrice du docteur Salazar resta neutre, autant par prudence que par mépris pour le populisme et le modernisme d'Hitler et de Mussolini). Les bases américaines du Groenland, d'Islande et des Açores existent toujours.

La farouche résistance coréenne à l'occupation japonaise, menée notamment en Corée, en Chine et en Russie par les troupes communistes de Kim Il-sung, vaut au gouvernement provisoire coréen en exil à Washington, et dirigé par Syngman Rhee, d'obtenir des grandes puissances l'indépendance de son pays à la conférence du Caire, en 1943. À la conférence de Potsdam, il est décidé que les quatre Grands (URSS, États-Unis, Chine et Royaume-Uni) garantiront conjointement l'indépendance du pays.

Peu après, l'URSS et les États-Unis décident de désarmer ensemble l'armée japonaise présente en Corée, les premiers au nord, les seconds au sud. Les États-Unis proposent le 38e parallèle. Entrée en guerre contre le Japon le 9 août 1945, l'URSS franchit peu après la frontière coréenne, alors que les Américains ne débarquent en Corée que le 8 septembre 1945, après la capitulation japonaise ayant entraînée le départ des troupes japonaises de Corée.

Dans la zone sud, les nationalistes de gauche créent un "comité pour la préparation de l'indépendance de la Corée", à majorité communiste, qui proclame l'établissement d'une république populaire de Corée le 6 septembre, dirigée par Yo Unhyong, en opposition au gouvernement provisoire de Syngamnn Rhee.

Les États-Unis décident alors l'installation d'un gouvernement militaire à Séoul le 7. Le chef des troupes d'occupation américaines, supprime les comités de libération nationale, et maintient les fonctionnaires japonais et coréens de l'administration impériale japonaise, tout en confiant le maintien de l'ordre à la police japonaise. Contrairement à la Corée du Nord, la Corée du Sud n'a ainsi pas conduit d'épuration des collaborateurs pro-japonais de la nouvelle administration sud-coréenne. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ...

Le gouvernement militaire américain déclare illégale la république proclamée le 6, et démet Yo Unhyong de ses fonctions. Sungman Rhee rentre en Corée en octobre. La question de l'indépendance de la Corée ne peut être résolue entre les deux Grands réunis au sein d'une commission américano-soviétique, dont les travaux ne commenceront qu'en janvier 1946.

En attendant, le 9 mars 1945, plus de 100 000 victimes périssent lors du bombardement de Tokyo par 300 bombardiers B-29 américains qui lancent des bombes incendiaires. Le 14 avril, des centaines de B-29 américains bombardent à nouveau la ville.

Le 26 juin 1945, à la Conférence de San Francisco, initiée par les Etats-Unis, 50 états fondateurs adoptent la Charte des Nations Unies, qui marque la naissance de l'Organisations des Nations Unies (ONU), qui remplace la SDN. L'entrée en vigueur de la Charte des Nations unies aura lieu le 24 octobre avec la ratification de celle-ci par la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l'URSS et par la majorité des autres pays signataires.

Mais avant cela, le 6 aout, un bombardier américain largue une bombe atomique au plutonium sur Hiroshima. Bilan : 75 000 morts et 90 000 immédiats. Dans les semaines qui suivent, plus de 50 000 personnes supplémentaires meurent. Le nombre total de morts reste imprécis ; il est de l'ordre de 250 000. 3 jours plus tard, le 9 aout, deuxième bombardement atomique sur Nagasaki. 75 000 des 240 000 habitants de la ville furent tués sur le coup, et au moins autant d'habitants décédèrent des suites de leurs maladies ou de leurs blessures, non seulement des Japonais mais aussi 13 000 Coréens (travailleurs forcés pour la plupart) et 200 prisonniers de guerre alliés.

Après l'avoir fait officieusement juste après les attaques nucléaires, le 2 septembre, le Japon reconnaît officiellement sa défaite, en signant le document de sa capitulation. Cet acte met fin au dernier conflit en cours de la Seconde Guerre mondiale et entérine l'occupation du Japon par les États-Unis.

En Europe, l'opération Paperclip (originellement appelé opération Overcast), l'organisation Gehlen et le réseau Gladio, initialisés et soutenus par les services secrets américains, OSS puis CIA, ont évité des procès pour crimes de guerre à des milliers d'ex-responsables nazi et les ont placés à des postes de responsabilité au moins aussi importants que ceux qu'ils avaient pendant la guerre. Ce faisant ils ont eu un rôle considérable dans le déclenchement et l'entretien de la guerre froide ainsi que dans l'instauration et le maintien de nombreuses dictatures en Amérique du Sud et Centrale, et ailleurs dans le monde.



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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:00
Corée du Sud : le miracle démasqué

La prétendue réussite de la Corée du Sud a été obtenue grâce à une politique opposée au modèle proposé par la Banque mondiale. Loin d’une accumulation vertueuse reposant sur les bienfaits du marché libre, le développement économique de la Corée du Sud a été permis par « une accumulation primitive brutale reposant sur les méthodes les plus coercitives pour fabriquer la ‘‘vertu’’ par la force » (J-P. Peemans). La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les Ėtats-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

par Éric Toussaint

Selon la Banque mondiale, la Corée du Sud constitue une indéniable réussite.
Si l’on s’en remet à la version de la Banque, les autorités du pays auraient recouru aux emprunts extérieurs de manière efficace, auraient attiré les investissements étrangers et les auraient utilisés pour mettre en place un modèle de développement réussi, basé sur la substitution des exportations. Le modèle d’industrialisation par substitution des exportations constitue l’alternative de la Banque mondiale (et d’autres) au modèle d’industrialisation par substitution d’importations (qui implique de fabriquer sur place les produits auparavant importés). La Corée, plutôt que de produire ce qu’elle importait, aurait adapté ses activités exportatrices à la demande du marché mondial tout en réussissant à favoriser les industries qui fournissent un pourcentage élevé de valeur ajoutée. Elle aurait remplacé des exportations de produits à peine transformés (ou des matières premières) par des marchandises dont la fabrication aurait requis une technologie avancée. Selon la Banque, l’Ėtat coréen serait intervenu de manière modeste pour soutenir l’initiative privée et garantir le libre jeu des forces du marché. En réalité, la voie coréenne à l’industrialisation et à la croissance soutenue contredit très largement la version de la Banque.

Je précise d’emblée que je ne considère pas du tout la Corée comme un modèle à suivre, et ce pour des raisons éthiques, économiques et sociales. La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les Ėtats-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

La prétendue réussite coréenne a été obtenue grâce à plusieurs facteurs. Les principaux sont une très forte intervention de l’Ėtat (celui-ci a dirigé le processus d’une main de fer), un soutien financier (sous la forme de dons) et technique très important des Ėtats-Unis, la réalisation dès le départ d’une réforme agraire radicale, l’application d’un modèle d’industrialisation par substitution d’importation pendant 25 ans se muant progressivement en substitution d’exportation (le second n’aurait pas été possible sans le premier), l’utilisation permanente de la répression à l’égard du mouvement ouvrier (interdiction de syndicats indépendants), la surexploitation des paysans et des ouvriers, le contrôle de l’Ėtat sur le secteur bancaire, l’application d’une planification autoritaire, un contrôle strict sur les changes et sur les mouvements de capitaux, la fixation des prix par l’Ėtat pour une large gamme de produits, la bienveillance des Ėtats-Unis qui ont toléré de la part de la Corée ce qu’ils refusaient à d’autres pays. L’Ėtat coréen a aussi réalisé un important effort en terme d’éducation, ce qui a permis de fournir aux entreprises une main d’œuvre très qualifiée.

Ajoutons que la pauvreté en ressources naturelles a paradoxalement favorisé le développement de la Corée du Sud car le pays a évité la convoitise des transnationales et celle des Ėtats-Unis. Ceux-ci considéraient la Corée comme une zone stratégique du point de vue militaire face au bloc dit communiste, pas comme une source cruciale d’approvisionnement (ce qui est le cas du Venezuela, du Mexique ou des pays du Golfe persique). Si la Corée avait été dotée de fortes réserves de pétrole ou d’autres matières premières stratégiques, elle aurait été considérée comme une zone d’approvisionnement et n’aurait pas bénéficié de la même marge de manœuvre pour se doter d’un puissant appareil industriel. Les Ėtats-Unis ne sont pas prêts à favoriser délibérément l’émergence de concurrents puissants dotés à la fois de grandes réserves naturelles et d’industries diversifiées.

Le contexte politique et géostratégique

Un accord américano-nippon signé en 1905 définit les zones d’influence respectives du Japon et des Ėtats-Unis dans le sud-est asiatique. Aux Ėtats-Unis reviennent les Philippines qu’ils avaient conquises en 1902. Taiwan (annexée dès 1895) et la Corée reviennent notamment au Japon. En 1910, le Japon annexe la Corée. Le Japon fit de la Corée un grenier agricole, puis une sorte d’annexe à tout faire de l’industrie japonaise. Lorsque l’impérialisme japonais est défait à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, il abandonne en Corée des installations modernes en matière de transports et d’électricité, une industrie relativement importante, allant du textile à l’armement en passant par la chimie et la construction mécanique, ainsi qu’un système bancaire complet. Mais l’industrie en Corée ne constitue pas un ensemble cohérent car elle a été construite pour répondre aux besoins du Japon. L’industrialisation concerne principalement le nord de la Corée (la future Corée du Nord) tandis que le sud est à dominante agraire. La bourgeoisie est particulièrement peu développée car la domination japonaise ne lui a laissé que très peu de place. En comparaison de l’Argentine à la même époque, la Corée est un pays qui est nettement défavorisé en terme de développement industriel.

En vertu des accords de Yalta de février 1945 entre les Ėtats-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS, et en particulier la partie qui fixait les conditions d’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon, la Corée devait être occupée par les troupes soviétiques au nord du 38e parallèle et par celles des Ėtats-Unis au Sud de cette ligne |1|. Les troupes soviétiques arrivent les premières, en août 1945, et sont accueillies en libératrices. Elles sont accueillies par un vaste mouvement de libération anti-japonais qui s’est doté d’un réseau de comités populaires qui constituent la base du nouvel appareil d’Etat. Cet Ėtat réalisa rapidement une série de réformes nationales, démocratiques et anticapitalistes. Parmi les mesures qui rencontrèrent un puissant écho populaire figurait une réforme agraire radicale. L’évolution ultérieure du régime de la Corée du Nord et sa dégénérescence bureaucratique et autoritaire ne doit pas faire oublier les succès économiques du début.

Au sud du pays, les choses se déroulent différemment. Les troupes américaines ne débarquent que le 8 septembre 1945, six jours après la capitulation des troupes japonaises et deux jours après la proclamation à Séoul, par une assemblée nationale des comités populaires anti-japonais, d’une république populaire de Corée. Ce nouveau pouvoir avait déjà, avant l’arrivée des troupes américaines, désarmé les Japonais, libéré les prisonniers politiques et arrêté les collaborateurs. Cependant quand les nationalistes se présentent à l’état-major américain pour proposer leur collaboration, leur pétition affronte une fin de non recevoir. Le 9 septembre est mis en place le Gouvernement militaire des Ėtats-Unis en Corée (U.S. Military Government in Korea - USAMGIK) qui constituera l’autorité principale jusqu’en 1948. En février 1946, l’état-major américain met en place un gouvernement civil coréen sous tutelle du Gouvernement militaire des Ėtats-Unis en Corée. Ce gouvernement civil est présidé par Syngman Rhee, homme politique de droite revenu en Corée en octobre 1945, après avoir passé 39 des 41 années précédentes aux Ėtats-Unis. Comme force politique coréenne, Washington préfère placer au pouvoir gouvernemental le Parti démocratique coréen (KDP), un parti anti-communiste formé légalement durant l’occupation japonaise, pour représenter les intérêts des classes possédantes coréennes. Bientôt, le KDP subit un ravalement de façade hâtif sous le nom de Parti libéral. Aux côtés de Syngman Rhee, on trouve donc d’anciens collaborateurs des occupants japonais et l’appareil du nouvel Ėtat conserve en grande partie les cadres du temps de la colonie, notamment en ce qui concerne les forces répressives. Une CIA coréenne est créée et porte de manière significative le nom de KCIA (Korean Central Intelligence Agency). Elle laisse encore aujourd’hui un souvenir sinistre dans la mémoire collective.
Le régime mis en place par les Ėtats-Unis est très impopulaire. En 1946 et en 1948, la protestation prend la forme de soulèvements populaires très durement réprimés. Le Conseil général des syndicats coréens (GCKTU), dirigé par les militants du Parti communiste, compte plusieurs centaines de milliers de membres et est à la tête des manifestants. Il subit de plein fouet la répression et finit par être interdit en 1948. La répression se poursuit après 1948, la commission des Nations unies sur la Corée signale en août 1949 que dans les huit mois précédant le 30 avril 1949, 89.710 personnes ont été détenues en vertu du ‘Décret pour la protection de la paix nationale’. Les pertes en vies humaines se chiffrent en milliers, voire en dizaines de milliers. Plusieurs leaders historiques de la lutte anti-japonaise n’ayant pas d’attache avec les communistes sont assassinés par le régime de Syngman Rhee.
Lorsqu’en 1948, la division du pays est institutionnalisée avec la création de la République de Corée au sud du 38e parallèle, une très large majorité des forces politiques du pays y est opposée. Quand éclate la guerre de Corée en juin 1950, l’avancée rapide des forces nord-coréennes au sud n’est que très partiellement due à des raisons militaires. C’est en partie la conséquence logique de l’absence de soutien populaire réel au régime de Syngman Rhee. Selon l’histoire officielle de la guerre de Corée de l’armée américaine, l’armée sud-coréenne ‘s’est désintégrée’ |2|. On assiste à des désertions en masse.
La guerre fait rage pendant trois ans et met le monde au bord d’une troisième guerre mondiale. L’armée des Ėtats-Unis intervient massivement avec l’appui de ses alliés occidentaux, 300 000 soldats occidentaux sur mandat de l’Organisation des Nations Unies |3| combattent aux côtés de l’armée sud-coréenne. Ils affrontent l’armée nord-coréenne et un fort contingent chinois (les estimations varient entre 500 000 et 850 000 hommes). Le bilan en vies humaines : trois millions de morts dans la population coréenne. Au cours de la guerre, le régime de Syngman Rhee recourt à une répression féroce contre la gauche sud-coréenne. Certaines sources mentionnent le chiffre de 100 000 exécutions ou assassinats de militants opposés au régime |4|. L’armistice du 27 juillet 1953 ramène les troupes des deux camps pratiquement à leur point de départ, de part et d’autre du 38e parallèle.

Bourgeoisie coréenne sous tutelle de l’Ėtat

Laissé en possession d’une industrie arriérée et d’un système financier autrefois aux mains des Japonais |5|, le gouvernement de Syngman Rhee s’en sert, avec la bénédiction Gouvernement militaire des Ėtats-Unis en Corée Gouvernement militaire des Ėtats-Unis en Corée (USAMGIK), pour récompenser et consolider la loyauté de la couche de possédants qui constituent sa clientèle politique. Les nouveaux industriels prospèrent, non pas grâce à leurs propres investissements, car ils n’ont guère de capitaux propres, mais grâce aux revenus de l’impôt et surtout aux subsides des Ėtats-Unis que la dictature leur redistribue largement. Une politique rigoureusement protectionniste les met de surcroît à l’abri de la concurrence étrangère. Plus tard, la dictature de Park Chung Hee (1961-1979) créera des conglomérats industriels et financiers, les chaebols.
Première constat  : la bourgeoisie coréenne se développe à l’ombre de l’Ėtat. Celui-ci la tient en tutelle et la protège.

L’aide financière extérieure en provenance des Ėtats-Unis

Fait totalement escamoté par la Banque mondiale, la Corée n’a pas du tout recouru à l’emprunt extérieur durant les 17 années qui ont suivi la seconde guerre mondiale et, par la suite, elle n’a emprunté que très modérément jusqu’en 1967.
Entre 1945 et 1961, la Corée n’emprunte pas et ne reçoit aucun investissement étranger. Selon les critères de la Banque et de la pensée néoclassique, une telle situation constitue une anomalie.
Par contre, pendant la même période, elle reçoit sous forme de dons de la part des Ėtats-Unis plus de 3100 millions de dollars |6|. Cette somme représente tout l’apport extérieur reçu. Le montant est tout à fait considérable : c’est plus du double de ce que le trio Belgique/Luxembourg/Pays-Bas a reçu pendant le Plan Marshall, un tiers de plus que ce que la France a reçu, 10% de plus que la Grande Bretagne. Pour reprendre la comparaison du chapitre 4 sur une période plus longue, les dons reçus par la Corée entre 1945 et 1961 sont supérieurs au total des prêts effectués par la Banque mondiale à l’ensemble des pays en développement ayant accédé à l’indépendance (colonies non comprises).
A partir de 1962, la Corée emprunte mais (supprimer : très) modérément. Entre 1962 et 1966, les dons des Ėtats-Unis constituent encore 70% du total des capitaux entrés dans le pays, les emprunts représentant 28% et les investissements étrangers 2%. Ce n’est qu’à partir de 1967 que les entrées de capitaux prennent principalement la forme d’emprunts à l’égard des banques étrangères, principalement japonaises. Et les investissements étrangers ne deviennent importants qu’à partir de la fin des années 1980 alors que la Corée a déjà réussi son industrialisation.
Deuxième constat  : l’industrialisation initiale de la Corée n’a pas du tout dépendu des emprunts extérieurs et des investissements étrangers.

Réforme agraire et action coercitive de l’Ėtat sur les paysans

A l’issue de la seconde guerre mondiale, la partie sud de la Corée est encore un pays fondamentalement agraire. La population rurale représente 75% de la population totale jusqu’au début des années 1950.
Les autorités militaires états-uniennes d’occupation procèdent alors à une réforme agraire radicale afin de contrer l’influence communiste |7|. Les grands domaines fonciers expropriés sans indemnisation aux Japonais |8| et avec indemnisation aux grands propriétaires terriens coréens sont démantelés et la masse des paysans se retrouve propriétaire de modestes parcelles de terre |9| (la propriété ne pouvait dépasser 3 hectares par famille ! |10|). L’Ėtat est intervenu de manière active et coercitive. La rente que les paysans versaient autrefois aux grands propriétaires a été remplacée par des taxes et des impôts à verser à l’Ėtat. En fait, l’Ėtat met la main sur le surplus agricole que s’appropriaient auparavant les propriétaires fonciers. L’Ėtat impose aux paysans un volume de production à atteindre pour certains produits. Cette quantité doit être fournie aux organismes étatiques à un prix fixé par les autorités. Le prix est très bas, souvent il est inférieur au coût de revient |11|. On estime que « le prix d’achat du riz, jusqu’en 1961, ne permettait pas aux paysans de couvrir l’ensemble de leurs coûts de production et qu’ils sont restés largement inférieurs aux prix du marché jusqu’en 1970. Jusqu’en 1975, les offices de commercialisation publics contrôlaient au moins 50% des quantités de riz mises sur le marché et ce montant atteignait 90% pour l’orge » |12|.
En résumé, en échange de l’accès à la propriété de la terre, la paysannerie coréenne libérée des grands propriétaires fonciers a dû travailler pour l’Ėtat.
Troisième constat : l’Ėtat est intervenu de manière despotique en imposant une réforme agraire radicale basée notamment sur l’expropriation sans indemnisation des grands propriétaires japonais. La réforme agraire a été entreprise pour couper l’herbe sous les pieds des communistes. Les paysans se sont retrouvés soumis à une très forte contrainte de la part de l’Ėtat.

Utilisation du surplus agricole au profit des villes et de l’industrialisation

L’Ėtat qui fixe les prix à l’achat (aux paysans) et à la vente (aux consommateurs) fournit les aliments à prix subventionné -donc bas- (à commencer par le riz) à des secteurs sociaux qu’il considère comme stratégiques, notamment l’énorme bureaucratie d’Ėtat.
Par ailleurs, mettre le bol de riz à la portée de la population urbaine et notamment du prolétariat industriel naissant permet de maintenir des coûts salariaux à un niveau plancher.
En outre, les impôts et taxes payés par les paysans sont utilisés par l’Ėtat pour des investissements dans les infrastructures de communications, l’électricité et l’industrie.
Comme le dit Jean-Philippe Peemans, à propos de l’effort imposé aux paysans : « Il ne s’est agi en rien d’une accumulation vertueuse reposant sur les vertus du marché, mais bien d’une accumulation primitive brutale reposant sur les méthodes les plus coercitives pour fabriquer la ‘‘vertu’’ par la force » |13|.
Quatrième constat : l’Ėtat ne permet pas le libre jeu des forces du marché pour fixer les prix, il les fixe d’autorité.
Cinquième constat : l’Ėtat fait peser une très lourde charge fiscale sur les paysans. Les néolibéraux dénoncent habituellement la « rage taxatoire » de l’Ėtat. La Corée du Sud en offre un bon exemple.

L’utilisation de l’aide financière extérieure

Deux sources principales alimentent les caisses de l’Ėtat coréen : les taxes et impôts (principalement en provenance des paysans) et l’aide extérieure fournie par les Ėtats-Unis. Il faut préciser que jusqu’en 1961, une partie de celle-ci est fournie en nature au gouvernement de Séoul et est constituée de surplus agricoles des Ėtats-Unis (cela représente environ 40% de l’aide). Cette partie ne rentre évidemment pas dans les caisses de l’Ėtat. Le reste alimente en cash les caisses de l’Ėtat et est utilisé pour payer les importations achetées aux Ėtats-Unis. Une partie de ces importations est constituée de biens d’équipement qui servent à l’industrialisation du pays. 71% des investissements effectués par l’Ėtat sont financés jusqu’en 1961 grâce à l’aide des Ėtats-Unis |14|. Il convient également de prendre en compte une part non négligeable de l’aide militaire qui représente plus de 1 500 millions de dollars |15|. Une grande partie a servi à la construction de routes, de ponts et d’autres infrastructures qui étaient utilisées pour la production industrielle. Enfin, il faut ajouter les commandes du corps expéditionnaire états-unien au Vietnam - au début des années soixante-dix, celles-ci représentaient à elles seules 20 % des exportations sud-coréennes.
Sixième constat : la Corée du Sud a bénéficié d’une aide extérieure massive de la part des Ėtats-Unis. Seuls quelques autres pays ont reçu le même type de traitement : Taiwan en particulier et Israël.

Industrialisation par substitution d’importation

Le développement industriel des années 1950 est essentiellement organisé autour de la production de biens de substitution aux importations, afin de satisfaire les besoins du marché intérieur, notamment dans l’agro-alimentaire et le textile. Ces deux secteurs représentent 55% de la production industrielle en 1955. L’industrie était centrée sur la transformation du coton et la production sucrière et de farine de riz. Le secteur manufacturier ne représentait encore que 10% du PNB en 1955.
Septième constat : la Corée applique une politique d’industrialisation par substitution d’importation dans les années 1950 qui sera renforcée dans les années 1960.

La politique économique de la dictature militaire de Park Chung Hee (1961-1979) |16|

La dictature corrompue de Syngman Rhee fut renversée par le soulèvement urbain initié en avril 1960 par les étudiants. Un profond courant de centralisation politique se développa rapidement au sein des masses urbaines mobilisées sous le mot d’ordre central de « l’unification pacifique de toute la Corée » lancé et mis en avant par le mouvement étudiant depuis la fin 1960.
Le coup d’arrêt des mobilisations est porté par le coup d’État du général Park Chung Hee qui met en place une dictature militaire. Celle-ci renforce encore l’intervention étatique dans l’économie. Le nouveau régime nationalise l’ensemble du système financier, des plus grandes banques à la plus petite compagnie d’assurance, pour en faire le bras séculier de son intervention dans l’économie.
A partir de 1962, le financement extérieur évolue progressivement mais les dons restent la source principale jusqu’en 1966. Les Ėtats-Unis poussent la Corée à renouer des relations économiques avec le Japon. Le Japon passe un accord de dix ans (1965-1975) qui prévoit une aide économique de 500 millions de dollars dont 300 millions sous forme de dons.
La Corée contracte son premier prêt auprès de la Banque mondiale en 1962 et signe un premier accord avec le FMI en 1965 (sous pression des Ėtats-Unis). La volonté de collaboration de la dictature coréenne avec la Banque repose sur des objectifs plus politiques qu’économiques. A posteriori, Mahn-Je Kim, qui a été vice-Premier ministre, ministre des Finances et ministre de la Planification économique sous la dictature de Chun Doo Hwan dans les années 1980 |17| et qui est devenu ensuite président d’une entreprise sidérurgique (POSCO), se félicite des bonnes relations avec la Banque mondiale et tire un bilan positif du régime militaire. Il écrit sans détour que la Banque a aidé le dictateur Park à gagner du soutien tant sur le plan international que national : “Une telle reconnaissance par la Banque - la principale autorité parmi les organisations internationales de développement - a eu une influence positive sur les relations internationales de la Corée mais plus encore au niveau national. En effet, cette reconnaissance a pleinement justifié l’existence d’un gouvernement dictatorial aux yeux de l’opinion publique coréenne puisqu’il était au service du développement économique » |18|. On ne peut être plus clair sur la complicité de la Banque mondiale avec la dictature.

Le général Park Chung Hee cherche à gagner de l’autonomie à l’égard de Washington en matière de politique économique. Le recours aux prêts de la Banque mondiale à partir de 1962, puis surtout à l’égard des banques étrangères privées à partir de 1967, fait partie de cette volonté de diminuer progressivement la dépendance de la Corée à l’égard du financement provenant du gouvernement des Ėtats-Unis. Cela arrange également Washington qui à partir de 1963 prend des mesures pour limiter les sorties de dollars des Ėtats-Unis.
Huitième constat : la Banque mondiale soutient la dictature de Park Chung Hee qui utilise cet appui à des fins internes et externes pour consolider sa position.

Le général Park Chung Hee met en place une politique d’industrialisation accélérée sous la direction d’une planification autoritaire. Le premier plan quinquennal est lancé en 1962. La Corée applique un protectionnisme strict tant à l’égard de sa production agricole (interdiction d’importation de riz) qu’industrielle. A la moitié de la décennie 1960, la Corée est déjà dotée d’industries légères qui alimentent le marché intérieur et gagnent des parts de marché à l’extérieur. Il s’agit essentiellement de produits réalisés par une industrie qui utilise beaucoup de main d’œuvre à bas coût et qui transforme ou assemble des biens importés. La dictature veut modifier radicalement la situation en consolidant l’industrialisation. Elle renforce d’abord le modèle d’industrialisation par substitution d’importation. La Corée va tenter de produire elle-même ce qu’elle importait. Pour ce faire, à partir de la fin des années 1960, elle se dote d’une industrie lourde de production d’acier et de biens d’équipement (machines outils, chaîne de montage, turbines) ainsi que d’une industrie pétrochimique. Le régime de Park ne s’arrête pas là, il veut également tourner la production vers l’exportation.
L’État favorise le développement de chaebols, vastes conglomérats, créés à partir d’un nombre limité de sociétés privées sélectionnées par Park pour constituer le fer de lance de la nouvelle industrie.
Ces chaebols sont connus aujourd’hui dans le monde entier : Samsung, Hyundai, Lucky Goldstar, Daewoo |19|, Kia, etc. Les chaebols ont bénéficié année après année d’apports financiers de l’Ėtat considérables et pratiquement gratuits. Les emprunts effectués (au taux du marché) par le régime ou par ses banques, essentiellement auprès des banques américaines, avant que le Japon prenne la première place dans les années 1970, fournirent aux chaebols des sources de capitaux frais quasi inépuisables, à des taux d’intérêt défiant toute concurrence, voire parfois à fonds perdus. A tout cela vinrent s’ajouter les subventions directes de l’Ėtat. Celui-ci, dans les faits, prit en main la direction de l’économie, par l’intermédiaire d’un Bureau de la planification économique. Et il dirigea d’une main de fer tous les choix de développement faits par les chaebols.
Les plans quinquennaux se succèdent. Au cours du premier plan quinquennal (1962-1966), la priorité est donnée au développement de l’énergie, des engrais, du textile, du ciment. Le second (1967-1971) met l’accent sur les fibres synthétiques, la pétrochimie et l’appareillage électrique. Le troisième (1972-1976) est centré sur la sidérurgie, les équipements de transport, l’électroménager, la construction navale.
Neuvième constat : l’Ėtat planifie d’une main de fer le développement économique du pays. D’une certaine manière, c’est lui qui crée la classe capitaliste coréenne.<

Les réticences de la Banque mondiale

Au départ, la Banque mondiale considère que la volonté de la Corée de se doter d’une industrie lourde est prématurée |20| et elle tente d’en dissuader les autorités, sans succès. Face à l’insistance de Séoul et soucieuse de garder une influence dans le pays, elle change son fusil d’épaule et appuie la politique d’industrialisation par substitution d’importation. A cette époque, Robert McNamara est devenu président de la Banque (1968) et son économiste en chef, Hollis Chenery, ne s’oppose pas à ce que les PED recourent à la substitution d’importation |21|.

Les arguments des Coréens sont les suivants : 1) il faut se doter d’une industrie lourde (métal, pétrochimie) et fabriquer les biens d’équipement afin d’alimenter nous-mêmes notre industrie légère, réduire nos importations et améliorer notre balance des paiements ; 2) sur le marché mondial, des nations concurrentes peuvent rapidement gagner des parts de marchés à notre place car elles peuvent produire les mêmes marchandises que nous à moindre coût en utilisant une main d’œuvre moins payée que la nôtre. C’est pourquoi il faut que nous nous dotions d’une industrie lourde pour diversifier nos exportations vers des produits à plus grande valeur ajoutée incorporant plus de composants réalisés par nous-mêmes. Les autres nations auront beaucoup de difficultés à nous concurrencer dans ce domaine ; 3) outre le développement de l’industrie lourde, nous allons faire un gros effort en matière de technologie et nous allons investir de manière croissante dans l’éducation supérieure et dans la recherche ; 4) au départ, notre industrie lourde ne sera pas compétitive face à des concurrents étrangers qui auraient accès à notre marché intérieur, il faut donc que nous protégions nos industries naissantes et fermions nos frontières aux concurrents étrangers ; 5) l’État doit utiliser l’argent public pour financer et contrôler tout cela.

Au milieu des années 1970, alors que la Corée réussit à se doter d’une puissante industrie lourde, la Banque mondiale recommence à émettre des doutes sur la stratégie suivie. La Banque considère que la Corée est trop ambitieuse et elle suggère de réduire l’effort dans ce secteur |22|. Ces recommandations ne seront pas suivies par les autorités coréennes.
L’exemple le plus spectaculaire de cette politique fut le programme de développement des industries lourdes de 1977-1979. Pendant deux ans, 80 % de tous les investissements de l’État y furent consacrés. Son financement fut assuré par un accroissement colossal de l’endettement de l’économie, celui de l’État comme celui des banques et des entreprises privées, mais également par le gel de tous les fonds de retraite et l’utilisation forcée d’une partie de l’épargne privée |23|.
Mahn-Je Kim décrit en langage diplomatique, non sans une certaine ironie, l’attitude des économistes de la Banque :“Il faut souligner la souplesse des économistes de la Banque mondiale. C’étaient des économistes néoclassiques typiques mettant en avant la suprématie du marché et ils ont grandement contribué à convaincre les représentants du pouvoir coréen du bien-fondé des idéaux de l’économie de marché. En général, ce n’étaient pas des économistes dogmatiques et ils savaient comment faire coïncider la doctrine avec les contraintes du monde réel » |24|. Mahn-Je Kim se réfère à la période qui va jusqu’au début des années 1980.
Dixième constat : La Corée du Sud refuse de suivre les recommandations de la Banque mondiale.

Transformations sociales de 1960 à 1980

Au cours de la dictature de Park Chung Hee, la société coréenne du Sud change profondément. La population urbaine passe de 28% en 1960 à 55% en 1980. La population de la capitale Séoul a doublé entre 1964 et 1970, passant de 3 à 6 millions d’habitants. En 1980, elle frôle les 9 millions. La structure de la population active est radicalement modifiée. En 1960, 63% travaillent dans l’agriculture, 11% dans l’industrie et les mines et 26% dans les services. Vingt ans plus tard, les proportions sont modifiées de la manière suivante : 34% dans l’agriculture, 23% dans l’industrie et les mines et 43% dans les services. En 1963, le pays compte 600.000 travailleurs dans l’industrie, en 1973, ils sont 1,4 million et en 1980, plus de 3 millions dont la moitié sont des ouvriers qualifiés. Ils sont soumis à un degré d’exploitation extrême : en 1980, le coût salarial de l’ouvrier coréen représente le dixième du coût salarial de l’ouvrier allemand, 50% du coût salarial de l’ouvrier mexicain, 60% de l’ouvrier brésilien. Un des ingrédients du miracle coréen, c’est la surexploitation de la main d’œuvre industrielle. La semaine de travail de l’ouvrier coréen en 1980 est la plus longue dans le monde entier. Il n’y a pas de salaire minimum légal. Après l’écrasement du syndicat Conseil général des syndicats coréens (GCKTU) entre 1946 et 1948, les salariés n’ont plus droit à un véritable syndicat. Le régime de Syngman Rhee a créé en 1946 avec le soutien des États-Unis (et de la centrale syndicale américaine AFL-CIO) la Fédération coréenne des syndicats (FKTU), seule confédération syndicale légale en Corée du Sud jusque dans les années 1990. La FKTU est une simple courroie de transmission de la dictature et du patronat. La classe ouvrière est largement muselée, en tout cas jusqu’aux années 1980.
En plus de la classe ouvrière d’usine, d’autres acteurs sociaux s’affirment. En 1980, il y a 100 000 ingénieurs, 130 000 techniciens. La population de l’enseignement supérieur a explosé : près d’un million d’étudiants dans ce type d’enseignement en 1980.
Onzième constat : La structure sociale entre 1960 et 1980 a profondément changé et s’est rapprochée de celle des pays industrialisés.
Douzième constat : La dictature empêche la classe ouvrière de se doter de syndicats et la réprime durement. Un des ingrédients du « miracle » coréen est la surexploitation des ouvriers.

De la dictature de Park Chung Hee à celle de Chun Doo Hwan

Tout au long de la dictature de Park, malgré la répression, de grands mouvements de protestation éclatent chroniquement dans lesquels les étudiants jouent un rôle de premier plan. C’est notamment le cas des grandes manifestations en 1965 contre la signature du traité entre le Japon et la Corée et en 1972 contre la proclamation de la loi martiale et la nouvelle Constitution qui octroie au dictateur de rester en poste jusqu’à sa mort.
Des manifestations étudiantes durement réprimées dans la ville de Pusan, en octobre 1979, déclenchent une crise de régime qui se solde par l’assassinat de Park Chung Hee, le 26 octobre. Park tombe sous les balles de son collaborateur le plus proche, Kim Jae Kyu, alors directeur de la KCIA (Agence centrale de renseignement sud-coréenne). Une grande manifestation étudiante dans la cité industrielle de Pusan, le 16 octobre, a dégénéré en affrontement avec la police le lendemain. Le gouvernement Park a aussitôt proclamé l’état d’urgence dans cette ville, envoyant une division d’infanterie. Malgré cette mesure, les manifestations s’étendent à d’autres villes comme Masan, une autre ville industrielle, où se trouvent de nombreuses entreprises exportatrices. De nombreux ouvriers se sont engagés dans des actions de rue. Park déclare aussi l’état de siège à Masan. Pendant les quatre jours d’affrontement, ce sont 4 207 personnes qui sont arrêtées. Les manifestations étudiantes s’étendent à la capitale, Séoul |25|. Le chef de la KCIA juge qu’en se débarrassant de Park, il est possible de sauver la situation.
Au lendemain de la mort du général Park, l’armée est divisée : un secteur laisse miroiter la perspective d’une certaine « libéralisation » du régime. Les mobilisations se poursuivent. Début décembre 1979, la plupart des détenus politiques (dont certains purgeaient de très longues peines de prison) sont libérés. Le 12 décembre, coup de théâtre, le major-général Chun Doo Hwan réussit un putsch au sein de l’armée, il fait arrêter son principal rival le général Ching et prend le contrôle total de l’armée. Les mobilisations se poursuivent. Le 14 avril 1980, Chun Doo Hwan qui conserve ses fonctions de chef de l’armée est nommé directeur de la KCIA par le chef de l’Etat. Les mobilisations se poursuivent.
Le retour à la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une répression brutale est déclenchée : tous les dirigeants de l’opposition sont arrêtés. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l’insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.

Immédiatement après la proclamation d’une nouvelle loi martiale, le 18 mai 1980, plusieurs milliers d’étudiants de l’université de Chonam à Kwangju descendent dans la rue. Des régiments de parachutistes sont envoyés et assassinent des manifestants, dont des jeunes filles, à la baïonnette (voir encadré en bas d’article). Le lendemain, plus de 50 000 personnes commencent à affronter les soldats. Au cours des combats, plus de 260 d’entre elles sont tuées. Après quatre jours de lutte acharnée, le nombre des insurgés atteint 200 000 dans une ville dont la population est d’environ 750 000. Ils prennent finalement le contrôle de la ville toute entière. Les stations de radio sont incendiées par les manifestants rendus furieux par le fait qu’aucune information n’a été donnée sur leur lutte en raison de la censure imposée par la loi martiale. Les insurgés se saisissent des armes abandonnées par les troupes repliées à l’extérieur et s’organisent en comités de contrôle et d’administration de la ville. Le 23 mai, c’est la province de Cholla au sud de la Corée qui est toute entière aux mains des étudiants et de la population insurgée. Les étudiants de Kwangju s’emparent de bus et de camions et, les armes à la main, se rendent d’une ville à l’autre permettant ainsi l’extension du mouvement. Alors que de nouvelles troupes gouvernementales approchent de Kwangju, les insurgés constituent un comité de crise afin de négocier avec les autorités chargées d’imposer la loi martiale. Ils exigent de ces autorités qu’elles présentent des excuses au peuple de Kwangju pour les atrocités commises, qu’elles versent des indemnités pour les blessés et les morts, qu’elles n’exercent pas de représailles après les événements, que les chefs militaires ne déplacent pas les troupes avant qu’un règlement n’intervienne. Malgré ces négociations, les troupes, environ 17 000 hommes, prennent d’assaut la ville à l’aube du 27 mai et l’occupent. Le nombre des morts du côté des étudiants et des habitants de la ville dépasse plusieurs centaines |26|. La répression s’est faite avec la bénédiction de l’armée américaine et de Washington |27|. Dans les mois qui suivent, la répression touche tout le pays. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la ‘Campagne de purification sociale’ engagée depuis l’été 1980. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique’ |28|. En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu à la Maison Blanche par le nouveau président des Ėtats-Unis, Ronald Reagan |29|.

Treizième constat : Un puissant mouvement social anti-dictatorial avec à sa tête les étudiants affronte la dictature. Après l’assassinat de Park (octobre 1979) et un court intermède démocratique, une nouvelle dictature féroce s’installe en déclenchant une répression sanglante en mai 1980 soutenue par Washington et par Tokyo.

La politique économique du dictateur Chun Doo Hwan (1980-1987)

Après l’assassinat du dictateur Park Chung Hee en 1979 et la mise en place de la dictature du général Chun Doo Hwan, l’orientation économique ne change pas fondamentalement. La Corée qui s’est endettée fortement au cours des années 1970 auprès des banques étrangères, principalement japonaises, subit plus durement que les autres PED le choc de la hausse brutale des taux d’intérêt car elle a largement emprunté à taux variables. En 1983, la Corée du Sud est quatrième sur la liste des pays les plus endettés en chiffres absolus (43 milliards de dollars), elle n’est précédée que par le Brésil (98 milliards), le Mexique (93 milliards) et l’Argentine (45 milliards). Mais, encore une fois, sa position géostratégique lui donne droit à un traitement différent de celui des autres pays en développement. Le Japon vient à la rescousse en versant à la Corée 3 milliards de dollars (au titre des réparations de guerre) que celle-ci utilise pour maintenir le remboursement de la dette à l’égard des banquiers japonais. Cela lui évite de devoir faire appel au FMI et de se plier à ses conditions draconiennes |30|. De son côté, le gouvernement japonais évite ainsi la faillite de certaines de ses banques et obtient de la Corée du Sud de plus grandes facilités d’investissement.
Quatorzième constat : Contrairement à la version de la Banque mondiale, le recours massif à l’endettement externe auprès des banques privées a failli coûter très cher à la Corée du Sud. Si celle-ci n’avait pas occupé une place géostratégique de toute première importance aux yeux des Etats-Unis et du Japon, elle aurait pu connaître le sort de pays comme l’Argentine, le Brésil et le Mexique qui ont dû se soumettre aux conditions du FMI. Comme on le verra dans la suite, elle a pu continuer à suivre une voie partiellement indépendante de développement jusqu’aux années 1990.

La Corée est aussi affectée par le second choc pétrolier de 1979 (hausse du prix du pétrole provoquée par la révolution iranienne et le renversement du Shah) mais encaisse le coup. Le contrôle autoritaire sur l’économie est maintenu : le gouvernement impose aux industries de fabriquer tel produit plutôt que tel autre. Il décide de restructurer l’industrie de production de véhicules de transport et charge deux chaebols de produire des automobiles.
La Banque mondiale s’oppose à cette orientation et recommande au contraire à la Corée d’abandonner la production de véhicules finis en se concentrant sur la production de pièces détachées destinées à l’exportation. La Banque explique que les voitures coréennes ne se vendront pas.
Les autorités coréennes tiennent tête. Résultat : au milieu des années 1980, la firme coréenne Hyundai (contrôlée à 100% par du capital privé coréen soutenu par les pouvoirs publics) réussit à exporter ses voitures aux États-Unis et à y conquérir de substantielles parts de marché !

A l’époque, la Banque a définitivement tourné la page des concessions à l’égard du modèle d’industrialisation par substitution d’importation. En 1981, sous l’administration Reagan, les derniers économistes favorables à une intervention de l’État sont remplacés par des néolibéraux purs et durs avec Anne Krueger comme économiste en chef. Celle-ci a écrit quelques années auparavant un livre sur la Corée pour démontrer la supériorité de la substitution d’exportation sur la substitution d’importation |31|. La volonté de Séoul de produire des automobiles pour l’exportation s’inscrit dans une démarche agressive de substitutions d’exportation et, en principe, elle devrait être fermement soutenue par la Banque. Ce n’est pas le cas car la décision de Séoul menace l’industrie automobile des Ėtats-Unis. La limite de la grande flexibilité des économistes de la Banque est vite atteinte lorsque les intérêts des Ėtats-Unis sont en jeu.
Quinzième constat : Le régime de Chun Doo Hwan refuse une nouvelle fois de suivre les recommandations de la Banque mondiale et gagne son pari contre elle. La Banque maintient cependant son soutien à la dictature car elle veut à tout prix tenter de l’influencer. De leur côté, les Ėtats-Unis commencent à se méfier de l’appétit des entreprises sud-coréennes.

Vers la fin de la dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987)

En 1979-1980, dans de nombreuses entreprises, des ouvriers cherchent à se doter de syndicats. L’enjeu est la formation de nouveaux syndicats « indépendants », défiant ouvertement la politique de collaboration de la direction de la FKTU, tout en étant obligés de s’y affilier conformément à la loi. Suite à la répression déclenchée par Chun Doo Hwan, une centaine de sections locales de la FKTU sont dissoutes, 191 permanents sont licenciés et certains sont envoyés dans des camps.
Dans ce mouvement de création des syndicats indépendants, le rôle moteur a été joué par des jeunes, ouvriers ou étudiants contestataires, qui ont choisi de s’établir en usine pour poursuivre la lutte politique entamée à l’université.
Le mouvement étudiant a commencé à relever la tête en 1983-1984 et connaît un processus non seulement de radicalisation mais aussi de politisation en profondeur. De début 1986 à mai 1986, 166 000 étudiants ont participé à des manifestations |32|. L’importance du mouvement dans les universités |33| est reflétée par le fait que ce sont les étudiants qui constituent la grande majorité des prisonniers politiques (800 étudiants sur 1 300 détenus politiques).
Dans les usines, les ouvriers reprennent le combat à partir de 1985. Pour la première fois, une grève importante éclate dans un chaebol, l’entreprise Daewoo Motors. Elle est couronnée de succès et un nouveau syndicat indépendant est créé.
Le 12 février 1986, une campagne de pétition est lancée à Séoul par le Nouveau Parti démocratique de Corée (NKDP) pour changer la Constitution (l’objectif est de permettre l’élection par suffrage direct du président et non par un collège électoral). Dans les mois suivants, une série de rassemblements mobilisent des dizaines de milliers de personnes dans les grandes villes du pays. Les étudiants participent de manière autonome au mouvement démocratique en mettant en avant des mots d’ordre radicaux tels que ‘A bas la dictature militaire’, ‘Contre la présence dans le pays des 40.000 soldats US’ et pour une ‘Constitution populaire’.
Le 29 novembre 1986, le régime fait investir la ville de Séoul par 50 000 policiers afin d’empêcher la tenue d’un rassemblement du NKDP. Le régime applique la force de l’État contre l’opposition mais cette politique échoue car une lame de fond traverse toutes les couches de la société pour les revendications démocratiques. Les négociations entre dictature et opposition sur les procédures électorales n’aboutissent pas. Le gouvernement est affaibli par les suites politiques de l’assassinat d’un étudiant dans un commissariat. Dans cette situation, toutes les forces d’opposition, dont la nouvelle coalition issue d’une scission du NKDP, appellent à une manifestation le 10 juin 1987. La veille, la police a interpellé 3 000 personnes, mis en résidence surveillée 140 dirigeants de l’opposition, déployé des dizaines de milliers de policiers. Rien n’y fait : le 10 juin et les jours suivants, la protestation s’étend à tout le pays, des affrontements massifs atteignent un tel niveau que le régime commence à reculer : les élections présidentielles directes sont acquises |34|. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu’elle lâche du lest.

Du côté des usines, le mouvement ne se limite pas à la perspective des urnes.
Les travailleurs sud-coréens s’engouffrent dans la brèche ouverte par la victoire du mouvement de masse de juin 1987 dont le fer de lance fut constitué par les étudiants.
L’été 1987 voit la Corée du Sud secouée par une vague de grèves sans précédent. Entre le 17 juillet et le 25 août, on dénombre 1 064 conflits du travail |35| alors que la moyenne annuelle des dix années précédentes s’établit à 200 conflits |36|. Tous les secteurs de l’économie sont touchés, y compris les chaebols (24 000 ouvriers des chantiers navals de Hyundai, 15 000 mineurs de charbon, etc.). Les luttes sont marquées par une forte combativité : occupation des entreprises et même des locaux de direction, blocage des voies ferrées et occupation des gares, refus de la tactique du lock-out patronal... Les conflits aboutissent à des augmentations de salaire significatives et la reconnaissance de syndicats indépendants et démocratiques.
En 1988, on compte déjà 2 799 syndicats démocratiques. En 1989, on dépasse les 7 000. En janvier 1990 est fondé le Congrès des syndicats coréens, qui devient quelques années plus tard la Confédération des syndicats coréens (KCTU). Pourtant, jusque dans les années 2000, la création d’une confédération syndicale est un acte illégal.

Sur le plan politique, en 1988, des élections au suffrage universel sont organisées pour la première fois en Corée. Mais l’opposition est divisée et présente trois candidats différents, « les trois Kim » : Kim Youngsam, Kim Daejung et Kim Jongpil. Le général Roh Taewoo, candidat soutenu par le président sortant et qui était à ses côtés lors du putsch de 1979 et lors du massacre de Kwangju en mai 1980, est élu.

Seizième constat : Pressé de toutes parts par des mouvements de contestation, dans un contexte de montée en puissance d’une classe ouvrière jeune et combative, la dictature lâche du lest face à l’opposition et organise les premières élections libres. Washington a fini par mettre la pression. Face à la division de l’opposition, le candidat de la dictature remporte les élections mais les luttes se développent dans les usines.

Le tournant des années 1990

Des années 1980 à la moitié des années 1990, la Corée accumule les succès en terme de conquêtes de position dans la production industrielle : de la construction de bulldozers au matériel informatique en passant par les chantiers navals (elle devient dans les années 1980 le deuxième constructeur mondial de navires, devancé seulement par le Japon). La Corée réussit à concurrencer les transnationales des Ėtats-Unis et d’Europe dans plusieurs domaines.

Pendant la même période, la Chine est devenue un partenaire de Washington, elle a arrêté depuis longtemps son soutien aux mouvements qui, dans différents pays, menaçaient la stabilité des alliés des Ėtats-Unis et est entrée à la Banque mondiale en 1980. De son côté, Moscou sous Gorbatchev a passé des accords géostratégiques à la fin des années 1980 avec Washington, le mur de Berlin est renversé en 1989 et l’URSS implose en 1991. La guerre froide prend fin.
La situation politico-militaire internationale héritée de la seconde guerre mondiale, de la victoire de la révolution chinoise de 1949 et de la guerre de Corée de 1950-1953 a fondamentalement changé. Washington considère qu’il vaut mieux dorénavant ne pas s’entêter à soutenir des dictatures affirmées confrontées à de puissants mouvements d’opposition et à la fronde sociale. Face à des mobilisations qui sont prêtes à aller jusqu’au bout, il vaut mieux lâcher du lest (comme en juin 1987) et sauver l’essentiel : des rapports privilégiés avec le régime qui remplace la dictature. De plus, il est plus efficace d’avoir un gouvernement démocratique pour appliquer l’agenda néolibéral car cela évite d’affronter une jonction entre opposition démocratique et mouvement social opposé au néolibéralisme.

En 1992, à la suite d’une fusion entre le parti au pouvoir et de deux partis de l’opposition, Kim Youngsam, l’ancien opposant modéré, est élu avec le soutien de Roh Taewoo. Kim Youngsam est le premier président civil depuis 32 ans, mais il dépend du soutien des militaires et se range résolument du côté de Washington |37|. Enfin, son agenda est clairement néolibéral.

La Corée occupe toujours une place militaire stratégique mais le gouvernement des Ėtats-Unis, qui maintient dans le pays 37 000 soldats, ne considère plus nécessaire de laisser autant de marge de manœuvre à l’appétit économique de la Corée du Sud. Il faut ramener ses prétentions à une dimension modeste. Washington met la pression sur la Corée et utilise différents instruments parmi lesquels des protections tarifaires aux Ėtats-Unis contre les produits coréens. Washington demande à la Corée de suivre les recommandations de la Banque mondiale et du FMI et obtient partiellement gain de cause. En témoigne, le rapport de la mission envoyée en Corée par le FMI en novembre 1996 et le procès-verbal qui en résulte à la suite d’un débat entre dirigeants du FMI. En voici des extraits.

1) De la suppression des barrières douanières ou d’autres formes de limites aux importations : « Depuis 1994, les autorités ont progressivement démantelé les obstacles à l’importation et réduit les droits de douane conformément à l’accord de l’Uruguay Round |38|. L’octroi de licences d’importation est désormais automatique sauf pour un petit nombre de produits risquant de menacer la santé ou la sécurité publique » |39|.
2) De la privatisation : « Au cours des dix dernières années, les autorités ont partiellement appliqué deux programmes de privatisation des entreprises publiques. Le programme mis en place en décembre 1993 prévoyait, pendant la période 1994-1998, la privatisation de 58 des 133 entreprises publiques. Au milieu de 1996, 16 entreprises avaient été privatisées » |40|.
3) De la libéralisation des mouvements de capitaux : « Les administrateurs du FMI se sont aussi félicités de la libéralisation récente des mouvements de capitaux. Bien que quelques administrateurs aient souscrit à la démarche progressive en ce domaine, un certain nombre d’autres estiment qu’une libéralisation rapide et intégrale offre de nombreux avantages au stade de développement économique où se trouve la Corée ».

Dix-septième constat : Washington a progressivement modifié sa politique à l’égard des dictatures alliées à partir de la deuxième moitié des années 1980 dans un contexte de fin de guerre froide. Ce tournant a été appliqué au Brésil dans la deuxième moitié des années 1980, aux Philippines en 1986, en Corée du Sud en 1987, il sera également appliqué au cours de la décennie suivante en Afrique du Sud en 1994, progressivement au Chili, en Indonésie en 1998. Du point de vue des États-Unis, le bilan est positif, les intérêts essentiels ont été sauvegardés. En effet, que serait-il arrivé si Washington s’était entêté à soutenir jusqu’au bout toutes les dictatures alliées secouées par des mouvements de masse ? Ce tournant de Washington n’est pas général. A l’égard des pays arabes, Washington maintient son appui aux dictatures à commencer par l’Arabie saoudite.

La crise économique asiatique de 1997 et ses suites

Entre 1990 et 1996, par leurs luttes, les travailleurs sud-coréens ont obtenu une augmentation de 66% de leur salaire réel |41|. Impressionnant. L’agenda néolibéral rencontre en Corée du Sud, comme ailleurs, une résistance des ouvriers. Le 26 décembre 1996 éclate la première grève générale qu’ait connue le pays depuis 1948. Les travailleurs s’opposent à une réforme du code du travail visant à faciliter les licenciements. Après 24 jours de grève, ils obtiennent un succès. La réforme du code du travail est reportée. La KCTU sort renforcée du conflit.
Les succès importants des travailleurs sont remis en cause à la faveur de la crise qui éclate en 1997. Le patronat prend sa revanche.

De plus, ce que les Ėtats-Unis et les autres puissances industrielles ont obtenu par la négociation jusqu’en 1996 est approfondi par la crise de 1997 provoquée par une vague spéculative d’attaques contre les monnaies du Sud Est asiatique et de la Corée. Cette spéculation est facilitée par les mesures de libéralisation des mouvements de capitaux mentionnées plus haut. Arrivant des pays du Sud-Est asiatique (la Thaïlande est la première à avoir été touchée en juillet 1997), la crise frappe brutalement la Corée du Sud à partir de novembre 1997. Entre novembre 1997 et le 8 janvier 1998, la monnaie coréenne, le won, se déprécie de 96,5% par rapport au dollar américain. En décembre 1997, le gouvernement de Séoul se soumet aux conditions imposées par le FMI (tandis que la Malaisie s’y refuse) |42|.

Un véritable réaménagement structurel est mis en œuvre : fermeture de nombreux établissements financiers, licenciements massifs, autonomisation de la banque centrale par rapport au gouvernement, augmentation brutale des taux d’intérêt (ce qui plonge l’industrie locale et les travailleurs dans la récession), abandon de grands projets d’investissements, démantèlement de certains grands conglomérats coréens (les chaebols), ventes de certaines entreprises aux transnationales des pays les plus industrialisés. La modification du code du travail coréen qui avait été reportée suite à la grève générale de janvier 1996 est adoptée. Elle permet de recourir à des licenciements massifs. La cure néolibérale imposée à la Corée est radicale. Le pays est plongé dans une récession profonde (chute de 7% du PIB en 1998).

Les prêts accordés par le FMI, la Banque mondiale et les banques privées comprennent tous une prime de risque. Ces institutions engrangent donc de plantureux revenus lors des remboursements. Les dizaines de milliards de dollars prêtés à la Corée ont été immédiatement utilisés pour rembourser les banques. Tous les participants au « plan de sauvetage » sont remboursés grâce aux revenus d’exportations et aux coupes claires dans les dépenses publiques. Une partie croissante des recettes fiscales sert à payer la dette extérieure. La dette publique de la Corée croît de manière spectaculaire à cause de la prise en charge par l’État des dettes des entreprises privées. La dette publique qui représentait 12% du Produit intérieur brut avant la crise a quasi doublé en pourcentage, passant à 22,2% fin 1999.
L’augmentation de la dette publique sert de prétexte pour mener de nouvelles coupes claires dans les dépenses sociales et pour pousser plus loin le programme des privatisations et d’ouverture au capital étranger.
Les mesures imposées visent également à imposer une défaite aux travailleurs coréens dont les organisations s’étaient renforcées dans les années antérieures. Le salaire réel du travailleur coréen a baissé de 4,9% en 1998 suite à la crise.
Les mesures d’ouverture commerciale renforcée touchent également de plein fouet les paysans sud-coréens qui multiplient les résistances dans le pays et entreprennent d’envoyer régulièrement des délégations de manifestants à l’étranger lors des sommets de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : Cancun en septembre 2003, Hong-Kong en décembre 2005.
Pour la Banque mondiale, la Corée est aujourd’hui un pays développé. Mais tant de luttes restent encore à mener.
Au moment où ces lignes sont écrites, début mars 2006, la KCTU, forte de 800 000 adhérents, dirige une grève générale qui demande l’abrogation d’une loi renforçant la précarisation des travailleurs à temps partiel |43|.

******

Washington a permis les massacres de mai 1980

Les forces armées de la République de Corée sont placées sous le commandement conjoint américano-coréen, lui-même sous le contrôle du commandant en chef des forces US en Corée du Sud. Seuls le commandement de la garnison de la capitale et un secteur des parachutistes placés sous l’autorité directe du président échappent à cette règle. Le gros des forces armées de la République de Corée ne peut être mobilisé sans la permission du commandant en chef des forces états-uniennes. Au moment du soulèvement de Kwangju, au mois de mai 1980, les troupes de la garnison de la capitale étaient utilisées pour le maintien de l’ordre à Séoul et les unités de parachutistes étaient envoyées à Kwangju. S’il y avait alors eu de nouveaux soulèvements - d’ampleur analogue ou supérieure à celui de Kwangju - le gouvernement n’aurait pu y faire face : il n’avait plus de forces en réserves placées sous son autorité directe.
C’est pour cela que le gouvernement des Etats-Unis, en réponse à une demande du gouvernement sud-coréen, a rapidement rendu disponible une partie des troupes placées sous le commandement conjoint. L’envoi à Kwangju de la 31e division, le 19 mai, ne fut possible qu’ainsi. Et, au moment de l’assaut final, quatre régiments - soit 7 800 hommes - furent soustraits au commandement conjoint pour être envoyées à Kwangju. De plus, le porte-avions américain Coral Sea, qui faisait route vers le Moyen-Orient, reçut l’ordre de cingler vers la péninsule coréenne.
Quand les étudiants de Kwangju envoyèrent un message désespéré au président démocrate Jimmy Carter |44| pour lui demander d’intervenir en défense de leurs droits, les États-Unis ont ignoré cet appel sous prétexte qu’ « il n’avait pas été transmis par les canaux officiels  ». Mais qu’est ce que des « canaux officiels » dans le cas d’une ville assiégée ? Le Washington Post du 1er juin 1980, rapporte qu’un important fonctionnaire américain a déclaré : « Ce n’est pas une question de droits de l’homme. C’est une question qui relève de l’intérêt national des États-Unis dans la réalisation et le maintien de la stabilité en Asie du Nord-Est. »
A souligner que le gouvernement japonais se rangea, lui aussi, aux côtés de Chun Doo Hwan, contre le peuple coréen.

******

Eric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de La Finance contre les Peuples. La Bourse ou la Vie, CADTM - Syllepse- Cetim, Liège - Paris - Genève, 2004, 640 p. ; coauteur avec Damien Millet de 50 Questions/ 50 Réponses sur la dette, le Fmi et la Banque mondiale, CADTM - Syllepse, Liège - Paris, 2002, et de Les Tsunamis de la dette, CADTM - Syllepse, Liège - Paris, 2005 ; coauteur avec Arnaud Zacharie de Sortir de l’Impasse. Dette et ajustement , CADTM - Syllepse, Bruxelles - Paris, 2002.


Notes

|1| Cette partie s’inspire notamment de David Cameron, « Corée du Sud, Un miracle fragile », Inprecor, n° 228, 20 octobre 1986.

|2| Roy E. Applemanb, South to the Naktong, North to the Yalu, Washington, 1961, p. 18.

|3| Les Ėtats-Unis obtiennent un mandat de l’ONU pour intervenir contre la Corée du Nord. Le corps expéditionnaire commandé par Washington comprend des soldats de 16 pays. Comment se fait-il que le Conseil de sécurité de l’ONU en arrive là alors que la Chine et l’Union soviétique en sont membres permanents avec droit de veto ? Depuis que la Chine populaire a été exclue du Conseil de Sécurité et des Nations Unies après la victoire de la révolution chinoise, c’est le représentant du régime anticommuniste de Taiwan dirigé par le général Tchang Kaï Chek qui obtient le droit de représenter la Chine de 1949 à 1971. Il vote au Conseil de Sécurité pour l’intervention en Corée. L’Union soviétique, elle, dans le contexte de la guerre froide, a décidé de mener la politique de la chaise vide, elle ne participe pas au Conseil de Sécurité et ne peut donc pas exercer son droit de veto contre l’intervention en Corée.

|4| Le chiffre de 100.000 morts est tiré du livre de Gregory Henderson, à l’époque diplomate en Corée, The Politics of the Vortex, Harvard, 1968.

|5| Avant 1945, plus de 90% de l’investissement total dans l’économie coréenne, agriculture mise à part, étaient détenus par les Japonais.

|6| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 25. Voir également US Overseas Loans and Grants (Greenbook) http://qesdb.cdie.org/gbk/index.html

|7| “La réforme a également éliminé le dernier problème sur lequel la gauche aurait pu se baser pour espérer un soutien important des populations rurales de Corée ». Cole, David C. and Princeton N. Lyman. 1971. Korean Development, The Interplay of Politics and Economics, Cambridge, Havard University Press, p. 21 cité par Krueger, Anne O. 1979, p. 21.

|8| 40% des terres cultivées étaient en possession des Japonais.

|9| Le même type de réforme a été appliqué à Taiwan.

|10| Krueger, Anne O. 1979. Studies in the modernization of the Republic of Korea : 1945-1975. The Development Role of the Foreign Sector and Aid, Council on East Asian Studies Harvard University, Cambridge, Massachusetts and London, England, p. 20. Voir également : Sarah Sugarman, “Land Rights and Establishing Desirable Production and Consumption Outcomes for Agricultural Households”, October 2, 2002 http://www.reed.edu/ sugarmas/LandR...

|11| Pour augmenter leurs revenus, les paysans accroissent fortement leur productivité et le volume de la production notamment vers des produits dont les prix restaient libres (fruits par exemple).

|12| Voir Peemans, Jean-Philippe. 2002. Le développement des peuples face à la modernisation du monde, Academia- Bruylant/L’Harmattan, Louvain-la-Neuve/Paris, p. 373.

|13| Voir Peemans, Jean-Philippe. 2002, p. 374.

|14| Bank of Korea, National Accounts (1987) cité par Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 25.

|15| Selon Mahn-Je Kim, entre 1953 et 1961, l’aide militaire des Ėtats-Unis sous forme de dons s’est élevée à 1561 millions de dollars. Selon US Overseas Loans and Grants (Greenbook) http://qesdb.cdie.org/gbk/index.html, le montant atteint 1785 millions de dollars.

|16| Pour une analyse du régime de Park Chung Hee, voir notamment Paik Nak-chung, discours à l’occasion de l’ouverture de la conférence internationale des Etudes coréennes tenue à l’Université de Wollongong, Australie, 10-13 novembre 2004 sur le thème « L’ère Park : une nouvelle évaluation après 25 ans ». La conférence de Paik Nak-chung est disponible en français, en anglais et en coréen : http://www.korea-is-one.org/article... Voir aussi le site de la maison d’édition Changbi : http://www.changbi.com/english/html... Paik Nak-chung, directeur de la maison d’édition coréenne Changbi a été victime de la répression durant la dictature de Park. Changbi a été fermée sous la dictature du général Chun Doo Hwan, de 1980 à 1987.

|17| Il a également occupé des fonctions ministérielles dans les années 1990 pendant la présidence de Kim Young Sam

|18| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 46. « Such recognition from the Bank - the world’s most authoritative international developement organization - positively influenced Korea’s international relations, but was even more important domestically. It provided a powerful and persuasive justification to the Korean public for the existence of a dictatorial government devoted to economic development”.

|19| Pierre Rousset décrit en 1984 l’évolution fulgurante du groupe Daewoo : « Il emploie à lui seul 70 000 employés, alors qu’il n’a été formé que voilà 17 ans à partir d’une petite entreprise textile. Grâce au soutien de Park Chung Hee, Kim Woochong a constitué un empire dans le commerce, la construction navale, le bâtiment, l’automobile, le textile, la finance, les télécommunications, l’électronique, l’habillement. Il possède à Pusan la plus grande usine textile du monde et à Oskpo un chantier naval ultramoderne. Il ouvre des chantiers considérables au Moyen-Orient. Il investit aujourd’hui dans les semi-conducteurs », Rousset, Pierre. « La Corée du Sud, second Japon ? » in Croissance des jeunes nations, numéro 265, Paris, octobre 1984.

|20| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, p. 33

|21| Voir chapitre « Le développement selon la Banque mondiale » dans Eric Toussaint, « Banque mondiale : Le coup d’Etat permanent. L’agenda caché du Consensus de Washington », CADTM - Syllepse- Cetim, Liège - Paris - Genève, à paraître en mai 2006.

|22| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, p. 35

|23| Voir Lutte de Classe, N°26, Mars 1997, « Corée du Sud - Du mythique « miracle économique » aux traditions de lutte de la classe ouvrière »

|24| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, p. 35. « The flexibility of the WB economists should be emphasized. They were typical neoclassical markets economists, and they contributed greatly to the indoctrination of Korean officials with the ideals of the market economic system. The Bank’s economists in general were not dogmatic and knew how to harmonize textbook principles with real-world constraints”.

|25| Voir Jun Yasaki « La crise du régime sud-coréen et le soulèvement de Kwangju, in Inprecor n° 80, 26 juin 1980, p. 25

|26| Les chiffres concernant le nombre de pertes en vie humaines du côté des manifestants varient fortement. L’estimation la plus faible, celle des autorités, mentionne le chiffre de 240 morts. D’autres sources mentionnent de mille à deux mille morts. Le New York Times du 28 mai 1980 affirme que 50 parachutistes ont été tués au cours d’un seul combat (voir Kim Chang Soo « Le Soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 97, 16 mars 1981, p. 35-39).

|27| Jun Yasaki « La crise du régime sud-coréen et le soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 80, 26 juin 1980, p. 25 et Kim Chang Soo « Le Soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 97, 16 mars 1981, p. 35-39.

|28| Kim Chang Soo « Le Soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 97, 16 mars 1981, p. 35

|29| Ronald Reagan a présidé les Ėtats-Unis de 1981 à 1988.

|30| “La Corée du Sud a également bénéficié d’une aide spéciale du gouvernement japonais au motif formel de réparations. Le fait que le traité mis sur pied après la guerre était resté lettre morte pendant de nombreuses années ne tracassait aucune des deux parties. Le gouvernement japonais savait très bien qu’un don de trois milliards de dollars à la Corée pour lui permettre de continuer à rembourser sa dette extérieure élevée bénéficierait à long terme aux intérêts des entreprises japonaises qui avaient des investissements dans le pays et des participations dans des entreprises coréennes. Alors que la crise de la dette s’étendait, le gouvernement coréen n’a jamais eu besoin de négocier avec les banquiers étrangers ou le FMI » “South Korea also got special help from Japan under the formal guise of reparations. The fact that the postwar treaty had been a dead letter for many years did not worry either party. The Japanese government was aware that putting up $3 billion to help Korea service its large foreign debt was going to be in the long term interests of the many japanese companies with investments and joint ventures in Korea. The results was in subsequence phase of the debt crisis, the Korean government never had to negotiate with foreign bankers or with the IMF.” In Strange Susan, Rival States, Rival Firms, Competition for World Trade Shares, CSRI, 1991, p. 46.

|31| Krueger, Anne O. 1979. The Development Role of the Foreign Sector and Aid, Council on East Asian Studies Harvard University, Cambridge, Massachusetts and London, England, 256 p.

|32| Chiffres annoncés par Kang Min Chang, chef de la police nationale. Cité dans Korea Communiqué Bulletin, numéro spécial juillet 1986.

|33| Prise d’assaut du campus de Konkuk, le 31 octobre 1986 par exemple.

|34| David Cameron, « La classe ouvrière prend la relève » in Inprecor n° 248, 7 septembre 1987, Paris, pp 4-5

|35| Chiffres du ministère du Travail cités dans International Herald Tribune, 26 août 1987

|36| « De juillet à septembre 1987, le nombre de grèves atteindra 3.372 », Hermann Dirkes, « Le nouveau mouvement syndical » in Inprecor n° 281, 6 février 1989.

|37| En octobre 1995 éclate en Corée le plus gros scandale que ce pays a connu depuis la fin de la guerre, il éclabousse trois présidents successifs. Sur l’accusation d’un parlementaire de l’opposition, l’ancien président de la République Roh Taewoo (1987-1993) est arrêté pour avoir reçu 369 millions de dollars en pots-de-vin. Son prédécesseur Chun Toowhan (1980-1987) connaît le même sort. Kim Youngsam se trouve dans une situation embarrassante : il a en effet été élu grâce au soutien de Roh Taewoo. Il a reconnu avoir touché de l’argent lors de sa campagne électorale. Le monde industriel n’est pas en reste : la plupart des chaebols sont mouillés d’une manière ou d’une autre par ce scandale.

|38| Le dernier cycle de négociation du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) est appelé Uruguay Round. Il a donné lieu notamment à la mise en place de l’OMC qui a remplacé le GATT à partir de 1995. Le GATT avait été créé en 1948 après le sabordage de l’Organisation Internationale du Commerce (créée sur papier en 1947 lors de la conférence de La Havane) par les États-Unis.

|39| Fonds Monétaire International. 1997. Rapport annuel 1997, Washington DC, p. 60.

|40| Idem. p. 61.

|41| CNUCED, 2000c, p 65-66 cité par Eric Toussaint. 2004. La Finance contre les Peuples. Chapitre 17, p. 477.

|42| J’ai analysé la crise asiatique de 1997-1998 en détail dans Eric Toussaint. 2004. La Finance contre les Peuples. Chapitre 17, « Tempête en Asie : les tigres domptés reprennent-ils du poil de la bête ? » p. 461 - 479.

|43| Pour des infos sur l’action de la KCTU et les luttes sociales en général, voir : http://www.kctu.org

|44| Jimmy Carter a été président des Ėtats-Unis de 1977 à 1980. Au cours de son mandat, plusieurs alliés de Washington tombent ou sont déstabilisés : le Shah s’enfuit en février 1979 devant une révolte populaire, le dictateur Anastasio Somoza est renversé en juillet 1979 par la révolution sandiniste, la dictature coréenne est déstabilisée d’octobre 1979 à mai 1980. C’en était trop, il fallait à tout prix garder cet allié stratégique. Pourtant, Jimmy Carter se faisait le chantre des droits de l’homme en politique internationale.

 
http://www.cadtm.org/spip.php?article1810

http://www.cadtm.org/Coree-du-Sud-le-miracle-demasque



Edité par T 34 - 29 Apr 2010 à 02:05
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:14
Tout d'abord, le régime nord-coréen n'a jamais nié la famine, et l'embargo américain y est pour quelque chose. C'est bien les Etats-Unis qui ont essayé de priver la Corée du Nord de sa seule source d'énergie,l'uranium, bloquant ainsi toutes les usines et les transports et paralysant l'activité économique nationale,pour aboutir à une famine, doublée par la rupture des livraisons de matériels russes et chinois ( tracteurs, essence, semences...), imposée par Clinton ! De plus, n'oublions pas que la Corée du Nord est un immense caillou sur lequel il est bien difficile de faire pousser quelque chose.

la Coréee du nord n'est certes pas un modéle mais je crois que la propagande bourgeoise déforme le réalité de ce pays. De meme que la Chine de Mao n'avait rien à voir avec la France, la corée ne peut répondre aux questions que nous nous posons ici, mais pour avoir vu qq.docus sur arte donc pas à priori pas favorable, je pense que la vie-mis à part les difficultés conjoncturelles - n'est pas si terrible pour les masses au contraire, les docu. donnaient une image trés nuancée de la réalité nord coréenne.


http://www.kcckp.net/images/periodic/times/2005/10/42/6-4-0.jpg

bibliographie suggérée par un site sur la Corée du Nord :

ici

pourquoi la guerre de Corée ?

version nord coréenne :
http://www.korea-is-one.org/rubrique.php3?id_rubrique=71

version du site du pouvoir ouvrier :
http://www.pouvoir-ouvrier.org/theorie/QI/QI13-Coree.html


Un article ni pro communiste ni pro américain mais assurément anti stalinien.
http://www.anglemort.net/article.php3?id_article=39

Pour les versions pro-capitalistes s'en référer au web.


Les trois Etats communistes voyous…
http://www.stopusa.be/scripts/texte.php?section=BR&langue=1&id=13719

un petit rappel : L’embargo (blocus) imposé à Cuba est le plus large et le plus dur imposé par un État à un autre aux temps modernes —enchaîne Ruiz— ; il a commencé en 1961, s’est durci en 1992 afin de rendre illégal le commerce avec Cuba de filiales nord-américaines établies dans des pays tiers, et plus encore en 1996. En réalité, il est beaucoup plus restrictif que les blocus décrétés par Washington contre l’Iran, l’Irak, la Libye et la Corée du Nord.
http://www.granmai.cubasi.cu/frances/2004/abril/vier16/16torti-f.html


Il faut ajouter à cela des catastrophes naturelles, la perte de la coopération avec l'URSS, une volonté d'équilibrer les balances commerciales entre les importations et les exportations, un "plan quinquennal" peu réussi pour diverses raisons et on obtient le tableau Nord coréen.



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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:16
mardi, 1 novembre 2005, 15h08



Les Nord-Coréens se nourrissent-ils d'écorces?

Tant les amis que les ennemis de la Corée posent la question: les Nord-Coréens mangent-ils vraiment à leur faim? Plusieurs personnes se sont rendues dans ce pays et témoignent de l'approche du problème de la nourriture.

Jef Bossuyt
02-11-2005





En août dernier, 27 personnes se sont rendues en Corée du Nord: des Belges, des Hollandais et des Français. Le voyage était organisé par Korea-is-one (KIO). Nous avons sillonné tout le pays en car, de Kaesong dans le sud à Paektu dans le nord, de Nampo dans l'ouest à Wonsan dans l'est, jusque dans les villages les plus minuscules.

Partout, les gens avaient l'air de se nourrir normalement. Le maïs poussait bien et le riz était vert dans les champs. «La récolte de 2004 a été la meilleure depuis 10 ans et poursuit donc la tendance au rétablissement qui a commencé en 2001», note le Programme alimentaire mondial dans son rapport.

En même temps, la Haute Assemblée populaire (Parlement) de Corée du Nord reconnaît toujours que «la tâche principale de l'économie en 2005 consiste à résoudre le problème de la nourriture». Mais d'où vient ce problème?

Auto-approvisionnement jusqu'en 1990

Après la guerre de Corée (1950-1953), la Corée du Nord a développé son agriculture à un rythme de croissance énorme. Les fermes ont été collectivisées, les rizières dotées de canaux d'irrigation et d'engrais artificiels fabriqués en Corée même. Le pays produisait ses propres tracteurs, allant même jusqu'à en exporter. Jusqu'en 1990, le pays couvrait ses propres besoins en nourriture.

L'Unicef note: «La République populaire démocratique de Corée disposait traditionnellement d'un système étendu et très bien fourni de services sociaux de base, gratuits ou généralement accessibles à tous. À la fin des années 80, le pays achevait son alphabétisation complète et les chiffres de mortalité et d'espérance de vie des mères et enfants étaient aussi bons que ceux des pays les plus performants de la région.»1 Le programme alimentaire mondial (de l'ONU) attribue les énormes difficultés économiques apparues après 1990 aux «changements négatifs dans le commerce avec l'URSS et l'Europe de l'Est et aux très grandes catastrophes naturelles (inondations, tempêtes de grêle et typhons) survenues en 1996, 1997 et 2000».2

Après 1991, année de la chute de l'Union soviétique, les anciens pays socialistes n'ont plus acheté à la Corée du Nord. Le pays s'est retrouvé dans un blocus économique absolu tout en étant privé de ses anciens approvisionnements en pétrole bon marché en URSS. Le blocus économique et la menace de guerre directe des États-Unis ont en effet empêché la Corée d'investir elle-même suffisamment d'argent dans la mécanisation de l'agriculture et d'attirer chez elle les investisseurs étrangers. De ce fait, la consommation de céréales est trop restreinte ­ en moyenne 1600 Kcal par jour et par personne, au lieu des 2000 Kcal idéales ­ et l'alimentation trop peu variée.3 Le système public de distribution répartit toutefois la nourriture avec «efficacité et égalité», note encore le Programme alimentaire mondial.4 Cette façon de faire empêche la famine.

Une solution définitive ne sera envisageable que lorsque cesseront menaces de guerre et occupation par les États-Unis. Alors, toute la Corée, du Nord comme du Sud, pourra commencer à investir dans la modernisation de l'agriculture et, en même temps, réaliser un nouveau boum économique, comme dans les années 50, à la fin de la guerre d'agression des États-Unis.

1 Humanitarian Appeal, 2003 · 2 Special Report FAO-WFP, 22.11.04, p.4 · 3 Report FAO-WFP · 4 WFP, 18.12.02.

Découvrez
la réalité coréenne


Extrait du journal d'un voyageur: «Peu avant dix heures, nous arrivons à une ferme à Ontchon. Le long de la route, des piétons, des cyclistes et des enfants qui jouent, observent du coin de l'il ce car plein de gens bizarres. Après la réception, nous nous rendons dans les rizières, des étendues vertes jusqu'à l'infini. C'était différent en 1997, raconte le directeur de la ferme. La mer a inondé le village et a détruit la récolte. «Avec l'eau du (fleuve) Daedong, nous avons nettoyé les terres arables, dit-il, car, vu la haute teneur en sel, le riz ne poussait plus. Nous avons rehaussé la digue, de 5 m à 7 m. Les autorités nationales ont suivi de près le développement de nos coopératives et la production est passée de 0,5 tonne à 5 tonnes à l'hectare.»

Vous trouverez la suite de ce compte rendu sur www.korea-is-one.org.
Les personnes désireuses d'aller en Corée l'an prochain peuvent adresser un mail à info@korea-is-one.org.

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:18

La Chine met sous sa coupe l'économie nord-coréenne

LE MONDE | 31.10.05 | 13h54 • Mis à jour le 31.10.05 | 13h54

TOKYO de notre correspondant

Dans les marchés libres de Pyongyang, inaccessibles à beaucoup en raison des prix pratiqués, les produits de consommation sont en majorité d'origine chinoise. "Une nouvelle fois, les Chinois ont franchi le Yalu" , disent des Coréens, faisant allusion au déferlement de l'armée rouge qui passa le fleuve marquant la frontière entre les deux pays pour venir appuyer les troupes nord-coréennes qui avaient envahi le Sud et repousser les forces des Nations unies jusqu'au 38e parallèle. La Chine est le principal soutien politique du régime, et ses hommes d'affaires et commerçants, profitant des réformes de 2002 ­ libéralisation des prix et des salaires ­, sont en train de faire discrètement main basse sur l'économie de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), qui tente de se dégager de l'ornière.

Il y a les grands projets symboles de "l'amitié entre les deux peuples" comme l'usine de verre Taean, flambant neuve, d'un coût de 20 millions d'euros que l'on voit de l'autoroute peu avant Nampo, port de la côte ouest, ou une entreprise conjointe de fabrication de vélos à Pyongyang (650 000 euros), d'où sortiront 300 000 bicyclettes par an. Mais il y a aussi une foule d'investissements discrets qui témoignent du renforcement de la présence chinoise en RPDC : c'est le cas d'ateliers textiles dont la production envoyée en Chine est vendue sous le label "made in China". La main-d'oeuvre nord-coréenne est moitié moins chère que de l'autre côté du Yalu, et les Chinois n'ont pas besoin de visa pour entrer en RPDC.


"QUATRIÈME PROVINCE"


Selon l'organisme du commerce extérieur sud-coréen Kotra, 120 entreprises chinoises ont investi en Corée du Nord pour un montant équivalent à 146 millions d'euros, et les échanges entre les deux pays s'élèvent à 1,4 milliard de dollars, soit 48 % du commerce extérieur de la RPDC (contre 42 % en 2003). Au cours de la première moitié de l'année, les exportations de produits alimentaires chinois ont augmenté de 480 %, pour s'élever à 34 millions de dollars. Pékin a également fourni à la RPDC 295 000 de tonnes de pétrole, soit 45 % de plus que l'année précédente, pour une valeur de 100 millions de dollars.

La Chine, qui a un grand appétit de matières premières, est surtout intéressée par les minerais dont la RPDC est riche : outre le charbon, elle disposerait de la moitié des réserves mondiales de magnésium et de l'un des plus importants gisements de minerai de fer (1,2 milliard de tonnes) situé dans la région de Musan, non loin de la frontière chinoise. En 2005, la RPDC devrait exporter 1 million de tonnes de minerai de fer en Chine.

Les Coréens du Sud s'assurent également des positions en RPDC. Ils ont obtenu des garanties pour les investissements dans le secteur minier, et une entreprise d'Etat sud-coréenne, Korea Resources, a une représentation à Pyongyang pour gérer des projets en commun dans ce secteur. Hyundai Asan, qui gère le complexe touristique de Kumgang et la zone industrielle de Kaesong (au nord), a d'autre part largement "affermé" la RPDC en achetant à Pyongyang les droits exclusifs pour une dizaine de milliards d'euros de projets en infrastructures, dont la remise en service de deux lignes ferroviaires desservant le long des côtes est et ouest. La Chine s'est de son côté assuré les droits d'utilisation du port de Rajin (nord-est), s'offrant ainsi un débouché maritime sur le Pacifique à une cinquantaine de kilomètres de sa frontière. Rajin fut le grand port d'exportation des minerais du temps de la colonisation japonaise (1910-1945).

Perfides, des quotidiens sud-coréens ont récemment écrit que la RPDC est en train de devenir de facto la "quatrième province du nord-est de la Chine" (avec Jilin, Liaoning et Heilongjiang). Une vision excessive ­ mais la dépendance croissante de son grand voisin chinois est néanmoins ressentie avec une certaine appréhension par Pyongyang.

Philippe Pons

@ Lemonde.fr


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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:19

Des Européens font des affaires à Pyongyang, mais en secret

LE MONDE | 31.10.05 | 13h54

TOKYO de notre correspondant

La Corée du Nord a mauvaise presse et les quelques entreprises occidentales implantées ou commerçant avec ce pays "préfèrent ne pas faire de publicité sur leurs activités de peur de susciter des réactions indignées d'actionnaires invoquant la situation des droits de l'homme" , commente un homme d'affaires européen à Pyongyang. C'est, semble-t-il, le cas du deuxième producteur mondial de cigarettes, British American Tobacco (BAT), qui depuis quatre ans a secrètement une usine à Pyongyang, écrit The Guardian .


En partenariat avec l'entreprise publique Korea Sogyong Trading Corp., BAT a créé une société conjointe, Taesong-BAT, dont le groupe détient 60 % du capital. Selon la responsable de la communication de BAT, cité par le quotidien anglais, l'entreprise conjointe figure parmi les "principales filiales du groupe" , mais, l'investissement étant faible (initialement 7,1 millions de dollars), "il ne justifiait pas d'être mentionné" ... BAT a un représentant expatrié sur place et son partenaire nord-coréen est une entreprise liée à l'armée.

Les Coréens du Nord sont de gros fumeurs : on estime que 9,2 millions de personnes sur 22,3 millions ­ soit 42 % de la population ­ s'adonnent au tabac. Un marché qui n'a pas échappé à BAT : avec 200 employés, Taesong-BAT produit 2 millions de cigarettes par an, dont des Craven A. Mais, depuis que les Coréens, friands de cigarettes étrangères, savent que celles-ci sont produites chez eux, elles ont moins de succès, dit une source européenne familière de Pyongyang.

BAT pourrait ne pas être intéressé uniquement par le marché nord-coréen : on trouve désormais en Corée du Sud une petite quantité de cigarettes fabriquées en RPDC, importées légalement, à des prix inférieurs de moitié à celles produites localement. Surtout, la Chine, où les contrefaçons de cigarettes abondent, pourrait constituer un débouché.

Une douzaine d'entreprises, essentiellement nord-européennes, dans les secteurs de la pharmacie, des équipements lourds, d'Internet, des chemins de fer ou de la construction légère sont présentes en RPDC. Des groupes (y compris français) explorent, discrètement, les possibilités offertes par les nouvelles dispositions sur les investissements dans l'exploitation des minerais.

Philippe Pons

@ Lemonde.fr

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:21
Depuis peu, le gouvernement de Corée du Nord (la République populaire démocratique de Corée) encourage les marchés. À Pyongyang, la capitale, un grand marché est installé dans la rue Thongil. Contrairement aux marchés d'État, simplement numérotés, on l'appelle le marché de la rue Thongil. Le marché de la rue Thongil est installé dans un bâtiment moderne depuis 2003, qui couvre une superficie de 6930 m². Il s'y vend des céréales, des légumes, de la viande et du poisson (frais ou séché), divers produits frais et des fruits, des vêtements, des chaussures, des produits textiles, des ustensiles domestiques, des articles culturels, des matériaux de construction, etc. Ces produits proviennent aussi bien de Corée du Nord que de l'étranger. Les autorités régulent les prix. Un autre marché de ce type a ouvert dans le centre de la capitale fin 2004.

Cependant, si la situation s'améliore pour les habitants de la capitale, cela n'est absolument pas le cas dans les villes du reste du pays. De plus, les prix ne permettent pas à la grande majorité des Coréens de s'approvisionner dans ces marchés (voir tableau).
Évolution récente du prix des céréales en Corée du Nord, en wons pour un kg

( Revenu moyen mensuel : environ 2000 wons, soit 720.6 € (1 won nord coréen=0.3801 euros en juillet 2005)



Riz :
44 wons (2003) 44 wons (2004) (Prix sur les marchés d'État)
120 wons (2003) 600 wons (+ 400 %) (2004) (Prix sur les marchés libres)
Maïs :
24 wons (2003) 24 wons (2004) (Prix sur les marchés d'État)
110 wons (2003) 320 wons (+ 191 %) (2004) (Prix sur les marchés libres)

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:28
Missiles nord-coréens : une arme diplomatique ?

« La Corée du Nord menace le monde », ont titré plusieurs quotidiens. Le pays semble plus que jamais isolé après une série de condamnations et les nettes réserves de la Chine et de la Russie.

Cécile Chams - Solidaire - 10-07-2006



Sept missiles nord-coréens ont été tirés dans les eaux internationales entre la Corée et le Japon le 4 juillet, jour des festivités d'indépendance des Etats-Unis. L'un d'eux serait un missile intercontinental, qui n'aurait parcouru que quelques dizaines de kilomètres.

A travers le monde, la condamnation est quasi-unanime. Occasion pour certains médias de ressortir les propos habituels sur ce ré egime « stalinien », « isolé », « exsangue », etc. Mais comment expliquer cette action de la Corée du Nord ? « Geste désespéré d'un régime aux abois ? », s'interroge le spécialiste de la Corée dans le quotidien français Le Monde. « Jusqu'à présent, le régime de Pyongyang a démontré qu'il est moins imprévisible qu'on le dit et qu'il joue relativement habillement le peu de cartes qu'il a en main », ajoute-t-il. Pour Philippe Pons, il s'agit « d'une diplomatie au bord du gouffre dont les tirs de missiles sont une nouvelle expression ».1

La suite des événements semble confirmer cette analyse. Une intense activité diplomatique a repris autour de la question coréenne. « Bush doit s'expliquer ; le temps nécessaire de la diplomatie » , titre Le Soir du 8 juillet. Christopher Hill, le secrétaire d'Etat adjoint des Etats-Unis, s'est rendu en Chine le 7 juillet. Le négociateur japonais aussi. Les Chinois et les Russes insistent sur la reprise d'un dialogue avec la Corée du Nord. L'ambassadeur russe à l'ONU, Vitali Churkine, s'est prononcé pour « un message fort et clair, mais dont l'objectif consiste à la reprise des pourparlers à six, ainsi qu'une solution diplomatique. »2

Un appel à reprendre les pourparlers à six (Chine, Etats-Unis, Russie, Japon, Corée du Nord et du Sud) ouverts en 2003, mais dans l'impasse depuis septembre 2005.

Sortir de l'isolement

Depuis, les Etats-Unis ont accentué les pressions économiques et financières sur la Corée du Nord. Ils ont récemment lancé des accusations selon lesquelles le pays fabriquerait des faux dollars. Rumeurs réfutées fermement par la Chambre de commerce européenne en Corée du Nord. Celle-ci soutient d'ailleurs activement la prochaine foire commerciale internationale qui se tiendra à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord.3 Le pays tente en effet de sortir de son isolement en intensifiant ses relations commerciales avec la Chine et la Corée du Sud d'abord, l'Union européenne ensuite. Son gros obstacle reste cependant le blocus et l'état de guerre persistant avec les Etats-Unis. Rappelons qu'il n'existe qu'un cessez-le-feu entre les deux Etats depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953).

La Corée du Nord souhaite l'établissement de relations diplomatiques avec Washington, comme elle en a avec la quasi-totalité des pays du monde. Et faire lever les sanctions économiques qui nuisent fortement à son développement. « La Corée du Nord cherche surtout à forcer les Etats-Unis à engager des négociations bilatérales, imitant ainsi Téhéran », écrit Le Monde. « A court terme, les Etats-Unis réagiront avec colère au lancement [de missiles, ndlr], mais ils vont se rendre compte que la seule solution à long terme est d'engager des pourparlers directs avec la Corée du Nord », estime Paik Hak-soon, de l'Institut Sejong à Séoul.4

« Les tests de missiles seraient un ultime moyen pour de la Corée du Nord de regagner l'attention de Washington », écrit l'agence de presse sud-coréenne. Et elle rappelle que Washington a r ejeté l'invitation adressée par Pyongyang à l'envoyé américain Christopher Hill, dans le but pourtant de relancer les pourparlers à six.5

« Une provocation, pas une menace »

Les Etats-Unis disposent d'une technologie de missiles et d'armes nucléaires en avance de 60 ans sur la Corée du Nord. Leurs sous-marins nucléaires déployés en Corée du Sud, au Japon et dans le Pacifique sont capables de détruire complètement ce petit pays. « Les tirs de missiles sont une provocation, mais non une menace », a déclaré Steve Hadley, le conseiller présidentiel américain pour la sécurit3é nationale. Pourquoi les Etats-Unis ont-ils alors fait tant de tapage ? « Nous voulons une action commune… de la part de la communauté internationale » contre la Corée du Nord, précise Hadley.6

Par l'intermédiaire de leur allié japonais, les Etats-Unis ont dépo sé un projet de résolution aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Il prévoit des sanctions économiques et la possibilité d'actions militaires contre la Corée du Nord. La Grande-Bretagne et la France y sont favorables.

La Chine et la Russie contre des sanctions

Mais la Chine et la Russie ont immédiatement rejeté ce projet. Dans une conversation téléphonique avec son homologue américain Bush, le président chinois Hu Jintao a rappelé son engagement « en faveur de la paix et de la stabilité dans la péninsule coréenne et s'est dit opposé à toute action qui pourrait aggraver la situation ».7

Les Etats-Unis devront donc revoir leur copi e. Au lieu d'une « action unanime » de la communauté internationale, il y aura tout au plus une « déclaration ».

La Corée du Sud s'est également prononcée pour une approche modérée. « L'action du Nord a des motivations politiques et requiert donc une réponse politique et diplomatique », a déclaré le cabinet de la présidence.8

Un accord de paix, seule issue à la crise

« La République populaire démocratique de Corée continue de vouloir la dénucléarisation de la péninsule coréenne, comme stipulé dans la déclaration du 19 septembre 2005 des pourparlers à six », déclare la presse nord-coréenne.9

La Corée du Sud confirme la bonne volonté de Pyongyang. « Le Nord garde la porte ouverte au dialogue avec les Etats-Unis », rappelle l te agence de presse sud-coréenne.10

« La Corée du Nord et les États-Unis devront changer d'attitude. Washington en particulier devra cesser de tout demander tout de suite, et accepter des concessions graduelles », estime l'américain David Albright, ancien inspecteur pour les armes nucléaires en Irak. 11

Poursuite des relations intercoréennes

Quelques heures après les tirs de missiles, plusieurs centaines de touristes sud-coréens arrivaient en bus dans les monts Kumgang, site touriste de Corée du Nord, à moins de 100 kilomètres des sites supposés de lancement. Le même jour, un autre groupe de 200 hommes d'affaire et responsables sud-coréens se rendaient dans la zone industrielle conjointe de Kaesong, en Corée du Nord, juste au nord de la ligne de démarcation. (AP, 7 juillet 2006)

La crise sur les missiles ne semble pas avoir affecté les relations commerciales N ord-Sud, en plein essor depuis la rencontre entre les deux dirigeants en juin 2000. En 2005, le volume commercial intercoréen a même atteint pour la première fois le milliard de dollars.


1 Philippe Pons, Le Monde, 6 juillet 2006 ; 2 Xinhua, 6 juill et 2006 ; 3 Voir articles à ce sujet sur www.korea-is-one.org ; 4 Le Monde, 6 juillet 2006 ; 5 Yonhap, 5 et 6 juillet 2006 ; 6 Point de presse, Maison Blanche, 4 juillet 2006 ; 7 Xinhua, 6 juillet 2006 ; 8 484 Yonhap, 7 juillet 2006 ; 9 KCNA, 6 juillet 2006 ; 10 Yonhap, 6 juillet 2006 ; 11 La presse (Canada), 6 juillet 2006.


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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:39
Entretien avec John Feffer, co-directeur de Foreign Policy in Focus
Les négociations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord « vouées à l’échec »



John Feffer a délaissé son emploi du temps chargé pour nous rencontrer dans la salle de conférence de l’Institut d’études politiques à Washington, D.C., le 8 juillet. Il est devenu le mois dernier co-directeur du perspicace journal en ligne Foreign Policy in Focus, en plus de son travail de directeur du Programme pour les affaires mondiales de l’International Relations Center.
Emanuel Pastreich [1]



John Feffer (voir biographie ci-dessous)


Bien que John ait beaucoup écrit sur les questions sociales, politiques et économiques, il s’est dernièrement surtout intéressé à la péninsule coréenne, à l’origine de certaines des plus profondes considérations sur les forces sociales, économiques, politiques et culturelles accompagnant la transformation du Nord comme du Sud.

John est un orateur vigilant qui réussit à insérer un peu d’humour dans presque chaque phrase. Il écoute très attentivement chaque question et n’est jamais indifférent aux préoccupations des autres. Il possède un talent rare pour répondre de manière diplomatique tout en décrivant franchement la réalité des choses.

Q : Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la Corée dans vos écrits ? Pourquoi la Corée s’est-elle imposée ?

R : J’ai d’abord été amené à étudier la Corée du Nord en raison de mon intérêt pour les systèmes communistes. J’ai étudié à Moscou en 1985 et j’ai vécu en Pologne en 1989, ce qui m’a permis d’être au premier rang pour assister aux réformes de Gorbatchev puis aux transformations conduites par Solidarité. J’étais curieux de savoir pourquoi l’Etat nord-coréen ne s’était pas effondré en 1989 ou plus tard au cours de la crise alimentaire du milieu des années 90. Cette curiosité m’a amené à conduire des recherches plus approfondies et, enfin, à entreprendre plusieurs voyages en Corée du Nord.

Quand je me suis rendu pour la première fois en Corée du Sud en 1998, j’ai découvert une deuxième raison incontournable pour prêter une grande attention à la péninsule coréenne : l’ardeur de la société civile sud-coréenne. Pendant trois ans j’ai travaillé en étroite relation avec les ONG sud-coréennes, à Séoul, Kwangju et Taegu, et j’étais stupéfait par leur engagement, leur finesse politique et leur féroce capacité de travail.

Finalement, j’étais surpris de découvrir qu’on sait relativement peu de choses des deux Corée aux Etats-Unis, du moins quand on compare à la Chine ou au Japon. En tant qu’écrivain, je me sentais très interpelé par une telle ignorance. J’ai voulu comprendre pourquoi les Américains en savent si peu au sujet de la Corée et comment cette ignorance a influencé nos actions.

Q : Que considérez-vous être le premier problème dans les relations des Etats-Unis avec la Corée du Nord ?

R : Le premier problème est que, fondamentalement, l’administration américaine actuelle ne veut pas d’un accord avec la Corée du Nord. L’administration Bush considère l’Accord-cadre de 1994 comme ayant été un accord qui a échoué. Elle ne veut pas être contrainte par un accord semblable qui, si elle en signait un, la rendrait passible d’accusations d’« apaisement » envers Pyongyang. Le vice-président a résumé ainsi l’approche : « Il ne faut pas négocier avec le mal, il faut vaincre le mal. »

Bien que le département d’Etat ait tenté des négociations avec Pyongyang, celles-ci ont donc été vouées à l’échec à cause des partisans de la ligne dure au sein de l’administration. Il est impossible d’entrevoir une quelconque avancée dans les relations américano-nord-coréennes tant que l’administration n’adopte pas une approche pragmatique pour négocier avec Pyongyang.

Q : Nous assistons aussi à des frictions avec la Corée du Sud. Quelles en sont les raisons ?

R : L’administration Roh Moo-Hyun veut un partenariat plus équilibré avec les Etats-Unis. Elle a aussi poursuivi la politique d’engagement de Kim Dae Jung avec le Nord. L’administration Bush n’a pas accueilli favorablement chacune de ces politiques. Dans le premier cas, le gouvernement américain veut que la Corée du Sud s’aligne sur la politique militaire de « flexibilité stratégique », ce qui, pour la Corée, signifie que Séoul se range du côté de Washington contre Pékin. Les Etats-Unis coopèrent avec la Chine sur beaucoup de sujets divers, et la Corée du Sud est également sensible au maintien de l’ouverture de canaux avec la Chine.

Pour ce qui concerne la seconde question, l’engagement avec le Nord, beaucoup au sein de l’administration Bush considèrent que toute politique pouvant contribuer à rétablir l’économie nord-coréenne étend la ligne de vie du régime de Kim Jong Il. Il y en a certains à Washington qui pensent que sans Pékin et Séoul, le gouvernement de Kim Jong Il serait déjà tombé. Ainsi, l’administration Bush n’est pas enthousiaste pour le projet de Kaesong, a critiqué l’aide humanitaire bilatérale, et préférerait que Séoul suive une ligne plus dure sur la question des droits de l’Homme.

Q : Vous avez suggéré dans vos écrits qu’un fossé important existe entre la Corée du Nord telle que décrite dans les médias et la réalité de ce qu’il s’y passe. Pourquoi un tel fossé est-il apparu ?

R : La raison majeure des problèmes dans la description de la Corée du Nord par les principaux médias est que les journalistes ont rarement l’opportunité de visiter la Corée du Nord. Quand ils le font, ils ne peuvent pas agir en journalistes. Ils ne peuvent pas se déplacer librement ni interroger les personnes comme ils le souhaitent.

A cause de ces restrictions, les journalistes dépendent d’informations de seconde main provenant de sources gouvernementales et parfois de transfuges.

Une deuxième raison de la mauvaise perception dans les médias est que les gens accomplissant le travail le plus intéressant au sujet de la Corée du Nord n’en parleront pas parce que l’attention des médias pourrait mettre en danger leurs projets. Les journalistes tendent à être, par la nature de leur travail, plutôt irresponsables. Ils pensent à obtenir une histoire, pas aux possibles répercussions de leur histoire sur les personnes impliquées. Ainsi, les gens engagés dans de minutieux projets économiques, sociaux et culturels en Corée du Nord ne parleront pas aux journalistes.

Une troisième raison de la mauvaise perception est le gouvernement nord-coréen lui-même. Le gouvernement nord-coréen se trouve dans une position géopolitique très faible. Mais il réussit à utiliser le secret et l’opacité à son avantage.

Ont-ils ou non des armes nucléaires ? Nous ne pouvons pas en être sûrs. Quelle est la portée exacte de leurs missiles ? Nous ne savons pas. A quel point l’armée soutient-elle les réformes économiques ? Bonne question.

En maintenant le monde extérieur dans le doute, le gouvernement nord-coréen peut apparaître plus fort et uni qu’il ne l’est en réalité.

Une quatrième raison de la mauvaise perception est la tendance inconsciente des journalistes à épouser la position de leur propre gouvernement en politique étrangère. Les journalistes américains font toujours de leur objectivité une grande affaire. Mais ils mettent rarement en cause les principes fixes de la sécurité nationale des Etats-Unis. Ils ne passent pas beaucoup de temps à réfléchir au sujet de l’arsenal nucléaire que maintiennent les Etats-Unis ou de la part de marché dominante des exportations d’armes américaines. Nous retrouvons une tendance similaire dans les reportages sur la Corée du Nord. C’est seulement lorsque l’administration Clinton a commencé à mener une réelle politique d’engagement vis-à-vis de la Corée du Nord en 1999-2000, que la presse américain a soudain « réalisé » que Kim Jong Il n’est pas un simple fou, mais un dirigeant futé et souvent pragmatique. Quand George Bush est entré en fonction et a suivi une politique inverse de celle de Clinton, la presse a suivi.

Q : Que pouvez-vous faire, vous ou d’autres, pour remédier à cette situation ?

R : Avant qu’un journaliste commence à couvrir les sujets de politique étrangère, il faudrait qu’il ou elle enquête d’abord sur les accidents de voitures. Quand il y a un accident de voiture, chaque partie impliquée insiste sur le fait qu’il ou elle était dans son bon droit et que l’autre était en faute. Le journaliste doit essayer de reconstituer les faits à partir d’interprétations et de points de vue très différents. Les relations américano-nord-coréennes sont, essentiellement, une collision, et les deux parties ont des opinions différentes sur qui est responsable. Il est nécessaire que les journalistes américains écoutent ce que dit la Corée du Nord et essaient de comprendre pourquoi la Corée du Nord dit ce qu’elle dit. Alors seulement les journalistes commenceront à mieux apprécier comment nous avons atteint cette crise dans nos relations avec la Corée du Nord.

Q : Nous avons entendu par mal de choses aux Etats-Unis au sujet des droits de l’Homme en Corée du Nord. Le gouvernement sud-coréen semble hésiter à parler de cette question. Pourquoi ?

R : Le gouvernement sud-coréen croit que porter un jugement franc les droits de l’Homme en Corée du Nord à un moment sensible conduira à un échec du processus d’engagement actuel. A la place, Séoul espère que la situation des droits de l’Homme s’améliorera progressivement grâce à l’amélioration des relations et à un moindre isolement de la Corée du Nord.

Il est très difficile de creuser le sujet des droits de l’Homme dans les négociations avec la Corée du Nord. Pyongyang revendique son droit souverain à déterminer sa politique à l’intérieur de ses frontières. Ceci dit, la Corée du Nord est effectivement signataire de plusieurs traités internationaux sur les droits de l’Homme. Certaines personnes suggèrent que la Corée du Sud pourrait seulement insister pour que la Corée du Nord respecte ses engagements antérieurs.

Q : Pourquoi les droits de l’Homme en Corée du Nord sont-ils aujourd’hui un sujet si brûlant aux Etats-Unis ?

R : Il y a deux raisons principales. Certaines organisations suivent une démarche de principe en s’intéressant aux droits de l’Homme en Corée du Nord. De tels groupes demandent à la Corée du Nord de se conformer aux normes internationales juste comme les autres pays. Ces organisations se préoccupent, avant toute chose, de l’amélioration des conditions de vie du peuple nord-coréen. Amnesty International et Human Rights Watch paraissent équitables dans leurs rapports sur la Corée du Nord. Si elles ne critiquaient pas la Corée du Nord avec autant de diligence que pour les autres pays, elles perdraient une bonne partie de leur crédibilité.

D’autres orgnaisations considèrent les droits de l’Homme comme une question centrale dans les négociations avec la Corée du Nord. Elles voudraient voir la chute du régime actuel. Elles se rappellent comment les campagnes sur les droits de l’Homme ont contribué à la désintégration du communisme en Europe de l’est et en Union soviétique. Elles ont donc adopté une stratégie consistant à évoquer les droits de l’Homme afin de provoquer l’effondrement du régime de Kim Jong Il.

Ces deux approches trouvent un terrain fertile aux Etats-Unis. Il y a une ferveur presque messianique derrière les actions américaines pour promouvoir la démocratie et les droits de l’Homme à travers le monde. C’est un effort qui plonge ses racines dans l’histoire américaine et est bien antérieur à notre compréhension moderne des droits de l’Homme. Dans la culture politique actuelle cette ferveur coïncide avec un indéniable programme politique visant à asseoir la puissance des Etats-Unis dans le monde.

Ceux qui sont par philosophie disposés à promouvoir les droits de l’Homme dans le monde de manière équitable accordent souvent peu d’attention au dossier des droits de l’Homme aux Etats-Unis. Ceux qui soutiennent le projet d’asseoir la puissance américaine dans le monde s’intéressent aux droits de l’Homme seulement dans un sens instrumental. Ils s’inscrivent dans la veine utilitariste de la tradition américaine. La situation est donc celle-ci : les droits de l’Homme en Corée du Nord sont devenus une grande affaire aux Etats-Unis parce que le sujet est à l’intersection de nos traditions messianiques et utilitaristes, de notre puritanisme et de notre pragmatisme.

Q : Quelle est l’exactitude des renseignements sur l’« anti-américanisme » en Corée du Sud ? Ce sentiment y est-il différent que ce que nous trouvons ailleurs dans le monde ?

R : Je suis en train de lire un livre consacré aux relations entre les Etats-Unis et le Mexique intitulé « The Mexican Shock » [« Le choc mexicain », NdT]. Dans son analyse en profondeur, l’estimé spécialiste Jorge Castenada critique les Américains pour avoir systématiquement sous-estimé l’importance du nationalisme mexicain. « Même les classes moyennes mexicaines modernes continuent de nourrir des sentiments profonds de rancœur voire de colère contre les Etats-Unis », écrit-il. « Leur penchant pour les modes de vie et les produits américains ne devrait pas être pris pour un déclin de la suspicion et de l’hostilité traditionnelles envers les Etats-Unis. »

Nous avons tendance ici aux Etats-Unis à écarter l’idée d’un anti-américanisme en Corée du Sud en raison de la popularité de Coca-Cola, de McDonald’s, des films de Hollywood ou des mots anglais. Il existe une tendance similaire à croire que tous les Sud-Coréens seront éternellement reconnaissants envers les Etats-Unis pour leur rôle pendant la Guerre de Corée et qu’ils sont désireux de maintenir indéfiniment l’alliance de sécurité. Les plus jeunes générations n’éprouvent pas le même besoin de reconnaissance. En outre, elles ressentent amèrement la puissance des Etats-Unis dans le monde, militaire, économique, politique et culturelle, en dépit de leur penchant pour le style de vie américain ou de leur attirance pour les produits américains.

Un nombre croissant de Coréens veut que la Corée du Sud soit un pays « normal » dans ses relations avec les Etats-Unis. Cela signifie que la relation devait être équilibrée, sans subordination, à tous les égards. Ce sentiment est partagé par beaucoup de pays et de peuples à travers le monde.

Q : Comment les relations, culturelles, économiques et autres, entre la Corée du Nord et le reste de l’Asie évoluent-elles ? Comment comparer les liens du Nord avec ses voisins et les relations de la Corée du Sud avec ces pays ?

R : La politique étrangère de la Corée du Nord était autrefois largement circonscrite à ses relations avec les pays communistes et le mouvement des non-alignés. A la fin des années 80, Pyongyang a regardé la « corrélation des forces », comme les marxistes aimaient à l’appeler, et a décidé la nécessité d’entretenir de meilleures relations avec les principales puissances du monde, spécialement les Etats-Unis et le Japon. Finalement, les dirigeants de Pyongyang ont ressenti le besoin d’un rapprochement avec le Sud. Pyongyang a bien sûr maintenu une relation avec Pékin et dépend de la Chine pour la nourriture et le carburant. Mais le lien n’est pas aussi solide que certains aimeraient le croire à Washington. En effet, Pyongyang devient de temps en temps intime avec Taipei pour rappeler à Pékin de ne pas considérer comme acquises les relations entre la Chine et la Corée du Nord.

Mais la Corée du Nord n’a pas le contrôle total de ses relations avec l’Asie. La Chine et la Corée du Sud tentent d’intégrer la Corée du Nord dans leur propre centre régional de développement économique. La Chine concentre ses efforts dans la région de Rajin Sonbong, par exemple en louant le port de Rajin et en investissant dans l’amélioration des infrastructures, et la Corée du Sud a beaucoup investi dans complexe industriel de Kaesong. Le Japon, la Corée du Sud et la Chine sont tous impatients de gagner un accès aux ressources énergétiques de l’extrême orient russe. La Corée du Nord, cependant, n’a pas pu, ou voulu, prendre part à l’affaire jusqu’ici.

La Corée du Sud s’est rapprochée de la Chine au fil des ans en partie à cause de ses propres calculs géopolitiques, dans le domaine économique en particulier. La relation avec le Japon s’est, malheureusement, détériorée dans la période récente, et cette évolution a porté un coup sérieux à toutes les propositions pour un cadre régional économique ou de sécurité. La Corée du Sud a aussi une relation plus développée que la Corée du Nord avec l’Asie du sud-est grâce aux échanges. De ce point de vue, la Corée du Sud est bien plus une puissance asiatique avec une perspective asiatique. La Corée du Nord reste assez étriquée.

(OhmyNews, 20 juillet 2006)


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Brève biographie de John Feffer
John Feffer est co-directeur du centre de réflexion en ligne Foreign Policy In Focus et directeur pour les affaires mondiales à l’International Relations Center. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont North Korea, South Korea : U.S. Policy at a Time of Crisis et Shock Waves : Eastern Europe after the Revolutions.

Au cours des 20 dernières années, il a écrit sur divers sujets allant de l’économie russe et de la littérature coréenne à la politique alimentaire des Etats-Unis et à l’économie mondiale. Ses analyses plus courtes sont parues dans l’International Herald Tribune, The Progressive, Salon, Newsday et The American Prospect. Il a aussi édité plusieurs livres, dont ceux de la collection FPIF Power Trip et The Future of U.S.-Korean Relations chez Routledge.

Avant de rejoindre l’IRC, Feffer a été rédacteur à la Provisions Library de Washington, DC, et a obtenu une bourse du groupe sud-coréen PanTech pour intégrer les Etudes coréennes de l’Université Stanford. Feffer a étudié en Angleterre et en Russie, a vécu en Pologne et au Japon, et a beaucoup voyagé a travers l’Europe et l’Asie.

[1] Emanuel Pastreich est chercheur invité au Centre pour les études est-asiatiques de l’Université de Pennsylvanie et collabore à Japan Focus.

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http://www.ptb.be/
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:41
Institutions de la Corée du Nord
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Selon l'article premier de la Constitution de 1972 ([[1]]), révisée en avril 1992 et en septembre 1998, "la République Populaire Démocratique de Corée est un Etat socialiste souverain qui représente les intérêts de tout le peuple coréen". L'article 3 précise que "la République Populaire Démocratique de Corée prend pour guide de ses activités les idées du Juche, conception du monde axée sur l'homme et idéologie révolutionnaire en faveur de l'émancipation des masses populaires".

Les organes de l'Etat sont constitués et fonctionnent selon le principe du centralisme démocratique.

L'Assemblée populaire suprême, dont les 687 députés sont élus pour cinq ans, exerce le pouvoir législatif. Les dernières élections législatives générales ont eu lieu le 3 août 2003 ; les prochaines élections sont prévues en août 2008. Le Présidium de l'Assemblée populaire suprême exerce le pouvoir législatif quand l'Assemblée ne siège pas.

Le président du Présidium de l'Assemblée populaire suprême représente l'État; il reçoit les lettres de créance et les lettres de rappel des ambassadeurs étrangers.

Voir les dispositions de la Constitution relatives à l'Assemblée populaire suprême à l'adresse suivante : [[2]].

Le pouvoir exécutif est exercé par le cabinet des ministres, responsable devant l'Assemblée populaire suprême. Le Premier ministre représente le gouvernement.

Le chef du gouvernement est Pak Pong-ju depuis le 3 septembre 2003. Les vice-premier ministres sont Kwak Pom-gi (depuis le 5 septembre 1998), Jon Sung-hun (depuis le 3 septembre 2003) et Ro Tu-chol (depuis le 3 septembre 2003).

Le Comité de la défense nationale, présidé par Kim Jong-il, dirige les affaires militaires.

Les pouvoirs locaux sont exercés par les assemblées populaires locales et, quand elles ne siègent pas, par les comités populaires locaux. Les représentants des assemblées populaires locales sont élus pour quatre ans à chacun des trois niveaux administratifs : les provinces, les villes et les arrondissements
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:45
J'étais il y a une bonne semaine à la frontière sino-coréenne (du côté chinois bien sûr) et l'ai longée sur pas mal de kilomètres, m'arrêtant dans la plupart des petites villes chinoises de la région.

Je n'ai malheureusement rencontré aucun réfugié nord-coréen, car les chinois à qui je posais la question n'aimaient pas trop aborder cette question. Beaucoup m'ont toutefois confirmé qu'il y avait beaucoup de réfugiés dans la région, principalement dans les campagnes, car ils se cachent de la police chinoise. On m'a quand même dit à mots couverts que certains coréens franchissaient parfois la frontière de nuit pour vendre ou acheter des trucs et revenaient en Corée avant qu'on ne remarque leur absence. D'après les chinois, ces coréens risquent la mort à chaque fois.

J'ai par contre rencontré une bonne quantité de chinois qui s'étaient déjà rendus en Corée du Nord, voire pour certains qui y vont souvent pour leur business. Contrairement à nous, les chinois peuvent franchir la frontière facilement et se ballader à peu près librement du côté coréen de la zone frontalière. La région où j'étais, le Yanbian, est peuplée majoritairement de sino-coréens. Ce sont des citoyens chinois d'ethnie coréenne, une minorité nationale au même titre que les tibétains, les mongols ou les miao. Beaucoup sont bilingues chinois-coréen, et ils peuvent donc facilement communiquer et se déplacer en Corée du Nord.

TOUS, sans exception, absolument tous, faisaient la grimace en me parlant de ce pays, que pourtant ils aiment car ils la voient un peu comme une mère-patrie. Je n'ai eu absolument aucun témoignage sur la situation politique là-bas, car ça n'intéresse pas les chinois, ils s'en foutent complètement. En revanche, des descriptions de la misère coréenne, j'en ai eu. Apparemment les choses vont de pire en pire, contrairement à ce qu'on lit dans la presse occidentale qui semblait annoncer que le pays sortait progressivement de la famine et du fond du gouffre. Tous les chinois me disaient que ça se dégradait depuis quelques années.

Politiquement, tout ce que les chinois me disaient c'est qu'ils aimaient bien Kim Il Sung mais que Kim Jong Il était une catastrophe. Mais je suppose que ce jugement de valeurs est uniquement motivé par la situation économique.

En tant que collectionneur d'articles de propagande nord-coréenne, j'ai bien entendu fait le tour de tous les magasins susceptibles de me vendre des articles, et les vendeurs allaient en général s'approvisionner directement en Corée. Tous me disaient qu'il y avait de moins en moins de choix. Même les articles de propagande se raréfient. Une libraire m'a même dit qu'elle avait dû arrêter le commerce des livres nord-coréens, car depuis deux ans, ils sont à court de papier et n'impriment plus de livres. (ça, je pense que c'est faux, car j'ai vu et acheté pas mal de magazines imprimés en 2005 et 2006). Pas de bouquins récents en revanche, nulle part.

Quelques points positifs quand même, avant qu'on ne m'accuse d'être un agent de l'impérialisme ou un réactionnaire hystérico-anticommuniste. J'ai passé une journée et une nuit à Tumen, ville chinoise frontalière, et me suis donc balladé au bord du fleuve une fois la nuit tombée. Le fleuve Tumen, qui fait la frontière, c'est minuscule. A certains endroits ça ne dépasse pas 10 ou 20 mètres de large, et on voit donc assez bien l'autre côté. Contrairement à ce que j'avais remarqué quand j'étais allé en Corée du Nord il y a trois ans, et en un autre point de la frontière l'année dernière, j'ai cette fois vu des immeubles et maisons éclairés la nuit. C'était chose rare d'après ce que j'avais vu avant. Mais dans ce petit patelin des confins nord de la Corée, il y avait bel et bien de la lumière derrière les fenêtres. Et on entendait aussi les trains passer bien que ce soit une ligne ferroviaire secondaire. Tout n'est donc pas mort en Corée du Nord, même si le niveau général n'est guère brillant.
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:51
Posté le 03-10-2006 à 22:45:15

La Corée du Nord a annoncé mardi qu'elle allait procéder à un essai nucléaire, à une date non précisée, afin de renforcer son arsenal face à ce qu'elle estime être la menace grandissante des Etats-Unis.

La déclaration du régime communiste engagé depuis des années dans un bras de fer avec Washington a entraîné des réactions d'alarme dans le monde.

Dans un communiqué diffusé par l'agence officielle KCNA, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré que la Corée du Nord "allait à l'avenir procéder à un essai nucléaire dans des conditions où la sécurité sera entièrement garantie".

La Corée du Nord s'était déjà déclarée puissance atomique en février 2005, mais n'a jamais réalisé d'essai nucléaire.

"La menace extrême des Etats-Unis de déclencher une guerre nucléaire, les sanctions et les pressions contraignent à procéder à un essai nucléaire, un processus essentiel en vue de renforcer notre pouvoir de dissuasion nucléaire, en tant que contre-mesure d'autodéfense", déclare le texte.

Les Etats-Unis ont demandé mardi au Conseil de sécurité de l'ONU d'agir afin d'empêcher la Corée du Nord de procéder à un essai nucléaire comme elle en a exprimé l'intention.

Leur ambassadeur à l'ONU, John Bolton, a indiqué avoir invité ses 14 collègues du Conseil à mettre au point avec lui un "programme de diplomatie préventive" pour obtenir de Pyongyang qu'il renonce à cet essai nucléaire.

M. Bolton a précisé que le Conseil se réunirait mercredi sur la Corée du Nord, les délégations ayant eu le temps d'ici-là de consulter leurs capitales.

Le gouvernement japonais avait été le premier à réagir. Ce projet "ne peut être toléré car il s'agit d'une menace pour la paix", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Taro Aso.

"Une grave menace pour la paix dans la péninsule coréenne", a renchéri Séoul, mettant en garde Pyongyang contre l'"impact éminemment négatif sur les relations inter-coréennes".

La Russie a appelé le Nord à la "retenue". "Ces problèmes doivent se régler exclusivement de manière pacifique et diplomatique (...) Il faut des contacts directs entre les Etats-Unis et la Corée du Nord", a jugé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Un essai nucléaire serait un "acte extrêmement provocant" qui aurait de "sérieuses conséquences", a averti Londres, tandis que la France a demandé "instamment" à Pyongyang de renoncer à son projet qui serait "un facteur de grave instabilité pour la sécurité régionale et internationale".

La RPDC (République populaire démocratique de Corée) a promis de ne jamais utiliser l'arme atomique en premier mais s'est justifiée en expliquant qu'"un peuple sans pouvoir de dissuasion fiable est voué à une mort tragique et la souveraineté du pays vouée à être violée".

Stigmatisant une nouvelle fois les sanctions imposées par les Etats-Unis, le ministère nord-coréen accuse Washington d'"accroître jour après jour la menace d'une guerre nucléaire".

Les Etats-Unis ont gelé en septembre 2005 les avoirs d'entités nord-coréennes soupçonnées de servir au blanchiment d'argent pour financer le programme nucléaire.

Le régime communiste fait de la levée de ces sanctions le préalable à son retour à des négociations multipartites (Etats-Unis, deux Corées, Chine, Japon et Russie) qui visent, en vain, depuis 2003, à le convaincre de renoncer à la Bombe.

Un accord avait été trouvé le 19 septembre 2005 dans le cadre de ces pourparlers. Pyongyang s'engageait à renoncer à l'arme atomique en échange d'une aide dans le secteur énergétique et de garanties de sécurité. Mais il s'était ensuite dédit, affirmant qu'il ne renoncerait au nucléaire qu'après avoir obtenu la levée des sanctions américaines.

Les tensions ont encore été avivées par des tirs d'essai de missiles nord-coréens début juillet et leur condamnation à l'ONU.

Y voyant une volonté des Etats-Unis de "déclencher une seconde guerre de Corée", le ministère nord-coréen avait dénoncé "la déclaration de guerre de facto à la RPDC avec l'adoption d'une résolution scélérate" du Conseil de sécurité le 15 juillet.

Le Nord avait tiré dix jours auparavant sept missiles, dont un engin capable en théorie d'atteindre les côtes de l'Alaska.

source : AFP
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:52
Posté le 07-10-2006 à 16:46:04   

Déclaration du MAE de la RPD de Corée

A cause de la menace de guerre nucléaire intensifiée au fil des jours par les Etats-Unis et de leurs sanctions et de leur pression diaboliques, les intérêts suprêmes et la sécurité de notre Etat sont gravement violés et une situation critique mettant le sort de notre nation en jeu se crée dans la péninsule coréenne.

Après avoir déclaré récemment une guerre de facto contre nous par l’adoption d’une « résolution » de nature brutale du Conseil de sécurité des Nations Unis, les Etats-Unis s’acharnent plus frénétiquement aux exercices militaires pour la provocation d’une seconde guerre de Corée et à l’accroissement des forces armées dans la péninsule coréenne et dans les environs.

En même temps, ils cherchent désespérément à internationaliser par tous les moyens et méthodes vilains les sanctions et le blocus contre nous avec une chimère de démolir le régime socialiste choisi par notre peuple en nous isolant et étouffant sur le plan économique.

L’administration Bush est allée jusqu’à nous envoyer un ultimatum en déclarant nous punir si nous ne nous soumettons pas devant elle jusqu’à la date-butoir fixée par elle.

Du moment que la tentative américaine d’isoler et d’écraser la RPD de Corée est arrivée au pire en dépassant les limites, force nous est de ne plus rester les bras croisés devant l’évolution de l’état de choses.

Nous avions déjà déclaré prendre toutes les contre-mesures nécessaires pour sauvegarder la souveraineté du pays et la dignité de la nation face aux hostilités scélérates de l’administration Bush envers nous.

Relativement à ce qu’une nouvelle mesure sera prise pour renforcer notre force autodéfensive de dissuasion de la guerre, le ministère des Affaires étrangères de la RPD de Corée a été autorisé de déclarer solennellement comme ce qui suit :

Primo, le secteur de recherches scientifiques de la RPD de Corée fera un essai nucléaire assurant strictement sa sûreté.

Nous avons inévitablement quitté le Traité de non-prolifération des armes nucléaires étant donné que l’administration américaine actuelle avait gravement menacé notre souveraineté et notre droit à l’existence après avoir renversé l’accord-cadre RPDC-USA.

Nous avons annoncé officiellement que nous avons fabriqué légitimement des armes nucléaires modernes à travers un processus de riposte transparent au fur et à mesure que la menace de guerre nucléaire des Etats-Unis et leurs sanctions et leur pression contre nous étaient escaladées.

Cette déclaration a supposé le test nucléaire.

La menace de guerre nucléaire extrême des Etats-Unis et leurs sanctions et leur pression contre nous ont obligés de faire un essai nucléaire indispensablement nécessaire dans la possession de la force de dissuasion nucléaire dans le cadre de la contre-mesure de nature défensive.

Secundo, la RPD de Corée ne prendra jamais les devants dans l’emploi d’armes nucléaires et s’abstiendra absolument de la menace par de telles armes et du transfert nucléaire.

Sans sa sûre force de dissuasion de la guerre, le peuple innocent est sacrifié et la souveraineté du pays est bafouée sans réserve. La leçon amère des tragédies sanglantes qui se produisent un peu partout dans le monde où règne la loi de la jungle le montre.

Nos armes nucléaires deviendront de bout en bout une sûre force de dissuasion de la guerre pour défendre les intérêts suprêmes de notre Etat et la sécurité de notre nation et prévenir une nouvelle guerre et sauvegarder la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne, face à la menace d’agression des Etats-Unis.

Nous nous acquitterons toujours sincèrement, en tant que possesseur nucléaire responsable, de l’obligation que nous avons devant la communauté internationale dans le domaine de la non–prolifération nucléaire.

Tertio, la RPD de Corée fera tous ses efforts pour dénucléariser la péninsule coréenne et pour impulser le désarmement nucléaire mondial et la suppression définitive des armes nucléaires.

Nous avons directement subi la menace et le chantage nucléaires des Etats-Unis pendant plus d’un demi-siècle et, de ce fait, nous avons été les premiers à proposer la dénucléarisation de la péninsule coréenne et avons fait tout notre possible pour sa réalisation.

Cependant, les Etats-Unis ont systématiquement violé toute notre magnanimité et toute notre sincérité et abusé de notre idée de dénucléarisation dans l’isolement et l’écrasement de l’idéologie et du régime choisis par notre peuple.

Notre objectif final n’est une « déclaration » liée à notre « désarmement » unilatéral dans la péninsule coréenne, mais une dénucléarisation destinée à mettre un terme aux rapports d’hostilité entre la RPD de Corée et les Etats-Unis et à éliminer radicalement toute menace nucléaire dans cette péninsule et dans les environs.

Invariable est notre position de principe tendant à réaliser la dénucléarisation de la péninsule coréenne à travers le dialogue et la négociation.

Nous nous efforcerons activement de ne pas manquer de dénucléariser la péninsule coréenne à notre manière en venant audacieusement à tout de tout défi et de toute difficulté.

Le 3 octobre 2006
Pyongyang
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 18:54
L’ENNEMI PRINCIPAL DE LA PAIX SIEGE A WASHINGTON

L’annonce du premier essai nucléaire effectué par la République Démocratique Populaire de Corée suscite une levée de boucliers chez les tartuffes de la prétendue « Communauté Internationale », Etats-Unis, Union Européenne et pouvoir chiraquien en tête.
Washington en profite aussitôt pour relancer sa politique belliqueuse et inhumaine de blocus et de menaces militaires contre PyongYang, Téhéran et Damas.
Mais, c’est bel et bien l’impérialisme yankee qui depuis CINQUANTE ans, divise la péninsule coréenne, occupe militairement le Sud et menace de la foudre nucléaire le Nord, tout en menant avec ses alliés un embargo total, dans l’espoir de déstabiliser ce petit pays qui manifeste trop fort son attachement à sa souveraineté nationale et à la voie socialiste qu’il a choisi depuis 1945 après s’être libéré de 100 ans d’occupation japonaise.
Il est d’ailleurs scandaleux que le Japon impérial qui se réarme a grande vitesse, criminel de guerre non repenti qui n’a jamais renié ses ambitions panasiatiques hurle si fort avec les autres loups ! Il est désolant que la Chine, pour des raisons politico-économiques se joigne à ce concert.
Le PRCF ne se félicite pas de voir l’arme nucléaire se répandre sur la planète en multipliant les dangers, au mépris du Traité de non prolifération signé jadis par les cinq grandes puissances dont l’URSS*
Mais qui est le premier responsable de cette prolifération, sinon les USA et les grandes puissances capitalistes, qui depuis la chute de l’URSS ont multiplié les guerres d’agression, les croisades et les menaces d’invasion, contre les pays qui ne seraient pas « politiquement corrects » c’est-à-dire qui refusent la vassalité.
Au demeurant pourquoi certains auraient ils droit à la foudre nucléaire et pas les autres.
Plus que jamais l’intérêt de la paix, l’intérêt de TOUS les peuples de la Terre, est la LIQUIDATION TOTALE DE L’ARME NUCLEAIRE DANS TOUS LES PAYS.
Plus que jamais il faut rappeler que le principal ennemi de la paix siège à Washington et bénéficie du soutien de tous les pays impérialistes dont la France.
Plus que jamais il faut agir pour que les troupes US quittent la Corée du Sud, pour que librement le peuple de Corée puisse choisir souverainement son mode de vie et les conditions de sa réunification .

* Mais ce traité est depuis longtemps violé par Israël et le Pakistan, deux états belliqueux et expansionnistes clients fidèles de l’impérialisme US.

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 19:01
Posté le 14-10-2006 à 14:53:26  
Communiqué de l’Agence télégraphique
centrale de Corée

Au moment exaltant où tout le peuple du pays imprime un grand essor à l’édification d’une grande puissance socialiste prospère, le domaine de nos recherches scientifiques a réussi à procéder en sûreté à un essai nucléaire souterrain le 9 octobre 2006.

Il a été confirmé que ce test fait à cent pour cent par notre intelligence et notre technique, selon un examen scientifique et un calcul rigoureux, n’a eu aucun danger tel que la fuite radioactive.

C’est un évènement historique qui a donné un grand courage et une grande joie à notre armée et à notre peuple qui ont voulu avoir une puissante capacité d’autodéfense.

Cela contribuera à sauvegarder la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et dans les environs.


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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 19:02
Mise à jour 14.10.2006 10h28

Pyongyang prêt à des négociations sur la dénucléarisation

La République populaire démocratique de Corée (RPDC) veut régler la question de la " dénucléarisation de la péninsule coréenne" par la "voie des négociations", a déclaré vendredi l'envoyé spécial russe dans ce dossier, Alexandre Alexeïev, cité par l'agence Itar-Tass, à l'issue de consultations à Pyongyang.

La RPDC "souhaite régler dans un avenir proche par la voie des négociations les problèmes liés à la dénucléarisation de la péninsule coréenne", a déclaré M. Alexeïev, vice-ministre russe des Affaires étrangères.

"Il y a eu une aspiration à trouver une issue à la situation de crise qui s'est créée et à trouver des voies de reprise des pourparlers à Six", a-t-il ajouté à l'issue de ses entretiens.

M. Alexeïev, qui dirige la délégation russe dans les discussions à Six (RPDC, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon, Russie, Chine), a rencontré son homologue nord-coréen dans ces négociations Kim Kye-Gwan.

La RPDC aspire à réaliser les dispositions d'un document final adopté le 14 septembre à l'issue d'un troisième round de discussions à Six, a poursuivi le responsable russe cité par Itar- Tass.

La Russie avait annoncé vendredi matin avoir envoyé son négociateur dans les pourparlers sur le nucléaire de la RPDC à Pyongyang pour des "consultations" après l'annonce d'un essai atomique de ce pays.

Les Six sont parvenus en septembre à un accord: la RPDC acceptait de renoncer à l'arme atomique en échange d'une aide dans le secteur énergétique et de garanties de sécurité. Pyongyang s'est ensuite dédit, faisant de la levée de sanctions américaines la condition d'un retour aux discussions.

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 19:04
Un point de vue du Burkina Faso


Détention de l’armé nucléaire : La Corée du Nord a raison

Déclarer tout de go que la République populaire démocratique de Corée représente une menace pour la paix et la sécurité dans le monde parce qu’elle vient de procéder à son premier essai nucléaire, puis réclamer des sanctions fermes à son encontre, c’est lui faire un mauvais procès.
Cet essai devrait faire de l’Etat communiste le neuvième membre du club fermé et craint des détenteurs de l’arme atomique, après les Etats-Unis, la Russie, la France, la Chine, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Pakistan et Israël. Et après ? S’étant retirée du traité de non-prolifération de l’arme nucléaire, Pyongyang n’a-t-elle pas, elle aussi, le droit de développer son énergie nucléaire ? Au nom de quel principe les uns sont-ils autorisés à posséder les armes les plus puissantes et les autres pas ?

Doit-on continuer à accepter cette politique du deux poids deux mesures ? Il serait en tout cas insensé de croire que parce que les autres ne sont pas maîtrisables, ils sont irresponsables et indignes de posséder la bombe atomique. Toujours est-il que les Etats-Unis qui n’ont pas ratifié le traité d’interdiction des essais nucléaires, crucial en matière de désarmement, sont très mal placés pour s’ériger en donneurs de leçons. Tout comme certains Etats, telle la France. On se souvient que malgré de vives protestations, le président français Jacques Chirac, à l’époque, avait tenu, contre vents et marées, à réaliser "ses" essais nucléaires à Moorea en Polynésie française.

Comme on le sait, le traité de non-prolifération contient des dispositions prévoyant un désarmement nucléaire. Mais les Etats dotés de cette arme feignent d’ignorer en toute hypocrisie. En conservant des arsenaux aussi importants et en jouissant ainsi de tels privilèges, ils incitent forcément d’autres à entrer dans le cercle très envié.

En réalité, toutes ces condamnations émanant des puissances occidentales à propos de l’essai nucléaire du voisin de la Corée du Sud ne sont que pure hypocrisie, qui masquent mal une intention de posséder cette exclusivité et de régenter le monde.

Pour autant que l’on soit véritablement soucieux de la paix et de la sécurité dans le monde, pourquoi ne pas tout remettre à plat, de sorte à avoir un monde sans armes nucléaires ?

Evidemment, ce serait trop demander à ces Etats détenteurs de l’arme nucléaire, eux qui l’utilisent comme arme de domination sur les plus faibles. Il ne faut donc pas s’étonner que de plus en plus d’ Etats qui ne filent pas le parfait amour avec les Etats-Unis, se lancent dans la course à l’arme nucléaire, convaincus que celle-ci est le meilleur moyen pour écarter les menaces extérieures, mais aussi et surtout, pour se protéger contre les interventions politiques ou militaires américaines.

Classée dans « l’axe du mal », la Corée du Nord vit dans la crainte permanente et justifiée d’une intervention militaire américaine et se prépare à toute éventualité. Pour elle, l’essai nucléaire devrait contribuer largement à la délivrer de son encerclement, à augmenter la dissuasion américaine, mais aussi à participer à l’entretien et à la garantie de la paix et de la sécurité dans la péninsule et dans la région.

Cet essai nucléaire a aussi été réalisé pour marquer l’intention de la Corée du Nord de faire face aux Etats-Unis à la table des négociations, Pyongyang cherchant à négocier pied à pied avec Washington la signature d’un traité bilatéral de non-agression.

Bush, l’homme de l’unilatéralisme, qui entend être le « Shérif » d’un monde « libre », a sa part de responsabilité dans l’attitude des diriegants coréens. Le cas irakien est encore là pour éclairer le comportement de Pyongyang. La Corée du Nord a-t-elle tort de chercher à se mettre à l’abri ?

Saddam Hussein a appris beaucoup de choses à ses dépens, lui qui, un peu naïvement, avait voulu donner la preuve de sa bonne foi en détruisant son arsenal offensif. On connaît la suite.

Bill Clinton avait pourtant momentanément réussi à ramener la Corée du Nord à de meilleurs sentiments. Un capital que son successeur a vite fait de détruire par sa diplomatie de la gâchette.

Si, aujourd’hui, chaque Etat cherche à se mettre à l’abri de la menace extérieure, et notamment américaine, c’est qu’il sait qu’il est désormais illusoire de compter sur l’ONU qui s’est montrée impuissante face à Bush qui n’a pas hésité à essuyer ses pieds sur le droit international pour notamment chasser du pouvoir le raïs irakien, Saddam Hussein.

En tout cas, la disparition des blocs et les ambiguïtés des pays détenteurs de l’arme atomique risquent de remettre en cause les acquis du traité de non-prolifération nucléaire. Bush n’aurait jamais envahi un pays comme l’Irak, si c’était à l’époque des deux blocs, marquée par un équilibre de la terreur qui favorisait la paix dans le monde. Et il est certain qu’une fois que les Etats-Unis auront trouvé le moyen de parer à l’arme atomique - la seule qu’ils redoutent sur terre aujourd’hui - ils feront moins de bruit. Ils se montreront moins intéressés à cette fameuse sécurité de la planète, qu’à leurs propres intérêts multiformes.

Tant que le droit international ne sera pas refondé et respecté, il faut s’attendre à ce que d’autres Etats manifestent le désir de rentrer dans le cercle très fermé des pays détenteurs de la bombe atomique. En tout cas, qu’ils en aient ou pas le désir, Washington qui ne craint pas les amalgames, trouvera toujours des prétextes pour préntendre que terrorisme international et volonté de se doter de l’arme atomique sont dialectiquement liés.

(Le Faso, Burkina Faso, 11 octobre 2006)
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 27 Sep 2007 à 19:10
Essais réalisés depuis le 16 juillet 1945

Total : 2.060

dont :

Corée du Nord 1
Pakistan 6
Inde 6
Chine 45
G-Bretagne 45
France 210
Russie 715
Etats-Unis 1.032


ces, lLa paix envers et contre tout - Solidaire

Les Coréens aspirent depuis longtemps à la réunification du Nord et du Sud. Et même la pression américaine pour un boycott de la Corée du Nord ne pourra rien y changer. Prenons le projet Kumgang par exemple, il prévoit des excursions touristiques au mont Kumgang, en partie financées par la Corée du Sud. Depuis 1998, le projet a déjà rapporté 361 millions d’euros dans les caisses de la Corée du Nord. Ce projet se poursuit au grand regret de ceux qui le jalousent. Le complexe industriel Kaesong, au nord de la frontière intercoréenne, tient bon. Environ 8 300 Nord-coréens y travaillent dans 13 entreprises sud-coréennes. Morale de l’histoire : la volonté de paix au nord et au sud est plus forte que la pression américaine.

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