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Retraites décentes ou retraites cerceuils ?

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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Nov 2008 à 14:00

Retraite. Travailler plus ? Oui et non !

Par Éric Le Bourg, chercheur au CNRS, université Paul-Sabatier, Toulouse (*).

Reculer l’âge de la retraite : est-ce inéluctable ?

Nous vivons plus longtemps, et en meilleure santé. Doit-on consacrer les années gagnées à la retraite totalement ou en partie au travail ? Le débat est âpre entre les positions gouvernementales et patronales, pour lesquelles il est nécessaire de durcir les conditions d’accès à la retraite, et celles des syndicats, qui tous semblent maintenant refuser ces mesures. Sortons un instant de ce débat pour le poser sur un plan différent, celui de la simple logique.

Il faut travailler plus longtemps, au moins jusqu’à l’âge de la retraite : c’est logique.

Depuis 1983, l’âge de départ à la retraite est de 60 ans dans le régime général. Pourtant, les salariés du privé partent souvent plus tôt, tant et si bien que, si les salariés du public ayant un emploi stable représentent 18 % des salariés avant l’âge de 50 ans, ils en représentent 28 % après cet âge : les fonctionnaires sont des feignants qui travaillent plus longtemps que les autres ! Cet état de fait n’est pas dû aux salariés du privé, mais à leurs employeurs, qui, de préretraites en plans sociaux, écartent les salariés parfois dès 45-50 ans. Si l’on veut payer les retraites, puisqu’il paraît que cela va devenir difficile, les employeurs doivent laisser les salariés travailler jusqu’à l’âge de la retraite : ce n’est plus le cas depuis longtemps. Comment les entreprises peuvent-elles, via le MEDEF, demander d’augmenter sans cesse la durée de cotisation et, dans le même temps, se débarrasser des salariés âgés ? Ce n’est pas logique. Curieusement, alors que le MEDEF souhaite augmenter le nombre d’annuités (45 ans ?) et l’âge de départ légal à la retraite (63,5 ans ?), ce qui, selon Laurence Parisot, dans une interview à RTL en mai 2008, « n’est pas une question idéologique ni symbolique », mais « tout simplement démographique et mathématique », cela ne semble pas devoir forcément s’appliquer aux chefs d’entreprise. Une publicité de l’assureur Axa parue dans Télérama du 5 novembre explique ainsi que Pascal, 50 ans, qui « a revendu sa PME et envisage de prendre sa retraite dans 5 ans… pour explorer les plus beaux parcours (de golf) du monde », pourra le faire grâce à Axa. Pour Pascal, donc, pas de retraite à 63 ans, ou même à 60 ans, mais à 55 ans. En somme, pour Axa, qui écrit sur son site Internet qu’« il s’agit de contribuer à assurer une répartition équitable des charges entre actifs et retraités sur le long terme et de développer une prise de conscience individuelle et collective de cet enjeu », cette « répartition équitable » ne semble pas forcément passer par le fait que les employeurs travaillent, au moins, jusqu’à 60 ans. Pour eux, pas de « conscience individuelle et collective » ? Les salariés doivent travailler plus longtemps, mais pas forcément les chefs d’entreprise : ce n’est pas logique.

Il n’est pas nécessaire de travailler toujours plus longtemps : c’est logique.

Si les entreprises n’écartaient plus les salariés avant 60 ans, devrait-on cependant relever l’âge de départ ou (encore) le nombre d’annuités pour payer les retraites ? De 1960 à aujourd’hui, le coût des retraites, en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), est passé de 5 à 13. Le Conseil d’orientation des retraites a estimé qu’environ 15 points de PIB seront nécessaires en 2050, une somme qui pourrait augmenter si on remet en cause la loi Fillon de 2003 et les mesures dites Balladur de 1993. Cette augmentation du coût des retraites impose-t-elle de nouveaux durcissements ? Pas forcément, si les salaires (et donc les cotisations), dont la part dans le PIB a baissé en faveur des profits, augmentent au même rythme que le PIB, si les revenus du capital et rémunérations des dirigeants (parachutes, stock-options) sont soumis aux mêmes prélèvements sociaux que les salaires, si le chômage est réellement combattu, si les jeunes sont payés normalement (et donc cotisent !) par les entreprises qui les emploient comme stagiaires. En somme, si tout le monde paie ce qu’il devrait payer, que ce soit des cotisations sociales ou des salaires aux stagiaires. Si tout cela ne suffisait pas, on pourrait alors - mais alors seulement - envisager de travailler plus longtemps, car les salariés pourraient conclure que tout le monde a fait des efforts pour payer les retraites, et pas seulement eux. C’est logique !

(*) Dernier ouvrage paru : Bienvenue chez les vieux ? Pour ne pas faire de l’avenir un cauchemar. Éditions Vuibert.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 May 2009 à 16:09
 
Si les Français doivent désormais cotiser 41 ans pour leur retraite avec le souci de pouvoir y parvenir, le chef du gouvernement, à l’origine de cette réforme, est beaucoup plus tranquille.Les vieux jours de nos gouvernants ne sont pas en danger. Le gouvernement a été inflexible : à partir de 2012, la durée de cotisation pour une pension à taux plein sera allongée à 41 annuités. Mais qu’en est-il de la retraite de ces fiers et durs négociateurs, promoteurs d’une réforme loin de faire l’unanimité ? Combien de temps cotisent nos ministres et notamment le premier d’entre eux, François Fillon ?

Vingt-six ans député de la Sarthe, réélu en juin 2007, François Fillon a également été quatre ans président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire, maire dix-huit ans, conseiller régional depuis 1998, sept ans ministre, et Premier ministre depuis mai 2007. Une carrière chargée donc, qui rend compliqué le calcul de sa retraite.

Commençons par le plus simple : les ministres ne touchent pas de retraite : ils perçoivent tout au plus leur traitement pendant 6 mois, à condition de ne pas avoir retrouvé un emploi. au cours de cette période. La rémunération d’un ministre atteint aujourd’hui 13.300 € brut par mois. François Fillon doit donc assurer sa retraite sur un autre front : son poste de député.

L’indemnité mensuelle de base du député ou sénateur s’élève à 6702,20 € par mois. François Fillon, comme ses homologues, verse chaque mois 1.111,50 € et touche, après plus de vingt-deux ans et demi de mandat, 5 973,33 € brut. Cette somme constitue la pension maximale à laquelle peut prétendre un parlementaire. Pendant les quinze premières années de mandat, le parlementaire cotise double pour sa pension et atteint 37,5 années de cotisations. Soit trois et demi moins que les salariés français.

7.999 € au total

Le Premier ministre, qui touche 16.100 € brut de traitement par mois, bénéficiera par ailleurs de 307 € par mandat pour son poste de maire de Sablé-sur-Sarthe, soit 921 € pour ses trois mandats. Il touchera 449 € pour son unique mandat de président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire et 328 € par mandat pour son poste de conseiller général de la Sarthe, qu’il occupe toujours depuis 1998. En cumulant, François Fillon touchera donc au total par mois pour sa retraite 7.999,33 €.

En octobre 2007, le statut des députés a pourtant été réformé. En plein débat sur les régimes spéciaux des retraites, le bureau de l’Assemblée nationale révise celui des députés. Une révision qui ne remet toutefois pas en cause l’ensemble des «avantages» des élus, et notamment la spécificité de la double cotisation, ou encore l’absence de limite d’âge pour exercer un mandat. À 54 ans, François Fillon n’a donc pas de souci à se faire…

(Source : Marianne)

Virginie Malingre

(Aprés les Xavier Bertrand et autres de l’UMP peuvent toujours appeler à “L’unité Nationale” contre la crise et pour que le peuple se serre la ceinture sans broncher..Se serrer la ceinture pour qui ??? Pour les banquiers escrocs, les patrons voleurs ou le gouvernement qui se récompense en laissant faire les deux premiers ??? On vous l’a dit, on vous le répête le gouvernement UMP n’est pas avec et pour le peuple, il est contre le peuple mais pour les patrons NDLR)

Patria socialismo o muerte

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Aug 2009 à 18:09
Les%20pistes%20d%20Hortefeux%20pour%20résoudre%20le%20problème%20des%20retraites
 
Conséquences d’un système par capitalisation
 

L’art de faire une place aux fonds de pension à la française

Arrêtés dans leur élan par le krach, les partisans des fonds de pension ? On pourrait le croire, tant la réticence des Français pour les placements financiers est grande. Pourtant, il serait audacieux de parier sur la démobilisation du lobby à l’œuvre depuis plus de vingt ans. Une de ses plus récentes initiatives témoigne de sa ténacité. En même temps qu’il annonçait un « tsunami financier », Jacques Attali proposait en janvier 2008 d’affilier automatiquement les salariés français à des fonds de pension. Les plus rétifs auraient certes eu le droit de dire « non ». Mais un silence aurait valu approbation. Qui ne dit mot consent. Cette proposition nº 313 de son rapport précisait : « Selon des études américaines, un tel système permet de faire passer le taux d’adhésion de 40 % à 80 % (1). » La justification n’était d’ailleurs pas de répondre à la question des retraites au moment du papy-boom, mais de diriger une épargne longue vers des placements en actions.

Cet épisode en dit long sur l’élasticité des argumentaires en faveur des fonds de pension. L’imagination de leurs adeptes n’a jamais failli. Ils ont tiré leur énergie d’une conviction : la retraite par répartition est un système social de redistribution ; la retraite par capitalisation est un marché.

Chaque grande offensive a vu naître un nouveau thème. On a d’abord prétendu que la démographie n’avait pas d’effet sur la retraite par capitalisation. C’était très osé. Puis on a voulu convaincre les Français qu’un « troisième pilier » ne pouvait que solidifier les deux premiers, à savoir l’assurance-vieillesse et les retraites complémentaires. C’était risqué. Enfin, on a joué — et on joue encore — sur le ressort de la peur. En servant des pensions en constante régression par rapport au dernier salaire, le système de répartition fait lui-même le lit des fonds de pension. Moins on cotise ici, plus on cotisera là. D’opportunes dispositions fiscales et sociales favorisent ce mouvement de bascule. Ultime argument : comment la France pourrait-elle se passer de ce qui se fait presque partout ailleurs ? On en arrive à se demander comment on a pu y échapper.

C’est grâce à la capitalisation que de rares salariés français bénéficiaient d’une retraite professionnelle avant la seconde guerre mondiale (2). Actifs, ils versaient des cotisations placées dans des fonds d’épargne. Retraités, ils percevaient de ceux-ci des rentes viagères. Pourtant, à la Libération, lorsqu’il s’est agi de bâtir un système ouvert à tous, c’est la répartition qui l’emporta. La France avait subi un désastre militaire, politique et social, mais aussi financier. Les placements d’avant-guerre ne valaient presque plus rien. La prudence dictait le choix de la répartition : les cotisations passeraient directement des poches des actifs à celles des retraités (3).

Pendant quarante ans, rien ne semble pouvoir gripper ce système. C’est la perspective du choc démographique qui réveille l’idée des fonds de pension au milieu de la décennie 1980. Dans quelques années, réalise-t-on, le nombre des retraités par actif occupé va brutalement augmenter et déséquilibrer les régimes de retraite. En 1986, des publicités alarmantes prétendent que le système de répartition est voué à un dépérissement irrémédiable et que les retraites n’ont d’avenir que dans la capitalisation. Un rapport officiel balaie ces arguments : « A l’inverse de l’opinion parfois émise, la répartition offre aux retraités des assurances plus importantes que la capitalisation : le pari que cette dernière technique fait sur le rendement des actifs financiers reste soumis à des aléas que la collectivité nationale ne maîtrise pas (4).  » La capitalisation ne saurait donc se substituer à la répartition. Elle ne peut en être qu’un complément, réservé à ceux qui ont une capacité d’épargne.

Le même diagnostic prévaudra dans des rapports ultérieurs, notamment le Livre blanc des retraites en 1991. Le krach de 1987 avait calmé les enthousiasmes. Même M. Denis Kessler, qui présidera bientôt la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) et portera très haut la bannière des fonds de pension, déclare en 1990 le match nul entre capitalisation et répartition : « Aucune de ces deux techniques ne l’emporte sans appel sur l’autre (5).  » Il plaide pour un système mixte.

Penser que la retraite par capitalisation est indifférente à la démographie est certes très naïf. Quel que soit le système, il s’agit de distribuer aux retraités une partie du revenu national que produisent les actifs. En témoigne le principe de fonctionnement des fonds de pension américains. La génération au travail verse des cotisations avec lesquelles les fonds acquièrent des titres financiers, notamment des actions. Lorsque cette génération prend sa retraite, les fonds de pension revendent ces titres pour verser les prestations. C’est la génération suivante qui cotise pour acheter ces titres, et ainsi de suite. Si les générations sont en nombre égal, l’équilibre est possible. Si un choc démographique survient, l’équilibre financier du système est menacé. D’éminents économistes ont même établi un lien entre les mouvements du Dow Jones et l’évolution démographique aux Etats-Unis (6). Sans doute cherchaient-ils à se faire peur.

Notons cependant que les assureurs, premiers intéressés à l’expansion des fonds de pension, n’hésiteront jamais à promouvoir ceux-ci en ayant recours à cet argument. Une récente publication de la FFSA prétend encore que, «  dans un système par répartition, les évolutions démographiques conditionnent l’essentiel de l’avenir des systèmes de retraite (7) »...

Le retour de la droite au pouvoir, en 1993, va coïncider avec la deuxième grande offensive en faveur de la capitalisation. L’objectif est d’abord de lui faire une place. C’est la vocation de la réforme décidée par le gouvernement de M. Edouard Balladur, dès l’été, dans la plus grande discrétion — et sans concertation avec les syndicats. La durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein est allongée de deux ans et demi. On calculera désormais la pension en fonction des vingt-quatre meilleurs salaires annuels au lieu de onze. Et, surtout, ces vingt-quatre salaires seront passés à la toise. Chacun d’eux sera certes réévalué pour tenir compte de la hausse des prix enregistrée depuis sa perception. Mais on ne tiendra plus compte des gains de pouvoir d’achat. Le pacte intergénérationnel que le système de répartition garantissait depuis 1945 est rompu. Une franche dégradation des pensions est désormais en marche.

Justement, les partisans des fonds de pension s’organisent. En liaison avec le « bancassureur » Cardif, une association est créée, France Pensions, qui regroupe les directeurs des ressources humaines des plus grandes entreprises françaises (8). Son président est M. Raymond Soubie, aujourd’hui conseiller du président de la République. France Pensions fait profil bas : «  L’encouragement à la création, avec avantages fiscaux, de régimes de capitalisation n’a pas à être présenté comme une solution, même partielle, à des régimes de répartition qui auraient échoué.  » Mais c’est pour une stratégie plus efficace : «  Les fonds d’épargne-retraite auront toujours en France un rôle marginal et complémentaire. C’est uniquement si l’on pose ce principe que l’on aboutira à obtenir du législateur et des partenaires sociaux l’incitation à de vrais régimes de capitalisation favorisant l’épargne longue et les fonds propres des entreprises (9).  » Ces principes vont guider toutes les initiatives ultérieures.

Le gouvernement s’abstient. Les parlementaires de la majorité de droite s’activent. Le sénateur Philippe Marini avait ouvert le bal avec sa proposition de loi d’avril 1993. L’épargne-retraite résoudrait selon lui deux problèmes : l’inquiétude croissante des salariés pour leurs vieux jours et l’étroitesse du marché d’actions. Il évoque même une insuffisance d’épargne. Plutôt curieux, dans un pays où le taux d’épargne des ménages est le plus élevé de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et où les entreprises cotées rendent alors presque autant d’actions au marché qu’elles en émettent en Bourse. La tentative échoue donc. Beaucoup rejettent l’idée d’exonérer de charges sociales les cotisations des entreprises aux fonds de pension.

Les députés Charles Millon et Jean-Pierre Thomas (Union pour la démocratie française, UDF) prennent le relais en 1994. Leur proposition de loi vise à donner à tous les salariés, dans toutes les entreprises, la possibilité d’épargner — avec avantages fiscaux, bien entendu — de façon à voir leur revenu augmenter «  de 10 % ou 15 %  » lorsqu’ils seront en retraite (10). Rien n’accrédite la vraisemblance de ces taux. Mais la proposition de loi affiche clairement son but. Il s’agit, encore et toujours, d’alimenter les entreprises en fonds propres et donc de placer les cotisations en actions. Comme si le salarié cotisant pour sa retraite devait assumer le risque qu’il conjure en tant qu’épargnant.

La proposition du député Jacques Barrot (Centre des démocrates sociaux, CDS), quoique beaucoup plus prudente — les versements seraient défiscalisés, mais pas exonérés de cotisations sociales maladie —, n’aboutit pas non plus. Mais, après l’élection de M. Jacques Chirac, elle servira de pivot à la nouvelle mouture présentée par M. Thomas, votée au début de 1997 par les deux chambres. La loi est publiée le 26 mars au Journal officiel. Quelques jours plus tard, c’est la dissolution de l’Assemblée nationale, le retour de la gauche au pouvoir... et l’enterrement des décrets d’application.

Il faudra attendre 2003 et la loi Fillon pour voir naître le plan d’épargne-retraite collectif (Perco) et le plan d’épargne- retraite populaire (PERP). Les versements sont exonérés d’impôts et surtout de charges sociales, ce qui creuse encore le déficit du système de répartition.

Pas plus de trois cent cinquante mille salariés, dans cinquante-six mille entreprises, cotisaient à un Perco fin 2007, pour un encours total de 1,4 milliard d’euros, sept cents fois moins que l’assurance-vie. Mais, en un an, le nombre d’adhérents s’était accru de 66 % et l’encours de 84 %. Les gestionnaires de ces fonds comptent sur l’affaissement du taux de remplacement du salaire par les pensions pour alimenter la pompe. En 2003, selon le Conseil d’orientation des retraites, le système de retraite par répartition versait à un salarié non cadre une pension qui atteignait 83,6 % de son dernier salaire (64,1 % pour un cadre).

En 2020, ce ne sera plus que 75,6 % (55,5 % pour un cadre). Selon l’Association française de gestion financière (AFG), un salarié partant en retraite en 2020 devrait épargner au moins 10 % de son salaire chaque mois dans un fonds de pension pour maintenir le taux de remplacement à son niveau actuel. Elle ne précise pas de combien il faudrait augmenter les cotisations de retraite par répartition pour le même résultat... Hors effet krach, bien entendu.

Jean-François Couvrat.

(1) « Rapport de la commission pour la libération de la croissance française », sous la présidence de Jacques Attali, La Documentation française, Paris, 2008.

(2) Conseil d’orientation des retraites, premier rapport : « Renouveler le contrat social entre les générations », La Documentation française, 2001.

(3) Le gouvernement de Vichy avait fait le même choix en créant son système de retraite provisoire en 1941.

(4) Rolande Ruellan, « L’avenir des régimes de retraite », rapport du Commissariat général du Plan, Paris, 1986.

(5) « L’avenir des retraites », Economie et statistique, Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), Paris, juin 1990.

(6) Patrick Artus, cité dans La Tribune, Paris, 23 septembre 2002.

(7) FFSA, « Quel avenir pour la protection sociale », mars 2007.

(8) François Charpentier, Retraites et fonds de pension. L’état de la question en France et à l’étranger, Economica, Paris, 1996.

(9) Ibid., p. 288.

(10) Ibid., p. 368.



Edité par T 34 - 15 Sep 2009 à 16:41
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Aug 2009 à 18:13

Conséquences d’un système par capitalisation

Séisme sur les retraites en Argentine et au Chili

Adossés aux Bourses, les fonds de pension sont censés garantir une retraite décente aux personnes âgées — bien plus sûrement que les systèmes par répartition, majoritaires dans les pays de la « vieille Europe ». Résultat ? Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Chili ou en Argentine, les pensions ont suivi la chute des actions. La France a pu y échapper en grande partie. Pour combien de temps ?

Par Manuel Riesco

Très vives réactions en Argentine après l’adoption, à une écrasante majorité du Parlement, de la loi de nationalisation des retraites proposée par le gouvernement de Mme Cristina Fernández, le 7 novembre 2008  (1). Certains sont pourtant allés jusqu’à parler de spoliation. La mesure a même provoqué une fuite des capitaux, de fortes baisses des Bourses de Buenos Aires et de... Madrid, très préoccupée par le sort des entreprises espagnoles ayant une participation dans les organismes privés de gestion de l’épargne-retraite, les Administradoras de Fondos de Jubilaciones y Pensiones (AFJP).

En Argentine même, les opposants à cette mesure accusent le gouvernement de vouloir faire main basse sur les quelque 28 milliards de dollars détenus par les AFJP, pour les utiliser à sa guise et faire face à d’importants problèmes financiers (en particulier, les prochaines échéances liées à la dette extérieure). Pourtant, la loi établit que cet argent ne pourra être utilisé que pour le paiement des retraites et que son administration sera soumise à la supervision d’une commission bicamérale et à un conseil composé de chefs d’entreprise, de travailleurs, de retraités, de fonctionnaires, de banquiers et d’élus.

Cette réforme clôt le chapitre de la privatisation ouvert il y a quatorze ans et met un terme à la suprématie des AFJP. L’Etat se propose de répondre aux attentes des détenteurs de plans d’épargne par capitalisation et de remplir la mission d’intérêt général que les fonds de pension privés n’ont pu mener à bien : garantir à l’ensemble des Argentins une retraite d’un montant décent.

Imposé de façon autoritaire
par le général Augusto Pinochet

Dans le cadre des AFJP (neuf millions et demi d’affiliés), les fonds de pension privés offraient deux possibilités : le transfert des fonds vers une compagnie d’assurance afin d’assurer une rente à vie, ou le retrait graduel des fonds jusqu’à épuisement. Par crainte de se trouver un jour sans ressources, la plupart des épargnants ont opté pour la première solution.

Ces pensions, dont le montant était défini selon des critères retenus au moment de la souscription du contrat initial, obéissaient à plusieurs facteurs variables, tels le capital investi, les intérêts accumulés ou l’espérance de vie. Au moment du départ en retraite, elles étaient rarement conformes aux prévisions de départ et se révélaient dans la plupart des cas insuffisantes, voire misérables.

En revenant à un régime de retraites par répartition, les Argentins renouent avec le mode de calcul simple basé sur les salaires et les années de cotisation (2) qui avait cours dans de nombreux pays d’Amérique latine avant l’ère de la privatisation et continue de prévaloir dans la plupart des pays développés. Désormais, le système garantit dans la plupart des cas un revenu supérieur à 60 % des salaires.

Le Chili voisin est le seul pays du monde à avoir conduit l’expérience de la privatisation complète des retraites durant une période de plus d’un quart de siècle. A ce titre, il fait figure de laboratoire. Inspirée directement des théories de Milton Friedman et imposée de façon autoritaire par le général Augusto Pinochet, la réforme fut mise en œuvre dès 1980, sans consultation aucune du Parlement ou de l’opposition, par l’économiste libéral José Piñera, qui voyait dans la capitalisation le système idéal (3).

Le pays se relevait alors d’une crise très profonde et vivait une période de renouveau économique et de croissance rapide, dépourvue de récession majeure. Sans connaître de hausses spectaculaires, les salaires augmentaient régulièrement et, par un effet mécanique, les capitaux s’accumulaient dans les caisses de sécurité sociale. Dans le même temps, la privatisation des entreprises offrait des occasions d’investissement extra- ordinairement rentables.

Avant que l’actuel effondrement boursier ne vienne ébranler la confiance des opérateurs financiers et ne discrédite l’utopie des intérêts capitalisés, les Bourses et monnaies des pays émergents, dont le Chili, profitèrent considérablement de l’énorme bulle spéculative des années 1990 à 2000, et les compagnies administratrices de fonds de pension chiliens (Administradoras de Fondos de Pensiones, AFP) purent, pendant près d’un quart de siècle, afficher des taux annuels de rentabilité exceptionnels, de l’ordre de 10 %.

Plus de droits pour les hommes
que pour les femmes

En apparence, le Chili réunissait les conditions optimales pour faire la preuve de la supériorité de la capitalisation. Pourtant, les Chiliens réalisent aujourd’hui que les AFP ne sont pas en mesure de tenir leurs promesses. Des millions d’entre eux percevront au moment de leur départ en retraite des sommes infimes (de 8 à 16 euros par mois), quand le salaire minimum est de 135 000 pesos (156 euros).

Que s’est-il donc passé ? Depuis 1981, à l’exception des 3,8 % de Chiliens qui parvinrent à conserver leur ancien régime par répartition (parmi eux, les militaires et les policiers) et des 3,5 % cotisant à la caisse des indépendants, l’ensemble de la population active est obligatoirement affiliée à un régime par capitalisation. Cependant, le marché de l’emploi est devenu si précaire que seuls 11 % des salariés parviennent à effectuer des versements sur une base mensuelle. Les statistiques communiquées par les AFP elles-mêmes démontrent qu’en moyenne les deux tiers des assurés ont cotisé moins d’un mois sur deux ; la moitié, moins d’un mois sur trois ; et un tiers, moins d’un mois sur cinq.

Dans les mégapoles des pays émergents, la frontière entre secteurs d’activité formels et informels est de plus en plus floue. Des millions de travailleurs alternent contrats de courte durée et périodes de chômage ou de travail indépendant, en attendant un emploi plus stable. La précarité est encore plus patente pour les femmes, qui opèrent un va-et-vient constant entre emploi salarié et travail au foyer. Dans un tel contexte économique et social, un système prévisionnel reposant sur l’hypothèse d’une manne générée par les intérêts capitalisés de l’épargne salariale ne pouvait se maintenir.

Après avoir entendu les critiques et recueilli les propositions émanant entre autres de l’opposition de gauche, la présidente Michelle Bachelet décidait, au début de 2008, d’instaurer un « filet de sécurité » garanti par l’Etat : une allocation publique de solidarité d’un montant de 120 euros par mois, équivalant à 60 % des revenus salariaux les plus modestes, et un complément alloué aux bénéficiaires des AFP recevant des prestations inférieures à 315 euros. L’adoption de ces mesures prouve à l’évidence qu’une politique de retraite par capitalisation, même menée dans les meilleures conditions, ne répond pas aux besoins essentiels d’une population. Au Chili, elle laisse sans revenu les deux tiers des retraités.

La réforme votée en Argentine a pris soin de préserver le droit des femmes à une retraite anticipée et, surtout, d’utiliser le même barème que celui des hommes pour le calcul de leurs droits. En raison de leur espérance de vie plus longue, un tiers d’entre elles, à capital égal, recevaient des AFJP des prestations inférieures d’un tiers à celles versées aux retraités masculins.

L’expérience chilienne apporte, dans ce domaine, un éclairage pertinent et fournit des exemples précis : une femme médecin qui s’est tournée vers un fonds de pension en 1981 et a cotisé sans aucune interruption au taux maximum reçoit une retraite inférieure à 550 euros. Un homme marié ayant cotisé sur les mêmes bases perçoit quant à lui 945 euros. Si elle avait conservé son régime de retraite par répartition, comme certaines de ses collègues ont pu le faire, sa retraite s’élèverait à 1 100 euros. Avant même que la crise n’eût englouti une grande partie de l’épargne par capitalisation, le recensement de milliers de cas similaires a montré que les fonds de pension privés chiliens pénalisent systématiquement les femmes.

Des sommes astronomiques
pour les dirigeants

Le 30 octobre 2008, la direction des retraites du Chili rendait publics les chiffres des pertes subies par les fonds de pension. En moins d’un an, celles-ci s’élèvent à 19,8 millions d’euros, soit 26,7 % du capital total. Les fonds plus risqués ont quant à eux essuyé des pertes de 35 %, voire 45 %. Plus de la moitié des bénéficiaires sont touchés.

« Les entreprises passent, les gouvernements demeurent. » A l’heure où les principaux fonds de pension privés sont en faillite, il peut être opportun de se rappeler cette déclaration de la présidente argentine. Le cataclysme laisse dans l’angoisse du lendemain les centaines de milliers de Latino-Américains qui ont confié leur épargne à ces institutions dans la perspective d’une pension de retraite à vie (4).

Les compagnies d’assurance les mieux représentées en Argentine et au Chili sont aussi celles qui, selon l’expression employée par leurs dirigeants à l’encontre du gouvernement argentin, ont le plus « spolié » les épargnants. En un an, Internationale Nederlanden Groep (ING) a perdu 68,7 % avant d’être en partie nationalisé par le gouvernement néerlandais qui a injecté plus de 10 milliards d’euros pour tenter de redresser la société ; les actions de Metropolitan Life Insurance Company (Metlife) ont chuté de 52,7 %, et celles de Principal de 63,1 %. Ces trois sociétés concentrent plus de 40 % des deux cent quatre-vingt mille pensions de retraite actuellement payées par le régime privé chilien.

L’Etat continue pour sa part de verser sept cent quatre-vingt-seize mille pensions dans le cadre de l’ancien régime par répartition (5), tandis que cinq cent trente-trois mille personnes perçoivent l’allocation publique de solidarité. Au total, trois adultes sur quatre reçoivent des pensions publiques.

En Argentine, la publication des montants astronomiques que les dirigeants des AFJP et des compagnies d’assurance s’octroyaient, alors même qu’ils jouaient l’épargne des déposants au grand casino de la finance internationale, a soulevé l’indignation. Sur une période de quatorze années, plus d’un tiers des 12 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros) de rétributions pour « prestations de services » ont été destinés aux salaires des principaux dirigeants, tandis que les commissions versées aux directeurs commerciaux constituaient le deuxième poste de dépenses. La situation est similaire au Chili.

En 2007, en pleine crise, et alors qu’ils perdaient 27 % de l’épargne de leurs déposants, cent cinquante des dirigeants des AFJP empochaient 200 millions de pesos argentins (47 millions d’euros), soit l’équivalent de trois cent cinq mille pensions de retraite moyennes. Le chiffre le plus frappant fut sans conteste celui du flux annuel des cotisations que se sont appropriées les AFJP et qui s’élève à 15 milliards de pesos par an (3,17 milliards d’euros), sans compter les commissions et les primes touchées par les AFJP et les compagnies d’assurances.

Les mêmes dérives se produisirent au Chili, où un tiers des 27,9 milliards de pesos chiliens (32 millions d’euros) que représentait l’épargne provisionnelle entre 1981 et 2006 servirent à rétribuer les AFP et les compagnies d’assurance. Les deux tiers restants furent investis dans une poignée de grands groupes économiques au sein desquels les dirigeants des AFP chiliennes occupaient des postes de haut niveau (6).

Mme Fernández a qualifié la privatisation des retraites de « pillage  ». Son gouvernement entend mettre un terme au gâchis. La nationalisation a d’ores et déjà permis de sauver du désastre 19 milliards d’euros, ce qui n’a pas manqué d’émouvoir le quotidien chilien El Mercurio. Le journal conservateur de Santiago, qui n’avait pas exprimé d’inquiétude lorsque ce pouvoir était aux mains d’une poignée d’AFJP, a en effet alerté l’opinion sur le risque de voir l’Etat argentin en position, grâce à ces capitaux, de nommer les directeurs d’une quarantaine d’entreprises privées.

La manne que constituent les cotisations prélevées sur les salaires est la véritable raison de l’immense intérêt que les groupes financiers du monde entier portent aux systèmes de retraite, car là se trouve la réelle corne d’abondance. L’historien Robin Blackburn l’a énoncé dans l’article majeur qu’il a consacré à l’histoire de la privatisation des retraites : « Mettre la main sur la masse des salaires mondiaux est l’aspiration ultime du capitalisme financier  (7). » Blackburn revient également sur le rôle joué par M. Lawrence Summers lorsque, économiste en chef de la Banque mondiale, l’homme que M. Barack Obama vient de désigner comme son conseiller économique commanda l’étude qui préconisa la privatisation des régimes de retraite dans tous les pays émergents (8). Même si elle ne fut que partielle, cette privatisation a bien eu lieu dans de nombreux pays. De grandes puissances, comme certains pays européens ou le Brésil, y ont échappé grâce à la résistance de leurs opinions publiques, le Chili demeurant le seul pays à avoir vécu l’expérience pleine et entière.

Mettre la main
sur la masse des salaires mondiaux

Pour paraphraser l’historien Eric Hobsbawm, le capitalisme survivra sans nul doute à cette crise. Pas les AFP. La fin est inévitable pour les AFJP argentines, mais les Administradoras de Fondos para el Retiro (Afore) mexicaines, les Administradoras de Fondos de Ahorro Previsional (AFAP) uruguayennes, les AFP chiliennes, boliviennes ou péruviennes existent encore. Si tous ces fonds subissent le même sort que leurs homologues argentins, des millions de retraités d’Amérique latine et d’ailleurs pourront sans doute respirer un peu mieux.

Manuel Riesco.

Source


(1) Cent soixante-deux députés pour, soixante-quinze contre. Le texte a été ratifié par le Sénat, le 20 novembre (quarante-six sénateurs pour, dix-huit contre).

(2) En Argentine, il existe un minimum vieillesse mensuel de 320 pesos (78 euros), auquel s’ajoute 1,5 % du salaire indexé sur les dix dernières années, sur une base minimale de trente ans de cotisation.

(3) Tout salarié a dû obligatoirement s’affilier à un fonds « librement choisi », qu’il peut quitter en emportant son épargne, et auquel il verse au moins 10 % de son salaire plus 2 % de commission pour la gestion du fonds.

(4) Le « succès » du système chilien a poussé sept autres pays d’Amérique latine à lui emboîter le pas : le Pérou (1993), l’Argentine et la Colombie (1994), l’Uruguay (1995), le Mexique, le Salvador et la Bolivie (1997).

(5) L’Etat prend en charge les droits à la retraite acquis avant 1982.

(6) « Resultados para sus afiliados de las AFP y compañías de seguros relacionadas con la previsión. 1982-2006 », Centro de estudios nacionales de desarrollo alternativo (Cenda), Santiago (Chili), mars 2007.

(7) Robin Blackburn, « The global drive to commodity pensions », 2008.

(8) « Adverting the old age crisis. Policies to protect the old and promote growth », Banque mondiale, New York, 1994.



Edité par T 34 - 16 Aug 2009 à 18:44
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Aug 2009 à 18:54

Les retraites des mères dans le collimateur

Scandale . Un nouveau coup bas de l’été à droite. Le ministre du Travail veut s’attaquer aux annuités accordées aux salariées qui ont des enfants. Au nom de « l’égalité » avec les hommes !

C’est l’une des très fâcheuses habitudes de la droite : plus qu’une simple mauvaise manière, le grand sport de l’UMP en cette période, c’est le mauvais coup estival. Contrat nouvelle embauche (CNE), « autonomie » des universités, bouclier fiscal, travail du dimanche, etc. Depuis des années, on le sait, les gouvernements successifs profitent allègrement de la trêve des vacances pour faire passer des « réformes » qui bouleversent le modèle social français. Et dès lors, quand l’« entourage » de Xavier Darcos, devenu ministre du Travail depuis le dernier remaniement, souffle au beau milieu du mois d’août à l’AFP que le gouvernement envisage d’introduire la « réforme des avantages accordés aux mères en matière de retraite » dans le projet de budget 2010 de la Sécurité sociale (PLFSS), on tend l’oreille, forcément. Pour l’heure, l’information ressemble à un « ballon d’essai », destiné à tester les réticences et les résistances potentielles. Les ministres « réfléchissent », nous promet-on, rien n’est fait, rien n’est décidé, la « concertation » n’est pas terminée… Et que nous dit-on chez Xavier Darcos ? Que le gouvernement veut un « consensus » sur la question dès la rentrée ! Résultat pour l’heure ? Une grande réussite : voilà que tout le monde se lève pour défendre les droits des femmes…

L’occasion fait le larron

Depuis 1971, les femmes mères de famille et salariées dans le secteur privé peuvent se prévaloir du dispositif de majoration de durée d’assurance. C’est à ce système conçu pour compenser les inégalités entre hommes et femmes au travail et face à la retraite que le gouvernement veut s’attaquer. Jusqu’à aujourd’hui, une mère peut valider huit trimestres de retraite par enfant élevé avant seize ans et elle n’est pas obligée d’avoir arrêté son activité pour prétendre à ce qui est indûment appelé « avantage familial ». Il y a quelques années, sous couvert, déjà, d’égalité entre les hommes et les femmes, la droite avait bouleversé le système dans la fonction publique en raccourcissant la bonification pour la retraite (passée de deux ans à six mois) afin de l’offrir aux pères comme aux mères. Puis, à l’hiver dernier, c’est encore au prétexte de la lutte contre les discriminations que la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (HALDE) et ensuite la Cour de cassation ont accordé à un père ayant élevé ses enfants le bénéfice des majorations de durée d’assurance. « Il y a une insécurité juridique qui nous oblige à légiférer rapidement », argue-t-on au ministère du Travail. Le gouvernement s’engouffre aujourd’hui dans la brèche pour s’attaquer aux retraites des mères de famille, dans un contexte de « remise à plat » future du régime général. Selon Danièle Karniewicz, présidente CGC de la Caisse nationale d’assurance vieillesse, le gouvernement étudie plusieurs pistes. Alors que les pensions accordées aux femmes sont inférieures de moitié à celles accordées aux hommes et que, faute d’être parvenue à valider un nombre suffisant de trimestres pour prétendre à une retraite à taux plein, plus d’une femme sur deux ayant pris sa retraite ces dernières années a vu sa pension du régime général portée au minimum contributif, la piste qui semble aujourd’hui privilégier par le gouvernement consisterait à partager les bonifications pour les retraites entre l’homme et la femme. Vive l’égalité et vive le partage ?

Dégradation des droits des femmes

Dans un communiqué publié hier, la CGT se dit « déterminée à ne pas laisser passer ce qui aurait de graves conséquences pour la situation des femmes en matière de retraite ». Selon le syndicat, le droit aux majorations de durée d’assurance pour les femmes « doit être préservé et peut être juridiquement sécurisé en le rattachant à l’accouchement et à la maternité » : « Aller vers un "partage" de ce droit entre hommes et femmes, à financement constant, conduirait inexorablement à une dégradation du droit des femmes, alors même que leur situation en matière de retraite est marquée du sceau de l’inégalité. » À la CFTC, Pascale Coton avertit : « Si la situation des femmes devient moins bonne, on montera au créneau pour dire que ça suffit. » Pour la CFDT, Jean-Louis Malys n’est pas « contre une réforme du système mais en l’améliorant et non en aggravant la discrimination » : « Le système actuel n’est déjà pas suffisant pour les femmes », estime-t-il. Dans un communiqué, le PS dénonce la « rapidité suspecte avec laquelle le gouvernement travaille à la remise en cause des retraites des femmes ayant eu un ou plusieurs enfants. » Et Brigitte Dionnet, en charge de la parité au sein de l’exécutif national du PCF, interpelle : « Oui, nous voulons l’égalité entre les femmes et les hommes et oui nous la voulons par le haut ! Mais les trimestres supplémentaires pour la retraite des femmes avec enfant, ce n’est pas un "avantage" pour les femmes mais une infime compensation permettant un minimum de rattrapage de l’inégalité qu’elles subissent au travail et donc à leur retraite. Alors, si on peut souhaiter qu’elle puisse un jour disparaître, il faut tout faire pour que ce jour puisse venir en travaillant à faire disparaître les inégalités dans le travail et la famille. »

Thomas Lemahieu

 

« Rachel Silvera Au nom des inégalités, on renforce les inégalités »

Rachel Silvera, membre du collectif Femmes mixité CGT, revient sur le risque de remise en question des bonifications accordées aux mères.

Comment réagissez-vous à la réforme des avantages accordés aux mères en matière de retraite ?

Rachel Silvera. Nous sommes dans une impasse. On comprend ces hommes qui ont arrêté de travailler pour élever leurs enfants, et souhaitent les mêmes droits. On peut ainsi défendre l’idée d’un égal traitement pour tous comme objectif de long terme. Or, pour qu’il y ait une réelle égalité, il faut que père et mère puissent s’investir autant dans la sphère professionnelle que familiale et que les droits ne soient pas réservés aux mères. C’est l’approche européenne, qui est presque une utopie mais doit rester un objectif. Pour arriver à cette égalité de traitement, encore faudrait-il partir de situations identiques. Les femmes restent pénalisées sur le marché du travail, notamment parce qu’elles ont plus la charge des contraintes familiales. Tant que cette réalité persistera, je suis pour maintenir une action positive, c’est-à-dire une majoration de deux ans pour les seules mères. Je ne suis pas pour maintenir des mesures spécifiques dans l’absolu mais elles sont nécessaires pour corriger les inégalités. Il existe donc un danger à ce que, au nom des inégalités, on renforce les - inégalités.

Que proposez-vous ?

Rachel Silvera. La solution envisagée par le Conseil d’orientation des retraites était de lier la majoration à la maternité et non pas au fait d’être femme. C’est une piste de réflexion mais qui est lourde de conséquences. La majoration passerait de deux à un an, donc on restreindrait les droits. L’idée, c’est qu’il faut avoir accouché pour avoir le droit à la majoration. C’est intéressant mais cela nous condamne à ne pas avoir cette perspective de long terme qui consiste à dire que les pères pourront avoir les mêmes droits lorsque les inégalités auront été réduites.

Les inégalités agissent-elles de la même manière dans le public et dans le privé ?

Rachel Silvera. Elles sont plus sourdes et confidentielles dans le public. Sans aucune justification, la loi ne s’applique pas de la même façon. Il existe beaucoup d’accords pour l’égalité dans les grands groupes qui relèvent peut-être de l’affichage mais qui ont le mérite de proposer des avancées sur l’aspect des salaires. Pour le public, il existe un statut qui, en la matière, sert de cache-sexe. Or, ce statut ne réduit pas les inégalités. Elles ont les diplômes, elles ont les concours et n’obtiennent pas pour autant de postes à responsabilité.

Plus généralement, les femmes ont-elles à craindre pour le creusement des inégalités en période de crise ?

Rachel Silvera. On va continuer à présenter des mesures pour lutter contre le plafond de verre, à dire que les femmes sont une richesse pour la performance des entreprises, que les sociétés où existe un taux de féminisation élevé des cadres ont moins été touchées par la crise… Or, on essaie de soutenir l’activité des secteurs sinistrés, comme l’industrie, majoritairement masculins. Ensuite, comparativement à l’automobile ou à Molex, on parle très peu d’Aubade parce que ce sont des femmes. Cela paraît moins grave parce qu’elles ont un mari et que l’on considère qu’elles apportent juste un salaire d’appoint. La précarité, qui concerne surtout les femmes, va s’accroître avec des temps partiels courts. Si le chômage masculin va a priori plus vite que celui des femmes, à terme, les femmes risquent d’être plus touchées et plus durablement.

Entretien réalisé par Lina Sankari

 

Les chiffres des inégalités

Les statistiques attestent de la persistance des différences de traitement.

Depuis 1968, des avancées majeures ont ponctué la longue route de l’émancipation des femmes. Pourtant, en dépit de progrès notables en termes de formation, d’accès à des postes à responsabilités ou de maîtrise de leur fécondité, les femmes demeurent toujours, à l’heure actuelle, dévaluées et précarisées par rapport aux hommes.

En matière de vie professionnelle, près de 30 % des femmes travaillent à temps partiel contre seulement 5 % des hommes. Elles sont 83 % des 4,1 millions d’actifs à temps partiel et, pour 28 % d’entre elles, cette situation ne procède pas d’un choix personnel. Elles n’occupent qu’un quart des postes de cadres dans le secteur privé. Souvent enclavées dans des filières d’éducation ou de service, elles sont très minoritaires dans le monde de la recherche et seulement 18 % des postes d’enseignants en université sont occupés par des femmes.

Tous secteurs confondus, le salaire moyen des femmes est encore 27 % inférieur à celui des hommes. Elles sont aussi plus exposées au chômage (8,3 % contre 7,3 %).

À la différence des hommes, avoir des enfants dévalue le statut professionnel de la mère et elles sont près de 17 % à passer à temps partiel après une grossesse, quand 91 % des pères ne déclarent aucun changement dans leur vie professionnelle après la naissance d’un enfant. Et la situation professionnelle des mères se dégrade après chaque naissance.

Le plafond de verre reste difficile à percer. « Plus vous montez dans les responsabilités, plus les écarts se creusent », notent les sociologues. Y compris dans le secteur public : si 56 % des postes de cadre (A) sont occupés par des femmes, moins d’un emploi de direction sur six est détenu par une femme. Dans le secteur privé, les entreprises comptent, globalement, 17 % de femmes dirigeantes. Mais ce pourcentage s’amenuise au fur et à mesure que la taille de l’entreprise grandit (8 % dans les entreprises de 200 salariés et plus).

Les retraites des femmes sont le reflet de toutes ces inégalités antérieures.

Marion d’Allard

 

Femmes, mères et retraitées

La rentrée sociale se dessine au coeur de l’été. Après avoir lancé le débat sur la réduction des « niches fiscales » en se gardant de préciser lesquelles (ceux des détenteurs des grandes fortunes qui « investissent » dans des PME pour échapper à l’ISF ou les demi-parts supplémentaires accordées aux invalides, ou encore la prime pour l’emploi ?), le gouvernement vient de lancer, en guise de ballon d’essai, un missile contre les mères salariées du privé. Au nom de l’égalité entre les sexes !

M. Darcos vient de faire une découverte étonnante : dans notre pays les femmes salariées ayant mis au monde et élevé des enfants, qui parfois ont dû interrompre leur parcours professionnel, qui souvent n’ont pas pu accomplir la même carrière que leurs collègues masculins plus disponibles selon les critères du management capitaliste, seraient indûment avantagées quand vient l’heure de

la retraite. Le gain d’une ou deux annuités auquel elles ont droit serait un facteur d’inégalité au détriment des hommes. Décidément, ce gouvernement est digne de figurer dans le livre des records du cynisme et du mépris. Il se surpasse lui-même quand on croit qu’il a atteint un sommet indépassable !

Il faut avoir un aplomb sans égal pour oser utiliser les données fournies par la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (HALDE) sur les inégalités entre les sexes pour avancer une proposition aussi renversante. La conquête de l’égalité entre hommes et femmes sur le lieu de travail et dans la société est un vaste chantier dans lequel les bras et les énergies manquent terriblement. Le combat engagé par Olympe de Gouges il y a plus de deux siècles et poursuivi jusqu’à aujourd’hui par le mouvement féministe n’a pas encore abattu toutes les bastilles. Que constate également la HALDE, comme tout observateur sérieux ? Qu’à responsabilité égale, les femmes gagnent en moyenne 27 % de moins que leurs collègues hommes, qu’elles sont bien moins nombreuses aux fonctions dirigeantes. Elles sont souvent les premières licenciées. Plus de huit emplois précaires sur dix sont occupés par une femme. Le mythe du salaire d’appoint a la vie dure. Loin d’être un avantage par rapport aux hommes, les annuités accordées pour avoir élevé ses enfants ne sont qu’une légère compensation dans

un contexte général d’inégalité. Un jour viendra… où tout cela se conjuguera au passé. Nous n’en sommes pas là, et il ne faut guère compter sur la droite pour brûler les étapes.

Comme à son habitude, le gouvernement croit pouvoir tabler sur les divisions qu’il va tenter de susciter entre les pères et les mères qui ont tous élevé leurs enfants, entre les salariées du public et celles du privé dont le calcul de la pension de retraite est plus pingre…

Il y a là un piège dans lequel les femmes et les hommes du monde du travail risqueraient gros s’ils s’y laissaient prendre. Nous n’avons pas la mémoire courte : la droite est toujours parvenue à ses fins en matière de régression sur les retraites chaque fois que le venin de la division et du chacun pour soi a pu polluer le débat.

En 2007, la démagogie, développée par le pouvoir et complaisamment relayée dans les médias sur les « régimes spéciaux » visant à isoler une catégorie de travailleurs par rapport à d’autres, a permis au gouvernement de marquer un point contre notre système de retraite. Et tous les salariés sont concernés. Une salve contre les cheminots, puis contre les fonctionnaires, aujourd’hui contre les mères de famille, et à chaque épisode, on aligne par le bas. Ce serait un leurre que de se laisser enfumer dans ce faux débat, à tonalité prétendument « égalitaire », et de laisser ainsi occulter la source des profits financiers. Par Jean-Paul Piérot
 
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  Citer Songun Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 16 Aug 2009 à 22:28
Je suis favorable à 37 ans de cotisations. Les 3 années restantes pourront être compensées par des cours d'études des idées du Juche.
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  Citer Guests Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Aug 2009 à 11:01
Malheureusement, notre gouvernement capitaliste ne va pas s'arrêter là, ils sont bien préparés à allonger la durée de cotisations au maximum et également diminuer le % du salaire reçu à la retraite, car je ne pense pas que les 75% vont rester bien longtemps.
Travailler plus pour gagner plus hein? Pfeuh, cette vieille démago UMP me donne envie de vomir. Et attendez, camarades, la sécurité sociale est aussi menacée, je connais une femme qui y travaille qui m'a dit qu'elle n'existerait probablement plus d'ici trois ans. Comme en Amérique, n'est-ce pas? Haha, il ne nous reste plus qu'à nous battre contre ça, mais à mon avis, si on ne fout pas un grand coup de pied dans la termitière, on est pas sortis de l'auberge, les avancées sociales qu'on a gagné à la sueur de notre front dans le passé sont en train de toutes être détruites. Une honte...

Edité par Razorback - 17 Aug 2009 à 11:02
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  Citer AllXS Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 17 Aug 2009 à 12:16
Message posté par Songun

Je suis favorable à 37 ans de cotisations. Les 3 années restantes pourront être compensées par des cours d'études des idées du Juche.


j'espère que c'est une mauvaise blague.
La question des retraites mérite un traitement politique sérieux lié au contexte français. Premièrement les travailleurs n'ont que faire des "idées impénétrables du Juche" (expression lue dans un texte du parti juchéen sur les européennes ) pas plus qu'il n'est souhaitable d'exporter le modèle nord-coréen dans le contexte français. Le combat pour le socialisme en France demande au minimum un sérieux politique constant, les enjeux du socialisme sont trop importants pour s'encombrer d'une poignée de sectaires illuminés qui se font passer pour des communistes. Merci, mais le combat politique a ses propres outils et ses propres méthodes et n'a pas besoin de la religion révélée de quelques clowns tristes dont le seul apport militant se mesure au discrédit des milieux communistes.
«Il est impossible d'en finir avec le capitalisme sans en avoir fini avec la social-démocratie dans le mouvement ouvrier.» (J. Staline : les Questions du léninisme, 1950)

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 01 Sep 2009 à 16:48

Menace sur la retraite des femmes

Sécurité sociale . Au motif de l’égalité avec les pères, les compensations accordées aux mères de famille en matière de retraite sont remises en question.

Comme si le ciel de la rentrée sociale n’était pas déjà assez plombé par les inquiétudes pour l’emploi et les restrictions de pouvoir d’achat, une lourde menace sur la protection sociale des femmes pointe à l’horizon. Le ministre du Travail a entamé vendredi, et poursuit toute cette semaine, une concertation avec les syndicats et le patronat en vue de réformer, cet automne, une disposition spécifique accordée aux mères de famille en matière de retraite. La loi leur accorde à ce jour deux ans de majoration de durée d’assurance (MDA) par enfant élevé, afin de compenser le manque à gagner subi sur leurs salaires et leur progression de carrière par rapport aux hommes, et qui impacte le montant de leur pension. L’enjeu n’est pas mince. Quelque 90 % des femmes partant en retraite tirent avantage de cette compensation, et les MDA représentent 20 % de leur pension.

Criantes inégalités

Problème : la Cour de cassation, par un jugement en date du 19 février dernier, a donné raison à des pères de famille qui, s’appuyant sur la Convention européenne des droits de l’homme, avaient porté plainte pour discrimination et réclamé le bénéfice du même droit. Craignant la multiplication des recours en justice, le gouvernement veut donc aménager la loi afin, dit le ministre du Travail, Xavier Darcos, de « parvenir à sécuriser cette compensation sans qu’elle soit contraire à la jurisprudence de la Cour de cassation (…), et sans mettre en péril l’équilibre financier de nos régimes de retraite ».

Le débat sur les solutions possibles au réel problème juridique posé justifie cependant de sérieuses craintes. Pour la CGT, la compensation peut être « juridiquement sécurisée » en la rattachant, non plus à l’éducation des enfants, mais à l’accouchement et à la maternité. Car, dans les faits, souligne Mijo Isabet, conseillère confédérale de la CGT, la MDA a pour fonction « de réparer ce qui n’a pas été corrigé pendant la vie active » : les criantes inégalités entre hommes et femmes, en matière de salaire (20 % d’écart) comme d’emploi (avec, notamment, le temps partiel subi par les femmes) et de progression de carrière, qui se répercutent sur la retraite. Des inégalités que la naissance d’enfants vient aggraver. Des études montrent que, si être mère pèse négativement sur la situation professionnelle des femmes, être père n’a pas d’incidence sur la carrière, et donc sur la retraite, des hommes. Si les hommes sont en droit de chercher à obtenir une pension plus forte, souligne Mijo Isabet, la MDA n’est pas la réponse et, en tout cas, « ça ne peut être au détriment du droit des femmes ».

Financement constant

Or, c’est bien ce qui menace de se produire si une autre piste devait être retenue. Soutenue notamment par Danièle Karniewicz, dirigeante de la CGC et présidente de la CNAV, elle consiste à couper en deux le droit de majoration d’assurance : une partie (un an) serait réservée à la mère et liée à la maternité, la seconde (un an), « ouverte au père ou à la mère », serait soit laissée au « libre choix » des parents, soit accordée à celui, ou celle qui aurait interrompu son activité pour élever l’enfant. Une « solution » grosse de dangers. Ce « libre choix » ne serait-il pas mission impossible chez les parents divorcés, séparés, en conflit ? La condition d’arrêt d’activité ne renforcerait-elle pas la tentation, forte en temps de crise, de renvoyer les femmes au foyer ? Surtout, sachant que la réforme doit, selon le ministre, se faire à financement constant, tout « partage » de ce droit entre hommes et femmes « conduirait inexorablement à une dégradation du droit des femmes », avertit la CGT.

Yves Housson

 

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Edité par T 34 - 15 Sep 2009 à 16:44
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 07 Sep 2009 à 16:43

La bataille pour la retraite des femmes est lancée

Le gouvernement menace de remettre en cause les compensations pour les mères de famille. Des syndicats et des associations se dressent contre vent debout.

Avis de tempête sur le front des retraites. La menace pesant sur les compensations accordées aux mères salariées du privé soulève une émotion grandissante. Des syndicats, comme la CGT et la CFTC, sont vent debout. Remontées aussi, les associations familiales, l’une d’elles, Familles de France, avertissant même, carrément, du risque de « déclencher des manifestations de rues de toutes les femmes de France ». Déjà, la mobilisation prévue par les mouvements féministes, le 17 octobre, pour les droits des femmes, s’annonce comme un premier grand rendez-vous de riposte. Le péril, en effet, ne peut être pris à la légère. Le gouvernement a décidé de réformer, à l’occasion du vote du budget 2010 de la Sécurité sociale, les dispositions accordant aux femmes salariées deux ans de durée d’assurance (MDA) par enfant élevé. « Ce n’est pas une volonté du gouvernement de mettre en cause » ce droit, « c’est une décision de la Cour de cassation », se justifie le Premier ministre dans sa récente interview au Figaro Magazine.

Rôle de correctif

François Fillon fait référence à l’arrêt rendu par la Cour en février dernier, donnant raison à un père qui a élevé seul ses enfants et qui réclamait le bénéfice de la majoration de durée d’assurance. Un peu plus tôt, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) s’était prononcée dans le même sens. La HALDE comme la Cour se référait à la Convention européenne des droits de l’homme stipulant, en son article 14, que « la jouissance des droits et libertés (…) doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe (…) ». Mais, si l’ouverture d’un nouveau droit pour les hommes peut être envisagée, pour tenir compte d’une évolution sociétale -au demeurant encore très limitée : les enquêtes montrant que la participation masculine aux tâches domestiques et à l’éducation reste très minoritaire-, peut-elle se payer du moindre recul du droit des femmes ? Ce serait un comble, sachant la situation actuelle des salariées à l’heure de la retraite.

Entrées massivement, au cours des dernières décennies, dans la population active, les femmes sont encore loin d’être traitées à égalité avec les hommes. Salaires inférieurs de 20 % en moyenne, carrières plus courtes, discontinues, temps partiel souvent subi…Ces inégalités se retrouvent, amplifiées, dans la retraite, comme l’illustre l’écart , de l’ordre de 30 à 40 %, entre les pensions des femmes et celles des hommes. Le fossé serait encore plus large sans la MDA, qui représente environ 20 % de la retraite des femmes. S’il est officiellement lié, dans la loi de 1971 qui l’a institué, au rôle des femmes dans l’éducation des enfants, ce dispositif joue ainsi, fondamentalement, un rôle de correctif d’une profonde inégalité sociale, souligne-t-on à la CGT.

Scénario du partage

Pas question donc de laisser entamer, si peu que ce soit, ce droit à compensation. Et s’il faut trouver une formulation juridique pour éviter le reproche de discrimination envers les hommes, la CGT, comme la CFTC, fait une proposition : attacher la MDA, non plus à l’éducation, mais à l’accouchement et à la maternité. Quant aux hommes qui, ayant élevé seuls leurs enfants, auraient à subir des situations comparables à celles des enfants (durées d’assurance plus courtes, salaires plus bas), la CGT préconise « d’étudier un mécanisme leur permettant de bénéficier des MDA ».

Mais c’est un autre scénario qui se profile. D’autres syndicats (CGC, CFDT, FO) et le Medef ont avancé l’idée d’un partage de la compensation en deux : une année réservée aux femmes au titre de l’accouchement, une autre attribuée « au choix » au père ou à la mère, et qui pourrait être conditionnée à un arrêt d’activité. Une solution s’apparentant à la réforme mise en œuvre en 2003 pour les femmes fonctionnaires, et à laquelle François Fillon dit réfléchir. Mais qui risque de s’avérer impraticable, multipliant les conflits dans les couples séparés. Ce, d’autant plus que, en durcissant les conditions d’accès à la retraite à taux plein, les réformes aiguisent les tensions, incitent à se lancer dans la quête éperdue de trimestres d’assurance pour limiter les conséquences sur le niveau de la pension. Au final, en tout état de cause, les femmes se retrouveraient avec une diminution de moitié de leur droit à compensation garanti. A la CFTC, on a ait un calcul : donner un an de compensation à l’homme et un an à la femme reviendrait à faire subir à la femme une amputation supplémentaire de sa pension 11 %.

Yves Housson

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 08 Sep 2009 à 17:20

Retraite des femmes. Elles ont dit

« L’Europe dénonce une discrimination contre les hommes. Mais ça fait trente-six ans que nous dénonçons les 25 % de salaire en moins pour les femmes, et les 40 % de pension en moins à la retraite, et ça, l’Europe ne s’en tracasse pas ! »

Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC.

« On nous dit que la réforme se fera à enveloppe constante. Donc, si on partage les deux années de compensation entre l’homme et la femme, cela veut dire qu’on acte, d’emblée, une diminution du droit des femmes. »

Mijo Isabey, conseillère confédéralede la CGT.

Retraite des femmes. Repères

La double peine

Les inégalités hommes-femmes pendant la vie active :

- Salaires : les femmes gagnent en moyenne 20 % de moins dans le secteur privé, pour un emploi à temps complet.

La réduction de l’écart est interrompue depuis les années quatre-vingt-dix.

- Temps partiel : il concerne plus de 30 % des femmes, et 5 % des hommes. 80 à 85 % des emplois à temps partiel sont occupés par les femmes.

- Partage des tâches : les femmes consacrent en moyenne 2,4 fois plus de temps que les hommes au travail domestique.

Les inégalités à la retraite :

- Durée de cotisation : les femmes, à l’heure de partir en retraite, ont validé en moyenne 20 trimestres de durée d’assurance de moins que les hommes (137 contre 157). Seulement 44 % ont une carrière complète, contre 86 % des hommes (données de la CNAV, en 2004).

- Pension : en 2004, les femmes retraitées de soixante ans et plus percevaient une retraite moyenne (droits propres, droits dérivés, minimum vieillesse) de 1 020 euros par mois, soit 62 % de celle des hommes. La moitié des femmes partant à la retraite sont au minimum contributif (590 euros par mois).

 


Edité par T 34 - 08 Sep 2009 à 17:24
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 09 Sep 2009 à 21:01

Les Français attachés à leur retraite

Sondage . 63 % refusent de travailler plus longtemps.

Selon le sondage réalisé par l’institut Obea France, pour 20 Minutes et France Info, paru hier, 63 % des Français refusent de quitter plus tard le monde de l’entreprise. Que ce soit sur l’âge de départ, le montant des pensions ou la durée de cotisation, ils

rejettent en bloc les trois pistes envisagées par le gouvernement pour réformer le système. Bien que 41 % des sondés jugent le système français plus avantageux que celui de leurs voisins européens, ils sont 93,1 % d’entre eux à considérer la

réforme des retraites comme un sujet préoccupant. 89 % estiment que le gouvernement a raison de s’inquiéter du financement des caisses. L’enquête révèle aussi que 81 % des personnes interrogées réclament un référendum pour faire face à cette situation d’urgence. Une solution rejetée par l’UMP : « Les Français ont élu des parlementaires et c’est à eux de trancher cette question, avec l’éclairage du gouvernement », déclare Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP, au quotidien 20 Minutes. Dans ce même journal, Danièle Karniewicz, présidente de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), ajoute que, pour mettre en place un référendum, « les Français doivent disposer des bons éléments de choix, avoir plus de visibilité sur les

réformes et connaître les problématiques de la retraite. Actuellement, ces conditions ne sont pas réunies ».

Dans une moindre proportion, les personnes interrogées estiment que le débat sur la

réforme des retraites pourrait être ouvert aux syndicats ou se dérouler dans le cadre d’élections législatives ou d’une présidentielle. En pleine polémique, 66,4 % des Français sont opposés à la suppression des deux ans d’annuités de cotisation par enfant élevé dont peuvent bénéficier actuellement les femmes. Ce sondage tombe à point pour les syndicats CFDT, CGC, CGT, UNSA et la Fédération générale des retraités de la fonction publique, qui ont appelé hier à se mobiliser lors de la journée commune d’action prévue le 16 octobre.

Adeline Farge

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 23 Sep 2009 à 15:38

Retraite des mères. Une « première victoire » selon le PCF

Le PCF a qualifié dimanche de « première victoire » le fait que le gouvernement ait décidé de sauvegarder le dispositif pour la retraite des mères de famille salariées. « Avant de parler d’avantages familiaux aux mères de famille, à partager également avec les pères de famille au nom de l’égalité, il est urgent avant toute chose de supprimer toutes les discriminations, inégalités salariales subies par les femmes », estime le Pcf.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 10 Dec 2009 à 22:09

CGT. La retraite, c’est à soixante ans

La CGT propose la création d’une « maison commune des régimes de retraite ».

Dès l’ouverture du congrès, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a prédit un « affrontement social » sur la réforme des retraites prévue en 2010, allant jusqu’à promettre d’en « faire le marqueur de la volonté de résistance des salariés ». Les dernières réformes (1993, 2003 ou régimes spéciaux) se sont toutes appuyées sur la division des salariés pour imposer des reculs. La CGT a donc cherché à construire une revendication qui parle à tous, salariés du public ou du privé, jeunes ou plus âgés. Hier, le débat consacré à la première partie du document d’orientation, adopté par 76,4 % des mandats, était en grande partie sur la préparation de ce rendez-vous.

Le document propose la mise en place d’une « maison commune des régimes de retraites ». Pour Jean-Christophe Le Duigou, responsable du dossier depuis douze ans, il s’agit de « bloquer le passage à un régime par points », option qui ne manquerait pas d’affaiblir le système par répartition, devenu « un simple filet de sécurité » à côté de la capitalisation. Face à la crainte exprimée par un délégué d’un « démantèlement des régimes particuliers », il a été précisé que la « maison commune » est conçue pour conforter les régimes existants (fonctionnaires, régimes spéciaux) et les solidariser, en matière de compensation financière ou d’avantages familiaux mais aussi, par exemple, pour la prise en compte des années d’études dans le calcul des droits. Cet « outil de coordination » des régimes serait aussi l’instrument permettant de garantir sur une très longue période un socle de droits qui soit de « haut niveau »  : départ à soixante ans, taux de remplacement « d’au moins 75 % » du dernier revenu d’activité, avec un « minimum de pension » aligné sur le smic, et un départ anticipé pour les métiers pénibles. Certains délégués se sont interrogés sur ce que devient la notion de durée de cotisation, une partie remettant sur le tapis la revendication des 37,5 annuités.

P. M.

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 11 Dec 2009 à 11:36
Silence, les fonds de pension s'écroulent
Thierry Brun   

Un Tchernobyl financier a culbuté les fonds de pension du monde entier, sans que cela n’émeuvent le Monarque et son gouvernement. Pas la moindre réaction sur cette chute monumentale d’un pilier du libéralisme économique, pas un mot avant la réforme des retraite de 2010… Trop fort !

Les fameux systèmes par capitalisation (fonds de pension) ont été promus par le gouvernement depuis l’arrivée du Monarque au pouvoir après une réforme organisant la baisse des pensions du régime obligatoire par répartition. Situation cocasse, la crise a mis en évidence un aspect masqué des fonds de pensions : chacun met de l’argent sur les marchés financiers (via ces fonds) pour ses vieux jours (quand il en a les moyens…), sans qu’il soit sûr de percevoir, au bout du compte, une pension… La preuve, dans une analyse de l’Economic Research Department de la BNP Paribas...

Ces système par capitalisation (qu’on appelle aussi « épargne retraite » en France, dont les encours ont dépassé les 93 milliards d’euros en 2006) sont censés assurer une pension (bien méritée) à des dizaines millions de cotisants en Europe et aux Etats-Unis. «  La période récente a montré les limites d’une telle formule. L’année dernière, les fonds de pension privés du monde entier ont accusé de lourdes pertes, entraînant des résultats décevants pour le secteur de l’épargne-retraite », a constaté une étude publiée en octobre par l’Economic Research Department de la BNP Paribas (1) : « Les conséquences de la tempête financière sur les fonds de pension » (c’est le nom de cette étude), ont jusqu’à présent été accompagnées d’un pesant silence politique et médiatique, d’une amnésie droitière (mais la gauche-qui-n’est-plus-de-gauche affiche aussi une coupable aphasie) suspect à l’approche du rendez-vous majeur de la réforme des régimes de retraite, prévue en 2010.

A l’approche de la réforme fatidique, un salutaire débat sur les fonds de pension serait-il donc interdit ? Il n’y a pas si longtemps, le gouvernement entendait faire de l’année 2010 un rendez-vous majeur de réforme des régimes de retraite. La « mère des batailles », comme aime à le dire le ministre du Travail Xavier Darcos, a déjà son calendrier : Une rencontre avec les partenaires sociaux d’ici la fin de l’année pour tenter d’élaborer un diagnostic partagé et de s’entendre sur les données chiffrées, puis la remise du rapport du Conseil d’orientation des retraites en février 2010.

On se souvient que le même Xavier Darcos avait une certaine idée de la réforme en juillet sur France Inter : « On peut imaginer une capitalisation plus grande », espérait tout haut notre homme, confirmant une baisse, programmée par le patronat du Medef, des pensions de retraite. Le même propos apparaîtrait aujourd’hui incongru, même si le libéralisme ambiant entretient l’idée qu’il faudra en passer par là, d’autant plus en période de reprise économique.

Le ministre du Travail est-il bien conscient des conséquences de la prochaine réforme ? En octobre 2008, nous dit l’Economic Research Department de la BNP-Paribas, les actifs de tous les fonds de pension privés des pays membres de l’OCDE ont chuté de 3 300 milliards de dollars (Si l’on compare les déficits par pays, celui de la Sécu est ridicule !), « soit 20 % de l’ensemble des actifs détenus en décembre 2007 ». Une ridicule note ajoute que si l’on tient compte des régimes individuels aux Etats-Unis (comptes retraite individuels) et dans d’autres pays, la perte atteint environ 5 000 milliards de dollars… Vertigineux !

Un véritable Tchernobyl financier, et pas la moindre réaction à cela ! Les marchés financiers ont plombé la poule aux œufs d’or, pourrait se dire Darcos. Est-il bon, mon brave, de continuer dans cette voie ? Non, rien. 5 000 milliards de dollars partent en fumée, et Darcos, Fillon, Sarko s’engagent dans la « mère des batailles »… Et dans d’insondables abysses financiers, car le fin expert de la BNP Paribas avoue : « On ignore, dans une large mesure, à quel point les fonds de pension ont été exposés aux actifs dits « toxiques » ».

L’étude se pose aussi une question, cruciale, nous semble-t-il : Comment ces pertes se répartissent-elles ? Dans les régimes à cotisations définies des retraites par capitalisation, « le risque de placement est supporté par les souscripteurs. Les mauvaises performances des fonds de pension pourraient avoir de sérieuses conséquences, en particulier pour ceux qui s’approchent de l’âge de la retraite. Ils ont, en effet, perdu une bonne partie de leur épargne retraite et n’ont plus le temps de la reconstituer ». Cela va de soi…

L’explication a le mérite de la clarté, mais n’est pas un motif suffisant pour sortir d’un système qui a prouvé la faillite des marchés financiers, si l’on en croit l’Economic Research Department de la BNP Paribas. « Rien ne permet de penser qu’un retour à un système de retraites exclusivement public serait la bonne solution ». Pour le secteur financier et bancaire, on l’aura compris. Et pour les amis du Monarque…

(http://economic-research.bnpparibas.com/applis/www/RechEco.nsf/navigation/FrameMainInter?OpenDocument&Lang=FR&Mode=6

Source: Politis



Edité par T 34 - 11 Dec 2009 à 11:37
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 08 Jan 2010 à 16:22

Chantage à la retraite pour les personnels infirmiers

La ministre de la Santé veut obliger le personnel infirmier à travailler jusqu’à 60 ans. Balayant d’un geste la pénibilité du métier.

L’affaire des vaccins contre le virus H1N1 n’a pas grippé les réformes de Roselyne Bachelot. Mardi, les syndicats infirmiers étaient réunis au ministère de la Santé pour discuter de la revalorisation des diplômes. Depuis cet été, les personnels infirmiers ont obtenu la reconnaissance statutaire de leurs trois ans d’étude et sont intégrés au cursus universitaire LMD (licence master doctorat). Ce qu’ils demandaient depuis plus de vingt ans.

Mais la ministre n’a pas cédé sans exiger une contrepartie. Elle a sommé les syndicats de se prononcer sur un protocole obligeant les infirmiers à rester actifs jusqu’à 60 ans au lieu de 55. « Avec Roselyne Bachelot c’est donnant-donnant, constate Philippe Crépel, négociateur pour la CGT. Elle nous accorde le droit d’être reconnu à bac + 3 mais veut nous forcer à travailler plus  ! » Cette réforme prévoit donc un changement de catégorie de la fonction publique pour les infirmières. Actuellement en catégorie B (celle du milieu de grille), elles passeront en catégorie A, en adéquation avec leur niveau d’étude. Les infirmières en poste auront « un droit d’option ». Elles devront, d’ici à décembre 2010, choisir entre rester en catégorie B et garder la retraite à 55 ans ou passer en catégorie A et travailler jusqu’à 60 ans. D’après la ministre, elles toucheraient alors 2 000 euros de plus par an. Les diplômés de 2012 seront automatiquement en catégorie A. En réalité, les personnels infirmiers seraient loin de toucher le jackpot en restant actifs jusqu’à 60 ans. « On parle de 2 000 euros par an mais c’est valable pour les toutes dernières années avant la retraite. Avec une amie en fin de carrière, on a fait le calcul, ça ne représenterait même pas 100 euros par mois », explique Philippe Crépel. Alors la pilule a plutôt du mal à passer. « C’est une remise en cause de la pénibilité de notre travail, reconnue depuis les années 1960 », explique Nathalie Gamiochipi, négociatrice pour la CGT. Les statistiques parlent d’elles-mêmes  : une infirmière sur cinq est en invalidité avant 48 ans et leur durée moyenne de travail n’excède pas dix-sept ans. Mais la ministre n’en a cure. Il s’agit aussi d’anticiper la réforme des retraites dans la fonction publique. « Pourtant les caisses de retraite de notre profession sont excédentaires, c’est donc une décision purement idéologique, on n’y peut rien s’il manque de gens dans la profession », explique Philippe Crépel. Une situation qualifiée de chantage par la CGT et contestée par tous les syndicats. Dominique Coiffard, un des négociateurs pour la CFDT, évoque « un discours improductif ». Les discussions arrivent à leur terme en janvier. La CGT a promis une concertation de ses personnels hospitaliers pour protester contre cette reconnaissance des diplômes au rabais. Une question qui ne semble pas trop préoccuper la ministre. « Elle a piqué du nez pendant toute la réunion, ça prouve son intérêt pour le sujet », explique une des participantes.

Cécile Rousseau

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 12 Jan 2010 à 17:45

Infirmières : Bachelot leur vole leurs retraites

Á l’hôpital Ambroise-Paré, les conditions de travail sont stressantes, à l’image de tous les hôpitaux de France. Une pénibilité que refuse de considérer la ministre de la Santé. Roselyne Bachelot veut prolonger le travail des personnels infirmiers jusqu’à soixante ans.

Laurence est débordée. Dans le service de médecine générale de l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine, l’infirmière jongle entre les prescriptions de médicaments, les prises de sang et les coups de fils. Avec sa collègue, elles s’occupent de 17 patients. Un quotidien insupportable pour cette professionnelle de santé de cinquante-neuf ans. « Je suis harassée, je n’en peux plus », souffle Laurence, en préparant un kit de prise de sang. Elle est à huit jours de la retraite. « Ce sont les moments les plus durs », confie-t-elle. Laurence aurait dû partir à soixante ans pour avoir ses annuités complètes. Mais elle ne tient plus le rythme. « C’est impossible de travailler aussi longtemps, j’ai l’impression qu’on me presse tout le temps, les médecins, les cadres : on m’a toujours demandé d’en faire plus. » Elle s’occupe de malades en fin de vie, beaucoup ont le sida dans ce service. Des patients en grande souffrance. « Mais on n’a pas le temps de les accompagner », constate-t-elle, amère. Elle confesse aussi qu’elle termine rarement à l’heure prévue.

Comme Laurence, une majorité d’infirmières sont usées avant l’âge de la retraite. Á Ambroise-Paré, il est rare de croiser parmi les 580 soignants infirmiers, des personnes de plus de quarante-cinq ans. Pourtant, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, persiste à vouloir allonger la durée de travail à soixante ans au lieu de cinquante-cinq ans, sous prétexte que le diplôme d’État est maintenant reconnu à bac+3. Jusqu’en décembre 2010, les infirmières auront le choix de rester en catégorie B ou de passer en catégorie A, la plus haute de la fonction publique. Ce qui signifie partir en retraite à soixante ans, avec un bonus estimé à 2 000 euros par la ministre de la Santé, pour les dernières années. Cette réforme nie la pénibilité du métier : un cinquième des infirmières de la fonction publique partent avant cinquante-cinq ans en invalidité, d’après la CGT.

« Passer en catégorie A ? C’est hors de question. Je ne tiendrai pas jusqu’à soixante ans, je suis déjà out ! » s’énerve Marie-Claire, infirmière de quarante-huit ans. Pendant des années, elle a travaillé de nuit, puis dix ans en orthopédie. Elle a soulevé des malades opérés de la hanche et des personnes âgées dépendantes. Après deux hernies, elle souffre aujourd’hui d’un mal de dos chronique. Depuis 2000, Marie-Claire occupe un poste « aménagé » en dermatologie. Un job pas forcément reposant. « Je fais de l’accueil, du classement des dossiers, et des soins. Je suis à la fois secrétaire médicale, archiviste et infirmière. Je fais un peu de tout vu comme on manque de personnel », constate-elle. Alors quand elle arrive à boucler toutes ses tâches, elle est satisfaite. Ce qui est rare. Elle témoigne aussi d’un manque de reconnaissance des médecins de son service.

Elle craint aussi que les infirmières fraîchement diplômées se voient dérouler le tapis rouge à l’hôpital. Á leur sortie de l’école, en 2012, celles-ci auront un statut supérieur aux anciennes, restées en catégorie B. Á l’inverse, Isabelle, infirmière en orthopédie, plaint les futurs diplômés. « Les jeunes sont toujours appelés sur leurs jours de congés pour remplacer et avec le système de grande équipe, ils se retrouvent soit du matin, soit de l’après-midi, c’est incompatible avec toute vie privée », constate-t-elle. Les jeunes infirmières sont aussi baladées de service en service pour combler les manques. Privilège de l’ancienneté, Isabelle, quarante-six ans, travaille du matin. Et refuse de venir au pied levé. Mais n’imagine pas de continuer jusqu’à soixante ans. « Sinon, on viendra soigner les gens avec un déambulateur », ironise-t-elle. Franck, infirmier en radiologie de quarante-six ans, a encore de l’estime pour son métier. Il participe à des protocoles de recherche, notamment sur les techniques de pontages coronariens réalisés par radio. « Mais rien que pour le fait de travailler un week-end sur deux, on mérite d’être en retraite plus tôt », estime-t-il. Le stress s’est aussi accru chez les personnels infirmiers. Depuis quelques années, la responsabilité du soignant est directement mise en cause comme dans le cas du petit Iliès, décédé en décembre 2008, à cause d’une erreur de médicament. « Avant, l’hôpital prenait sur lui, maintenant, on est en première ligne. Si on reste jusqu’à soixante ans, on ne saura même plus faire une prise de sang. Il ne faudra pas s’étonner si les patients nous attaquent pour faute professionnelle. Ce projet nie les risques de notre métier. Bientôt, plus personne ne voudra être infirmier », soupire Franck.

Cécile Rousseau



Edité par T 34 - 25 Jan 2010 à 14:34
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 25 Jan 2010 à 14:36
 

Aubry%20envisage%20de%20repousser%20lâge%20de%20départ%20en%20retraite

 
Même si officiellement le Président se refuse à dévoiler le contenu de la future contre-réforme de notre système de retraites, tout un chacun en connait les grandes lignes, il faudra que les salariés consentent à de nouveaux sacrifices : travailler plus longtemps pour avoir une retraite toujours plus faible.

Voilà que Martine Aubry vient à la rescousse du Président sur la question tabou : l’âge de départ à la retraite. Ce dernier est de 60 ans depuis le premier gouvernement Mitterrand. Bien que depuis la loi Fillon de 2003 il soit devenu virtuel [1], aucun gouvernement n’avait osé y toucher car ça aurait pu énerver les directions de la CGT et de FO.

Et bien la très sociale première secrétaire du PS ose. Elle a déclaré le 17 janvier au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro qu’on devrait « aller très certainement [vers une retraite] à 61 ans ou 62 ans. » Il paraît que certains se sont évanouis au siège du MEDEF en entendant cela.

Ces propos représentent ni plus ni moins qu’un sacré coup de main au Président qui cherche la meilleure façon de s’y prendre pour imposer la solution du patronat sans trop de casse sociale. Quelques grandes manifestations passe encore mais il faut éviter la mobilisation générale. Sur ce point l’expérience lui a apprise qu’il pouvait compter sur les Chefs syndicaux, voilà que Martine Aubry lui ouvre politiquement la voie. Elle est pas belle la vie de président dans de telles conditions, dommage que les sondages soient exécrables et que la contestation s’exprime dans son propre camp.

L’aide du PS à Sarkozy n’est pas que politique, elle confine à une véritable offre de service. Martine Aubry est disposée à contribuer à « une réforme juste qui va dans le sens du progrès social. » Elle a un certain sens de l’humour noir la dame en associant à progrès social la suppression de la retraite à 60 ans. Arnaud Montebourg se dit « assez favorable à la construction d’un compromis national. » Mais le meilleur c’est Manuel Valls qui propose comme en 1914 : « un pacte national entre le pouvoir et l’opposition avec les partenaires sociaux. »

Ces prises de positions de dirigeants du PS illustrent la politique de social-démocratie qui vole au secours de sa bourgeoisie chaque fois que cette dernière est (ou peut être) en danger.

1.- En effet pour pouvoir partir à 60 ans après avoir cotisé pendant 41 ans, il faut avoir une carrière complète depuis l’âge de 19 ans. Cela devient de plus en plus impossible.
 


Edité par T 34 - 25 Jan 2010 à 14:37
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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 26 Jan 2010 à 17:55

La retraite à soixante ans fait consensus

Alors que 2010 sera l’année du débat sur les retraites, notre sondage exclusif CSA-l’Humanité confirme l’attachement des Français au système par répartition, idée partagée à droite comme à gauche. Ils pensent possible de financer une réforme. Et s’ils avaient le choix, ils partiraient avant soixante ans.

Loin de l’agitation provoquée par les récentes déclarations concernant le report de l’âge de départ à la retraite, les Français plébiscitent la retraite à soixante ans. C’est ce que révèle notre sondage CSA-l’Humanité. À la question  : « Si le choix ne dépendait que de vous, à quel âge partiriez-vous à la retraite  ? », 79 % répondent « à soixante ans ou avant ». Un principe auquel ils sont attachés, car « on attend de la retraite la possibilité de pouvoir commencer sa vraie vie », selon Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique-opinion de CSA. À lui tout seul, ce chiffre pose quelques-uns des jalons du grand débat sur les retraites prévu pour 2010.

principe de solidarité intergénérationnelle

Et ce n’est pas tout. L’enquête montre aussi que 57 % des Français sont attachés au principe de solidarité intergénérationnelle sur lequel se fonde le système de retraite par répartition, alors que seuls 33 % privilégient le système de retraite par capitalisation, où chacun épargne pour sa propre retraite, en forte baisse par rapport à 2007 (– 7 %). La crise financière est passée par là et la confiance dans les fonds de pension capitalistes est ébranlée. Cependant, la peur d’une défaillance du système des retraites, entretenue par les annonces sur le déficit du régime général et la baisse du ratio cotisant-retraité, pousse 53 % des jeunes de moins de trente ans à s’orienter vers la capitalisation. En revanche, plus on s’approche de l’âge de départ à la retraite, plus le système par répartition, où les générations actives paient les pensions des personnes à la retraite, récolte des suffrages  : 67 % des plus de cinquante ans le préfèrent au système individualisé, contre 41 % des moins de trente ans. Jean-Daniel Lévy souligne « une différence d’approche générationnelle » avec des jeunes « plus inquiets que les autres vis-à-vis de l’avenir ».

L’attachement au système de retraite par répartition est tel que 77 % des sondés s’accordent sur la nécessité d’une réforme pour le sauvegarder, y compris chez les sympathisants de droite qui sont 81 % à le juger « nécessaire ». La question du financement sera au centre du débat pour répondre au défi budgétaire posé par la baisse des recettes due au chômage de masse et à la hausse des dépenses due à l’allongement de la durée de vie et au départ en retraite des baby-boomers.

Fait relativement nouveau, la fatalité n’est plus de mise. Selon notre sondage, 50 % des personnes interrogées sont favorables à un partage plus équitable des richesses, via la taxation des revenus financiers (66 % chez les sympathisants de gauche), car « le sentiment qu’il y a une richesse globale qui s’accroît dans la société française » est partagé et « il faut que tout le monde y contribue », analyse Jean-Daniel Lévy.

système « en points » ou « en comptes notionnels »

De son côté, le gouvernement pourrait à nouveau s’engager dans la voix d’un allongement de la durée de cotisation en retardant l’âge du départ en retraite. Cette déclinaison du « travailler plus pour gagner plus » n’est plébiscitée que par 29 % des sondés (48 % chez les sympathisants de droite)  ; la baisse du montant des pensions est d’emblée rejetée par les Français qui ne sont que 7 % à l’approuver, contre 31 % qui sont favorables à une hausse des cotisations, réaffirmant ainsi leur volonté d’assumer collectivement la continuité du régime.

Selon un rapport du Conseil d’orientation des retraites, à paraître jeudi, le passage à un système « en points » ou « en comptes notionnels » (système suédois) ne peut résoudre à lui seul la question du financement. Seule l’action sur les trois leviers traditionnels que sont « le niveau des ressources, celui des pensions et l’âge moyen effectif de départ à la retraite » peut garantir le retour à l’équilibre. Si un consensus se dégage, c’est bien celui de conserver les fondements du système social français, qui participe, selon Jean-Daniel Lévy « de ce qu’est aujourd’hui la France aux yeux des Français, qu’ils soient de droite ou qu’ils soient de gauche ». À bon entendeur…

Diane Coulomb

La retraite à soixante ans, 
un précieux acquis de civilisation

par Jean-François Claudon, Julien Guérin, Simon Thouzeau, Représentants jeunes de Démocratie et Socialisme (www.democratie-socialisme.org)

POurquoi l’allongement de la durée de cotisation ne fait-elle pas l’unanimité au PS  ?

Toute la gauche est attendue au tournant sur la question des retraites. Les grandes grèves de 1995 et 2003 ont prouvé que les salariés sont attachés au système solidaire de retraite par répartition. Mis en place à la Libération dans une France en ruine, héritage du programme du Conseil national de la Résistance, ce modèle a permis aux retraités de sortir de la misère. Les coups portés par Balladur en 1993 et Fillon en 2003 furent autant de pas en avant vers un régime concurrentiel avec des retraites placées au grand casino de la finance mondiale. Sarkozy, l’associé du Medef, souhaite repousser l’âge de départ en retraite au-delà de soixante ans. Toute la gauche politique, associative et syndicale devrait être rassemblée pour défendre l’une des plus grandes conquêtes sociales issues de la victoire de mai 1981. Des millions de salariés épuisés par une vie de labeur ont pu ainsi bénéficier de cinq années supplémentaires pour voyager, se cultiver, profiter de leurs petits-enfants, bref jouir pleinement de la vie. Mitterrand avait raison quand il disait que la retraite à soixante ans avait « ajouté de la vie aux années »  ! Cette mesure, mise en place il y a vingt-neuf ans, serait-elle devenue un luxe dans une France deux fois plus riche qu’à l’époque  ? On n’ose y croire  !

« Vont-ils bazarder la retraite à soixante ans  ? », comme le titrait l’Humanité du 20janvier  ? On espère que non. Mais il est sûr que nous serons des millions à la défendre  ! Cet acquis de civilisation a permis d’élever l’espérance de vie et d’assurer des pensions décentes à tous les travailleurs. On voudrait nous faire croire que l’urgence est de travailler plus longtemps même si, dans la réalité, l’âge de départ moyen est de cinquante-huit ans. En France, deux salariés sur trois ne travaillent plus à soixante ans et la durée moyenne de cotisation n’a jamais dépassé trente-sept annuités  ! Et si un salarié sur trois est contraint de dépasser les soixante ans, c’est pour éviter un niveau de retraite trop bas. Les grandes entreprises jettent les salariés de plus de cinquante-cinq ans comme des Kleenex, alors que, par le travail de toute une vie, ils ont créé des richesses, de plus en plus accaparées par les profits. Les jeunes n’ont pas à payer demain les choix faits aujourd’hui en leur nom. Maintenir des salariés qui sont en activité depuis si longtemps et qui légitimement aspirent à la retraite, c’est autant d’emplois en moins pour les jeunes qui rentrent dans la vie active. Des salariés fatigués d’un côté, des jeunes chômeurs de l’autre  : on marche sur la tête. Un emploi stable est une condition essentielle pour permettre à chaque jeune de construire sa vie et de mener à bien ses projets.

Il semble que ce soit une phrase mal bâtie qui ait fait croire que le Parti socialiste allait accepter la remise en cause de ce droit fondamental à la retraite à soixante ans. Ce serait un mauvais coup pour toute la gauche. En 2008, le PS a affirmé unanimement « lutter pour la préservation de l’accès à la retraite à soixante ans, conquête sociale majeure ». De même, les Jeunes Socialistes ont choisi de défendre « le système de protection sociale, notamment le système de retraite par répartition avec un âge de départ à soixante ans » lors de leur dernier congrès. À ce jour, aucune décision collective n’est venue remettre en cause cette position. Pour pérenniser ce système, des solutions existent  : augmenter les recettes des caisses de Sécu en menant une lutte acharnée contre le chômage, rapprocher les durées réelles du travail de la durée légale à trente-cinq heures, augmenter les salaires, moduler les cotisations sociales salariales et patronales et récupérer les 65 milliards d’euros cachés dans les niches fiscales. Le but doit être de garantir des retraites à 75 % de reversement, aucune n’étant inférieure au smic. En un mot, il faut d’abord redistribuer les richesses. Du capital vers le travail.

Retraites. Le coup des frères Sarkozy

Nicolas Sarkozy aurait-il un intérêt supplémentaire à privatiser les retraites  ? Son frère aîné, Guillaume Sarkozy, est le directeur général de Malakoff Médéric, groupe d’assurance-santé et retraite. L’économiste et membre du Parti socialiste Pierre Larrouturou a évoqué sur son blog en juin 2009 la connivence entre les deux frères. Depuis, le chef de l’État avance sur l’idée de « développer d’autres formes de protection » afin de donner plus de pouvoir aux organismes privés. En effet, la Caisse des dépôts et sa filiale la CNP ont créé en 2008 une filiale commune avec Malakoff Médéric qui s’occupe du financement des retraites et se donne l’ambition, selon le journal le Monde, d’atteindre 7 milliards d’euros de bénéfices en 2019. Sarkozy et les retraites  : réforme ou conflit d’intérêts  ?Loïc Prido, dix-neuf ans

Loïc Prido

Retraite « Un rude coup porté au droit à la retraite des apprentis »

Mijo Isabey, en charge de l’activité retraite à la CGT, révèle la volonté du gouvernement de faire des économies sur le dos des apprentis.

Le gouvernement vient de proposer un arrêté relatif aux cotisations à la retraite des apprentis. De quoi s’agit-il  ?

Mijo Isabey. Le gouvernement souhaite modifier les méthodes de calcul des cotisations des apprentis pour leur retraite. Ce projet d’arrêté vise à faire passer le calcul des droits à la retraite sur une base de 151 heures de travail par mois (contre 169 heures aujourd’hui). Cette diminution signifierait une perte de 2 trimestres de cotisation pour 15 % des jeunes apprentis et une perte d’un trimestre pour encore 15 %, soit 30% des jeunes apprentis touchés  !

Ce passage de 169 heures à 151 heures pourrait être une bonne nouvelle, la législation pour les apprentis s’alignant sur la base des 35 heures. Pourquoi s’y opposer  ?

Mijo Isabey. Parce qu’en réalité nombre d’apprentis travaillent plus de 35 heures par semaine et que beaucoup travaillent dans des secteurs d’activité réclamant une forte disponibilité (hôtellerie-restauration par exemple). Il faut savoir que les cotisations des apprentis ne sont pas calculées par rapport à leur temps de travail et à leur salaire réel, mais par rapport à une assiette forfaitaire (définie en 1979). Les apprentis ont un salaire limité, entre 14 % et 70 % du smic selon l’année d’apprentissage. Et pour calculer les cotisations à la retraite, il faut enlever 11 points. Donc, si on calcule, pour un jeune gagnant 14 % du smic, seul l’équivalent de 4 % du smic est provisionné par heure de travail pour faire augmenter les points retraite. Les apprentis sont donc peu avantagés par le système de retraite actuel ; alors imaginez si, en plus, on leur enlève 18 heures de cotisation par mois  ! Car peu importe qu’ils travaillent 40 heures ou qu’ils soient payés plus que ne le prévoit la loi, la cotisation reste la même  !

Dans le communiqué que la CGT a publié 
le 22 janvier, vous indiquez que le patronat s’est opposé à cette mesure lors du vote organisé par le conseil d’administration 
de la Caisse nationale d’assurance vieillesse. Pourquoi  ?

Mijo Isabey. Aujourd’hui, le patronat pousse à l’apprentissage, il veut l’encourager, tout comme le gouvernement. Ce n’est donc pas leur intérêt de réduire le droit à la retraite des apprentis s’ils veulent attirer des jeunes vers cette formation. C’est pourtant 
le gouvernement qui propose cette mesure. Cela paraît contradictoire. Aujourd’hui, les entreprises ne payent aucune cotisation patronale sur le travail des apprentis, 
c’est l’État qui s’en charge. Et il cherche 
à faire des économies. Celles-ci sont estimées à 70 millions d’euros  ! C’est ridicule  ! C’est une goutte d’eau dans 
le financement des retraites. On voit surtout un gouvernement qui veut faire payer ses politiques antisociales aux salariés.

Faites-vous un rapprochement entre la mesure concernant les apprentis et le chantage exercé par Roselyne Bachelot sur les retraites des infirmières  ?

Mijo Isabey. Oui, les infirmières sont menacées par la ministre de la Santé, qui leur a proposé de devenir fonctionnaires de catégorie A en échange d’une augmentation de l’âge de départ à la retraite. Tous ces projets suscitent de l’inquiétude chez les salariés et on ne construit jamais durablement dans l’inquiétude. Mais nous sommes surtout à la veille d’un rendez-vous important et le gouvernement semble nous montrer qu’il veut aller vers une régression des droits des salariés et habituer l’opinion publique à l’idée que ce sont ces derniers qui devront faire des efforts. Cela augure mal des prochaines rencontres. Le gouvernement veut savoir comment le mouvement syndical va riposter. À nous de ne rien lâcher. Cela commence par la protection des droits des apprentis.

Entretien réalisé par Pierrick Monnet

Retraites. Toute une histoire au sein du PS

Depuis la prise de position de Martine Aubry sur les retraites, le PS se divise. Un nouveau bureau national est convoqué demain.

En affirmant pouvoir aller « vers soixante et un ou soixante-deux ans » sur l’âge légal de départ à la retraite, Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a suscité la polémique au sein de son propre parti, au point qu’un nouveau bureau national va se pencher sur la question demain. Benoît Hamon, porte-parole du PS, a tout de suite réagi, estimant qu’« aujourd’hui, l’âge légal du départ à la retraite est de soixante ans » et que « le PS a toujours dit qu’il était attaché » à ce principe. Ségolène Royal, quant à elle, contre toute attente, a affirmé que « les socialistes n’ont jamais été favorables à la remise en cause de la retraite à soixante ans ».

Afin de parvenir au consensus sur une question d’une telle importance, Martine Aubry se coiffe d’une casquette de présidentiable, montrant qu’elle peut agir au-dessus des clivages. La première secrétaire rejoint donc dans ce club, entre autres, la position des caciques de l’UMP, du Modem et des socialistes de l’aile droite tels que Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou encore Jean-Marie Le Guen. Le député socialiste de Paris, proche de Dominique Strauss-Kahn, a envoyé une lettre le 12 janvier à la première secrétaire, lui demandant que le PS soit « très officiellement associé aux discussions sur l’avenir des régimes de retraite ». Heureusement, le débat n’est pas tranché, selon Razzy 
Hammadi, membre du bureau national, pour qui « une position en faveur de l’allongement de la durée de cotisation dans le cadre de la réforme des retraites n’engage ni le PS et son bureau national ni ses militants qui n’ont à aucun moment été consultés ».

Le tollé provoqué par les propos de la première secrétaire parmi les socialistes a fait des remous puisque la direction a envoyé une note à destination de ses militants en fin de semaine dernière qui réaffirme que la retraite à soixante ans est « un droit qui doit être maintenu » et préconise « l’introduction de nouvelles ressources dans le système ». Cette note, précise que le bureau national du PS va délibérer demain pour « rappeler ces grands principes et aussi la méthode que nous préconisons dans la conduite du débat public ». Cela dit, cette initiative « ne suffira pas à dissiper le trouble », selon un membre de la direction cité par l’AFP. Depuis que Martine Aubry a levé le tabou des retraites, le PS se divise. L’avenir nous apprendra s’il prend la bonne direction.

Adrien Derain

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  Citer T 34 Citer  RépondreRéponse Lien Direct à ce Post Envoyé : 02 Feb 2010 à 21:47

La retraite à soixante ans est bien menacée

Le ministre du Travail affirme qu’il « faudra toucher à ce curseur » pour financer le système.

Les jours passent, les intentions du gouvernement pour la retraite se précisent. « L’âge légal, c’est une des pistes qu’il faudra aborder (…). Sans aucun doute, il faudra toucher à ce curseur », déclarait dimanche soir, au Grand Jury RTL-LCI-le Figaro, le ministre du Travail. À en croire Xavier Darcos, qui parle ici comme le Medef, il suffirait de reculer l’âge légal pour relever le niveau d’emploi des salariés de cinquante ans et plus, « bien moins bon (en France – NDLR) que dans les pays comparables ». Une façon d’escamoter la responsabilité des entreprises, leur politique consistant à faire des travailleurs âgés, une variable d’ajustement de leurs effectifs.

François Fillon, lui, dans un entretien au Figaro, indique que la question de l’allongement de la durée de cotisation « sera posée, tout comme celle des cotisations ». Pour répondre au problème de financement du système, le premier ministre juge en effet « toujours d’actualité » le principe, acté en 2003, « d’une hausse des cotisations retraite compensée par la baisse des cotisations chômage ». Habiller (un peu) les retraités en déshabillant les chômeurs… Au moment où l’on annonce l’arrivée en « fin de droits » de 600 000 demandeurs d’emploi, il fallait y penser  ! Cette fausse solution est dictée par le dogme, auquel le gouvernement s’accroche, du refus de toute augmentation des prélèvements sociaux. Xavier Darcos a ainsi écarté l’éventualité de « taxer plus un certain nombre d’avantages fiscaux ou revenus du capital ». À part ça, « aucune question n’est taboue », prétend François Fillon, et en particulier « pas celle du calcul de la pension sur les six derniers mois de salaire dans la fonction publique », qui pourrait donc être remise en question moyennant la prise en compte « du fait que les primes ne sont pas intégrées dans le calcul pour les fonctionnaires ».

Yves Housson

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